00:00Nous parlons de l'esclavage comme d'un passé lointain, comme un mot, comme d'un simple chapitre, même je
00:07dirais comme une date.
00:08Mais dans ce lit, ce ne sont pas des chiffres qui parlent, ce sont des survivantes, ce sont des voix,
00:14ce sont des mémoires entières.
00:16Et avant de commencer, je tiens à remercier chaleureusement les éditions Ici-Bas pour l'envoi de cet ouvrage de
00:23Françoise Vergès, la fameuse, pour son travail de transmission.
00:26Parce que ce livre-là ne nous laisse pas nous cacher derrière le confort de la distance.
00:33Il nous oblige à regarder l'esclavage en face.
00:36Dans la préface, Françoise Vergès rappelle une chose essentielle.
00:40Ces témoignages, je cite, restituent un monde de cruauté et de brutalité, de déshumanisation et de terreur dominés par l
00:47'idéologie de la suprématie blanche.
00:49Et ça, vous pouvez le retrouver comme vous l'avez vu à la page 7.
00:51Et cette phrase-là, ce n'est pas juste une formule, parce qu'ensuite, on tombe sur les paroles de
00:59Marie Armstrong, interrogée elle à Houston à l'âge de 91 ans.
01:03Et là, l'esclavage n'est plus abstrait du tout, non.
01:06Marie Armstrong raconte l'une des scènes les plus insoutenables, je dirais, du livre.
01:11Elle dit ceci, je cite,
01:25Et ça, c'est à la page 49.
01:279 mois !
01:29Il faut entendre ce que cela veut dire.
01:31Un bébé, un nourrisson.
01:32Et en face, non pas une violence d'époque, comme certains pourraient dire, non pas une dureté du passé, mais
01:39un système si profondément déshumanisant qu'il pouvait transformer les pleurs d'un bébé en motifs de torture.
01:47Voilà ce que ces pages rappellent.
01:49L'esclavage, ce n'était pas seulement le travail forcé.
01:52C'était une machine de terreur à casser les corps, à détruire l'enfance, à banaliser tout simplement l'horreur.
01:58Et c'est pour cela qu'on doit lire ce type de livre, parce qu'il l'arrache les masques,
02:03parce qu'il détruit les récits adoucis, parce qu'il nous rappelle tout simplement que derrière les plantations, les fortunes
02:11ainsi que les empires bâtis, il y avait des vies broyées.
02:14Sous le règne du fouet, ce n'est pas une métaphore, c'était une réalité.
02:18Et tant qu'on n'aura pas le courage de regarder en face cette réalité, on continuera à mal comprendre
02:24le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui.
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