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  • il y a 7 semaines
Virginie est née sourde profonde : son enfance est marquée par les obstacles liés à la communication et au regard des autres. Petite, lorsque pour la première fois elle est appelée "handicapée", c'est un choc. Jusque-là, pour Virginie, les handicapés sont des personnages de fiction comme Quasimodo dans Notre-Dame de Paris, ou une personne tétraplégique allongée dans un lit. Sa vision du monde et de l'autre change alors. Elle se fixe un objectif : casser les barrières imposées par la société, et les maintenir ouverte pour les autres.
Au micro de Story, Virginie raconte son adolescence en tant que jeune femme sourde, puis son démarrage dans la vie d'adulte : comment elle a refusé de laisser ces difficultés définir sa destinée, en suivant un cursus scolaire normal, jusqu’à s'entêter dans ses études de droit et devenir la première avocate sourde de France. Un accomplissement symbolique de son combat pour l’inclusion et l’égalité des chances.
Au fil de l’entretien, elle dévoile les clés de sa résilience : la persévérance, l’ambition, l’acceptation de soi et la conviction que chaque différence peut devenir une force. Elle partage également son engagement actuel en tant que conférencière, où elle transmet son message : “On peut être handicapé et puissant”.
Avec sensibilité et humour, elle invite la société à repenser sa vision du handicap, et à s'en inspirer : "Si vous aviez mes solutions, vous n'auriez plus peur de vieillir". Une philosophie de vie reflétée dans son livre "Kiffe ton handicap" aux éditions Dunod.
Virginie n’est pas seulement un exemple de réussite : c’est une véritable leçon de vie.
« Story », c’est tous les lundis à 18h30 sur 20 Minutes TV.
Une émission disponible sur le canal 32 de la TNT en Île-de-France, sur les box partout en France (Free : 910, Orange : 349, Bouygues : 300;  SFR : 461).

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Transcription
00:00Le handicap était la seule forme de diversité à ne pas avoir fait sa révolution, et ça c'est très vrai.
00:06On a pu avoir des lois, donc la loi de 2005, pour essayer de changer le regard de la société sur le handicap.
00:14On se rend compte que finalement, les choses n'ont pas tellement évolué et sont même plus tôt retrouves depuis qu'on est en train de rechuter à nouveau.
00:30Bonjour à tous, je suis Virginie Delalonde, je suis connue comme la première avocate sur des naissances en France.
00:40Aujourd'hui, je suis conférenteur à l'international, auteure et animatrice d'une émission de télévision sur la scène Mieux.
00:47La première fois que je me suis rendue compte que j'étais différente parce que je suis soigne profonde.
00:59Je pense que ça s'est fait de manière très progressive, c'est-à-dire que j'avais bien compris que les autres entendaient des choses que vous n'entendez pas.
01:09Et vous voyez, à l'école, on les appelait, moi je n'entendais pas quand on m'appelait, etc.
01:16Mais il y a une anecdote qui m'a particulièrement marquée, où j'ai pris conscience que ma surdité était un problème pour les autres.
01:26Et c'était un anniversaire d'un mari et d'un ami de mes parents, il faisait très très chaud, on attendait la pièce montée et on décide d'organiser un chat.
01:35Et c'est la plus jeune du groupe qui est désignée et évidemment, elle me comprend que comme c'est la plus petite, elle va avoir du mal à nous rattraper.
01:43Je lui propose mon aide pour qu'on soit deux à courir après tout le groupe.
01:48Et j'ai à peine eu le temps de terminer ma proposition et qu'elle m'a dit « mais je ne veux pas jouer avec toi, tu parles trop mal. »
01:56Donc elle m'a dit « bon bah, elle n'est pas très sympa, tant pis pour elle, comment c'est malvenu ? »
02:00Et là, son frère arrive, elle me dit « mais soit gentille avec elle, elle est handicapée. »
02:06Et pour moi, handicapée à l'époque, j'avais déjà commencé à huire et je l'avais énormément.
02:11C'était quasiment deux dans Notre-Dame de Paris, le capodre et le papillon, la personne s'est rappelée que j'aurais eu d'hôpital.
02:19Et là, j'ai compris au fait que ça voulait dire « handicap » pour les gens, c'est un monstre.
02:25Et ça a vraiment été très violent pour moi.
02:28Donc j'ai grandi dans un environnement familial assez classique, donc un père, une mère, un petit frère, donc je suis l'aînée.
02:39Et mes parents ont divorcé quand j'avais 9 ans.
02:42Donc la confiance à moi a vraiment été assez très compliquée.
02:47C'est-à-dire qu'à partir du moment où j'ai compris que j'étais différente, j'étais vraiment dans l'observation des gens, dans le non-verbal.
02:55Et je captais tous les micro-signes qui me faisaient sentir que j'étais différente.
03:00Donc forcément avec ça, difficile d'avoir confiance en ça.
03:03Et puis il y avait une maman aussi qui était très dans le contrôle, qui me faisaient régulièrement sentir que je n'avais pas la bonne éducation, que je n'avais pas de bon comportement.
03:16Et donc la confiance en moi a vraiment été confiante que j'ai travaillé sur le long terme.
03:23Et je me suis rendue compte que c'est par l'action que petit à petit, j'ai réussi à me dire « ça, j'arrive bien, je m'en sors bien, j'ai la compétence, je ne reviendrai pas en arrière ».
03:38Je ne peux pas pouvoir dire que j'ai un jour consciemment appris à lire sur les lèvres.
03:49Parce que c'était mon seul moyen pour comprendre les gens, je pense que ça s'est fait naturellement au fur et à mesure.
03:56Ce qui m'a aidé, c'est de connaître le français écrit, parce que j'ai su lire avant de parler, je savais lire à 4 ans, 4h30 et j'ai réussi à m'exprimer pour la première fois, j'avais 6 ans.
04:11Quant à l'articulation, clairement ça a vraiment été un parcours du combatant, mais au total, je peux parler comme je parle aujourd'hui et comme vous m'entendez.
04:24J'ai mis 20 ans à résoudre 3 séances d'orthophonie par semaine.
04:29Et encore, je pense que je suis un petit peu gentille, vu que la réalité que j'étais enfant, je travaillais tous les jours avec ma maman,
04:37sous forme de jeux, sous forme d'exercices, avec mes poules, chez mes poupées, etc.
04:43Ce qu'il faut savoir, c'est que quand on n'a jamais entendu le chaux de sabbat, c'est un petit peu difficile de la voter.
04:50Et donc, pour ça, il a vraiment fallu commencer par la base de la base, c'est-à-dire, quand on est sûr, normalement on perd nos babillages.
05:00Et moi, j'avais bénéficié d'une nouvelle stratégie orthophonique, qui était de me faire conserver mon babillage,
05:08et à partir de ces sons naturels, de construire tous les autres sons, les uns après les autres.
05:14Et on a commencé notamment par le souffle.
05:17Mais vous avez remarqué que vous faites un S, un F, un F, un J. Votre souffle n'est pas du tout le même.
05:26La langue aussi, dans la bouche, comment vous la positionnez pour prononcer des sons.
05:30Et puis ensuite, une fois que j'avais réussi à prendre des rations,
05:34vous pouvez arriver à faire une syllabe, puis un mot, puis une phrase.
05:38Et c'est pour ça que ça a pris aussi longtemps.
05:40Donc j'ai eu la chance de se promener à rien et de ma polarité, d'être dans un établissement complètement normal.
05:47J'avais des amis, j'avais des maîtresses extrêmement bienveillantes, qui avaient envie d'essayer de voir finalement
05:57si une personne sourde arrivait à suivre dans leur classe.
06:00Et puis, à partir du CMA, mes parents se sont séparés.
06:04Nous sommes allés vivre à Paris, alors qu'auparavant j'habitais dans un petit village près de la Suisse, mes côtés proches.
06:12Et à Paris, c'était un établissement normal.
06:16Mais par niveau, il y avait deux personnes sourdes et il y avait une personne à côté du professeur
06:23qui ne faisait pas de la langue des signes, mais plutôt une aide à la lecture labiale.
06:28C'est à dire que la langue des signes, c'est une langue à part entière.
06:32Donc si je vous dis, je vais à la maison.
06:34En langue des signes, c'est moi, maison, allez.
06:37Ce qui n'a rien à voir avec le français.
06:39Et c'est pour ça que les personnes qui utilisent la langue des signes au quotidien
06:43comme langue de communication naturelle ont du mal avec le français écrit.
06:47Et donc moi, on ne voulait pas offrir ce problème-là.
06:50Du coup, on a plutôt utilisé des gestes de la main qui accompagnaient l'articulation.
06:56Donc concrètement, si je vous donne un exemple pratique pour que vous veuillez l'intérêt,
07:02quand je dis le pain, le bain et la main, vous vous entendez différemment.
07:07Mais sur les lèvres, si j'enlève le chaud, c'est la même chose.
07:10Donc je fais l'exercice sur le bain, le bain et la main.
07:17Et si je rajoute le visuel, ça fait pain, le bain et la main.
07:22Et donc, il y avait une personne à côté du professeur qui traduisait tout ce que le professeur disait.
07:28Et j'en ai bénéficié du CMA en l'an quatrième acclut.
07:32Et c'est ça qui m'a permis d'être quasiment toutes les années promenade de classe.
07:37Donc alors, à quoi ressemble la langue française par les complétés ?
07:41Eh bien, si je vous dis pain, bain et ma, six, dix, vous voyez que c'est différent.
07:50Alors que c'est la même chose.
07:53Donc en gros, ça remplace le son. Pour la personne sourde, c'est l'eurovisuel.
07:58Et donc, quel est l'intérêt de ça ?
08:01C'est qu'une personne sourde ne sait pas comment prononcer un mot quand elle ne le connaît que sous forme écrite.
08:08Donc si par exemple, je dis A-G-A-R-S, elle ne sait pas forcément qu'on ne dit pas le R ni le S.
08:15Donc si une personne code, c'est-à-dire utilise cette aide,
08:20eh bien, tout ce qui est prononcé, tout ce qui est sonore sera visuel.
08:25Et tout ce qui n'apparaît pas, eh bien, l'enfant sourd voit qu'il y a une différence entre l'écrit et l'oral.
08:33Et en plus, ce qui est intéressant, c'est que si par exemple on a une phrase avec plein de petits mots,
08:40ce qui est très difficile pour une personne sourde, c'est de comprendre 100% de la phrase.
08:45Mais j'étudie qu'elle comprend 100% du message.
08:48Donc ça veut dire que c'est le cerveau qui va faire de la suppléance mentale, c'est-à-dire complétée.
08:54Comme toi, quand tu parles en Angleterre, si tu parles en anglais, tu comprends l'idée,
08:59mais tu ne comprends pas les mots exacts qui sont utilisés.
09:03Avec ça, ça te permet de voir tous les petits mots.
09:07Par exemple, je vais à la maison.
09:11Quand on parle très vite, sur l'élève, on a du mal à voir à la maison.
09:17Parce que c'est à la maison.
09:19Voilà, donc en fait, c'est quelque chose qui m'a énormément aidée dans ma compréhension à l'école.
09:25Et c'est ça qui a fait que j'étais première de classe.
09:29Donc je vais m'amuser à parler et puis regarder en même temps,
09:33pour vous montrer la vitesse à laquelle on planait.
09:36On planait doucement.
09:38On planait...
09:49Il y a effectivement de nombreux souvenirs d'adolescence.
09:52ma surdité m'a posé énormément de problèmes. Le problème numéro un, c'était la musique.
09:57Donc mes amis étaient passionnés de musique, ils faisaient choisir les CD,
10:01eux en aident au cerf, ils parlaient de leur chauteur et tout ça. Moi, c'était une conversation
10:06que je ne pouvais pas avoir. C'était compliqué aussi quand on se retrouvait et qu'on parlait
10:12dans le noir. Par exemple dans la rue ou dans la somme avec la petite oeuvre déchevée,
10:18c'était impossible de lire sur les lèvres, impossible de suivre. C'était aussi quand j'en ai au coude,
10:25on faisait des veillées le soir au coin du feu et il n'y avait pas assez de lunaires, ça chantait,
10:31ça racontait des histoires et tout ça. Moi, j'étais complètement larguée. De la même façon,
10:36quand on sortait au bois de nuit, les gens se parlaient l'oreille et avec moi c'était impossible.
10:42Et j'ai même des anecdotes où on était quand même dans une période où on essayait de draguer
10:49et de séduire. Et mon regard sourd qui me parlait à l'oreille, il était obligé de les prendre par la main,
10:54et de les emmener aux toilettes là où il y avait de la lumière. Donc il y avait souvent des petits
10:59problèmes d'interprétation de ma attention. Alors je ne sais pas si on peut dire que la surdité a été une
11:05force à cette période-là parce que, en tout cas, personnellement, je ne le voyais pas vraiment comme
11:10telle. Mais je voyais vraiment le verre-motivide que je ne pouvais pas faire, tous les problèmes
11:17que ça pouvait me poser. Aujourd'hui, avec le recul, je pense que ça m'a permis d'avoir de vrais amis,
11:25c'est-à-dire des personnes qui étaient capables d'élever au-delà des apparences. Ça nous a permis aussi
11:31de tricher en classe, de plaisir maintenant pour que mes profs se touchent à la retraite. Et puis,
11:38ça m'a permis aussi peut-être de développer de très grandes qualités d'observation. Une lecture
11:46beaucoup plus rapide que la moyenne. Quand je lis des livres, par exemple, pendant des années,
11:51j'ai lu un livre par jour. Donc j'ai vraiment une vitesse d'électure qui impressionne les gens en général.
11:57Ça m'a permis aussi, je pense, de vraiment travailler mon non-verbal, c'est-à-dire sentir
12:06si les gens font de moi un peu bien, je me dis bien la vérité, je me dis bien tout. Et donc,
12:12ça m'a vraiment servi dans ma vie professionnelle. Je pense que le moment où j'ai transformé mon
12:24handicap en vrai force a été, quelques temps après, m'être mise à mon compte. Tant que je travaillais
12:32pour les autres, tant que j'avais le sentiment que je devais faire mes preuves, que je devais
12:37démontrer que j'étais à minima aussi capable que n'importe qui, d'avoir des résultats et d'atteindre une
12:45vraie performance. Mais c'était compliqué pour moi, finalement, de voir en quoi ça pouvait être une force.
12:52Et à partir du moment où j'ai arrêté d'avoir peur de déroger, arrêté de me rétrécir, me minimiser,
13:01et que j'ai vraiment pu travailler comme j'avais envie de travailler avec le confort dont j'avais besoin,
13:08avec l'organisation qui était idéale pour moi, c'est là où je me suis rendu compte que, en fait,
13:14personnellement, j'étais passée à côté de beaucoup d'opportunités professionnelles et que,
13:20finalement, aujourd'hui, c'est une vraie force. C'est une force parce que ça me rend beaucoup plus
13:26libre. C'est une force aussi parce qu'il y a des clients qui me correspondent, des clients qui me méritent,
13:33des clients qui sont persuadés que, oui, je vais vraiment leur apporter quelque chose de différent,
13:39des personnes qui ont l'habitude de retrouver. Ça me permet aussi de mettre en avant, justement,
13:48tout ce que j'ai découvert, ce fameux verre à maintien plein au cours de mon adolescence. Et puis,
13:53dans cette première partie de vie professionnelle, où j'étais plutôt salariée, où je travaillais
13:59pour des supérieurs. La force aussi que ça m'a donnée, c'est une force intérieure. C'est-à-dire que,
14:06monsieur Rodoucault, il y avait plein de choses dans la vie, par exemple, les incertitudes, par exemple,
14:14le stress, par exemple, la gestion de l'énergie, sur lesquels j'étais déjà préparée depuis longtemps,
14:21parce que j'avais appris avec mon handicap quotidien. Alors, au départ, je ne souhaitais pas du tout faire
14:27des études de drogue, je voulais être vétérinaire. Et simplement, au moment du choix, l'équivalent
14:32de parcours sup' à l'époque, eh bien, ma maman a refusé que je fasse ce choix-là. Et donc,
14:39je me suis retrouvée avec un délai d'un mois pour trouver un métier. Puis évidemment, à l'époque,
14:48il y avait quand même plutôt une pression pour faire des métiers assez renommés socialement,
14:53plus de médecine, plus de… pas aux seniors, mais plus de avocats, plus de chefs d'entreprise,
15:03bref, des métiers précisieux. Et rien ne me plaisait. À l'époque, j'étais au plus très en colère,
15:12en colère contre cette société qui ne me laissait pas de place, qui ne voulait pas de moi et qui me
15:19le faisait bien comprendre. En colère contre ce pays qui avait comme devis liberté, égalité,
15:26fraternité, sauf que ce n'est pas du tout ce que je visais moi dans ma vie. Et je me suis dit,
15:33en plus, la particularité du handicap, c'est que beaucoup de gens ont tendance à décider de votre
15:40vie à votre place. À vous expliquer quel sera votre choix des possibles, qui est souvent très
15:45étriqué, alors que vous, ce n'est pas du tout ce que vous ressentez. Bref, tout ça m'a énervée.
15:50Et je me suis dit, peut-être qu'avec le droit, je vais arriver à me faire entendre, je vais arriver à
15:57me faire respecter et surtout, je vais pouvoir défendre les personnes qui sont dans la même situation
16:02commune. Et puis au final, je me suis rendue compte que c'était moi, que j'essayais de défendre, de protéger
16:10au travers de ce métier.
16:11De faire des études dans un milieu ordinaire, quand on est différent, eh bien, ce n'est pas facile.
16:23C'est-à-dire que, sur le temps que j'allais voir un professeur pour lui demander qu'il était possible
16:29d'avoir mes cours, je m'avais les promenées. Donc, j'avais plusieurs explications. J'avais,
16:35à nous, c'est le droit de propriété intellectuelle, donc non, je ne passe pas les cours parce qu'au
16:42derrière, je peux les délivrer. Ou alors, c'était, ah, il y a une petite maligne, j'allais faire un
16:47trafic de refils, vous y enchernez. Ou alors, c'était, je n'écris pas mes cours, je fais juste des
16:53bullet points, et puis, j'en reviens. Ou alors, c'était, bah non, en fait, je ne vais pas l'intérêt,
17:03je ne comprends pas le problème, et tout ça. Et donc, ce que j'ai trouvé très dur, c'est que je n'avais pas de
17:09référent adulte qui puisse leur expliquer qu'en fait, quand on a une surdité de propos de naissance,
17:15c'est très difficile de regarder le professeur et d'écrire en même temps, en fait, on n'a pas les yeux,
17:21qui font deux choses différentes en même temps, ça ne marche pas. Et donc, en fait, ce qui a été
17:28difficile, c'est que, n'ayant pas d'aide, il a fallu que je trouve un certain nombre de stratégies pour
17:33m'en sortir. Donc, première stratégie, j'ai essayé de copier sur les gens qui trouvaient ça très
17:38agréable et donc, qui, au bout d'un moment, cachaient leur copie. Ensuite, il a fallu que je trouve des
17:45personnes qui étaient volontaires, d'accord, mais il fallait que ce soit des personnes sérieuses,
17:51des personnes qui n'auraient pas tard au cours, qui ne soient pas malades, ou qui n'ont pas fait
17:56la fête la veille, qui n'ont plus du mal en forme, donc il fallait quelque chose de constant, de régulier,
18:03et de sérieux, et de fiables. Ensuite, il y avait le problème, quand j'avais trouvé cette personne,
18:09quand il prenait des notes, quand il arrivait en bas de la copie, on allait tous tellement vite,
18:14que lui, dès qu'il arrivait, il tournait la page, et moi, j'avais les deux, trois, quatre dernières
18:21lignes, que je n'avais pas encore autant de lire pour copier, donc j'essayais d'apprendre par
18:25cœur, surtout que je prenais du retard sur la copie d'après pour écrire en faveur de l'offre.
18:29Ensuite, je me suis dit, bon, il s'est tombé, c'est trop compliqué, j'ai acheté les livres des
18:35professeurs. Le problème, c'est que je n'avais pas la qualité juridique. C'était forcément,
18:40j'avais des mauvais notes, donc il a fallu encore innover et innover, et j'ai fini par
18:48trouver la bonne méthode, c'est-à-dire qu'en fait, dès qu'on sortait d'un cours, je récupérais le
18:55cours, je préparais les fiches de révision, pendant que mon camarade prenait le cours d'après. Et ça
19:01voulait dire qu'à la fin de l'année, pas de la journée, sauf le dernier cours, on avait et les fiches,
19:07et le cours. Et donc finalement, on gagnait tous énormément de temps, et surtout pour la première
19:12fois, je n'avais pas l'impression d'être en position de demande, de dépendance. J'avais aussi un rôle,
19:19une utilité, et ça a tout changé dans ma tête. Quand je rencontrais des situations précises, avec
19:25soit des examinateurs qui faisaient une gamme, qui refusaient de me donner un certain temps, qui refusaient de
19:31répéter une question si je ne l'avais pas compris, et que je sortais en plus général. C'étaient mes
19:38amis qui me rattrapaient, parce qu'ils me disaient « Non mais Virginie, mets-toi raison, c'est un connard,
19:43non mais viens lui cracher la figure » et tout ça. Et en fait, le fait de me sentir soutenue m'aidait
19:49aussi, mais que, un, je me disais que je ne suis pas la seule, parce qu'il y a un problème, et deux,
19:56je ne suis pas la seule à avoir envie de violences, mais on était tous très bien élevés, et on a craché la figure à deux personnes.
20:03Alors, le jour où j'ai eu mon diplôme d'avocat, ça a été une sensation très bizarre. À la fois, j'étais
20:16hyper heureuse, je dis « Ça y est, c'est terminé ! » Plus jamais d'inquiétude par rapport à ma cour, par rapport aux
20:23jurys, qui va comprendre qu'il va foutre un moment des bateaux dans les roues. Enfin, tout le stress,
20:32qui n'avait rien à voir avec le fait de faire des études, mais j'étais liée à ma surdité,
20:38était derrière moi. Et en même temps, j'ai aussi ressenti une énorme fatigue, parce que j'avais tellement
20:49encaissé, j'avais tellement cherché des solutions surcompensées, etc. Et je me disais « Mais
20:56qu'est-ce qui m'attend dans la vie professionnelle ? Est-ce que ça va être pareil ? Est-ce que ça va être
20:59pire ? » Et j'avais vraiment cet angoisse d'avoir du mal à trouver du travail. Et paradoxalement,
21:06quand j'ai eu mon diplôme d'avocat, en sortant de mes états, j'avais deux collaborations. Et ça,
21:14c'est rarissime. Ça, ça n'arrive jamais. Et je pense sous deux ou trois camarades de promotion qu'il
21:21y avait une collaboration. Je pense que ce qui me rend la plus fière aujourd'hui dans mon parcours
21:27professionnel, c'est d'avoir réussi à aller dans des univers où on ne m'attendait pas du tout. D'avoir
21:33démontré que ce n'est pas vrai qu'on avait une difficulté de la parole ou le handicap de la
21:38communication. Et qu'on ne pouvait pas être avocat qui a un métier de la communication. Travailler dans
21:46le marketing. Pareil, je suis animatrice d'une émission de télévision, j'écris des livres. Je suis surtout
21:55conférencière à l'international en français et en anglais. En plus, il y a cette notion d'ambition qui
22:02m'accompagne quel que soit le choix que je vais faire dans ma vie professionnelle. C'est important pour moi.
22:08Alors, des moments de vulnérabilité, j'en ai plein, bien sûr. J'ai la chance d'être aujourd'hui très
22:19jalouse avec le sujet. Donc, si j'ai l'impression de ne pas bien faire, si je me fais des questions sur le
22:28résultat, si je ne réussis pas des choses, j'en parle avec beaucoup de transparence à mon entourage,
22:37tant professionnel et personnel. Et c'est le regard des autres qui est toujours très bienveilleux, très soutenant,
22:44qui fait que ça me permet d'avancer. C'est-à-dire que je ne ressens pas, je ne me dis pas, ah là là, c'est la
22:51cata, c'est la fauna, on arrête tout. C'est plutôt dans cette logique de me dire comment faire pour ne plus me
22:57retrouver dans cette situation et comment faire pour trouver le bon chemin, celui qui est important pour moi, et avancer.
23:04Alors, certains me demandent si aujourd'hui encore, j'ai l'impression de devoir faire plus, de devoir
23:11prouver. Et je trouve que je ne suis pas qu'est-ce que, effectivement, pendant des années, c'était
23:17mon moteur. J'avais tellement pas confiance en moi, j'avais tellement besoin de me prouver, de prouver aux autres,
23:24que même si j'étais différente, j'étais autant capable, voire peut-être plus que certaines personnes.
23:30Aujourd'hui, je vais le dire complètement différemment, c'est-à-dire que, ça y est, j'ai compris, j'ai intégré,
23:38que j'étais capable d'énormément de choses, il fallait suffisamment prouver, jusqu'à aujourd'hui, je n'ai plus besoin de le faire.
23:45Je suis toujours, aujourd'hui, animée par ce côté exploration. En fait, j'adore ouvrir des pages, j'adore écrire de nouvelles histoires et j'adore, en fait, montrer que là où tout le monde
24:05fait qu'il y a des barrières, des affichements, des problèmes, on peut trouver des choses, on peut avancer, et on peut trouver, en fait, une voie dans laquelle, finalement, on s'éclate encore plus, parce que, intérieurement, il y a quelque chose qui nous puisse y aller, mais parce qu'on ne l'a jamais fait.
24:21En fait, j'adore être la première, et garder la force ouverture pour les autres. Ça m'a mis, en fait, en fait, c'est un chanony, mais ce n'est plus un objectif qui me fait mal, en fait, c'est vraiment de la joie, de le plaisir, et si ça marche pas, puis un problème change, et c'est vrai.
24:40Alors, récemment, j'ai sorti mon dernier livre, il s'appelle « Keeps de handicap », et ce livre-là, c'est vraiment le livre que j'aurais tellement, tellement aimé lire, trouver, découvrir, à partir de l'âge de 15 ans,
24:57quand je me faisais plein de ressources sur mon avenir, quand j'avais vraiment le sentiment qu'avoir un handicap en France, c'était très compliqué, un problème, que personne ne nous donnait de plat,
25:09qu'en plus, non seulement, on ne nous la donnait pas, mais on nous rajoutait des barrières, qu'on ne les en avait pas, enfin bon, bref, et puis, j'avais aussi le sentiment de subir en permanence, et d'être dans une spirale infernale.
25:26Et ce livre-là, je l'ai entendu, de l'âge de 15 ans jusqu'à la haute de 40 ans, et entre-temps, évidemment, j'ai vécu un certain nombre de choses, dont une dépression, j'ai programmé mon suicide,
25:38et ça m'a amenée à beaucoup travailler sur moi, donc, j'ai fait de la thérapie, j'ai fait du coaching, j'ai fait du développement personnel,
25:46et j'ai fait du coaching professionnel aussi, et plein de micro-choses, genre la constellation familiale,
25:54je suis reconstituée avec mon enfant intérieur, bref, plein, plein de choses. Et au fur et à mesure de mes découvertes,
26:02j'ai fini par comprendre comment on faisait pour, un, trouver sa place quand on est différent, et deux,
26:09s'épanouir en dessinant une vie qui nous ressemblait vraiment.
26:12Quand je veux monter sur scène avec d'autres personnes en situation de handicap, elle était souvent, elle aussi, assez épanouie.
26:20Et quand on a discuté d'autres trucs pour nous épanouir, on se rendait compte qu'on avait beau avoir des parcours différents,
26:28des handicaps différents, des expériences différentes, mais on rentrait plus ou moins sur la même clé.
26:35Et donc, un, je me suis dit, mais en fait c'est hyper universelle, et deux, ça serait quand même très égoïste de le garder pour nous.
26:43Et c'est pour ça que j'ai écrit ce livre.
26:50Donc aujourd'hui, ce que j'ai envie de partager, c'est de relayer un message de Michael Jeremna,
26:56qui disait que le handicap était la seule forme de diversité à ne pas avoir fait sa révolution.
27:02Et ça, c'est très vrai, parce qu'on a beau avoir des lois, donc la loi de 2005,
27:08pour essayer de changer le regard de la société sur le handicap,
27:12et on se rend compte que finalement, les choses n'ont pas tellement évolué,
27:17et ils sont même plutôt retrouvés depuis quelque temps en train de rechuter à nouveau.
27:22Et je me dis, mais en fait, on n'a pas le plan qu'on mérite,
27:27alors qu'aujourd'hui, quand on a des situations de handicap,
27:31on a des réponses d'énormément de problématiques dans les sociétés.
27:34Première problématique, c'est que notre avenir est de plus en plus incertain.
27:39Quand on a un handicap, c'est exactement ça notre quotidien.
27:43Ensuite, on se demande comment on doit s'adapter.
27:47Pareil, c'est le quotidien d'une personne en situation de handicap.
27:51Elle s'adapte sans arrêt.
27:53Donc nous, on a déjà cette habitude-là, et on continue à avancer.
27:57Troisième chose, on a dégénéré peu pour le vieillissement de la société,
28:01parce que nous, on a vieilli beaucoup plus tôt qu'au vu,
28:05et on a eu envie de rester très autonome.
28:08Donc là, par exemple, si je prends la surdité,
28:11j'ai une surdité très très profonde, qui est limite proche de la surdité totale.
28:17Et pourtant, je téléphone, j'écoute la télévision,
28:21je vais au spectacle, je suis arrivée au théâtre,
28:25je vais à des conférences, je me forme.
28:29Bref, je téléphone, j'ai une vie quasiment normale.
28:33Et donc, peut-être que si vous connaissez mes solutions,
28:36vous auriez moins peur de venir.
28:38Et puis après, il y a tous les sujets d'accessibilité universelle,
28:42pour que les gens ne se rendent pas compte.
28:45Mais quand on a un handicap, c'est un petit peu comme s'il y avait un avant et un après.
28:50C'est-à-dire que s'il y avait une problématique motrice,
28:53que vous retrouverez en photo urlant par exemple,
28:55ou avec des grosses douleurs,
28:58eh bien, tous vos restaurants préférés,
29:01les magasins que vous adorez,
29:03terminez, parce qu'ils ne soient pas accessibles.
29:06Ou alors, il y en a beaucoup plus de mal à faire des prêts à l'avoc,
29:10parce que rien n'est passé, rien n'est adapté.
29:14Et donc, en fait, notre combat,
29:16c'est de rendre finalement cette société beaucoup plus accessible,
29:20beaucoup plus éphaniciote pour l'ensemble des gens,
29:23quel que soit le rang de zéro à son temps.
29:27Donc, j'avais envie de parler d'un sujet un petit peu tabou en France,
29:36qui est celui des parents en situation de handicap,
29:40ou des enfants qui partagent soit le même handicap, soit un handicap.
29:45Et la tendance, généralement, est de dire,
29:48mais c'est hyper égoïste de se reproduire,
29:50si on sait qu'au derrière, il y aura des offens qui pertinueront à un handicap.
29:55Eh bien, c'était ma pensée aussi au début,
29:59et j'avais fait le choix de ne pas y avoir d'offens,
30:02et puis, ah, un petit peu le final est arrivé dans mon tiroir.
30:06Et donc, forcément, je me suis vraiment posé la question,
30:11et la réalité m'a beaucoup surprise,
30:15parce qu'en réalité, c'est l'inverse de ce qu'on peut imaginer,
30:18c'est-à-dire que quand on connaît le sujet,
30:21en réalité, c'est presque un inventaire.
30:24C'est-à-dire qu'un, on n'a aucune question sur l'avenir de l'enfant,
30:28on sait qu'il va se sortir,
30:30plus connu, nous avons réussi à nous en sortir en général.
30:33Deux, on connaît déjà le niveau professionnel,
30:36donc il n'y a pas d'erroge médicale,
30:38il n'y a pas de retard, par exemple,
30:40dans l'entrée dans la parole pour les enfants sûrs,
30:43dans l'arrivée dans la scolarité et tout ça.
30:47Il y a eu des enfants qui ont été brillants du début à la fin,
30:50j'ai eu un monsieur de travail au bac.
30:52Ensuite, il y a que on sait préparer les situations
30:58qui seront potentiellement compliquées pour un jeune
31:01dans la particularité,
31:03parce que, comme on l'a vécu,
31:05du coup on peut mieux anticiper les situations,
31:07on peut aussi éviter que l'extérieur ait un problème avec nos enfants,
31:13parce qu'on normalise, entre guillemets, le handicap,
31:16c'est-à-dire qu'on invite les enfants sans arrêt à la maison
31:19pour qu'on s'habitue finalement à voir des enfants.
31:22Et déjà tout, c'est différent.
31:24Et puis la quatrième chose, c'est que les médecins ont souvent une approche
31:30assez paternaliste ou assez « je décide un petit peu à votre place »
31:35ou « je porte des jugements ».
31:37Quand on est concerné, qu'on a l'habitude,
31:39on prend beaucoup de recul par rapport à ce qu'on peut dire à un médecin.
31:42Et c'est vrai que, du coup, il y a une sérénité autour de l'éducation d'un enfant en situation de handicap,
31:49parce qu'on connaît ce champ des possibles,
31:52parce qu'on sait là où il y a des difficultés,
31:55et parce que, pour nous, quand nous avons le même handicap,
31:59c'est un enfant avec tous.
32:01Donc il n'y a pas de deuil de l'enfant aidé à le faire,
32:05il n'y a pas de peur, panique de l'avenir, de culpabilité,
32:10quand ils vivent des situations difficiles.
32:13On le sait, c'est une partie de la vie, et on n'est rien à voir ça.
32:16Donc c'est tout le côté psychologique,
32:19et le côté où ils gagnent du temps,
32:22finalement, dans tout ce qui est pris en charge,
32:26avec un résultat qui est qu'on a des enfants qui ont fonctionné,
32:31qui ont un sérénement de la vie, qui ont des amis, une vie sociale,
32:35et un avenir professionnel qui existe vraiment.
32:39Quel est mon objectif, finalement ?
32:41C'est de montrer que, un, on peut être ambitieux,
32:44on peut prendre notre place, on peut être puissant,
32:47avec un handicap, on peut s'épanouir, on peut trouver notre place.
32:50Et du côté de l'entreprise, c'est continuer, évidemment, à inspirer,
32:55continuer à faire du geléline,
32:57continuer à apporter un regard très différent sur la diversité,
33:02avec de la performance, au bout de l'une.
33:05Et puis, comment faire pour ne pas abandonner,
33:08surtout quand on est dans une situation où tout le monde se fait des questions,
33:12et beaucoup baissent un petit peu les bras.
33:14Alors, qu'est-ce que je dirais à Virginie petite ?
33:24Ça, encore une fois, ce n'est pas une raison facile,
33:27parce que j'ai envie de la protéger de tous ces moments difficiles,
33:33que je sais qu'elle va traverser, mais c'est aussi pas qu'elle ne l'aura traversé,
33:38que ça lui aura permis d'être la Virginie que je suis maman aujourd'hui.
33:43Donc, j'ai envie de la protéger et en même temps de lui dire, moi, ça fait partie du chemin.
33:49Et j'ai été obligée, en fait, d'accepter ça aussi pour mes enfants,
33:54mais que j'ai déjà fait ce soir.
33:56Ce que j'ai envie de vous dire aussi, peut-être, c'est qu'il ne faut pas rêver.
34:04Même si tu te bats très fort pour essayer de changer les choses,
34:09les choses échappent très, très lentement, parce que ça ne dépend pas de toi.
34:14Ça dépend de l'ouverture à l'esprit des gens, de leur curiosité, de leur envie de comprendre, en fait,
34:22ce que ça veut dire être différent en France.
34:25Et j'ai plutôt l'impression aujourd'hui qu'on est même en train de reculer en arrière,
34:31alors qu'on aurait plutôt besoin d'ouverture,
34:34on aurait besoin peut-être de nous reconnecter encore davantage avec le mode dans lequel on est venu aujourd'hui.
34:41Donc, je suis dégoulée Virginie de ne pas avoir réussi à construire un mode
34:47qui était meilleur que celui dans lequel tu es arrivée.
34:52fait Philippe
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