- il y a 10 minutes
Il est l'une des légendes du tennis français, et garde aujourd'hui le regard tourné vers le pays où il a joué ses premiers matchs et où il rêve de pouvoir retourner un jour : l'Iran. Mansour Bahrami, joueur de tennis franco-iranien, raconte dans un livre ses 40 ans de carrière et son lien avec ce pays devenu l'épicentre des tensions mondiales depuis la guerre avec les Etats-Unis. Il est l'invité de RTL Matin.
Mansour Bahrami est l'auteur de "Face à face" (éd. Amphora)
Regardez L'invité RTL de 7h40 avec Thomas Sotto du 25 mai 2026.
Mansour Bahrami est l'auteur de "Face à face" (éd. Amphora)
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00:00Thomas Soto, RTL Matin.
00:03Il n'a pas le palmarès le plus impressionnant du tennis, mais il est à coup sûr un des personnages
00:07les plus marquants de son sport.
00:08Alors qu'une partie de sa famille vit en Iran, dans la peur, il vient de publier Face à Face,
00:12un livre d'entretien sans concession,
00:14dans lequel il n'élude aucun sujet. Mansour Barami est l'invité d'RTL Matin.
00:18Bonjour et bienvenue sur RTL, Mansour Barami.
00:20Bonjour, merci pour ton invitation, Thomas.
00:22On vous connaît, vous et votre légendaire moustache, faisant le show évidemment sur le cours.
00:26Si le public s'amuse, alors j'ai réussi. Dès que je sens que le public est silencieux, pour moi
00:31le monde s'écroule.
00:32J'ai l'impression d'être inutile, dites-vous dans le livre.
00:35On a l'impression que pour vous, faire rire c'est presque vital, c'est presque une question de survie.
00:39Pourquoi ?
00:40C'est tout à fait ça, c'est écouter, parce que j'adore jouer au tennis, c'est ma passion,
00:46c'était ma bataille de l'âge de 5 ans.
00:50J'ai voulu jouer au tennis, on voulait m'empêcher, j'ai réussi à faire ce que je voulais.
00:56J'ai appris tout seul, avec un balai, avec un bout de bois.
01:00Vous jouiez à l'époque à Téhéran avec une poêle, avec un bout de bois.
01:04Avec une pelle.
01:04Vous n'avez pas les moyens d'avoir une raquette.
01:06Je n'avais pas de raquette. De l'âge de 5 ans à 13 ans, j'ai joué avec un
01:09balai contre un mur.
01:11Même pas sur le cours de tennis, parce que sur le cours de tennis, j'avais le droit de ramasser
01:16des balles pour les gens.
01:18Donc après, j'ai appris, ma façon de jouer, c'est que j'ai appris, il n'y avait personne
01:24pour me dire, arrête tes conneries, ne joue pas comme ça, c'est pas comme ça que ça se fait.
01:28Et j'ai vu en grandissant que ça, ça plaisait aux gens.
01:30Et c'est devenu vraiment, pour moi, c'est de promouvoir le tennis.
01:34C'est comme ça que je fais aimer le tennis aux gens.
01:37Et c'est votre rêve absolue. Vous racontez dans le livre que vous avez 8 ans, quand vous récupérez un
01:43vieux t-shirt Lacoste abandonné dans une poubelle.
01:45Votre père était le jardinier du club de tennis de Téhéran, mais vous n'avez pas le droit d'y
01:48aller, vous.
01:49Vous découpez le crocodile pour le coudre sur un vieux t-shirt made in China que vous avez.
01:54Ça veut dire que le rêve, il commence là, en fait ?
01:56Tout à fait, tout à fait.
01:58Le rêve, il commence.
01:59J'ai grandi, j'ai commencé à marcher à l'âge de 2-3 ans dans ce complexe sportif.
02:06On était une cinquantaine de familles qui vivions dans ce stade.
02:12Et j'ai commencé à marcher.
02:13Je pouvais aller jouer au football, au volleyball, au basket, à la piscine.
02:17Il n'y avait pas de problème.
02:17Au tennis, on me disait, non, ça, ce n'est pas pour toi.
02:20On ne me laissait pas, parce que le tennis, c'était...
02:22À l'époque, je vous parle de 1960, on avait 13 cours seulement là-bas, à Téhéran, dans ce complexe
02:28sportif.
02:29Il n'y avait pas d'autres clubs.
02:30Bon, il y avait l'ambassade de France qui avait un cours de tennis.
02:34Il y avait les Anglais qui...
02:35Et c'était réservé aux privilégiés.
02:36Ça, c'était privé.
02:37Donc, pour les gens, il n'y avait que ce 13 cours.
02:40Et ça, c'était réservé pour les gens privilégiés, élites, ceux qui avaient l'argent pour payer pour le cours.
02:46Pas pour moi, fils jardinier.
02:48Vous avez 22 ans, Mansour, quand la révolution islamique éclate, en 1979.
02:52Vous racontez que le nouveau régime interdit le tennis, qui est considéré comme une activité occidentale décadente.
02:58Raison pour laquelle vous voulez partir.
03:00Et vous arrivez à fuir le pays.
03:01Vous arrivez en France le 8 août 1980, à Nice, avec toujours cette idée fixe, cette obsession de jouer au
03:06tennis.
03:07Sauf que ce jour-là, vous avez 8000 francs en poche.
03:10Et que ces 8000 francs, vous tentez le tout pour le tout, vous allez les jouer au casino.
03:14C'est tout ce que j'avais qui me restait.
03:17Parce que de 1978, 79, 80, je n'ai pas joué.
03:21Parce que les Moules-là, ils ont arrêté le tennis.
03:23Ils ont dit que c'est un sport américain capitaliste.
03:27On n'en veut pas.
03:28C'est tout ce qui me restait.
03:29J'ai eu une occasion pour pouvoir sortir, quitter Téhéran.
03:34Je suis venu à Nice.
03:35Au bout de 1h30, 2h, je me suis dit pourquoi je suis venu.
03:38Parce que je parlais en anglais aux gens.
03:40Ils ne me regardaient même pas.
03:42Et moi, je me suis dit, avec 8000 francs, je peux vivre 2-3 semaines ici.
03:46Et mon but, c'était de trouver un club dans lequel je pouvais jouer les championnats par équipe.
03:51Éventuellement donner le cours au tennis.
03:53Avant de commencer à faire le tournoi pro.
03:55Et puis, je me suis dit, à un moment donné, je me suis assis dos à la mer.
04:00J'avais un Sandivich que j'avais acheté avec une bouteille d'eau.
04:03Ça m'a coûté 20 francs.
04:05J'ai vu Casino roule en face de moi.
04:07Je me dis, ça c'est un signe.
04:08Il faut que j'aille essayer de gagner 30-40 000 francs peut-être.
04:12Je peux rester 3-4 mois.
04:13Et plus je reste, plus j'ai une chance de trouver un...
04:16Sauf que vous avez tout perdu.
04:17J'ai tout perdu en 20 minutes.
04:19Et après, les années suivantes ont été très dures.
04:22Vous avez même été SDF.
04:23Mais comme vous refusiez de dormir littéralement dans la rue,
04:27vous marchiez toute la nuit.
04:28Et puis, vous alliez dormir quelques heures la journée devant le bureau,
04:30à l'époque de la gardienne de Roland-Garros, Colette Hamelin.
04:33Madame Hamelin.
04:34Vous avez connu la rue.
04:35Oui, oui.
04:36Je marchais toute la nuit dans les rues de Paris.
04:40Parce que je ne voulais pas dormir dans la rue.
04:42Je dis, si je dors dans la rue, c'est que...
04:44Voilà.
04:44J'ai accepté de devenir un SDF, un clochard.
04:48Donc, ce n'était pas ça le but.
04:49Il fallait que je me débrouille et que je puisse m'en sortir de la galère dans laquelle j'étais.
04:55J'avais peur de la police.
04:56Vous marchiez, en fait.
04:56Vous marchiez par fierté la nuit et par dignité.
04:58Bien sûr.
05:00Je marchais toute la nuit, jusqu'au moment où le soleil se lève.
05:04Et puis, après, j'allais à Roland-Garros.
05:06Je dormais devant le bureau de Madame Hamelin, 3-4 heures,
05:09pour avoir la force pour pouvoir marcher encore.
05:11Roland-Garros, c'est vraiment le lieu clé pour vous.
05:14Votre carte de séjour, vous la devez à vos premières performances.
05:17Vous êtes à l'époque...
05:17Il y avait le tournoi, les qualifications et les pré-qualifs.
05:20Vous, on vous a invité pour les pré-qualifs.
05:22Vous avez passé les pré-qualifs.
05:24Les qualifs, vous arrivez au premier tour.
05:25Et là, ça devient une histoire dont la bande FM, à l'époque,
05:28on est en 1980, s'empare.
05:30Et c'est comme ça que vous obtenez votre titre de séjour.
05:32Les Français s'émeuvent face à l'histoire de ce petit tiranien.
05:35Et vous obtenez votre carte de séjour.
05:37Tout à fait.
05:38J'ai passé 6 tours entre le pré-qualif et les qualifications.
05:42Je suis arrivé en premier tour.
05:44J'ai battu Jean-Louis Hayek,
05:46qui était l'un des 4-5 meilleurs joueurs français.
05:49Et là, on était en pleine guerre avec l'Irak.
05:51Et pour la première fois, on a vu un Iranien
05:54qui a gagné un tour à Roland-Garros.
05:56Vos confrères journalistes m'ont demandé aux conférences de presse.
05:59Ils m'ont dit, qu'est-ce que tu es ?
06:01Qui es-tu ?
06:01Je dis, voilà, moi je suis un Iranien.
06:04Je suis sans papier.
06:05Je suis à la rue.
06:06Je veux juste jouer au tennis.
06:08On ne me laisse pas.
06:09Ils m'ont aidé.
06:10Ils m'ont dit, c'est scandaleux d'avoir un gars qui veut jouer au tennis.
06:13On veut le sortir.
06:14Parce qu'on m'avait dit, soit tu quittes la France,
06:16soit tu demandes l'asile politique.
06:19Et c'était hors de question que je demande l'asile politique.
06:21Ça veut dire, j'ai oublié ma mère, mon père, ma famille et tout.
06:24C'était impossible.
06:25Mansour, ça va faire trois mois que la guerre a commencé en Iran.
06:28Mais ça fait plus de 45 ans que le peuple iranien est opprimé par le régime au pouvoir.
06:31Vous dites que la moitié de votre cœur est en Iran.
06:34De quel œil vous regardez la situation dans votre autre pays aujourd'hui ?
06:38Écoutez, on est tous inquiets pour nos compatriotes iraniens.
06:44Vous avez deux frères et une sœur encore là-bas.
06:46J'ai deux frères.
06:47J'ai plein de nez et neveux.
06:49Toute ma famille est en fait en Iran.
06:51Tous, ils sont en Iran.
06:53J'ai très peu de nouvelles.
06:55Ma nièce qui a un problème, qui a un cancer de cerveau.
07:00J'ai des médicaments que je ne peux pas envoyer.
07:03J'ai demandé à tous mes amis.
07:04Il y en a un, je pense, qui m'a dit qu'il a trouvé quelqu'un.
07:07Pour lui donner les médicaments.
07:09C'est très compliqué pour un pays comme ça, qui est berceau d'humanité.
07:13Et donc, de vivre dans une situation qu'on est, c'est très très triste.
07:19Et voilà, c'est dévastateur pour nous.
07:23Vous avez le sentiment que ce que fait Donald Trump aide votre pays, votre peuple ?
07:26Ou que ça l'isole encore plus sous les coups ?
07:29Que ça durcit encore le régime des Mollahs ?
07:31Je pense que ça durcit encore plus.
07:33Il est en train de détruire le pays.
07:36Il n'aide pas les gens.
07:38Il a dit aux gens, restez, je viens, aide, aide, arrive.
07:43Il y a eu 40 000 personnes assassinées dans deux jours.
07:49Et donc, voilà.
07:52Et c'est ce qu'il est en train de faire maintenant.
07:54Il est en train de durcir le régime encore.
07:56Il dit que le régime est changé, le régime est changé.
07:58Il est en train de parler avec les gens que...
08:01Non, le régime n'est pas changé de tout.
08:03Si le régime des Mollahs ne tombe pas, tout ça n'aura servi à rien ?
08:07Tout ça a servi à détruire l'Iran un peu plus.
08:10Oui.
08:11Je dirais, oui.
08:12Et l'Iran, c'est un grand pays.
08:15C'est un pays merveilleux.
08:16C'est un pays, je suis fier d'être né en Iran.
08:20C'était le paradis.
08:21Et voilà, aujourd'hui, c'est ce qu'il est.
08:24Je suis en France.
08:25Mon pays, c'est maintenant en France.
08:27Et nous, la France, on aide assez les Iraniens.
08:29On fait ce qu'il faut ou pas ?
08:31Non, je pense qu'on ne fait pas grand-chose pour aider les Iraniens.
08:35Non.
08:35Les Iraniens qui sont un vieux peuple,
08:37qui est très cultivé, très courageux.
08:40Donc non, on ne fait pas grand-chose.
08:42Non.
08:42Quand on lit votre histoire, votre parcours,
08:44qu'on vous écoute, on se dit que ce masque jovial, Mansour,
08:48comme votre obsession à être toujours élégant,
08:50tiré à quatre épingles,
08:52ça vous a aussi aidé à traverser les épreuves de la vie.
08:54C'est vrai ou pas ?
08:55Bien sûr.
08:56Il fallait soigner les apparences, toujours.
08:57Écoutez, non, j'ai toujours...
09:00Je ne fais rien de...
09:02Je ne me force pas à faire.
09:03Moi, j'ai juste envie de...
09:07Je respecte les gens, en général.
09:10Pour moi, que ce soit quelqu'un qui est devant une porte ou c'est un ministre,
09:15pour moi, je parle aux gens de la même manière.
09:18J'ai beaucoup de respect à tout le monde.
09:20Et je dis toujours que quand tu respectes les gens, tu es respecté.
09:22C'est d'abord que tu te respectes toi seul.
09:24On va se dire quelques mots de tennis, quand même,
09:26parce qu'on est en plein Roland-Garros.
09:27On apprend dans le bouquin que Roger Federer, gamin,
09:30était votre ramasseur de balles,
09:31lors d'un match contre Jimmy Connors à Bâle en 1995.
09:33Il avait 14 ans.
09:35Vous dites que le plus grand joueur de tous les temps,
09:37c'est Djoko, le serbe Novak Djokovic,
09:39qui a gagné hier contre M.P.C. Pericard.
09:42Vous, qui avez joué contre Nastas, Borg, McEnroe, Connors, Noah, Lecomte et tant d'autres,
09:47vous ne trouvez pas que le tennis manque un peu de personnalité aujourd'hui ?
09:50Le signer, c'est bien, mais bon...
09:52Oui, mais il est étonnant de voir, le signer, comment il tape dans la balle.
09:56Ça, c'est une chose très, très difficile,
09:58de taper tous les coups, coups droits, revers, à plat,
10:03de faire de la manière dont il fait.
10:05C'est impossible.
10:06Mais en émotion ?
10:07Moi, je n'ai jamais vu ça.
10:08L'émotion, vous savez, quand vous avez un tournoi
10:10où le vainqueur gagne 3 millions d'euros,
10:12vous n'êtes pas là pour rigoler,
10:14vous êtes là pour faire votre job, c'est de gagner.
10:17Et si vous commencez à faire,
10:19parler avec les gens,
10:21essayer de faire rire, essayer d'être drôle,
10:24vous ne serez pas numéro un mondial.
10:26Justement, vous dites 3 millions d'euros pour le gagnant,
10:28les joueurs trouvent qu'ils ne gagnent pas assez,
10:29c'est pas assez redistribué.
10:31C'est une vraie revendication ?
10:33C'est indécent ?
10:34Qu'est-ce que vous dites, vous ?
10:35Écoutez, moi, je pense que, par exemple,
10:36en France, le tournoi de Roland-Garros,
10:40tout l'argent qui est gagné,
10:41c'est dépensé dans le tennis.
10:43C'est une association à but non lucratif.
10:47On ne bat pas l'argent,
10:48ça ne va pas dans la poche,
10:50dans la mienne,
10:51ou dans le président,
10:52ou le directeur de tennis.
10:54L'argent est dépensé pour tous les tournois
10:57qu'on fait en France,
10:58tous les clubs,
10:58tous les clubs,
11:00il y a plus de 7000 clubs en France.
11:01Ça aide le tennis amateur aussi ?
11:03Voilà.
11:03Et on ne peut pas les donner tous aux joueurs de tennis.
11:06Dernière question,
11:07il nous reste un chôman,
11:08Gaël Monfils,
11:08qui joue son dernier Roland-Garros,
11:10peut-être son dernier match ce soir
11:11contre Hugo Gaston.
11:12Si vous aviez un conseil, Mansour,
11:14à lui glisser à l'oreille
11:16avant le match de ce soir,
11:16ce serait quoi ?
11:17Vous lui diriez quoi, Gaël ?
11:18Je sais qu'il va avoir un bon moment
11:25sur le cours de tennis,
11:26sur ce match,
11:28il joue avec Hugo Gaston,
11:30un de ses copains français,
11:32donc je pense qu'il va avoir
11:34beaucoup de plaisir à jouer,
11:35c'est ce que je lui dis,
11:35je dis écoute, profite,
11:38je pense qu'il peut encore peut-être gagner ce soir,
11:41faire encore un autre match,
11:43et voilà,
11:43mais on verra,
11:44moi je les aime tous les deux,
11:45et Hugo Gaston,
11:46et Gaël Monfils,
11:48je lui dis qu'il y a le meilleur gagne,
11:49et on verra.
11:50Merci beaucoup,
11:51nous on vous aime beaucoup aussi,
11:52il paraît que depuis l'âge de 35 ans,
11:53vous dites je vais jouer encore un ou deux ans,
11:55vous en avez 70,
11:56et ça continue, c'est tant mieux.
11:57Merci Mansour Barami
11:58d'être revenu ce matin sur RTL,
11:59votre livre s'appelle
12:00Face à Face,
12:00entretien sans concession
12:01mené par un de vos amis proches,
12:03qui s'appelle Amit Garavi,
12:04et c'est publié chez Amphora.
12:05Dans un instant, c'est...
12:06...
12:06...
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