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  • il y a 4 mois
Le docteur Marcel Petiot. Son seul nom évoque l'un des pires assassins de l'histoire. Aux heures les plus noires de l'occupation, il régnait sur un cabinet de consultation où des patients entraient mais ne ressortaient jamais. Ils avaient pourtant payé cher pour fuir la France mais la mort les attendait au sous-sol d'un immeuble parisien.
Retrouvez tous les jours en podcast le décryptage d'un faits divers, d'un crime ou d'une énigme judiciaire par Jean-Alphonse Richard, entouré de spécialistes, et de témoins d'affaires criminelles.

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Transcription
00:0014h-15h, c'est l'heure du crime sur RTL.
00:05Jean-Alphonse Richard.
00:06Je suis allé dans la Chaudière, il y a encore sur place deux ou trois grandes je crois.
00:12Il y avait des ossements humains assez importants.
00:15A minuit, un cycliste de la police municipale a porté un télégramme.
00:20Porte des autorités allemandes, arrêtez une voie de capotée au fond dangereux.
00:23Bonjour, le docteur Marcel Petiot, son seul nom évoque l'un des pires assassins de l'histoire aux heures les plus noires de l'occupation.
00:34Il régnait sur un cabinet de consultation où les patients entraient mais ne ressortaient pas.
00:39Ils avaient pourtant payé cher pour fuir la France.
00:42La mort les attendait au sous-sol.
00:45Combien de victimes ? 27 selon la police ou 63 annoncées par le médecin.
00:50Marcel Petiot, le docteur Satan, l'heure du crime, la seule émission radio 100% fait divers et tout de suite sur RTL.
01:02Samedi 11 mars 1944, une habitante de la rue Le Sueur dans le 16e arrondissement de Paris
01:09signale à la police d'épaisses fumées qui s'échappent d'un hôtel particulier au numéro 21.
01:15L'odeur est âcre, nauséabonde se plaint-elle.
01:18Les gardiens de la paix, Tessier et Filion sont les premiers sur place.
01:24La porte cochère est close, les fenêtres verrouillées.
01:26Avant d'entrer en force, les policiers préfèrent appeler le propriétaire.
01:30C'est un médecin, Marcel Petiot.
01:33Son numéro de téléphone est Pigalle 7711.
01:37Il décroche et demande aussitôt.
01:39Vous êtes entré ? Non ?
01:41Alors attendez-moi, ne touchez à rien, j'arrive.
01:44Le docteur se présente rue Le Sueur, mais il est trop tard.
01:47Les pompiers sont déjà entrés.
01:50Devant l'agent Tessier, le docteur prononce ces mots énigmatiques.
01:54C'est très grave, une affaire de la résistance.
01:57Vous allez trouver des corps, ceux de Collabo.
02:00Vous êtes patriote, j'espère ?
02:01Puis il disparaît.
02:03Les pompiers découvrent au sous-sol un spectacle effarant.
02:06Deux immenses chaudières en fonte, brûlantes.
02:08De l'une d'elles, on voit pendre un bras de femme.
02:11Le sol est jonché de restes humains.
02:14À proximité, une profonde fosse est remplie de chaux vives, en creusant.
02:19On va y trouver des crânes, des os, des squelettes.
02:22Le commissaire Georges Massu, patron de la brigade criminelle, visite les lieux.
02:26« Tout cela dépasse en horreur ce que je n'ai jamais constaté dans ma carrière », déclare-t-il.
02:33Dimanche 12 mars, les journaux parisiens titrent sur le charnier de la rue Le Sueur.
02:37On en oublierait presque l'occupation allemande.
02:40Les rafles qui s'accélèrent, les rumeurs d'une prochaine libération.
02:45La police a filé à une autre adresse de Marcel Petiot, rue Comartin, près de l'Opéra.
02:49Mais l'oiseau s'est envolé avec sa femme Georgette et leur fils Gerhardt.
02:54Le commissaire Massu examine le parcours du docteur Petiot.
02:5846 ans, bien connu de la justice, avant d'exercer à Paris.
03:03Il vivait à Villeneuve-sur-Yonne, un village près d'Auxerre.
03:07Il a été maire de la commune.
03:09Il a quitté la ville après avoir été condamné pour une longue série de méfaits,
03:14des vols d'essence, d'huile et même un détournement d'électricité pour ne pas avoir à la payer.
03:21À Paris, il est soupçonné de s'être enrichi en vendant au prix fort des ordonnances aux toxicomanes.
03:26Inquiété il y a deux ans, mais l'affaire a été classée.
03:30On sait aussi que Petiot a été arrêté par les Allemands.
03:34Il le soupçonnait d'être un passeur de clandestins.
03:36Il se faisait appeler docteur Eugène.
03:39Il a passé huit mois à Fred et on ignore pourquoi il a été subitement relâché.
03:44Le médecin Véreux s'est considérablement enrichi ces dernières années.
03:49L'hôtel particulier de la rue Le Sueur lui appartient.
03:52Mercredi 14 mars, les enquêteurs font l'inventaire des vêtements d'hommes et de femmes récupérés dans l'hôtel particulier.
04:01Aucun ne porte la moindre inscription, la moindre étiquette.
04:04Parmi les objets découverts 15 peignes, 16 bâtons de rouge à lèvres ou encore 22 brosses à dents de quoi donner.
04:11Une première idée du nombre de malheureux qui ont péri ici.
04:15Le commissaire Massu est intrigué par un drôle de réduit triangulaire attenant au cabinet de consultation du docteur.
04:22Une fois entré, on ne peut plus sortir de cet espace exigu capitonné de Liège.
04:28Un œilleton permet de voir ce qui se passe à l'intérieur.
04:32C'est sans doute ici que les victimes étaient droguées, mortes empoisonnées sous l'œil espion du docteur,
04:38avant d'être démembrées et jetées dans les flammes des chaudières.
04:42Des victimes sans visage, sans nom, ni prénom, sans âge.
04:48Il va falloir les identifier le temps presse d'autant plus qu'en ces temps troublés de l'occupation,
04:54le docteur Petiot, eh bien il a disparu, il a pris la fuite, il est introuvable.
04:58Quelle entreprise tragique avait-il monté dans la cave de la rue Le Sueur ?
05:02Le commissaire Massu, qui est en pointe, c'est un excellent policier, il dirige la brigade criminelle au 36 quai des Orfèvres,
05:08va patiemment dévoiler le mystère.
05:10On va le voir dans la suite, évidemment, de l'heure du crime.
05:13Alors, revenons à ce samedi 11 mars 1944, et la découverte d'un charnier.
05:19Bonjour, Ségolène Chaplin.
05:21Bonjour.
05:21Merci beaucoup d'être avec nous aujourd'hui dans le studio L'Ordre du Crime.
05:25Vous êtes autrice et réalisatrice de la série documentaire Petiot, un tueur sous l'occupation,
05:32qui est diffusé dimanche à 13h15 sur France 2.
05:35Alors, il y a plusieurs numéros qui se suivent.
05:38J'ai pu la visionner, évidemment, en avant-première, cette série.
05:41Alors, c'est toujours formidable, parce qu'il y avait eu une série sur l'affaire Peugeot.
05:44Vous étiez venu, d'ailleurs, dans L'Ordre du Crime pour en parler.
05:47C'est toujours un peu le même principe, c'est une remise en situation sur les lieux du crime.
05:51Je ne vous en dis pas plus, il faut aller voir cette série, France 2, 13h15, dimanche.
05:56Ségolène Chaplin, il y a cet hôtel particulier.
05:59On est dans le très chic 16e arrondissement.
06:03C'est une onde de choc, tout de suite.
06:05Alors, évidemment, la presse est là, les journaux sont là.
06:07Tout de suite, on se dit, mais il y a un carnage, c'est épouvantable.
06:10On ne sait pas combien il y a eu de victimes, mais surtout, on ne sait pas ce qui s'est passé.
06:13C'est clairement du jamais vu.
06:14Autant de corps calcinés dans un hôtel particulier, c'est une scène de crime totalement inhabituelle.
06:22Et en effet, le commissaire Massu va tout de suite pressentir qu'il n'y a pas forcément une piste tout de suite,
06:31mais il sent que c'est une affaire hors normes très rapidement.
06:34La presse, évidemment, elle aussi sent tout de suite le scoop.
06:40On est alors sous une presse qui travaille avec l'occupant.
06:44Il faut bien le rappeler, tous les journaux qui paraissaient à cette époque-là étaient contrôlés par les Allemands.
06:51Donc, ça les arrangeait bien de pouvoir détourner un petit peu l'attention de la débat avec l'Allemande qui était en cours.
06:56Donc, ce fait d'hiver captait l'attention des Français et c'était très pratique à l'époque pour les journalistes qui continuaient à diffuser ces articles.
07:07Et c'est un massacre, évidemment, qui détourne l'attention.
07:10On a les yeux fixés, je le disais, on en oublie la guerre tellement c'est épouvantable ce qui a pu se passer dans cette cave.
07:17Alors, tout de suite, il y a quelque chose d'étonnant.
07:19C'est Golden Chaplin, ça on le voit bien dans votre documentaire, c'est que le docteur Petiot, il apparaît tout de suite, très vite.
07:27Et ce qui est très étonnant, c'est que l'assassin revient sur le lieu du crime, on connaît la maxime.
07:31Mais là, c'est le cas, parce qu'on le prévient, il y a le feu chez vous, il faut venir.
07:35Et il vient, il arrive, il dit attention, vous allez trouver des choses épouvantables.
07:39En effet, ça c'est une partie de l'histoire qui est quand même assez étonnante.
07:43Et Georges Massu ne le découvre pas tout de suite, en fait.
07:45C'est l'agent Tessier qui vient lui révéler le lendemain ce qu'il a fait.
07:49Qui est choqué d'ailleurs, complètement amasourdi.
07:50Et puis il vient lui dire, écoutez, chef, je suis vraiment navrée, je ne me suis pas rendu compte.
07:55Mais en fait, hier, le docteur Petiot est bien passé à l'hôtel particulier.
08:00Il s'est fait passer pour un résistant.
08:02Il m'a dit qu'il avait, qu'il s'était occupé de Bosch.
08:06Et que si jamais on le dénonçait, tout son réseau de résistants allait sauter avec lui.
08:12Et en fait, j'ai décidé de fermer les yeux, de le laisser partir.
08:16Ça c'est quand même hallucinant.
08:17C'est malin, c'est malin de la part de Petiot.
08:20Parce qu'effectivement, il esquive le coup.
08:22Et là, on va commencer à douter.
08:23On va se dire, mais après tout, qu'est-ce qui s'est passé dans cette cave ?
08:27Il va falloir se poser encore beaucoup de questions.
08:30Bonjour Charles Diaz.
08:31Bonjour.
08:32Merci beaucoup, vous aussi, d'être dans le studio de l'ordre du crime.
08:34Commissaire général honoraire de la police nationale et historien de la police.
08:38Vous êtes auteur du livre Le 36 au temps de maigret, publié aux éditions de Mareuil.
08:44Et évidemment, vous avez participé à ce documentaire dont on parle sur Marcel Petiot.
08:49Alors, ça aussi c'est intéressant.
08:52C'est qu'il y a le commissaire Georges Massu.
08:57Dit en mots là-dessus.
08:58Parce que c'est une figure du 36.
09:01Et ce que j'ai trouvé, c'est qu'il mène une enquête extrêmement moderne.
09:04Oui.
09:05Massu, c'est un titi parisien au départ.
09:07Et sa maman était marchande des 4 saisons, orphelin à 2 ans.
09:12Et il rentre très vite dans la police après l'armée pour gagner de quoi manger.
09:18Et il va monter tous les échelons et devenir commissaire.
09:23Et bien vite, commissaire principal.
09:26Il était un très haut grade à l'époque et patron de la brigade criminelle.
09:30Et entre-temps, il a rencontré Georges Simenon, l'écrivain, qui l'a utilisé pour épaissir son personnage de maigret.
09:38Et dans la France de l'époque, il est célèbre.
09:41Massu, c'est maigret.
09:43Massu, c'est maigret.
09:44Et Massu, c'est maigret.
09:46Alors, juste en petit mot, les interrogatoires, c'est particulier.
09:49Il a une manière d'interroger les gens.
09:51Il a confié à Georges Simenon, qui en parle d'ailleurs dans ses livres,
09:54que la manière de mener des interrogatoires à la chansonnette.
09:58C'est-à-dire, en mettant à l'aise au départ le client,
10:02en lui faisant croire qu'on n'a rien contre lui.
10:04Et puis, petit à petit, en resserrant l'étau par des questions de plus en plus pointues,
10:09de plus en plus précises, jusqu'à le faire craquer.
10:12Évidemment, il va retrouver sur sa route le docteur Petiot.
10:15Ségolène Chaplin a un mot sur ce docteur Petiot.
10:17On sait qu'il n'est pas très recommandable.
10:19C'est un escroc, il a fait beaucoup de choses déjà.
10:21C'est-à-dire que quand Georges Massu voit le dossier Petiot arriver sur son bureau,
10:24il ne s'attend pas du tout.
10:25Il est épais, il y a quatre tomes de PV.
10:28Et en effet, il est déjà connu des services de police.
10:32Alors, c'est très étrange.
10:34Il y a des rumeurs à Villeneuve-sur-Yonne aussi.
10:37Sa bonne aurait disparu dans des conditions un peu étranges.
10:40Alors, ça parle beaucoup.
10:41On se demande pourquoi cette bonne a disparu.
10:43Est-ce qu'il est déjà soupçonné de l'avoir potentiellement fait disparaître ?
10:46Il y a également un incendie d'une laiterie avec la patronne,
10:50pareil, qui est morte dans des conditions un peu étranges.
10:52Pareil, il est soupçonné également.
10:54Mais ça ne va jamais très très loin.
10:56Ensuite, ce qui est intéressant, c'est qu'il a bâti sa fortune quand il va à Paris
10:59en donnant des ordonnances de morphine à des toxicomanes.
11:03Et là, pareil, il va être inquiété un moment pour un trafic de stupéfiants.
11:07Et c'est comme une anguille.
11:08Il arrive toujours à éviter la procédure.
11:11L'affaire est classée ou alors il est interné.
11:14En tout cas, on ne l'arrête jamais.
11:16Il passe entre les gouttes et c'est une anguille qui aime beaucoup l'argent.
11:18On va le voir parce que c'est un des moteurs de cette histoire.
11:21Un mur de 49 valises va donner les noms et les adresses des victimes.
11:27Marcel Petiot, le docteur Satan, la chauve vive, mon frère,
11:31m'avait dit que c'était pour éliminer les punaises dans la cave.
11:34L'enquête de l'heure du crime, on se retrouve dans un instant sur RTL.
11:37L'heure du crime consacrée aujourd'hui au docteur Marcel Petiot.
11:55A la fin de l'hiver 44, un charnier est découvert dans l'hôtel particulier de cet étrange et douteux médecin.
12:01Des dizaines de corps dépecés, incinérés, enterrés.
12:04Le docteur est en fuite, disparu.
12:06La police le recherche avec fébrilité.
12:08Mercredi 14 mars 1944, trois jours après la découverte du charnier de la rue Le Sueur,
12:15Georges Petiot, épouse du docteur, est arrêtée sur le quai de la gare d'Auxerre.
12:21Elle s'était réfugiée dans Lyon avec son fils, jeune adolescent, interrogée au 36 quai des Orfèves.
12:28Georgette ne fait que pleurer.
12:30Elle ne sait rien.
12:32Elle répète que Marcel est en marionnette, un médecin respecté, un père affectueux.
12:36C'est pas lui qui a fait ça, c'est pas lui, assure-t-elle entre deux sanglots.
12:40La police entend aussi Maurice Petiot, le frère cadet du docteur.
12:44Il vit dans Lyon, il dit n'avoir jamais mis les pieds, rue Le Sueur.
12:48Il ignore tout de ce bazar, comme il dit.
12:51Il ment, réentendu.
12:53Et réentendu, il finit par dire que c'est lui qui a transporté des centaines de kilos de chauves vives jusqu'à l'hôtel particulier.
13:01Mon frère m'avait dit que c'était pour éliminer les punaises dans la cave.
13:07Dans les jours qui suivent, les policiers questionnent plusieurs témoins.
13:10Le coiffeur de Petiot raconte que le docteur aidé des gens menacés par les Allemands a quitté la France.
13:16Il était, selon lui, à la tête d'un réseau de patriotes.
13:19Il lui avait d'ailleurs demandé de lui trouver des candidats au départ.
13:24Un ami du médecin évoque, lui, des dizaines de valises que Petiot aurait déménagées de l'hôtel particulier.
13:33Vendredi 31 mars 1944, les policiers sont de retour dans Lyon.
13:39Très exactement à Courson-les-Carrières, un village au sud d'Auxerre.
13:44Le docteur Petiot ne s'y cache pas, mais les enquêteurs trouvent sous les combles un mur de valises.
13:5049 exactement.
13:52636 kilos de bagages.
13:55Aucun objet de valeur à l'intérieur.
13:57Uniquement des vêtements dont on fait l'inventaire.
14:00104 chemises, 75 robes ou encore un pyjama d'enfant.
14:04Ce sont les vêtements des victimes.
14:07Le commissaire Massu demande que toutes les étiquettes et les initiales brodées soient vérifiées.
14:13Un travail de fourmi, effectué par une maigre équipe d'inspecteurs, semaine après semaine.
14:19Visite d'atelier de couture après visite d'atelier, registre après registre, 20 disparus sont identifiés.
14:26Parmi eux, 15 juifs qui se cachaient.
14:28Ils avaient payé Petiot pour faire le grand voyage jusqu'en Amérique.
14:32Une famille entière, les Knellers, Kurt et son épouse Margaret, leur petit garçon de 8 ans René, ont fini dans les flammes.
14:40Vendredi 25 août 1944, la libération de Paris interrompt brutalement l'enquête Petiot.
14:48La purge de la police parisienne entraîne même l'arrestation du célèbre commissaire Georges Massu.
14:54Il passera quelques mois en prison avant d'être relâché.
14:57Petiot a disparu.
14:58Mais un mois plus tard, surprise, il se manifeste en écrivant au journal Résistance, lequel l'a présenté comme le petit soldat du Reich.
15:08Il se défend dans un droit de réponse, il se dit insulté.
15:13Il se présente comme un résistant et un patriote.
15:16Et c'est cette lettre qui va perdre Marcel Petiot, lequel profite du chaos, du désordre de la libération de Paris pour entrer dans la peau d'un nouveau personnage.
15:26On va voir comment le criminel le plus recherché du moment va être arrêté.
15:31Et surtout, ce qu'il va déclarer aux policiers et aux juges d'instruction, ce récit il est à suivre évidemment dans cette heure du crime.
15:37Alors, il faut revenir sur cette enquête et la préoccupation du commissaire Massu et de la police et de la brigade criminelle, c'est évidemment de retrouver Petiot.
15:48Mais c'est compliqué, les temps sont très mouvementés, les Allemands sont dans la débâcle totale.
15:53C'est un chaos permanent à Paris, dans la capitale.
15:56On n'ose plus sortir.
15:58Donc Petiot, on le met un petit peu entre parenthèses parce qu'on ne sait pas du tout où il est passé.
16:01Par contre, la priorité c'est de savoir qui sont les victimes.
16:04Ségolène Chaplin, vous êtes avec nous dans cette heure du crime.
16:07Réalisatrice de la série documentaire Petiot, un tueur sous l'occupation, qui sera diffusée dimanche à 13h15 sur France 2.
16:15Alors, effectivement, il y a quelque chose de très intéressant, c'est qu'on va retrouver ses habits dans ses valises.
16:22Et peu à peu, alors j'ai envie de dire, il tire en fil rouge, là, le commissaire, il va dire, mais il faut tout analyser.
16:28Alors, qu'est-ce qu'il fait pour retrouver les gens ?
16:30Il va aller voir toutes les étiquettes possibles, les moindres signes ?
16:34Évidemment, à l'époque, on n'a pas d'ADN.
16:36Donc, les corps ne peuvent pas du tout être identifiés de cette manière-là.
16:40C'est très compliqué également, au vu du flux de déplacement des populations,
16:45de savoir, par rapport aux personnes disparues, qui peut être potentiellement victime dans cet hôtel particulier.
16:52Et donc, c'est vraiment un travail de fourmi, c'est l'identité judiciaire qui va photographier chaque étiquette,
17:02aller voir chaque couturier en demandant, est-ce que vous avez confectionné cette robe, pour qui ?
17:07Et en général...
17:09C'est sur les registres ?
17:09C'est sur les registres, parce qu'à l'époque, c'était beaucoup plus courant de faire broder ses habits,
17:15parce qu'on changeait beaucoup, il n'y avait pas la face fashion,
17:17donc on faisait très attention à ses habits.
17:20Donc, les habits étaient brodés, et les couturiers tenaient vraiment des registres très précis,
17:25avec même un numéro de vêtement qui était attribué à un nom.
17:28Et donc, grâce à ces numéros, à ces noms, ils retrouvent l'identité des victimes.
17:32Et ces valises macabres, qu'on retrouve dans cette espèce de grenier, toute poussiéreuse, etc.,
17:38qui vont être transportées ensuite au 36 Quai des Orphèves, dans le bureau du commissaire Massieu,
17:42elles commencent à parler, évidemment, ces valises, vous l'avez dit.
17:46Et on voit qu'il y a des enfants, enfin en tout cas un enfant, des vieillards, des femmes, des hommes.
17:54Petiot, il ne fait pas de différence entre tout le monde.
17:57Et parmi toutes ces victimes, il y a la famille entière, les knellers.
18:00Ça, vous consacrez beaucoup de temps sur les knellers ?
18:03J'ai tenu à consacrer beaucoup de temps aux knellers, parce que souvent, quand on s'intéresse aux crimes,
18:08on s'intéresse surtout aux criminels.
18:10C'est vrai.
18:10Et quand je fais du documentaire de faits divers, j'estime qu'il faut toujours laisser une part pour les familles des victimes,
18:17parce qu'elles ont subi quelque chose d'atroce, elles doivent exister dans notre récit, même si évidemment...
18:22Même si c'est vieux, d'ailleurs.
18:23Même si c'est vieux, même si on est tenté d'aller plus s'intéresser à la psychologie du tueur qu'au sort des victimes.
18:28Donc, quand j'ai découvert le parcours des knellers, j'ai vraiment été touchée,
18:32parce qu'elles ont subi quelque chose d'effroyable, c'est-à-dire que c'est une famille juive
18:36qui vit en Allemagne en 1933, au moment de l'arrivée d'Hitler au pouvoir.
18:41Et donc, elle fuit l'Allemagne, elle se réfugie d'abord au Pays-Bas, puis en France.
18:46Donc, cette famille vient se réfugier en France en pensant être à l'abri.
18:50Et en fait, c'est au moment de la rafle du Veldiv qu'elle va se sentir acculée
18:54et chercher à tout prix un moyen de fuir la France, une filière de passeurs.
18:59Et malheureusement, dans leur plus grand malheur, parce qu'il faut bien penser que cette famille vit l'horreur,
19:03l'angoisse absolue, elle va tomber entre les mains du pire criminel du siècle.
19:09C'est ça qui est assez terrible dans leur histoire.
19:12C'est qu'elles ont fait confiance alors qu'elles étaient en plein désespoir et qu'il en a abusé.
19:16Et ça, vous le présentez bien dans votre série Charles Diaz, commissaire général honoraire de la police nationale.
19:22Vous avez participé à ce documentaire.
19:24Vous connaissez bien cette histoire.
19:26Un mot encore sur les recherches, parce que là, on parle des recherches à partir des habits, tout ça.
19:31C'est vraiment de l'enquête de terrain.
19:33Et c'est très très précieux.
19:34Le commissaire Massu, il joue très très bien la carte.
19:36Et il joue la bonne carte.
19:38Mais il y a aussi toutes les analyses, j'ai envie de dire, anthropomorphiques.
19:42Il n'y a pas d'ADN à l'époque, il faut le répéter.
19:44Non, non, pas d'ADN et puis les empreintes digitales, en l'occurrence, totalement abîmées par la chaux et le feu.
19:51Non, ce qui est resté, c'est notamment tous les travaux de médecine légale.
19:57Et ça, c'est le docteur Charles Paul, le fameux docteur Paul, encore un personnage grand légiste et encore un autre personnage de Simnon,
20:05qui a travaillé sur les corps trouvés dans le sous-sol de la rue Le Sueur.
20:10Et qui va déterminer le nombre de corps, le nombre de corps, et ensuite, approximativement, l'âge, le sexe de ces victimes.
20:22Et donner des éléments sur la stature, sur la taille, etc.
20:28Tous les éléments qu'on peut...
20:30Recouper avec les habits, avec beaucoup de choses.
20:32Voilà, c'est ce que va faire l'équipe de Massus, c'est de recouper tout ça par rapport à ce qui est trouvé dans les valises.
20:39On n'a pas le chiffre exact, des victimes.
20:42Officiellement, 27.
20:43Pour la police, c'est comme dans les manifs.
20:45Pour les légistes, pour la justice, pas la police, la justice, parce que ça, c'est le chiffre qui va être retenu devant la cour d'assises.
20:52Donc, pour la justice, et pour le docteur Paul, 27 corps victimes, on ne le saura jamais.
20:59C'est impossible, impossible.
21:01Effectivement, encore une fois, on est dans un autre monde, une autre époque.
21:04Ségolène Chaplin, encore un petit mot.
21:06Il y a ce journal, alors qu'il est en cavale, Petiot.
21:10Ce journal qui dit, Petiot, c'est un salaud, c'est un collabo, etc.
21:14Il réagit, alors qu'il est caché.
21:17Et là, il va se faire repérer.
21:17Alors ça, c'est vraiment le twist de cette affaire, qui est totalement improbable, pour le coup.
21:22Parce que Petiot, à ce moment-là, a intégré les forces françaises de l'intérieur.
21:27Il a un pseudo, il est tout à fait à l'abri des recherches des policiers.
21:32Donc, on pourrait même le penser tiré d'affaires.
21:35Et il va demander un droit de réponse à ce journal, parce qu'il se sent offusqué qu'on puisse penser qu'il peut travailler à la botte des nazis.
21:43Et donc, il va écrire ce long courrier dans lequel il affirme être un résistant.
21:49Et en fait, ça va le perdre, puisque ce journal Résistance ne paraît qu'à Paris et dans sa banlieue.
21:54Donc, à ce moment-là, les enquêteurs savent qu'il est donc resté près de son orgueil du crime.
22:00Et ils vont analyser son écriture.
22:03Et c'est ainsi qu'il va se faire démasquer et retrouver.
22:06Donc, c'est son orgueil qui va le perdre.
22:09Après sept mois de cavale, le médecin va être arrêté.
22:12Marcel Petiot, le docteur Satan, les seuls que j'ai tués, ce sont ces salauds de collabos, des malfrats.
22:19L'enquête de l'heure du crime, à quoi ressemble ce docteur assassin qui dit détester les boches et avoir agi au nom de la patrie ?
22:25À suivre, dans un court instant, sur RTL.
22:28Jean-Alphonse Richard, sur RTL.
22:30C'est l'heure du crime, jusqu'à 15h.
22:33L'heure du crime, présenté par Jean-Alphonse Richard, sur RTL.
22:37Il faut croire que le crime garde une fascination.
22:41Dans le monde entier, le docteur Petiot fait aujourd'hui autant de bruit que n'a guère le fameux Landru.
22:46Et qu'était Landru à côté de Petiot, qui selon l'accusation, compte 27 victimes et selon sa propre comptabilité, 63.
22:54Au programme aujourd'hui de l'heure du crime, le docteur Marcel Petiot.
22:57Depuis mars 44, ce trouble médecin parisien est soupçonné d'avoir assassiné des dizaines de personnes dans son cabinet.
23:05Il les dépouillait de leur argent.
23:06La cavale du docteur va durer 7 mois.
23:10Mardi 31 octobre 1944, Marcel Petiot est arrêté à Paris, à l'entrée d'une bouche de métro.
23:17Il dit ne pas comprendre ce qu'on lui veut.
23:19Il se présente comme étant le capitaine Henri Valéry.
23:22Valéry, ses papiers l'attestent. Il appartient au FFI, les forces des Français de l'intérieur.
23:27Il a libéré la capitale.
23:30On retrouve sur lui un carnet de rationnement trafiqué.
23:33Grâce face au juge d'instruction, Marcel Petiot affiche un regard fixe, noir et menaçant.
23:40Il est péremptoire. Il assure être un héros de la résistance.
23:44Il raconte avoir évité la déportation de dizaines de personnes en falsifiant leurs dossiers médicaux.
23:52Il a été formé par des agents anglais.
23:55Il fait partie d'un réseau de résistance baptisé Flytox.
23:59Au FFI, personne ne le connaît.
24:01Quant au réseau Flytox, c'est un nom d'insecticide.
24:05Eh bien, ce réseau n'existe pas.
24:06A chaque rendez-vous chez le juge, Petiot esquive les questions sur le charnier de la rue Le Sueur.
24:11Il prétend que les corps ont été entreposés par les Allemands.
24:14Les enquêteurs ont identifié 27 victimes.
24:18Petiot parle de 63 personnes.
24:20Des salauds de collabo, des malfrats.
24:23Il dit avoir lui-même tué 8 de ces hommes au nom de la France.
24:29Vendredi 4 janvier 1946, 15 mois après l'arrestation de Marcel Petiot,
24:34le juge Goletti clôt son instruction.
24:37Trois psychiatres qui ont examiné le docteur le décrivent comme un homme chroniquement déséquilibré
24:43et totalement amoral, personnage sans scrupules, intelligent et manipulateur.
24:49Pour les psys, il a une grande propension aux mensonges.
24:53Le juge voit en lui l'un des pires assassins de l'histoire.
24:57Et on retrouve dans cette heure du crime l'une de nos invitées, c'est Ségolène Chaplin,
25:03réalisatrice de la série de documentaires Petiot, un tueur sous l'occupation,
25:06qui est diffusé sur France 2, dimanche, 13h15.
25:10Alors Ségolène Chaplin, évidemment le juge Goletti,
25:14qui est un juge qui a une réputation très dure,
25:18qui est très punitif, ce juge Goletti.
25:22Quel est l'individu qu'il a en face de lui ?
25:24Vous le disiez tout à l'heure, c'est une anguille Petiot.
25:27Mais là, à nouveau, il s'esquive, il ne répond pas vraiment aux questions.
25:31C'est impossible de savoir ce qu'il a fabriqué dans cette cave.
25:34En fait, au tout début de l'instruction, il va vraiment répondre,
25:37c'est-à-dire qu'il va donner sa vision, sa stratégie de défense,
25:42c'est-à-dire de dire que, certes, il a tué, oui,
25:44mais il a tué des traîtres à la nation pour rendre service à la France.
25:48Donc, il va au tout début participer à l'interrogatoire du juge,
25:54de bonne volonté, on va dire.
25:56Et puis, en fait, ça va quand même se corser au fur et à mesure
25:58où le juge va lui poser des arguments qui vont le mettre dans une impasse.
26:05Notamment, le fameux pyjama du petit René Knellert,
26:09où là, Petiot n'a pas de réponse à apporter.
26:12Comment on peut imaginer que le pauvre petit René Knellert de 8 ans
26:15ait pu être un traître à la nation ?
26:17Ça n'a aucun sens.
26:18Et à partir du moment où il va être acculé,
26:20là, il va se fermer comme une huître.
26:22Il ne va plus rien dire.
26:24Et donc, on a des longs PV.
26:26Moi, j'ai retrouvé dans les archives un long PV d'interrogatoire du juge
26:31où il pose toutes les questions.
26:32Donc, il lui dit, vous avez fait ça tel jour, vous avez fait ça.
26:34Et il ne répond pas.
26:35Je ne souhaite pas répondre.
26:36Je ne souhaite pas répondre.
26:37Je ne souhaite pas répondre.
26:38Et donc, le juge est dans une impasse.
26:40En tout cas, il ne pourra pas compter sur la bonne volonté de Petiot
26:44pour essayer de comprendre davantage ce qui s'est passé.
26:47Alors, bien sûr, il est très intelligent, Petiot.
26:49On l'a compris.
26:50C'est un fourbe.
26:51Il sait voir là où est le danger.
26:54S'esquiver, s'adapter aux questions.
26:56Charles Diaz, vous êtes commissaire général honoraire à la police nationale.
26:59Et vous avez participé à la réalisation de ce documentaire.
27:02Vous êtes aussi l'auteur du livre,
27:04Le 36 au temps de maigret, publié aux éditions de Mareuil.
27:07Et effectivement, ce commissaire, le commissaire de la brigade de la criminelle,
27:11c'est celui qui a inspiré le commissaire Maigret.
27:13Vous nous l'avez dit.
27:15Son appartenance à la résistance,
27:17alors il se targue de ça, il se drape dans le drapeau des FFI, de la résistance.
27:22Mais c'est un peu naïf, parce que ça ne va pas très loin.
27:26C'est très malin.
27:26C'est le seul moyen qu'il a pour justifier tous ces crimes.
27:30Et on est dans l'époque de la libération.
27:32Donc, on est un héros aussi.
27:34On a participé à la résistance.
27:35Donc, il a endossé cette tenue de résistant.
27:40En plus, il est arrêté comme capitaine de FFI.
27:43Parfait.
27:44Et il va essayer de tenir, d'être un vrai résistant.
27:48Sauf que, comme le disait Ségolène,
27:51petit à petit, tous les éléments réunis sont contre lui.
27:55Tout est prouvé.
27:56Il n'a jamais participé à aucun réseau.
27:59Il n'a jamais agi au nom d'un autre réseau.
28:02Tout est faux.
28:04Tout est faux.
28:05Et là, fini.
28:07Donc, son personnage tombe.
28:09Et là, il devient, où il se met à attaquer les magistrats,
28:13ce qui va être le cas devant la cour d'assises,
28:16en disant, mais oui, vous avez prêté serment à Pétain.
28:18Alors, en quoi puis-je avoir confiance dans vos prises de position ?
28:23Etc.
28:25Il est manipulateur malin.
28:27Alors, il est manipulateur malin.
28:30Il est, selon les psychiatres, totalement amoral.
28:34Bon, on le saurait à moins.
28:35Mais il n'est pas déséquilibré.
28:38C'est ce que disent les psychiatres.
28:39Oui, alors le problème, c'est quand même qu'il a un passé psychiatrique colossal.
28:45Il est déjà considéré comme ayant des problèmes psychiatriques très graves dans l'enfance.
28:52On dit qu'il ne sait pas reconnaître le bien du mal.
28:55Ensuite, quand il est alarmé après la guerre,
28:58il est considéré, là encore, les bulletins psychiatriques sont terribles contre lui.
29:04Ensuite, quand il est attrapé, en train de voler,
29:06il finit à l'infirmerie psychiatrique de la préfecture de police
29:09et rebelote, re-internement.
29:11Alors qu'on ne me dise pas que quelqu'un qui a interné autant de fois
29:14qui fait l'objet d'autant de suivis psychiatriques est totalement normal.
29:19Le médecin et tueur de masse va comparaître aux assises.
29:24Marcel Petiot, le docteur Satan.
29:26Je n'ai pas tué cet homme, il est parti en Amérique.
29:28Vous ne l'avez pas trouvé ?
29:30Eh bien, c'est parce que l'Amérique est grande.
29:32L'enquête de l'heure du crime.
29:33On se retrouve dans un instant sur RTL.
29:35L'heure du crime, c'est avec Jean-Alphonse Richard sur RTL.
29:40L'heure du crime, présenté par Jean-Alphonse Richard sur RTL.
29:45Retour aujourd'hui dans l'heure du crime sur l'affaire du docteur Petiot.
29:48Soupçonné de 27 assassinats.
29:51Chiffre officiel en 1944 sous l'occupation.
29:54Le médecin persiste à nier les accusations.
29:56Deux ans après la découverte du charnier de la rue Le Sueur, il est jugé.
30:00Lundi 18 mars 1946, Marcel Petiot, 49 ans, manteau à carreau, costume sombre, nœud papillon gris,
30:09trône dans le box des accusés de la cour d'assises de Paris.
30:13Cheveux noirs en bataille, œil sombre, perçant.
30:16Il fixe intensément la salle comble, surchauffée par plusieurs poils.
30:21À ses gardiens, à la prison de la santé, il a promis un procès merveilleux qui ferait rire tout le monde.
30:27Le docteur est formel, il raconte.
30:30Les cadavres, je n'y suis pour rien.
30:32Je sors de Fresnes, où la Gestapo m'avait enfermé, et je trouve des cadavres chez moi.
30:38Avouez que c'est trop fort, non ?
30:40La corde assise énumère les noms des victimes.
30:43La première des victimes est identifiée comme le fourreur juif Joachim Gushinov.
30:49C'était un patient de Petiot, disparu avec toutes ses économies.
30:53Un million de francs, de l'or, des bijoux.
30:55Il aurait fait cadeau au médecin de cinq fourrures.
30:59À la question, où est-il ?
31:01L'accusé répond du tac au tac.
31:03En Amérique du Sud ?
31:04On ne l'a pas trouvé, ajoute le président.
31:07C'est que l'Amérique est grande, réplique le docteur.
31:11Jeudi 23 mars, la cour d'assises, magistrats, jurés, avocats, se déplacent jusqu'au 21 de la rue Le Sueur.
31:18La foule est massée dans la rue pour apercevoir Petiot, menotter, revenir sur le lieu de ses crimes.
31:23Les jurés voulaient voir la disposition des pièces de l'hôtel particulier,
31:28et notamment le mystérieux réduit triangulaire qui servait d'antichambre à la mort.
31:33Un laboratoire de radiothérapie avance l'accusé.
31:36Après trois semaines de procès, 4 avril, à 23h50, les jurés rendent leur verdict.
31:42Après seulement deux grosses heures de délibération,
31:46Marcel Petiot est condamné à mort.
31:47A sa femme, qui assiste au procès, il lance
31:50« Georgette, il faudra me venger ».
31:54Et on ne voit que Petiot, évidemment, à ce procès.
31:57Il n'y a certes que lui, mais cet accusé, il fixe l'attention de tout le monde.
32:01Et lui, il fixe tout le monde, parce qu'il a un regard terrifiant.
32:04Le regard du diable, ça, beaucoup de témoins vont le dire en permanence.
32:08Ségolène Chaplin, vous êtes avec nous dans cette heure du crime,
32:11réalisatrice de la série documentaire « Petiot », un tueur sous l'occupation sur France 2.
32:15que ce procès, ce grand procès Petiot,
32:19qui est l'un des premiers procès après la libération de Paris,
32:23tout le monde l'attendait ?
32:24La foule est là, et la France entière va suivre ces débats ?
32:28Tout le monde l'attendait, et alors c'est très particulier,
32:30puisqu'on est dans un contexte, justement, des procès post-guerre et post-collaboration.
32:37Donc, il y a beaucoup de procès politiques au même moment,
32:41et ce procès-là détonne un petit peu, mais il va être question de politique.
32:45Puisqu'il va choisir vraiment de mettre en avant son action de la résistance.
32:49Il ne va pas en démordre, alors que tout est dit au procès pour lui dire
32:54« Mais ce n'est pas vrai, vous mentez, vous n'appartenez pas à un réseau de résistance »,
32:57il va rester sur cette théorie de défense.
33:00Il va avoir une attitude vraiment exaspérante pour les familles des victimes,
33:05parce que comme il est enferré dans sa théorie, sa thèse de défense de « Je suis un résistant »,
33:09il ne peut évidemment avoir aucun mot d'excuse, ni de contrition, ce n'est pas possible.
33:14Donc, pour les victimes, les familles des victimes, c'est très difficile d'assister à ce procès,
33:18puisqu'en plus, il crie, il s'insurge, il est ironique, il signe des autographes,
33:24parce qu'il s'est quand même payé le luxe d'écrire un livre pendant qu'il était en prison.
33:28Alors, ce ne sont pas des confessions, c'est un livre d'élucubration sur les théories mathématiques.
33:34Et donc, il y a des femmes qui viennent se faire signer des autographes aux pauses d'audience.
33:41Le président de la cour d'assises, à un moment donné, est carrément obligé de le faire rentrer à chaque suspension d'audience
33:46pour éviter l'attroupement autour du box de l'accusé.
33:49Il y a toujours cette fascination pour lui, pour le criminel, et il en joue.
33:55Et il est mégalomane, de toute façon, Petiot.
33:57Donc, il est presque content d'être là, en quelque sorte, parce qu'il y a une tribune, il peut s'exprimer.
34:02Il se lève, il regarde le public, etc. On le voit très bien dans votre documentaire.
34:06Je ne sais pas s'il est content, si c'est ça qui l'anime.
34:09En tout cas, il joue, oui, de cette exposition, et il s'en sert pour faire son show, quoi.
34:17Charles Diaz, vous êtes avec nous également, invité de l'heure du crime, commissaire général honoraire de la police nationale.
34:23Vous, vous avez participé à cette série documentaire, Petiot, un tueur sous l'occupation.
34:28Charles Diaz, il y a le déplacement de la cour d'assises, la rue Le Sueur.
34:32Alors, c'est un déplacement de justice, ça se fait encore aujourd'hui, ça arrive que les jurés aient besoin d'aller voir in situ comment sont les lieux, etc.
34:39Ça, c'est tout à fait classique.
34:41Mais là, quand on regarde les images de ce déplacement, qui sont d'ailleurs dans cette série documentaire, j'ai été à Basurodi, j'avoue.
34:49C'est de la folie. Un public énorme, énorme, parce que, légalement, on doit laisser le public en mesure de participer à l'opération.
34:58Oui, parce que le procès est public.
34:59Eh oui. Et donc, une foule entière qui envahit l'hôtel, beaucoup de gens réussissent à rentrer dans les lieux, emportent beaucoup de choses.
35:11Beaucoup de choses. On voit, il y a des images extraordinaires, dont une est montrée par le documentaire.
35:17C'est cet os humain qui est...
35:19Qui est un avocat, c'est ça ? Un avocat qui se saisit d'un fémur, et qu'il le montre comme ça devant les caméras.
35:25Tout à fait.
35:26Surréaliste.
35:27Voilà, c'est surréaliste. Et ce transport de justice ne va servir à rien du tout.
35:33Parce que, bon, une fois qu'ils auront vu ce cabinet triangulaire, ça n'aidera pas beaucoup les jurés à comprendre comment les choses se sont passées.
35:43Mais il y avait une espèce aussi de voyeurisme, je suppose.
35:46Vraisemblablement, oui.
35:47Une envie de voir le monstre, entre guillemets, et de voir là où le monstre, la tanière du monstre, là où il a, effectivement, opéré.
35:54C'était un petit peu le but aussi de cette opération.
35:57Deux mois plus tard, le médecin va être exécuté.
36:00Marcel Petiot, le docteur Satan.
36:02La première fois que je vois un homme aller à l'échafaud en dansant.
36:06L'enquête de l'heure du crime. Je vous retrouve tout de suite sur RTL.
36:09L'heure du crime. Présenté par Jean-Alphonse Richard sur RTL.
36:14L'heure du crime. Présenté par Jean-Alphonse Richard sur RTL.
36:19Dans l'heure du crime, aujourd'hui, l'affaire du docteur Petiot.
36:21Mars 46, ce médecin parisien, véreux, escroc et manipulateur, a été condamné à la peine de mort pour avoir tué au moins 27 personnes à la fin de l'occupation.
36:32Il les dépouillait, il les a empoisonnés, il va être lui-même exécuté.
36:36Samedi 25 mai 1946 à l'aube, Marcel Petiot est extrait de sa cellule de la prison de la santé.
36:44Tous ses recours ont été rejetés.
36:47Pour la première fois de ma vie, j'ai vu un homme quitter le quartier des condamnés à mort.
36:51Sinon, en dansant, tout au moins parfaitement calme, confie le médecin légiste.
36:57A 5h du matin, Marcel Petiot monte sur l'échafaud.
37:00Il lance à la petite assistance.
37:03Messieurs, ne regardez pas cela, ça ne va pas être très beau.
37:08Le nombre exact des victimes de Marcel Petiot n'a jamais pu être établi avec exactitude.
37:13Ces assassinats à la chaîne lui auraient permis d'amasser une fortune considérable,
37:18l'équivalent de 30 millions d'euros.
37:21Les lingots d'or, les bijoux, l'argent liquide, rien n'a été retrouvé.
37:26Un médecin tristement célèbre, il avait des yeux qui jetaient le feu.
37:31Il avait peur de mourir.
37:32Et pourtant, le jour de son exécution, il souriait à tout le monde, à toutes les personnes présentes,
37:38alors qu'on le conduisait à l'échafaud.
37:40Il était aussi à l'aise que dans un salon.
37:44Aussi à l'aise que dans un salon pour les yeux du diable.
37:47C'est la voix du directeur de la prison de la santé.
37:50C'était en 1960 dans une émission qui est formidable qui s'appelle La justice des hommes.
37:54Et effectivement, on peut retrouver dans cette émission plein de témoins à l'époque
37:58qui étaient des personnes âgées, bien sûr, mais qui ont témoigné de cette affaire Petiot.
38:04Alors, il y a quelque chose de très étonnant dans cette affaire.
38:06Ça m'a étonné, évidemment, mais l'hôtel particulier de la rue Le Sueur, il a été détruit, il n'existe plus.
38:12Il a été démoli.
38:14Charles Diaz, vous êtes avec nous, commissaire général honoraire de la police nationale,
38:18auteur du livre, Le 36, au temps de maigret, publié aux éditions de Mareuil.
38:22Il y a tout cet argent de Petiot.
38:25On n'a pas retrouvé un centime.
38:27Il y avait des lingots d'or, des manteaux de fourrure, des bijoux en pagaille.
38:33On n'a rien retrouvé.
38:33Qu'est-ce qui s'est passé ?
38:34On a même vérifié les comptes de la famille, les comptes de sa femme Georgette.
38:39On a tout vérifié.
38:41Non, plus rien.
38:42Et moi, j'ai le sentiment, je suis convaincu que si Petiot a pu sortir au bout de plusieurs mois
38:48des cellules des nazis de la Gestapo, c'est parce qu'il a payé.
38:56Oui, il avait été emprisonné alors.
38:58On lui reprochait d'avoir organisé un réseau.
38:59Je suis convaincu qu'il leur a tout dit.
39:02Parce qu'il a dû subir ce qu'il faisait subir.
39:06Il a tout raconté.
39:08Et c'est simple.
39:10Tu veux être libre ? Donne tout.
39:11Ils lui ont tout pris.
39:13Et sans doute aussi l'obligation de détruire les corps.
39:17Voilà.
39:19Donc, je pense que tout est parti.
39:23Parce qu'après tout, pourquoi s'attaquer à Petiot ?
39:26La majorité de ses victimes étaient des familles juives.
39:31Et donc, pourquoi pas qu'il continue ?
39:33Ça allait dans le sens de l'histoire allemande.
39:35Spoliation juive.
39:37Donc, en revanche, lui prendre son argent, c'était aussi dans les cordes de la Gestapo de l'époque.
39:44Ce qui expliquerait qu'on n'ait rien retrouvé du tout.
39:46Parce que lorsque l'affaire va se calmer, il va être jugé, décapité, il va y avoir des pillages dans cet hôtel particulier.
39:54Il y a des gens qui vont aller à la chasse au trésor, qui vont casser des murs, des plafonds, les sols,
40:00pour essayer de trouver la moindre pièce d'or ou d'argent.
40:04Mais il n'y aura rien du tout.
40:05Ségolène Chaplin, vous êtes la réalisatrice de la série documentaire Petiot, un tueur sous l'occupation, sur France 2, le dimanche, 13h15.
40:13Vous connaissez donc bien cette affaire.
40:15Vous avez eu accès à beaucoup de documents d'époque.
40:19Alors, question simple, je vous la pose à tous les deux.
40:21Quel est le mobile de Petiot ?
40:23Alors, c'est l'argent, évidemment.
40:25Il adore l'argent, c'est un radin en plus, etc.
40:28Il économise sous après sous.
40:31Mais est-ce que ça suffit à expliquer cette dérive hallucinante et meurtrière ?
40:36Son état mental, c'est la seule chose qui peut justifier qu'il puisse considérer la vie humaine comme ayant si peu d'importance.
40:43Clairement, sans la folie, l'argent ne suffit pas à expliquer la monstruosité de ce qu'il a fait.
40:48Il n'y a pas de motif sexuel, ça c'est sûr.
40:51Il n'y a pas de motif d'une perversion incroyable.
40:54Et elles n'ont pas été torturées, puisqu'il les endormait en leur faisant des piqûres, a priori.
40:58Dans le fameux cabinet triangulaire.
41:00Il les regardait mourir.
41:02Et une fois qu'elles étaient mortes, ils s'en occupaient pour s'en débarrasser.
41:04Donc, il n'y a pas de volonté, de sadisme dans son action criminelle.
41:09En revanche, en effet, il amassait consciencieusement tout ce qu'elles emportaient.
41:13Et puis, il leur demandait de bien venir avec toutes leurs économies.
41:17Donc, évidemment, c'est l'argent qui semble être le principal moteur.
41:22Je pense, combiné à une pathologie mentale qui faisait qu'il n'arrivait pas à considérer l'autre comme ayant de l'importance, une valeur.
41:30La vie humaine n'avait pas de valeur.
41:32Donc, à partir de ce moment-là, c'est un opportuniste.
41:35Il croise des personnes en grande difficulté, qui sont aux abois.
41:38Et il leur prend leur argent.
41:40Je pense qu'il n'y a pas de chose plus compliquée que ça dans son raisonnement.
41:43Et pas considérer les victimes, ça c'est le propre des tueurs en série.
41:46Effectivement, on est en plein dedans.
41:48Des personnalisations.
41:49Il n'est pas une personne que ce soit, on l'a dit.
41:51Des femmes, des vieillards, des enfants.
41:54Tout est victime à ses yeux.
41:56Et ce ne sont que des objets qui vont disparaître dans les flammes de ces chaudières.
42:02On dit aujourd'hui, Charles Diaz, que cet homme, évidemment, c'est l'un des plus effrayants tueurs de l'histoire.
42:09Oui, de l'histoire française, oui.
42:11Il n'y a aucun doute.
42:13Et il y a, par plein d'aspects, par rapport à l'époque, par rapport à ce qui s'est passé dans l'Allemagne nazie,
42:19en termes d'extermination.
42:21Il y a tellement de choses effrayantes.
42:24On est...
42:26C'est bouleversant d'imaginer que c'est pu se passer à Paris,
42:29pendant que d'autres choses bien plus horribles en masse se passaient plus à l'Est.
42:34Céolène Chaplin, juste un petit mot.
42:36Cette affaire, elle vous a emporté, j'ai envie de dire,
42:39parce qu'elle est très très moderne, en fait, aussi.
42:42Elle résonne.
42:43De toute façon, les faits divers qui me passionnent sont toujours ceux qui arrivent à...
42:47Enfin, qui racontent la société et qui racontent une partie de l'histoire.
42:51Et là, en l'occurrence, ce fait divers-là, il est hors-norme,
42:54parce qu'il nous raconte vraiment une partie de l'histoire de France,
42:58par rapport à ce crime extraordinaire.
43:01Merci beaucoup, Céolène Chaplin, Charles Diaz, d'avoir été les invités de l'heure du crime.
43:05Merci à l'équipe de l'émission, rédactrice en chef, Justine Vigneault.
43:07Préparation, Marie Bossard, Lisa Canales, réalisation en direct, Jonathan.
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