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(Suite et fin) Le 5 juillet 1981, un agriculteur de l’Yonne découvre des ossements dans un hangar de son exploitation. Ils appartiennent au cadavre d’une femme. Depuis combien de temps gît-elle sous ce fumier ? Impossible de dater la mort, ni d’identifier le corps qui a passé trop de temps enseveli.
Le gendarme qui dirige l’enquête, a alors l’idée de recenser toutes les disparitions inquiétantes qui ont eu lieu ces dernières années dans les environs. Il remarque dans cette liste une troublante similitude : plusieurs jeunes femmes qui ont disparu dans le département entre 1977 et 1979 étaient prises en charge par l’Aide sociale à l’enfance.
Le dénominateur commun de toutes ces affaires non élucidées semble être un chauffeur de car de 47 ans. Lui-même ancien enfant de la DASS, il assurait notamment le transport des jeunes femmes depuis leur famille d’accueil jusqu’aux centres médico-éducatifs. Il s’appelle Emile Louis, et Christian Jambert est persuadé de sa culpabilité.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Emma Jacob et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : Audio Network
Archives : INA
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Le gendarme qui dirige l’enquête, a alors l’idée de recenser toutes les disparitions inquiétantes qui ont eu lieu ces dernières années dans les environs. Il remarque dans cette liste une troublante similitude : plusieurs jeunes femmes qui ont disparu dans le département entre 1977 et 1979 étaient prises en charge par l’Aide sociale à l’enfance.
Le dénominateur commun de toutes ces affaires non élucidées semble être un chauffeur de car de 47 ans. Lui-même ancien enfant de la DASS, il assurait notamment le transport des jeunes femmes depuis leur famille d’accueil jusqu’aux centres médico-éducatifs. Il s’appelle Emile Louis, et Christian Jambert est persuadé de sa culpabilité.
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00:01Vous écoutez Crime Story, Émile Louis, le boucher de Lyon, deuxième et dernier épisode.
00:09Pendant l'été 1985, près d'Auxerre, dans Lyon, un agriculteur trouve, enfoui sous un tas de fumier dans son
00:16exploitation, un squelette humain.
00:19Christian Jambert, un gendarme particulièrement téméraire, découvre en tentant de l'identifier
00:24que sept jeunes femmes confiées à la DAS ont disparu dans le département entre 1977 et 1979.
00:32Celle dont le corps a été retrouvée s'appelle Sylviane Lesage.
00:36Elle avait 22 ans et avait été élevée par une famille d'accueil dont le père, chauffeur de car,
00:41transportait les jeunes femmes depuis chez elle jusqu'au centre médico-éducatif.
00:46Le gendarme Christian Jambert prend contact avec l'ancienne nourrice de Sylviane Lesage, Gilberte Leménorel.
00:52Il apprend que même si la jeune femme était majeure, elle se voyait toujours.
00:56Le profil de son compagnon, Émile Louis, l'intéresse, pour plusieurs raisons.
01:01D'abord, il est chauffeur de car et fait du transport scolaire.
01:05Or, plusieurs des disparus, avant de s'évanouir dans la nature, ont évoqué un rendez-vous avec un chauffeur de
01:11bus.
01:12Mais ce n'est pas tout.
01:13Le compagnon de Gilbert Leménorel a aussi déjà été entendu dans le cadre d'une autre enquête pour disparition.
01:20Et même si ça n'a rien donné, ça intrigue Christian Jambert.
01:25En 1981, Émile Louis a 47 ans.
01:28Il est lui-même un ancien enfant de la DAS, né de parents inconnus en janvier 1934, dans Lyon, à
01:34Pontigny.
01:35A 15 ans, il met le feu à une grange et on l'envoie dans un centre de redressement,
01:39où il dira avoir été violé par un éducateur.
01:42A 17 ans, il s'engage dans la guerre en Indochine, où il est affecté au rapatriement des corps sur
01:47un bateau-cimetière.
01:48Il regagne Lyon à 20 ans, se marie et a 4 enfants.
01:53Émile Louis est tour à tour maçon, cheminot, gardien de château, puis chauffeur de bus, à partir de 1971.
02:00Il transporte essentiellement des jeunes femmes handicapées de chez elles, au centre où elles sont scolarisées et travaillent.
02:07Émile Louis semble avoir deux faces.
02:10Celle d'un homme aimable et apprécié, conseiller municipal à Villefargeau, où il vit.
02:15Un de ses proches et ancien assesseur au juge pour enfants témoigne en ce sens.
02:19C'est un homme qui avait bon cœur, qui rendait service à tout le monde.
02:24Il était toujours le premier à proposer ses services pour dépanner, pour réparer, pour transporter.
02:30Il était affable, c'est un homme courtois.
02:33Mais il y a aussi la face sombre, celle d'un harceleur accusé d'avoir les mains baladeuses,
02:38collant avec les femmes quand leurs maris ne sont pas là.
02:41Cependant, il n'y a aucune plainte contre lui.
02:44Juste quelques témoignages, qui à l'époque finissent rarement par amener quelqu'un devant un tribunal.
02:50Après avoir recensé des accusations d'attouchement sexuel formulées par les enfants que garde la compagne d'Émile Louis,
02:56Christian Jambert tient enfin une raison d'arrêter le chauffeur de bus.
03:01Le 28 décembre 1981, il le place en garde à vue, à la gendarmerie d'Ausserre.
03:08Damien Delceny, à ce moment-là, Émile Louis est officiellement placé en garde à vue pour attouchement sexuel.
03:14Mais ce qu'espère Christian Jambert, c'est lui faire avouer le meurtre de Sylviane Lesage.
03:19Oui, il espère tirer sur ce fil-là parce qu'en fait, des témoins ont confirmé qu'il était bien
03:23le confident,
03:24et même plus, il était l'amant de Sylviane Lesage.
03:26Donc Christian Jambert, il est persuadé qu'Émile Louis est derrière le meurtre de Sylviane Lesage.
03:32En plus, le corps a été retrouvé près d'un endroit où Émile Louis a l'habitude d'aller pêcher
03:37à une centaine de mètres environ.
03:38Pendant la garde à vue d'Émile Louis, sa compagne va se révéler une aide précieuse.
03:43Alors on ne sait pas trop quelles sont ses motivations à ce moment-là,
03:45mais effectivement, elle va se mettre à chercher dans leur maison des pièces qui pourraient intéresser des objets,
03:50qui pourraient intéresser les gendarmes, et sous l'escalier, elle va trouver des vêtements qu'elle va amener jusqu'à
03:56la gendarmerie.
03:57Dans ces vêtements, il y a un imperméable avec des traces de boue,
04:00et surtout, il y a des bandelettes de tissus en jean qui sont tout à fait similaires à celles qui
04:05ont été retrouvées autour des mains du cadavre.
04:08Pendant les 48 heures que dure sa garde à vue, Émile Louis nie tout.
04:12Il reconnaît qu'il avait déjà vu Sylviane Lesage, mais il se défend d'avoir été son amant.
04:17Il dit que tout ce qu'on raconte sur lui, ce ne sont que des ragots,
04:20que les vêtements apportés à la gendarmerie ne sont pas les siens,
04:23et qu'on les a sûrement mis chez lui pour lui nuire.
04:26Est-ce que ça convainc le gendarme Jambert ?
04:28Pas du tout. D'ailleurs, il est persuadé, le gendarme Jambert, que le chauffeur va finir par craquer.
04:33Mais pendant la garde à vue, il va y avoir un événement, une sorte de coup de théâtre,
04:36qui va faire diversion, puisque juste à la fin, effectivement, Émile Louis va avouer,
04:42mais pas cette affaire, pas pour ce crime.
04:44Il va avouer avoir abusé de trois jeunes filles mineures qui étaient confiées par la DAS à sa compagne.
04:48Et de ce fait, la garde à vue, elle se clôture là-dessus.
04:51C'est-à-dire, il fait des aveux, mais pas sur la bonne affaire.
04:55Émile Louis n'est pas poursuivi pour meurtre, mais il est inculpé d'attentats à la pudeur sur mineurs.
05:00En 1983, il est condamné à trois ans de prison.
05:04En 1984, Christian Jambert envoie au parquet un rapport accablant sur le chauffeur de bus.
05:10Mais il ne se passe rien.
05:12Le document est classé sans suite, et un non-lieu est déclaré à l'été 84 pour insuffisance de charge.
05:19Par le jeu des remises de peine, la même année, Émile Louis quitte la prison d'Ausserre
05:24et s'installe dans le Var, à Draguignan.
05:27Il fait des petits boulots, s'achète un camping-car et vit sur les routes.
05:31Cinq ans après ce changement de vie, son nom ressurgit dans les fichiers de la gendarmerie.
05:36Il est suspecté du meurtre d'un petit garçon dans un camping.
05:40Rapidement mis hors de cause dans cette affaire, il est arrêté peu de temps après pour une autre affaire,
05:45des attouchements commis sur les enfants de ses voisins de camping.
05:49Il est condamné à cinq ans de prison et finalement libéré au bout de deux ans et demi, le samedi
05:5518 avril 1992.
05:58Durant toutes ces années, à Ausserre, Christian Jambert reste convaincu de la culpabilité d'Émile Louis dans l'affaire des
06:05disparus de Lyon.
06:11Damien, comment on explique que malgré l'insistance de Christian Jambert et tous les éléments qu'il a réunis, le
06:17dossier n'avance pas ?
06:18Alors, il y a sûrement plusieurs raisons.
06:19On peut imaginer que les magistrats à Ausserre sont à ce moment-là soit un tout petit peu paresseux, soit
06:24même complètement incompétents.
06:25C'est une possibilité.
06:26Il y a aussi le côté un peu sensible de cette enquête qui peut perturber un peu l'équilibre local.
06:31C'est une petite ville de province, on ne veut peut-être pas embêter les notables.
06:35C'est aussi des dossiers qui demandent beaucoup de travail pour finalement peut-être un résultat où on se dit
06:39après tout,
06:39c'est des femmes qui ont disparu, elles étaient handicapées, personne ne les réclamait vraiment.
06:43Ça peut paraître étrange, mais ça peut être une des raisons pour lesquelles les enquêtes ne sont pas menées jusqu
06:47'au bout.
06:48Mais on sent bien qu'il y a quand même un côté un peu délibéré dans cette volonté justement de
06:52ne pas enquêter,
06:53puisque quand plusieurs années plus tard, on va réexhumer le dossier d'instruction à Ausserre,
06:58on va trouver dessus un post-it avec marqué en lettre capitale « non ».
07:02C'est autant de choses qui laissent penser que vraiment ce dossier, personne n'en veut et personne ne veut
07:07travailler dessus.
07:08Un nouveau personnage va permettre un changement majeur dans l'enquête.
07:12Il s'appelle Pierre Monoir et il va créer en 1996 une association pour défendre les personnes handicapées dans Lyon.
07:19Et il va évidemment s'intéresser beaucoup à l'affaire des disparus.
07:23Et il va lancer des appels à témoins dans des émissions à grande écoute, les auditeurs à la parole sur
07:28la radio RTL.
07:30« Perdu de vue » à l'époque, l'émission sur TF1 de Jacques Pradel.
07:33Et donc pour la première fois, le fait de faire bouger comme ça médiatiquement les choses,
07:37ça va déboucher sur l'ouverture d'une information judiciaire.
07:40Mais en 1997, le gendarme Christian Jambert est retrouvé mort.
07:45C'est une nouvelle péripétie dans ce dossier qu'on a déjà connu beaucoup.
07:49Alors officiellement, le gendarme Jambert s'est suicidé, mais il y a deux balles qui ont été tirées.
07:55Alors effectivement, il était assez déprimé, notamment à cause de cette enquête qu'il n'arrivait pas à faire aboutir,
08:00mais pour d'autres raisons aussi. On ne l'écoutait pas, ça prenait beaucoup de place dans sa vie personnelle.
08:05Mais on n'en a jamais vraiment su davantage.
08:07Son corps a même été exhumé à plusieurs reprises pour faire des nouvelles analyses,
08:11parce qu'il y avait une piste qui laissait penser que ce n'était peut-être pas forcément un suicide,
08:15qu'on l'avait éliminé justement parce qu'il était devenu gênant.
08:17Mais ça n'a jamais rien donné de probant.
08:20Mais en tout cas, la mort du gendarme Jambert, ça devient une affaire dans l'affaire,
08:24quelque chose qui complique encore le dossier.
08:25Et ça ravive aussi ce côté complot.
08:28Peut-être a-t-on voulu faire taire l'homme qui en savait trop.
08:31Au moment de la mort de Christian Jambert, Émile Louis vit toujours dans le Var.
08:36Il a épousé une femme handicapée dont il est le tuteur et gère la pension.
08:40Et à la fin de l'année 2000, son nom circule à nouveau à propos des disparus de Lyon.
08:45Et des journalistes sont mis au courant.
08:47Il arrive qu'au cours de certaines enquêtes, nous soyons informés des développements à venir.
08:51Alors ça fait partie de la relation de confiance qu'il peut y avoir entre des sources d'information et
08:55nous.
08:55Et des fois, ces sources, elles prennent le risque de nous informer en amont.
08:59Mais évidemment, avec la condition qu'on n'en parle pas tout de suite.
09:02Il s'agit juste pour nous de nous préparer, d'avoir une sorte de coup d'avance.
09:05Mais là, ça va aller un peu plus loin que d'habitude parce que Frédéric Vézard, qui suit le dossier
09:09à l'époque pour le Parisien,
09:11va apprendre par les enquêteurs la date de l'interpellation.
09:14Ils disent, voilà, c'est prévu pour le mardi 12 décembre.
09:17Et donc la veille, le lundi, il va décider d'aller sur place avec un photographe.
09:22Et ils vont se mettre en planque sur le parking de l'immeuble où vit Émile Louis à Draguignan.
09:26Et soudain, alors qu'ils sont dans leur voiture, il le voit sortir avec son caniche au bout de sa
09:31laisse.
09:32Il décide de l'aborder pour lui poser des questions.
09:34Et assez étrangement, Émile Louis, il ne va pas fuir les questions, il ne va pas reculer.
09:38Il va juste leur dire, on n'a aucune preuve contre moi, il n'y a pas de cadavre, il
09:42n'y a pas de coupable.
09:43Alors évidemment, Frédéric Vézard, il est au courant, lui, qu'Émile Louis va être interpellé dans les heures qui suivent.
09:48Mais il ne va pas le dire à Émile Louis, il ne va pas lui dire, voilà, les gendarmes arrivent
09:52demain.
09:52Et donc cette interview et cette photo, elles paraissent le lendemain dans le journal.
09:57Et le soir de l'apparution du journal, Émile Louis est interpellé par les gendarmes.
10:02Comment se passent les auditions ?
10:03Les enquêteurs, ils commencent par un coup de poker.
10:05D'habitude, on interpelle à peu près toujours les suspects au petit matin vers 6h, 6h30.
10:10Et on démarre les auditions dans la matinée pour une durée de 48 heures de garde à vue traditionnelle.
10:15Là, les gendarmes décident de l'interpeller en fin de journée, le 12 décembre, juste avant 20h.
10:20Pourquoi ? Parce que depuis le temps qu'ils travaillent sur lui et qu'ils ont appris un peu à
10:24connaître la vie et les habitudes d'Émile Louis,
10:27ils savent qu'il se couche tous les soirs à 21h et que c'est presque vital pour lui.
10:32C'est vraiment un horaire auquel il ne déroge jamais.
10:34Donc, il compte jouer sur cette déstabilisation et sur sa fatigue pour démarrer le premier interrogatoire juste avant minuit.
10:41En plus, à ce moment-là, les gendarmes, ils ont déjà pas mal de cartes en main.
10:44Ils ont en leur possession une pièce à conviction importante, c'est un manteau à damier qui a été retrouvé
10:50en 1999 dans une malle lui ayant appartenu
10:54et qui est formellement identifié, ce manteau, comme étant celui de l'une des jeunes femmes qui s'est volatilisée.
10:59Pas moins d'une vingtaine d'hommes pour venir interpeller Émile Louis, un témoin capital au centre de tous les
11:05soupçons d'une affaire vieille de 23 ans,
11:08les disparus de Lyon.
11:09Pour les enquêteurs de la section de recherche de Paris, c'est l'aboutissement de trois années de travail,
11:15des centaines de témoins entendus, 1300 procès-verbaux dressés et aujourd'hui de multiples questions à poser au suspect numéro
11:22un.
11:23Émile Louis reconnaît les meurtres de sept jeunes femmes.
11:26Il parle de pulsions incontrôlées, d'influence de la pleine lune
11:30et il donne aussi des indications assez précises sur les endroits où il a enterré les corps.
11:36Celui de Madeleine de Juste est d'ailleurs retrouvé six jours plus tard, à Rouvret, le long de la rivière
11:41Le Serein,
11:42dans laquelle Émile Louis avait l'habitude d'aller pêcher.
11:45Le seul autre corps qui sera récupéré est celui de Jacqueline Weiss.
11:50Malgré ces deux découvertes, Damien, Émile Louis revient sur ses aveux.
11:55Oui, c'est-à-dire qu'une fois qu'il va être incarcéré, mis en examen, il va être réentendu,
12:00comme c'est à la coutume, par le juge d'instruction.
12:01Et là, il va revenir complètement sur ses aveux et il va donner un argument assez déstabilisant.
12:07Il va dire, en fait, les gendarmes, moi, ils m'ont dit que c'était prescrit, qu'en gros, je
12:10ne risquais plus rien.
12:12Et donc, c'est pour ça que j'ai avoué.
12:13Mais bon, en réalité, cet argument-là, il ne tient pas la route deux minutes.
12:17Et surtout qu'en fait, il a donné beaucoup de détails, on l'a dit, il a donné même les
12:20emplacements de certains des corps qu'il avait enterrés.
12:24Et en fait, ce qui est assez glaçant quand on va lire le procès-verbal d'aveu d'Émile Louis,
12:29c'est qu'on s'aperçoit que toutes ces victimes, il les confond, il mélange un peu les histoires, les
12:35identités.
12:36Il en garde un souvenir assez diffus, presque comme d'ailleurs si certains visages s'étaient effacés.
12:43Le lendemain de l'arrestation d'Émile Louis, le mercredi 13 décembre 2000,
12:47la femme de l'ancien chauffeur de bus porte plainte contre lui, pour viol et acte de torture, sur elle
12:53et sur sa fille.
12:54Le 26 mars 2004, il est condamné pour ces faits-là, à Draguignan, devant la cour d'assises du Var.
13:01Lourdement condamné dans le Var pour viol avec barbarie et agression sexuelle aggravée,
13:06l'homme de 70 ans a été condamné à la perpétuité dans cette affaire des disparus de Lyon.
13:12Le 25 novembre 2004, à l'âge de 70 ans, il est condamné en première instance par la cour d
13:17'assises de Lyon
13:17à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une peine de sûreté de 18 ans.
13:23La conclusion de 11 années de procédure judiciaire pour les 7 viols et assassinats de l'affaire des disparus de
13:29Lyon.
13:30Le 26 juin 2006, sa peine est confirmée devant la cour d'appel de Paris.
13:35Et un an plus tard, la cour de cassation valide cette condamnation.
13:42Damien, malgré la prescription de 10 ans en cas de meurtre,
13:46Émile Louis a pu être jugé pour l'affaire des disparus de Lyon.
13:50Comment ça se fait ?
13:51Oui, alors cette question de la prescription, elle a fait l'objet de débats assez longs et assez vifs.
13:56Alors, les faits en effet reprochés à Émile Louis, ces crimes, ils remontent à la période 1975-1979.
14:04Donc il y a 10 ans de prescription normalement, sauf si des actes d'enquête viennent interrompre cette prescription.
14:10Il aurait suffi qu'on fasse par exemple des recherches en 1984, ça interrompait la prescription et ça l'a
14:15relancé à nouveau pour 10 ans.
14:16Mais là, il se trouve qu'en 2000, il semble que le délai de 10 ans est largement dépassé.
14:21Alors, les enquêteurs, les magistrats, ils vont fouiller pour essayer de trouver des choses qui leur permettent de contourner cette
14:26prescription.
14:27Alors, ils vont retrouver un rapport d'enquête du fameux gendarme Jeanbert qui date de 1984.
14:31Mais ça ne suffit pas, 84, 2000, il y a 16 ans, on est encore assez loin.
14:35Et finalement, la justice et surtout les avocats et les associations qui se sont beaucoup bougées,
14:40elles vont finir par exhumer un rapport écrit d'un substitut du procureur d'Ausser qui faisait mention de plusieurs
14:47disparitions
14:48et qui surtout, lui, a l'avantage d'être daté de l'année 1993.
14:53Ce qui donc, finalement, aux yeux des magistrats et de la Cour de cassation, a interrompu le délai de prescription,
14:58l'a donc relancé de 10 ans à partir de 1993 et donc en 2000, quand Émile Louis est arrêté.
15:05L'affaire n'est donc pas prescrite.
15:06Est-ce qu'on sait aujourd'hui combien de victimes a fait Émile Louis exactement ?
15:10Alors, c'est difficile. Il y a les meurtres connus, ceux qui l'ont avoué.
15:14On sait aussi que c'est quelqu'un qui a été un criminel sexuel toute sa vie,
15:18qui a violé beaucoup de femmes, y compris dans son propre entourage fermiel.
15:22Donc, c'est difficile de faire une comptabilité exacte.
15:24Comment expliquer que pendant si longtemps, le parquet a laissé Émile Louis sévir,
15:29alors que les magistrats avaient tous les éléments pour au moins exiger des investigations sur cet homme ?
15:34Alors, il y a sans doute en premier lieu la personnalité de ces victimes.
15:37On l'a dit, ce sont des enfants placés, parfois de jeunes adultes, handicapés,
15:42et qui sont, pour certaines, majeurs lorsqu'elles disparaissent.
15:45Et on le sait, des majeurs, on ne les recherche pas systématiquement,
15:48comme des mineurs, on estime qu'ils peuvent avoir fait une fugue ou être partis volontairement.
15:52Ce qui est terrifiant dans ce dossier, c'est qu'on a l'impression qu'en fait,
15:55elles n'ont surtout jamais existé.
15:57Il y a ensuite, comme raison sans doute majeure, l'incompétence,
16:01l'inertie des magistrats qui étaient en poste à l'époque,
16:04dont d'ailleurs plusieurs vont être traduits ensuite, des années plus tard,
16:07devant le Conseil supérieur de la magistrature pour être sanctionnés.
16:10Et il y a sans doute, mais c'est très difficile à prouver,
16:12à la fois une forme de paresse, de ne pas avoir traité ces affaires,
16:18et puis aussi la volonté qu'on ne vienne pas remuer d'autres histoires
16:22qui se sont produites à peu près à la même époque, dans le même département,
16:25qui concernaient aussi des jeunes filles qui avaient été violées
16:28dans d'autres instituts médico-éducatifs.
16:30Tout ça faisait que finalement, en ne s'intéressant pas à Émile Louis,
16:33on ne venait pas s'intéresser et on ne venait pas fouiller dans d'autres histoires.
16:55Vous venez d'écouter Crime Story, le podcast fait divers du Parisien,
17:00avec à la production Emma Jacob et Thibaut Lambert,
17:03à la réalisation Julien Moncouquiole
17:05et à la rédaction en chef, Jules Lavi.
17:08Si vous avez aimé cet épisode,
17:10vous pouvez nous le dire avec des petites étoiles
17:12ou en nous laissant des commentaires.
17:14Vous pouvez également vous rendre sur notre site
17:17si vous voulez connaître les références
17:18qui nous ont permis d'écrire cet épisode.
17:21Crime Story est un podcast raconté avec Damien Delsenis
17:24et à retrouver chaque samedi sur leparisien.fr
17:28et sur toutes les plateformes d'écoute.
17:29Merci.
17:30Merci.
17:31Merci.
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