00:00Neuf jours à quatre dans 9 mètres carrés à plus de 380 000 kilomètres de la Terre.
00:05Drôle de vacances, les astronautes de la mission Artemis 2 ont décollé à minuit 34 heures françaises de 4 cannaverales
00:13direction la banlieue de notre satellite.
00:15Bonjour Cécilia Sébreguet, merci d'être avec nous, vous êtes journaliste spécialiste de l'espace.
00:20A priori le décollage a été réussi, il n'y a pas eu de pépins ?
00:25Nominal comme on dit dans le secteur spatial, ça veut dire que tout s'est bien passé,
00:28toutes les étapes ont été réussies avec succès, c'est un décollage assez impressionnant,
00:34c'était l'occasion un peu de rêver pour tout le monde.
00:36C'est ce qu'elle a dit, Christine Acoque, dans sa prise de parole juste après le décollage,
00:43c'est l'occasion de faire rêver une nouvelle génération.
00:45C'est vrai que moi je fais partie de la génération qui va pouvoir complètement embrasser ce programme Artemis,
00:50il y avait le programme Apollo, maintenant il faut renouveler un petit peu l'expérience
00:54et puis c'est un voyage assez fantastique qui a commencé.
00:58Alors là ils ne sont pas encore sur l'orbite lunaire, mais ils vont faire un voyage en tout sur
01:03neuf jours
01:03qui va représenter quasiment un million de kilomètres et c'est absolument dingue.
01:08Les proportions sont incroyables.
01:10Vous nous rappelez les difficultés de cette mission en termes de radiation ou bien quand ils vont revenir ?
01:15Le retour sur Terre, c'est le moment le plus dangereux dans une mission spatiale en général,
01:20en particulier dans celle-là, parce qu'ils vont arriver très vite, ce sera un record de vitesse.
01:24C'est-à-dire que la trajectoire qu'ils ont prise, qu'ils vont prendre là,
01:27ils vont se mettre dans une position un peu spéciale, c'est-à-dire qu'ils vont quitter l'orbite
01:29terrestre pour aller rejoindre la Lune.
01:31Cette orbite-là, techniquement, ils n'auront jamais besoin de la quitter.
01:34Ils vont faire le tour de la Lune et ils vont revenir.
01:36Ils vont être les premiers humains à voir directement la face cachée de la Lune.
01:40Exactement, et ça, c'est assez impressionnant.
01:42D'ailleurs, il y a plein de records dans cette mission.
01:45Ils vont être le plus loin, à 10 000 kilomètres à peu près.
01:47L'idée, c'est qu'ils pourront quasiment la tenir dans leurs mains, la Lune, quand ils pourront la regarder.
01:52Et donc, quand ils vont revenir, quasiment naturellement, grâce aux lois de la physique et de la gravité,
01:57ils vont revenir très, très, très, très vite, 40 000 kilomètres à peu près.
02:00L'entrée dans l'atmosphère à ce moment-là, c'est extrêmement dangereux.
02:03De toute façon, toute cette mission est très dangereuse.
02:05C'est le premier vol habité de cette fusée dans le cadre de ce programme.
02:09Il ne faut pas oublier qu'il y a des enjeux quand même très importants.
02:12D'ailleurs, la sécurité, c'était un mot très important dans ce programme.
02:15Mais c'est vrai qu'on peut se dire, on a déjà marché sur la Lune.
02:18Il y avait moins de technologies qui étaient moins avancées.
02:20Ça avait l'air plus simple, finalement, qu'aujourd'hui.
02:23Pourquoi on prend plein de précautions avant de pouvoir reposer un pied sur notre satellite ?
02:27À cause de l'histoire, déjà, il y a eu plusieurs événements qui ont marqué l'histoire spatiale
02:31avec des accidents, avec beaucoup de morts sur les navettes, notamment.
02:35Et donc, l'idée, c'est évidemment de ne pas reproduire ça.
02:38Et puis, les technologies ne sont pas tout à fait les mêmes.
02:40La technologie a évolué.
02:41La recherche sur la santé aussi.
02:43Donc, le maître mot, c'est protéger les astronautes,
02:46créer des systèmes qui vont pouvoir leur permettre d'être évacués.
02:49Évacuer le pic de la fusée, de cette fusée absolument énorme, de 98 mètres de haut.
02:54Le pic tout en haut, en fait, c'était leur système de sécurité.
02:57Au cas où ça ne va pas, au cas où tout ce réservoir explose trop tôt,
03:00ils pouvaient s'éjecter.
03:01Donc, il y a beaucoup de systèmes qui ont été créés pour rajouter des couches de sécurité supplémentaires.
03:06C'est vrai qu'on l'avait déjà fait.
03:07Mais là, on le fait un peu différemment, de manière un peu plus efficace et protégée.
03:11C'est vrai ?
03:11C'est quoi le principe ? Vous parlez de danger.
03:13Vous dites que c'est dangereux.
03:14C'est quoi le principal danger ?
03:16Il y en a plusieurs.
03:17Le principal danger, c'est l'explosion, quand même.
03:19C'est quand même l'équivalent...
03:21Voilà, c'est une explosion assez impressionnante.
03:23Dans chaque moteur, il y a l'équivalent de 26 avions à réaction.
03:26Donc, en fait, on ne se rend pas compte, toute la partie orange, c'est du carburant.
03:30Ah là là !
03:31Donc, c'est très, très sensible.
03:32Et d'ailleurs, ce qui fait que cette fusée a une couleur orange,
03:35parce que ce n'est pas forcément pour être vu de loin,
03:37même si ça fonctionne très bien.
03:38En réalité, c'est une mousse isolante qui est une couche supplémentaire,
03:42qui était jeune au moment d'être peinte, mais qui est devenue orange avec le soleil,
03:44qui permet de protéger aussi l'intérieur, l'équipage et surtout le réservoir-là,
03:50parce que c'est très inflammable.
03:52Oui, oui, pardon, bien sûr, oui.
03:53Et pourquoi on retourne sur la Lune ?
03:55Parce que ça a été un serpent de mer pendant des dizaines d'années,
03:57des dizaines d'années.
03:58Quel est l'intérêt d'y retourner aujourd'hui ?
03:59Je pensais que c'était Mars, moi, l'objectif.
04:01Alors déjà, on n'ira pas sur Mars si on ne va pas sur la Lune.
04:04C'est beaucoup trop loin.
04:05On a besoin d'une station d'arrêt, presque une station d'essence, j'allais dire.
04:08C'est-à-dire qu'il faut qu'on puisse s'arrêter quelque part, c'est à 400 000 kilomètres
04:12de la Terre.
04:13Donc ça fait un premier stop, on pourra s'arrêter, recharger les batteries, littéralement,
04:18puisqu'il y aura de l'énergie solaire à utiliser, recharger les carburants et repartir.
04:22C'est très lointain tout ça.
04:23Il y a aussi des raisons géopolitiques, évidentes.
04:26Il y a une course comme à l'époque d'Apollo, c'était la course de la guerre froide.
04:30Cette fois, c'est un petit peu une course avec la Chine.
04:32Et l'Inde aussi, non ?
04:33Et l'Inde, alors l'Inde est derrière la Chine, mais ils ont réussi à poser, ils sont allés très
04:38vite l'Inde.
04:38Ils ont posé leur premier robot sur la surface cachée de la Lune.
04:41Donc c'était une belle prouesse, c'était tout récent.
04:43La Chine, leur objectif, 2029-2030, être sur la Lune, sur la face cachée.
04:49Et donc forcément, quand son principal antagoniste s'apprête à réaliser cet exploit de nouveau,
04:54les États-Unis, on trouve des arguments.
04:57Et puis il y a des arguments politiques.
04:58L'idée pour Donald Trump, qui avait relancé, lui, le programme de son premier mandat,
05:04c'est que ça arrive à la fin de son deuxième mandat.
05:07Donc c'est tout un symbole pour lui qu'il veut représenter, et pour son parti, évidemment, la Chine.
05:12Son ambition, c'est aussi de marquer les 80 ans de la République chinoise, qui arriveront en 2029.
05:18Donc voilà, il y a des enjeux politiques.
05:20Et puis industrielles, les retombées sont magiques, si j'ose dire, pour la technologie.
05:25Et à la fin, pour nous, les citoyens, les scientifiques, énormes.
05:29C'est-à-dire que pour la science, par exemple, les dangers, c'est aussi à quel point on va
05:33exposer les astronautes aux radiations.
05:35Les conditions psychologiques, physiologiques, qui vont subir sont assez importantes.
05:41Intenses, oui, c'est le cas de le dire.
05:43Vous l'avez dit, 4 personnes enfermées pendant 9 jours dans une boîte de 9 m3.
05:47C'est quand même difficile.
05:48Et puis il y a le soleil pas très loin avec ces radiations.
05:50Et tout ça, ça va être mesuré, évidemment.
05:52C'est pour ça qu'il a été très important, ce vol, même si on se pose pas sur la
05:55Lune.
05:55On va tout surveiller, tout regarder, et surtout regarder où on peut se poser la prochaine fois.
06:00Eh oui !
06:00On fait du repérage, en fait.
06:02On fait du repérage.
06:03Tout à fait.
06:04Merci, Cécilia.
06:04Merci beaucoup.
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