00:00Son rôle ne consiste pas à traquer les criminels sur le terrain,
00:03mais à tenter de se mettre dans leur tête et d'écrypter leur psychologie.
00:07Bonjour Audrey Renard.
00:08Bonjour.
00:09Vous êtes notre expert de 7h15.
00:10Vous publiez Profileuse avec Christophe Dubois chez Albin Michel.
00:14C'est un livre vraiment intéressant qui nous fait découvrir
00:17les coulisses de ce métier de profileuse ou analyste comportemental.
00:20On est d'accord qu'on peut dire les deux.
00:22Quand fait-on appel à vous, à vos services ?
00:25Alors, on fait appel à nous lorsque des enquêteurs travaillent
00:29sur un dossier criminel complexe, sur des homicides complexes.
00:32On ne travaille pas que sur les tueurs en série,
00:35contrairement à ce qu'on pourrait peut-être penser.
00:37On voit dans les séries américaines.
00:39Oui, absolument.
00:41Donc effectivement, l'idée c'était aussi de déconstruire
00:43certains clichés dans ce livre.
00:45Et le fait que nous n'avons pas de flash, d'intuition,
00:50malheureusement peut-être.
00:52Mais les choses sont très protocolisées.
00:54et du coup, on travaille sur des homicides complexes
00:57à travers toute la France.
00:59Et vous vous mettez donc dans la tête de ces suspects,
01:02dans quel but ?
01:04Alors, d'abord, pour les trouver, initialement,
01:07lorsque nous ne sommes pas informés de qui a pu commettre l'homicide.
01:12Donc, c'est une espèce de profil de portrait robot,
01:15personne qui habite dans la région ou pas ?
01:17Ça peut, effectivement.
01:18L'idée, c'est vraiment de lire la scène de crime,
01:21d'analyser très méticuleusement, précisément, psychologiquement,
01:27ce que l'individu a pu laisser comme trace de lui sur la scène de crime,
01:32évidemment pour pouvoir l'identifier,
01:34aider les enquêteurs à pouvoir l'identifier.
01:36Et puis, une fois qu'on l'a identifié,
01:38alors on va aider les enquêteurs, là aussi,
01:40pour mettre en place des leviers dans le cadre de leurs auditions,
01:45en interrogatoire, sous le régime de la garde à vue.
01:48Donc, vous parliez de cette, entre guillemets,
01:49lecture de la scène de crime.
01:50Si on prend le cas de Jonathan Daval,
01:52vous avez travaillé sur cette affaire.
01:54Qu'est-ce que la scène de crime vous a révélé ?
01:56Alors, la scène de crime, elle pouvait nous donner un certain nombre d'indices,
02:01notamment sur les précautions qui ont été prises par son tueur
02:06lors du dépôt du corps de cette jeune femme.
02:10Notamment les lunettes, je crois.
02:11Alors, effectivement, en fait, on peut également assister aux autopsies.
02:15Donc, on est en lien avec les médecins légistes qui nous expliquent
02:17quelles sont les violences qui ont été commises,
02:19le nombre de coups qui a été porté.
02:21En l'occurrence, Alexia Daval avait reçu beaucoup de coups au visage.
02:25Et pour autant, sur la scène de crime,
02:27ses lunettes étaient correctement mises, placées sur son visage,
02:30ce qui paraît un peu détonnant, en fait.
02:34Donc, ça veut dire quoi ?
02:35C'était quelqu'un qui était très proche d'elle
02:37et qui la respectait, entre guillemets, pardon, par rapport à ce qui s'est passé.
02:41Oui, effectivement, en fait, il y avait ce qu'on peut appeler
02:43des gestes de réparation, de la précaution prise,
02:47malgré la violence des faits.
02:49En fait, ça, ça nous indique des choses sur le lien de l'auteur avec la victime
02:53lorsqu'il passe à l'acte, malgré, effectivement, la violence des faits, évidemment.
02:58Les interrogatoires.
02:58Vous n'êtes jamais face au suspect.
03:00Vous êtes où pendant les interrogatoires ?
03:01Alors, on est dans une pièce à côté de la salle où se situe la garde à vue.
03:08Ce sont les enquêteurs, en fait, qui procèdent aux interrogatoires.
03:12Nous, on est, voilà, un peu à l'écart,
03:15ce qui nous permet d'avoir une vision un peu plus large
03:17de ce qui est en train de se passer, d'avoir un certain recul
03:20qui nous permet de donner, j'espère,
03:22les conseils les plus opportuns aux enquêteurs.
03:25Conseils que vous donnez lorsqu'il y a des pauses
03:26ou est-ce qu'ils ont une oreillette et vous leur parlez aux enquêteurs ?
03:29Non, alors, on le fait au temps de pause
03:31parce que je pense que les enquêteurs ont beaucoup de travail à faire
03:33pendant ce temps-là.
03:34Il faut qu'ils se concentrent sur ce qu'ils ont à dire
03:37pendant leurs interrogatoires.
03:38Et donc, si en plus, ils avaient quelqu'un qui leur parlait dans l'oreillette,
03:41je pense que ça les perturberait.
03:42Donc, on le fait au temps de pause.
03:43Par contre, on prépare évidemment bien en amont aussi
03:46les interrogatoires à venir.
03:49Je vois que ça passionne également en plateau, Julia.
03:50Oui, c'est vrai, le fait d'avoir cette distance
03:52vous permet évidemment d'analyser aussi plus précisément
03:54le profil psychologique.
03:56Est-ce qu'on a affaire souvent à des psychotiques,
03:58donc à des gens qui sont fous,
03:59ou est-ce qu'on peut aussi avoir, comme on l'entend,
04:01monsieur et madame Tout-le-Monde,
04:02qui à un moment donné passe à l'acte ?
04:03Et dans ces cas-là, qu'est-ce qui vous permet, vous,
04:05de déceler la différence ?
04:06En fait, le nombre de gens qui sont fous,
04:08qui peuvent être diagnostiqués psychotiques
04:10est vraiment très infime.
04:12Je crois que je ne vais pas donner un chiffre de pourcentage
04:15parce que je risquerais de peut-être me tromper.
04:17Mais vraiment, on est...
04:19C'est très rare, en fait.
04:22Non, non, les gens qui passent à l'acte,
04:23et en tous les cas, moi, ce que je vois depuis 18 ans,
04:26puisque ça fait 18 ans que je travaille dans cette unité de gendarmerie,
04:29les gens qui passent à l'acte sont vraiment
04:32monsieur et madame Tout-le-Monde, en fait.
04:34Évidemment qu'il peut y avoir des gens
04:36qui soient un peu plus préparés,
04:38notamment quand on parle des tueurs en série,
04:40mais c'est vraiment, là aussi,
04:41une infime partie de notre travail.
04:42Donc la plupart des gens sont notre voisin,
04:45notre ami, notre...
04:47Voilà.
04:48On comprend, lisant votre livre,
04:49qu'il vous faut trouver, entre guillemets,
04:50si je schématise, une porte d'entrée
04:52pour faire avouer le suspect.
04:54Dans le cas de Norda Lelandais,
04:56vous avez également travaillé sur cette affaire,
04:57alors là, vous dites, on a été confronté
04:59à une armoire verrouillée à triple tour.
05:02En fait, l'idée, c'est effectivement
05:05de réhumaniser ces individus
05:06qu'on considère souvent comme des monstres,
05:08parce qu'effectivement, ce qu'ils ont fait
05:09est monstrueux,
05:11mais on essaye de dissocier
05:13l'homme ou la femme,
05:15parce qu'on travaille aussi sur des femmes,
05:16l'homme ou la femme
05:17de l'acte qu'ils ont commis
05:18pour justement les rendre plus accessibles à nous,
05:21pour comprendre ce qui s'est passé,
05:23et c'est aussi important, je pense,
05:24pour les victimes,
05:25pour les familles de victimes,
05:26de comprendre ce qui s'est passé
05:28et d'accéder à ces personnes-là.
05:31Effectivement, dans le lot,
05:32il y a parfois des personnes
05:33auxquelles il est plus difficile d'accéder.
05:35Notamment, donc, Norda Lelandais,
05:36et il a avoué parce qu'il y avait
05:38une trace ADN de la petite Maëlys
05:39qui était découverte dans son coffre.
05:41Sinon, on ne sait pas,
05:42mais probablement qu'il aurait tenu bon.
05:44C'est possible.
05:46Alors, vous donnez des conseils,
05:48entre guillemets,
05:49pour qu'un interrogatoire fonctionne.
05:50Vous dites qu'il faut absolument
05:52qu'il y ait la loi des 80-20,
05:54c'est-à-dire, vous nous le dites en un mot ?
05:57Oui, c'est ce qu'on appelle
05:58la loi de Pareto, en fait.
05:59C'est effectivement l'idée
06:01qu'il y ait plus de temps de parole
06:03laissé au suspect.
06:05On a 48 heures de garde à vue
06:07et que le suspect puisse
06:09le plus facilement s'expliquer
06:11et qu'il y ait moins de temps
06:13consacré à l'enquêteur
06:15finalement qu'on ait moins
06:16de questions à poser
06:17et que l'individu puisse s'expliquer.
06:19Parfois, vous savez,
06:20les gens qu'on rencontre
06:21en garde à vue,
06:21ce sont des gens
06:22qui ne se sont pas souvent
06:24beaucoup exprimés
06:25et parfois,
06:26c'est dans le temps
06:26de la garde à vue
06:27qu'on les écoute finalement
06:29quelques heures durant
06:30et ça peut leur faire du bien, en fait.
06:34La suite,
06:35vous allez la découvrir
06:35dans ce livre.
06:36C'est absolument passionnant.
06:37Commandante Audrey Renard,
06:38vous signez Profaleuse
06:39avec Christophe Dubois
06:40aux éditions Albin Michel.
06:42Merci d'être passé
06:42par le plateau de Télémat.
06:43Merci à vous.
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