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  • il y a 9 heures
Entre 2012 et 2017, le baromètre de l’image des agriculteurs publié tous les ans par l’IFOP s’était nettement dégradé. Tous les ans, l’IFOP publie un baromètre de l’image des agriculteurs. Entre 2012 et 2017 la confiance qu’avaient les Français en eux s’était nettement dégradée, notamment à cause des lasagnes de bœuf au cheval. Mais depuis 2018 elle est remontée jusqu’à atteindre 74% en février dernier, soit 8 points de plus qu’il y a deux ans. Pour entretenir ce lien, une enseignante de collégiens en classe SEGPA a fait correspondre ses élèves avec un agriculteur. Pendant neuf mois, ils ont planté du blé chacun de leur côté, lui sur une parcelle, eux dans la cour. Puis il sont allés découvrir l’univers de l’agriculteur directement chez lui. D’un milieu urbain à une ruralité qui les attire et les effraie un peu, ces enfants ont confié à Clawdia Prolongeau leur vision du monde agricole. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Production : Jeanne Boezec - Réalisation et mixage : Alexandre Ferreira et Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos pour Binge Audio - Identité graphique : Upian - Archives : publicité Chocapic.

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News
Transcription
00:00Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Pour beaucoup d'enfants qui grandissent en ville, les céréales, c'est le matin dans un bol.
00:18Une terrible explosion !
00:20Libératé de chocolat sur un champ du blé !
00:22Et la farde !
00:24Ça fait des chocs à billes !
00:24Sans blague !
00:25Depuis quelques années, les producteurs de céréales communiquent
00:28pour expliquer au grand public, et notamment aux plus jeunes,
00:30comment ils travaillent au quotidien, quelles sont leurs contraintes
00:33et pourquoi ils aiment leur métier.
00:35Dans le département de l'Aisne, dans les Hauts-de-France,
00:37la reporter de Codesource, Claudia Prolongeau,
00:40a visité une ferme avec des élèves de 6e.
00:51Il y a quelques semaines, j'ai découvert le site internet monchamp.fr,
00:56une plateforme qui part du constat simple que ceux qui produisent notre alimentation
01:00sont mal connus d'une partie de la société,
01:02et propose donc de mettre en lien des enseignants et des agriculteurs.
01:06C'est ainsi que depuis le mois d'octobre dernier,
01:08une classe de 6e du collège Charlemagne, à Lens,
01:11entretient une correspondance avec l'un d'eux.
01:14Au début, j'ai trouvé l'anecdote amusante.
01:17Puis je me suis dit que peut-être, il y avait derrière ça un vrai enjeu.
01:20Celui de montrer à des enfants qui n'en ont aucune idée
01:23l'utilité du travail des agriculteurs
01:25et le lien qu'on doit entretenir avec la terre pour vivre.
01:28C'est ce qui me conduit à me rendre dans cette classe un lundi matin.
01:33C'est vous la classe qui allait voir l'agriculteur ?
01:35Oui, aujourd'hui on va aller dans une ferme à Odigny,
01:40puis on va la visiter,
01:43on va peut-être donner à manger aux animaux.
01:46Il n'a pas d'animaux, monsieur Guillard.
01:48Il a trois tracteurs,
01:51et puis pas une machine.
01:53Et alors, il cultive quoi ?
01:55Le blé, l'or, le colza.
01:58Tu peux me raconter ce que vous avez fait avec cet agriculteur ?
02:01Vous lui avez écrit des lettres, c'est ça ?
02:02Oui, on lui a écrit des messages sur monchamp.fr,
02:06puis il est venu chez nous, dans notre classe,
02:10pendant mon travail, le blé, la terre,
02:13le fumier, les graines de colza.
02:15À quoi tu pensais quand on te parlait de céréales ?
02:18Moi je pensais que c'était des tout petits grains,
02:21et je pensais que c'était ça.
02:23Tu ne pensais pas que c'était des plantes ?
02:25Oui.
02:25Cette sixième a pour particularité d'accueillir des élèves en difficulté.
02:29On appelle ça une classe SECPA,
02:31pour section d'enseignement général et professionnel adapté.
02:35Mais adapté à quoi exactement ?
02:36Pas à des handicaps physiques ni mentaux,
02:38mais à des personnalités très introverties,
02:41et surtout, des retards dans les acquis.
02:44Ils sont 16, 5 filles et 11 garçons,
02:46ont 12 ou 13 ans,
02:48mais leur niveau ne dépasse pas le CE2.
02:50Virginie, leur enseignante, aussi dynamique que souriante,
02:53m'explique qu'ils sont orientés, dès la primaire,
02:56à la demande de leur professeur du moment.
02:58Cette année, pour sa première expérience de correspondance collective avec un agriculteur,
03:02elle en a choisi un à 40 km de l'an.
03:07C'est un métier qui t'intéresserait, agriculteur ?
03:12Oui, ça m'intéresserait de le faire.
03:15Et avant, tu y avais déjà pensé à être agriculteur ou pas du tout ?
03:17Pas du tout.
03:18C'est la rencontre avec M. Guillard qui t'a donné envie de faire ça ?
03:21Oui.
03:22Et tu sais ce qu'il faut faire après, du coup ?
03:24Qu'est-ce qu'il faut encore apprendre pour devenir agriculteur ?
03:26Il faut bien travailler à l'école, faire plein de tests, tout.
03:31Puis après, on...
03:32Il faut passer le permis fédéral, le permis pour conduire le tracteur, pour conduire l'ébène.
03:41En fait, je n'ai pas peur que ce soit un métier très dur, mais juste que ce soit pas
03:46simple.
03:47Parce que tu es en train de tout faire, après, tu es au moment où tu dois raconter les trucs,
03:53mais en fait, tu es obligé de nourrir tes bêtes, alors du coup, tu mets un ouvrier, tu perds des
03:56sous, tu en gagnes.
03:58Et tout ça, là, tout ce que tu dis, tu le savais déjà avant ?
04:00C'est le fait de discuter avec M. Guillard qui t'a appris tout ça ?
04:04Moi, je savais déjà, parce que aussi, mon tonton, il est agriculteur.
04:09Puis, ben, voilà.
04:11Mais lui, il élève des bêtes, alors du coup, je vais là où à la ferme,
04:15alors du coup, ben, je bois beaucoup de dés.
04:17D'ailleurs, à la fois, j'ai traité les vaches avec lui, mais moi, je déballe,
04:21je me suis pris la pupille de vache sur la tête.
04:23On dit pas, les enfants !
04:26Là, on va monter dans le bus.
04:28On va monter dans le bus, voilà.
04:30On enlève les manteaux, les boudounes, et on met la ceinture, s'il vous plaît.
04:38Sinon, ça va sentir le...
04:41Voilà !
04:44En arrivant, nous sommes accueillis par Franck Guillard,
04:46qui a repris la ferme familiale en 2008.
04:49L'air sent fort l'engrais, et le sol est boueux.
04:51J'ai l'épée du sol.
04:53Contrairement à ce que certains enfants espéraient,
04:55Franck Guillard n'a pas d'animaux,
04:56mais une immense propriété,
04:58et plusieurs champs de betterave, colza, blé et orge.
05:02On va s'avancer, j'ai un petit circuit en tête,
05:05donc c'est beaucoup plus simple pour moi de le conserver.
05:08Et j'ai égaré mon papier, mais bon, à la fois, on fonctionnera de mémoire.
05:13La ferme est composée de plusieurs bâtiments, en briques rouges,
05:17qui ont été détruits pendant la guerre,
05:18avant d'être reconstruits quasiment à l'identique.
05:21Dans l'un d'eux, les enfants tentent tant bien que mal
05:24de satisfaire l'agriculteur qui leur a préparé un jeu,
05:27retrouver dans des savannes industrielles les ingrédients de la ferme.
05:30Et la première ligne ici, là, ingrédients,
05:33qu'est-ce qui est noté ?
05:35Regardez.
05:37Ah, il y a du blé, du frit.
05:39Oui, c'est même noté, farine de blé.
05:43Vous avez vu ?
05:44Et si vous allez un petit peu plus loin,
05:46qu'est-ce qu'on a comme autre élément ?
05:48Sucre.
05:48Attention, il y a de l'ombre.
05:49Du sucre.
05:50De l'huile.
05:51Mais de l'huile de quoi ?
05:52De colza.
05:53Bon, on va passer au cas pratique,
05:56et après vous aurez le petit réconcours.
05:58Alors.
06:00On a encore quelques produits qui sont là.
06:02Jeune homme, vas-y, tu en prends un.
06:03Celui que tu veux.
06:05Je prends le sucre.
06:06C'est bon.
06:06J'ai regardé la composition des crêpes, des gaufres,
06:09mais on retrouve plein de choses qui sont produites ici, tu vois.
06:12Hein, tout simplement.
06:14Alors, quelqu'un m'a parlé de pain.
06:16Il y a quelque chose qui ressemble à du pain là-bas.
06:17Est-ce que quelqu'un peut aller le chercher ?
06:19Ah, tu peux, tu peux.
06:20Ah, c'est un gâteau au pain aux raisins.
06:23Ah, ben non, les raisins, ils ne sont plus là.
06:25C'est une brioche.
06:26C'est une brioche, tout simplement.
06:28Alors, tu vas nous lire ce qui est noté.
06:30Farine de blé.
06:31Farine de blé.
06:32Bon, c'est pas du blé.
06:37En parcourant les champs, d'autres activités suivent et d'autres découvertes.
06:40Là, il y a Laurent.
06:42Il va chercher des grands, grands sacs d'engrais
06:45pour les mettre dans les pendeurs à engrais.
06:48Et après, il va les donner à manger quelque part au blé
06:51en lui apportant de l'azote.
06:53Vous l'avez déjà fait ça, donner à manger à votre blé ?
06:56Oui.
06:56Vous l'avez fait combien de fois, donner à manger à votre blé ?
06:58Deux fois.
06:59Deux fois.
07:01Virginie, il va falloir donner à manger au blé une troisième fois.
07:04Je n'ai plus le calcul, mais la dose, c'est à peu près
07:09intermédiaire entre la première et la deuxième dose.
07:13On est sur...
07:14Non, non, non, attends.
07:15Je recherche.
07:16Non, non, non, non.
07:17200, 200, 200.
07:20Non, 250.
07:21250.
07:21250, c'est bon.
07:22Voilà, ça y est.
07:23On y a.
07:24Voilà.
07:25Vous referez le petit calcul.
07:27Il faudra vous apporter une troisième fois de l'azote.
07:31Du coup, avec cette histoire de calcul de l'azote, par exemple, vous faites des maths.
07:35Voilà, tout à fait.
07:36Donc, on fait des conversions, on travaille tout ce qui est grandeur et mesure avec les élèves.
07:41Et pour moi, c'est un bon support d'apprentissage puisqu'ils se rendent compte de l'application
07:45réelle des mathématiques.
07:48Sinon, ils ont du mal avec ces concepts qui sont un peu abstraits parfois.
07:51Je crois, tout à fait.
07:52C'est pour ça qu'on rebondit sur des projets concrets pour apprendre.
07:57Il faut toujours adapter.
07:59C'est un public quand même particulier avec des difficultés d'apprentissage.
08:03Et auparavant, moi, quand je travaillais les sciences dans un autre établissement,
08:07en fait, avec une collègue, on avait mis en place un partenariat avec le lycée agricole voisin.
08:12Leurs élèves tutoraient nos élèves.
08:15Et on se rendait compte que les notions de sciences passaient beaucoup mieux.
08:18Donc, c'est pour ça qu'en arrivant dans mon nouvel établissement,
08:22j'ai voulu mettre en place un projet concret qui permette d'apprendre les sciences autrement.
08:28Puis rapidement, le déjeuner s'impose, précipité par la dispersion des esprits.
08:34J'en profite pour discuter avec Franck Guillard.
08:36J'ai moi-même été formateur en lycée agricole pendant 8 ans.
08:39Donc, très clairement, accueillir un public de jeunes ados,
08:43publics en difficulté sur les apprentissages de base.
08:46Je trouvais que c'était très intéressant de leur montrer du concret.
08:49Et c'est pour ça que régulièrement, j'ai posté sur monchamp.fr
08:52des informations qui concernaient une parcelle, une pièce de blé.
08:56Mais derrière, ça nous a permis de parler d'autres cultures
08:58et de parler concret, de parler nature, de parler climat, de parler plantes, de parler sol.
09:04Enfin bref, ça permet derrière d'avoir des réactions très spontanées.
09:08Et je pense que les enfants enregistrent plus facilement par ce biais-là.
09:11Tu t'appelles comment ?
09:12Marion.
09:13Tu imaginais que c'était comme ça, une ferme ?
09:15Non, pas trop.
09:17Tu imaginais ça comment ?
09:18Moi, je recettais des animaux, des trucs comme ça.
09:21Je n'avais pas qu'à aller des plantes.
09:23Pourquoi c'est important pour vous que ces enfants-là comprennent d'où vient ce qu'ils mangent ?
09:28Parce que c'est tout simplement leur quotidien, l'alimentation.
09:33Je crois qu'ils ont besoin de comprendre ce qu'ils mangent, d'où ça vient et de bien comprendre
09:38que ça ne tombe pas tout cuit dans l'assiette.
09:41Il y a tout un travail, toute une logique, tout simplement.
09:45Très clairement, c'est ça.
09:46Nous, on veut qu'ils reprennent un peu le contact avec une nature qu'ils connaissent moyennement puisque la major
09:50partie habite dans une ville de 30 000 habitants.
09:52Il n'y a pas forcément de contact avec la nature.
09:56Vous le sentez ça, vous ?
09:57Oui.
09:58Et véritablement, les enfants, dans un premier temps, pour la major partie, ont tendance à débarquer.
10:02Ils ne font pas forcément le lien entre une maguette de pain et le blé.
10:07Ils ne font pas le lien entre la bière et la culture qui est au départ.
10:12Entre certains carburants, biocarburants, qui sont faits avec des produits agricoles.
10:16Mais voilà, c'est tout.
10:17On est passé d'une société rurale en un siècle à une société beaucoup plus urbaine.
10:22Bon, voilà, c'est tout.
10:23Donc, nous, on est là aussi pour créer une certaine pédagogie, mais pas non plus jouer au donneur de leçons.
10:28Simplement, que le lien ne soit pas rompu, comme il ne doit pas être rompu au niveau de certains savoir
10:35-faire artisanaux.
10:36Virginie, ça va aller pour porter le sac ?
10:39D'accord.
10:41Je prends le deuxième chasuble.
10:43C'est une journée qui m'apporte énormément.
10:45Et pourquoi alors, justement ?
10:47Il y a une sorte de miroir.
10:48Les enfants vous envoient des questions auxquelles vous n'attendez pas.
10:52À la limite, et quelque part, ça permet de comprendre que oui, notre société est complexe, notre métier est complexe,
10:58que nous détenons beaucoup de clés, mais pas toutes.
11:01Vous espérez éveiller des vocations ou pas forcément ?
11:04Je sais qu'il y a un jeune homme, au moins, dans ce groupe-là, qui est très, très intéressé
11:09par l'agriculture.
11:10On ne va pas forcément créer une vocation, mais on va l'accompagner.
11:14Non, et puis plus simplement, demain, ils iront dans leur supermarché, ils comprendront d'où viennent les produits qui composent
11:21la fameuse barre d'une marque qu'on ne nommera pas.
11:25Et voilà, dans cette barre-là, il y a bien du blé, il y a bien du sucre, de l
11:29'huile de colza.
11:30Donc tout ça, c'est primordial.
11:32Et puis j'en reviens à cette idée aussi du prix, c'est primordial.
11:35Je sais qu'il y a des choses qui se font depuis quelque temps en France, celles que les laits
11:38équitables,
11:40qui permettent de dire, essayons de rétribuer les agriculteurs au juste prix, pour que derrière, chacun puisse vivre de son
11:46travail.
11:47Au revoir, merci !
12:04Claudia, ces élèves de 6e, est-ce que tu les as sentis intéressés par la vie de cet agriculteur ?
12:09Alors la plupart, oui, déjà parce qu'ils étaient contents de faire une sortie, d'aller dans sa ferme et
12:14de découvrir tout cet univers-là.
12:15Après, il y en a beaucoup qui, effectivement, ne sont pas du tout habitués à la campagne.
12:19Il faisait froid, le sol était un peu boueux et tout ça.
12:23Il y en avait que ça rebutait pas mal, mais il y avait quelques élèves qui, effectivement, étaient très intéressés
12:27par l'agriculture.
12:29Il y en avait même qui connaissaient déjà un petit peu ce milieu-là.
12:32Ils étaient déçus qu'il n'y ait pas d'animaux, mais le fait qu'on puisse cultiver comme ça
12:35des céréales,
12:36ils ne savaient pas forcément que c'était possible, et donc ça, ça les a beaucoup intéressés.
12:39Et comme ça fait 8 mois qu'ils entretenaient une correspondance avec cet agriculteur,
12:43ce qui était très intéressant aussi pour eux, c'était de pouvoir confronter tout ce qu'ils avaient imaginé à
12:47la réalité.
12:48Et ils avaient notamment fait pousser en parallèle du blé.
12:51Ils ont pu comparer comment ça a évolué dans leur petit bac à l'école, comment ça a évolué dans
12:56un vrai champ.
12:57Et ça, c'était particulièrement intéressant pour eux d'avoir ce support-là.
13:14Si vous aimez Codesource, n'oubliez pas de vous abonner sur votre application de podcast préférée comme Apple Podcast.
13:21Vous pouvez nous suivre sur Twitter ou nous écrire codesourceatleparisien.fr.
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