00:01Bonjour, je suis Claudia Prolongeau et vous écoutez Crime Story, le podcast de Faits Divers du Parisien.
00:08Décidément, ce sont les Faits Divers et leurs conséquences qui ont la vedette aujourd'hui.
00:14Des restes humains ont été retrouvés sur la propriété.
00:17Le préfet de la région Corse a été assassiné de plusieurs balles dans la tête ce soir.
00:21Un couple et ses quatre enfants ont donc disparu.
00:24L'enquête se vante aujourd'hui vers un geste criminel.
00:27Chaque semaine, je vous raconte une grande affaire criminelle en m'appuyant sur l'expertise du chef du service police
00:33-justice du Parisien, Damien Delsenie.
00:38Bonjour Damien.
00:39Bonjour Claudia.
00:39Aujourd'hui, l'histoire d'Émile Louis, un chauffeur de bus dont le nom est devenu celui d'une affaire
00:44de viol, de meurtre, mais aussi le symbole d'une incroyable inertie judiciaire.
00:49Oui, parce qu'il aura fallu longtemps, très longtemps, trop longtemps pour que les disparus de Lyon, comme on appelait
00:54ces jeunes femmes, aient le droit à une enquête digne de ce nom.
00:57C'est l'une des affaires criminelles les plus marquantes de ces dernières années.
01:01L'affaire des disparus de Lyon avec la disparition de sept jeunes filles dans les années 70.
01:07Pendant près de 20 ans, la justice a fait preuve d'une extraordinaire lenteur dans ce dossier.
01:13Le dimanche 5 juillet 1981, un agriculteur de Lyon se rend sur une parcelle de la commune de Rouvray, à
01:2016 km au nord d'Auxerre.
01:22Il veut vérifier que ses vaches vont bien.
01:24Arrivé sur place, il fait un tour rapide du pré et s'approche du hangar à bestiaux, où les animaux
01:29peuvent boire de l'eau et se mettre à l'ombre si besoin.
01:32L'agriculteur entre dans la bâtisse, faite de palissades et de tôles.
01:36A l'intérieur, il sent immédiatement une très forte odeur de charogne, mais il ne voit rien.
01:43Il appelle son frère, qui travaille aussi sur l'exploitation, et un employé pour qu'il vienne confirmer ou pas
01:49son impression.
01:50Ils sentent la même chose, et les trois hommes commencent à chercher ensemble d'où vient l'odeur nauséabonde.
01:56Dans un tas de fumiers, ils aperçoivent un morceau de tissu rouge.
02:00Ils commencent à remuer le tas à l'aide d'une fourche.
02:03Des ossements apparaissent.
02:05Ils continuent jusqu'à ce qu'une pierre roule en bas du tas.
02:10En voulant la ramasser, les agriculteurs s'aperçoivent que c'est en fait un crâne humain.
02:16Le propriétaire des vaches contacte alors les gendarmes.
02:19En début d'après-midi, les enquêteurs et un journaliste du journal local Lyon Républicaine sont déjà sur place.
02:26Ils ne le savent pas, mais l'affaire des disparus de Lyon vient officiellement de commencer.
02:33Les gendarmes pensent que le squelette, enfoui sous 30 cm de fumier, est celui d'une femme.
02:39Le corps est trop dégradé pour qu'il puisse l'affirmer, mais les effets personnels retrouvés à côté les orientent
02:44vers cette piste.
02:45Le tissu rouge s'avère être une jupe déchirée.
02:48Il y a aussi une brassière et des bas qui ont été utilisés pour baillonner la victime et l'empêcher
02:53de crier.
02:55Des bandelettes de jean ont servi à attacher les mains de la suppliciée dans son dos.
03:00Le corps est tellement détérioré par son séjour dans le fumier que le médecin légiste ne peut pas dater la
03:05mort, même approximativement.
03:07Elle pourrait remonter à quelques mois, comme à plusieurs années.
03:10Christian Jambert, enquêteur à la brigade territoriale de gendarmerie d'Auxerre,
03:14demande donc à remonter toutes les disparitions signalées dans le département depuis 1975,
03:20que ce soit à la police ou à la gendarmerie.
03:27Damien, à ce moment-là, Auxerre, c'est une ville qui a une grande existence médiatique.
03:32Elle est connue pour deux raisons principales.
03:34La première est sportive et la deuxième est politique.
03:37Sportive d'abord parce que le club de foot, l'AGA, est une équipe assez emblématique,
03:41grâce notamment à son entraîneur Guirou.
03:43Et politique parce que le maire de cette ville s'appelle Jean-Pierre Soisson.
03:48C'est une figure de la droite à l'époque qui a été plusieurs fois ministre, député de Lyon,
03:52et qui est maire depuis 27 ans à Auxerre.
03:55Donc, cette ville, ce n'est pas une grande ville, pas du tout,
03:57mais elle est quand même médiatiquement très connue.
04:00Au bout de plusieurs mois, le gendarme Christian Jambert,
04:03qui a épluché toutes les disparitions recensées depuis 6 ans sur le territoire de Lyon,
04:08établit une liste.
04:09Oui, et finalement, elle est assez longue puisqu'on y trouve 6 jeunes femmes qui ont disparu
04:13et qui pourraient correspondre à celle qui a été retrouvée dans le tas de fumier.
04:16Parmi ces jeunes femmes, il y a Martine Renaud, disparue en 1979, alors qu'elle avait 16 ans.
04:22Alors, cette jeune femme, elle vivait au foyer de Montmercy à Auxerre.
04:26Elle avait été placée là par la DAS, la Direction départementale des Affaires Sanitaires et Sociales.
04:31C'est devenu aujourd'hui l'ASE, l'aide sociale à l'enfance.
04:34Le jour de sa disparition, elle a dit à sa directrice qu'elle devait aller chez le dentiste.
04:39Mais en fait, elle a raconté une autre histoire, un peu comme un secret à une amie.
04:43Elle lui a dit qu'elle devait rejoindre un chauffeur de bus qui pouvait l'emmener à la rencontre de
04:48sa mère.
04:48Alors, évidemment, pour une orpheline, c'est son rêve le plus fou de rencontrer enfin sa maman.
04:53Mais elle ne reviendra jamais de ce rendez-vous.
04:55En apprenant cela, Christian Jambert décide de s'investir le plus possible pour retrouver la trace de ces jeunes femmes.
05:01Pourquoi est-ce que ce dossier le touche autant ?
05:04Ça le touche beaucoup parce que lui-même est un enfant de la DAS.
05:07Et il s'aperçoit que dans la liste des personnes disparues, des jeunes femmes disparues,
05:12eh bien, il n'y a que des enfants qui ont été placés par la DAS.
05:15Et elles ont finalement disparu sans que personne ne s'en émeuve.
05:19Parfois, on a déclaré cette disparition, mais pas toujours.
05:21Et il n'y a jamais eu de plainte.
05:22Donc, s'il n'y a pas eu de plainte, il n'y a pas d'enquête, il n'y
05:25a rien.
05:26Dans les années 70, le secteur du Morvan, un massif montagneux qui occupe une partie de Lyon,
05:32a déjà une longue tradition d'accueil.
05:34Entre 1860 et 1960, des nourrices y ont accueilli des milliers d'enfants,
05:40envoyés de régions parisiennes par des parents qui ne pouvaient pas les garder.
05:43En échange d'un dédommagement financier,
05:45les nourrices prenaient en charge les enfants jusqu'à l'âge d'environ 12 ans.
05:49Après quoi, soit leurs parents les récupéraient, soit ils devenaient ouvriers agricoles.
05:54Dans les années 1970, cette tradition se poursuit, d'une autre manière,
05:59avec la création de centres gérés par l'État
06:02et spécialisés dans l'accueil des enfants abandonnés ou handicapés.
06:05A ce titre, de nombreux enfants sont placés par la DAS
06:08dans des familles et des instituts médico-éducatifs de Lyon.
06:12Le foyer de Montmercy, où résidait Martine Renaud,
06:15est un pensionnat classique de l'époque.
06:17Entre 1958 et 1988,
06:21la maison d'enfants de Montmercy a accueilli plus de 500 enfants de l'assistance publique.
06:25Des bâtiments austères, mal entretenus,
06:28qui abritent notamment un immense dortoir
06:29dans lequel sont alignés des dizaines de lits en fer forgé.
06:33Une ancienne pensionnaire raconte que les jeunes femmes partagent presque toutes le même rêve,
06:37celui de quitter un jour cet endroit, qu'elles qualifient de prison.
06:42D'autres disparitions attirent l'attention de Christian Jambert.
06:46Celle de Françoise et Bernadette Lemoyne,
06:48deux sœurs, âgées de 26 et 18 ans,
06:52anciennes pensionnaires,
06:53disparues des radars successivement en 1975 et 1977.
06:58Elles étaient toutes les deux mères et en couple,
07:01mais leur vie conjugale se passait mal.
07:03Puis il y a Jacqueline Weiss, 18 ans,
07:05confiée à une famille d'accueil avec ses frères et sœurs.
07:08Le lundi 4 avril 1977,
07:11elle aurait été déposée à la gare à 10 heures
07:13par le compagnon de sa mère d'accueil
07:15qui lui a trouvé un petit boulot dans un restaurant.
07:18Plus personne n'a de nouvelles ensuite.
07:20Le mercredi 20 avril 1977,
07:2316 jours plus tard,
07:25c'est au tour de Charlotte Gras,
07:2618 ans, de disparaître.
07:28Et le jeudi 26 juillet 1977,
07:31à celui de Madeleine de Juste,
07:3322 ans,
07:34qui a été déposée avec ses camarades
07:36à la gare routière par le bus
07:38qui effectue le ramassage scolaire.
07:44Damien,
07:45toutes ces filles,
07:45elles ont plusieurs points communs.
07:47Alors, elles sont censées être
07:48sous la protection de l'État,
07:50en principe.
07:50Elles ont toutes des parcours difficiles,
07:52peu d'armes pour se défendre dans la vie.
07:54Et pour la plupart,
07:55elles souffrent en plus de légers handicaps mentaux.
07:58Donc ça en fait évidemment
07:59des proies assez faciles.
08:01Il y a un problème,
08:02c'est qu'aucune d'elles
08:03ne peut être le squelette
08:04qui a été découvert à rouvrer.
08:06En tout cas,
08:06toutes les pistes,
08:07elles ont été examinées,
08:09mais elles sont toutes écartées.
08:10Et donc,
08:10le gendarme Jeanbert,
08:11il ne parvient toujours pas
08:13à identifier cette jeune femme.
08:14Comment est-ce qu'il poursuit ses recherches
08:16pour essayer de l'identifier ?
08:17Alors,
08:17il va se lancer dans quelque chose
08:19qui était très très peu utilisé à l'époque.
08:21Il va s'intéresser aux empreintes dentaires
08:23de ce squelette.
08:24Il va faire faire une radio
08:25de la mâchoire.
08:27Et il va faire le tour
08:28de tous les dentistes de la région
08:30en montrant cette mâchoire.
08:32Il y a forcément des dents qui manquent
08:33ou des dents qui ont été soignées.
08:35Donc,
08:35il espère qu'il va tomber
08:36sur un dentiste
08:37qui va lui fournir une information.
08:39Et parmi ces dentistes
08:40qu'il va visiter,
08:41il y en a un
08:41qui va lui sortir
08:43une radio ancienne
08:44qui correspond exactement
08:46à celle qu'il a faite
08:47de cette mâchoire du squelette.
08:49Ça veut dire que tout simplement,
08:50il a réussi à faire la connexion.
08:52C'est donc une des patientes
08:53de ce dentiste.
08:54Elle s'appelait Sylviane Lesage
08:56et elle avait 22 ans.
08:57Christian Jambert
08:58a désormais l'identité
09:00de la jeune femme
09:01et il en apprend
09:02un peu plus sur elle.
09:03Oui,
09:03alors c'est une ancienne pupille
09:05de la DAS,
09:05encore une fois.
09:06Elle avait un petit garçon
09:08et effectivement,
09:09il va s'apercevoir
09:10qu'elle a disparu
09:11quasiment du jour au lendemain
09:12et que personne
09:14ne s'est inquiété
09:15de cette disparition.
09:16Personne à part
09:16une seule.
09:17C'est son ancienne nourrice,
09:19une certaine
09:20Gilbert Lemay-Norel.
09:21Il se trouve que cette nourrice,
09:23elle est en couple
09:24avec un homme
09:24qui a un profil
09:25plutôt intéressant
09:26parce qu'il est chauffeur de car.
09:28On se souvient que
09:28beaucoup de ces jeunes femmes
09:30ont disparu
09:30soit après avoir pris le bus,
09:32soit des gares routières
09:33et qu'il s'occupe en plus
09:35d'amener particulièrement
09:37les enfants placés
09:37par la DAS
09:38de leur famille d'accueil
09:39jusqu'aux établissements
09:41médicaux éducatifs.
09:42Ce chauffeur de bus,
09:44il s'appelle
09:44Émile Louis.
09:49Vous venez d'écouter
09:51le premier épisode
09:52de Crime Story
09:52consacré à Émile Louis,
09:54le boucher de Lyon.
09:55Suite et fin de ce podcast
09:57dans le deuxième épisode,
09:58déjà disponible
09:59sur leparisien.fr
10:01et sur toutes les plateformes
10:02d'écoute.
10:02Crime Story
10:03est le podcast
10:04fait divers du Parisien.
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