- il y a 14 heures
Préservation du pouvoir d'achat et équité alimentaire, capacité dans une carrière à faire preuve de résilience et à se réinventer, différences entre le management français et américain, conseils pour faire les meilleurs choix et ne pas renier ses valeurs quand on gravit les échelons : face aux jeunes, Bertrand Dumazy, le PDG d'Edenred, nous fait partager son expérience et ses convictions. Année de Production :
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00:00Masterclass avec Bourse Direct, le partenaire de tous vos investissements.
00:04Chaque jour, nous vous accompagnons pour prendre les bonnes décisions et donner vie à vos projets.
00:30Bon, je sens que ça va être une super Masterclass.
00:33Pourquoi je vous dis ça aujourd'hui ?
00:34Parce que je l'ai déjà interviewé à plusieurs reprises.
00:37Et il est assez différent, il est authentique, il est accessible comme grand patron.
00:41Vous allez voir, ça va être un régal.
00:43Petite question, est-ce que vous connaissez les tickets restaurants ?
00:47Oui.
00:47Bon, sa boîte c'est le leader mondial des tickets restaurants.
00:52Vous le saviez, mais pas seulement.
00:53Et, ah ben justement, tiens, le voilà.
00:57Bonjour Bertrand Dumasier.
00:58Bonjour David.
00:59Ça va ?
01:00Très bien.
01:00C'est un plaisir de vous retrouver.
01:01Mais c'est un plaisir d'être avec vous.
01:03Je vais vous présenter.
01:04Voilà.
01:06Je vous présente Bertrand Dumasier, PNG d'Edenred.
01:09On peut l'applaudir.
01:13Alors, en vous attendant, je leur ai dit que les tickets restaurants, c'est Bertrand.
01:19Mais, c'est pas que les tickets restaurants.
01:20Non.
01:21On parle que de ça, mais pas que ça.
01:22Il y a plein d'autres choses.
01:23Voilà, il y a quoi d'autre ?
01:24Alors, en deux mots, Edenred, c'est une plateforme qui sert 60%.
01:29Il y a 5 millions d'utilisateurs dans le monde.
01:31Et on offre des solutions, effectivement, qu'on appelle avantages de salariés.
01:36Donc, il y a des tickets restaurants.
01:37Mais en France, vous connaissez aussi le ticket CESU ou le ticket mobilité.
01:43Et on fait ça partout dans le monde.
01:45Donc, on est le leader mondial des avantages de salariés.
01:48Et c'est une boîte française.
01:49Et c'est une boîte d'essence française, même si notre chiffre d'affaires en France n'est que de
01:5316%.
01:54Mais notre deuxième activité, c'est la mobilité professionnelle.
01:58Donc, vous pouvez avoir des cartes énergie Edenred, c'est-à-dire que vous allez faire le plein avec du
02:02fuel, du bioéthanol, par exemple, au Brésil,
02:05où vous avez accès à un million de bornes de recharge électrique partout en Europe.
02:09Et bien, justement, allez, c'est parti pour la masterclass de Bertrand Dumasier, le PDG d'Edenred.
02:15C'est parti d'aller venir s'installer. C'était Louis-Bertrand.
02:18Merci.
02:24Alors, dans la vraie vie, bien sûr, ils ne se rencontrent jamais.
02:27C'est normal.
02:28D'un côté, les étudiants qui sont tout à leur formation.
02:31Et de l'autre, nos plus grands dirigeants économiques qui sont à la tête de grandes entreprises et qui voyagent
02:38beaucoup.
02:39Et bien, nous, sur Public Seda, c'est notre choix, notre ambition.
02:41Chaque mois, on les réunit, on vous réunit tous ensemble pour échanger librement sur les sujets que notre jeunesse juge
02:48comme étant prioritaire.
02:49Je précise que Bertrand Dumasier ne connaît pas vos questions.
02:52Donc, pour lui, ce sera une surprise.
02:55Yes !
02:56Et je précise que pour celui ou celle, évidemment, qui posera la question la plus pertinente, comme je dis à
03:00chaque fois, en fin d'émission, il y a mille, dix mille, dix mille tickets restaurants.
03:05On applaudit, offert par Bertrand Dumasier, avec qui on va manger à l'œil et surtout, on va se régaler.
03:12J'espère qu'on va se régaler dans cette masterclass.
03:14On a entendu...
03:15C'est votre manque d'ambition qui m'étonne, David. Pourquoi seulement dix mille ?
03:19Vous voyez, l'ambition, l'important ambition.
03:21Bertrand, on va regarder une photo. Cette photo...
03:23Oh là, mon Dieu !
03:24Cette photo, c'est... Vous avez 27 ans, donc c'était très peu de temps, lors de votre remise de
03:30diplôme.
03:30On est aux Etats-Unis et on est à Harvard.
03:34Déjà, chapeau.
03:35En quoi c'est un moment...
03:36C'est le cas de le dire.
03:37Oui. En quoi c'est un moment qui restera gravé ? Pourquoi vous avez choisi cette photo pour démarrer l
03:42'émission ?
03:42C'est un moment qui reste gravé pour plusieurs raisons. La première, c'est qu'après deux ans de formation
03:49très intensive à Harvard, en fait, c'est 800 cas qu'on lit dans des situations très différentes.
03:56J'ai mieux compris ce que je ne savais pas. Et donc, bien comprendre, bien savoir ce qu'on ne
04:02sait pas, c'est le début des progrès.
04:04Et donc, après avoir étudié 800 cas, expliquant des situations de business différentes, avec des angles différents dans des pays
04:11différents, j'ai mieux compris ce que je ne savais pas.
04:14Et donc, j'ai développé une curiosité. C'est-à-dire que dans le reste de ma vie, chaque fois
04:19que je suis face à une situation, je sais ce que je sais et surtout, je sais ce que je
04:23ne sais pas.
04:24Et sachant ce que je ne sais pas, alors on se met à travailler. Et avec de la curiosité, et
04:29on bâtit rapidement son savoir.
04:31Je pense que ça a été un élément absolument décisif pour moi. La deuxième chose, c'est que ça m
04:38'a donné beaucoup de confiance.
04:39C'est-à-dire qu'on est dans une université prestigieuse, avec des étudiants dûment sélectionnés, qui viennent des quatre
04:46coins du monde, qui ont tous des expériences différentes.
04:48Et au début, on se dit, mais je ne vais pas y arriver. Je ne suis qu'un petit français,
04:52je parle bien l'anglais, mais pas aussi bien que les nord-américains ou les taïwanais.
04:57Et donc, ça ne va pas être facile. Et puis, en fait, avec discipline, pas à pas, on travaille, on
05:03apprend les méthodes, on a envie de bien faire, on fait les choses à fond et on y arrive.
05:08Et donc, ça crée un capital confiance dans une situation exigeante. Et en fait, ce capital confiance reste pour la
05:17suite de sa vie.
05:18Après, tout reste à faire. C'est-à-dire que, contrairement à ce qui peut se passer dans plein d
05:23'autres pays, ce n'est pas parce que vous avez le diplôme que toutes les portes vous sont ouvertes.
05:29Vous avez prouvé quelque chose au tenté. Très bien. Maintenant, tout reste à faire.
05:34Justement, nous aussi, tout reste à faire, puisque c'est au tour de nos amis étudiants de vous interroger, de
05:38vous poser des questions.
05:40Ils ont tous des parcours différents, mais ils ont tous en commun d'être engagés, puisqu'ils ont fait leur
05:45service civique ou du bénévolat.
05:47Bravo pour ça.
05:49Et merci à l'Institut de l'Engagement qui nous met en relation, évidemment, tous les mois.
05:54Alors, vous allez pouvoir échanger avec eux librement autour de leurs préoccupations et de leur centre d'intérêt.
05:59Ce sont vraiment leurs questions. Et on commence avec Céline.
06:04Bonjour.
06:05Bonjour, Céline.
06:06Enchantée. Du coup, je suis étudiante en master de sociologie. Donc, j'ai deux questions pour vous.
06:13La première, c'est aujourd'hui, on voit beaucoup de salariés qui comptent sur le ticket restaurant pour tenir leur
06:18budget.
06:18La seconde, c'est comment Eden Red peut aider concrètement à préserver le pouvoir d'achat dans un contexte où
06:25la vie devient de plus en plus chère.
06:26La question du ticket restaurant, c'est une question de pouvoir d'achat et une question aussi de santé publique.
06:32D'ailleurs, dans beaucoup de pays, quand je rencontre le ministre du Travail, c'est souvent avec le ministre de
06:38la Santé.
06:38Et les questions qui nous sont posées, c'est comment vous pouvez développer encore plus le ticket restaurant, puisque c
06:44'est une mesure d'équité entre ceux qui ont la chance d'avoir une cantine,
06:49c'est-à-dire un repas préparé. Et en fait, de la nourriture préparée est toujours meilleure pour la santé
06:54qu'un snack ou quelque chose qu'on mange très rapidement.
06:59Parce qu'il y a la combinaison de deux choses. La première, c'est prendre le temps de s'arrêter
07:04pour déjeuner.
07:05C'est très important. Et en plus de prendre le temps, essayer de déjeuner avec quelque chose qui a été
07:11dûment préparé et équilibré.
07:14Donc, en fait, mon métier au travers du ticket restaurant, c'est de permettre au plus grand nombre et surtout
07:21à ceux qui n'ont pas la chance d'avoir une cantine d'entreprise,
07:24d'avoir un équivalent. Donc, c'est une mesure d'équité.
07:28Du coup, c'est vrai que les tickets restaurants servent beaucoup. Même moi, j'en bénéficie.
07:32Mais que dans beaucoup de structures d'entreprises, ils ne les acceptent pas forcément.
07:37Il y a des restaurants qui ne prennent pas le ticket restaurant parce qu'en gros, avec un menu à
07:4130 ou 40 euros,
07:42ça ne correspond pas à l'alimentation qu'on a au travail.
07:45Je ne sais pas comment vous faites, mais moi, quand j'étais étudiant, jamais, ou jeune travailleur, je mettais 30
07:51euros dans un repas.
07:52C'était totalement hors de mon budget.
07:55Donc, vous avez des gammes de prix pour des restaurateurs qui disent, moi, je ne prends pas, en fait, parce
08:01que ça n'est pas la population que j'ai dans mon restaurant.
08:04Je n'ai pas besoin de ce volume.
08:07Donc, on n'arrivera jamais à convaincre tout le monde puisque nous, on apporte du volume.
08:11Et après, il faut que le restaurateur dise j'en veux ou j'en veux pas.
08:13Elle a une question de Mohamed à présent.
08:15Depuis votre prise de fonction en 2015, on voit que Eden Red a profondément transformé son business model, sa stratégie
08:25et sa dimension internationale.
08:29J'aimerais savoir quel a été, selon vous, le moment le plus difficile de cette transformation
08:34et qu'est-ce qui, dans votre parcours ou vos valeurs personnelles, vous a permis de rester convaincu et de
08:42terminer à amener ce changement ?
08:44Qu'est-ce qui m'a permis de tenir le coup dans ces passages qui sont des passages délicats ?
08:51En fait, je crois, et on en revient à ce que je disais avant, c'est une question de confiance.
08:56Confiance dans les autres, confiance dans l'avenir et confiance en soi.
09:01C'est-à-dire se dire, allez, je ne suis pas parfait, les autres ne sont pas parfaits,
09:07la vie ne manquera pas de me donner des coups, mais un pas à la fois.
09:13Un pas à la fois.
09:14À chaque jour suffit sa peine.
09:17Et ça, moi, étant originaire du Nord, j'ai vécu dans une région dure.
09:22Je suis né en 1971.
09:24Les bassins industriels se sont effondrés en même temps.
09:27Donc j'ai vu à l'école, j'ai vu ce que c'était en fait une situation économique très
09:33difficile.
09:33Mais j'ai aussi vu la capacité des uns et des autres à se réinventer, à avancer.
09:39Un petit pas à la fois.
09:40On disait dans le Nord, un jour à la fois.
09:43À chaque jour suffit sa peine.
09:45Et donc cette situation-là m'a probablement toujours aidé en disant, un, il y a pire, deux, le monde
09:52est ce que l'on veut qu'il soit.
09:54Et donc on va prendre les sujets un par un et on va les traiter et ça va aller.
09:59Le succès d'Eden Red, il est phénoménal.
10:01Encore une fois, chiffre d'affaires mutilé par 3 en 10 ans, 3 milliards d'euros.
10:05Est-ce que le plus dur, c'est, je file la métaphore montagnarde, d'atteindre le sommet ou d'y
10:10rester ?
10:11Ça doit vous arriver quand vous baladez ou que vous êtes en montagne.
10:13Vous dites, tiens, allez, je vais aller chercher ce sommet-là.
10:16Puis quand vous vous approchez, vous dites, zut, il y en a encore un plus important derrière.
10:21Et puis, en fait, ça n'en finit jamais.
10:23Et c'est ça qui est chouette.
10:25C'est-à-dire que je ne sais pas si c'est difficile, mais je suis sûr d'une chose,
10:29c'est qu'en fait, le succès appelle le succès.
10:32Donc on a gravi un certain nombre de sommets avec Eden Red et on va gravir les autres.
10:37L'ascension d'Eden Red, elle est absolument impressionnante et incroyable.
10:41Couronnée d'ailleurs mi-2023 par une entrée au sein du Graal, le CAC 40,
10:45vous y êtes resté finalement, que diront certains, 2 ans et demi.
10:49Est-ce que c'est un échec ? Comment ça se vit, échec ou pas échec ?
10:52Et comment vous l'avez vécu à titre personnel en tant que dirigeant ?
10:55Alors, en fait, je l'ai vécu à l'entrée comme à la sortie.
10:59And we will be back.
11:01C'est-à-dire une grande joie et une grande tristesse, une nuit.
11:06Donc on a appris qu'on rentrait au CAC 40 vers 18h.
11:11Et donc j'étais très heureux de 18h à 8h le lendemain matin.
11:17Et puis après, c'est bon, on passe à autre chose.
11:19C'est-à-dire qu'en fait, le CAC 40, c'est un indice boursier
11:23qui est en fait constitué de la valeur boursière de l'entreprise
11:27et de la liquidité, c'est-à-dire le nombre d'actions
11:32qui s'achètent et se vendent tous les jours.
11:35Donc en fait, c'est une conséquence du travail de développement
11:40d'Edenred qu'on a fait.
11:41Donc j'étais très heureux.
11:42Une récompense.
11:43Oui, j'étais très heureux et très heureux pour tous les collaborateurs
11:46quand on est rentré au CAC 40.
11:48Quand on en est sorti, ce qui est un calcul arithmétique
11:52est d'ailleurs assez ironique.
11:54C'est-à-dire qu'Edenred, par rapport au moment où on est rentré
11:58dans le CAC 40, est à peu près 30% plus gros
12:02et vaut trois fois moins cher.
12:04Mais en fait, c'est un marché.
12:05Vous avez un kilo de carottes qui vaut 10 euros un jour
12:08et puis un an après, ce kilo de carottes peut ne valoir que 3 euros.
12:13Donc quand on est sorti du CAC 40, j'étais triste
12:16quand on l'a appris vers 18h.
12:18Et le lendemain matin à 8h, on passe à autre chose.
12:21Ça n'est qu'un indice boursier.
12:22Ce qui est important, c'est le nombre de gens qu'on emploie,
12:25le nombre de clients qu'on sert,
12:27les projets qu'on a de développement et d'innovation dans la maison.
12:30Vous qui avez côtoyé le management français avec l'ESCP
12:34et le management américain avec Harvard,
12:37est-ce que vous aviez décelé des petites différences entre les deux
12:41et surtout maintenant, aujourd'hui, que vous dirigez un grand groupe,
12:47quel management vous a le plus façonné ?
12:49Quand vous êtes patron de Nord-Américain,
12:51vous dites, les amis, on est au point A, on va aller au point B.
12:55La question de vos collaborateurs est,
12:57OK chef, on va au point B, mais tu nous donnes combien de temps,
13:00quel budget et quels sont vraiment les objectifs du point B.
13:06Mais il n'y a aucune discussion sur le fait que le chef a dit,
13:10l'objectif c'est d'aller au point B.
13:12En France, on questionne ?
13:13Alors, en France, totalement différent.
13:15Si vous arrivez, vous dites à des Français,
13:17je suis le chef et on va aller au point B,
13:20tout de suite, il faut prendre le temps de répondre aux questions
13:23qui seront les suivantes.
13:25Un, es-tu vraiment le chef ?
13:27Deux, même si tu es le chef,
13:30as-tu le droit de définir l'objectif comme étant le point B ?
13:34Trois, est-ce que c'est un bon objectif ?
13:37Et quatre, est-ce que B' ou C ne seraient pas un meilleur objectif ?
13:41Et donc, en fait, nous, Français,
13:44on a une quête de sens derrière ce que peuvent dire les dirigeants
13:48qui est bien, bien plus forte.
13:50Donc, il faut accepter au départ de prendre le temps
13:54d'expliquer le rationnel qui fait que le point B est un bon objectif.
13:59Question de Marc-Antoine, à présent.
14:01Quelle est la raison qui vous pousse à vous lever chaque matin ?
14:04Et avec du recul, est-ce la même qui guidait vos pas
14:06au début de votre parcours ?
14:08Donc, ce qui me fait lever le matin, c'est dire
14:10on a 12 projets qui tournent
14:12et je vais essayer d'oeuvrer
14:14et de créer les conditions de température et de pression
14:17qui vont faire que ces projets vont aboutir le mieux possible.
14:21Je dirais que le projet est la première chose
14:25qui me fait lever le matin.
14:26La deuxième chose, c'est les gens avec qui je vais le faire.
14:29Donc, moi, j'ai la chance de travailler dans une entreprise
14:31qui est dans 45 pays, qui emploie plus de 100 nationalités différentes
14:35avec des gens qui ont des bagages très différents,
14:39mais essentiellement des technos et avec un âge moyen
14:42qui est de l'ordre de 36 ans.
14:44Et donc, moi, je suis le vieux croumire de la bande
14:46avec mes 53 ans.
14:48Et donc, je me dis, tiens, je vais voir Marc-Antoine
14:50sur le projet d'hypersegmentation avec de l'intelligence artificielle
14:55pour mes clients brésiliens.
14:57Je sais que je vais passer un bon moment.
14:59Parce que Marc-Antoine va m'apprendre des trucs.
15:01Et puis surtout, Marc-Antoine va me dire,
15:03patron, tu as mis un million d'euros là-dessus.
15:06En fait, c'est un million cinq qu'il faut.
15:08Et je vais t'expliquer pourquoi il faut mettre 500 000 de plus.
15:11Donc, je dirais que la deuxième chose qui me fait lever le matin,
15:14c'est rencontrer des collaborateurs venus de tous les horizons
15:19et qui se réalisent au sein d'Edenrenne.
15:21Question de Fabien à présent.
15:25Bonjour.
15:25Bonjour Fabien.
15:26J'ai une problématique sur les valeurs.
15:28C'est-à-dire que là, actuellement, je développe un petit journal
15:31d'information locale à La Rochelle, où j'étudie.
15:33Mais en même temps, je suis en école de commerce à La Rochelle.
15:36Et là, je suis vraiment dans le moment où il faut que je choisisse
15:39entre soit continuer ma passion et faire mon journal
15:41et informer localement.
15:42Ou bien rentrer au service de grandes entreprises, du grand capital
15:46et parfois, malheureusement, un peu changer mes valeurs,
15:52oublier mes valeurs.
15:53Et je me demande, est-ce que vous avez dû changer quelque chose
15:56pour prendre de telles fonctions ?
15:57La première chose, c'est que je crois qu'on a toujours le choix.
16:00Toujours.
16:01Mais il faut créer les conditions de ce choix.
16:03Par exemple, moi, je n'ai jamais vécu au-dessus de mes moyens.
16:06Je suis très peu endetté.
16:08Pourquoi ?
16:08Parce que s'il y a une situation professionnelle
16:11qui ne me plaît plus
16:13ou qu'on me demande de faire des choses
16:15que je n'ai pas envie de faire,
16:17alors je vais pouvoir dire librement non.
16:20Parce que je ne suis pas pris à la gorge.
16:22Donc ça, c'est un choix.
16:23C'est-à-dire que...
16:25Et je ne fais la leçon à personne.
16:27Je le dis avec beaucoup d'humilité.
16:29Je me suis toujours dit,
16:30tu ne vivras jamais au-dessus de tes moyens
16:31parce que tu veux toujours être libre de pouvoir dire non
16:34si on t'embringue sur un chemin
16:36qui est le chemin que tu ne veux pas suivre.
16:39Mais peut-être que tu n'auras plus le choix financièrement parlant.
16:42Donc il faut aussi créer les conditions de sa liberté.
16:47Donc moi, je crois qu'on a toujours le choix.
16:49Mais il faut bâtir les conditions de sa liberté.
16:53C'est la première chose.
16:55La deuxième chose,
16:57c'est que oui,
16:59pour un chef d'entreprise,
17:01c'est un traumatisme d'avoir à faire partir des gens.
17:04C'est-à-dire que moi, je suis chef d'entreprise
17:05pour créer de l'emploi,
17:06pas pour en détruire.
17:08Et annoncer à quelqu'un qui perd son job,
17:10c'est probablement la plus mauvaise nouvelle
17:13qu'on puisse annoncer.
17:14C'est d'ailleurs pour ça que moi, j'exige de mes patrons
17:17qu'ils annoncent la mauvaise nouvelle,
17:19si mauvaise nouvelle il y a,
17:20et qu'ils ne demandent pas au département RH
17:23de le faire pour eux.
17:24Parce que quand on annonce une mauvaise nouvelle à quelqu'un,
17:27le minimum qu'on doit,
17:29c'est une attitude courageuse et digne d'explication
17:33de ce qui a mené à cette décision difficile.
17:37Et c'est d'ailleurs pour ça,
17:38troisièmement, que je me bats comme un lion
17:39quand on me confie un actif pour le développer.
17:42Je suis un fou absolu de la croissance.
17:44Pourquoi ?
17:44Parce que quand il y a de la croissance,
17:45il y a du boulot.
17:46Et il y a du boulot pour ceux qui en sont
17:48et pour les autres qui vont venir nous rejoindre.
17:50Donc Edenrel, on a commencé à 5 000,
17:52on est 13 000 aujourd'hui.
17:54Ma question, elle doit plus être axée sur le plan de carrière.
17:58Durant votre carrière, vous avez exercé de nombreuses fonctions,
18:02que ce soit à l'international, sur de la finance, sur du conseil.
18:06Donc quel conseil vous donneriez à Bertrand, 25 ans,
18:09et à Driss, 24 ans également ?
18:11Encore une fois, il y a 10 000 manières de faire les choses
18:14et votre manière sera la meilleure.
18:16Mais je peux juste partager avec vous, humblement,
18:19les choses que j'ai apprises.
18:20Un, c'est toujours mieux d'être acteur que spectateur.
18:24Donc soyez acteur.
18:25C'est-à-dire que si vous avez envie de faire quelque chose,
18:28allez le chercher avec les dents.
18:30Je prends un exemple.
18:31Quand je suis arrivé chez Bain,
18:33j'ai dit, écoutez, moi, ce qui m'intéresse,
18:35c'est de travailler dans plein de pays différents,
18:37balancer en Italie, balancer en Angleterre.
18:39Et puis je rentre et je dis,
18:42mettez-moi sur la liste pour partir aux États-Unis.
18:44Et le responsable du staffing me dit,
18:46mais non, tu as déjà eu la chance de partir en Angleterre et en Italie.
18:50Et puis aux États-Unis, il y avait 12 personnes avant toi.
18:53Je dis, non, non, mais vas-y, mets-moi sur la liste.
18:54Je dis, non, mais ça ne sert à rien.
18:56Je dis, si, si, mets-moi sur la liste.
18:58Il me met sur la liste.
18:59Deux mois après, on m'appelle.
19:00Ils m'ont dit, est-ce que ça t'intéresserait
19:02d'aller à Los Angeles pour Bain ?
19:03Je dis, bien sûr.
19:04Quand ?
19:05Je dis, écoute, là, on est jeudi, dimanche.
19:08Je suis dans l'avion, lundi, je suis au boulot.
19:10Acteur.
19:10Et qu'est-ce qui s'est passé ?
19:11Premier client, Apple à Cupertino.
19:13Donc, je suis la semaine dans la Bay Area
19:15et le week-end à Los Angeles.
19:17Coup de chance.
19:18Mais au départ, il faut être acteur.
19:21Donc moi, la première chose que j'aimerais vous dire,
19:24c'est ayez confiance en vous
19:26et soyez acteur et jamais spectateur.
19:28C'est la première chose.
19:29Deuxièmement, choisissez votre job
19:31en fonction de celui qui va être votre patron.
19:34Peu importe le secteur industriel,
19:38peu importe à la limite la mission,
19:40ce qui importe, c'est la personne
19:41avec qui vous allez le faire.
19:43C'est-à-dire une personne qui dit,
19:44tu sais quoi, Driss ?
19:45Allez, on va faire ça ensemble
19:46et je vais t'apprendre des trucs.
19:48Et apprendre sans être paternaliste.
19:50C'est-à-dire, on apprend en observant
19:51ce que fait l'autre,
19:52on apprend parce que l'autre explique,
19:53puis après, on fait son tri.
19:56Surtout, après, il faut le faire à votre manière.
19:58The Driss way is gonna be better
20:00than the Bertrand's way.
20:02Mais vous regardez, vous apprenez, machin.
20:04Donc ça, être acteur, bien choisir son patron
20:08et ne choisir que ça,
20:10je pense que c'est deux choses absolument essentielles.
20:13Et la troisième, il y a toujours plusieurs voies.
20:17Une facile, une moyennement facile et une difficile.
20:21Prenez toujours la difficile.
20:23Pourquoi ?
20:23Parce que d'abord, ça va vous permettre
20:25de bâtir de la confiance en vous.
20:27Et deuxiô, parce que c'est là
20:29où vous allez apprendre le plus.
20:31Allez, on continue avec une série de questions.
20:33Oui ou non ?
20:34Donc, je vous pose une question
20:36et vous répondez par oui ou par...
20:38Non.
20:38OK, allez.
20:39Oui ou non ?
20:40Vous avez frôlé la mort trois fois.
20:42Oui.
20:43Bon, maintenant, il faut expliquer.
20:44Alors, une première fois...
20:45Parce que c'est le Richard Branson français.
20:47Il aime faire des dingueries.
20:48Non, non, non.
20:49Non, non, mais disons que la mort et moi,
20:51on est assez copains,
20:52mais quand elle est vraiment très proche,
20:54on se sépare avant que ce soit définitif.
20:56En 2020 ?
20:57Non, mais en fait...
20:58Vous êtes sur un bateau.
20:58En fait, la première fois, j'étais en quatrième.
21:01Je me suis pris une voiture à 70 km heure.
21:04Et bon, pas mal de choses.
21:07Mais les pompiers m'ont dit,
21:08écoute, c'est un miracle.
21:10Des miracles comme ça, on n'en a pas vu beaucoup.
21:12Donc, ça vaut ta chance.
21:13OK.
21:14La deuxième fois, gros accident de voiture.
21:17J'étais parti en Espagne
21:19pour représenter les Scouts de France
21:20à un camp mondial.
21:22Donc là, on est acteur, pas spectateur.
21:24J'avais écrit en disant, je vois ce truc.
21:26Est-ce que machin ?
21:27Bon, on y va.
21:27Et là, gros, gros accident de voiture.
21:29Je n'étais pas au volant.
21:32Et j'ai compris ce que c'était
21:33de voir défiler sa vie.
21:35Et c'est long, hein.
21:36Même quand on n'a que 18 ans,
21:38défiler sa vie dans les tonneaux
21:39d'une 4L camionnette,
21:41ça dure une éternité.
21:42Puis la troisième fois,
21:44c'était en mer.
21:45Donc, je suis tombé d'un bateau.
21:48Vous êtes marin expérimenté.
21:49Oui, je suis marin expérimenté, oui.
21:52Et parfois, là, j'ai pris des risques inconsidérés.
21:56Donc, en 2020, il se passe quoi, alors ?
21:58En fait, on est à 2.
22:00C'est pendant le Covid.
22:01Il n'y a personne sur l'eau.
22:02On est à 4 000 des côtes.
22:04Donc, en gros, 7 kilomètres.
22:06Des creux, du vent.
22:09Malheureusement, une pièce du bateau casse.
22:11Je tombe à l'eau.
22:12Mon équipier n'est pas capable de me récupérer.
22:14Lui, il dérive.
22:15Et donc, je me retrouve tout seul.
22:17Pas au milieu de l'océan.
22:18Je vois la côte.
22:19Mais c'est impossible d'aller rejoindre la côte
22:21avec ce vent et ces vagues.
22:23Donc, en fait, il n'y a plus qu'une chose à faire.
22:26C'est d'attendre et de préserver ses forces.
22:29Donc, préserver ses forces, ça veut dire
22:32tenir comme ça pour essayer de garder, en fait,
22:35le cœur le plus chaud possible,
22:37faire des petits mouvements de temps en temps
22:39pour éviter de s'enquiloser.
22:41Et puis, on sait qu'on a une espérance de vie
22:43de quelques heures, en fait.
22:44Parce que l'eau est à, je crois,
22:47elle était à 13, 13, 14 degrés.
22:49Et donc, il y a des courbes.
22:51Et on sait qu'après, malheureusement,
22:55on tombe en hypothermie.
22:56Qui vous a sauvé ?
22:57En fait, j'ai énormément de gratitude à la SNSM.
23:01Donc, ceux qui, bénévolement, organisent les secours en mer.
23:07Donc, il se trouve que le bateau qui dérivait a été vu.
23:13Il a pu donc donner l'alerte.
23:15Un hélicoptère de la SNSM a commencé à me chercher.
23:18Je l'ai vu arriver, pas dans mon axe.
23:21Donc, je me dis, c'est de la chance de ma vie.
23:24Et ils vont me louper.
23:25Donc là, j'ai sorti tout ce que je pouvais de l'eau, etc.
23:28Et finalement, l'hélicoptère s'est mis dans mon axe.
23:31Un plongeur a sauté et m'a sauvé.
23:34On en tire une leçon en tant qu'entrepreneur,
23:36chef d'entreprise.
23:38Sur l'urgence de vivre, ça paraît un peu…
23:40Faire en sorte que chaque jour
23:43soit le meilleur jour de sa vie.
23:44Alors, ça ne marche pas dans plein de jours.
23:47On a quand même tous des journées
23:49qui ne sont pas toujours faciles.
23:50Mais se dire, allez, je me lève le matin.
23:52Je vais essayer de faire en sorte que cette journée
23:54soit la meilleure journée de ma vie
23:55puisque les jours sont comptés.
23:57Oui ou non, Bertrand se lève à 5h30 tous les matins ?
24:00Non, plutôt 6h, 6h10.
24:03Avec un emploi du temps de fou, un rythme infernal ?
24:06Avec un rythme très soutenu de 6h jusqu'à 22h30.
24:10Tous les jours ?
24:10Tous les jours.
24:12Sauf le dimanche où je me lève vers 6h15
24:16mais parce que je pars faire du vélo.
24:19Donc, ce n'est pas pour la même chose.
24:20Pas d'accident.
24:21On fait attention sur le vélo.
24:22J'ai mon coéquipier qui me dit
24:24que dans les descentes, je vais un peu trop vite.
24:27Téméraire ?
24:29Audacieux.
24:30Oui ou non, il y a du stress tout le temps
24:31quand on gère une multinationale.
24:33Oui.
24:34Et comment on fait pour gérer,
24:35pour se détendre justement,
24:37pour bien gérer ce stress ?
24:39Il faut être un tout petit peu égoïste
24:41une fois par jour.
24:42C'est mon prof de philo en prépa qui disait ça.
24:45Il disait, si vous voulez avoir une vie heureuse,
24:46soyez égoïste une heure par jour.
24:48C'est-à-dire une heure par jour où vous faites la chose que vous aimez
24:52et le monde peut s'effondrer autour de vous,
24:54vous la faites.
24:55C'est lire une bande dessinée sur les toilettes
24:57ou lire un bouquin ou jouer aux jeux vidéo
24:59ou aller voir une vieille dame
25:01et la faire manger parce que vous vous sentez utile.
25:05Ou aller sur TikTok pendant une heure ?
25:07Oui, peut-être que chacun trouvera son bonheur là où il est,
25:11mais une heure par jour à être égoïste.
25:12Alors moi, une heure, je n'y arrive pas,
25:14mais j'essaie de me forcer à avoir une demi-heure
25:16où le monde peut s'effondrer
25:19et je ferai ce que j'aime.
25:21Allez, maintenant, on passe à la question inversée.
25:25C'est à vous, Bertrand Dumasie, désormais,
25:27de poser une question aux étudiants qui sont là
25:28et qui vous répondront ensuite.
25:31Alors moi, j'ai une question à vous poser.
25:33Imaginez que j'ai une baguette magique
25:35et si je vous donne cette baguette magique,
25:37quelle est la chose, une chose,
25:40que vous aimeriez changer dans le monde ?
25:42Une chose.
25:43S'il y a une chose que j'aimerais changer dans le monde,
25:45c'est sûrement pas grand-chose,
25:48mais c'est que chacun puisse mourir dignement.
25:51Ce serait qu'on puisse tous vivre dignement,
25:56manger dignement grâce à Boutique et Restaurant,
25:58peut-être, ou d'autres choses,
26:00mais voilà, se sentir utile,
26:03mais aussi pouvoir aider à ce que chacun
26:05puisse mourir dignement
26:06et donner les meilleurs soins possibles en fin de vie.
26:09Moi, ce serait la fin du déterminisme social
26:13et relancer ou recréer, je ne sais pas,
26:16un ascenseur social qui existe vraiment dans ce pays
26:19parce que l'accès aux grandes écoles,
26:22l'accès aux grandes entreprises même
26:24ou aux stages ou même premiers emplois
26:28qui sont jugés comme, comment on dit, target ou autre,
26:31que ce soit dans des grands cabinets de conseil,
26:33des grandes banques,
26:34ça reste quand même réservé à une élite.
26:35En fait, il faut de la croissance.
26:37De la croissance.
26:39Quand il y a de la croissance, il y a des projets.
26:41Et quand il y a des projets, vous arrêtez de mégoter.
26:43Vous arrêtez de dire,
26:44moi, j'aime que les gens à lunettes.
26:46Ça, on peut se le dire quand on a le choix.
26:49Mais quand on n'a pas le choix, on oublie ça.
26:51Il faut faire des choses.
26:53Et donc, en fait, le seul moyen de faire effondrer
26:58les représentations et le déterminisme,
27:00c'est de la croissance.
27:01S'il y a de la croissance, il y a des projets.
27:03S'il y a des projets, on va chercher le talent
27:05et il y a du talent chez chacun.
27:07Je vous avais dit que ça serait bien,
27:08la masterclass d'aujourd'hui.
27:09Je me suis trompé ou pas ?
27:10Non.
27:11Oh, merci.
27:13Bertrand, ça vous a plu ?
27:13C'est déjà fini ?
27:14Oui, ça vous a plu ou pas ?
27:15Moi, j'adore.
27:16Je sors avec plus d'énergie que je ne suis rentré.
27:19Ça vous a plu ?
27:19Puis l'autre chose que j'aimerais vous dire,
27:21c'est que vous avez des bonnes têtes.
27:23On vous l'a déjà dit, ça.
27:24Vous avez des bonnes têtes.
27:26Et moi, j'ai envie de vous employer tous
27:28en disant, allez, on va faire des trucs ensemble.
27:30Eh bien, on va postuler, peut-être, non ?
27:32En avant-guingant ?
27:34En arrière-quimper ?
27:35Je pense qu'on peut remercier Bertrand Dumasier
27:37et l'applaudir.
27:41Ça vous a plu ?
27:43Comme je l'ai dit, qu'est-ce qu'il y a de mieux ?
27:45Ça va continuer parce que c'est fini là en TNT à la télévision,
27:49mais ça va continuer sur les réseaux sociaux.
27:51Quelques questions qui vous seront encore posées
27:52par nos amis étudiants.
27:54Encore merci à tous.
27:55Et Masterclass, c'est évidemment du replay
27:58sur publicscène.fr.
28:00À très vite.
28:21Nous vous accompagnons pour prendre les bonnes décisions
28:23et donner vie à vos projets.
28:25Sous-titrage Société Radio-Canada
28:27Sous-titrage Société Radio-Canada
28:28– Sous-titrage FR 2021
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