00:00Nous sommes avec le directeur général de Kering, Luca Demeo, à l'occasion de la journée investisseur du groupe à
00:05Florence.
00:06Bonjour Luca Demeo. Merci d'être avec nous sur BFM Business.
00:10Ça y est, c'est le grand jour, on l'a attendu.
00:12Vous avez présenté votre plan stratégique Reconquering à Florence ce jeudi.
00:17Vous avez pris la parole pendant plus de 3h20.
00:19Vous avez enchaîné les rendez-vous derrière.
00:21Comment est-ce que vous vous sentez, Luca Demeo ?
00:23Bien, bien, motivé.
00:25Motivé, c'était une belle opportunité d'échanger avec des investisseurs, avec des médias.
00:29Je pense qu'il y avait plein de contenus.
00:32On a travaillé 6 mois pour faire ça.
00:36Pas que moi, mais une belle équipe derrière, même dans les marques.
00:39Et je pense qu'on est très confiants que c'est un plan solide et très sérieux.
00:43Alors dans ce plan, vous liez beaucoup la désirabilité, la créativité et aussi l'exécution, la discipline financière.
00:50Les deux sont très liés, dit-vous.
00:51D'ailleurs, c'était intéressant.
00:52Il y avait tous les directeurs artistiques de toutes les maisons qui étaient là au premier rang, à côté des
00:56investisseurs.
00:57C'était assez intéressant à regarder.
00:59C'est assez inédit.
01:02Votre priorité absolue, vous l'avez dit, Luca Demeo, c'est Gucci.
01:05Gucci qui représente plus de 40% des ventes, les deux tiers de la rentabilité opérationnelle du groupe.
01:11Concrètement, Luca Demeo, comment vous allez relancer Gucci ?
01:14Je pense que Gucci a l'avantage d'être une marque hyper connue.
01:19Donc, normalement, quand tu dois créer de l'autorité, tu as besoin de temps, tu as besoin de beaucoup d
01:23'investissement.
01:24Et ça, il ne faut pas le faire pour Gucci.
01:26En revanche, je pense que Gucci, c'est typiquement la marque qui est très connue.
01:31Et quand tu fais quelque chose de bien, qui est ce que les gens attendent d'une marque comme ça,
01:35qu'ils connaissent très bien, alors là, ça marche.
01:37Donc, ça, c'est un peu le pari.
01:39Il faut qu'on fasse des choses bien, qui soient des choses que les gens, en termes de qualité, de
01:44créativité du produit,
01:46de l'expérience dans les magasins, dans tout le marketing de la marque, etc., il faut qu'on revienne à
01:53faire du Gucci.
01:55Et c'est un peu ça qu'on a raconté aujourd'hui.
01:59Et c'est quelque chose qui est plutôt structuré et qui est déjà dans le système.
02:02Donc, je pense qu'on va avoir des résultats plutôt rapidement.
02:06Ça commence à progresser en Chine, vous avez dit, lors de la présentation des industriels.
02:09Oui, ça commence. Déjà, on a quand même fait une amélioration progressive dans les derniers deux ou trois quarters,
02:16mais on n'est pas là où on veut arriver. On vient de loin.
02:20Mais oui, il faut faire du bon travail. Et pour faire du bon travail, il faut un peu de temps.
02:25Et Francesca Bellettini, c'est la bonne personne pour mener ce projet ?
02:28Je pense que c'est une des plus grandes expertes dans l'industrie de la mode.
02:31C'est celle qui était derrière le succès de Yves Saint-Laurent.
02:34Elle a déjà fait ses preuves dans beaucoup de marques.
02:38Et je pense qu'elle est à sa place avec une équipe assez forte qu'on a mise, toute nouvelle,
02:44et en face d'un des plus grands créateurs de la dernière génération qui est Demna.
02:49Donc, je pense que d'un point de vue équipe, toutes les conditions sont là pour bien se jouer le
02:56championnat.
02:56Lougade Eméo, vous avez donné des chiffres aujourd'hui, notamment en termes de marge.
03:01Vous comptez doubler la marge opérationnelle en pourcentage à 22%.
03:05Alors, pour ça, vous allez continuer à faire des économies.
03:07J'ai dit plus que doublé.
03:08Plus que doublé, pardon.
03:09Vous allez continuer à faire des économies.
03:12Vous avez annoncé la fermeture de 250 boutiques d'ici à 2030, je crois.
03:16Vous avez déjà annoncé plein de choses.
03:17C'est ce dernier mois, vous l'avez dit.
03:19Vous avez notamment annoncé le report du rachat de Valentino.
03:23Luca Deméo, est-ce que vous allez finir par abandonner ce projet ?
03:26Non, non, non, je ne crois pas du tout.
03:28Ce n'est pas l'idée maintenant, ce n'est pas le moment de parler de ça parce que, justement,
03:32on a repoussé la discussion de deux ans,
03:34ce qui nous donne le temps de pouvoir résoudre des problèmes et se concentrer sur les défis qu'on a
03:41en interne dans notre périmètre aujourd'hui.
03:44Donc, je n'ai pas envie de... On n'a pas annoncé aujourd'hui le fait de repousser.
03:48Non, c'était il y a quelques mois.
03:48C'est quelque chose qui était déjà dans le système.
03:50Donc, moi, je vois ça d'un point de vue assez pragmatique.
03:53C'est que j'ai le temps pour assurer sur toutes les marques et sur toutes les catégories que je
04:01couvre maintenant.
04:02Et ça nous donnera de temps.
04:03Mais j'ai aussi envie, dans le moment où ça se passe, qu'on soit bien préparé, qu'on soit
04:09bien structuré.
04:09Et on sache exactement qu'on peut intégrer de façon complémentaire une autre marque dans le portefeuille.
04:17Vous avez annoncé aussi, fait des annonces en termes d'investissement, 5 à 6 % de votre chiffre d'affaires
04:23dans des investissements.
04:24Vous annoncez à l'occasion de cette journée investisseur prendre une participation minoritaire dans un groupe chinois qui s'appelle
04:30iCycle.
04:31Pourquoi cette décision ?
04:32Je pense que je suis bien placé en tant qu'ex-dirigeant de l'automotive, de l'industrie automobile, pour
04:41savoir l'importance de comprendre très bien ce qui passe en Chine.
04:49Soit en termes de business, mais aussi en termes d'innovation.
04:53Et ça, je pense que c'est important aussi dans l'industrie du luxe, dans l'industrie de la mode.
04:58Donc, à travers cette participation, je pense qu'on a un partenaire local, qui a aussi des ambitions au niveau
05:04international,
05:07pour comprendre l'écosystème des fournisseurs, les opportunités qu'il y a, comment le client chinois est en train d
05:13'évoluer, etc.
05:14Donc, je pense que c'est dans cet esprit de se rapprocher à la Chine, alors que la Chine nous
05:22a donné beaucoup en tant que, comment dire, industrie du luxe.
05:27Et donc, on est en train de renommer.
05:29Il y a d'autres initiatives qu'on a récemment annoncées, par exemple, le CRAFT, qui est cette résidence pour
05:34les créatifs chinois, pour pouvoir développer leurs compétences.
05:38Et ça, ça fait toute partie d'une forme de rapprochement au marché que je voudrais sur Kering.
05:44Parce que je pense que, dans les prochains 10, 20 ans, tu ne pourras pas faire comme on l'a
05:51fait dans le temps,
05:52où tu as imposé un modèle culturel, qui est derrière une marque de luxe, partout sur la planète, sans adapter
06:00l'offre et le message à chacune des réalités du marché.
06:04Le chinois, de plus en plus, il achète du luxe chinois aussi.
06:06C'est une façon pour vous d'être là-bas via iCycle ?
06:10C'est une façon de mettre un pied dedans. Vous voulez être le leader d'ici, fin 2030, du Next
06:15Luxurique. C'est quoi exactement le luxe d'après, Luc Ademio ?
06:18Je pense que le luxe, on voit des chiffres, aussi des tendances plus ou moins faibles dans le système, que
06:28le luxe va émerger sur d'autres catégories.
06:30On parle de luxe expérientiel, par exemple, depuis des années, etc.
06:33Mais je pense qu'on va avoir un mix différent de catégories.
06:37On parle beaucoup en ce moment, par exemple, on a parlé aujourd'hui de longévité, etc.
06:42Ça, c'est une tendance assez évidente dans les chiffres.
06:47Donc, le consommateur de produits et services de luxe va continuer de plus en plus à investir pour le soin
06:53personnel, la santé, etc.
06:56Et il va émerger dans d'autres géographies.
06:58C'est-à-dire, nous, on a passé beaucoup de temps à se concentrer, par exemple, sur la Chine qui
07:03est montée en puissance, etc.
07:05Il y a longtemps, sur les États-Unis, et maintenant, on va voir le luxe qui va, en fait, il
07:11suit où la création de valeurs et l'économie se développent.
07:15C'est normal.
07:16Donc, pensez à des pays comme l'Inde, comme le Sud-Est asiatique, l'Amérique latine, l'Afrique, etc.
07:22Et je pense d'avoir la chance, l'opportunité de pouvoir dessiner un système qui est plus adapté à ce
07:30que le luxe sera en futur.
07:32Parce que comme on doit faire le job de relancer, etc., ça me permet vraiment de me poser les bonnes
07:39questions.
07:40Et voilà, de faire quelque chose qui est plus orienté au futur.
07:45— Justement, vous aviez dit dans une interview à la presse que vous étiez là pour 4-5 ans, un
07:50petit peu en mission, à la tête de Kering.
07:54Certains ont pu trouver que c'était un peu court parce qu'on est dans une industrie du temps long.
07:58Vous pensez-vous que c'est suffisant, 4-5 ans, pour redresser Kering ?
08:01— Ça, c'est quand même un peu... Finalement, moi, je suis un mandataire social.
08:04Les mandataires sociaux, ils ont toujours une échéance.
08:08Donc, quand tu as des contrats de 4-5 ans, etc.
08:11Tout le monde me demande... Moi, je suis forcé d'essayer de maximiser l'impact que j'ai sur l
08:17'horizon du contrat que j'ai.
08:18Je suis sûr que le board... J'espère que le board va me permettre de continuer le travail.
08:24Mais en termes de mindset, la chose que je dois faire, c'est de dire « OK, c'est ça
08:29le contrat que j'ai.
08:30Et là, je vais essayer de faire le maximum pour faire avancer les choses.
08:34Et puis, on en parlera dans 4-5 ans. »
08:37Donc, je trouve déjà que c'est un privilège pour quelqu'un comme moi, à mon âge, disons, à la
08:47fin de ma carrière,
08:48de pouvoir me réinventer sur un autre secteur.
08:50J'adore les gens, les marques, les produits, etc.
08:54Je pense que le luxe, c'est une spécialité française.
08:58Italienne aussi, mais les grandes entreprises, les grands groupes, c'est des groupes français.
09:04Et je pense que c'est quelque chose qu'on doit protéger et développer.
09:08Parce que s'il y a une industrie où les Européens ont encore un leadership incontestable,
09:15où il y a trois quarts des produits, toutes catégories confondues, des yachts jusqu'au sac, c'est bien les
09:22Européens.
09:23Donc, trois quarts des produits, c'est des pays...
09:25Donc, il faut qu'on défende ça, qu'on développe en tant qu'un manager européen.
09:30Vous avez pu dire qu'il y avait eu des regards quand vous êtes arrivé dans cette industrie du luxe,
09:34vous qui veniez de l'automobile, etc.
09:36Vous l'avez ressenti vraiment, une sorte de regard un peu ?
09:40Moi, je pense que de temps en temps, il y a quelqu'un qui peut douter du fait que quelqu
09:46'un qui arrive dans l'autre monde puisse s'adapter.
09:49Mais moi, j'ai toujours été un peu un caméléon de ce point de vue-là,
09:54parce que j'ai changé beaucoup d'entreprises, de pays, etc.
09:57Et je n'ai pas l'impression d'être sauté sur une autre planète.
10:04J'étais toujours une personne de marque, une personne de produit, etc.
10:08Donc, je trouve que c'est super intéressant de pouvoir faire ça, vraiment.
10:14Et puis, vous espérez des résultats très rapides, notamment pour Gucci.
10:17C'est quoi ? Un objectif pour redresser la marque ? Un horizon dans le temps ?
10:21Non, je pense que dans le temps, on a aussi cherché, comment dire, des raccourcis.
10:31Je n'ai pas envie de prendre des raccourcis.
10:33Je pense que faire bien les choses nécessite du temps.
10:37Le luxe, c'est faire bien les choses, d'abord.
10:41Mais bon, l'avantage, c'est que dans la mode, les cycles de produits sont relativement courts.
10:50Donc, théoriquement, tu peux ajuster le tir et faire avancer les choses un peu plus rapidement.
10:55Et c'est notre intention.
10:56On travaille très tédure pour faire les choses bien et le faire le plus rapidement possible.
11:01Comment vous regardez, justement, c'est ma dernière question,
11:03les réactions en bourse, là, depuis mardi soir, depuis la publication des trimestriels ?
11:08Ça a pas mal baissé.
11:10Ce jeudi, ça baissait encore un petit peu le matin.
11:12Et puis, ça remonte doucement.
11:14Comment vous regardez les réactions des investisseurs ?
11:16Est-ce que vous en tenez compte, Luca Demeo ?
11:18Écoutez, nous, évidemment, on est une boîte côté à la bourse.
11:22Donc, il faut qu'on se préoccupe de créer de la valeur pour les investisseurs.
11:26Ça, c'est clair.
11:27Après, il ne faut pas s'obséder dans le court terme.
11:31Je pense que le marché a une forme d'intelligence.
11:36Et donc, la chose la plus importante, c'est qu'on fasse les choses comme il faut faire.
11:40Et c'était tout le sens, aussi, de la communication aujourd'hui, parce que je pense qu'on a bien
11:46montré à tout le monde
11:48qu'on est un groupe de gens qui sait de quoi ils parlent, qui sait exactement ce qu'ils veulent
11:55faire,
11:56et qu'on est, voilà, collectivement tous engagés à faire en sorte qu'on puisse créer de la valeur pour
12:02tout le monde.
12:02Parce que c'est pour nos clients, c'est pour nos employés, c'est pour les actionnaires, pour vous, pour
12:08tout le monde.
12:09Ça, c'est la responsabilité qu'on a.
12:11Merci beaucoup, Luca Demeo, directeur général de Kering, d'avoir été avec nous sur BFM Business aujourd'hui.
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