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À 70 ans, Alain Escurat, agriculteur retraité, apprend que son cancer de la prostate est lié aux pesticides. En juillet dernier, l’Assemblée nationale a adopté une loi pour réintroduire un pesticide interdit depuis 2018. Témoignage.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Clémentine Spiler, Thibault Lambert, Anaïs Godard et Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network.

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#loiduplomb #pesticides #cancer

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Transcription
00:01Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Le dimanche 20 juillet, sur le site de l'Assemblée nationale, une pétition, lancée par une jeune étudiante de 23
00:18ans,
00:19a franchi le cap historique d'un million de signatures, une première en France.
00:23Cette pétition réclame l'abrogation de la loi Duplon, adoptée à l'Assemblée le 8 juillet,
00:29une loi agricole décriée par la gauche et les défenseurs de l'environnement,
00:34parce qu'elle prévoit notamment de réautoriser un pesticide, l'acétamipride,
00:39qui avait été interdit dans l'Hexagone en 2018, jugé trop nocif pour les abeilles et pour la santé humaine.
00:45Dans cet épisode de Codesources, vous allez entendre le témoignage d'Alain Escura,
00:5070 ans, ancien éleveur et céréalier dans la Nièvre,
00:54il a été le premier agriculteur de son département à faire reconnaître son cancer
00:59comme une maladie professionnelle due à l'usage des pesticides.
01:03Alain Escura témoigne dans Codesources, au micro d'Anaïs Godard.
01:12Bonjour !
01:13Je rencontre Alain Escura à la gare de Deux-Sises, dans la Nièvre.
01:17À bord de sa Twingo grise, Alain me raconte l'histoire de la ville.
01:21On va arriver à la Loire, la Loire que vous avez longée par le train de Nevers à Issy.
01:26Il est bavard.
01:27Ça c'est notre voisin, qui a les moutons, et on va prendre la direction d'Avril-sur-Loire.
01:34Avril-sur-Loire, c'est là où il vit.
01:36Voilà, on va se laisser à l'ombre.
01:38Avec sa femme Elisabeth.
01:40Bonjour madame !
01:41Bonjour !
01:42Enchantée, Alain.
01:43Salut, c'est beau voyage !
01:44Et son chien, Hercule.
01:46Qui était contente de rencontrer mon mari.
01:48Qui était contente de rencontrer mon mari.
01:51Entrez !
01:52Allez-y !
01:53Alain Escura est né le 17 septembre 1954, à Moulins, dans le département de l'Allier.
01:59Il grandit dans une famille bourgeoise.
02:03Mon père était vétérinaire, maman ne travaillait pas.
02:06Et on était très heureux.
02:07J'ai deux frères qui ont été plus brillants que moi,
02:10parce que l'un est dentiste, l'autre a travaillé au Crédit Labricole.
02:14On a toujours eu des animaux à la maison.
02:17Et j'ai toujours été en contact avec les animaux.
02:20Les animaux me manqueraient.
02:21Alain suit son père dans ses consultations vétérinaires à la ferme.
02:24C'est une évidence, il veut devenir agriculteur.
02:27Mais son père est contre.
02:29Mon père a tout essayé.
02:31En me proposant des métiers plus en rapport avec les sciences, etc.
02:39Il voulait me faire rentrer au service vétérinaire.
02:41Il m'a envoyé dans des fermes en stage,
02:44qui étaient des petites fermes pas très sympathiques,
02:47où on travaillait beaucoup à la main.
02:48Donc, pour un gamin comme moi, qui faisait à peine 60 kilos,
02:52ce n'était pas évident tous les jours.
02:53Pendant son enfance, il est turbulent.
02:55J'étais collé à peu près tous les week-ends.
02:58Ça a commencé au lycée de Moulins, où je n'étais pas très longtemps.
03:02Généralement, je restais deux ans.
03:04Au bout de la première année, on convoquait papa pour lui dire
03:07« Écoutez, il faudra que votre fils se mette au boulot pendant les vacances.
03:11Le premier trimestre suivant, on commençait à lui dire
03:14qu'il fallait qu'il cherche quelque chose d'autre. »
03:16À force de changer d'établissement scolaire,
03:18Alain finit par intégrer Sainte-Barbe.
03:20C'est un collège dans le 5e arrondissement de Paris.
03:22Il supporte mal ces années, car la campagne lui manque.
03:25Il revient dans l'Allier et intègre un lycée agricole.
03:28Alain s'épanouit enfin.
03:30Déjà à l'époque, on lui parle de pesticides.
03:33Ce n'étaient pas du tout les mêmes produits.
03:35C'étaient des produits plus basiques.
03:37On avait le manèbre, on avait des produits un peu comme la bouillie bordelaise.
03:42Vous voyez, ces choses simples.
03:44La bouillie bordelaise, vous en mettez sur les mains un coup de robinet d'eau froide.
03:49Ça part et c'est fini, on n'en parle plus.
03:51En même temps que ses études au lycée, Alain se rend au club d'équitation.
03:55C'est là qu'il rencontre Élisabeth, sa future femme.
03:59À 18 ans, il obtient son baccalauréat agricole avec les félicitations du jury.
04:05Élisabeth et Alain continuent leur histoire d'amour en s'envoyant des lettres.
04:09Car Alain va d'abord au service militaire
04:11et il enchaîne ensuite avec un stage d'agriculture aux Etats-Unis.
04:17Quand je suis arrivé aux Etats-Unis, c'était dans l'Indiana.
04:21Je suis arrivé, mon maître de stage me dit
04:23« Mais vous êtes déjà réveillé, vous n'êtes pas trop fatigué ? »
04:26Parce qu'il y avait le changement d'heure.
04:28Je dis « Non, non, non, ça va. »
04:30Et à ce moment-là, il y a le salarié qui arrive et il dit
04:32« Écoute, le stagiaire est là, tu peux partir. »
04:37Ça se passe comme ça aux Etats-Unis.
04:39Il n'y a pas de convention de travail ni de truc comme ça.
04:41Donc j'ai fait son boulot.
04:43Et je l'ai vu partir.
04:45Je ne l'ai plus jamais revu.
04:48C'était assez terrible humainement.
04:50Les fermes ne sont pas très loin les unes des autres.
04:52Tout d'un coup, on entend meugler dans le lointain, la ferme voisine.
04:56Il y a des meuglements terribles.
04:58Donc moi, je dis ça à mon maître de stage, à Maurice.
05:01Et on va voir.
05:03Il pensait que le voisin était malade, etc.
05:05On arrive là, tout était fermé.
05:08Le gars était parti parce qu'il est en faillite.
05:10Il avait laissé les vaches.
05:12Et au moment de la traite, évidemment, le lait pissait partout.
05:16Et on a prévenu le shérif.
05:17Et le shérif a dit « ne vous en occupez pas.
05:19Il a tué toutes les vaches dans les guéris. »
05:22Donc pour un jeune gamin comme moi, c'était assez dur.
05:25Très mauvais souvenir.
05:29Il rentre des Etats-Unis en juillet 1976.
05:33Un mois plus tard, il se marie avec Elisabeth.
05:36Ils vont ensuite s'installer à Avril-sur-Loire, pas loin de Nevers, dans la Nièvre.
05:41À l'époque, le village compte 12 agriculteurs avec 100 vaches par ferme.
05:45Elisabeth fait des études pour devenir professeure de français.
05:49Et Alain démarre son exploitation agricole en novembre 1976.
05:53Il a 22 ans.
05:54J'ai commencé l'exploitation avec un tracteur de 30 chevaux et 7 vaches que je connaissais toutes par leur
06:04nom.
06:04J'avais bien évidemment Marguerite, ça s'impose pour une vache.
06:08Il y avait Rosette, comment elle s'appelait, Mexicaine.
06:12Il y avait Mandarine.
06:13Je les appelais et c'est très drôle parce qu'elles venaient.
06:16Elles faisaient quand même un petit peu attention.
06:19Ils nous donnent à manger quand même deux fois par jour.
06:21On va quand même l'écouter un petit peu.
06:22Depuis son retour des Etats-Unis, Alain s'est juré de ne plus faire de lait.
06:27En plus des vaches, il élève des moutons et cultive des céréales.
06:31Son exploitation grandit.
06:32Il a deux salariés et en plus de son travail d'enseignante, Elisabeth s'occupe des brebis.
06:38Dès le début, Alain utilise des pesticides.
06:41On avait des produits pour la maladie des bovins qui est le varon.
06:46C'est une petite mouche qui pique, ça fait des petites boules sur le dos.
06:49Et on a un produit qui s'appelle Livomec qui est employé par tout le monde.
06:52A l'époque, on faisait une piqûre.
06:54Aujourd'hui, on ne passe sur le dessus de la peau.
06:57C'est bien plus pratique d'emploi.
06:59Mais inutile de vous dire que la goutte que vous avez sur vos mains, vous en profitez largement.
07:04J'utilisais tout ce dont j'avais besoin, de la trazine pour le maïs, de la chlore pour le blé
07:11et le maïs aussi.
07:13Non, on a utilisé tout ce qui nous tombait sous le main et tout ce dont on avait besoin pour
07:17que la plante se développe et rapporte.
07:23Les nouveaux produits, il faut du savon et largement se savonner.
07:27Et puis, il fallait prendre des précautions.
07:30Honnêtement, je n'en prenais pas beaucoup.
07:32Je faisais attention, mais pas plus que ça.
07:34On nettoyait le tonneau à traiter, pas forcément dans des trucs bien adaptés.
07:39À la fin, on lavait le tonneau et on allait l'épandre dans le champ où on avait déjà épandu.
07:44Donc, il y avait un peu plus de doses à certains endroits.
07:47Ce n'était pas parfait.
07:49C'en est loin.
07:51Avec le temps, les pesticides ont évolué.
07:54Ils sont devenus plus puissants.
07:56Là, aujourd'hui, vous mettez pour un tonneau de 2500 litres, vous mettez la valeur de ce verre suivant le
08:01produit.
08:02Hier, on mettait un ou deux sacs de 50 kilos.
08:06On se rendait bien compte qu'il y avait une évolution des produits, donc une dangerosité des produits qu'on
08:11emploie.
08:12Mais on ne nous disait pas, mets un scaphandre.
08:14D'ailleurs, je ne suis pas sûr qu'à l'époque, on aurait bien entendu.
08:17Vous savez, l'agriculteur, il se caractérise par une chose, c'est qu'il court partout.
08:22Il court pour traiter ses maïs.
08:24Il court pour aller traiter ses vaches, donc les rassembler.
08:27Il est plombier, il est électricien, il est mécanicien.
08:33On a plusieurs cordes à nos arcs, mais on n'a qu'un seul arc.
08:36En réalité, cela fait un moment que les scientifiques enquêtent sur la dangerosité des pesticides.
08:42On commence à les utiliser en France en 1880.
08:44Et dès cette période, des médecins observent l'apparition de nouvelles maladies chez les agriculteurs.
09:01Alain me propose de faire un tour de son exploitation de 310 hectares.
09:09Tout ça, c'était des petites bottes.
09:11Et là, maintenant, vous voyez, ils ont fait ça en même pas une demi-journée.
09:16Avant, il nous fallait une semaine.
09:18J'en profite pour lui demander pourquoi il n'a pas voulu passer à l'agriculture biologique.
09:23Non, parce que le bio, quand j'étais à l'école, on a, comme tous les autres, on a étudié
09:30ça à l'époque.
09:31C'est vieux.
09:33Et le bio, c'est beaucoup de main-d'oeuvre.
09:36Et c'est beaucoup de rigueur.
09:38Main-d'oeuvre, c'est très cher.
09:40Rigueur, je n'en ai pas assez.
09:44Donc, je n'ai préféré pas faire.
09:47On va ensuite voir les machines qui répandent les pesticides.
09:53Ça, c'est l'appareil avec lequel on épand les insecticides, les fongicides et les machins.
09:59Vous voyez, c'est un tonneau.
10:00Bon, il y a un tracteur devant, bien sûr.
10:02Là, on déplie les rampes.
10:05Et ça fait, je crois qu'il fait 32 mètres, celui-là, de large.
10:10La cuve n'est pas très grande et il fait 12 hectares.
10:14Si vous voulez une photo, vous pouvez le prendre de là parce que c'est rare de pouvoir le prendre
10:18par derrière sans se prendre du produit sur le nez.
10:21Voilà.
10:22Il existe plusieurs types de pesticides.
10:24Les herbicides, contre les mauvaises herbes.
10:27Les fongicides, contre les champignons.
10:29Et les insecticides, contre les insectes.
10:32Alain a été agriculteur pendant 50 ans.
10:35Pour lui, il n'aurait pas pu faire sans les pesticides.
10:38Si je n'avais pas eu les pesticides ou les insecticides ou les désherbants ou les fongicides, j'aurais eu
10:45beaucoup de mal.
10:46Ce que je vous disais, vous avez un jardin.
10:48Si vous n'utilisez pas un désherbant et que votre jardin est trop grand, vous ne pouvez pas le piocher
10:54tous les jours.
10:55Vous aurez plus d'orties que de carottes.
10:57Donc le but, c'est quand même d'avoir des carottes, pas des orties.
11:00Bien que la soupe d'orties soit très bonne pour la santé.
11:03En 2007, l'État lance le programme Éco-phito.
11:06Il vise à réduire les pesticides dans toute l'agriculture sur une décennie.
11:11Alain suit la formation Éco-phito en 2008.
11:14Ils se sont rendus compte qu'effectivement, on déconnait un peu dans l'emploi de ces produits.
11:20C'est-à-dire qu'on était assez laxistes.
11:23Et moi le premier d'ailleurs.
11:25Et donc ils nous ont obligés à avoir une formation, qui était pas mal, de trois jours.
11:31On nous apprend d'abord à connaître les produits, à savoir qu'ils sont dangereux,
11:36à les utiliser aux bonnes doses, parce que...
11:39Et on nous apprend à mettre un masque, mettre des gants.
11:44On nous explique que n'importe quel gant ne va pas, parce que les molécules transpercent même les gants.
11:49Donc vous n'avez qu'à voir, c'est sympathique comme produit.
11:52Donc voilà, on nous apprend pas mal de choses.
11:55Bon, pour moi, c'est arrivé peut-être un petit peu trop tard, mais...
11:58Un peu tard, parce qu'à 68 ans, quand Alain prend sa retraite, il se sent terriblement fatigué.
12:04Il décide de consulter un médecin.
12:06Le médecin me dit, ben, écoute, on va faire des analyses.
12:09Et d'analyse en analyse, de biopsie en scanner, de scanner en IRM, il me découvre un cancer.
12:18Ça ne m'a pas...
12:21Les gens à qui j'ai annoncé ça m'ont dit, mais tu prends ça tranquillement.
12:24Je dis, de toute façon, je ne peux rien.
12:26Je ne peux rien y faire, moi, à mon niveau.
12:29Si vous avez décidé que le crabe sera moins costaud que vous, ben, vous avez des chances de gagner.
12:35Si vous pensez que le crabe va être plus costaud que vous, vous avez toutes les chances de perdre.
12:39Il se fait alors opérer à Dijon.
12:41Je suis arrivé dans la salle le matin à 8 heures.
12:43J'ai vu un petit bonhomme derrière une vitre et puis un grand machin avec des bras partout, genre pieuvre.
12:51Et c'était un robot et c'est avec ça qu'il m'a opéré.
12:54Ça a duré 9 heures.
12:57Elisabeth m'attendait avec impatience en se demandant si j'allais sortir vivant ou mort de cette espèce de bête.
13:04Quelques semaines plus tard, il entend parler de la FNAT.
13:07C'est l'Association des accidentés de la vie.
13:10Elle accompagne notamment les démarches des travailleurs souffrant de maladies professionnelles.
13:15Il rencontre Michel Gréco.
13:16C'est le président de la section centre-est de la FNAT.
13:20C'est lui qui annonce à Alain que son cancer est lié à son utilisation des pesticides.
13:24Il ne s'y attendait pas du tout.
13:27Le lien, il s'est fait quand j'en ai parlé avec M. Gréco.
13:32Moi, je ne pensais pas.
13:33Je vous dis, on ne savait pas que c'était une maladie professionnelle.
13:36Non, on ne parlait pas des pesticides.
13:38Ça ne nous venait pas à l'idée.
13:40C'est assez récent, cette prise en charge des maladies professionnelles.
13:44L'agriculture a été très en retard.
13:48Ce n'est pas que nos aînés étaient meilleurs que nous.
13:50C'est tout simplement parce que les industriels s'étaient bien gardés de dire que leurs produits pouvaient avoir des
13:56conséquences sur la vie de ceux qui les utilisaient.
13:59Alain fait les démarches pour être indemnisé auprès du Fonds d'indemnisation des victimes des pesticides, un organisme fondé en
14:072020 et qui accorde de l'argent aux agriculteurs, mais aussi aux enfants ayant été exposés aux pesticides pendant la
14:14grossesse.
14:15Alain constitue donc un dossier.
14:17Il doit faire plusieurs allers-retours avec des professionnels de santé et finit par la médecin du travail.
14:23Vous allez voir le médecin du travail qui a complètement oublié de vous informer des risques que vous avez utilisés
14:29les produits phyto.
14:30Donc le médecin du travail vous reçoit.
14:32Il fallait lui apporter la liste des produits qu'on avait utilisés.
14:36Donc je lui ai fait une liste exhaustive année par année des différents produits que j'avais utilisés pour les
14:42traitements suivant les périodes.
14:45Et j'ai eu mon indemnité qui correspondait au taux d'incapacité qu'elle m'avait donné.
14:54Ah, voilà.
14:56Monsieur, à la suite de la déclaration de votre maladie professionnelle relative à un cancer de la prostate constaté le
15:0313-6-2022,
15:05nous vous informons que selon l'avis du médecin conseil du Fonds d'indemnisation des victimes de pesticides, votre état
15:12de santé est consolidé.
15:15Alain touche 370 euros par mois.
15:17En tout, trois maladies sont reconnues comme maladies professionnelles provoquées par les pesticides.
15:22Le cancer de la prostate, reconnu en 2021, la maladie de Parkinson, reconnu en 2020 et le lymphome nonotkinien, reconnu
15:31en 2019.
15:32Alain est le premier agriculteur de la Nièvre à être indemnisé et son histoire fait le tour de la presse
15:38locale.
15:38Il y a eu un article dans le journal du Centre, c'est même passé à la télévision, moi qui
15:43déteste ça.
15:44Et c'était très marrant parce que dans le village, il y en a qui m'ont dit « Ah,
15:48encore une fois, tu fais parler de toi ».
15:50Je dis oui, moi je l'ai fait, ça rend service aux autres, il faut bien informer de ce qui
15:54existe.
15:55Bon, ça n'a pas été plus loin.
15:57Et puis alors c'est marrant parce que celui qui m'a engueulé, il a la même chose que moi,
16:00il est venu me voir en me demandant s'il fallait qu'il fasse.
16:07Autour d'Alain, d'autres agriculteurs tombent malades.
16:10C'est le cas de son meilleur ami qui est décédé d'un cancer.
16:14Pour Alain, c'est sûrement à cause de l'exposition aux pesticides.
16:17Mais entre agriculteurs, la maladie est un tabou.
16:20On ne parle pas de nos maladies, très peu.
16:22Très très peu.
16:23On parle de notre cancer, on dit bon, on a eu un cancer, machin.
16:27Entre nous, on sait bien que c'est des pesticides, donc on n'a pas besoin d'aller en rajouter.
16:31Les néonicotinoïdes sont des pesticides qui tuent les insectes.
16:35Le 8 juillet 2025, l'Assemblée nationale a adopté une loi, la loi Duplomb, qui prévoit de réintroduire l'acétamipride.
16:43C'est une néonicotinoïde qui avait été interdite en 2018 et qui est potentiellement cancérigène.
16:49Pour Alain, cette loi est une bonne idée.
16:52Ce n'est pas une mauvaise loi.
16:54Ce n'est pas une mauvaise loi parce que, si vous voulez, il faut bien comprendre que les agriculteurs, c
16:59'est des producteurs.
17:01On est là pour vivre de notre travail et nourrir les gens.
17:04Il faut aussi qu'on nous permette de produire.
17:07On ne vit pas de l'air du temps.
17:10Donc, ils ont eu raison de redonner l'autorisation.
17:14Vous, ça ne vous fait pas bizarre de dire que cette loi est bien alors que vous avez été malade
17:20à cause des pesticides et que cette loi veut en réintégrer plus ?
17:24Alors, j'étais sûr que vous alliez me poser cette question.
17:27C'est normal.
17:29Il ne faut pas mélanger tout.
17:32Moi, ce que je dis des pesticides, je dis qu'il faut les utiliser à bon escient.
17:37Et comme il faut, comme ça doit être utilisé.
17:39Moi, j'étais un connard qui les ai mal utilisés et qui ne me suis pas méfié, qui n'est
17:44pas pris de précaution.
17:45Aujourd'hui, je riais parce que j'avais un voisin qui sortait de l'école.
17:50Donc, les études ont fait des progrès.
17:52On lui avait expliqué qu'il lui fallait un casque sur la tête, un scaphandre, une combinaison, etc.
17:58Quand je l'ai vu arriver chercher un bidon parce qu'il n'en avait pas assez,
18:02je lui ai dit, ce que tu fais avec ça ? On dirait que tu viens de Mars.
18:07Ah, il dit, non, non, je me protège.
18:08J'ai rigolé comme un imbécile et c'est lui qui avait raison.
18:13Est-ce qu'aujourd'hui, vous êtes guéri ?
18:15Je ne sais pas si on le guérit d'un cancer.
18:17Je suis incapable de vous le dire.
18:20Aujourd'hui, je vais bien.
18:21A priori, les analyses font qu'il n'y a plus de traces.
18:25Je ne peux pas vous dire plus.
18:27Je n'en sais rien.
18:49Anaïs, Alain, il va vraiment mieux aujourd'hui.
18:51Il n'a plus du tout de problème de santé.
18:53Par rapport à son cancer, il m'explique qu'après l'opération,
18:55il n'a pas eu besoin de faire de chimiothérapie.
18:58Par contre, il pourrait être confronté à un autre problème.
19:00Michel Gréco, dont on a déjà parlé avant, le responsable de la FNAT,
19:03lui soupçonne une maladie de Parkinson.
19:06En fait, Alain, il a sa main qui trempe quand il écrit.
19:08Il a du mal à prendre un verre d'eau.
19:10Et donc, Michel Gréco lui a proposé de monter un dossier d'indemnisation
19:13par rapport à cette potentielle maladie.
19:15parce qu'il faut savoir que la maladie de Parkinson
19:17est aussi reconnue maladie provoquée par les pesticides.
19:20En tout cas, Alain, il espère que Parkinson, je le cite,
19:23restera à l'élaboration du dossier
19:25et qu'elle n'impactera pas sa vie.
19:27Alain, lui, il t'a dit qu'il était favorable à la loi Duplomb
19:30qui prévoit de réintroduire un néonicotinoïde controversé
19:34considéré comme dangereux pour la santé.
19:36Ce n'est pas un peu paradoxal vu son histoire ?
19:39Si, complètement.
19:39Mais la position d'Alain, en fait, elle se recoupe un peu
19:41avec globalement la position des défenseurs du texte.
19:45C'est-à-dire qu'Alain, il trouve que la France
19:47elle n'est pas sur le même pied d'égalité des autres pays européens
19:50parce qu'en fait, la France, c'est le seul pays d'Europe
19:52qui n'autorise pas l'acétamipride.
19:54Or, Alain, il a été malade en partie à cause des pesticides
19:57qu'il a utilisés pendant 50 ans.
20:00Alors, pour lui, c'est qu'il les a mal utilisés.
20:02Mais il y a quand même de nombreux scientifiques
20:04qui ont montré qu'il y avait bien un lien entre pesticides et maladies.
20:07Il y a quand même 1000 médecins et scientifiques
20:09qui ont signé une lettre contre la loi Duplomb
20:11et d'autres institutions de santé en France
20:14se sont positionnées contre, comme la Ligue contre le cancer
20:17et la Fondation pour la recherche sur le cancer.
20:19Après, c'est important de dire qu'Alain ne s'était pas vraiment renseigné
20:23sur la loi au moment où on en a parlé.
20:25Il me disait lui-même qu'il n'était pas un expert du sujet.
20:28Est-ce qu'on sait combien d'agriculteurs sont touchés
20:30ou ont été touchés par des cancers liés aux pesticides ?
20:33C'est un peu compliqué parce qu'il y a des études
20:35qui montrent qu'il y a plus de risques de développer certaines maladies
20:38en étant en contact avec les pesticides.
20:40En même temps, les études, elles n'ont pas analysé tous les pesticides
20:43parce qu'il en existe environ 1000.
20:45Mais si on se base sur les chiffres tangibles qu'on peut avoir,
20:48c'est ceux du Fonds d'indemnisation des victimes de pesticides.
20:51C'est le Fonds qui a indemnisé Alain Escura.
20:53Et en 2023, ils ont indemnisé plus de 500 personnes.
20:58Et sur ces 500 personnes, plus de 90% sont des agriculteurs.
21:03Il faut aussi quand même rappeler,
21:04c'est la Ligue contre le cancer qui le dit,
21:06qu'il n'y a pas seulement les agriculteurs
21:08qui peuvent être victimes de pesticides.
21:09Il y a aussi les fleuristes, les jardiniers,
21:12les enfants d'agriculteurs qui ont été exposés pendant la grossesse
21:15et aussi tout simplement les riverains autour des cultures.
21:19Merci Anaïs Godard.
21:20Cet épisode de Côte-Source a été produit par Clémentine Spiller,
21:23Clara Garnier-Amourou et Pénélope Gualqueroti.
21:27Réalisation, Julien Moncouquiole.
21:29Si vous aimez Côte-Source, aidez-nous à faire connaître ce podcast.
21:32Pour ça, laissez-nous des pouces en l'air
21:34et des commentaires sur votre plateforme d'écoute et sur Youtube.
21:37Et si vous aimez les grands récits de faits divers,
21:40ne ratez pas notre podcast Crime Story
21:42avec une nouvelle affaire criminelle racontée chaque samedi
21:45par la journaliste Claudia Prolongeau
21:47et le chef du service police-justice du Parisien, Damien Delseny.
21:52Merci.
21:53Merci.
21:55Merci.
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