00:01Vous écoutez Crime Story, le mystère Saint-Aubin, deuxième et dernier épisode.
00:10Le dimanche 5 juillet 1964, Jean-Claude Saint-Aubin, 23 ans, et sa passagère Dominique Quédache, 16 ans, meurent dans
00:18un accident de voiture, après une sortie de route.
00:21Les parents de Jean-Claude ne croient pas à la thèse qui leur est présentée.
00:24En menant leur propre enquête, ils constatent vite que la piste officielle semble avoir maquillé la réalité.
00:30Le seul témoin de l'accident entendu n'a en fait pas vraiment assisté à la scène, contrairement à ce
00:36qui est écrit dans le procès verbal dressé par les gendarmes.
00:39Parallèlement, un autre homme, qui lui n'a pas été convoqué, aurait directement assisté à l'accident.
00:45Et il dit avoir vu un autre véhicule impliqué ce jour-là.
00:51Damien, les parents de Jean-Claude Saint-Aubin font part à la juge de leur découverte. Comment réagit-elle ?
00:57Eh bien de manière extrêmement surprenante, elle ne va pas convoquer ce témoin, elle ne va pas le confronter avec
01:03les gendarmes.
01:04Et pire, elle va prononcer un non-lieu, c'est-à-dire qu'elle clôt le dossier.
01:09Elle considère qu'il n'y a pas d'élément qui va contre la thèse d'une mort accidentelle, d
01:16'un accident de la route.
01:16Donc, il n'y a plus d'enquête, il n'y a plus de poursuite.
01:19Alors, un non-lieu, c'est différent de ce qu'on appelle un classement sans suite.
01:22Le classement sans suite, c'est lorsqu'on a une enquête préliminaire dirigée par le parquet
01:27et qui, au bout d'un certain nombre de jours ou de semaines, ne parvient pas à établir soit l
01:31'existence d'un délit ou d'un crime,
01:33soit ne parvient pas à identifier son auteur et on classe sans suite.
01:36Le non-lieu, ça suppose qu'il y ait une instruction, c'est-à-dire qu'il y ait un
01:39juge qui soit désigné, nommé.
01:42Et ce juge, au bout d'un certain temps d'enquête, de certaines auditions, d'expertise, d'investigation,
01:49il décide soit de renvoyer des personnes devant une juridiction de jugement, soit de déclarer un non-lieu.
01:55Le non-lieu, ça veut dire soit je n'arrive pas à déterminer qu'il y a un crime ou
01:59un délit,
02:00soit surtout je n'arrive pas à en déterminer les auteurs avec certitude et donc je clôture le dossier.
02:05Et ça veut dire pour les familles, en l'occurrence pour la famille Saint-Aubin, ça veut dire rideau.
02:10Il n'y a plus d'enquête, il n'y a plus d'investigation.
02:12Cette issue, évidemment, elle ne convient pas à Jean et André Saint-Aubin, le père et la mère de Jean
02:18-Claude.
02:19Évidemment pas, parce qu'en plus, depuis le début de l'affaire, ils sont persuadés que la thèse accidentelle ne
02:24tient pas debout.
02:24Donc ça ne leur convient pas.
02:26Et comme c'est une famille qui, on l'a dit, a une position sociale et surtout financière assez élevée,
02:34en fait, ils vont consacrer une grande partie de leur fortune, en tout cas de l'argent qu'ils ont
02:40pu gagner en travaillant dans cette bijouterie,
02:42en étant propriétaire de leur bijouterie à Dijon.
02:45Tout cet argent, ça va servir à financer un combat.
02:48Mais ce qu'ils ne savent pas encore à ce moment-là, c'est que ce combat, il va durer
02:52plus de 30 ans.
02:55Dès lors, pour les parents de Jean-Claude, il est absolument primordial de retrouver le Harki dont on leur a
03:00parlé,
03:00et qui aurait été témoin de la scène.
03:03Ils veulent faire en sorte que la justice l'entende.
03:06Mais ça prend du temps.
03:07Le Harki, nommé Mohamed Moualkia, a déménagé et la famille Saint-Aubin peine à retrouver sa trace.
03:13Ce n'est que plusieurs mois plus tard, en 1965, qu'ils mettent la main sur lui.
03:18Mohamed Moualkia confirme ce qu'a dit la pompiste à la famille de Jean-Claude Saint-Aubin.
03:23Le dimanche 5 juillet, il prenait son poste à 7h, dans l'usine où il travaillait.
03:28Et en s'y rendant, il a bien assisté à l'accident.
03:32Il a vu un camion, dissimulé sur un chemin, démarrer brusquement, comme pour barrer la route à la Volvo.
03:39Jean-Claude n'a pas pu faire autrement que de lui rentrer dedans.
03:41D'où ce choc très violent et cette voiture qui se déporte complètement pour aller s'encastrer dans un platane.
03:48Puis le camion a pris la fuite, suivi de près par une voiture Peugeot 203.
03:52Les parents croient détenir un élément suffisant pour rouvrir l'enquête.
03:56Mais la justice refuse d'entendre Mohamed Moualkia.
03:59Selon elle, cet employé ne peut pas avoir vu l'accident.
04:03Car dans le registre de l'entreprise où il travaillait, il est écrit qu'il a pris son service à
04:085h.
04:08Et non pas de l'OAS qui était en Algérie et qui était aussi le trésorier de cette organisation terroriste,
04:13est réfugié à Genève et emprunte souvent la route où Jean-Claude a été tué près de Fréjus.
04:19Et surtout, précision importante, cet homme, cet avocat, il avait exactement la même voiture,
04:25cette Volvo noire modèle sport.
04:27Et il est convaincu, lui aussi, lorsqu'il va apprendre tout ça,
04:31qu'après l'accident, que c'était bien lui qui était visé ce jour-là.
04:34C'est une théorie qui est confirmée par un colonel.
04:37En tout cas, pas directement, mais c'est un magistrat qui va l'affirmer.
04:41Donc, ce n'est pas n'importe qui.
04:42Ce magistrat, il va dire en 1992, avoir recueilli les confidences d'un militaire, d'un colonel
04:49qui avait consulté le dossier Saint-Aubin, donc un dossier en quelque sorte secret,
04:54et qui avait dit, il y a eu une méprise, le véhicule a été confondu avec un autre
04:58pour neutraliser quelqu'un, mais ce colonel qui sera réentendu ensuite va se rétracter
05:04et va, en gros, ne pas confirmer ce témoignage.
05:06Après 20 années de procédure, les joaillers d'Ijeunay sont plus que jamais convaincus
05:10que leur fils, tué dans un accident de voiture avec sa fiancée, a été victime d'une erreur.
05:15Selon les époux Saint-Aubin, c'est un camion militaire qui aurait provoqué l'accident mortel
05:19en voulant liquider un responsable de l'OAS.
05:22Une inspection judiciaire saisie en 1982 vient de reconnaître, selon Mme Saint-Aubin,
05:26qu'un camion militaire était bien présent sur les lieux dans sa série Vérités interdites.
05:31TF1 évoquera mardi cette affaire Saint-Aubin à noter que l'unique témoin de l'affaire est mort
05:36trois jours avant le tournage de l'émission, au cours de laquelle il devait témoigner.
05:41Dans la foulée, Pierre Jox, qui est alors ministre de la Défense, indique n'avoir aucun dossier sur l'affaire.
05:48Une fois de plus, l'accident Saint-Aubin est mis sous le tapis.
05:51En 1997, nous sommes 33 ans après la mort de Jean-Claude Saint-Aubin,
05:57et un ancien parachutiste et ex-sympathisant de l'OAS contacte Jean et André pour leur montrer des documents.
06:05Il les a subtilisés, dit-il, aux archives militaires,
06:08et selon lui, il prouve le projet d'attentat contre l'avocat et ancien trésorier de l'OAS réfugié à
06:15Genève.
06:16Sur ces documents, il est en effet écrit qu'il faut intercepter et neutraliser cet homme
06:22au lieu dit les esclaves, appuyés sur Argence.
06:25Mais quand la copie des documents arrive sur le bureau du ministère de la Défense,
06:28on conclut à des faux grossiers, et on n'essaye même pas de localiser les originaux.
06:34Le secret défense est invoqué.
06:36Et même s'il est déjà arrivé qu'il soit levé, ce ne sera pas le cas dans cette affaire,
06:41bien qu'on soit trois décennies après les faits.
06:44En 2000, 36 ans après le supposé accident mortel de Jean-Claude Saint-Aubin,
06:49sa mère, André, qui a déjà écrit un livre sur le sujet en 1987,
06:54prend une nouvelle fois la parole publiquement.
06:56Elle est épaulée par la Ligue des droits de l'homme et par un procureur, Hubert Dujardin.
07:01J'accuse aujourd'hui devant la télévision tous les magistrats qui ont eu à connaître cette affaire
07:09et qu'avec tous les documents qu'ils ont eu en leur possession,
07:13ont refusé de faire la lumière et la vérité par ordre.
07:17Et un ordre qui venait certainement de très haut.
07:26Damien, une nouvelle fois, André Saint-Aubin implore l'État de reconnaître la mort de son fils comme une bavure.
07:32Oui, André Saint-Aubin, elle a quand même 81 ans à ce moment-là
07:36et elle a passé l'essentiel de sa vie à tenter de connaître la vérité.
07:41Alors, elle a beaucoup de soutien, la Ligue des droits de l'homme, comme vous l'avez dit,
07:44mais aussi le Rassemblement National pour la Vérité sur les Accidents de l'Armée,
07:48une association, le RNVAA, le Syndicat des Avocats de France, le Syndicat de la Magistrature.
07:54Tout ce monde, en fait, demande la levée du secret défense.
07:58Et une nouvelle fois sans succès.
07:59Oui, et elle va mourir, entrer Saint-Aubin, en 2003, quelques années après son mari,
08:04sans jamais avoir eu la vérité.
08:11Après la mort d'André Saint-Aubin, son deuxième fils, François, poursuit la bataille.
08:15Aujourd'hui, âgé de 80 ans, il n'a pas abandonné, même s'il commence à dire à Mimot qu
08:20'il n'y croit plus vraiment.
08:22Il reste en colère contre la justice française.
08:24Mais après toutes ces années, François Saint-Aubin, vous êtes toujours en colère contre la justice française ?
08:29En 2022, invité sur RTL, il disait...
08:33Oui, oui, oui, oui, oui, parfaitement.
08:34Parce qu'ils ont quand même gâché la vie de mes parents.
08:39Accessoirement, la mienne, à titre un peu moindre.
08:42Parce que j'avais 20 ans, j'avais la vie devant moi.
08:46J'ai quelque part fait moquer du monde.
08:48Je suis désolé, mais on ne peut pas accepter ça.
08:51À Dijon, sur la tombe de Jean-Claude, une plaque de marbre noir indique
08:56« Jean-Claude Saint-Aubin, 1941-1964, assassiné par méprise à Fréjus, le 5 juillet 1964 ».
09:34Sous-titrage Société Radio-Canada
09:35Vous venez d'écouter Crime Story, le podcast fait divers du Parisien.
09:40Avec à la production Thibault Lambert et Raphaël Puyot,
09:44à la réalisation Julien Moncouquiol et à la rédaction en chef Jules Lavi.
09:49Un épisode raconté avec Damien Delsenny et un podcast à retrouver chaque samedi
09:54sur le site leparisien.fr et sur toutes les plateformes d'écoute.
10:00Sous-titrage Société Radio-Canada
10:12Sous-titrage Société Radio-Canada
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