Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 9 heures
Six ans qu’ils ne disent rien. Puis il y a eu l’anecdote de trop, celle du l’intrusion du deal dans l’école de leurs enfants. Dès lors, plus question de se taire. Depuis plus d’un mois, des habitants des quartiers Nord de Saint-Denis, Péri-Dourdin-Delaunay-Belleville, se réunissent chaque matin devant le groupe scolaire mitoyen des trois cités pour former une chaîne humaine. L’objectif : former une barrière symbolique pour protéger leurs enfants des trafics de drogues qui s’installent de plus en plus et de mieux en mieux au pied de leurs habitations. Cela fait plusieurs années que les guetteurs gênent les riverains en criant jours et nuits pour prévenir les trafiquants du passage de la police. En mai ils ont franchi une étape supplémentaire en s’introduisant dans l’école et y cachant du cannabis. Reportage. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Production : Jeanne Boezec - Reporter : Clawdia Prolongeau - Réalisation et mixage : Benoît Gillon et Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos pour Binge Audio - Identité graphique : Upian - Archives : RMC.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Des parents solidaires contre les dealers.
00:14Depuis le 17 mai à Saint-Denis près de Paris,
00:17tous les matins, des dizaines de parents d'élèves se tiennent par la main
00:20devant les grilles de l'école de leurs enfants.
00:23Ça se passe au groupe scolaire Hugo Balzac-Lermitage
00:25qui réunit deux écoles primaires et une maternelle.
00:28Un cordon symbolique pour dire stop aux vendeurs de drogue
00:32en réaction à un événement qui a choqué tout le monde ici le 13 mai,
00:36l'intrusion d'un individu et la découverte dans la foulée
00:39de 30 grammes de cannabis dissimulés dans l'école.
00:42Des parents d'élèves forment une chaîne humaine en Saint-Denis
00:46pour dénoncer le trafic de drogue.
00:48On a tous envie que l'école ça soit un sanctuaire.
00:50Nous on a peur, nos enfants ont peur et on ne comprend pas ça.
00:52Il y a prise en étau entre les trafics de drogue dans la ville de Saint-Denis.
00:56La passion, on se met tous ensemble dans une action pacifique.
00:59On a énormément de pouvoir.
01:00La reporter de Code Source, Claudia Prolongeau,
01:02nous emmène rencontrer ses parents en colère.
01:09Je contacte Nadine, à l'origine de la chaîne humaine symbolique
01:12qui se constitue tous les matins devant le groupe scolaire
01:15Victor Hugo Balzac-Lermitage à Saint-Denis.
01:17Bonjour !
01:18Elle m'invite à venir voir par moi-même
01:20comment ses parents ont choisi de lutter contre le deal dans leur quartier.
01:23Rendez-vous pris, j'arrive devant l'école à 8h15 un mardi matin.
01:28Les enfants affluent, seuls ou avec leurs parents,
01:30devant cette grande structure fermée par des barreaux blancs
01:33qui réunit deux écoles primaires et une maternelle.
01:36Avec ses boucles d'oreilles dépareillées et son t-shirt où est écrit à la main
01:39« Tous ensemble, plus fort », impossible de rater Nadine.
01:42Elle est la première à se planter devant l'entrée du bâtiment,
01:45bras écartés, les mains tendues vers ceux qui voudront bien les attraper.
01:49Oui, donc le principe c'est de se mettre devant l'école
01:51et puis de se donner la main et puis d'attendre que les parents se mettent avec nous
01:54et que la chaîne grandit, grandit et puis on fait ça tous les matins.
01:57Là, vous êtes quatre pour le moment.
01:59Vous êtes combien en général à la fin ?
02:00Entre 30 et 40.
02:02Bonjour, vous pouvez rester ici ?
02:04Bonjour, vous pouvez pas rester avec nous ?
02:06Non.
02:07Salut, tu vas rester avec nous ?
02:10Un petit peu.
02:11Un homme avec son fils accroché dans le porte-bébé est le premier à la rejoindre.
02:15Bon, donc il y a même les enfants qui participent.
02:17Voilà, oui, les enfants, les adultes, il y en a un autre dans une poussette, dans le porte-bébé, voilà.
02:22Vous venez tous les jours, vous ?
02:24Je peux pas rester le matin parce que j'ai du travail derrière,
02:27mais j'essaie de venir de temps en temps pour marquer le coup parce que c'est important.
02:32Alors, mon prénom c'est Nadine, donc j'ai 42 ans.
02:35J'ai deux enfants, une au collège de 13 ans et une en primaire de 10 ans.
02:40J'habite Saint-Denis depuis 2005.
02:41Quand je suis arrivée à Saint-Denis, j'ai tout de suite senti que cette ville, je voulais y vivre.
02:46Je dis toujours, j'ai vécu le pire et le meilleur dans cette ville, mais elle m'a appelée.
02:49Elle m'a dit, reste.
02:50C'est Saint-Denis qui m'a dit de rester.
02:53Et alors, à partir de quand ça a commencé à devenir pénible ?
02:56Six ans, à peu près.
02:57Ça fait six ans que ça devient franchement problématique.
03:00Vous l'expliquez comment ?
03:01Il y a plusieurs choses.
03:02Il y a toujours eu du trafic dans les quartiers nord de Saint-Denis.
03:07Mais pour une raison que je ne m'explique pas, les guetteurs ont commencé à apparaître sur notre quartier, sur
03:14Péry, depuis cinq, six ans.
03:16Donc ils ont décidé que c'était à eux.
03:18Ils ont commencé à crier le jour, la nuit.
03:22Comme personne ne réagissait parce qu'on avait peur, on se disait, mais on était pris au dépourvu.
03:26Les gens ne se connaissaient pas forcément tous.
03:29On n'a pas réagi.
03:30À coudée contre la barre, une autre maman attire mon attention.
03:33Fabienne vient de déposer sa fille de dix ans à l'école.
03:35Elle est grande, très souriante et ne se fait pas prier pour raconter ce qu'elle vit tous les jours.
03:40Les nouveaux travaux qui ont été faits pour améliorer la vie de Saint-Denis,
03:44tout ça se fait un peu en dépit du bon sens.
03:46C'est-à-dire qu'on élargit les rues, on fait des belles avenues.
03:50Il n'y a pas de problème.
03:51Seulement, quand il n'y a personne pour gérer la circulation sur ces artères-là,
03:55tout trafic peut s'installer.
03:57N'importe quoi peut arriver.
03:58Et avec le tramway, c'est ce qui s'est passé.
04:00C'est-à-dire que cette avenue, c'est du pain béni pour les trafiquants.
04:04Ils s'installent à tous les carrefours.
04:06Ils sont visibles.
04:07Comme de toute façon, il n'y a aucune réponse en termes de police à ce qu'ils font,
04:12à leur trafic ou à leur une réponse.
04:14C'est-à-dire qu'on va les arrêter.
04:15Le lendemain, ils sont de nouveau dans la rue.
04:17Et ça, ce n'est pas la fausse des policiers.
04:18C'est la justice qui ne suit pas derrière parce qu'elle est engorgée.
04:21Vous voyez, c'est une espèce de chaîne comme ça qui, en fait, fait qu'au bout d'un moment,
04:25certains maillons se distendent et puis la communication ne se fait plus.
04:29Et puis, on ne peut plus fonctionner normalement parce qu'il n'y a pas de garde-fou.
04:34Ce qu'elle me dit me donne envie d'aller voir au bout de la rue.
04:36On me conseille de cacher mon micro.
04:38Et devant mon air un peu inquiet, Landry, un jeune du quartier
04:41et militant de la France Insoumise très actif sur la ville, se propose de m'accompagner.
04:46Quand on arrive sur le boulevard perpendiculaire à la rue de l'école,
04:49les guetteurs sont là.
04:49On les voit, ils attendent seuls ou en groupe.
04:52Et comme la police passe souvent, on les entend surtout.
04:59Ils crient pour prévenir les dealers qu'il faut cacher la marchandise.
05:05Puis la voiture de police continue sa route et le trafic recommence.
05:13Vous pouvez me dire un peu comment ça fonctionne ?
05:15Pourquoi les mecs crient ? À quel moment ?
05:18En fait, les guetteurs, c'est les personnes qui crient,
05:20crient quand ils voient passer une voiture de la police, qu'elle soit banalisée ou non.
05:25Et en fonction de l'endroit où elle passe, il y a un cri différent.
05:29Par exemple, au B4, quand elle passe devant, à côté du collège,
05:32il crie à l'affût au collège.
05:33Quand elle va plus derrière, il crie à l'affût derrière.
05:35Et ainsi de suite, en fonction de où se déplace la voiture
05:37ou où se déplacent les policiers.
05:39À Péry, ils ont de mémoire deux ou trois cris.
05:43C'est le premier « pu », je ne sais pas ce que ça veut dire.
05:46Et le deuxième, c'est « à l'affût ».
05:49Donc peut-être que « pu », c'est la contraction de « à l'affût ».
05:51Et quand la police part, passe vraiment à l'intérieur, il crie « ça passe ».
05:55Et quand elle ressort, il crie « c'est bon là » pour dire que c'est bon, elle est
05:58partie.
05:59Et pareil, côté Fabien, quand la police a fini son tour, il crie « c'est bon là »
06:04pour expliquer que vraiment la police est partie.
06:08Devant l'école, pendant ce temps, la chaîne se défait doucement.
06:12Presque 40 personnes ce matin, on est dans la moyenne.
06:15Alors que les parents se séparent en se promettant de revenir jeudi,
06:18je reprends ma conversation avec Fabienne.
06:21Elle me raconte comment a démarré cette chaîne, il y a un peu plus d'un mois.
06:25Juste après l'événement qu'elle qualifie de « gouttes d'eau » qui a fait déborder le vase.
06:29On est arrivés un lundi à 16h30 et l'école était fermée.
06:33Donc on a commencé à demander pourquoi, on nous a expliqué qu'il y avait eu une intrusion.
06:36On attendait la police qui devait rechercher si la personne était toujours dans les locaux.
06:41En attendant, nos enfants étaient enfermés dans leur classe.
06:45Ça a duré 45 minutes, 60 minutes, quelque chose comme ça.
06:48Ils étaient confinés ? Ils étaient sous les tables ?
06:51Au début, j'étais sous les tables.
06:52Puis après, ils étaient réunis au fond de leur classe.
06:55Et leur maître faisait son possible pour les occuper.
06:59Vous avez réagi comment, vous, quand on vous a dit ça ?
07:01On est tous restés assez calmes, mais en même temps, on a parlé.
07:04Ça nous donnait l'occasion de parler parce que c'est vrai que souvent le soir, on arrive, on attrape
07:07nos enfants, on s'en va.
07:09Et là, on est restés une heure devant l'école, donc on a vraiment eu le temps de parler.
07:13Et là, on a découvert qu'en fait, c'était déjà arrivé.
07:16C'était arrivé le samedi précédent.
07:18C'était les enfants qui avaient signalé deux personnes cagoulées qui étaient rentrées dans l'école.
07:22Les enfants étaient allés voir les surveillants en disant qu'on a vu deux personnes cagoulées rentrer dans l'école.
07:26Oui, parce que le samedi, on faisait la fête de l'écrit, donc tout le monde était dans l'école
07:31pour voir ce que les enfants avaient produit.
07:33Mais moi, j'y étais et je ne me suis rendu compte de rien.
07:36Ils ont été assez discrets et tout ça, je ne me suis rendu compte de rien.
07:38Donc ça, c'était le samedi précédent.
07:40Et puis, on apprend que c'est déjà arrivé depuis le mois de septembre.
07:45Régulièrement, il y a des intrusions dans l'école.
07:47Des gens qui viennent dormir la nuit, cassent les cadenas des portes et qui viennent dormir dans les bureaux.
07:51Alors, je ne dis pas que c'était tout le temps, mais c'est arrivé régulièrement depuis septembre.
07:55Et là, on se rend compte que personne ne nous a rien dit.
07:58On découvre et on se demande, est-ce que c'est normal que personne ne nous dise rien ?
08:01Qu'est-ce qu'il y a d'autre qui ne nous ont pas dit ?
08:04Là, d'un seul coup, la mayonnaise a pris.
08:06C'est-à-dire que c'était un peu comme si on nous avait mis un petit coup derrière la
08:09tête et que d'un seul coup, on se réveille et on se dit, attends.
08:12C'est-à-dire que tout ce qu'on subit là depuis deux ans, tous ces hurlements dans la rue,
08:16toutes ces incivilités,
08:18ils sont tellement sûrs d'eux qu'ils estiment qu'ils peuvent même rentrer dans les écoles.
08:22Parce qu'il y a une autre école, mais il y a aussi l'école à Bappré et puis je
08:26crois qu'il y a une autre école qui a été,
08:28donc ça fait trois écoles qui ont été victimes d'intrusion.
08:32Vraiment, ça nous a mis comme un petit coup d'électricité et on s'est dit, il faut faire quelque
08:35chose.
08:36Et c'est de là qu'on est parti en fait.
08:38Le lendemain, on avait rendez-vous avec le commissaire et avec les adjoints au maire, là, dans l'école.
08:44Et on a commencé à leur dire ce qu'on pensait.
08:46Votre fille, elle vous a dit quoi après cet épisode de confinement ?
08:50Elle s'interroge, voilà, elle se demande, elle aussi, pourquoi elle voit sa mère se prendre la tête avec les
08:55petits dealers,
08:56les petits guetteurs sur le boulevard Gabriel Péry parce qu'elle n'en peut plus de les entendre hurler.
09:01Mercredi 15 mai, deux jours après le confinement, les policiers trouvent caché dans l'école 30 grammes de cannabis.
09:07Excédés, les parents d'élèves créent un groupe WhatsApp pour échanger et organiser la riposte.
09:11C'est là que Nadine a l'idée de la chaîne humaine.
09:13Le confinement, je pense que ça a choqué plein de gens en fait.
09:15Être confiné pour des dealers, la mesure de confinement, c'est une mesure antiterroriste.
09:20On se dit, mais en fait, on est dans un territoire occupé, on est dans un territoire qui n'est
09:23plus à nous.
09:24Les choses nous échappent, on n'est plus maître de ce qui se passe dans le quartier.
09:27Et je pense qu'il y a beaucoup de gens qui se sont dit, non, non, il faut qu'on
09:29reprenne notre vie en main, notre destin, notre quartier.
09:32C'est pas ça qu'on veut pour Saint-Denis.
09:34Nous, ce qu'on veut, c'est le Saint-Denis que beaucoup ont connu, qui existe encore.
09:38C'est-à-dire un Saint-Denis solidaire, un Saint-Denis fort émotionnellement, avec plein d'activités.
09:43Il y a tout. Le sport, il y a tout. La musique, il y a tout. Les transports, il y
09:46a tout.
09:46Il y a toutes les nationalités, il y a toutes les classes sociales.
09:48Je vous dis, dans cette ville, il y a le pire et le meilleur.
09:50Très vite, l'arrivée de 21 policiers supplémentaires sur la zone est actée.
09:54Et moi, naïvement, je suis surprise que les parents ne soient pas satisfaits de ce premier pas.
09:58Ils attirent l'attention et obtiennent des moyens.
10:01Je croyais justement que c'était ce qu'ils cherchaient.
10:03Nadine rigole et me fait gentiment comprendre que son objectif va bien au-delà de ça.
10:08Moi, ce que je veux, c'est que les gens se parlent et se disent, on est ensemble, on vit
10:11ensemble,
10:11on se côtoie, on se connaît, on s'apprécie.
10:13Il faut qu'on montre ça au monde, ou à la France, ou à qui vous voulez.
10:17Que les gens d'ici, c'est des gens formidables.
10:20C'est des gens qui se lèvent tous les matins, qui vont bosser des fois des heures impossibles.
10:24J'ai une maman qui travaille de nuit et qui vient exprès le matin faire la chaîne.
10:27J'ai des mamans qui ne travaillent pas et elles laissent de côté un peu le quotidien pour dire, je
10:30viens faire la chaîne.
10:31Il y a des papas aussi, de temps en temps, qui viennent et qui se disent, ce qu'elles font,
10:34les mamans, c'est bien.
10:35Moi, ce que je veux, c'est que les gens se parlent.
10:37Vous pensez que ça, ça peut éloigner le deal ?
10:38Ah oui, oui, j'en suis certaine.
10:43C'est une partie de la solution.
10:45À partir du moment où chacun connaît les enfants de chacun, tout se passe beaucoup mieux.
10:48Quand on est quatre dans une même rue, à se croiser, à se connaître et qu'il y a quelqu
10:53'un qui crie,
10:53la deuxième dame la voit crier, elle se sent plus fort pour le faire, elle s'exprime aussi.
10:57La peur paralyse, l'isolement paralyse.
10:59On combat la peur et l'isolement, les gens se sentent plus forts et ils disent ce qu'ils pensent.
11:04Arrêtez de crier, faites attention à votre langage, arrêtez de jeter par terre, etc.
11:08Et à force, à force, à force, ils vont se fatiguer, ils vont se dire, c'est bon, on s
11:11'en va.
11:12J'espère.
11:12Après, je ne suis pas naïve, il y a énormément d'argent en jeu.
11:15Ils ne vont pas lâcher le morceau comme ça.
11:16Mais en tout cas, nous, on se sentira mieux et on tisse des liens qui sont importants, qui durent dans
11:20le temps.
11:29Claudia, où en est la mobilisation aujourd'hui ?
11:31La mobilisation, elle continue et elle prend de l'ampleur.
11:34J'ai eu Nadine ce matin au téléphone, elle m'a dit qu'ils étaient 85 par an, donc c
11:37'est leur record.
11:38Il y a aussi de plus en plus de médias qui viennent.
11:40Ce matin, ils ont eu M6, LCI, TF1, hier il y avait Le Monde.
11:44En revanche, ils n'ont toujours pas de réponse de la préfecture,
11:47puisque, comme je le disais dans le sujet, même si elle voulait avant tout créer une cohésion autour de ça,
11:53ils attendent quand même aussi des réponses politiques.
11:56Ils ont essayé pour ça d'avoir un rendez-vous avec le préfet et pour le moment, ils n'y
12:00arrivent pas.
12:00Merci Claudia Prolongeau et merci à Nathalie Revenu, journaliste aux Parisiens, pour son aide.
12:17Les épisodes de Codesources sont disponibles sur Spotify, Deezer, YouTube et bien sûr sur toutes les applications de podcast.
12:24Vous pouvez nous écrire codesource.fr.
12:27Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires

Recommandations