- il y a 3 heures
Henri Curiel, 63 ans, l'un des plus anciens cold case français. A la fin des années 70, un assassinat en plein Paris qui ressemble à une exécution. La victime était un intellectuel communiste, militant tiers-mondiste qui gênait. Des soupçons mais des suspects terrés dans l'ombre. Plus de quarante-cinq ans plus tard, le rideau se déchire. Le dossier s'éclaire.
Retrouvez tous les jours en podcast le décryptage d'un faits divers, d'un crime ou d'une énigme judiciaire par Jean-Alphonse Richard, entouré de spécialistes, et de témoins d'affaires criminelles.
Retrouvez tous les jours en podcast le décryptage d'un faits divers, d'un crime ou d'une énigme judiciaire par Jean-Alphonse Richard, entouré de spécialistes, et de témoins d'affaires criminelles.
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:0114h15, c'est l'heure du crime sur RTL.
00:30L'assassinat, à la fin des années 70, d'un intellectuel communiste, militant tiers mondiste et agitateur.
00:36Sans le savoir, il gênait beaucoup de monde.
00:39Des pistes, nombreuses, des rumeurs, des suspects, mais pas de coupables.
00:43Plus de 45 ans plus tard, le rideau se déchire et tout s'éclaire.
00:49Henri Curiel, le mort de l'ascenseur, l'enquête de l'heure du crime.
00:53La seule émission Radio 100% fait divers, c'est tout de suite sur RTL.
01:02Jeudi 4 mai 1978, jeudi de l'ascension, 14h03.
01:07Des détonations sont entendues par les résidents du numéro 4 de la rue Rollin, dans le quartier latin à Paris.
01:14Des coups de feu très sourds, deux minutes plus tard, le gardien de la paix, très zèle, est le premier
01:19à franchir le porche de l'immeuble.
01:21Dans le hall d'entrée du bâtiment qui lui fait face, un homme gît, effondré, dans la cage d'ascenseur
01:27immobilisée au rez-de-chaussée.
01:29Il n'a pas eu le temps de sortir, ses jambes dépliées bloquent les portes.
01:34Il a du sang sur le nez, sur la bouche, sur la poitrine.
01:38Ses lunettes ont glissé sur le bas du visage.
01:40Il était sans doute en train de rédiger une note quand on lui a tiré dessus.
01:44Il tient un agenda dans sa main gauche, un stylo dans la droite.
01:49L'homme respire encore, mais il est incapable de prononcer en mots.
01:52Les pompiers l'allongent sur une civière à 14h40.
01:56Le médecin du SAMU déclare le décès.
01:59La victime a été touchée par trois balles de calibre 11-43.
02:04Les douilles sont ramassées sur la scène de crime.
02:07Les projectiles ont touché la tête, le thorax, la clavicule.
02:10Des témoins ont rapidement identifié le malheureux.
02:14Il s'agit du locataire du septième étage, porte de gauche, monsieur Henri Curiel.
02:20Ses voisins, les Vendermeren, viennent annoncer la nouvelle à son épouse, Annie Rose, que tout le monde appelle Rosette.
02:29Beaucoup trop choqués pour être longuement entendus.
02:33Jeudi 4 mai, moins d'une heure après le crime, un homme téléphone à l'agence France Presse.
02:38Il dit revendiquer le meurtre de la rue Rollin.
02:41Il lit un communiqué.
02:42Aujourd'hui, à 14h, l'agent du KGB, Henri Curiel, militant de la cause arabe,
02:49de traître à la France qu'il a adopté, a cessé définitivement ses activités.
02:55Il a été exécuté en souvenir de tous nos morts.
02:58Lors de notre dernière opération, nous avions averti.
03:02Le communiqué est signé Delta, du nom des commandos de l'OAS qui sévissaient pendant la guerre d'Algérie.
03:08Ces derniers mois, Delta a effectivement signé une série d'attentats.
03:12On retrouve ainsi le commando qui revendique des idées d'extrême droite derrière la mort en janvier à Paris de
03:19l'Aïd Sebaï,
03:21concierge de l'amicale des Algériens en Europe.
03:24Henri Curiel, 63 ans, aurait donc lui aussi été tué par les nostalgiques de l'OAS.
03:30Inconnu du grand public ?
03:31Né en Égypte, Curiel a soutenu l'indépendance de l'Algérie.
03:36Il a passé 18 mois à Frennes pour avoir aidé les indépendantistes.
03:41Fiché par le contre-espionnage français, le journal Le Point l'a récemment présenté comme un agent actif du KGB
03:48soviétique.
03:49Il a été frappé d'un arrêté d'expulsion, a signé à résidence dans un hôtel, à Digne, en Haute
03:55-Provence,
03:56de retour dans la capitale depuis quelques semaines.
03:59Vendredi 5 mai, lendemain de l'assassinat, Rosette Curiel est réentendue par la brigade criminelle.
04:05Elle explique que la veille, son mari est rentré comme d'habitude pour déjeuner.
04:10Le couple a regardé le journal d'Yves Mourouzi à 13h sur TF1 vers 14h.
04:15Henri lui a dit qu'il devait retourner travailler.
04:18Il est employé à la CEDAG, une maison d'édition toute proche.
04:22Rosette Curiel est affirmative.
04:25Henri n'avait absolument pas l'air inquiet.
04:28S'il avait été l'objet d'une menace quelconque, il m'en aurait parlé.
04:31Je ne peux dire qui pouvait lui en vouloir au point de le tuer.
04:36La mort violente d'Henri Curiel est le tout début d'une enquête qui va finir par se perdre.
04:41Même si la piste politique, on le voit bien, d'entrée paraît solide.
04:45C'est la seule qui vaille.
04:47Il n'y a pas d'autres suspects qui sont dans le décor.
04:50Mais le fait est, c'est que des noms ne vont pas surgir tout de suite.
04:53Il va falloir pour cela attendre de très longues années pour que cette affaire se réveille.
04:58On va suivre évidemment tout ça dans la suite de l'heure du crime.
05:02Bonjour Yves Bordenave.
05:03Bonjour.
05:04Merci beaucoup d'être avec nous aujourd'hui dans le studio de l'heure du crime.
05:08Vous êtes journaliste au Monde et vous êtes l'auteur de ce livre,
05:10« Cold Case, 14 affaires mystérieuses près de chez vous » aux éditions Hugo Dock.
05:17Et il y a un chapitre complet et très documenté qui est consacré à cette affaire Henri Curiel.
05:24J'ai envie de dire, c'est un assassinat certes, certainement pas en meurtre,
05:30mais c'est surtout une exécution.
05:31Parce qu'on ne laisse aucune chance à cet homme.
05:33Ah oui, c'est une exécution.
05:34D'abord, on ne lui laisse aucune chance.
05:35Et puis surtout, les assassins, les meurtriers sont parfaitement renseignés
05:40sur la vie, les habitudes, le mode de vie, l'endroit où habite Henri,
05:48le lieu particulier, en haut des escaliers de la rue Monge,
05:53l'immeuble, la cour, l'ascenseur dans un des immeubles.
05:57Il est évident que c'est une exécution, il ne lui a aucune chance.
06:00Il arrive en bas de l'ascenseur, pam, pam, pam, trois balles, il meurt.
06:05Il n'y a rien à dire là-dessus.
06:06Ce n'est pas un passant par là qui aurait pu, au hasard, se faire une cible.
06:14Non, non, c'est une exécution.
06:16Et d'ailleurs, comme vous l'avez rappelé,
06:17c'est une exécution dont on peut dire qu'elle remonte un peu à quelques années.
06:21Bien sûr.
06:21Puisque les premiers articles du point qui sont nourris probablement par la DST
06:27ne sont pas signés.
06:28Le contre-espionnage.
06:29Voilà, et ensuite on saura que c'est suffaire.
06:30Mais le commandite, ça cible.
06:32Oui, c'est ça.
06:33Bon, il a une cible dans le dos, cet homme.
06:35Encore un petit mot, Yves Bordenave.
06:38Ça va très vite.
06:39À l'époque, on revendique les crimes par des communiqués.
06:42On appelle l'agence France-Presse.
06:44Ce n'est plus vraiment aujourd'hui le cas.
06:45Mais c'est comme ça que ça se passe.
06:48Très vite, il y a ce communiqué qui tombe,
06:50le commando Delta.
06:52Alors là, on fait des années, il y a un bond en arrière dans le temps.
06:54On revient à la guerre d'Algérie.
06:56Là, on se dit que c'est les fantômes qui ressurgissent.
06:59Là, il faut les anciens de l'AFP qui se souviennent encore des années 61-62,
07:04l'époque de l'OAS, la fin de la guerre d'Algérie.
07:06Et Delta, ce commando particulier créé par un pied noir,
07:10PRS, armé par de Gueldres, qui est un ancien de l'OAS,
07:15un ancien du premier rep.
07:17Et le communiqué, il arrive, je crois, dans les 40 minutes
07:20qui suivent l'assassinat.
07:21Moins d'une heure.
07:22Bonjour, Maître William Bourdons.
07:23Bonjour.
07:24Merci beaucoup d'être avec nous également dans le studio du crime.
07:27Vous êtes avocat de la famille Curiel.
07:28Et vous vous battez depuis des années pour avoir la vérité sur ce dossier.
07:32La vérité, on est en train peut-être de la toucher du doigt,
07:34mais ça, on va y venir un peu plus tard.
07:36Maître Bourdons, il a une cible dans le dos, Henri Curiel, finalement.
07:40Il croit peut-être être tranquille.
07:42Il a une vie plutôt tranquille, d'ailleurs.
07:44Mais là, il est montré du doigt.
07:47On tombe un peu des nus, d'ailleurs.
07:48Alors, dans la période si troublée qu'on traverse aujourd'hui,
07:51évidemment, le contexte n'est pas le même.
07:54Autant de gens en appellent à la responsabilité éthique et morale
07:57de ceux qui s'expriment publiquement.
08:01Jean, je lui fais ramener une campagne absolument dégueulasse.
08:03Dans le point.
08:04Oui, absolument dégueulasse.
08:05Orchestré sans doute par les services français.
08:08Il a désigné la cible.
08:10Donc, il faut se souvenir qu'il y a des mots qui tuent.
08:12Il y a des mots qui font tuer.
08:14Il y a des mots qui ont courage à tuer.
08:16Et de ce point de vue,
08:19le papier de Georges Suffert s'inscrit, s'inscrit
08:21dans une campagne visant à diaboliser cet homme.
08:25Mais pourquoi ?
08:26Parce que c'était sans doute un homme qui gênait
08:29beaucoup, beaucoup, beaucoup de pays,
08:30beaucoup de gens,
08:32beaucoup de services.
08:34Trop remuant, c'est ça ?
08:36Très libre, très indépendant.
08:38Il faut se souvenir qu'il avait rompu avec le parti communiste
08:41dont il s'était rapproché en 1952.
08:44Il a dénoncé le fait que le parti communiste
08:47avait voté les pleins pouvoirs donnés à Guy Mollet en Algérie
08:49avec les conséquences tragiques que l'on sait.
08:52C'est un homme libre, il a payé le prix le plus cher de sa liberté.
08:56C'était profondément un humaniste et un anticolonialiste.
09:00C'est ça, sa marque de fabrique.
09:02Il a fait de la prison, il faut s'en souvenir.
09:04En France, quand il a participé au réseau Jansson.
09:06En Égypte, avant, parce qu'il a participé aux manifestations pour foutre dehors, pardon,
09:11de l'armée britannique du Caire.
09:14Et donc, il a, il était suspecté, je termine, juste sur ce point,
09:17d'être au cœur d'un réseau de solidarité internationale,
09:21proche de l'ANC, de la gauche latino.
09:24D'ailleurs, il y a un rapport de la CIA trois ans après.
09:27Il y a des mots qui tuent avant.
09:29Et puis, il y a des mots qui valident l'assassinat après.
09:33C'est le rapport de la CIA, en 1981, qui explique qu'il était au cœur de ce qui était
09:37qualifié,
09:39je ne ferai pas de commentaire, de l'extrême gauche mondiale,
09:41de nature, à armer, fabriquer des faux papiers,
09:45comme si la CIA n'y connaissait rien en faux papiers.
09:47Enfin, c'est un rapport absolument dégueulasse qui a été publié à ce moment-là.
09:50Alors, vous exprimez bien, effectivement, cet homme qui s'est retrouvé avec une cible dans le dos.
09:53Il n'y a pas d'autre terme.
09:54Bonjour, Sylvie Brebant.
09:56Bonjour.
09:56Merci beaucoup d'être avec nous également dans le studio de l'ordre du crime.
09:59Vous êtes journaliste, vous êtes petite cousine d'Henri Curiel.
10:03Quels souvenirs vous avez, vous, du jour, peut-être, de la mort d'Henri Curiel ?
10:08Je pense que dans votre famille...
10:10Oui, j'ai un souvenir extrêmement vif, toujours, parce que j'étais avec mon père ce jour-là.
10:15C'était un jour de congé, donc on était tous les deux.
10:21Je terminais une activité sportive.
10:23Mon père m'attendait.
10:25Il y avait le transistor, à ce moment-là, dans les voitures.
10:28Et quand je suis arrivée, j'ai vu son visage complètement décomposé.
10:33Et comme son visage avait déjà été décomposé lorsque l'article était paru dans le point avec la lune,
10:42ça, c'était aussi très, très dur.
10:45Et il m'annonce que Henri a été tué.
10:49Et donc là, je ne sais pas, il y a un moment, on était à 100 kilomètres de Paris.
10:55On est rentrés et on est allés à la morgue, en fait, voilà.
10:59Plus de 35 ans pour voir surgir les noms de suspects.
11:03Henri Curiel, le mort de l'ascenseur.
11:06Un agent de Moscou à refroidir.
11:08Un traître, pour moi, c'est une cible, c'est dans le cahier des charges.
11:11L'enquête de l'heure du crime.
11:12On se retrouve dans un instant sur RTL.
11:1514h15.
11:16C'est l'heure du crime sur RTL.
11:19Avec Jean-Alphonse Richard.
11:2314h15.
11:24Jean-Alphonse Richard sur RTL.
11:27L'heure du crime.
11:29L'heure du crime consacrée aujourd'hui à l'affaire Henri Curiel.
11:31Mai 78, ce militant anticolonialiste, âgé de 63 ans, a été abattu dans son immeuble.
11:37Un commando d'extrême droite a revendiqué l'attentat.
11:41La brigade criminelle tente d'identifier les suspects.
11:45Mercredi 10 mai 78, six jours après l'assassinat d'Henri Curiel,
11:49les balisticiens du laboratoire de la préfecture de police
11:52établissent que l'arme qui a tué a déjà servi le pistolet 1143.
11:58a été utilisé cinq mois auparavant pour abattre le veilleur de nuit de l'amicale des Algériens.
12:05Les policiers réentendent les résidents de l'immeuble où vivait Henri Curiel.
12:09À l'époque du crime, deux jeunes hommes d'allure sportive ont été aperçus.
12:16Ils ont franchi le Porsche puis ont traversé la cour intérieure.
12:20Un témoin explique avoir vu l'un d'eux enfiler des grandes scènes qu'il a surpris car il faisait
12:26très chaud ce jour-là.
12:27Après les détonations, les individus ont retraversé la cour d'un pas rapide mais sans courir.
12:33Ils ont emprunté l'escalier qui mène à la rue Monge puis ils ont disparu.
12:37La description des suspects est la suivante.
12:40Entre 25 et 30 ans, l'un grand et mince, les cheveux frisés, l'autre plus costaud et trapu.
12:47Deux ans après le crime, le journal Sunday Times affirme que les services secrets sud-africains sont derrière la mort
12:54d'Henri Curiel.
12:55Le français soutenait activement Nelson Mandela, le leader noir incarcéré par le régime de Pretoria.
13:02La même année, la brigade criminelle entend un mercenaire français.
13:06Il se vend de tout savoir sur le meurtre mais c'est un affabulateur.
13:11Le juillet 1992, 14 ans après la mort d'Henri Curiel, le juge d'instruction délivre en non-lieu.
13:19Aucun élément n'a été découvert qui permette d'identifier les auteurs du crime.
13:24Le dossier est promis à l'oubli.
13:26En avril 2006, dans un livre, l'ancien commissaire de l'antigang, Lucien Aimé Blanc, rapporte les confidences que lui
13:34a fait un de ses indiques, un ancien parachutiste sympathisant de l'OAS.
13:38Cet homme est décédé, il lui aurait dit qu'il faisait partie du commando qui a abattu Henri Curiel, affirmation
13:45crédible mais invérifiable.
13:47Trois ans plus tard, le dossier Curiel, rouvert pour diverses vérifications, est une deuxième fois refermé dès lors.
13:54Les hypothèses vont se succéder, le plus souvent sur fond de rumeurs et de supputations.
14:01Vendredi 24 avril 2015, 37 ans après l'assassinat d'Henri Curiel, l'apparition d'un livre intitulé « Le
14:08roman en vrai d'un fasciste français » réveille l'affaire.
14:12Il est signé du journaliste Christian Roll.
14:14Il raconte la trajectoire de nombreux militants de la mouvance de l'ultra-droite, dont celle du dénommé René, récenti
14:22de Seyze, royaliste, membre de l'action française.
14:26De Seyze, décédé accidentellement trois ans plus tôt, affiché un profil de baroudeur à l'auteur du livre.
14:34Il a avoué être l'assassin de Curiel.
14:37Curiel, selon lui, le commando était composé de trois hommes, de Seyze, confiés.
14:42A l'époque, c'est la guerre froide.
14:44Curiel nous est présenté comme un super agent de la subversion.
14:47Nous, on ne se pose pas de questions.
14:49Un agent de Moscou à refroidir, qui plus est traître à la France, en Algérie, c'est dans le cahier
14:55des charges.
14:55Curiel, pour moi, c'est une cible politique à éliminer.
14:58La famille d'Henri Curiel demande à la justice de rouvrir l'enquête, 9 janvier 2018.
15:04Trois ans après la sortie du livre, la juge d'instruction parisienne, Laurence Laserge, est désignée pour reprendre le dossier.
15:13Et on va voir ce que la juge, et plutôt les juges, vont pouvoir mettre au jour dans cette affaire.
15:18Il va y avoir des interrogatoires menés par la brigade criminelle, en toute discrétion, il faut bien le dire.
15:23Cette affaire, elle ne fait pas beaucoup de bruit dans les médias.
15:26Que vont déclarer ces témoins, presque 40 ans après les faits ?
15:30Ça, on va le voir dans la suite de l'heure du crime.
15:32Alors, le fait, c'est qu'on tire un fil, là, qui est intéressant.
15:37Avant de parler de ce rebondissement qui va survenir, quelques années plus tard,
15:42il faut parler un petit peu du dossier de l'époque.
15:45Maître William Bourdon, vous êtes avec nous, vous êtes l'avocat de la famille Curiel.
15:49Ce dossier, tout de suite, il n'est pas du tout vide.
15:52Il y a des témoignages, il y a presque des portraits robots qui peuvent être esquissés,
15:57il y a des pistes qui s'ouvrent, pourtant ça ne bouge pas.
16:00Ça, c'est une question à laquelle je ne peux pas répondre complètement.
16:05En partie.
16:06Donc, par conséquent, en partie.
16:11Il y a effectivement des éléments matériels qui, dans un dossier classique,
16:16auraient conduit, plus ou moins mécaniquement,
16:19à une dynamique judiciaire beaucoup plus avance que méritait le dossier à l'époque.
16:24Il n'y a pas eu une grande dynamique d'enquête à l'époque.
16:26C'est un euphémisme de le dire.
16:29Il n'y a pas eu une grande dynamique d'enquête.
16:31Pour des raisons, et sans être conspirationniste,
16:34on peut vraisemblablement considérer que
16:37la mouvance d'extrême droite, elle-même composée,
16:40dont on va en dire un mot tout à l'heure,
16:42hétérogène, complexe,
16:44mais il y a beaucoup d'anciens policiers là-dedans.
16:46Et des hauts placés.
16:49Et il y a eu forcément une porosité.
16:51Il n'y a pas eu ni la volonté politique
16:54de faire avancer l'enquête d'une façon dynamique,
16:57ni les moyens donnés aux policiers.
16:59Et par exemple, le rapprochement
17:01entre l'assassinat de Goldman,
17:03qui intervient plus d'un an après l'assassinat d'Henri Curiel,
17:07avec le même mode opératoire,
17:09deux tueurs à 1143,
17:12ce rapprochement ne va être fait que très tardivement.
17:15Et par conséquent,
17:17l'enquête de départ est une enquête
17:19qui va s'étirer de façon outrageusement longue
17:21et au mépris du droit à la vérité,
17:25à la justice des partis civils.
17:28Yves Bordenave,
17:29journaliste et auteur du livre,
17:30je le répète,
17:31« Cold Case, 14 affaires mystérieuses près de chez vous »
17:34et dans lequel vous consacrez un chapitre
17:35à cette affaire Curiel,
17:37on va avancer dans le temps.
17:38Parce que là, évidemment,
17:40il ne se passe pas grand-chose.
17:41Ce que vient de nous dire, effectivement,
17:42William Borden est exact.
17:44Il n'y a pas un entrain très très intense
17:47autour de cette...
17:49Christian Bourguet, qui était à Beauvoir à l'époque,
17:50freine les deux premières années.
17:52Toutes les demandes qui sont effectuées,
17:54notamment par les partis civils,
17:55sont rejetées.
17:57Mais bon...
17:58Parce que c'est une affaire gênante, effectivement,
18:00et que, quelque part,
18:01on n'a pas envie de s'embarrasser
18:02avec ce dossier qui...
18:03On ne sait pas trop où ça peut aller.
18:05Alors, je l'ai cité,
18:06il y a ce livre du journaliste Christian Roll,
18:09journaliste qui est marqué à l'extrême droite.
18:11Ce n'est pas un roman,
18:13ce n'est pas vraiment un document,
18:15ce n'est pas vraiment des mémoires,
18:16il y a un peu de fiction,
18:17il y a un peu de réalité.
18:18C'est un objet particulier, on va dire.
18:19Mais le fait est,
18:21c'est que ça relance considérablement cette affaire.
18:24Voilà, Christian Roll, d'ailleurs,
18:25il le revendique lui-même,
18:26mais il dit,
18:27j'écris ce livre parce que...
18:31Réchinti de C
18:32m'a fait des confidences
18:33quelques années avant
18:34parce qu'on avait un projet,
18:35c'était de faire un livre
18:36les mémoires de Réchinti de C.
18:38Et donc, pendant deux années,
18:42Roll recueille les témoignages
18:43et au dernier moment,
18:45Réchinti dit,
18:45non, non, on ne va pas en faire un livre,
18:46ce n'est pas possible,
18:47je ne peux pas raconter tout ça, etc.
18:49Et donc, à la mort de Réchinti,
18:50qui est une mort accidentelle,
18:52Roll se sent libéré de son engagement
18:55et décide de faire un livre.
18:56Mais il fait un livre,
18:57non seulement à partir des témoignages de Réchinti,
18:59mais en même temps avec toute la culture,
19:00la connaissance qu'il a du milieu d'extrême droite
19:02et dans lequel il mêle le vrai et le faux.
19:05Il donne des noms à des personnages réels
19:08qui sont des noms anonymes,
19:10il raconte des scènes qui sont des vraies scènes,
19:12il invente des personnages qui n'y sont pas,
19:14mais enfin, tous les gens qui connaissent
19:16cette mouvance et qui connaissent les événements
19:18reconnaissent...
19:18On arrive à décoder, c'est ça ?
19:20On arrive parfaitement à décoder.
19:22On arrive à décoder.
19:23Parfaitement.
19:24Sylvie Brébant, vous êtes avec nous également,
19:25et je vous remercie encore,
19:26journaliste et petite cousine d'Henri Curiel.
19:29Effectivement, les années ont passé,
19:31vous avez grandi, vous, dans cette famille,
19:32avec cette histoire, évidemment,
19:34l'affaire Curiel.
19:36Lorsqu'il y a ce livre,
19:37ça fait un petit peu tilt, non ?
19:39Chez vous, vous dites,
19:40il y a quelque chose qui est en train de bouger, là ?
19:42Oui, enfin, pour nous,
19:44on avait quand même pas mal d'hypothèses.
19:46Moi, j'ai travaillé avec Gilles Perrault
19:47pour le livre, le premier livre sur Henri Curiel,
19:51Un homme à part.
19:52Et, bon, pour nous,
19:54il y avait aussi les années Giscard.
19:57Ces années Giscard,
19:58elles étaient encore très marquées
19:59par la guerre d'Algérie.
20:01Il y avait, dans l'entourage de Giscard lui-même,
20:03directement, des personnalités
20:05qui étaient proches des commandos Delta,
20:08de l'OAS, etc.
20:10Donc, on avait, nous-mêmes,
20:12déjà un peu bâti nos hypothèses.
20:17Alors, le livre,
20:18bon, oui, c'est nouveau,
20:20il apporte des choses,
20:21mais en même temps,
20:22on est déjà, nous, engagés
20:24sur plusieurs axes dans cette histoire.
20:29Donc, elle ne nous a jamais quittés, cette histoire.
20:33Bien sûr.
20:33Elle ne nous a jamais quittés
20:34et on en a toujours parlé entre nous.
20:37Moi, j'ai écrit aussi dessus, etc.
20:40Maître Bourdon, un mot là-dessus,
20:41parce qu'il y a des noms
20:42qui commencent à apparaître, là,
20:43à ce moment-là.
20:44C'est important, quand même,
20:45même si on se dit
20:46que c'est peut-être de la fiction, etc.,
20:47mais ça vaut quelque chose.
20:49C'est vrai qu'un criminel,
20:50il raconte...
20:51Il n'avoue jamais son crime,
20:52mais plus le crime est atroce.
20:53Moi, on avoue.
20:56Maintenant, avec le temps,
20:57c'est vrai que la parole se libère,
20:58on vient d'en parler,
21:01et pas espérer de ces anciens criminels
21:04et de ces anciens néo-fascistes.
21:06Il s'agit bien de ça,
21:07qui faisait partie d'une constellation néo-fasciste,
21:09il faut appeler un chat un chat,
21:12un sens du repentir très aigu.
21:14Je ne crois pas qu'on puisse spéculer là-dessus.
21:16Par contre,
21:18il y a des rapprochements, maintenant,
21:19qui sont faits par le magistrat instructeur.
21:21J'insiste là-dessus.
21:22Juste un mot.
21:23Et donc, j'espère,
21:24on espère,
21:24là, avec Sylvie,
21:25avec Alain Grèche,
21:27qui est partie civile à tes côtés, Sylvie,
21:29on espère que le magistrat instructeur
21:32va arriver à identifier les auteurs,
21:35mais pas simplement les auteurs,
21:36les donneurs d'ordre.
21:38Les donneurs d'ordre.
21:39Et à cet égard,
21:40je m'étais entretenu
21:42avec un des magistrats
21:43qui avait le dossier il y a quelques années,
21:45et je lui avais dit,
21:46un jour au l'autre,
21:46il faudra entendre Giscard d'Estaing.
21:48On va en reparler.
21:49Parce que ce quoi ?
21:50C'est un crime orchestré,
21:53organisé par une cellule d'extrême droite
21:56qui est peut-être la même que Goldman,
21:57ce quoi ?
21:58Il a été ordonné au plus haut niveau de l'État,
22:00et c'est un crime d'État.
22:01Un ancien inspecteur de la DST
22:03parmi les suspects.
22:05Henri Curiel,
22:06le mort de l'ascenseur.
22:07Je ne me suis pas spécialement réjoui de sa mort,
22:09même si je n'aimais pas ce qu'il représentait.
22:12L'enquête de l'ordre du crime.
22:13Qui sont les trois hommes
22:14dont les noms commencent à sortir ?
22:16Quels récits peuvent faire
22:17les derniers fantômes de cette affaire ?
22:19À suivre dans un court instant sur RTL.
22:22Jean-Alphonse Richard sur RTL.
22:24C'est l'heure du crime jusqu'à 15h.
22:27Carrefour.
22:28L'heure du crime,
22:29présentée par Jean-Alphonse Richard sur RTL.
22:32Curiel, c'était le diable, le démon,
22:35le chef de porteur de balise,
22:37celui qui avait poignardé l'armée française dans le dos,
22:39qui avait contribué,
22:40sinon à la défaite militaire,
22:42au moins à la défaite politique de la France en Algérie.
22:45Au programme de l'ordre du crime,
22:47l'un des plus vieux cold case français,
22:48le meurtre du militant tiers-mondiste Henri Curiel,
22:51en 78 à Paris.
22:52Crime politique longtemps insoluble.
22:5537 ans plus tard,
22:56l'enquête judiciaire redémarre
22:57sur le point d'identifier le commando assassin.
23:02Septembre 2018,
23:03le journaliste Christian Roll est entendu par la brigade criminelle.
23:06Il est interrogé sur les confidences très précises
23:09que lui aurait accordé René Ressenti de Seyce,
23:12le militant royaliste décédé
23:14qui s'était présenté à lui
23:16comme l'assassin d'Henri Curiel,
23:18face au policier qui l'interroge.
23:20Christian Roll minimise,
23:22selon le procès verbal révélé par Mediapart.
23:25Il fait savoir qu'il a sans doute enjolivé les choses
23:28pour rendre son livre plus captivant.
23:31Il ne m'a rien dit du tout,
23:32il m'a juste dit que Curiel pend dans l'ascenseur.
23:35Il ajoute,
23:36je ne suis pas en mesure de vous donner un quelconque détail
23:39quant au mode opératoire de l'assassinat d'Henri Curiel.
23:43Pour le reste,
23:44Christian Roll affirme
23:45avoir inventé les noms de ces personnages.
23:48Philippe J. n'existerait pas,
23:50tout comme les dénommés Tango et Charlie.
23:53Le policier s'étonne
23:55que le journaliste ait donné autant de précisions
23:57sur ces personnages.
23:59Pour Charlie, par exemple,
24:00il indique que cet homme était impliqué
24:03dans le braquage d'un antiquaire à Marseille
24:05quelques semaines seulement après la mort de Curiel.
24:08Or, la crime a retrouvé un article de journal
24:12du 25 juin 1978
24:13qui est titré
24:14« Marseille, un inspecteur de la DST
24:17arrêté à la suite d'une mystérieuse agression ».
24:19Le nom de l'inspecteur braqueur est cité
24:22à un certain Marc Ducard.
24:24Il serait donc le fameux Charlie,
24:27complice présumé de René Ressenti de Seys
24:29dans l'affaire Curiel.
24:31Mercredi 21 octobre 2020,
24:33Marc Ducard, 66 ans,
24:35est interpellé à Aix-en-Provence.
24:37L'ancien flic est placé en garde à vue
24:39à Toulon.
24:40Entendu sans interruption pendant 15 heures,
24:43on l'interroge sur le braquage
24:45du bijoutier marseillais.
24:46Il parle d'une erreur de jeunesse.
24:48A l'époque, dit-il,
24:49l'argent du braquage
24:50devait servir à financer
24:52des actions pour le Liban.
24:53A propos de l'affaire Curiel,
24:55il répond que son nom est cité
24:57uniquement parce qu'il était
24:58un proche de René Ressenti de Seys.
25:01Quand il travaillait à la DST,
25:03le contre-espionnage,
25:04il ne s'est jamais occupé,
25:06dit-il,
25:07du dossier Curiel,
25:09l'ancien inspecteur dément
25:11être impliqué dans l'assassinat.
25:13Il est remis en liberté,
25:15aucune poursuite ouverte contre lui.
25:19Et cet homme,
25:20effectivement,
25:20cet ancien policier de la DST
25:23va aussi dire qu'Henri Curiel,
25:24il ne s'est pas réjoui
25:25de la mort d'Henri Curiel,
25:26mais selon lui,
25:27Henri Curiel avait trahi la France.
25:30Yves Bordenat,
25:31vous êtes avec nous
25:32dans cette heure du crime,
25:33vous connaissez bien cette affaire,
25:34journaliste au Monde.
25:36Il y a ces auditions,
25:37elles sont très importantes,
25:38l'audition de l'auteur du livre
25:40qui a révélé des noms, etc.
25:42L'audition du policier,
25:44ensuite de la DST,
25:45ex-policier de la DST.
25:46Alors tous les deux,
25:48dans le jargon,
25:48on dit « chic »,
25:49c'est-à-dire qu'ils ne disent absolument rien.
25:51Ils disent au contraire,
25:53on n'y est pour rien,
25:54j'ai tout inventé pour l'un.
25:55Oui, ça c'est clair
25:56qu'ils se sortent de la garde à vue
25:58assez facilement,
25:59ils ne sont pas poursuivis.
26:01On est en 2018.
26:03Les déclarations qu'ils font
26:07restent très vagues
26:08et même remettent en cause
26:09notamment un certain nombre de choses
26:11qui ont été dites avant.
26:12Et chez ce policier du car,
26:13qui sera révoqué de la police,
26:15qui était membre du SAC,
26:16faut-il le préciser,
26:17et qui est révoqué de la police,
26:19il y a une chose qui est rigolote
26:20parce qu'il a un frère du car,
26:22lequel frère s'appelle Marc du car.
26:24Et ce frère, en 1978,
26:27qui est membre du PFN,
26:28il est mis en garde à vue à Toulon
26:31parce que ce frère est responsable
26:32d'un attentat contre le local
26:33du Parti communiste à Toulon
26:35et il est interrogé
26:36au moment de cette vague d'attentats
26:38au moment de l'assassinat
26:39justement d'Henri Curiel.
26:41Et on va retrouver ensuite
26:42son autre frère
26:44dans l'enquête de Curiel.
26:46Et donc, comment dire,
26:48ça conforte, si je puis dire,
26:49les suspicions qu'il peut y avoir
26:51sur qui sont les auteurs
26:53de ce meurtre,
26:54de cet assassinat
26:55et qui sont forcément liés
26:56à ces milieux,
26:57à cette mouvante de mouvance
26:59de l'extrême droite radicale.
27:01Et Ducard a probablement
27:02joué un rôle important
27:03puisque, en fait,
27:03on le soupçonne
27:04non seulement d'être
27:05parmi les assassins
27:07mais surtout d'être celui
27:08qui, de par sa fonction
27:09à la DST,
27:11a permis de loger
27:12Henri Curiel
27:13et de révéler ses habitudes
27:15puisque la DST
27:16surveille en permanence
27:17Henri Curiel.
27:18Et il avait des informations
27:19qu'il aurait pu transmettre
27:20au commando.
27:21Je précise que
27:22il est présumé innocent
27:23cet homme.
27:23En tout cas,
27:24il dément absolument
27:25toute intervention
27:26dans ce dossier.
27:27Il faut quand même
27:28le préciser.
27:29Sylvie Bréban,
27:30vous êtes avec nous
27:31dans cette heure du crime,
27:32journaliste,
27:32petite cousine
27:33d'Henri Curiel.
27:34Lorsque Henri Curiel
27:35est tué,
27:37est-ce que dans votre famille,
27:38notamment votre père,
27:39vous avez des idées
27:40ou des noms même
27:42peut-être sur qui
27:43aurait pu faire ça
27:43ou au fil des années ?
27:45Oui, alors déjà,
27:46quand il est tué,
27:48c'est affreux à dire
27:49mais ça ne nous étonne pas.
27:51Moi, je me souviens
27:52quand il y a eu
27:53la une du point
27:54qui a été suivie
27:56de celle du Spiegel
27:57quelques mois plus tard,
27:59mon père a dit
28:00mais Henri va être tué,
28:02c'est sûr.
28:03On le désigne.
28:04On le désigne.
28:05Donc, on vivait
28:07avec ça.
28:08Et à ce moment-là aussi,
28:11en France,
28:12c'est pour ça que nous,
28:14c'est vrai que peut-être
28:15on a suivi
28:16peut-être trop facilement,
28:17je ne sais pas,
28:18mais plutôt la piste
28:19sud-africaine
28:20qui a été évoquée
28:21par d'autres
28:22que par nous,
28:23que par Gilles Béraud,
28:25par exemple,
28:27parce qu'il y avait
28:28des contrats gigantesques
28:30entre la France
28:32et l'Afrique du Sud,
28:33l'Allemagne
28:34et l'Afrique du Sud.
28:35Le fait que deux journaux
28:36comme ça,
28:37en France et en Allemagne,
28:38désignent Henri Curiel,
28:41ces contrats
28:41étaient tellement énormes,
28:43c'était des contrats
28:44d'armement,
28:44on ne parle pas
28:45de commerce,
28:47d'objets,
28:48quoi.
28:49Et donc,
28:50on s'est dit,
28:51forcément,
28:51on a voulu le neutraliser,
28:53effectivement,
28:54non pas parce qu'il aidait
28:55l'ANC,
28:56il aidait,
28:57comme au temps de l'Algérie
28:58il avait fait,
28:59les Sud-Africains blancs
29:01qui s'engageaient
29:02pour l'ANC.
29:04C'était la même chose
29:05que pendant la guerre d'Algérie.
29:06Alors,
29:06c'est intéressant
29:07ce que vous dites,
29:08Sylvie Brébant,
29:09Maître William Bourdon,
29:10vous êtes l'avocat
29:11de la famille Curiel,
29:12est-ce que finalement
29:13l'assassinat d'Henri Curiel,
29:14c'est un assassinat franco-français ?
29:16Ou bien,
29:16est-ce qu'on peut retenir
29:17encore aujourd'hui
29:18ce que dit Sylvie Brébant,
29:20cette piste internationale ?
29:21Il y a eu beaucoup de pistes
29:22comme ça qui ont essaimé.
29:23Il y a eu beaucoup de pistes
29:24internationales
29:25qui ont été explorées,
29:26certaines de façon
29:27d'ailleurs opportuniste.
29:31que le...
29:32Si on est dans un puzzle,
29:34n'est-ce pas ?
29:34La vérité judiciaire,
29:36c'est souvent un puzzle complexe,
29:37qui est une ou deux pièces,
29:39j'allais dire,
29:40rapportées,
29:41du côté de l'Afrique du Sud.
29:43Oui,
29:43parce que tous ces gens-là
29:44étaient unis
29:44par une obsession
29:45qui était
29:46la contre-subversion,
29:47il faut bien se mettre ça
29:49dans l'état d'esprit
29:50de l'époque.
29:51L'obsession anticommuniste,
29:54l'obsession anticoloniale,
29:56l'obsession d'estabiliser
29:57les nouveaux régimes africains,
29:59de placer leurs hommes,
30:00et on voit d'ailleurs
30:01des hommes qui ont pactisé
30:02au passage
30:03avec Bob Denard et compagnie.
30:05Et tout dans le contexte
30:06évoqué par Sylvie,
30:07c'est-à-dire
30:08grande proximité
30:09qui n'a pas beaucoup été explorée
30:10entre Giscard d'Estaing
30:11et l'extrême droite.
30:12L'extrême droite.
30:14Donc, oui,
30:15il y a peut-être
30:15une dimension internationale,
30:17mais je crois que c'est d'abord
30:18une histoire franco-française.
30:20Il faut bien avoir à l'esprit
30:22que dans cette prouvance-là,
30:24c'était des policiers,
30:25c'était souvent
30:26des inspecteurs de police
30:28du SDEC
30:29qui travaillaient
30:29au ministère de l'Intérieur,
30:30donc qui ont bénéficié
30:31d'une forme de couverture
30:32et de protection
30:33pendant très très très longtemps.
30:35Le pôle des Colquais
30:36va reprendre le dossier
30:37avec de nouveaux témoignages.
30:40Henri Curiel,
30:40le mort de l'ascenseur.
30:42Nous discutions en mangeant
30:43et c'est à ce moment-là
30:44qu'ils ont parlé
30:45de mecs
30:46qu'ils avaient flingués.
30:47L'enquête de l'heure du crime.
30:48On se retrouve dans un instant
30:49sur RTL.
30:50L'heure du crime,
30:52c'est avec Jean-Alphonse Richard
30:53sur RTL.
30:56L'heure du crime,
30:58présentée par Jean-Alphonse Richard
30:59sur RTL.
31:01Retour dans l'heure du crime
31:02sur l'affaire Henri Curiel.
31:03Ce militant tiers-mondiste
31:04a été abattu
31:05de trois balles à Paris
31:06en mai 78.
31:08Près de 40 ans
31:09de mystère
31:10avant que des langues
31:11se délient.
31:12Un commando
31:13qui pourrait être identifié.
31:15Le dossier rouvert
31:16va changer demain.
31:18Fin décembre 2022,
31:20le procureur de Paris
31:21transmet le dossier
31:22Henri Curiel
31:22au pôle des Colquays
31:23à Nanterre.
31:25La juge,
31:25Emmanuel Ducot,
31:26vice-président du tribunal,
31:27est désormais chargée
31:29d'instruire l'affaire.
31:30La famille de la victime
31:31se réjouit
31:32que le dossier
31:33reste ouvert.
31:35Vendredi 8 décembre 2023,
31:37le dénommé
31:38Claude Chabani
31:38s'est entendu
31:39par la brigade criminelle.
31:41C'est un proche
31:42des hommes suspectés
31:43d'avoir participé
31:44à l'assassinat
31:45d'Henri Curiel.
31:46Il a écrit
31:46à la juge
31:47Emmanuel Ducot
31:48au pôle des Colquays
31:50pour lui dire
31:50qu'il avait
31:51des révélations
31:52à faire.
31:53Chabani raconte
31:54que courant 2000,
31:55il a partagé
31:56un repas
31:57dans une brasserie
31:58parisienne,
31:59porte de la chapelle.
32:00Il y avait
32:01autour de la table
32:02René Réchini
32:03de Seize,
32:04soupçonné
32:04d'être l'homme
32:05qui a tiré
32:06sur Henri Curiel
32:06et Bruno Ducar,
32:08ancien inspecteur
32:09de la DST
32:09qui réfute
32:10toute implication
32:11dans cette affaire.
32:13Nous discutions
32:14en mangeant
32:15et c'est à ce moment-là
32:16qu'ils ont parlé
32:17de mecs
32:18qu'ils avaient flingués.
32:19Pierre Goldman,
32:21militant d'extrême-gauche,
32:22le frère
32:23de Jean-Jacques Goldman,
32:24et Henri Curiel.
32:25Selon le témoin,
32:27Ducar n'aurait donné
32:28des informations
32:29sur Curiel.
32:30Quant au tireur,
32:31ce serait bien
32:32René Réchini
32:33de Seize.
32:35Voilà donc
32:36pour ces informations.
32:37Effectivement,
32:38il y a un flux
32:38d'informations qui arrivent.
32:39Il faut les vérifier
32:40les unes après les autres
32:41parce que là,
32:41les gens peut-être
32:42commencent à parler
32:43mais ils peuvent aussi
32:44raconter n'importe quoi.
32:45Yves Bordenave,
32:46journaliste au Monde,
32:47dans votre livre
32:48Cold Case,
32:4814 affaires mystérieuses
32:50près de chez vous,
32:51vous avez un chapitre
32:51consacré à l'affaire Curiel
32:53et c'est vous
32:53qui racontez cette histoire
32:54avec ce mystérieux
32:56Claude Chabanis
32:56qui surgit un peu
32:57de nulle part
32:58et qui a beaucoup
32:59de choses à raconter.
32:59Est-ce qu'on peut croire
33:00cet homme
33:01quand il dit
33:01c'est bien eux
33:03le commando
33:04qui a tiré
33:05et qui a tué ?
33:05Là où Chabanis
33:06dit vrai en tout cas
33:07c'est que le déjeuner
33:07dont il parle,
33:08il a eu en 2010
33:09Porte de la Chapelle
33:10dans une brasserie,
33:11ce déjeuner
33:12a véritablement eu lieu
33:14avec les convives
33:15dont il parle également.
33:18Alors que ces convives
33:19aient évoqué
33:20leur souvenir,
33:22leur vieux souvenir
33:22de guerre,
33:24d'engagement
33:24divers et variés
33:25à l'extrême droite,
33:26c'est probable
33:27puisque dans ce genre
33:28de souvenir,
33:29dans ce genre
33:30de déjeuner
33:30de vieux,
33:31je dirais,
33:32on aime à se raconter
33:33ses exploits de jeunesse.
33:36Alors après,
33:37est-ce que,
33:38comme Chabanis le dit,
33:40parce qu'il avait déjà
33:41été interrogé,
33:42Chabanis,
33:42bien avant,
33:43ou il ne fait pas état de...
33:45Il y revient
33:45dix ans plus tard.
33:47Alors après,
33:47est-ce que,
33:48comme Chabanis le dit,
33:50Rechenti,
33:50alias Néné,
33:51puisqu'on l'appelle Néné,
33:52a dit
33:53oui,
33:54j'ai flingué
33:54j'ai flingué
33:55Curiel,
33:57ça c'est un peu compliqué.
33:58C'est d'autant plus compliqué,
33:59en tout cas prouvé,
34:01qu'à l'époque,
34:02Chabanis règle des comptes
34:04puisqu'il est en conflit
34:06avec Ducard,
34:07un conflit
34:08de voisinage,
34:09de mauvais voisinage,
34:10on va dire,
34:10et il y a des affaires judiciaires
34:14en cours
34:14entre les deux hommes
34:15et donc,
34:15on peut aussi penser
34:16que Chabanis
34:18profite
34:18de cet épisode
34:21pour régler ses comptes
34:22avec son ex-ami
34:24qui aujourd'hui
34:25est devenu son adversaire.
34:26Si je traduis
34:27ce que vous dites,
34:29finalement,
34:29c'est que
34:29c'est un peu fragile,
34:32on ne peut pas
34:33s'appuyer là-dessus
34:33pour en tirer
34:35des conclusions
34:36très précises.
34:38Maître William Bourdon,
34:39éclairez-nous,
34:39vous êtes avocat
34:40de la famille Curiel.
34:42Là,
34:42on est en 2022,
34:442023
34:44avec ces derniers
34:46interrogatoires,
34:47y compris
34:48auprès du pôle
34:49des Colquays.
34:50En 2024,
34:51il y a un rapport
34:52de la brigade criminelle
34:53qui tombe,
34:53c'est un rapport d'étape,
34:55en tout cas de conclusion
34:56puisque la brigade criminelle
34:58dit
34:58c'est fini,
34:59on ne peut pas
35:00aller plus loin.
35:00C'est un peu étonnant,
35:01d'un seul coup,
35:02on tire le rideau
35:02alors que le pôle
35:03des Colquays
35:04vient d'être saisi.
35:06Ils ne disent pas
35:06tout à fait ça.
35:09Ils actent du fait
35:10qu'ils ont été
35:10au maximum
35:11de leurs investigations.
35:12Ils ne peuvent pas
35:12aller plus loin.
35:13Et qu'en l'état,
35:15ils voient mal
35:15quelle piste explorer.
35:17Et en réalité,
35:18il y a d'autres pistes
35:19qui continuent
35:20d'être explorées.
35:21En réalité,
35:22le nouveau magistrat
35:22instructeur,
35:23Madame Fabienne Bernard,
35:25continue avec la même
35:26obstination que ses collègues.
35:28Et il faut saluer
35:29l'obstination des magistrats,
35:30comme d'ailleurs
35:30celle de mes chers clients
35:32de la partie civile,
35:32sans quoi il n'y a pas
35:34d'accès possible
35:35à la vérité
35:36ou ne serait-ce que
35:36des fragments de la vérité.
35:38oublions Chabani,
35:39si vous voulez,
35:39bien un instant.
35:40On est d'accord.
35:41Laissons-le de côté.
35:42Oui, parce qu'il faut
35:43faire le tri
35:44dans la parole
35:45de personnages
35:46qui ne sont pas
35:47des piliers de sacristie.
35:47C'est quand même compliqué
35:48de dénouer
35:49le vrai de l'ivraie.
35:51Il y a d'autres personnages.
35:54Il faut saluer aussi
35:55le travail des journalistes,
35:56évidemment,
35:56celui d'Yves.
35:57Mais il n'y a pas
35:58à montrer qu'il y avait
35:58un autre personnage.
35:59Jean Bataille,
36:00un ancien inspecteur
36:01des renseignements généraux,
36:02qui a écrit un roman
36:04où il mêle le vrai.
36:05Un roman à clé,
36:06c'est un peu compliqué.
36:08Ces personnages,
36:09ils ne sont plus
36:09de la première jeunesse.
36:11Ils ont été entendus.
36:12Jean Ducard,
36:13Marc Ducard,
36:14vous en parliez,
36:16c'est un personnage central.
36:18Il a été mis en garde à vue.
36:20Le policier connaissait
36:21par cœur son dossier.
36:23Il a tourné autour,
36:24tourné autour.
36:25Et pourtant,
36:26la brigade criminelle
36:26a bien travaillé là-dessus.
36:27Il manquait le chénon.
36:28Il manquait le chénon.
36:30Voilà.
36:30Maintenant,
36:32il y a encore
36:33des paroles
36:35qui peuvent se lire.
36:36Il y a encore
36:37des personnages
36:38qui peuvent parler.
36:39Moi,
36:39j'ai reçu
36:40des coups téléphones anonymes
36:41qui vont donner
36:42les informations
36:43que j'ai pu communiquer
36:44au magistrat instructeur.
36:45Donc,
36:47rien n'est perdu
36:48dans cette histoire.
36:48Je reste confiant
36:49sur le fait
36:50qu'on pourrait y arriver.
36:53Et la magistrat instructeur
36:54a tout à fait compris
36:55la dimension extraordinaire
36:57et exceptionnelle
36:58de cette enquête
36:59et ne va pas lâcher
37:00l'affaire comme ça.
37:01On est d'accord.
37:02Effectivement,
37:02il faut souligner
37:02le travail du pôle
37:03des cold cases,
37:04souligner le travail
37:05aussi de la brigade criminelle
37:06parce qu'ils ont beaucoup
37:07bossé ces derniers temps
37:08avec des interrogateurs
37:10qui étaient très précis,
37:12très documentés,
37:12vous l'avez dit,
37:13Maître Bourdon.
37:15Sylvie Brébant,
37:16journaliste
37:16et petite cousine
37:17d'Henri Curiel
37:18et vous êtes avec nous
37:19dans cette heure du crime.
37:20Le fait que le pôle
37:21des cold cases
37:22soit saisi,
37:23je suppose que c'est
37:23une bonne chose.
37:25En gros,
37:26votre dossier
37:27ne se perd plus maintenant.
37:30On ne peut qu'être content
37:32et vraiment grand merci
37:33à Maître William Bourdon
37:35de nous soutenir
37:37comme ça
37:37depuis tant d'années.
37:39Auparavant,
37:40j'ai eu une cousine
37:41mais elle avait repris
37:42sa retraite
37:42qui a aussi tenté
37:44de continuer
37:45à ce que le dossier
37:47ne se referme jamais.
37:49Donc oui,
37:50si on peut arriver,
37:52je ne sais pas à quoi
37:52on arrivera
37:53parce qu'effectivement,
37:55comme il a été dit,
37:55il y a sûrement
37:56plusieurs personnes
37:57qui sont mêlées.
37:58Il y a un autre nom
37:59qui a circulé aussi,
38:01c'est Jean-Paul Guerrier
38:02qu'on retrouve aussi
38:03dans l'assassinat.
38:05Mercenaire historique.
38:07Guerrier,
38:07je le dis en deux mots,
38:09c'est une grande figure
38:10du mercenariat français.
38:11Il est avec Bob Denard,
38:12etc.
38:13Voilà.
38:13Son nom,
38:14on le trouve aussi
38:15dans l'assassinat
38:16de Dulcie Septembre.
38:18Militante aussi
38:18des droits de l'homme.
38:21Représentante de l'ANC
38:22en France.
38:24Donc voilà,
38:25est-ce qu'un jour
38:25on sera,
38:26je ne sais pas,
38:27est-ce que ces gens
38:28parleront ?
38:28Je ne sais pas non plus,
38:30mais en tout cas,
38:30moi je sens qu'effectivement,
38:33on pourra peut-être
38:34arriver à quelque chose.
38:35Guerrier est condamné
38:36par la justice française,
38:37il y a une quinzaine
38:37d'années de ça,
38:38pour une tentative
38:39de push,
38:41si je me souviens bien,
38:44dans un État africain
38:45dont j'ai oublié le nom.
38:45Il y a beaucoup de choses
38:46autour de lui.
38:47Guerrier,
38:47c'est vraiment
38:48une espèce de légende
38:50du mercenariat.
38:51Un espoir,
38:52les documents
38:53secrets défenses
38:55déclassifiés.
38:55Henri Curiel,
38:57le mort de l'ascenseur.
38:58On peut espérer
38:58que le fil de ce dossier
39:00soit tiré.
39:01On se rapproche
39:02du cœur
39:02de ce cold case.
39:03L'enquête
39:04de l'heure du crime,
39:05je vous retrouve
39:05tout de suite
39:05sur RTL.
39:07L'heure du crime,
39:08présentée par
39:09Jean-Alphonse Richard
39:09sur RTL.
39:11L'heure du crime,
39:12présentée par
39:13Jean-Alphonse Richard
39:14sur RTL.
39:15Dans l'heure du crime
39:16aujourd'hui,
39:17un cold case,
39:17l'assassinat à l'ascension
39:201978 à Paris
39:21du militant
39:22tiers-mondiste
39:22Henri Curiel,
39:2363 ans.
39:24Des soupçons portés
39:25sur des anciens militants
39:26d'extrême droite,
39:27pas de preuves,
39:28la vérité se trouve
39:29peut-être dans des documents
39:31déclassifiés
39:32par le ministère
39:33de l'Intérieur.
39:35Mardi 30 décembre
39:362025,
39:38le journal
39:38L'Essor de la Gendarmerie
39:40révèle que des documents
39:41relatifs à l'assassinat
39:42d'Henri Curiel,
39:43jusqu'ici classés
39:44secrets défense,
39:45vont être déclassifiés.
39:47Cette annonce
39:48fait suite
39:48à la demande
39:49de la juge
39:49du pôle des cold case,
39:51Fabienne Bernard,
39:52qui vient de reprendre
39:53le dossier Curiel.
39:54La magistrate
39:55va pouvoir se pencher
39:56sur ces pièces
39:57qui dormaient
39:58dans les archives
39:59gouvernementales.
40:00Quatre notes
40:01et messages
40:02de la DST
40:03datés de 1974
40:04à 1978.
40:06Une première déclassification
40:07avait eu lieu
40:08en juin 2025.
40:09Une cinquantaine
40:11de notes
40:11avaient été transmises
40:12à la justice.
40:14La famille d'Henri Curiel
40:15espère toujours
40:16que les noms
40:17de ces assassins
40:18seront dévoilés.
40:19On peut espérer
40:20que tout ceci
40:21permette de tirer
40:22le fil de ce dossier.
40:24On se rapproche
40:25du cœur
40:26de ce cold case,
40:27déclare leur avocat,
40:28maître William Bourdon.
40:30Étant attaqué
40:31depuis une trentaine d'années,
40:33pourquoi tout d'un coup
40:34je devrais me défendre
40:35et me défendre
40:36vis-à-vis de toi.
40:37Je me sens parfaitement
40:38à mon aise
40:39et je suis
40:42plutôt très fier
40:43de ce que je fais,
40:44de ce que je suis
40:44et pas du tout gêné
40:46à ces ordures.
40:49Alors c'est un document
40:50exceptionnel
40:51que vous venez d'entendre
40:51parce qu'il est tiré
40:52des archives
40:53et je remercie
40:53le service des archives
40:54de RTL,
40:55il est tiré des archives
40:56de RTL,
40:57Henri Curiel bien sûr
40:58qui était interrogé
40:59à l'époque
40:59sur son action,
41:00sur son militantisme.
41:02Il y a une très très longue
41:03interview
41:04qui est aujourd'hui
41:05dans nos archives
41:06et qu'il faut écouter
41:07parce qu'elle est
41:08effectivement passionnante.
41:10Sylvie Brébant,
41:11je me tourne vers vous,
41:12vous êtes la journaliste,
41:13petite cousine
41:14d'Henri Curiel.
41:15Évidemment,
41:16il n'y a que de l'émotion
41:17lorsqu'on entend
41:17la voix d'Henri Curiel.
41:19Je n'ai pas été prévenue
41:20et je suis vraiment
41:21très très émue
41:22d'avoir tout d'un coup
41:23entendu sa voix.
41:25C'est ouf !
41:26Parce qu'on ne la connaît pas
41:27cette voix,
41:28pas beaucoup ?
41:28Non,
41:29c'était quelqu'un
41:29d'extrêmement discret
41:30qui ne se mettait pas en avant
41:32de toute façon
41:33parce qu'il avait
41:35une action à mener,
41:36des actions à mener,
41:37un travail à faire
41:38j'allais dire
41:39et que ça nécessitait
41:40de rester un peu
41:42en dehors
41:43du champ
41:44de l'actualité
41:46même s'il était soutenu
41:47je le rappelle quand même
41:49par des personnes
41:51extrêmement diverses.
41:52Ça allait des gaullistes
41:53en passant
41:54par des chrétiens.
41:56Il y avait des prêtres,
41:57des pasteurs
41:57dans le groupe Curiel
41:59et puis ça allait
42:00vers l'échiquier
42:02de tous les chiquiers
42:03de la gauche.
42:03Donc voilà,
42:05c'est...
42:05Mais bon,
42:06ouf !
42:07Et c'est une bonne chose
42:07pour vous
42:08d'entendre cette voix
42:09parce qu'effectivement
42:09c'est important que...
42:10Oui, c'est important
42:11de savoir qu'il était
42:13ce qu'il faisait
42:14surtout aussi.
42:15Ça, oui.
42:17Maître William Bourdon,
42:19vous défendez
42:19la famille Curiel
42:20depuis de longues années
42:22dans ce dossier
42:23qui est bien trouble
42:24et bien compliqué
42:25et parfois même
42:25filandreux
42:26avec toutes ces fausses pistes,
42:27ces mauvaises pistes,
42:28ces rumeurs,
42:29ces soupçons.
42:30Qu'est-ce qui manque
42:31aujourd'hui pour...
42:32On sent quand même
42:33qu'il y a quelque chose
42:33qui est en train
42:34de bouger là.
42:35Il y a les documents
42:36déclassifiés,
42:36il y a beaucoup de choses
42:37qui tournent,
42:37il y a eu des longs interrogateurs
42:39de la brigade criminelle.
42:40Qu'est-ce qui manque
42:41aujourd'hui
42:41pour être un petit peu
42:42le déclencheur
42:43qui pourrait amener
42:44à la vérité ?
42:45C'est que le magistrat
42:46instructeur
42:46aboutisse à un seuil,
42:48ce qu'on appelle
42:48un effet de seuil
42:49où l'intensité
42:50des indices
42:52convergents
42:53la met en capacité
42:54juridique
42:56d'inculper.
42:58C'est ça.
42:58C'est elle,
42:59souverainement,
42:59qui détermine
43:00cet effet de seuil.
43:02Alors, il y a
43:02l'exploitation,
43:03évidemment,
43:04on est heureux
43:04d'avoir poussé
43:05à la déclassification
43:06de ces documents,
43:08du SDEC,
43:08du ministère de l'Intérieur,
43:10est-ce qu'il faut s'attendre
43:10à des révélations extraordinaires,
43:11je ne suis pas sûr,
43:12ce n'est pas très facile à lire,
43:13mais ça peut participer
43:15de la structuration,
43:16justement,
43:17de cet effet de seuil.
43:19Mais juste,
43:20je voulais dire un mot
43:21pour dire,
43:23je suis aussi ému
43:24d'entendre
43:24l'art d'Henri Curiel,
43:27et qu'est-ce qui fait
43:28qu'on accompagne,
43:30on s'obstine ?
43:32C'est aussi,
43:33sans forcément
43:33que ça veut dire
43:34que je partage
43:34tous les points de vue
43:36d'Henri Curiel,
43:38parce qu'il y a une forme
43:38de fidélité qu'on doit
43:39à cet homme.
43:41Fidélité à ses valeurs,
43:42ses convictions,
43:43c'est-à-dire
43:43la lutte antifasciste.
43:45Et il a été
43:46des premiers
43:47à rejoindre
43:47le général de Gaulle
43:48en 1939,
43:49qui l'a fait à l'époque
43:50à des premiers
43:50tout jeunes.
43:52Il est toujours
43:53retombé,
43:53après on peut discuter
43:54indéfiniment,
43:55quand même du bon côté
43:56de l'histoire,
43:57c'est-à-dire
43:58de se mettre au service
43:59des damnés
44:00et des opprimés
44:01et des persécutés.
44:03Yves Bordenave,
44:04un mot
44:05sur l'enquête,
44:06parce qu'effectivement,
44:07je posais la question
44:08à William Bourdon,
44:09qu'est-ce qui manque
44:09dans ce puzzle
44:10pour qu'on arrive
44:11à toucher la vérité ?
44:12Encore une fois,
44:13moi j'ai le sentiment,
44:14peut-être que je me trompe,
44:15mais que là,
44:15les choses sont en train
44:16de bouger.
44:17Vous êtes d'accord
44:17avec ça ?
44:18Ça se bouge
44:19parce que ça fait
44:20de nombreuses années
44:21qu'il n'y avait pas eu
44:22autant d'avancées,
44:22notamment la demande
44:23du juge,
44:24et en plus,
44:26cette demande
44:26a été satisfaite
44:28d'obtenir des notes.
44:29Alors bon,
44:30on peut penser aussi
44:31qu'il y a eu
44:31des nettoyages de faits,
44:33mais d'obtenir
44:34les notes de la DSD...
44:35Pas sûr, pas sûr,
44:35sur les documents classifiés,
44:37nettoyage...
44:37C'est pour ça,
44:38je dis on peut penser,
44:39j'en sais rien,
44:40mais on a connu ça
44:41parfois dans l'histoire.
44:42Mais en tout cas,
44:42il peut y avoir
44:43des notes blanches
44:44de la DSD,
44:45du SDEC et autres,
44:47qui à mon avis
44:47peuvent ouvrir
44:48des choses.
44:49et c'est vrai
44:52que ça fait très longtemps
44:53que dans cette affaire,
44:56je plussois
44:57à ce que vient
44:58de dire William,
44:59on n'avait pas eu
45:00de magistrats,
45:01là c'est une magistrateuse
45:03instructeur,
45:04qui avait autant
45:05de détermination,
45:07également les services
45:09de la police judiciaire
45:10à l'Enterre,
45:10qui avaient autant
45:11de détermination
45:12pour sinon résorber
45:14l'affaire,
45:14en tout cas aller
45:15jusqu'au bout
45:16de ce que le dossier
45:19peut nous apporter.
45:21Et là,
45:21il y a des raisons
45:22d'être optimistes.
45:23Il y a une prise en charge
45:25de l'affaire
45:25de la part de la justice
45:27et de la police
45:29qui, je crois,
45:30depuis le début,
45:31depuis 1978,
45:33n'a jamais été
45:34aussi importante.
45:36William Brodon,
45:36juste un mot là-dessus,
45:37les documents déclassifiés,
45:39ça c'est important quand même.
45:41On peut trouver
45:41beaucoup de choses là-dedans.
45:42Oui, on peut trouver
45:43beaucoup de choses.
45:44Je ne vais rien en dire
45:45et on ne va rien en dire.
45:48Dommage.
45:48Dommage.
45:48Vous êtes là pour ça.
45:50Dommage.
45:51Je suis là aussi
45:52pour respecter la loi.
45:53Non mais enfin,
45:54c'est important.
45:55C'est important.
45:56Il y a une instruction en cours
45:57donc on ne va pas faire
45:58des effets d'avance maintenant.
45:59Mais oui, bien sûr,
46:00c'était au magistrat instructeur
46:02de tirer les conséquences
46:04de ce qu'elle est en train
46:04d'examiner.
46:07Et puis,
46:07il faut saluer quand même,
46:08je rejoins ce qui vient
46:08d'être dit,
46:10le Codecay,
46:10c'est une institution
46:12qui permet aux victimes
46:14des crimes les plus graves
46:15de garder confiance
46:16c'est l'espoir dans la justice
46:17et de ne pas se voir opposer
46:19comme un coup de râteau
46:20désagréable,
46:21la prescription.
46:22Voilà.
46:23Et ça,
46:24ça fait partie quand même
46:26des décisions
46:26qu'on peut mettre au crédit
46:27de la modernisation
46:28de la justice française
46:29dont on n'a pas toujours
46:30à se louer
46:31à chaque instant
46:32des résultats
46:33et de l'efficacité.
46:34Ça,
46:34il faut le souligner.
46:35Et ça,
46:35effectivement,
46:36c'est important.
46:37On traite beaucoup d'affaires
46:38qui sont aujourd'hui
46:39au pôle des Codecays
46:40qu'on salue.
46:40On salue d'ailleurs le travail
46:41et le travail ici
46:42de la magistrate
46:43Fabienne Bernard.
46:45J'ai l'impression
46:46que cette affaire,
46:47elle ne fait presque
46:47que commencer.
46:48Sylvie Brébant,
46:49je voudrais un mot là-dessus
46:50que vous nous disiez
46:51un petit peu.
46:52Est-ce qu'il y a près
46:54de 40 ans maintenant
46:57que cette affaire
46:58s'est produite ?
46:59Est-ce qu'à l'époque,
47:00dans votre famille,
47:01on aurait imaginé
47:02que ce soit si long
47:03qu'aujourd'hui,
47:04on se retrouve ici
47:05dans le studio de RTL
47:06en train d'en parler ?
47:07Alors,
47:08peut-être pas qu'on imaginerait
47:09qu'on en parlerait
47:10encore aujourd'hui.
47:11Mais en tout cas,
47:12on savait que ça allait
47:13être difficile.
47:15Et que,
47:15donc là,
47:16c'est vrai que c'est formidable
47:17qu'il y ait des éléments nouveaux
47:18et qu'on puisse de nouveau
47:19en parler.
47:20Et je voudrais dire aussi
47:21qu'une bonne nouvelle
47:22n'arrivant jamais
47:23tout à fait seule,
47:25la plaque d'Henri Curiel,
47:26en hommage à Henri Curiel,
47:28qui avait été arrachée
47:29deux fois,
47:29vient d'être réinstallée.
47:31Et là,
47:32elle ne pourra pas être enlevée
47:34au pied de son immeuble,
47:35rue Relin.
47:36Donc ça,
47:37c'est formidable.
47:38Vous avez toujours l'espoir
47:39aujourd'hui qu'on trouve.
47:40Ah oui.
47:41Je pense que vous avez
47:43déjà été entendue
47:44à l'époque d'ailleurs.
47:44bien sûr.
47:45Et qu'aujourd'hui,
47:46c'est quelque chose
47:46d'important pour vous
47:47et pour votre famille
47:49que ce combat,
47:50il y a une issue,
47:51non pas favorable,
47:52mais en tout cas,
47:53une issue vers la vérité.
47:54Absolument,
47:55on y croit toujours.
47:57Merci beaucoup,
48:00Sylvie Brébant,
48:01merci maître William Bourdon
48:03et merci à Yves Bordenave
48:05d'avoir été tous les trois
48:06aujourd'hui les invités
48:07de l'heure du crime.
48:08Merci à l'équipe de l'émission,
48:09rédactrice en chef,
48:10Justine Vigneault,
48:11préparation Lisa Canalès,
48:12Valentine Bardet,
48:13réalisation en direct,
48:15je l'attends Griveaux.
Commentaires