- il y a 2 jours
Aujourd'hui, dans « Les 4V », Gilles Bornstein revient sur les questions qui font l’actualité avec Manon Aubry, députée européenne LFI.
Catégorie
📺
TVTranscription
00:02Bonjour Manon Aubry, on va parler 1er mai. Le Premier ministre a promis une solution pour que les boulangers puissent
00:08travailler le 1er mai.
00:10Dès cette année, les boulangers, et uniquement les boulangers puisqu'il a refusé l'examen de la loi pour ouvrir
00:15davantage,
00:16si les boulangers pouvaient ouvrir le 1er mai, embaucher un salarié dès cette année, est-ce que ce serait grave
00:21?
00:21J'observe d'abord que le gouvernement a reculé et c'est d'abord une première victoire des travailleurs, des
00:28syndicats qui sont mobilisés,
00:29qui porte haut et fort l'histoire du 1er mai, qui est un jour de lutte pour les droits des
00:35travailleurs,
00:35qui est né en 1889 à Chicago et qui a permis de nombreuses conquêtes sociales dans notre histoire.
00:42C'est le seul jour de l'année qui est chômé et payé, et donc il n'y a aucune
00:47raison que ça ne change.
00:50Le problème, c'est qu'au début, vous commencez avec les boulangers et puis après, c'est un peu comme
00:55le travail du dimanche.
00:56Petit à petit, ça s'étend à tout le monde. Petit à petit, ce n'est pas payé davantage.
01:01Et donc, moi, j'estime, comme l'ensemble des syndicats d'ailleurs, que ce jour doit être sacralisé.
01:06Parce que c'est un jour...
01:07Y compris pour les boulangers.
01:09Vous savez, ils peuvent ouvrir un boulanger.
01:11Ils peuvent embaucher personne.
01:12Ils peuvent embaucher personne parce que les salariés sont protégés par le droit du travail.
01:15Mais si un patron veut ouvrir, il peut ouvrir.
01:17Et Gabriel Attal, qui portait ce projet de loi, pour moi, c'est vraiment le projet de loi porté par
01:25quelqu'un qui est...
01:26Mais je ne vous parle pas du projet de Gabriel Attal.
01:28Mais c'est l'initiative qui est née avec la volonté de faire travailler des salariés lors du 1er mai.
01:35Et c'est issu de quelqu'un qui n'a jamais connu le monde du travail, qui n'a connu
01:39que le 6e arrondissement et qui, je pense, ne connaît rien en réalité des travailleurs.
01:43Mais si des boulangers ou des fleuristes ouvrent et font travailler quelqu'un, est-ce que vous souhaitez qu'ils
01:49soient poursuivis ?
01:50Il y en a eu, je crois, 3 qui ont été poursuivis l'année dernière.
01:54Donc vous voyez que c'est relativement marginal et que l'enjeu, c'est de protéger ce 1er mai comme
01:59un jour qui est chômé et payé.
02:02Vous souhaitez un blocage du prix des carburants.
02:04Je crois que vous avez dit 1,70€ pour le super, 1,80€ pour le gasoil.
02:09Comment ça fonctionne ?
02:10Parce que le pétrole est plus cher que ça.
02:12Sur le marché, comment on fait d'un prix plus cher à un prix moins cher ?
02:16Alors, comment ça fonctionne ?
02:17Il y a deux étapes dans la vente du pétrole.
02:20Il y a la dernière étape qui est l'étape de vente.
02:23Et il y a l'étape en amont qui est l'étape du raffinage.
02:26Et c'est cette étape-là sur laquelle les entreprises pétrolières font le plus de profit.
02:31Les 4 principales entreprises pétrolières sont passées de 14€ sur le litre, si je ne dis pas de bêtises, sur
02:39la tonne,
02:39à 101€ sur la tonne, de 14€ à 101€ sur la tonne de marge.
02:46Et donc, si on bloque ces marges-là, c'est de cette manière-là que vous allez pouvoir, derrière, bloquer
02:50le prix de l'essence.
02:51Là, aujourd'hui, ça doit être à peu près 2,20€.
02:52On peut arriver à un gasoil à 1,80€, gagner 40 centimes par litre, juste en prenant les marges des
03:00raffinaires.
03:00Je vous donne un exemple très concret, qui est celui de Total, qui, depuis un mois, a fait plus d
03:06'un milliard d'euros de profit,
03:08parce que le pétrole qu'ils ont vendu depuis un an, un mois, en réalité, c'est du pétrole qu
03:13'ils ont acheté avant le début de la crise,
03:15et donc qu'ils n'auraient jamais dû vendre à ce prix-là.
03:18Et donc, le blocage des prix, c'est pensé comme une mesure, évidemment, court-termiste,
03:22le temps que les marchés, ensuite, le prix des marchés redescendent.
03:25Mais c'est une urgence sociale pour des millions de gens, là, les gens qui nous écoutent ce matin.
03:30Ils vont probablement aller travailler, prendre leur voiture, et il faut qu'ils sachent qu'aujourd'hui,
03:35une majorité des groupes politiques du Parti Socialiste jusqu'à l'extrême droite se refusent à bloquer les prix,
03:42et derrière, protègent les intérêts des grandes entreprises pétrolières.
03:45C'est d'ailleurs pas un zart si un certain nombre de députés possèdent des actions dans des entreprises pétrolières,
03:51c'est le cas de Total. Vous faites une mou de la tête, mais imaginez quelqu'un qui gagne de
03:57l'argent,
03:57un député qui gagne de l'argent, parce qu'il a des actions, oui, de conflits d'intérêts.
04:02Vous accusez des parlementaires de conflits d'intérêts, de voter, de toute façon, il n'y a pas eu de
04:05vote.
04:05De conflits d'intérêts, de conflits d'intérêts.
04:06Personne n'a voté contre un blocage, il n'a pas été proposé au vote.
04:08Non, mais des groupes politiques, quand vous avez des députés comme des députés macronistes,
04:13oui, il y a un certain nombre de députés macronistes, il y en a 15 en tout,
04:17qui se prononcent contre le blocage parce qu'ils ont des actions des groupes pétroliers.
04:21Je constate qu'ils ont des actions dans des groupes pétroliers,
04:24et si vous avez des actions dans des groupes pétroliers,
04:26que vous êtes fait en moyenne 70 000 euros, que vous possédez 400 000 euros,
04:30et c'est le total de ces députés-là qui possèdent des actions dans l'entreprise Total,
04:35vous n'avez pas intérêt à bloquer les prix des produits de première nécessité,
04:38vous n'avez pas intérêt à bloquer le prix de l'essence,
04:40et vous n'avez pas intérêt à ce que le cours de l'action de Total baisse.
04:46Donc oui, moi j'observe que face à la situation aujourd'hui que l'on a,
04:50la seule possibilité, la seule proposition, c'est le blocage du prix à 1,80 euros,
04:56et je regrette qu'on soit les seuls à le proposer.
04:58La loi Yadant sera discutée vraisemblablement demain à l'Assemblée nationale.
05:01Elle dit ceci en son article 437.1, on va le voir.
05:06Le fait de provoquer directement ou indirectement à la destruction ou à la négation d'un État
05:12est puni de cinq ans d'emprisonnement.
05:14Qu'est-ce qui, dans cette formulation, vous empêcherait de critiquer,
05:18même sévèrement, même violemment, Netanyahou, ses ministres, sa politique, la colonisation ?
05:24Qu'est-ce que vous voulez ? Qu'est-ce qui empêche de critiquer dans cette formulation-là ?
05:27Alors, vous avez mis un des articles, il y en a quatre.
05:31Donc, je remets en contexte la loi.
05:34L'objectif de la loi, elle est problématique à trois égards,
05:37et je vais couvrir également cet article, ne vous inquiétez pas.
05:39Premier problème, c'est que ça crée un délit d'opinion.
05:43Dans le premier article, si ma mémoire est bonne,
05:46vous avez une notion de délit implicite,
05:50et donc de implicitement encourager à faire l'apologie du terrorisme.
05:54Vous savez très bien que cet implicite sera discuté à l'Assemblée nationale,
05:57qu'il peut y avoir un amendement.
05:59François Nantes, par exemple, a dit qu'il veut...
06:00Vous voyez bien qu'il y a un premier problème sur la notion d'implicite.
06:03J'y arrive, ne vous inquiétez pas.
06:05La notion d'implicite n'existe pas dans le Code pénal.
06:08Aucun juge pourra déterminer clairement ce qu'il y a dedans.
06:12Donc, vous voyez, on est déjà d'accord sur un premier problème.
06:14Mais ce n'est pas la question d'être d'accord ou pas.
06:15Deuxième problème, c'est que, dans cette loi,
06:18on associe tous les Juifs de France à l'État d'Israël.
06:24Vous savez combien de fois est cité le mot « Israël » dans le projet de loi ?
06:28Zéro.
06:29C'est dans le...
06:3017 fois.
06:30Non, c'est cité dans la...
06:3117 fois.
06:32C'est cité dans l'exposé des motifs.
06:34Et donc, l'object...
06:35Mais pourquoi vous dites que je l'ai la loi ?
06:37L'exposé des motifs, M. Borstein, pour un législateur,
06:41c'est ça qui explique la loi.
06:42C'est pas dans ma loi, c'est dans l'exposé des motifs.
06:43C'est ça qui donne l'intention de la loi pour le juge derrière qui devra...
06:47Qu'est-ce qui empêche, vous m'avez dit ?
06:48Qu'est-ce qui empêche dans cette formulation de critiquer même durement la politique israélienne ?
06:53J'y arrive.
06:54Il y a un paradoxe, d'ailleurs, c'est que Mme Yadant, qui est rapportrice de cette loi,
06:59nie l'existence de l'État de Palestine.
07:01L'État de Palestine, il est reconnu par la République française.
07:06Et donc, on voit même qu'il est contre-productif dans l'objectif qui est posé par Mme Yadant.
07:12Vous voyez bien que cette loi est floue.
07:14Elle a un objectif, c'est de créer un délit d'opinion.
07:17Mais est-ce qu'on est d'accord qu'elle n'empêche pas de critiquer même durement la politique de
07:21l'État d'Israël ?
07:22Si vous critiquez durement la politique de l'État d'Israël,
07:26et que vous dites, par exemple, qu'il faut qu'il y ait un État palestinien,
07:31et que les Palestiniens ont le droit de résister à la colonisation...
07:35Par tous les moyens. Dans la pétition, il y a marqué par tous les moyens.
07:38Cette phrase-là, pour avoir dit à votre antenne, cette phrase-là,
07:41si demain la loi Yadant est adoptée, je peux être poursuivie en justice, M. Bernstein.
07:46Je peux être poursuivie en justice.
07:48Et donc, vous trouvez ça normal qu'aujourd'hui, on crée un délit d'opinion dans notre pays ?
07:53Toutes les associations, y compris la Commission Nationale Consultative des Droits Humains,
07:58disent que ça crée un délit qui est flou, qui est absolument arbitraire,
08:02et c'est pas un hasard, s'il y a 700 000 citoyens qui se sont mobilisés contre cette loi,
08:05de la même manière où un million de citoyens ont signé, et je termine là-dessus,
08:10ont signé une initiative citoyenne européenne pour suspendre l'accord d'association.
08:13Vous voyez, toutes les voix qui défendent aujourd'hui la cause palestinienne
08:16sont critiquées et pointées du doigt, et c'est aussi pour ça qu'on s'y oppose.
08:19Manon Aubry, invité des 4h, désolé pour avoir débordé.
08:22Merci.
Commentaires