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  • il y a 5 mois
Dialogue entre
Pierre-Yves BOCQUET, inspecteur général des affaires sociales et directeur-adjoint de la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage (FME), auteur de l’article intitulé « De Nouméa à Bougival : l’interminable fin de l’histoire coloniale française » que notre site a publié dans son édition du 15 février 2026.
Avec Isabelle LEBLIC, anthropologue DRCE émérite, coprésidente de l’AISDPK et membre du comité scientifique d’Histoire coloniale et postcoloniale.

Catégorie

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Éducation
Transcription
00:00Mais aujourd'hui, on est loin de ça parce que nos ministres actuels ne sont pas du tout sur cette
00:05ligne de Guéna à l'époque par rapport à la Nouvelle-Calédonie et bien d'autres sujets qui nous touchent,
00:14nous, en France.
00:16Aujourd'hui, je ne sais pas ce qui va arriver. Le Sénat a déjà voté le projet de loi constitutionnelle.
00:22Je ne sais pas ce qui va se passer à l'Assemblée nationale dans les semaines qui viennent, si ça
00:26va passer ou pas.
00:30Je sais que certains disent qu'il va y avoir des amendements pour faire passer le texte aussi à l
00:35'Assemblée nationale, auquel cas il devra repartir au Sénat, puisqu'il ne peut pas passer de façon différente entre les
00:41deux chambres pour passer au Congrès de Versailles.
00:47Là, on est coincé par le calendrier parce qu'il y a de fortes chances quand même que, quel que
00:52soit l'avenir de ce futur texte, on ne puisse pas repousser les élections provinciales et qu'elles doivent se
00:59tenir d'ici juin.
01:00Et puis, il faut se souvenir que même si c'est voté dans les mêmes termes par l'Assemblée nationale
01:05et le Sénat, ensuite, soit on fait un référendum.
01:08On voit mal le président de la République convoquer un référendum pour tous les Français pour ça.
01:14Soit le texte doit aller au Congrès. Et au Congrès, il faut qu'il ait une majorité des deux tiers.
01:20Et les conditions de majorité actuelles, avec l'opposition du Parti socialiste, qui est le groupe un peu charnière sur
01:30ce sujet-là, tant au Sénat qu'à l'Assemblée nationale, il a annoncé qu'il voterait contre.
01:37Il a annoncé qu'il ne voterait pas. Là, il y a une ambiguïté. C'est-à-dire qu'il
01:42ne vote pas. C'est-à-dire qu'il s'abstient ou il vote contre ?
01:45Moi, là-dessus, je ne sais pas.
01:48Mais il n'est pas du tout certain que la majorité des deux tiers puissent être atteintes.
01:57Et donc, l'issue de ce texte est très incertaine.
02:04Oui, surtout que quand on est en Calédonie, tous les jeunes qui ont grandi depuis les années 80, qui sont
02:11nés bien après les événements, même après 88,
02:13ils ont tous grandi dans l'idée que, de toute façon, le terme de l'accord de Nouméa, c'était
02:17l'indépendance.
02:18Et donc, on l'a vu d'ailleurs, la mobilisation des jeunes pour les deux référendums était énorme, alors que
02:25c'était une grande interrogation.
02:26Est-ce que les jeunes vont aller voter ? Mais les jeunes sont allés voter. Ils ont voté pour l
02:30'indépendance.
02:31Et donc, aujourd'hui, le fait d'avoir fait ce référendum avorté en 2021 pour balayer la question de l
02:38'indépendance
02:40font aussi que les jeunes qui sont les laissés pour compte en Calédonie, surtout les jeunes océaniens, canards, aqualisiens, etc.,
02:47ont fait ces émeutes en 2024.
02:49Mais si on repart encore sur un énième statut, moi, dans les années 90, j'avais écrit la val sur
02:57des statuts pour décrire…
02:58Parce qu'on change de statut tout le temps et puis on fait un pas en avant, deux pas en
03:01arrière, un peu plus d'autonomie, un peu moins d'autonomie, etc.
03:04Si on repart encore pour un énième statut qui ne donne pas l'indépendance, moi, j'ai peur de ce
03:11qui peut arriver en Calédonie.
03:12C'est ce que je disais tout à l'heure sur l'absence de sens qu'on voit à une
03:20issue autre que l'indépendance.
03:22Et d'ailleurs, on disait tout à l'heure, l'accord de Nouméa, il a des ambiguïtés.
03:29Vous soulignez plus ces ambiguïtés que moi et je reconnais qu'elles y étaient.
03:37Mais quand on le lit et qu'on essaye de réfléchir à qu'est-ce qui se passe s'il
03:42y a trois noms au référendum,
03:45l'accord de Nouméa n'apporte pas de réponse.
03:47Et alors qu'il dessine clairement une voie vers l'indépendance.
03:55Et il dit les partis vont se réunir.
03:58Il insiste sur le fait qu'on ne peut pas séparer le territoire en aucun cas.
04:03Donc on voit que dans l'esprit des rédacteurs, il y avait quand même une ligne de plus forte pente.
04:10Et le fait que la situation actuelle ne suive pas cette ligne de plus forte pente des accords de Nouméa
04:17explique aussi les difficultés juridiques dans lesquelles on est.
04:22Parce qu'on est dans un no man's land.
04:23Et sur le plan politique, le projet alternatif à celui d'une indépendance ou d'une indépendance-association,
04:32parce qu'en plus il y a plusieurs notions.
04:33Il y a eu un rapport, je crois, d'un juriste, M. Soukramagnan,
04:38qui montrait d'ailleurs que ce n'était pas binaire, qu'il y avait toute une gamme de scénarios possibles.
04:48Le scénario alternatif, on ne le voit pas dessiner une société stable et juste pour le territoire.
04:57Et une société qui est injuste, c'est une société qui est intrinsèquement violente et instable.
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