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  • il y a 54 minutes
Nelly Cremel, 39 ans, mariée, mère de famille et joggeuse. Au printemps 2005, c'est dans un film d'épouvante qu'elle se retrouve plongée. Enlevée alors qu'elle courait, retrouvée le crâne fracassé, le ventre frappé de décharges de chevrotines. Deux suspects arrêtés, dont un récidiviste, condamné pour un assassinat perpétré vingt ans plus tôt de la même façon.
Retrouvez tous les jours en podcast le décryptage d'un faits divers, d'un crime ou d'une énigme judiciaire par Jean-Alphonse Richard, entouré de spécialistes, et de témoins d'affaires criminelles.

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Transcription
00:00Ah !
00:0114h-15h, c'est l'heure du crime sur RTL.
00:06Le cadavre se trouvait ici, recouvert de branchages et d'un pneumatique,
00:10la tête étant située au niveau des rondins.
00:13On découvre les baskets qui correspondent à la description de la victime,
00:17son short et également une alliance au doigt
00:22où est marquée l'inscription Christian et la date du mariage.
00:26Bonjour, Nelly Kremel, 39 ans, mariée, mère de famille et joggeuse.
00:32Au printemps 2005, c'est dans un film d'épouvante qu'elle se retrouve projetée,
00:36enlevée alors qu'elle courait, puis retrouvée, le crâne fracassé,
00:40le ventre touché de décharges de chevrotines.
00:43Deux suspects arrêtés, dont un récidiviste condamné pour un assassinat similaire,
00:48perpétré 20 ans plus tôt.
00:50Nelly Kremel, jogging mortel, l'heure du crime.
00:53La seule émission radio 100% fait diverser tout de suite sur RTL.
01:02Jeudi 2 juin 2005, 19h45,
01:06Christian Kremel vient signaler la disparition de son épouse Nelly, 39 ans,
01:10auprès des gendarmes de l'affaire Tessoujouard, en Seine-et-Marne.
01:14La profession du mari, commandant à la DGSE, le contre-espionnage français,
01:19rend tout de suite l'affaire particulière et sensible.
01:22Christian Kremel explique que son épouse devait venir la chercher vers 18h,
01:28à la gare de la Ferté, mais elle n'était pas là.
01:30Une heure auparavant, leur fille de 12 ans avait trouvé la porte de la maison close.
01:36La clé était cachée sous une pierre.
01:38Une habitude de son épouse dès qu'elle part courir.
01:41Christian Kremel ajoute que Nelly l'a emmenée ce matin à la gare
01:45pour qu'il prenne son train pour Paris.
01:47Elle a ensuite conduit leur fille au collège, puis en fin de matinée, elle est partie courir.
01:52Vers 10h30, 11h, Nelly a dit à une voisine qu'elle allait faire son jogging.
01:57Le mari précise qu'elle part généralement en direction du hameau Le Tiller.
02:01Le sac à main de la disparue est retrouvé dans sa voiture.
02:04Le lendemain, 80 gendarmes, des chiens, un hélicoptère et des hommes de la police fluviale
02:11ratissent ce coin de forêt.
02:13Dans les jours qui suivent, une demi-douzaine d'individus sont placés en garde à vue.
02:16Sans résultat, la famille et des collègues de Christian Kremel participent aux recherches.
02:22On savait que ce n'était pas une fugue.
02:24On explorait tout, même les indications données par des médiums.
02:28Rivière, carrière, fossé.
02:30Je me souviens du père de Nelly qui courait partout et celle de son mari qui ne cessait
02:36de l'appeler par son prénom, dit un de ses proches.
02:40Vendredi 10 juin 2005, 15h15, 8 jours après la disparition de Nelly Kremel, deux amis de
02:47la famille qui participent aux recherches ainsi que le frère du mari aperçoivent sous
02:52un tas de branchages un mollet, puis une basket bleue.
02:55Il s'agit bien du corps de la disparue.
02:57Il repose à proximité d'un chemin forestier près du hameau du Tarvel.
03:03Nelly Kremel porte sa tenue de joggeuse.
03:06Elle n'a pas été dénudée.
03:08Elle n'a plus la banane accrochée autour de sa taille pour courir.
03:12La victime porte des coups très violents.
03:14Au crâne, à la face, le visage a été complètement défoncé avec une extrême brutalité,
03:19à l'aide peut-être d'un bâton ou d'une pierre.
03:22Cette vision est tellement choquante que l'expert légiste va comparer ce traumatisme avec un
03:28choc frontal du type accident de la route.
03:32La victime a aussi reçu deux tirs de chevrotine à l'abdomen.
03:36La main gauche, qu'elle levait pour se protéger, a été criblée de plomb.
03:39Le tir s'est produit à courte distance.
03:43Dans la nuit du samedi 11 au dimanche 12, un couple se présente à la gendarmerie
03:47pour dénoncer un certain Serge Mathé, 25 ans.
03:51Ce maçon célibataire, sans le sou, connu de la justice pour un dossier de corruption de mineurs,
03:56habite à Rebaix, à 20 minutes du domicile des Kremels.
04:00La veille, lors d'une soirée chez des amis, Mathé a avoué avoir tiré sur la joggeuse
04:06et lui avoir donné des coups de crosse et de rondin.
04:08Il raconte qu'il est ami avec quelqu'un dont il ne donne pas le nom.
04:14Serge Mathé est facilement interpellé.
04:17Il explique effectivement avoir sympathisé avec un autre habitant de Rebaix,
04:21le dénommé Patrick Gâteau.
04:23Ce dernier lui proposait de faire des cambriolages.
04:25Le 2 juin, Gâteau est passé, le prendre, à 8h du matin,
04:29avec la Peugeot 104 bleue de sa femme.
04:32Il parlait de faire un braquage ou de braquer une bonne femme.
04:35Mathé a pris le volant.
04:36Ils ont commencé à roder dans le coin.
04:38Vers 11h, ils ont croisé Nelly Kremel.
04:40Elle courait sur la petite route.
04:42Gâteau lui a demandé de faire demi-tour, de rattraper cette femme.
04:45Arrivé à sa hauteur, Gâteau serait sorti avec un fusil de chasse.
04:49Nelly Kremel a commencé à crier au secours,
04:52mais elle a été forcée de monter à bord.
04:54Les 2 hommes l'ont conduite dans un bois.
04:56Sa banane ne renfermait qu'un Walkman à 20 euros et une montre.
05:01Serge Mathé dit avoir su, alors que les choses allaient mal tourner.
05:06Il a préféré frapper la femme avec un bâton pour éviter que Gâteau ne la tue.
05:11Peine perdue.
05:12Patrick Gâteau aurait tiré deux coups de fusil, puis porté des coups avec un rondin.
05:16Ils se sont enfuis.
05:17Le bracelet montre de Nelly Kremel est retrouvé chez Mathé.
05:23Première déposition, premiers aveux et première version des faits,
05:27parce qu'il va y en avoir beaucoup d'autres.
05:28Il va falloir affiner toutes ces déclarations
05:30et les gendarmes vont s'appliquer beaucoup à écouter ces deux personnes
05:33parce qu'effectivement on va rattraper le fameux Gâteau,
05:37le fameux Patrick Gâteau qui est un récidiviste dangereux et très malin.
05:41Mais tout ça, on va le voir dans la suite de l'heure du crime.
05:44Alors il faut revenir au commencement de cette affaire avec cette disparition,
05:48la disparition de Nelly Kremel.
05:49Bonjour Jean-Philippe Guérin.
05:50Bonjour.
05:51Merci beaucoup d'être avec nous aujourd'hui dans le studio de l'heure du crime.
05:54Vous étiez à l'époque colonel et vous commandiez la section de recherche de Paris au moment des faits.
05:59Alors un petit mot là-dessus, pourquoi tout de suite vous dites
06:02« Oh là là, cette disparition, ça n'a rien d'un accident, ça a l'air plutôt inquiétant ».
06:06Je rappelle qu'à l'époque, Nelly Kremel c'est la première « joggeuse » comme ça, entre guillemets, qui
06:11est enlevée.
06:12Tout à fait. Alors d'abord comment est-ce qu'on arrive dans le dossier ?
06:14On arrive dans le dossier de manière très simple parce que tout simplement les enquêteurs locaux
06:17n'ont pas les moyens de vérifier l'emploi du temps de M. Kremel
06:20qui bossent à la DGSE et comme on le ferait dans n'importe quel dossier.
06:22Ça, ça attire votre attention.
06:23Exactement. Et donc ils sont obligés de se tourner vers la SR de Paris
06:26qui a les entrées à la DGSE et qui peut leur donner un alibi
06:29concernant le travail de M. Kremel la veille, au jour de la disparition.
06:32Et c'est comme ça qu'on rentre dans le dossier.
06:34Et quand on se déplace dans le vendredi après-midi sur place
06:36pour prendre un peu connaissance de ce dossier, qui nous intrigue quand même,
06:38c'est pas comme tous les jours qu'on a ce genre de questionnement,
06:41là on découvre l'ampleur des investigations qui sont à conduire.
06:44Parce qu'effectivement on a une dame qui a disparu,
06:46les premiers renseignements qui ont été récupérés par la gendarmerie locale
06:49sont des renseignements qui effectivement peuvent permettre de penser qu'elle est inquiétante
06:53et donc on rentre dans le dossier à ce moment-là.
06:54Vous rentrez dans le dossier et encore un petit mot, je l'ai dit,
06:57le mari effectivement de Nelly Kremel, c'est pas n'importe qui,
07:00c'est un officier de la DGSE, c'est un monde assez sensible,
07:04c'est le confrincellonnage.
07:05Donc tout de suite, il faut fermer cette porte.
07:07Alors tout à fait, c'est la première porte qui est fermée,
07:10bien entendu c'est à l'emploi du temps de M. Kremel,
07:11donc cette porte-là on va pouvoir la fermer très rapidement avec nos contacts à la DGSE.
07:16Mais par contre quand on arrive sur le terrain,
07:18ce qui nous inquiète c'est la multitude de pistes qui s'ouvrent devant nous.
07:21Parce qu'on a toutes les hypothèses qui vont depuis la fugue volontaire de Mme Kremel
07:25qui a décidé pour des raisons qui lui appartiendraient de disparaître
07:28jusqu'à l'enlèvement pour un mobile crapuleux en rapport avec le métier de son mari.
07:32Ou sexuel d'ailleurs.
07:33En passant par les mobiles sexuels, les mobiles crapuleux classiques,
07:37l'accident de voiture, elle a été percutée par une voiture pendant son jogging,
07:41l'accident cardiaque pendant la course.
07:42En fait, on a tout un tas de pistes qui sont sur la table.
07:44Et oui, on n'imagine pas comme ça.
07:46Mais le panorama criminel, il est très large.
07:48Et tout de suite, vous vous retrouvez confronté à cette multitude de pistes qui sont devant vous.
07:53Bonjour Franck Moulin.
07:54Bonjour.
07:55Merci beaucoup, vous aussi, d'être dans ce studio que vous connaissez si bien, le studio RTL.
07:59Vous êtes directeur de la rédaction de RTL.
08:01Mais si vous êtes avec nous aujourd'hui, c'est parce qu'à l'époque, vous étiez reporter.
08:03Vous travaillez à la rédaction de RTL.
08:05Vous étiez sur le terrain et vous avez beaucoup enquêté sur cette affaire.
08:08Franck Moulin, vous êtes là.
08:10Vous arrivez pour les premières recherches.
08:12A quoi ça ressemble cet endroit où cette femme a disparu ?
08:15Quelle est l'ambiance qui règne sur ces recherches ?
08:19Il s'agit d'une zone, dans la grande région parisienne, une zone boisée, avec des petites villes, des grandes
08:27forêts.
08:28Et j'ai le souvenir très clair qu'au cours des différentes fois où je suis allé suivre pour RTL
08:33les recherches,
08:34des petites routes départementales, peu larges, avec de chaque côté de la forêt des champs.
08:41Et puis, ici ou là, des voitures de gendarmerie qui coupent la route
08:46pendant que les recherches se poursuivent avec des dizaines et des dizaines de gendarmes
08:51ou en uniforme bleu ou en uniforme kaki.
08:53Et puis, il y a quelque chose qui m'avait marqué à l'époque,
08:57c'est que quand on est comme ça, reporter, et qu'on suit des recherches,
09:02on essaye de parler aux uns et aux autres, ou aux gendarmes, ou aux gens qui passent.
09:06Et je me souviens très clairement que sur une petite route départementale,
09:08il y avait un petit groupe de jeunes hommes sportifs adultes
09:14avec des cartes et des boussoles.
09:16Sur vêtements ?
09:17Sur vêtements, exactement.
09:18Et je m'arrête et je leur demande,
09:20bonjour, je suis reporter RTL, vous participez aux recherches ?
09:23Qu'est-ce que vous faites ?
09:25Et ils m'avaient répondu, non, non, on ne parle pas à la presse,
09:28on est des amis de M. Crémel.
09:30Des collègues ?
09:31Voilà, en fait, c'était très facile d'en déduire,
09:33et on le sait aujourd'hui, que c'était des militaires de la DGSE
09:36qui aidaient leurs collègues à retrouver le corps.
09:39Et d'ailleurs, ce sont deux de ces militaires,
09:41qui se prénomment Laurent et Marc,
09:43qui sont allés à la gendarmerie signaler qu'ils avaient découvert le corps.
09:47C'est quand même incroyable,
09:48parce qu'il y a eu effectivement cette confraternité au sein de la DGSE.
09:52Tout le monde s'est précipité pour essayer de retrouver cette femme.
09:55Encore un petit mot, Jean-Philippe Guérin.
09:57Nelly Crémel, elle est retrouvée massacrée.
10:00L'autopsie va comparer les blessures à un accident de voiture, c'est dire.
10:04Alors, quand elle sera retrouvée, effectivement, le vendredi qui suit,
10:06c'est-à-dire huit jours après sa disparition,
10:09effectivement, le corps sera en grande partie sur la partie supérieure.
10:12C'est-à-dire, essentiellement, le visage sera effectivement massacré.
10:15Et quand on aura la description de la manière dont elle était tuée,
10:18effectivement, on comprendra pourquoi elle est massacrée.
10:19Serge Maté, c'est le premier interpellé.
10:21Il ne résiste pas à la garde à vue, lui.
10:23Dès qu'on le met dans la voiture pour le ramener à la brigade,
10:26il se met déjà aux aveux.
10:28Le suspect numéro 2, pour lui, c'est plus compliqué.
10:31C'est un multi-récidiviste.
10:33Nelly Crémel, jogging mortel.
10:35J'ai tiré un premier coup de feu.
10:37Patrick Gâteau m'a dit, encore, encore, vas-y.
10:39Il y a deux gâchettes.
10:41L'enquête de l'heure du crime.
10:42On se retrouve dans un instant sur RTL.
10:47Merci d'écouter RTL.
10:55RTL, votre radio.
10:5814h-15h, Jean-Alphonse Richard sur RTL.
11:02L'heure du crime.
11:03L'heure du crime consacrée aujourd'hui à l'affaire Nelly Crémel.
11:06Cette joggeuse, 39 ans, a été assassinée dans un bois,
11:09en Seine-et-Marne, début juin 2005.
11:11Frappée à mort, criblée de chevrotines.
11:13Un homme est rapidement arrêté, bientôt un deuxième,
11:16avec un profil des plus inquiétants.
11:19Dimanche 12 juin 2005, 18h15.
11:22Patrick Gâteau, 48 ans, cuisinier,
11:25est interpellé chez lui dans le village de Rebaix.
11:27Il se dit étranger au crime,
11:29puis comprend qu'il vaut mieux s'expliquer.
11:31S'il s'est retrouvé dans cette affaire,
11:33dit-il, c'est à cause de son ami Serge Maté.
11:35Il a voulu lui rendre service,
11:37parce que cet homme avait besoin d'argent.
11:39Ils sont donc partis ensemble pour faire un coup.
11:41L'idée, c'était un cambriolage.
11:44Gâteau explique qu'ils ont attaqué la joggeuse,
11:46car elle portait un sac banane
11:48qui aurait pu contenir les clés de sa maison.
11:51Après la capture, Gâteau certifie n'avoir tiré aucun coup de feu
11:54et n'avoir pas frappé la victime.
11:57Il ne connaissait pas cette Nelly Crémel.
11:59Il reconnaît que le fusil de chasse
12:01qui a servi à la tuer lui appartient.
12:04Il s'agit d'une arme prêtée par son frère.
12:06Il lui avait emprunté pour aller tirer le lapin lors du crime.
12:10Patrick Gâteau était également porteur d'un pistolet à grenailles.
12:13Il assure que Serge Mathé est lui seul à tuer la joggeuse.
12:18Dès lors, les versions des deux suspects ne vont cesser de varier.
12:22Ils vont se renvoyer la responsabilité du crime.
12:25Mathé affirme avoir agi sous la menace de Gâteau.
12:28J'ai tiré un premier coup de feu.
12:30Patrick Gâteau m'a dit « Encore, encore, vas-y ! Il y a deux gâchettes ! »
12:34Gâteau le regardait alors qu'il frappait la victime.
12:37Après le crime, il est passé le voir en lui disant
12:40qu'il fallait oublier ce qui s'était passé.
12:43Les gendarmes de la section de recherche de Paris sont troublés
12:46par le récit livré par Serge Mathé.
12:48Il correspond en effet à un crime commis par Patrick Gâteau,
12:5319 ans auparavant, presque jour pour jour, près de Lyon.
12:56Celui, le 1er juin 1984, de Jeannine Brandl, 49 ans.
13:01La femme avait été tuée à coups de fusil de chasse.
13:04Avec un autre homme, Gâteau voulait voler sa voiture.
13:07Le complice avait tiré, mais il accusait lui aussi Patrick Gâteau
13:11de l'avoir encouragé à le faire.
13:13Même scénario donc que pour Nelly Kremel.
13:15Gâteau avait été condamné à la perpétuité.
13:18Au total, le casier judiciaire de cet homme porte 11 condamnations,
13:23des vols avec violence.
13:24Au moment de l'assassinat de Nelly Kremel,
13:27Patrick Gâteau était en semi-liberté.
13:29Après 15 ans, passer derrière les barreaux,
13:31le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy,
13:34s'empare de l'affaire Kremel, il se dit scandalisé.
13:37Il pointe du doigt le juge qui a osé remettre un monstre pareil
13:41en liberté conditionnelle.
13:43Il estime que le magistrat devra payer pour sa faute.
13:47Polémique qui va embraser le dossier judiciaire.
13:51Le juge concerné va répliquer dans le journal Le Parisien
13:54en indiquant que M. Sarkozy ferait bien de réviser
13:59son code de procédure pénale.
14:02Mardi 21 juin 2005, presque 20 jours après l'assassinat
14:05de Nelly Kremel, celle-ci est inhumée dans le cimetière
14:09de Rueil en Brie.
14:10Nicolas Sarkozy est présent, mais il ne fait aucun commentaire.
14:13Dans les mois qui suivent, Gâteau et Mathé vont multiplier
14:16les versions les plus fantaisistes, parfois insultantes,
14:20pour la mémoire de la victime.
14:21Serge Mathé dit ainsi avoir eu une relation sexuelle
14:24avec Nelly Kremel.
14:26Patrick Gâteau va également raconter qu'il connaissait
14:28la mère de famille, il l'avait déjà rencontrée.
14:30Il explique que son ami Mathé était l'amant de la victime
14:34et que c'est lors d'une dispute dans le bois que le drame
14:37se serait noué.
14:39Déclaration dépourvue de tout fondement fantaisiste, déplacée.
14:43Les enquêteurs légistes estiment que les dernières déclarations
14:48de Serge Mathé sont compatibles avec leurs conclusions.
14:51Sous la pression de Patrick Gâteau et sous ses ordres, Mathé aurait tiré
14:55un premier coup de fusil en visant le sac banane de la victime,
14:58puis un deuxième, voyant qu'elle gémissait, il l'aurait achevé
15:03en la frappant à la tête.
15:07Difficile à ce stade de savoir qui est le meneur, l'instigateur de ce crime
15:10créacupuleux et quasiment gratuit.
15:12On se demande si Patrick Gâteau finalement, et ça c'est une vraie question
15:16qui va se poser, ne serait pas en quelque sorte un voyeur criminel.
15:20Je m'explique.
15:21Quelqu'un qui aimerait voir quelqu'un en tuer un autre.
15:23Parce qu'effectivement, les deux affaires dans lesquelles il est mêlé
15:26sont exactement les mêmes.
15:28Deux femmes tuées, tuées par quelqu'un d'autre, sous les yeux de cet homme,
15:33de Patrick Gâteau, qui prend un plaisir, certains, sans doute,
15:36à regarder cette scène, même si ça, il le nie complètement.
15:40Jean-Philippe Guérin, éclairez-nous un petit peu sur cette histoire.
15:43Vous étiez à l'époque colonel et commandant de la section de recherche de Paris
15:46au moment des faits.
15:47La SR de Paris, comme on dit, c'est elle qui a mené toute cette enquête.
15:50Et effectivement, on vous doit l'élucidation de ce dossier.
15:55Il est curieux, Patrick Gâteau.
15:57Parce que lui, il connaît la musique en garde à vue, contrairement à Maté.
16:01Contrairement à Maté, effectivement, Gâteau est un habitué des gardes à vue.
16:04Donc, il sait exactement comment se déroule une garde à vue.
16:06D'ailleurs, les premières 24 heures de la garde à vue,
16:08il commence par nier complètement son implication de cette affaire.
16:11Et puis, devant l'accumulation à la fois des témoignages
16:13que les gendarmes ont pu récupérer
16:15et des éléments matériels qu'on a sortis,
16:18au bout d'un moment, il reconnaît qu'il est effectivement sa présence.
16:20Donc, on a globalement le dimanche,
16:22on a à peu près la manière dont s'est déroulé le scénario.
16:25Ce qui va gêner, enfin, ce qui va polluer tout le débat après, judiciaire,
16:29ça va être qui assume la responsabilité de l'homicide.
16:31C'est-à-dire qui a tué au final.
16:32Et ça va être tout ça l'intérêt de l'information judiciaire.
16:35Et Gâteau, il est beaucoup plus intelligent, j'ai envie de dire,
16:37entre guillemets, que Maté.
16:38Si je prenais une image, je dirais qu'il y a un dominant et un dominé dans le couple.
16:43Effectivement, Gâteau nous apparaît très rapidement à la fois
16:45parce qu'on a son curriculum vitae judiciaire.
16:47Qui est effrayant.
16:47Qui est absolument effrayant.
16:49Et puis surtout qu'on a la réitération exacte du crime
16:52pour lequel il a été condamné pour assassinat.
16:55Ça nous frappe quand on lit la procédure
16:57parce qu'évidemment, on se penche dans la procédure de 15 ans précédents.
16:59Et on a le sentiment d'avoir exactement la même chose.
17:02Vous avez copie conforme.
17:03C'est une photocopie.
17:04C'est la même.
17:04On peut mettre ces deux affaires et se superposent.
17:06C'est la même.
17:07On peut complètement les fusionner.
17:08Et donc, oui, on a quelqu'un qui nous paraît être le dominant du couple.
17:12Et quand on environne effectivement Serge Maté,
17:15par contre, on a vraiment le dominé du couple.
17:17Et tout dans son parcours montre que c'est le dominé du couple.
17:19Alors effectivement, c'est un récidiviste, cet homme.
17:21Un récidiviste très dangereux.
17:23Patrick Gâteau, Franck Moulin.
17:24Vous êtes avec nous dans cette heure du crime.
17:26A l'époque, vous avez beaucoup enquêté dans cette histoire.
17:28Vous êtes aujourd'hui directeur de la rédaction à RTL.
17:30Et c'est un plaisir de vous recevoir dans cette heure du crime.
17:34Nicolas Sarkozy, il met les pieds dans le plat.
17:37Lui, il rentre dans le débat.
17:38A l'époque, il est ministre de l'Intérieur.
17:40Et il va dire que c'est un scandale.
17:42On a laissé courir cet homme.
17:43Il devrait être en prison.
17:46Il n'aurait jamais dû tuer cette femme.
17:47Oui, il y a eu, au moment où on a appris l'identité et le pédigré et le parcours criminel
17:54de Patrick Gâteau,
17:56à la fois une forme de sidération, puis une polémique judiciaire et politique très rapide.
18:04Parce que c'est une situation à la fois terrible, révoltante et très rare.
18:08D'un côté, la loi a été respectée et de l'autre, ça mène à un drame scandaleux
18:14qu'est la reproduction copiée-collée d'un crime terrible.
18:17Donc oui, Nicolas Sarkozy, très rapidement et très puissamment, parle à l'Assemblée nationale.
18:23Il est ministre de l'Intérieur.
18:24Vous l'avez dit, il dit que le juge doit payer pour sa faute.
18:28C'est une phrase très forte.
18:30Il parle puissamment et il parle rapidement.
18:32La garde à vue, vous le disiez à l'instant, a lieu, se termine le dimanche.
18:36Le mardi, il parle à l'Assemblée nationale en demandant des comptes au juge qui lui a répondu.
18:40Et ça donnera lieu plus tard à deux lois, une en décembre,
18:44et puis une quand Nicolas Sarkozy sera président de la République sur la rétention de sûreté.
18:49Oui, on a oublié un petit peu tout ça.
18:51Mais à l'époque, c'est un débat qui est très violent.
18:53Jean-Philippe Guérin, c'est compliqué.
18:55Quand on est le patron d'une section de recherche de gendarmerie, les politiques sont là.
19:00Vous avez un cabinet du ministre de l'Intérieur qui est aussi actif que celui de M. Sarkozy en 2005.
19:05Oui, c'est compliqué pour l'enquête.
19:06Le temps médiatique et le temps politique, ce n'est pas le temps de l'enquête judiciaire.
19:10Les enquêteurs sur le terrain ont besoin de temps parce qu'ils récupèrent des informations.
19:13Ils ont besoin de les vérifier, de les recouper.
19:14Ça prend du temps.
19:15Et la version politique et la version médiatique, ce n'est pas en même temps.
19:19Il faut aller très vite.
19:20Et donc, le rôle d'un patron, c'est le rôle du patron de l'ASR,
19:23c'est de faire un peu le tampon entre tout ça,
19:24de manière à laisser nos enquêteurs, eux, faire leur job d'enquêteur sur le terrain,
19:27tout en mettant une couche de temporisation vis-à-vis du politique.
19:31Ça n'a pas toujours été simple.
19:32Pour qu'on se rende compte du brasier dans lequel on était en termes de polémique,
19:38il faut bien se remettre en tête que le crime terrible a lieu en juin 2005
19:44et Patrick Gatteau est libre depuis décembre 2003.
19:49Donc, ça fait très peu de temps qu'il est dehors.
19:52Qu'il est dehors, d'abord en semi-liberté, puis en liberté conditionnelle,
19:55après une condamnation à perspétuité.
19:58Et il refait exactement le même crime.
20:00C'est de la récidive pure et simple.
20:04C'est très très rare.
20:04Je suis d'accord avec vous.
20:06C'est même une sidération.
20:07Parce qu'effectivement, on se dit, cet homme, c'est vrai,
20:10la logique veut dire populaire.
20:12Le bon sens populaire veut dire qu'il fallait qu'il soit en prison.
20:15C'est le bon sens populaire.
20:16C'est un sujet qu'on avait sur la table à l'époque,
20:17puisque les policiers et les gendarmes se plaignaient de la remise en liberté régulière.
20:21On voyait toujours les mêmes délinquants qui revenaient.
20:23C'était déjà un sujet qu'on avait sur la table.
20:25Et donc, le ministre de l'Intérieur rebondit sur cette affaire-là
20:28pour en faire un sujet national et d'ampleur national.
20:30Qui enflamme le débat.
20:31Et le fait est, c'est que l'enquête, elle va continuer.
20:34Elle n'est pas finie.
20:35Avec une longue lettre de ce multi-récidiviste.
20:39Nelly Kremel, jogging mortel.
20:41C'est toi qui va la tuer.
20:43L'enquête de l'heure du crime.
20:44Comment le timide et immature Serge Maté
20:46en est-il arrivé à commettre un assassinat d'une telle violence ?
20:50Un complice fragile, Patrick Gatteau est-il le donneur d'ordre ?
20:54A suivre dans un court instant sur RTL.
21:00Bonne journée sur RTL.
21:08RTL, votre radio.
21:11L'heure du crime, présenté par Jean-Alphonse Richard sur RTL.
21:15Certains surveillants m'avaient dit que si quelqu'un méritait à ce moment-là la libération conditionnelle,
21:20c'était bien lui.
21:21Mais quand on me parle de l'affaire Kremel, qui n'est même pas l'affaire de M. Gatteau,
21:26j'ai imprimé dans ma mémoire, dans ma tête, la photo de Mme Kremel.
21:30Je l'ai imprimée à vie.
21:33Au programme de l'heure du crime, l'affaire Nelly Kremel.
21:36En juin 2005, cette joggeuse a été attaquée et tuée par deux hommes dans une forêt de Seine-et-Marne.
21:41L'un des individus a déjà été condamné pour un assassinat.
21:44Il ne va cesser de se dire étranger à cette affaire.
21:48Mercredi 3 mai 2006, 11 mois après la mort de Nelly Kremel,
21:53une trentaine de gendarmes cernent à un quadrilatère entre les communes de Rueil,
21:57Lusancy, les Bondons et Montménard, le périmètre dans lequel la joggeuse a été assassinée.
22:04L'arme du crime, le fusil, a été retrouvé dans le jardin de Serge Mathé,
22:08mais les deux hommes se renvoient toujours.
22:10La responsabilité de l'assassinat.
22:12Mathé répète que Patrick Gatteau lui avait donné un ordre.
22:15« C'est toi qui va la tuer ! » Il lui hurlait dessus.
22:19Il se serait alors exécuté.
22:20Dans les mois qui suivent, Patrick Gatteau adresse une lettre de 12 pages
22:24au juge d'instruction de mots, Nicolas Guillou.
22:27D'emblée, il déclare « Je refuse d'être jugé pour ce que je n'ai pas fait. »
22:32Il dénonce une enquête à charge, se dit victime de son sombre passé criminel.
22:36Il regrette seulement n'avoir rien fait pour empêcher le geste fatal de Mathé.
22:42Selon l'expert psychologue, Serge Mathé, sans ressources, très influençable et faible,
22:47timide au point de n'avoir jamais eu une relation amoureuse de sa vie,
22:50n'avait pas les épaules pour commettre seul un crime pareil.
22:54Patrick Gatteau, qui se considère comme le complice et non pas l'auteur de l'assassinat,
22:58refuse l'examen de l'expert psychologue.
23:01Lors de leur courte rencontre, l'expert dépeint Patrick Gatteau comme un individu facilement irritable, agressif.
23:08Gatteau refuse d'être entendu également par le psychiatre.
23:12De toute manière, il n'y aura pas de procès d'assise.
23:14Après toutes les révélations que je vais faire, lui dit-il,
23:18les proches de Patrick Gatteau le qualifient tous de malin, filou, menteur, manipulateur.
23:27Et dans cette heure du crime, on retrouve nos invités dans cette affaire Nelly Crémel.
23:31Franck Moulin, vous êtes avec nous dans cette heure du crime.
23:33A l'époque, vous étiez sur le terrain, un reporter pour RTL, vous avez suivi cette affaire.
23:37Aujourd'hui, vous êtes directeur de la rédaction de notre radio.
23:41C'est étonnant, Patrick Gatteau, il faut faire un peu de psychologie,
23:43là même si aucun de nous n'est psychologue ou psychiatre,
23:46mais il faut entrer un peu dans la tête de Patrick Gatteau, si on peut.
23:49Il va dire, je suis un complice, je ne suis pas un auteur.
23:53J'ai l'impression que ça résume tout le personnage.
23:56Il est dans la négation, comme il avait été dans la négation
23:58lors de son premier acte, de son premier crime, c'est un récidiviste.
24:02Oui, toutes les expertises qui ont pu être faites en pointillé,
24:05parce qu'il en a refusé beaucoup,
24:08laissent entrevoir un personnage qui refuse ses responsabilités,
24:12qui a une tendance aussi à la fabulation.
24:14D'ailleurs, dans les gardes à vue, il a eu moultes versions des faits.
24:18Et puis, un personnage évidemment violent,
24:22sans aucun recul sur ses actes,
24:24en tout cas sans jamais avoir aucun regret,
24:27et qui a vraiment enchaîné les condamnations
24:31depuis ses 17-18 ans.
24:33Parce qu'il parle beaucoup, effectivement, vous avez raison de le souligner,
24:36Gatteau, il est prolixe, il aime bien raconter, etc.
24:40Mais, à propos de Nelly Kremel, dont il ne prononce d'ailleurs jamais le nom,
24:45il ne dit rien, il n'y a pas d'empathie, il n'y a zéro, il n'y a
24:47pas de regret.
24:48Aucune.
24:49Tout comme, il y a un vrai parallèle avec le premier crime,
24:53une femme isolée, un butin ridicule,
24:55et une absence totale de prise de responsabilité.
24:59Jean-Philippe Guérin, vous êtes avec nous également dans cette heure du crime,
25:02colonel, et à l'époque commandant la section de recherche de Paris.
25:06Évidemment, cette affaire, même des années après,
25:08vous la connaissez vraiment sur le bout des doigts.
25:10Selon vous, sans Patrick Gatteau,
25:14Serge Maté aurait-il tué ?
25:16Non, je pense qu'il n'aurait même pas enlevé.
25:18C'est-à-dire que Patrick...
25:19Même pas.
25:20Serge Maté n'avait absolument pas la carrure de quelqu'un
25:23qui était capable de partir avec une voiture.
25:25D'abord, il n'en avait pas à l'époque.
25:26Je rappelle, c'est quand même la voiture de la conjointe de Patrick Gatteau,
25:29qui est utilisée.
25:31Et il n'avait absolument pas la carrure, ni pour faire un cambriolage.
25:33C'est pourquoi ils étaient partis tous les deux le matin,
25:35quand ils ont rencontré Nelly Kremel, ils étaient partis pour un cambriolage.
25:37Et puis, surtout pas pour enlever une personne,
25:40et ensuite encore moins la tuer.
25:41Non, non, il n'y avait absolument pas de doute
25:42dans l'esprit des enquêteurs, au fur et à mesure que les gardes à vue ont avancé là-dessus.
25:46Quand il dit que Patrick Gatteau lui a dit
25:49c'est toi qui va la tuer.
25:51C'est un ordre.
25:52Vous le disiez tout à l'heure, c'est le dominant, Gatteau.
25:55Mais là, il est effrayant.
25:56Parce que, racontez-nous ce que dit Maté.
25:59Maté, il dit, il me criait dessus sans arrêt.
26:00Complètement. Maté était même menacé dans une des versions
26:02qu'il nous a livrées pendant la garde à vue.
26:04C'est qu'il était menacé par le pistolet à grenailles
26:06que tenait Patrick Gatteau
26:08et qu'il le menaçait en disant
26:09« Tire, tire, tire. »
26:11C'est-à-dire qu'il était menacé lui-même avec l'arme
26:15de devoir tuer Nelly Kremel.
26:16C'est comme ça que ça a été livré.
26:17Et c'est la version qu'on a retenue.
26:19Et c'est la version qui a été retenue jusqu'au procès.
26:21Franck Moulin, quand on écoute Jean-Philippe Guérin,
26:25c'est toujours très frappant
26:26parce qu'on a l'impression d'y être à ce moment-là.
26:29Il y a une tension terrifiante autour de ce crime.
26:31C'est ça aussi qui fait la nature de ce crime
26:34très particulier de Nelly Kremel.
26:35Oui, on parle d'un dominant,
26:38d'un dominé chez les deux criminels.
26:39Il faut s'imaginer la scène.
26:40Il y en a un, Serge Maté,
26:42on ne l'a peut-être pas assez souligné,
26:43qu'à 26 ans, il est jeune.
26:45L'autre, on a près de 48.
26:48Il y a une grande différence d'âge.
26:50Et puis Serge Maté, c'est un ouvrier, un maçon.
26:53Tout le monde a toujours dit
26:54que c'était un ouvrier simple,
26:56bon ouvrier,
26:58qui est sans le sou depuis...
27:01qui est sans ressources
27:03depuis le mois d'avril, je crois,
27:04alors que le crime a lieu en juin.
27:05Oui, il est complètement...
27:06Il n'a plus un sou.
27:06Et donc, il est influençable
27:09et il tombe très rapidement
27:10sous la coupe de Patrick Gâteau.
27:12Oui, effectivement, c'est un homme...
27:14Bon, il se laisse attraper, finalement.
27:16Et il va le suivre de manière quasiment aveugle.
27:19C'est ça qui est très étonnant.
27:20Jean-Philippe Guérin.
27:22Patrick Gâteau, on l'a dit,
27:24c'est un malin, c'est un roublard.
27:26Il connaît la musique judiciaire.
27:28Mais question pour vous.
27:31Moi, j'ai toujours eu le sentiment,
27:32peut-être que je me trompe,
27:33mais qu'il incite à tuer
27:35parce que comme ça, il dira
27:36je ne me salis pas les mains, finalement.
27:37C'est exactement ça, Jean-Alfons.
27:40C'est-à-dire que dans les deux crimes
27:41qu'il a commis,
27:42dont celui dont on parle aujourd'hui,
27:43Nélie Kremel,
27:44en fait, le sentiment,
27:45c'est qu'il dévie le tir final.
27:46C'est-à-dire que ce n'est pas sur lui
27:47que doit porter l'accusation judiciaire
27:49sur le fait de meurtre,
27:51sur le fait d'assassinat.
27:52C'est forcément l'autre personne.
27:54Sauf que ça ne colle pas
27:55avec les deux personnages.
27:56Ça ne colle pas avec les deux caractères
27:57qui sont présents sur le site.
28:00Et tout ce travail
28:01que va faire Patrick Gâteau
28:02pendant tout le temps de l'instruction,
28:03qui est relativement l'instruction du juge Guillou,
28:05elle va durer quand même
28:06un peu plus d'une année et demie,
28:07pendant tout ce temps-là,
28:08il va y avoir de multiples versions
28:10qui vont tenter d'écarter Patrick Gâteau
28:11de l'acte final,
28:13qui est la question la plus importante.
28:15Il sait ce qu'il risque.
28:16il est en libération conditionnelle.
28:18Il sait pertinemment que
28:20s'il reconnaît être le dominant
28:22et être celui qui a tué,
28:24dans ce cas-là,
28:24sa vie est terminée
28:26d'un point de vue extérieur.
28:27Il va partir au total
28:29pour la durée de temps restant.
28:32C'est fini et ce sera la perpétuité pour lui.
28:34Exactement.
28:35Il n'y échappera pas.
28:35Il n'y échappera pas.
28:36On va le voir un petit peu dans la suite.
28:39Franck Moulin,
28:40lorsque vous vous souvenez de cette histoire,
28:43qu'est-ce qui était le plus frappant pour vous,
28:44ce qui vous a le plus marqué,
28:46à ce stade de l'enquête ?
28:47C'est le fait que cet homme récidiviste
28:49n'aurait peut-être pas dû être là.
28:51C'est l'ambiance autour.
28:53Parce qu'on n'a pas beaucoup parlé aussi
28:54de la famille,
28:54de la famille de la victime
28:55qui a beaucoup souffert dans cette histoire.
28:57Il y a plusieurs choses marquantes.
28:59D'abord,
29:01au-delà du fait que la disparition
29:04d'une joggeuse
29:04est toujours un thème de faits divers
29:07qui alimente tous les fantasmes
29:08et qui crée,
29:09j'allais dire,
29:10mécaniquement,
29:11l'intérêt de la presse,
29:13le fait,
29:14dans un second temps,
29:15d'avoir un époux commandant de la DGSE
29:19rajoute au halo de mystère.
29:22Puis,
29:23après l'arrestation,
29:25trois choses.
29:26D'abord,
29:26un effet de,
29:27je l'ai dit,
29:29de révolte et de sidération
29:31quand on apprend qu'elle a été tuée
29:33pour une montre,
29:3520 euros,
29:37et un walkman.
29:39Et puis,
29:40quand on apprend que
29:43le criminel
29:44avait fait
29:45le même type
29:46d'assassinat
29:4921 ans avant,
29:52c'est vraiment ça
29:53qui est le plus marquant.
29:53C'est qu'on se dit,
29:54mais ce n'est pas possible.
29:56Trois ans après les faits,
29:57les deux hommes vont être jugés.
30:00Nelly Kremel,
30:01jogging mortel.
30:02Gâteau m'a dit,
30:03fais la terre.
30:05Il m'a dit de prendre
30:06un bout de bois.
30:07J'ai frappé jusqu'à ce qu'elle tombe.
30:09L'enquête de l'heure du crime.
30:10On se retrouve dans un instant
30:11sur RTL.
30:13Merci d'écouter RTL.
30:21RTL,
30:22votre radio.
30:24L'heure du crime,
30:25présentée par Jean-Alphonse Richard
30:27sur RTL.
30:29Retour dans l'heure du crime
30:30sur l'affaire Nelly Kremel,
30:31une joggeuse et mère de famille
30:33de 39 ans,
30:34froidement assassinée
30:35par deux hommes
30:36dans un bois
30:37en Seine-et-Marne.
30:37Une attaque sauvage,
30:39crapuleuse.
30:40Trois ans plus tard,
30:40les suspects sont jugés.
30:43Lundi 9 juin 2008,
30:44Patrick Gâteau,
30:4551 ans,
30:47lunettes,
30:47corpulence ronde
30:48et Serge Mathé,
30:4928 ans,
30:50cheveux courts,
30:50tête bien droite,
30:52se retrouvent devant
30:52la cour d'assises
30:53de la Seine-et-Marne
30:54à Melun.
30:55Deux gendarmes,
30:56c'est par les accusés.
30:57Ils se sont connus
30:58six mois
30:59avant l'assassinat
31:00de Nelly Kremel.
31:01Mathé,
31:02maçon,
31:02en congé maladie,
31:03n'avait plus un sou.
31:05Gâteau lui a proposé
31:06de lui donner
31:06un coup de main.
31:07Banal démarrage
31:08d'un engrenage tragique.
31:11Il m'a proposé
31:11de se faire
31:12une bonne femme,
31:13se souvient Mathé.
31:14Dans le box,
31:15Gâteau assure
31:16qu'il n'a jamais dit ça.
31:17Le jour du drame,
31:18Nelly Kremel
31:19descendait la route
31:20à petite foulée.
31:21Eux,
31:21arrivés en face.
31:23Gâteau m'a dit
31:23c'est elle.
31:24Il m'a dit
31:25de la faire monter
31:26à sur Mathé.
31:27Absolument pas,
31:28interrompt Gâteau.
31:30Mathé poursuit.
31:31Elle criait au secours.
31:33J'avais peur,
31:34j'étais terrorisé.
31:35Lui,
31:35il hurlait,
31:35il criait,
31:36il me menaçait.
31:37Patrick Gâteau
31:38témoigne à son tour.
31:40Madame Kremel
31:40était calme.
31:41Elle est montée
31:42à l'arrière,
31:43on a discuté avec elle.
31:44Leur intention
31:45était de cambrioler
31:46la maison.
31:47Quand je me suis rendu
31:48compte que c'était impossible,
31:49je voulais la lâcher,
31:51loin,
31:51mais je n'avais aucune intention
31:53de lui faire du mal,
31:54explique Patrick Gâteau.
31:55Serge Mathé rétorque,
31:57il m'a dit
31:57qu'il fallait
31:58qu'on s'en débarrasse
31:59parce qu'elle avait vu
32:00nos visages
32:01et la voiture.
32:02J'étais comme hypnotisé,
32:04j'étais en sueur.
32:06Selon lui,
32:06Nelly Kremel pleurait.
32:08Gâteau m'a dit,
32:09fais la terre.
32:10Il m'a dit
32:11de prendre un bout de bois,
32:12j'ai frappé avec un rondin
32:14jusqu'à ce qu'elle tombe.
32:16La fille de Nelly Kremel,
32:1714 ans,
32:18vient témoigner.
32:19Pendant les recherches,
32:20j'étais persuadé
32:20que maman allait revenir
32:22à mes yeux.
32:23On allait la retrouver,
32:24dit-elle.
32:25L'avocate générale
32:26s'interroge,
32:27co-auteur ou complice ?
32:28Gâteau et Mathé
32:29voulaient faire ensemble
32:31un mauvais coup.
32:32Ils ont tous les deux
32:33scellé le sort
32:34de Nelly Kremel.
32:35Ils sont donc co-auteurs,
32:37exprime la magistrate.
32:38Elle demande
32:39la perpétuité
32:41pour les deux accusés.
32:44Et on va voir
32:45dans le prochain chapitre
32:46ce que les jurés
32:47vont décider
32:47parce que là,
32:48l'enjeu,
32:48il est énorme
32:49pour ces deux hommes
32:50qui ont tué une joggeuse.
32:51Je le rappelle,
32:51Nelly Kremel,
32:52elle a, entre guillemets,
32:53je dis bien entre guillemets,
32:54c'est important,
32:55elle a inauguré la série
32:56des joggeuses
32:57qui ont été prises en partie
32:59violentées,
33:00parfois assassinées.
33:02Effectivement,
33:02elle est en cela
33:03une espèce de symbole,
33:04Nelly Kremel.
33:05C'est une histoire
33:05qui a marqué
33:06les imaginations.
33:08Alors,
33:08est-ce que vous viendrez
33:08à écoper d'une peine
33:09identique ou différente ?
33:10On va voir ça,
33:11évidemment,
33:12dans la suite
33:12de l'heure du crime.
33:13Jean-Philippe Guérin,
33:14vous êtes avec nous
33:15dans le studio
33:16de l'heure du crime
33:16et je vous en remercie encore.
33:17Vous étiez colonel,
33:19commandant de la section
33:20de recherche de Paris
33:21au moment des faits.
33:24Alors,
33:24vous êtes observateur
33:25lors de ce procès.
33:26Vous êtes venu
33:27un petit peu voir
33:27ce qui se passait.
33:28et vous n'êtes pas entendu.
33:29C'est un de vos collègues
33:30qui va être entendu
33:31sur l'enquête.
33:33Alors,
33:34Maté,
33:34il est dans le récit,
33:36assez précis d'ailleurs.
33:37Il est assez clair
33:38dans ce qu'il raconte.
33:40Gâteau,
33:41il est dans la dénégation
33:42la plus absolue
33:43avec une espèce
33:45de politesse
33:46un peu insultante d'ailleurs.
33:47Il prend les choses
33:48de très haut.
33:50Les personnages,
33:50ils sont fidèles
33:51à eux-mêmes
33:51comme vous les aviez
33:52vus en garde à vue.
33:52Oui,
33:53ils sont très fidèles
33:54à eux-mêmes.
33:54Globalement,
33:55la version de Serge Maté
33:56n'a pas beaucoup changé
33:57depuis que c'est la
33:58toute première
33:59qu'on avait eue
33:59pendant la garde à vue initiale.
34:02Globalement,
34:02il a à peu près
34:03maintenu la même version
34:04pendant toute la phase
34:04d'instruction
34:05à epsilon près.
34:06Celle,
34:07en revanche,
34:07de Patrick Gâteau,
34:08il est dans un fil rouge
34:10qui est sensiblement le même.
34:11C'est-à-dire,
34:12j'ai participé,
34:13j'ai accompagné,
34:14mais je ne suis pas le responsable.
34:15Ce n'est pas moi le meurtrier.
34:16Ça a été à peu près sa version
34:17pendant toute l'instruction
34:18avec tout un allumage
34:19de contrefeu
34:20pendant toute l'instruction
34:21pour envoyer les magistrats
34:23et les enquêteurs
34:23sur des pistes
34:24de recherche supplémentaires.
34:25Il fait essayer
34:26de gagner un peu de temps.
34:27Et puis au procès,
34:28ça va être à peu près
34:28la même chose.
34:29C'est-à-dire qu'on va se retrouver
34:30dans cette même logique
34:31de quasiment jusqu'au bout
34:33de j'ai participé,
34:34mais je n'ai pas été
34:35le responsable du meurtre.
34:36C'est ça.
34:37Donc effectivement,
34:39il essaie de faire passer
34:40cette vision.
34:41Un petit mot encore,
34:42Jean-Philippe Guérin.
34:43On n'en a pas parlé.
34:43À quoi est-ce qu'ils ressemblent
34:45physiquement,
34:46ces deux hommes ?
34:48Vous les avez vus
34:49au fil des mois,
34:50des années,
34:51puis vous allez les revoir
34:51à ce procès.
34:52À quoi est-ce qu'ils ressemblent ?
34:53Ils sont identiques ?
34:55Pas du tout.
34:56Serge Maté,
34:57c'est un petit jeune,
34:58un peu immature.
34:59J'entendais Franck tout à l'heure
35:00qui le présentait.
35:01Il a un gros côté immature,
35:03Serge Maté.
35:04Ou bien que c'est quelqu'un
35:05qui est à peine sorti
35:06de l'adolescence,
35:07qui se cherche,
35:08qui n'a pas de stabilité.
35:09Enfin bref,
35:10un gars qui a 26 ans
35:10mais qui pour autant
35:11n'est pas posé dans la vie.
35:12Alors qu'on est à côté
35:13de quelqu'un,
35:14déjà qui est beaucoup plus âgé,
35:15qui a presque 50 ans,
35:16qui a un lourd passé judiciaire,
35:18qui connaît bien
35:19l'institution pénitentiaire
35:20et l'institution judiciaire.
35:23qui connaît,
35:24qui a tiré des enseignements
35:25de ce qui lui est arrivé.
35:26Donc on n'a pas du tout
35:27les mêmes profils.
35:28Et on est vraiment sur...
35:29C'est pour ça que tout à l'heure
35:30je parlais un peu
35:30de dominant-dominé.
35:31On est vraiment dans ce rapport-là.
35:33De dominant à dominé.
35:34Et ça, on l'a...
35:34Quelqu'un qui est plus costaud, César ?
35:36Oui, un peu costaud physiquement,
35:37etc.
35:37Alors que Serge Maté
35:38est plus fluet,
35:39plus effacé, etc.
35:40Donc il y a vraiment...
35:41On est vraiment sur deux personnages
35:42complètement différents
35:43et on a très peu de doute,
35:44voire quasiment pas de doute
35:45dès le départ
35:46sur qui est celui
35:47qui dirige,
35:48qui est à l'origine.
35:50Je vous l'ai dit tout à l'heure,
35:51Serge Maté n'avait même pas
35:52le profil pour monter
35:53sur un cambriolage tout seul.
35:54Donc c'est dire
35:55s'il était fragile ce garçon.
35:57Sans l'excuser d'ailleurs
35:58sur ce qu'il a pu faire
35:59puisque c'est lui quand même
36:00qui tire à la carabine
36:02sur Nelly Kremel.
36:03C'est lui qui la défigure.
36:05Justement, Franck Moulin,
36:07directeur aujourd'hui
36:08de la rédaction RTL,
36:09à l'époque vous aviez enquêté
36:10sur cette affaire.
36:11Alors Gâteau,
36:12il a beau dire
36:12j'y suis pour rien,
36:13j'y suis pour rien,
36:14mais la brutalité de la scène,
36:16je pense qu'elle vous a marqué
36:18à l'époque
36:18lorsque vous avez appris
36:19les conclusions des légistes.
36:20Oui, ce qui est saisissant
36:22et écœurant,
36:23c'est que
36:25c'est la violence du crime,
36:26la violence des coups
36:27qui donne la mort.
36:28C'est avec des bouts de bois,
36:31avec des rondins.
36:33Ce qu'il a sous la main.
36:34À grands coups de rondins
36:36pour tuer Nelly Kremel.
36:37C'est Serge Maté
36:38qui porte ses coups.
36:40Et donc les deux armes à feu
36:41qui sont là,
36:42le fusil de chasse,
36:43le pistolet à grenaille,
36:45n'ont pas servi à tuer.
36:46Oui, c'est ça qui est...
36:47Le fusil,
36:48il a tiré avec le fusil,
36:49Maté,
36:50mais elle n'était pas morte.
36:51Exactement.
36:52Ce ne sont pas les coups de feu.
36:52Et donc c'est vraiment
36:53l'acharnement à coups de rondins
36:56qui est à la fois
36:57vraiment saisissant
36:58et écœurant.
36:59Si tu peux me permettre,
36:59Jean-Alphonse,
37:00le corps est tellement défiguré
37:01le vendredi
37:02où il est découvert en forêt
37:03que quand on contacte
37:04le médecin légiste,
37:05c'était à l'époque
37:05Madame Lecomte
37:06qui était la patronne
37:07de l'IML de Paris,
37:09en fait,
37:09elle se déplace sur place
37:10pour faire elle-même
37:11le relevé du corps
37:12tellement le visage
37:13avait été abîmé
37:14et en petits morceaux.
37:15De manière à ce que ce ne soit pas
37:16les enquêteurs
37:16qui relèvent le corps,
37:17mais que ce soit directement
37:18le médecin légiste
37:19qui vienne faire le relevé
37:20du corps sur le terrain
37:21avant de l'autopsie
37:22à l'IML à Paris.
37:23Il y a des plaies
37:24de 13 cm de long,
37:253 cm de large.
37:26Oui, donc effectivement,
37:27là, il n'y a plus de visage.
37:28Ah, il n'y a plus de visage.
37:29Il n'y a plus de visage.
37:31Encore un mot,
37:32Jean-Philippe Guérin,
37:34il y a la fille
37:35de Nelly Crémel
37:36qui vient témoigner
37:37à ce procès,
37:38très court,
37:38mais elle est dans l'émotion.
37:40Évidemment,
37:40c'est une adolescente.
37:42La famille a beaucoup souffert
37:43de toute cette affaire.
37:45Oui, bien sûr
37:45que la famille a beaucoup souffert
37:46à la fois pour des raisons judiciaires
37:47mais également pour des raisons médiatiques
37:49parce que d'un seul coup,
37:50la famille Crémel
37:51se retrouve projetée
37:52sur le devant de la scène
37:52et puis là,
37:53si vous voulez,
37:54après,
37:54toute votre vie
37:55est allée sur la scène.
37:56Donc c'est quelque chose
37:56qui a beaucoup marqué M. Crémel.
37:58D'autant plus que je permets
37:59de le rappeler,
37:59pour un enquêteur,
38:01les proches sont toujours
38:02les premiers suspects
38:03dans une enquête judiciaire
38:04quand on démarre.
38:04On n'y échappe pas,
38:05évidemment.
38:05Et on n'y échappe pas
38:06et c'est normal
38:06que les enquêteurs
38:07soupçonnent les proches
38:08parce que dans un crime,
38:09on commence toujours
38:10par l'environnement
38:10le plus proche.
38:11Et d'ailleurs,
38:11c'est ce qui a été fait
38:12dans ce dossier-là
38:13puisque dès le premier jour
38:14où la section de recherche intervient,
38:16on passe au peigne fin
38:17la maison du couple Crémel.
38:20Dix jours de procès
38:21et le verdict.
38:23Nelly Crémel,
38:23jogging mortel
38:24pour qu'il n'y ait plus
38:26aucune Nelly
38:27qui croise la route
38:28de ces deux individus.
38:29L'enquête de l'heure du crime,
38:31je vous retrouve tout de suite
38:31sur RTL.
38:32N'oubliez pas,
38:34téléchargez l'application RTL
38:36pour écouter
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38:38ainsi que des contenus inédits.
38:42L'heure du crime
38:43présentée par Jean-Alphonse Richard
38:45sur RTL.
38:47Dans l'heure du crime,
38:48l'affaire Nelly Crémel,
38:49cette joggeuse,
38:50maman d'une adolescente,
38:51a été assassinée
38:52par deux hommes
38:53en juin 2005
38:54dans un bois
38:54de Seine-et-Marne.
38:56Deux hommes aux assises
38:57trois ans plus tard,
38:58il se renvoie la balle.
38:59Le verdict
39:00après une dizaine
39:01de jours de débat.
39:04Mercredi 18 juin 2008,
39:06Patrick Gatteau
39:07est condamné
39:07à la perpétuité
39:08avec une peine de sûreté
39:09de 22 ans.
39:11Serge Maté
39:11écoque pour sa part
39:13de 30 ans de détention
39:14et 16 ans de sûreté.
39:16Les jurés
39:17ont tenu compte
39:18du passé sombre
39:19de Gatteau,
39:19déjà condamné
39:20à la perpétuité
39:21pour un assassinat
39:22et de l'absence
39:23de casier judiciaire
39:24pour Maté.
39:26Lors de sa plaidoirie,
39:28maître Catherine
39:28Bayuchet,
39:30avocate
39:30de la famille
39:30Crémel,
39:31avait indiqué
39:32que son client,
39:33Christian Crémel,
39:34le mari de Nelly,
39:36était sans haine
39:37mais qu'il ne pouvait
39:38pas pardonner.
39:39Elle avait présenté
39:40deux hommes
39:40autant responsables
39:42l'un que l'autre.
39:43L'avocate
39:43avait plaidé
39:44pour qu'il n'y ait
39:45plus aucune autre
39:46Nelly
39:47qui croise la route
39:48de Maté
39:49et Gatteau
39:49pour qu'aucune famille
39:51ne vive
39:52ce qu'ils ont vécu.
39:54Il y avait
39:55beaucoup de monde,
39:56les gens sont venus,
39:57il a fait beau
39:58ce jour-là,
39:59il faisait beau
40:01et on a vraiment
40:03prié pour elle.
40:04Je n'ai pas arrêté
40:05de regarder sa fille,
40:06ses parents,
40:08son mari
40:09et il n'y avait
40:10pas de mots.
40:11C'était trop...
40:13C'était pesant.
40:15La voix de Faïsa
40:16Salamouni,
40:17c'est une voisine
40:18du couple Crémel.
40:19Elle témoignait
40:20sur France 2.
40:21Elle assistait
40:21à ses obsèques,
40:22obsèques qui étaient
40:23extrêmement émouvants,
40:23très silencieuses
40:26dans ce village
40:27de Seine-et-Marne.
40:28Il y avait
40:29beaucoup de monde
40:29mais tout le monde
40:30était très recueilli.
40:31C'est une histoire
40:31qui a beaucoup frappé
40:32les esprits.
40:33Justement,
40:34Franck Moulin,
40:34vous êtes directeur
40:35de la rédaction RTL
40:36à l'époque,
40:36je le rappelle,
40:37si vous êtes là avec nous,
40:38c'est que vous connaissez
40:39bien ce dossier,
40:39vous avez enquêté.
40:41C'est vrai que cette histoire,
40:43la première joggeuse
40:44assassinée,
40:45Nelly Crémel,
40:46elle porte une symbolique
40:47mais dans plein de domaines.
40:49Elle a vraiment marqué
40:50les imaginations.
40:51C'est une des pages
40:51importantes du crime français.
40:53Oui, symbolique
40:54à plusieurs titres.
40:55D'abord,
40:56c'est le symbole
40:59qui rend réelle,
41:01j'allais dire,
41:02la peur statistiquement
41:05irrationnelle
41:06de la joggeuse
41:06qui va se faire agresser
41:08et tuer quand elle part seule.
41:09La femme seule.
41:10Voilà, exactement.
41:11Et puis aussi,
41:12c'est une page
41:13qui se tourne
41:14dans les rapports
41:15entre la classe politique
41:16et les juges.
41:16Les juges ont parfois
41:18été critiqués,
41:19on en a beaucoup parlé
41:19au moment de l'affaire Grégory,
41:21mais cette affaire
41:22Nelly Crémel
41:23et les prises de position
41:24d'abord de Nicolas Sarkozy,
41:26c'est une des premières affaires
41:28dans laquelle
41:29il y a des attaques
41:31rapides,
41:31directes,
41:32d'un politique
41:33contre des juges
41:34et contre des juges
41:36nommément cités.
41:37Oui, c'est ça.
41:38C'est un petit peu
41:39Jean-Philippe Guérin,
41:40vous êtes avec nous,
41:41colonel,
41:41commandant de la section
41:42de recherche de Paris
41:43au moment des faits.
41:44Vous le disiez,
41:45hors micro,
41:45on en parlait,
41:46on peut le dire,
41:47vous disiez,
41:47c'est la fin d'un tabou
41:48aussi cette histoire.
41:49Oui, cette histoire,
41:50c'est vraiment le moment
41:50où sur un fait criminel,
41:52on avait déjà eu
41:53des attaques des politiques,
41:54notamment dans les affaires
41:56financières,
41:56on avait déjà eu
41:57des critiques
41:57de la classe politique
41:58envers les juges.
41:59Mais sur un fait judiciaire
42:01de type homicide,
42:02c'est une des toutes premières affaires
42:04dans laquelle
42:04il y a un tambou
42:05qui est tombé,
42:06c'est-à-dire
42:06que le politique attaque
42:07directement un juge
42:08qui a pris une décision
42:09à un moment donné,
42:09en conformité avec la loi
42:11à l'époque,
42:12de permettre la remise
42:13en semi-liberté
42:13de quelqu'un
42:14qui avait déjà été condamné
42:15pour un assassinat.
42:16Donc c'est la fin d'un tabou,
42:17c'est la fin d'une période,
42:18cette affaire,
42:18elle est emblématique
42:19sur plein de domaines,
42:20dont celui-ci.
42:21La famille,
42:22vous l'avez beaucoup rencontrée
42:23à l'époque ?
42:23Alors, M. Crémel,
42:24oui.
42:25Je ne parle même pas
42:25des blanquins.
42:26M. Crémel,
42:26oui.
42:27La fille du couple Crémel,
42:28non,
42:29parce qu'on l'a entendu
42:29dans le cadre de l'enquête,
42:31mais on n'a pas gardé
42:32de lien avec elle.
42:32Par contre, M. Crémel,
42:34c'est toute la difficulté
42:35dans ces affaires-là,
42:35c'est-à-dire que
42:36tant qu'on n'a pas
42:37élucidé l'affaire,
42:37donc dans les huit premiers jours,
42:38tant qu'on n'a pas encore
42:39les auteurs,
42:40c'est à la fois pour nous
42:41un suspect,
42:41mais également une victime.
42:42Donc on est obligé
42:43de le tenir en proximité,
42:45en information,
42:46pour pas qu'il s'échappe,
42:47entre guillemets,
42:47qu'il nous échappe
42:48et qu'il aille se répandre ailleurs,
42:49notamment près des médias,
42:50donc c'est le travail
42:51de faire parler les personnes.
42:52Mais en même temps,
42:53pour nous,
42:53il est potentiellement aussi auteur,
42:55tant qu'on n'a pas
42:56déterminé les auteurs.
42:57Et donc, c'est un jeu
42:58dans lequel on tient
43:00à proximité,
43:00mais tout en ne lui donnant
43:02pas toutes les informations.
43:03Donc oui,
43:03on a beaucoup échangé
43:04avec M. Crémel,
43:04et on s'est revus par la suite
43:05durant l'information judiciaire,
43:07où il nous a dit très clairement,
43:09moi il m'a dit très clairement,
43:09mon colonel,
43:10vous m'avez soupçonné
43:10dès le départ.
43:11Et je lui ai dit,
43:11bien sûr,
43:12c'est mon travail d'enquêteur,
43:13et si je ne vous avais pas soupçonné,
43:14je n'aurais pas fait
43:15mon travail d'enquêteur.
43:17Franck Moulin,
43:18selon vous,
43:18est-ce qu'il reste des questions,
43:21des interrogations
43:22sur cette affaire ?
43:23Les deux intéressés,
43:26Serge Mathé,
43:27Patrick Gatteau,
43:27ils ont beaucoup parlé,
43:29ils ont donné chacun
43:29des versions parfois
43:30souvent divergentes
43:31et presque contraires.
43:33Est-ce que selon vous,
43:34tout a été dit ?
43:35Est-ce qu'il y a encore
43:36des zones d'ombre
43:38ne serait-ce que
43:39sur le mode opératoire ?
43:41Non, d'après moi,
43:42il reste deux questions.
43:44Le déroulé seconde par seconde
43:47de qui a fait quoi exactement
43:49au moment de la mise à mort,
43:51il y a une version
43:52relativement étayée
43:54qui a été portée
43:55en cours d'assises,
43:56mais c'est vrai
43:56qu'on ne saura jamais
43:57exactement
43:58qui a fait quoi,
43:59qui a dit quoi
44:02pendant ce huis clos mortel.
44:04Et puis,
44:05la deuxième question,
44:07c'est comment
44:09l'institution judiciaire,
44:11comment les juges,
44:13qui sont plusieurs
44:15dans différentes décisions,
44:17ont pu,
44:19sans vouloir mal faire,
44:20je pourrais dire,
44:22autant se tromper
44:22et remettre
44:23en liberté conditionnelle
44:25cet homme
44:26qui,
44:26moins de deux ans après,
44:28va reproduire
44:28exactement le même acte.
44:30Alors,
44:30effectivement,
44:31c'est très cruel.
44:32Mais le juge
44:33qu'on a entendu brièvement
44:34tout à l'heure
44:34dans l'heure du crime,
44:35il a été percuté
44:38en plein fouet
44:38par cette histoire
44:39parce qu'il a dit
44:40« Oui,
44:41mais je n'ai fait
44:42qu'appliquer la loi,
44:42Jean-Philippe Guérin. »
44:44Ah, tout à fait.
44:44Vous avez suivi ça aussi ?
44:45Oui, tout à fait.
44:46Cet homme ne devait pas
44:47être en liberté,
44:47c'est ça ?
44:48Le juge
44:48à l'application des peines
44:49à l'époque,
44:49il a agi en fonction
44:50des textes.
44:51Et même entre nous,
44:52il ne pouvait pas faire autrement.
44:54Patrick Gâteau,
44:55en détention,
44:55il a un comportement
44:56tout à fait normal.
44:57Exemplaire, même.
44:58Exemplaire.
44:58Et c'est ce qui lui permet
44:59d'ailleurs d'avoir
45:00cette liberté.
45:00Il est formidable, Gâteau,
45:01parce qu'il ment tellement que...
45:03Il trompe tout son monde.
45:04Oui, c'est ça.
45:04Et à l'époque,
45:05si le juge n'avait pas pris
45:06la décision de le remettre
45:07en liberté,
45:07c'est lui qui aurait été
45:08attaqué par les avocats
45:09de Patrick Gâteau,
45:10qui, au nom de quoi,
45:12aurait demandé
45:12à ce qu'il soit remis en liberté
45:13parce que son comportement
45:14de détention était exemplaire.
45:15Donc, il faut remettre
45:15dans le contexte de l'époque
45:16avec les textes
45:17dont avaient les juges
45:19à disposition à l'époque.
45:20C'est difficile,
45:2220 ans après,
45:22de juge,
45:22avec les textes
45:23qui ont beaucoup évolué.
45:23En ce moment,
45:24on a beaucoup évolué.
45:24Cette affaire a servi aussi
45:25à faire évoluer la législation.
45:27Justement, Franck Moulin,
45:28elle a changé des choses,
45:29cette affaire,
45:30sur le plan judiciaire.
45:31On n'en est pas resté là,
45:32d'ailleurs.
45:32Oui, il y a eu
45:33moins de 6 mois après
45:34une loi,
45:35en décembre 2005,
45:36portée par le ministre
45:37de l'Intérieur de l'époque,
45:37Nicolas Sarkozy,
45:39qu'une loi relative
45:40au traitement de la récidive
45:41qui élargit le périmètre
45:43des différents fichiers,
45:45qui durcit un peu
45:46les conditions
45:46de remise en liberté.
45:47Et puis,
45:48trois ans plus tard,
45:49en 2008,
45:49il y a eu
45:51une loi qui met en place
45:52la rétention de sûreté,
45:53c'est-à-dire la possibilité
45:55pour la justice
45:56de placer dans un centre
45:58socio-médico-judiciaire
45:59des personnes
46:00encore dangereuses
46:02qui ont fini
46:03de purger leur peine.
46:04Oui, donc il y a eu
46:04un effet comme ça.
46:05Un petit mot encore
46:06pour finir,
46:07Jean-Philippe Guérin,
46:08je citais l'avocate
46:09Maître Catherine Bayuchet,
46:10avocate de la famille Créel.
46:12Elle disait,
46:13pourvu qu'il n'y ait plus
46:14d'autres Nelly Crémel,
46:15ça n'a pas été le cas.
46:16On l'aurait tous aimé,
46:17on l'aurait tous aimé,
46:18on l'aimerait toujours,
46:19mais non, malheureusement,
46:19la nature humaine
46:20étant ce qu'elle est,
46:21il y a eu des affaires
46:23post-Nelly Crémel
46:24à peu près similaires
46:25et malheureusement,
46:27sans avoir de boule de cristal,
46:29je pense qu'il y en aura d'autres.
46:31Merci beaucoup,
46:32Jean-Philippe Guérin
46:33et Franck Moulin
46:33d'avoir été aujourd'hui
46:34les invités de l'heure du crime.
46:35Merci à l'équipe de l'émission,
46:37rédactrice en chef,
46:37Justine Vigneault.
46:38Préparation,
46:39Lisa Canalès,
46:39Valentine Bardet,
46:40réalisation en direct,
46:42Jonathan Griveaux.
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