00:00Oui, ça c'est un peu le problème. Je ne sais pas si nous avons reçu des questions.
00:06Oui, elles ont été exprimées sur le chat.
00:09La première, c'est par rapport à la cécité de la droite française dans son ensemble.
00:20Au moment de la guerre d'Algérie, par exemple, à la fin de celle-ci,
00:23il y a eu une division, dit un des auditeurs de la droite, entre les OAS en gros et les
00:32gaullistes,
00:33sur la reconnaissance de l'indépendance.
00:36Et là, la promotion de Mme Baques, donc anti-indépendantiste emblématique de ce courant dans la province sud,
00:47comme ministre, ministre de la citoyenneté même, est un symptôme de l'aveuglement de la droite française,
00:56dit un des auditeurs.
00:58Alors, l'aveuglement dans l'histoire de la colonisation,
01:04l'aveuglement du pouvoir colonial, c'est quelque chose qui ne date pas d'aujourd'hui.
01:11Et quand on prend l'histoire de la Révolution française et la position du parti colonial dans l'Assemblée nationale,
01:19à l'époque où il y avait notamment la question du statut des libres de couleur,
01:24qui étaient donc des personnes issues de métissages ou des anciens esclaves libres,
01:33qui étaient devenus des soutiens de la société coloniale parce qu'ils avaient eux-mêmes des esclaves,
01:39quand ils ont demandé l'égalité des droits, que les colons blancs leur refusaient,
01:44on a continué de leur refuser malgré la déclaration des droits de l'homme et du citoyen,
01:48et ils se sont révoltés et ça a été une des étincelles de la grande révolte des esclaves.
01:53Donc il y a eu, et on pourrait reprendre l'exemple similaire, sur l'Algérie
02:00et ce qu'on a fait des revendications des premiers leaders nationalistes,
02:06des revendications d'égalité au nom des principes de la République dans les années 30 et 40.
02:12Pour illustrer quand même, pour le coup, l'amnésie de la droite française sur ces questions coloniales,
02:19je vais prendre un souvenir personnel de l'époque où j'étais conseiller mémoire de François Hollande.
02:24Le 19 mars 2016, François Hollande a prononcé un discours pour marquer la journée nationale,
02:36je ne sais plus exactement son intitulé, mais qui marque les accords déviants.
02:41Et il a prononcé un discours pour reconnaître l'importance de cette date, etc.
02:48Le matin de ce discours-là, il y a eu une tribune de Nicolas Sarkozy dans le Figaro
02:54qui critiquait François Hollande parce que le 19 mars, c'est une date qui ne plaît pas aux communautés rapatriées,
03:04c'est la date des anciens combattants de la FNACA, etc.
03:08Enfin bon, il y a tout un tas de divisions mémorielles.
03:12Mais ce qui m'a frappé, c'est que dans sa tribune, il n'y avait pas une seule fois
03:16le nom du général de Gaulle
03:20et il citait Abdelkader, on ne sait pas trop pourquoi.
03:24Mais quand on est gaulliste, le 19 mars, c'est le moment où le général de Gaulle assume de donner
03:33l'indépendance,
03:34parce que c'est ça le processus qui se dessine, à l'Algérie,
03:37et de faire sortir la France de son ornière coloniale.
03:41Et tout ce qui s'est passé après dans la diplomatie française, la reconnaissance de la Chine,
03:45le discours de Phnom Penh, vive le Québec libre,
03:47tout ce qui fait aujourd'hui les restes de grandeur de la diplomatie française,
03:55est possible par ce geste du général de Gaulle qui est d'assumer l'indépendance de l'Algérie.
04:02Il va risquer sa vie pour ça, il va manquer de se faire assassiner pour ça.
04:05Que celui qui était censé être son héritier efface totalement cet héritage du général de Gaulle.
04:13Et on voit bien pourquoi, par souci électoraliste de caresser l'électorat des rapatriés
04:21qui, sur ces questions-là, dominent le discours de la droite et notamment dans le sud-est de la France.
04:29Là, je dois avouer que les bras m'en ont tombé, parce qu'on ne peut pas se dire gaulliste
04:38et se souvenir que le général de Gaulle a risqué sa vie pour avoir reconnu l'indépendance de l'Algérie
04:50et passer par perdre ses profits, ce qui a été une de ses décisions majeures et qui a permis de
04:57sortir la France.
04:59Ma conviction, c'est que si le général de Gaulle était mort en 1957,
05:03la France se serait enfoncée dans les guerres coloniales comme le Portugal l'a fait
05:07et on serait sorti de tout ça en lambeaux dans les années 70
05:12et en étant réduit à la taille de la Belgique qui a perdu le Congo dans les années 70.
05:18Si la France a pu conserver une certaine autonomie, etc.,
05:23c'est parce qu'elle a su, avec plein de drame, sortir de la guerre d'Algérie.
05:32Et que les héritiers du général de Gaulle oublient ça,
05:35je trouve que ça témoigne de leur manque de compréhension ou leur cynisme
05:41et appliqué à la Nouvelle-Calédonie, on retrouve la même myopie ou le même cynisme.
05:50Alors la deuxième question qui est posée, c'est à propos de la notion qui vient de ressurgir,
05:59un petit peu en pointillé, pas vraiment formulé, d'une partition du territoire de la Nouvelle-Calédonie,
06:06avec une séparation de la province sud qui est contrôlée par les anti-indépendantistes
06:12et du reste du territoire et notamment de la province nord.
06:17Voilà.
06:17Et ça, ça rappelle certaines idées exprimées à la fin de la guerre d'Algérie,
06:23y compris des ministres du général de Gaulle, je pense même au Premier ministre Michel Debré
06:29ou à Alain Perfitte, étaient favorables à s'orienter vers une séparation,
06:38non pas reconnaître globalement l'indépendance de l'Algérie,
06:41mais en séparer certains territoires côtiers.
06:44Et puis il y a des Sahara.
06:46Voilà.
06:47Cette volonté de séparation, elle est plus le fait des politiciens de Nouméa
06:54que de nos ministres ici.
06:59C'est-à-dire que, je ne pense pas que personne ici ne pourrait défendre une partition,
07:05mais c'est les idées de Nicolas Mesdor, de Sonia Paquets, etc.
07:09Pour éliminer le problème kanak, entre guillemets, on fait une partition.
07:15Moi, je me rappelle en 2023 avoir entendu sur les ondes de radio en Calédonie
07:20soit Sonia Paquets, soit Nicolas Mesdor dire
07:22« la province sud devrait être un département français ».
07:26Comme ça, on élimine le problème.
07:28Et depuis les événements de 2024, Sonia Paquets, présidente de la province sud,
07:33a pris plusieurs mesures qu'on pourrait dire d'apartheid,
07:37c'est-à-dire limitant les bourses scolaires aux enfants
07:39qui doivent être résidents avec leur famille depuis plus de 10 ans à Nouméa,
07:46limitant les inscriptions scolaires, des choses…
07:49Alors que quand on connaît la société en Nouvelle-Calédonie,
07:51notamment la société kanak,
07:53nombre d'enfants arrivent à Nouméa pour faire des études
07:56en étant hébergés chez un oncle, un cousin, un grand-père,
08:01parce que c'est la famille élargie,
08:02et que donc, quand on ne peut pas faire les études
08:05là où on est d'origine dans l'intérieur ou dans les îles,
08:08on se fait héberger par un parent,
08:11mais qui, selon Sonia Paquets, n'est pas la famille nucléaire,
08:16donc ça ne marche pas, les enfants n'ont plus le droit.
08:19Donc ces mesures-là ont été prises, des mesures sur la santé aussi,
08:23enfin, c'est vraiment sous prétexte de faire des économies,
08:27parce que l'économie est à terre avec les événements de mai 2024,
08:31on prive les plus démunis de tout, quoi.
08:34Et puis, séparer les territoires riches du reste des territoires,
08:39c'est une figure aussi à imposer dans les décolonisations qui se passent mal.
08:44L'année dernière, ceux qui sont allés voir le film
08:46« Suntracto e Coup d'État » ont vu quelque chose du même ordre au Congo.
08:53Dès que le Congo a déclaré son indépendance,
08:56la société minière qui contrôlait les mines du Katanga
08:59a déclaré l'indépendance du « Katanga » sous contrôle occidental.
09:07Donc c'est des choses qu'on retrouve de façon récurrente
09:11dans les histoires de décolonisation qui se passent mal.
09:15Et les îles Chagos, dont je parlais tout à l'heure, c'est la même chose,
09:18parce que les Anglais y avaient implanté la base
09:21qu'ils partagent avec les Américains de Diego Garcia,
09:24et parce qu'ils avaient viré tous les habitants de ces îles,
09:28on les a séparés au moment de l'indépendance de Maurice
09:32contre le droit international.
09:34Et le droit international, là, pour une fois, a prévalu
09:37et les îles sont en train de revenir à l'île Maurice,
09:42là, dans les temps qui viennent.
09:46Dernière question.
09:47Elle porte sur la notion d'universel.
09:49Vous y avez fait référence,
09:54et l'un des auditeurs a pensé à rapprocher cette notion d'universel
10:01à la compréhension qu'on avait Jean-Marie Chibaou,
10:05quand il a évoqué la part d'universel qu'il y avait dans la culture française,
10:10qu'il avait étudiée, il a fait des études en France, etc.
10:14Il avait fait des études en France, Jean-Marie Chibaou,
10:18et en même temps, il a dit qu'il faudrait que la France reconnaisse
10:22la part d'universel qu'il y a dans la culture kanak.
10:25Alors, voilà ce que fait remarquer cet auditeur.
10:28Et c'est là où les propos d'Alain Lancelot font dresser les cheveux sur la tête,
10:36parce que tu rappelles la pensée subtile, humaniste,
10:44ambitieuse aussi, et courageuse de Jean-Marie Chibaou,
10:48et un représentant de la population française,
10:51donc Alain Lancelot disait, quand on parlait de la culture kanak,
10:59que dans l'accord de Nouméa, il voyait,
11:02donc ce n'était pas à l'époque le wokisme,
11:04c'était le politiquement correct, mais c'était la même chose,
11:07et il y voyait l'ethniquement correct,
11:09qui veut que toutes les cultures se valent,
11:11ce qui est vrai pour l'ethnologue, mais non pour l'historien.
11:14Il est dangereux de croire que la culture kanak est un modèle pour l'humanité.
11:18Quand on parle d'universel, moi je vois l'universel dans la parole de Chibaou,
11:23et je vois la bêtise au front de Thoreau, comme on dit,
11:27et le nationalisme étroit, et l'obscurantisme,
11:31dans les paroles d'Alain Lancelot, membre du Conseil constitutionnel français.
11:38Je crois qu'on peut conclure, Répsé.
11:41Merci à vous.
11:43Et merci à Histoire colonial, d'abord.
11:45Merci à Histoire colonial, oui.
11:47On en fera d'autres.
11:48Merci à Histoire colonial, d'autres.
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