00:00Alors on va en venir aux communistes. Alors Ludivine, les communistes, il y a cette position de l'international dès
00:07les lendemains de la révolution d'octobre
00:09qui incite les partis communistes pour y adhérer à être anticolonialistes.
00:19Absolument, donc c'est d'ailleurs une des conditions d'adhésion et donc c'est la radicalité de la position
00:24anticoloniale,
00:25le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, l'autodétermination. Ça va être fondamental, y compris, c'est pas
00:30qu'une prise de position théorique,
00:33mais c'est une position pratique qui suppose des luttes continues, tenaces, y compris très réprimées,
00:40puisqu'il faut se souvenir qu'il y a des militantes et militants qui ont été arrêtés, qui ont été
00:45parfois jugés, emprisonnés.
00:47C'est d'ailleurs le cas de quelqu'un qui va complètement virer de bord et de manière ô combien
00:52dramatique, mais Jacques Doriot,
00:54pendant la guerre du Rif, et en particulier lors de l'année 1923, qui a ses pivots de ce point
00:59de vue.
00:59Donc le Parti communiste, en effet, a cette ligne-là de rejet absolu.
01:03Il faut quand même se rappeler que c'est par ailleurs une ligne plus générale d'internationalisme
01:07qui rejette à toute force toute idée de patriotisme, de nationalisme.
01:13C'est l'époque où les partis communistes, et singulièrement le Parti communiste en France,
01:18qui ne s'appelle pas le Parti communiste français, SFIC, la section française de l'international communiste,
01:23mais il ne s'appelle pas encore le PCF, pour des raisons évidentes que justement les travailleurs n'ont pas
01:29de patrie,
01:29les prolétaires n'ont pas de patrie.
01:31Et donc c'est le moment où aussi on rejette la Marseillaise comme champ patriotique.
01:37On rejette aussi du côté des communistes le drapeau tricolore.
01:43C'est ce que disait Louis Aragon, les trois couleurs à la voirie.
01:46Voilà, parce que c'est le symbole à ses yeux, le chiffon, qui a conduit à la boucherie de 1914
01:54et des années qui ont suivi.
01:55Donc ça, c'est la position...
01:57Au Front populaire, qui se dessine à partir de 1934, comme on l'a dit.
02:01Oui, alors donc évidemment, là, il va y avoir un changement, disons, à partir du fameux revirement stratégique de 1935,
02:10qui est impulsé par le commun interne, notamment sous les auspices de Dimitrov,
02:16qui a connu les geôles fascistes, donc qui sait très bien ce qu'est le fascisme,
02:21mais qui va contribuer à impulser ce changement radical de stratégie,
02:26qu'on connaît bien en général, puisqu'on sait qu'à partir de 1935, et notamment lors des grandes manifestations
02:31de 14 juillet,
02:33le Parti communiste va se mettre à entonner la Marseillaise au diapason de l'international,
02:39brandir aussi le drapeau tricolore aux côtés du drapeau rouge,
02:42donc un changement symbolique mis qui incarne un changement beaucoup plus radical sur le plan de la ligne politique et
02:48stratégique,
02:49puisque cette fois, comme Staline et l'équipe dirigeante à Moscou estiment qu'il y a un danger,
02:55y compris de mort pour l'existence même de l'Union soviétique avec le fascisme, et notamment avec Hitler,
03:02donc quand je dis le fascisme, ça inclut évidemment le nazisme,
03:05il faut, au contraire de la fameuse tactique classe contre classe,
03:10qui considérait d'ailleurs que même les socialistes étaient des sociotraitres ou des sociofascistes,
03:15il faut au contraire donc mener une politique d'unité extrêmement large,
03:20et donc c'est là qu'il va y avoir ce ralliement avec le Parti radical,
03:24alors que c'était absolument inconcevable et inimaginable,
03:27parce que le Parti radical, y compris au début des années 30,
03:31participait avec sa grande figure, le président du Parti radical de l'époque, Édouard Herriot,
03:35participait à des gouvernements de droite, des gouvernements Laval, des gouvernements d'Oumergue,
03:40avec par exemple quelqu'un comme Philippe Pétain,
03:42donc Édouard Herriot et Philippe Pétain,
03:45Édouard Herriot, président du Parti radical, et Philippe Pétain,
03:47se sont retrouvés dans un même gouvernement qui était le gouvernement d'Oumergue,
03:50et le Parti radical était considéré vraiment comme, par les communistes,
03:54comme un parti vraiment bourgeois avec lequel il ne s'agissait pas du tout de frayer.
04:00Donc changement de ligne à partir de 1935,
04:03et là on va avoir aussi une tension entre des militants et militantes communistes
04:07dans les territoires coloniaux, et puis la ligne officielle du parti,
04:11puisque par exemple je pense à Paul Dussac à Madagascar,
04:16qui est un militant anticolonialiste, il est blanc,
04:20mais il a rejoint complètement aux côtés du prolétariat malgache indépendantiste
04:24cette lutte anticoloniale,
04:27et lui, dans le journal Le prolétaire malgache,
04:30il va continuer pendant des mois, y compris à partir de 1936,
04:35à soutenir une ligne anticoloniale,
04:37et il va vraiment prendre des volets de bois vert de la part de ses propres camarades
04:43dans les commissions, la commission coloniale du Parti communiste,
04:46qui vont dire non mais pas du tout, ce n'est pas ça qu'il faut défendre,
04:49ce n'est pas du tout le moment de défendre cette perspective.
04:52Pourquoi ? Pour les raisons qu'on vient d'indiquer, à savoir,
04:55et donc là on peut les répéter, mais en effet,
04:57c'est vraiment du point de vue de l'Union soviétique
04:59qui a quand même aussi passé ce pacte avec la France,
05:02y compris le pacte avec Pierre Laval,
05:05donc le fameux pacte Laval-Staline en 1935,
05:08donc une alliance militaire entre la France et l'Union soviétique,
05:12il faut que la France puisse, au besoin, en cas de guerre,
05:15venir en aide militairement à l'Union soviétique.
05:19Et donc pour ça, il faut renforcer son armée,
05:22d'ailleurs ça va être une des immenses difficultés
05:26du Front populaire comme gouvernement,
05:28puisqu'en fait le Front populaire va très vite consacrer
05:30la moitié du budget national au réarmement.
05:35Ce sont les seules nationalisations d'ailleurs
05:37qui vont exister à partir de 1936,
05:39ce sont les nationalisations de quelques industries d'armement.
05:43Et donc il faut prendre conscience
05:46qu'il y a une nécessité de renforcer l'empire colonial.
05:51Donc en fait, ce que disent les dirigeants communistes,
05:55pas grand-chose déjà,
05:55c'est la fameuse formule de Maurice Thorez,
05:59le droit au divorce n'implique pas l'obligation de divorcer.
06:03Donc autrement dit, oui, on peut toujours dire que c'est important,
06:07le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes,
06:09mais pour l'instant, on n'est pas obligé de le faire,
06:11et même ce n'est pas du tout les bonnes circonstances pour le faire.
06:16Et donc ça va mener à une politique
06:19qui est plutôt régressive qu'autre chose.
06:22Là aussi, je pense qu'il faut vraiment qu'on y revienne,
06:25du côté du gouvernement de Front populaire,
06:27auquel les communistes ne participent pas,
06:29mais qu'ils vont enterrer.