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Le 18 juin 2009, la mère de cette jeune fille de 5 ans signale sa disparition soudaine dans les rues de Maubeuge. Mais les voisins de la famille déclarent qu’ils n’ont presque jamais vu la fillette. Crime story raconte cette affaire dans un podcast en deux parties avec la journaliste Clawdia Prolongeau et Damien Delseny, chef du service police-justice du Parisien.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Thibault Lambert et Barbara Gouy - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : Audio Network -

Archives : INA. Documentation.

Cet épisode de Crime story a été préparé en puisant dans les archives du Parisien, avec l'aide de nos documentalistes.

#truecrimepodcast #crimestory #disparition

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Transcription
00:01Vous écoutez Crime Story, Tiffen Tatton, l'enfant fantôme, deuxième et dernier épisode.
00:09Le jeudi 19 juin 2009, Tiffen Tatton, 5 ans, échappe à la vigilance de sa mère,
00:15en plein centre-ville de Maubeuge, dans le Nord.
00:17Sa disparition est immédiatement déclarée au commissariat.
00:21D'importants moyens sont déployés.
00:23Le contexte familial compliqué de la fillette est étudié.
00:27Mais après plusieurs jours, aucune piste n'est privilégiée.
00:33Le lundi 22 juin 2009, Tiffen a officiellement disparu depuis 4 jours.
00:38Mais la police commence à douter de plus en plus de la réalité de cette date.
00:43Ils apprennent notamment que le samedi 13 juin, 5 jours donc avant la date déclarée de la disparition de la
00:49petite fille,
00:50il y a eu le baptême de sa petite sœur.
00:53Une fête familiale qui a réuni beaucoup de monde, mais à laquelle personne n'a vu Tiffen.
00:58La coiffeuse, qui s'est occupée de préparer les petites filles, est elle aussi entendue.
01:03Et elle est formelle.
01:04Elle n'a jamais vu Tiffen.
01:07C'est normal, répond sa mère.
01:08Je l'avais laissée toute seule à la maison car j'avais des craintes que son père ne vienne la
01:12chercher.
01:13Les policiers, eux, trouvent au contraire que ça n'a rien de normal, comme elle dit.
01:18L'existence de Tiffen devient alors énigmatique.
01:21Son père, François Tatton, est venu 5 fois à Aulnoy-Emery pour tenter de voir sa fille
01:26depuis que sa mère est allée la chercher à l'école pour l'emmener vivre avec elle.
01:30Sans succès.
01:31Il a été en contact avec elle pour la dernière fois le jour de son anniversaire, le 6 avril, par
01:36téléphone.
01:38Après ça, il n'a plus réussi à lui parler.
01:41Quand il a essayé en mai et en juin, Anne-Sophie a répondu qu'elle n'était pas là.
01:47Les enquêteurs perquisitionnent la petite maison de briques blanches d'Anne-Sophie et Nicolas.
01:51Leur objectif est de trouver des traces récentes de l'existence de Tiffen.
01:55Les investigations ne révèlent rien de suspect.
01:58Aucune trace de sang apparente, notamment.
02:01Ils repartent avec des affaires de la petite fille et le sentiment que le mystère s'épaissit.
02:06Le silence de la mère, alors que le père s'est mobilisé sur le terrain dès le vendredi suivant la
02:11disparition de Tiffen,
02:13intrigue les policiers.
02:14Mais aucune charge formelle ne peut être retenue contre elle.
02:18Décrite comme solide psychologiquement,
02:21Anne-Sophie Faucher laisse faire les policiers en maintenant sa version initiale.
02:26Outre ce volet familial complexe, les enquêteurs continuent d'explorer la piste accidentelle
02:31et celle de l'enlèvement criminel qui reste malgré tout peu plausible.
02:38Damien Delsenis, on en revient donc au mercredi 24 juin
02:42et à la conférence de presse donnée par Anne-Sophie Faucher et Nicolas Willow
02:46dont je parlais au début du premier épisode.
02:49Oui, nous sommes six jours après la disparition de Tiffen au moment de cette conférence de presse
02:54où le couple apparaît ému mais c'est surtout Nicolas Willow qui paraît très ému.
03:00Il peut d'ailleurs à peine retenir ses larmes.
03:03Il est silencieux, quasi mutique.
03:05Alors il y a beaucoup, c'est une conférence de presse qui est beaucoup regardée en France
03:08parce que l'affaire commence à médiatiquement faire beaucoup de bruit et à toucher pas mal de monde.
03:12Et donc on voit le visage de cet homme qui a l'air vraiment touché par ce qui se passe.
03:17La mère, elle n'est plus posée.
03:19Elle va lancer d'ailleurs un nouvel appel à témoins
03:21où elle va dire il faut à tout prix nous la retrouver.
03:24Mais cet appel à témoins n'est pas très convaincant.
03:27Ce qui pose problème en réalité, c'est le discours d'Anne-Sophie Faucher
03:30et la façon dont elle prononce en quelque sorte, elle raconte cet appel à témoins.
03:36Son discours semble un peu mécanique.
03:38Elle va répéter les mêmes phrases.
03:40On a presque l'impression que ça a été préparé, qu'elle a comme des éléments de langage.
03:45C'est un enlèvement.
03:46Donc sur moi, je ne pense pas qu'elle puisse encore y être.
03:50Et c'est assez étrange dans une situation où normalement, on laisse plutôt parler son cœur,
03:54on laisse plutôt parler ses émotions.
03:56Ce qui est d'ailleurs le cas de son compagnon à côté d'elle qui lui peut à peine dire
03:59quelques mots.
04:00Donc voilà pourquoi on s'exprime aujourd'hui.
04:02Et on le fait surtout pour Tiffaine parce que voilà, je pense qu'elle a besoin qu'on reparle d
04:07'elle maintenant.
04:08Elle a besoin de nous.
04:09Donc c'est vrai qu'en faisant ça, on veut aussi qu'on remonte la photo de Tiffaine, que les
04:13gens la rendent.
04:14On remonte qu'elle est toujours là, qu'il faut qu'elle est dans le coin, qu'il faut la
04:17trouver et qu'on a besoin d'elle.
04:18Et ce comportement d'Anne-Sophie Faucher, ça ne fait évidemment pas d'elle une coupable d'emblée.
04:24D'autant que les enquêteurs n'ont toujours pas le moindre élément qui permette de l'incriminer.
04:28Il y a un contraste très fort entre la mère et le beau-père.
04:32Elle, elle tient le cap.
04:34Évidemment, ça se voit, elle tient le cap.
04:36Lui a l'air totalement effondré.
04:38Alors ce qui est d'autant plus étonnant, parce qu'elle, c'est quand même la maman, la mère biologique.
04:43En plus, elle a été cherchée, Tiffaine, elle l'a enlevée quasiment quelques temps auparavant.
04:48Et c'est presque lui qui, en fait, n'est que le beau-père, entre guillemets,
04:51qui a l'air le plus affecté par ce qui est en train de se passer.
04:58L'enquête se poursuit, sans vraiment avancer pendant de longues semaines.
05:02De forts soupçons pèsent désormais sur la mère de famille.
05:06Mais les enquêteurs, n'ayant toujours rien pour l'incriminer formellement,
05:09ils décident de patienter et d'observer Anne-Sophie Faucher.
05:13Ce qu'ils constatent, c'est que très vite, la vie reprend tout à fait normalement dans le foyer.
05:19Certes, Tiffaine n'est plus là.
05:21Mais à part ça, le quotidien est exactement le même.
05:24Elle et Nicolas s'occupent bien des deux autres enfants.
05:28À part les quelques rendez-vous donnés dans le cadre de la disparition de Tiffaine, rien n'a changé.
05:33Dès qu'elle se rend au commissariat pour suivre l'avancée de l'enquête,
05:36Anne-Sophie est attendue par de nombreux médias.
05:39Elle lâche quelques phrases au micro.
05:42Toujours les mêmes, toujours sur ce ton robotique.
05:45On espère avoir de bonnes nouvelles et que ça aboutisse à quelque chose, tout compte fait.
05:50Parce que depuis le début, on n'a que des points d'interrogation.
05:52Et on espère que les points d'interrogation partiront.
05:57Le lundi 30 novembre 2009, plus de cinq mois après la disparition de sa fille,
06:02Anne-Sophie Faucheur est de nouveau placée en garde à vue, dans les locaux de la police judiciaire de Lille.
06:07Il s'agit, selon un enquêteur, de vérification.
06:11Mais il n'y a pas d'éléments nouveaux.
06:13Anne-Sophie Faucheur maintient sa version.
06:16Mais après quelques heures, elle change étonnamment du tout au tout,
06:19et finit par dire que Tiffany est morte, qu'elle le sait.
06:23Mais c'est un accident, dit-elle.
06:25Anne-Sophie Faucheur est mise en examen le mardi 2 décembre 2009
06:29et placée en détention provisoire.
06:32Son compagnon, Nicolas Willow, est lui aussi mis en examen
06:35et écroué pour coup mortel et dénonciation de crimes imaginaires.
06:45Damien, Nicolas Willow donne davantage d'éléments
06:48et il confirme que la fillette subissait des violences.
06:52Ce n'est pas vraiment étonnant, en tout cas ça n'étonne pas les enquêteurs.
06:54Pourquoi ? Parce que les policiers de la PJ,
06:58ils avaient identifié en amont que le maillon faible dans le couple,
07:01c'était plutôt lui.
07:03On l'avait d'ailleurs vu craquer littéralement pendant les conférences de presse,
07:07on le sentait beaucoup plus fragile.
07:08Et donc effectivement, son interrogatoire est un peu plus simple,
07:13effectivement il va donner une version assez différente
07:17que celle qu'Anne-Sophie Faucheur s'accompagne à donner en primeur aux enquêteurs
07:21et à laquelle finalement elle va finir par adhérer,
07:26enfin elle va finir par confirmer ce que dit Nicolas.
07:29En fait ce sont des violences répétées, infligées à la fillette
07:32qui finissent par causer sa mort
07:33et elle serait décédée une semaine
07:36avant que sa mère aille signaler sa disparition au commissariat.
07:39Ça se serait passé le mercredi 10 juin 2009 au soir,
07:43c'est en quelque sorte la punition, la brimate de trop.
07:47Nicolas qui est pompier volontaire raconte que lui il a essayé de la réanimer mais en vain
07:52et que pris de panique et de peur de voir ces deux autres filles placées, retirées,
07:59lui et Anne-Sophie, enfin le couple, a décidé de monter ce scénario,
08:03c'est-à-dire cet enfant qui disparaît dans les rues de Maubeuge.
08:05Et une fois qu'ils ont créé, inventé ce mensonge,
08:09il leur était impossible de faire marche arrière,
08:11va raconter leur avocat, maître Emmanuel Riegler.
08:17Le mercredi 9 décembre au soir,
08:20la police scientifique est déployée dans un bois,
08:22près de Charleroi en Belgique.
08:24Sur indication du beau-père de Tiffaine,
08:27les experts fouillent un endroit
08:28et y découvrent des restes humains.
08:30Ce sont ceux de la petite fille.
08:33L'autopsie pratiquée dans l'après-midi du jeudi 10 décembre
08:36établit que Tiffaine était régulièrement victime de maltraitance
08:39de la part de sa mère et de son beau-père.
08:42Le procès d'Anne-Sophie Faucheur et Nicolas Willow
08:44s'ouvre devant les Assises du Nord, à Douai,
08:47le lundi 21 janvier 2013.
08:50La cour se penche sur la personnalité d'Anne-Sophie
08:52et son parcours chaotique.
08:55Troisième d'une fratrie de sept enfants
08:56que le père cognait à coups de ceinturon quand il avait bu,
08:59la jeune femme raconte avoir essayé de se construire seule.
09:02Elle décrit une mère qui ne disait rien,
09:05battue elle aussi,
09:06et qui acceptait des repas,
09:07où la famille mangeait du pourri, dit-elle.
09:10La première fille d'Anne-Sophie Faucheur
09:11naît quand elle a 16 ans.
09:13A 17 ans, elle retombe enceinte.
09:16Deux grossesses non désirées
09:17qui pèsent sur le couple qu'Anne-Sophie forme
09:19avec François Tatton.
09:21Quand ils se séparent,
09:22un an après la naissance de Tiffaine,
09:24son père la garde.
09:26Pendant plusieurs années,
09:28la mère la voit très peu.
09:30Anne-Sophie assure que Tiffaine lui a beaucoup manqué,
09:32mais elle n'a parlé d'elle à personne.
09:34Ni à son compagnon, Nicolas Willow,
09:36avec lequel elle vient d'avoir une troisième fille,
09:38désirée cette fois,
09:39ni à quelqu'un de son entourage.
09:42Le meilleur ami de Nicolas,
09:44chargé d'organiser le baptême de la troisième fille,
09:46ne connaît même pas l'existence de Tiffaine.
09:48Et il l'apprendra après sa disparition.
09:52Un jour de janvier 2009,
09:54Nicolas Willow trouve sa compagne en pleurs dans la cuisine.
09:57Elle lui dit,
09:58« On va la chercher ».
10:00Il dit à propos de ce moment,
10:02« J'ai foncé,
10:03j'ai pas réfléchi ».
10:04La présidente demande à Nicolas Willow
10:06s'il a pensé au bien-être de l'enfant.
10:08« Non », répond-il,
10:10« J'ai pensé au bien-être d'Anne-Sophie,
10:12pas aux conséquences ».
10:17Damien,
10:18enlevé de manière brutale
10:20à son entourage affectif,
10:22Tiffaine se montre un peu choqué.
10:23Oui, d'autant que sa maman,
10:25dont on pourrait se dire,
10:26elle va la chercher
10:27parce qu'elle a envie de voir sa fille,
10:29assez vite,
10:30elle regrette presque son geste.
10:32C'est-à-dire qu'elle avait un peu idéalisé
10:34ce retour de Tiffaine
10:36au sein de sa famille.
10:37Et très vite,
10:38Tiffaine,
10:39ça devient une petite fille gênante.
10:41Donc elle est régulièrement battue.
10:43Elle reçoit des corrections,
10:45des fessées,
10:45des coups de ceinturon,
10:46un peu comme ceux
10:47qu'Anne-Sophie recevait
10:48de son propre père
10:49quand elle était enfant.
10:50Et elle est même,
10:51Tiffaine,
10:52privée de nourriture.
10:54Après l'avoir en quelque sorte
10:55soustraite à la garde de son père
10:56au mois de janvier 2009,
10:59sa mère essaie de lui faire
11:00l'école à la maison.
11:01Donc elle ne la scolarise pas normalement.
11:03Elle lui fait l'école à la maison.
11:05Et en fait,
11:05tout ça fait que Tiffaine,
11:07qui était déjà une enfant
11:09auquel elle avait accordé
11:10un statut très particulier
11:11puisqu'elle n'en avait même pas parlé
11:12à son nouveau compagnon.
11:13C'est une petite fille
11:14en quelque sorte
11:14qui n'existait pas
11:15dans la vie d'Anne-Sophie Faucher.
11:17Et là,
11:18non seulement elle existe à nouveau,
11:19mais en plus,
11:19elle devient une forme de charge
11:21en fait pour elle,
11:22pour sa nouvelle vie.
11:23Et elle,
11:24elle se dit qu'elle n'est pas adaptée,
11:25en gros,
11:26qu'en plus,
11:27elle n'est pas qualifiée
11:28pour finalement faire l'école à sa fille,
11:29que son beau-père,
11:31Nicolas Willow,
11:31il n'est pas non plus plus adapté
11:33pour être instituteur à la maison.
11:35Et donc,
11:36que tout ça va entraîner
11:37une situation qui dégénère
11:38et qui devient extrêmement violente
11:40avec de nombreux épisodes
11:42de corrections
11:43qui se succèdent.
11:44Le psychiatre qui va mener
11:46l'expertise
11:47d'Anne-Sophie Faucher
11:48pendant l'instruction
11:49dira qu'en fait,
11:51elle vit très mal,
11:52Anne-Sophie Faucher,
11:53cette frustration,
11:54qu'elle en construit
11:55une espèce de colère,
11:56un ressentiment extrême,
11:57mais qui est totalement
12:00voué à Tiffen.
12:01En fait,
12:01c'est Tiffen
12:02qui écope
12:02de toutes les souffrances
12:04et de toutes les frustrations
12:05de sa mère.
12:05Et la mère raconte
12:07comment,
12:07à partir de cette situation,
12:09un engrenage de violence
12:10s'enclenche.
12:11Oui, parce qu'en réalité,
12:12qu'est-ce qui se passe ?
12:13Tiffen,
12:13elle se retrouve du jour au lendemain
12:14alors qu'elle a grandi
12:15avec sa grand-mère paternelle
12:16et avec son papa.
12:17Elle se retrouve projetée
12:19dans la nouvelle vie
12:20de sa maman
12:20qui, en plus,
12:21finalement,
12:22ne la souhaite pas vraiment,
12:23qui lui met des corrections,
12:24qui l'empêche d'aller à l'école.
12:26Donc, en fait,
12:26Anne-Sophie,
12:27elle se rend compte de ça
12:28puisqu'elle dit
12:28« Tiffen demandait toujours
12:30à retourner chez sa mamie
12:33et quand j'ai voulu lui faire
12:34l'école à la maison,
12:35c'est là que j'ai commencé
12:36à être très sévère,
12:37à lui infliger des punitions. »
12:38Elle reconnaît Anne-Sophie
12:39qu'elle lui a mis
12:40des gifles,
12:41des coups.
12:42La présidente va même
12:43aller au-delà.
12:44Elle va énumérer
12:45les fessées,
12:46les coups de ceinture,
12:47cette petite fille Tiffen
12:48qui est enfermée
12:49dans la cave,
12:51dans le noir,
12:52attachée à la rampe
12:53de l'escalier parfois.
12:54Et quand la présidente
12:55va demander à Anne-Sophie Faucheur
12:56« Mais est-ce que vous lui disiez
12:58pourquoi à Tiffen ? »
12:59La mère va répondre
13:00« Non, j'étais dans l'optique
13:02où c'était elle
13:04donc je voulais lui faire comprendre. »
13:07On précise au passage
13:08que Tiffen,
13:08elle a cinq ans à l'époque,
13:10d'effet même pas.
13:11Alors Anne-Sophie,
13:12elle va dire
13:12« Non, non, elle ne disait rien
13:13mais elle me regardait
13:14avec son visage dur,
13:16ses yeux durs.
13:17J'étais persuadé
13:18qu'elle me regardait méchamment. »
13:22Au fur et à mesure
13:23que les semaines passent,
13:24le calvaire de Tiffen
13:26s'intensifie.
13:27Peu à peu,
13:29Nicolas Willow
13:29prend part aux violences
13:30lui aussi.
13:31Les derniers temps,
13:33Tiffen,
13:33que tous décrivent
13:34comme une enfant calme
13:36et joyeuse,
13:37se cachent dans sa chambre.
13:39« Punie parce qu'elle a fait
13:40une bêtise »
13:41ou à la fin,
13:42« de peur qu'on voit
13:43les traces qu'elle porte »
13:44explique sa mère.
13:45« Pourquoi devient-elle
13:46ce monstre soudain ? »
13:48demande l'avocat général.
13:49« Parce que c'est dans notre tête »
13:51répond l'accusé.
13:53Le soir du mercredi 10 juin 2009,
13:56la petite fille
13:56ne parvient pas à dormir.
13:58Nicolas voit sa compagne
13:59entrer dans une colère
14:00qu'il n'a jamais vue.
14:01Les coups pleuvent,
14:03à la tête,
14:04au ventre.
14:05« J'ai été mettre
14:06une paire de baskets »
14:07raconte Anne-Sophie Faucheur
14:08en pleurs.
14:09« Je la frappe avec les pieds
14:10pour lui faire mal. »
14:13Nicolas Willow confirme.
14:14« J'étais derrière Tiffen »
14:16dit-il.
14:16« Je l'ai maintenu
14:17quand Anne-Sophie
14:18donnait les coups. »
14:19Elle ne réagissait pas.
14:21Notre colère
14:22s'est exacerbée.
14:23L'enfant pleure,
14:25recroquevillé.
14:26Il la tire jusqu'à
14:27la salle de bain.
14:27« Elle a peur,
14:29oui, » dit-il.
14:30« Elle ne tient
14:30presque plus debout. »
14:32Dans le bac à douche,
14:33où les coups
14:34pleuvent encore,
14:35la fillette subit
14:36une longue douche froide.
14:38« Tiffen avait
14:38les lèvres bleues.
14:39Elle tremblait
14:40de tout son corps, »
14:41a décrit le beau-père
14:42au juge.
14:43Le couple,
14:44qui retourne
14:44regarder la télévision,
14:46entend un souffle roque.
14:47« Puis elle s'est effondrée, »
14:49dit Nicolas Willow,
14:50qui tente alors,
14:51en vain,
14:52de la réanimer.
14:58Damien,
14:59bien qu'il soit
15:00pompier volontaire,
15:01il n'y parvient pas.
15:02Non, parce que
15:03les coups portés
15:03ont été trop nombreux,
15:05trop forts,
15:05donc Tiffen meurt
15:06et le couple décide
15:08de dissimuler
15:09le corps à la cave.
15:11Trois jours plus tard,
15:12c'est le baptême
15:13de la petite dernière
15:14qui est organisée
15:15dans la maison.
15:16Alors Tiffen,
15:17évidemment,
15:17n'y assiste pas
15:18puisqu'elle est en fait
15:19déjà morte.
15:20Mais simplement,
15:21elle est toujours
15:22dans la maison.
15:23cachée à la cave,
15:24le corps est caché
15:24à la cave
15:25et au bout de quelques jours,
15:26après cette fête familiale,
15:28ils vont déplacer
15:29le corps en forêt
15:31et c'est huit jours
15:32après avoir enterré
15:33le corps
15:33qu'ils vont aller
15:34déclarer la disparition
15:36et c'est à ce moment-là
15:37que le scénario
15:38qu'ils ont inventé
15:39à la va-vite,
15:40cette espèce de spirale
15:41du mensonge
15:42va s'enclencher.
15:43Est-ce qu'on sait précisément
15:44de quoi Tiffen est morte ?
15:46Non,
15:46l'état de décomposition
15:47du corps
15:48au moment de sa découverte
15:49ne permet pas
15:49de déterminer
15:50des causes exactes.
15:51On a simplement
15:53une liste de blessures
15:54assez impressionnantes,
15:56des impacts au crâne,
15:56une fracture du bassin,
15:58une fracture de la jambe gauche,
15:59une fracture du coude gauche,
16:01des blessures
16:02qui ont dû être
16:02extrêmement douloureuses,
16:04diront d'ailleurs
16:05les experts.
16:05son estomac aussi est vide,
16:08ce qui n'est pas étonnant
16:08puisqu'on l'a dit plus tôt,
16:10elle était souvent empêchée
16:12de manger,
16:12elle était privée de manger.
16:14Mais en tout cas,
16:14on ne sait pas
16:15quel est le coup,
16:17la chose définitive
16:18qui a causé sa mort.
16:19Comment se comporte
16:20Anne-Sophie Faucher
16:21pendant le procès ?
16:22Elle dit qu'elle se rend compte
16:24évidemment
16:24de la monstruosité
16:26de ses actes.
16:27Elle dit
16:28je travaille sur ça,
16:29j'essaie de comprendre.
16:30Elle a une expression
16:31un peu étrange,
16:32elle considère
16:33qu'elle se disait
16:33fort autoritaire à l'époque,
16:35ce qui est quand même
16:35très très loin
16:36de la vérité de ce dossier.
16:38Alors évidemment,
16:39ça ne va pas beaucoup
16:40convaincre les jurés
16:41parce qu'en plus
16:42des faits
16:43qui sont quand même
16:45atroces,
16:46les violences répétées
16:47sur une petite fillette,
16:48cette espèce de mise à mort,
16:50le fait de dissimuler
16:51ensuite le corps,
16:52d'organiser une fête,
16:53il y a aussi un élément
16:54qui viendra
16:55rendre la chose
16:56encore un peu plus abjecte,
16:57c'est le dernier dessin
16:59qu'a fait Tiffen
16:59à sa propre maman
17:00qui l'a maltraitée
17:01depuis des mois,
17:02c'est à la fête des mères,
17:03c'est le week-end
17:04avant
17:05la mort de Tiffen,
17:06Tiffen elle fait un dessin
17:07à sa maman
17:07sur lequel elle écrit
17:08je t'aime maman
17:09et c'est cette maman
17:10qui va la tuer
17:11trois jours plus tard.
17:12Donc cette accumulation
17:13de faits,
17:14de contextes
17:15vient en plus
17:17s'ajouter
17:18au mensonge
17:18qui a suivi,
17:20tout ça pénalement
17:20ça n'ajoute pas
17:21une peine supplémentaire,
17:22c'est pas parce que
17:23vous mentez
17:23ou vous racontez
17:25une histoire
17:25complètement fausse
17:26qu'on va vous condamner
17:27plus lourdement,
17:28le code pénal
17:29ne dit rien de tout ça,
17:30mais comme ce sont
17:30des jurés,
17:31c'est à dire des citoyens
17:32qui jugent en cour d'assise,
17:33forcément ça pèse
17:35dans la balance
17:35quand on a quelqu'un
17:36qui en plus d'avoir commis
17:37un acte extrêmement abject,
17:40en plus de ça
17:41a menti
17:42et a eu un comportement
17:43de manipulation
17:44en quelque sorte.
17:46Le vendredi 25 janvier 2013,
17:49Anne-Sophie Faucheur,
17:5026 ans,
17:51et Nicolas Willow,
17:5227 ans,
17:53sont condamnés
17:54à 30 ans de prison ferme,
17:56assortis d'une période
17:57de sûreté de 20 ans
17:58pour avoir tué Tiffaine.
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