00:00On va faire un petit détour du côté de la salle des marchés d'IG.
00:03Où nous attend donc Alexandre Baradet ce matin, chef analyste du broker IG,
00:09avec un CAC 40 qui perd donc 1% dans les premières minutes de cotation,
00:13moins 1,15% pour l'Eurostock 50.
00:15Pour rappel, ces deux indices avaient gagné plus de 2% vendredi.
00:19Donc ce matin, Alexandre, le CAC 40,
00:22rentre en la moitié des gains gagnés vendredi,
00:25avec donc un pétrole qui gagne plus de 5%.
00:27Et puis on en parlait en préambule avec Florian,
00:29beaucoup de questions sur la géopolitique, sur l'Iran,
00:33avec malheureusement pour l'instant des réponses qui sont absentes.
00:36Oui, bonjour à Thierry, bonjour à tous.
00:38C'est vrai que pour l'instant, la géopolitique occulte tout le reste.
00:40On voit très bien que les énormes mouvements de marché
00:43sont exclusivement liés à ce qu'on attend sur l'issue de ce conflit géopolitique,
00:47sur les mouvements du pétrole, sur ce que ça implique au niveau des taux également.
00:51Et finalement, oui, la saison des résultats a commencé en Europe, aux États-Unis,
00:55ça fait un peu bouger les marchés à la marge,
00:56mais on voit très bien que ce sont les anticipations par rapport à la géopolitique
00:59qui dirigent tout.
01:00Et c'est vrai qu'une nouvelle fois ce week-end,
01:02ça ressemble exactement à ce qu'on a eu la semaine dernière.
01:04Souvenez-vous, tensions à nouveau pendant le week-end,
01:07on a un marché qui ouvre en baisse sur des gros gaps,
01:09donc ces gaps, c'est des trous de cotation importants,
01:11entre la clôture du vendredi et l'ouverture du lundi.
01:13On avait exactement la même chose le week-end dernier,
01:15et puis courant de la semaine, des informations, des retournements de situation sont intervenus,
01:20avec le marché qui s'est envolé, vous l'avez dit,
01:22on est quasiment sur des 15% de rallye sur les marchés américains,
01:25sur des indices comme le Nasdaq, par exemple, depuis les points bas,
01:27ce qui est absolument phénoménal.
01:29Mais la question qui est derrière tout ça,
01:31c'est qu'on voit qu'effectivement, à très court terme,
01:33les algos, les traders réagissent au flot d'informations.
01:36Ce que font les banques centrales, et ce qu'on essaie nous aussi de faire,
01:39c'est de lire un peu à travers tout ça,
01:40et de voir que oui, in fine, chacun veut parvenir,
01:44notamment les Etats-Unis, à une solution géopolitique la plus rapide
01:47pour éviter que les prix d'énergie pèsent sur l'économie,
01:50pèsent sur les consommateurs.
01:51Et face à ça, vous avez forcément l'Iran qui va chercher à tirer le maximum
01:54des négociations, peut-être des levées de sanctions, ce genre de choses.
01:57Et on voit que dès qu'il y a des points de friction, tout repart,
02:00le détroit se referme, on tire sur des navires.
02:03Donc la question, c'est quel est l'impact de tout ça ?
02:06Ça fait déjà deux mois maintenant que ça a commencé, ou quasiment deux mois.
02:08Quel impact sur les consommateurs ?
02:10Quel impact sur l'inflation dans les mois qui arrivent ?
02:14On voit que les banques centrales, effectivement,
02:15la BCE ne se presse pas pour l'instant.
02:17Tant mieux d'ailleurs, on a vu que les dernières déclarations de la BCE
02:19étaient un peu plus hésitantes par rapport à avril.
02:22On sent qu'on n'a pas une volonté farouche,
02:24et tant mieux, de bouger les taux en avril.
02:26Mais la question de fond, c'est quand même l'empreinte de tout ça
02:28d'un point de vue macroéconomique.
02:30Et c'est là que moi, je suis un petit peu plus circonspect
02:32sur la puissance des rallies qu'on a observées
02:35ces dix derniers jours, grosso modo, sur les marchés,
02:37parce que comment se comportent les consommateurs dans cette phase-là ?
02:41Comment se comportent les entreprises ?
02:42Qu'est-ce qu'elles anticipent comme changement dans leur activité,
02:45dans leur prévision de coûts, par exemple,
02:47dans leur prévision d'embauche ?
02:48C'est ça qu'on essaie d'évaluer, en fait.
02:50L'impact économique réel de cette situation,
02:52le jour le jour, ça, tout le monde le voit,
02:53on suit les grosses lignes,
02:55mais l'impact concret sur l'économie,
02:56c'est un peu plus délicat, même si on a quand même aux États-Unis,
02:59c'est ça qu'il faut le rappeler,
02:59pas mal de révisions à la baisse ces dernières semaines
03:01des prévisions de croissance.
03:03Alors, ce n'est pas par les institutions officielles,
03:05type FMI, OSCE ou autres,
03:07c'est par des modèles de prévision
03:09qui sont propres à la Réserve fédérale, par exemple.
03:11Là, vous avez la Fed Atlanta,
03:12qui est un modèle qui actualise en permanence
03:14son anticipation de croissance économique,
03:16et on voit que tout au long du premier trimestre,
03:18et notamment après l'église d'intervention militaire,
03:20les prévisions de croissance
03:21de cette antenne régionale de la Fed
03:24ont été révisées à la baisse.
03:25Donc, ça se fait quand même des questions
03:26sur, d'un côté, l'appétit des marchés
03:28pour les actifs à risque, les actions ou autres,
03:30et de l'autre côté, une macro
03:32qui semble quand même très tiède
03:33aux États-Unis en ces débuts d'année.
03:36Quand vous regardez d'un point de vue technique
03:38les indices américains,
03:39qui sont donc sur des plus hauts,
03:41avec donc une 13e séance dans le vert
03:42vendredi pour le Nasdaq,
03:44du côté du S&P 500,
03:45on n'en est pas très loin,
03:46il y a eu une petite pause,
03:47mais on est quand même sur une série inédite aussi,
03:50vous dites que ça peut continuer d'aller plus haut
03:52ou non, là, on commence à quand même
03:54toucher des, pas des résistances
03:56d'un point de vue technique,
03:57mais en tout cas, psychologique,
03:59un petit peu de frénésie.
04:01Moi, je vais aussi, au niveau des valorisations,
04:02si vous voulez, c'est vrai que les marchés
04:03peuvent varier très fortement,
04:04mais ce qui est toujours important de regarder,
04:05c'est combien valent les marchés
04:06d'un point de vue du ratio court
04:07par rapport aux bénéfices.
04:08Et ce qu'on voit, il y a un pattern,
04:10comme c'est une sorte de configuration
04:11qui se dessine depuis quelques années,
04:13qui est que dès qu'il y a un stress de marché,
04:15on se souvient des droits de douane
04:16il y a à peu près un an,
04:17là, récemment, avec la question géopolitique,
04:19on voit que les marchés corrigent,
04:21donc intègrent une notion de risque,
04:22risque pour l'économie, risque pour les entreprises,
04:24mais derrière, vous avez des mécanismes
04:25d'achat extrêmement violents
04:26qui se mettent en place
04:27et qui, du coup, font que les détentes
04:29de valorisation que vous avez eues
04:30pendant quelques semaines ou quelques mois
04:31sont assez vite récupérées.
04:33Si vous prenez les multiples de valorisation
04:35du SP500, prenez le ratio court-bénéfice,
04:37pas le bénéfice anticipé,
04:38mais le ratio court-bénéfice tout court,
04:40de cette correction,
04:41donc à 10%, vous avez sur l'ASP500.
04:43Aujourd'hui, les multiples de valorisation,
04:45je ne dis pas que sont revenues
04:45pile au même niveau,
04:46ce n'est pas tout à fait le cas,
04:47mais les multiples de valorisation court-bénéfice
04:49sont revenues sur des niveaux hauts
04:51d'un point de vue des métriques historiques
04:53pour le SP500,
04:54c'est-à-dire que les investisseurs
04:55ont considéré que le 10%,
04:56c'était vraiment déjà la perte de solde,
04:58alors qu'on pouvait se dire,
04:59dans un contexte comme celui-ci,
05:0010, 15, 20% d'hésitation
05:03pendant quelques semaines ou quelques mois,
05:04ça n'aurait rien eu de fou
05:05par rapport à ce que valaient déjà les marchés
05:07avant ce conflit.
05:09Donc, si vous voulez,
05:09moi, c'est plus la question des valorisations
05:11qui me pose un petit problème
05:12que le fait que le marché rebondit,
05:13les algos font leur job, OK,
05:15mais la valorisation fait que
05:17les investisseurs tout de suite
05:18remettent les actions chères,
05:20presque là où elles étaient aussi chères,
05:21avant tous ces événements-là,
05:23alors même qu'on n'est pas encore en capacité
05:24de mesurer concrètement sur l'économie
05:26les effets.
05:26Et c'est ça que je trouve un peu étonnant,
05:28cette volonté des investisseurs
05:29de se ruer sur le moindre creux de marché,
05:32alors même qu'on n'a pas encore
05:33ou qu'on commence à avoir
05:34quelques petits effets,
05:35mais qui pour l'instant
05:35sont plutôt négatifs sur l'économie,
05:37mais on n'a pas le plein tableau de tout ça.
05:39Et donc, je trouve que certains investisseurs
05:40sont un peu au-delà,
05:42vont un peu au-devant
05:42de ce qu'il faudrait faire.
05:46Le marché a toujours raison,
05:47on dit,
05:47le marché a toujours raison
05:48jusqu'à ce qu'il ait tort.
05:49Est-ce qu'on a raison
05:50de payer les multiples
05:51de valorisation actuelle ou pas ?
05:52Moi, je ne suis pas tout à fait convaincu de ça.
05:54Et c'est dans ce contexte
05:55que les entreprises
05:56vont encore publier
05:57leurs résultats cette semaine.
05:5816 sociétés du CAC 40
06:00vont publier leurs chiffres d'affaires
06:01quand du côté des États-Unis,
06:02il faudra assurer qu'attention,
06:04Tesla mercredi
06:04ou encore Intel jeudi soir.
06:06Merci beaucoup,
06:07Alexandre Baradez
06:08qui nous a raccompagné ce matin.
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