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Le jeudi 29 juillet 1976, deux agents du commissariat de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) se rendent chez le couple Bergaud, situé près de Paris, car leurs proches sont inquiets de ne pas avoir de nouvelles d’eux. Sur place, aucun signe de vie. Alors, l'un des deux policiers décide de pénétrer dans l’appartement via le balcon, en cassant la vitre. Quand il rentre dans l’appartement des Bergaud, il découvre une scène d'horreur. Il y a du sang partout, tout est saccagé et le coffre-fort a été ouvert. Les corps sans vie d’Émile et d’Elisia Bergaud, criblés de balles, gisent au sol ainsi que celui d’Alfeia, leur domestique, qui a été étranglée et abattue d’une balle dans la tête. Dans Crime story, la journaliste Clawdia Prolongeau raconte cette enquête avec Damien Delseny, chef du service police-justice du Parisien.

Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : Audio Network

Archives : INA.

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Transcription
00:01Bonjour, je suis Claudia Prolongeau et vous écoutez Crime Story, le podcast de Faits Divers du Parisien.
00:08Décidément, ce sont les faits divers et leurs conséquences qui ont la vedette aujourd'hui.
00:14Des restes humains ont été retrouvés sur la propriété.
00:17Le préfet de la région a été assassiné.
00:21Et ces quatre enfants ont donc disparu. L'enquête s'oriente aujourd'hui vers un geste criminel.
00:27Chaque semaine, je vous raconte une grande affaire criminelle en m'appuyant sur l'expertise du chef du service police
00:33-justice du Parisien, Damien Delsenie.
00:39Bonjour Damien. Bonjour Claudia.
00:41Aujourd'hui, nous allons raconter l'histoire de Bernard Pesquet, surnommé le Landru du Val-d'Oise.
00:46Du nom de ce tueur, un Landru qui était cet assassin de femmes dans les Yvelines.
00:50Là, le Landru du Val-d'Oise, c'est Bernard Pesquet. Alors vous allez voir, il a tué des femmes,
00:55mais pas que.
00:58Été 1976. Émile Bergaud est un administrateur de biens fortunés de 76 ans.
01:05Il vit à Neuilly, près de Paris, dans un grand appartement bourgeois du 54 boulevard Mayo, tout près de la
01:12porte Mayo.
01:13Émile Bergaud habite ici avec sa femme, Élisia, 66 ans, et une domestique qui a une chambre chez eux, Alfea
01:21Borgioni, 55 ans.
01:24Le jeudi 29 juillet précisément, une secrétaire d'Émile Bergaud reçoit un coup de téléphone étrange.
01:30Au bout du fil, un inconnu lui dit que le vieil homme part de Neuilly avec sa femme pour quelques
01:35jours,
01:36et que ce n'est donc pas la peine que son chauffeur vienne le chercher comme d'habitude.
01:40La secrétaire trouve cet appel surprenant, inquiétant même.
01:44Elle prévient aussitôt le gendre d'Émile Bergaud, le mari de sa fille, qui lui aussi trouve ce coup de
01:51téléphone anormal.
01:53Cela ne ressemble pas du tout à son beau-père.
01:56Le gendre n'en reste pas là. Il compose immédiatement le numéro de la police.
02:01Dans l'après-midi, deux agents du commissariat de Neuilly se rendent chez le couple Bergaud.
02:06Ils sonnent à la porte une première fois, mais personne ne répond.
02:11Ils attendent un peu et sonnent une seconde fois. Rien non plus.
02:16L'un des deux policiers parvient alors à entrer dans l'immeuble voisin, celui du 56 boulevard Maillot.
02:23Là, un habitant du quatrième étage lui ouvre sa porte et l'autorise à sortir sur son balcon.
02:30Le policier enjambe alors la rambarde du balcon filant, passe sur une corniche et saute sur le balcon des époux
02:37Bergaud.
02:38Il casse une vitre et entre dans l'appartement.
02:43Il découvre alors une scène de chaos et d'horreur.
02:46Il y a du sang partout. L'appartement a été saccagé. Un coffre-fort a été ouvert.
02:52Mais surtout, au fur et à mesure qu'il avance dans l'appartement, le policier trouve trois corps.
02:58Ceux des époux Bergaud l'un sur l'autre dans leur chambre, puis celui d'Alféa, leur domestique, dans les
03:05toilettes, assise sur la cuvette.
03:07Elle a été étranglée et abattue d'une balle dans la tête.
03:11Émile et Élisia Bergaud ont aussi reçu des balles.
03:15Sept en tout ont été tirés.
03:18Ce sont des balles de calibre 7,65.
03:24Damien, les policiers pensent tout de suite être sur la scène d'un cambriolage qui a mal tourné.
03:31C'est assez évident pour eux parce qu'il y a un appartement qui a été fouillé, totalement retourné.
03:37Il y a aussi la disposition des corps, notamment des deux victimes du couple.
03:42Émile Bergaud, il a été ligoté.
03:44Sa femme Élisia, elle a été battue.
03:46Donc ça rappelle ces vols chez les personnes âgées qu'on frappe pour leur faire avouer quelque chose,
03:51pour leur faire dire où se trouve leur richesse, leurs bijoux.
03:53Et la fille des époux Bergaud, qui va être sur place aussi juste après les policiers,
03:58elle va d'ailleurs constater qu'il manque des bijoux, qu'il y a des choses qui ont été volées,
04:01et aussi des pièces de monnaies étrangères.
04:04On sait aussi que le coffre-fort qui est dans l'appartement a été ouvert.
04:08Alors forcément, il a été ouvert par Émile ou par sa femme,
04:11mais sans doute aussi, même très sûrement, sous la menace de l'agresseur ou des agresseurs.
04:16Et on voit bien que c'est cette scène de pillage et de cambriolage qui a sans doute très très
04:20mal tourné.
04:21La tuerie a probablement eu lieu au maximum quelques heures seulement avant la découverte des corps.
04:26C'est une constatation qui est faite par le médecin légiste, qui est évidemment appelé sur les lieux.
04:30Alors, on n'est pas encore au top de la police scientifique à l'époque,
04:34mais le médecin dit, voilà, les corps sont encore chauds, comme on disait un petit peu à l'époque.
04:38Donc effectivement, c'est quelque chose qui remonte à tout au plus quelques heures.
04:42Dans l'appartement, les enquêteurs trouvent un indice déterminant.
04:46Sous un délit, ils vont découvrir le sac de Madame Bergaud.
04:50Et dans ce sac, au milieu d'un tas de papiers classiques, ils vont trouver le devis d'une entreprise
04:54de peinture.
04:55En apparence, c'est un document assez anodin.
04:57Cette entreprise, elle est domiciliée dans le Val-d'Oise à Pierre-Laye.
05:00Le propriétaire s'appelle Bernard Pesquet.
05:05Le devis est accompagné d'une lettre à en-tête de l'entreprise de peinture.
05:09Le document annonce la venue d'un artisan peintre ce jeudi 29 juillet, dans la matinée.
05:15L'artisan est en fait déjà venu, il y a dix jours, pour faire un diagnostic
05:19et un devis sur des travaux de retapissage d'une chambre de l'appartement.
05:23La lettre est signée Bernard Pesquet.
05:25C'est lui qui est passé dans la matinée pour reprendre les échantillons de papier peint
05:30qu'il avait laissé une semaine et demie plus tôt.
05:33Les policiers détiennent donc l'identité d'un homme qui aurait pu être présent chez
05:37les bergots au moment où le couple et leur domestique ont été tués.
05:42Il a peut-être vu quelque chose, il a peut-être croisé des gens.
05:46Les enquêteurs veulent aller l'interroger.
05:48Mais avant de se rendre chez lui, à Pierre-Laye, près de Pontoise, dans le Val-d'Oise,
05:53où il habite un pavillon situé au 81 avenue de la Libération,
05:57les policiers veulent avoir plus d'éléments sur sa vie.
06:02Bernard Pesquet est marié avec Christiane Rueau,
06:05une femme qui a mystérieusement disparu deux ans plus tôt.
06:09Quand il était jeune, dans les années 30, il a tenté de devenir cuisinier,
06:14à Rouhan chez son oncle.
06:15Mais il a vite abandonné.
06:17Puis, le jour de ses 18 ans, le lundi 18 mars 1940,
06:22il s'est installé seul, dans un appartement du 95 Rue aux Ours,
06:27après avoir réussi son examen d'électricien.
06:30Quelques mois plus tard, en juin 1940,
06:33alors que la France est occupée par l'Allemagne,
06:35Bernard Pesquet est réquisitionné pour travailler au foyer du soldat allemand.
06:40Tous les matins, une voiture noire vient le chercher
06:43et l'emmène dans les différents dépôts de la ville,
06:45où il doit effectuer des réparations.
06:47Il s'exécute.
06:48Quand le nom de Bernard Pesquet attire l'attention des policiers de Neuilly,
06:53en 1976, il n'est pas inconnu des services de police,
06:57ni de la justice.
06:59Loin de là.
06:59En septembre 1939, alors qu'il est âgé de 17 ans,
07:04Bernard Pesquet est poursuivi pour vol à l'étalage,
07:07avant d'être acquitté, faute de preuve.
07:10Mais surtout, dans la nuit du 22 août 1941,
07:14vers 23h, il bat à mort un homme à coups de barres de fer.
07:23Damien, cet homme, ce n'est pas n'importe qui, pour Bernard Pesquet.
07:27Non, parce que l'enquête à l'époque va démontrer que cet homme, c'est son amant.
07:31Il s'appelait Julien Quibel.
07:33Et après l'avoir tué, Pesquet s'est rendu chez lui
07:35et a dérobé toutes ses économies avant de s'enfuir.
07:38Et le corps de Julien Quibel, lui, il a été retrouvé le lendemain.
07:41Bernard Pesquet, il est tout de suite identifié comme le coupable de ce meurtre ?
07:45Oui, parce qu'en réalité, en raison de sa relation amoureuse avec la victime,
07:49avec Julien Quibel, il va très vite être identifié, recherché, arrêté.
07:53Il est placé en état d'arrestation.
07:56Il a 19 ans à l'époque et au troisième jour d'audition,
07:59il va avouer, effectivement, qu'il a bien tué Julien pour lui voler ses économies.
08:04Et puis, il va se rétracter.
08:06Il va dire qu'en fait, ce n'est pas lui qui a tué Julien,
08:08que c'était un collabo et que donc, il a été tué par des résistants.
08:11Son procès va faire énormément de bruit.
08:14Il encourt la peine de mort puisqu'il a plus de 16 ans à l'époque.
08:17Donc, c'est assez rare de voir des personnes aussi jeunes encourir une telle peine.
08:21Il a tout juste 19 ans quand il a commis ce meurtre.
08:23La majorité, à l'époque, elle est à 21 ans.
08:26Donc, il y a quand même peu de chances qu'il soit condamné à mort.
08:29Mais c'est possible.
08:29Donc, ça crée un suspense au moment de l'audience.
08:31Et effectivement, finalement, il échappe à la peine de mort.
08:34La cour d'assises de Rouen va le condamner aux travaux forcés à perpétuité.
08:37Alors, c'est une peine qui n'existe plus.
08:39Les travaux forcés, ça existait notamment à l'époque où il y avait encore des bagnes en France
08:43ou notamment à Cayenne, en Guyane.
08:45Donc, on envoyait ces gens-là dans des bagnes pour travailler et être enfermés pendant des années.
08:50C'est la deuxième peine, la plus sévère après la peine de mort, la peine de travaux forcés.
08:54Donc, à ce moment-là, ça rend quasiment impossible une libération avant la fin de sa vie.
08:59C'est une peine quasiment de perpétuité réelle.
09:01Mais en juin 1960, les travaux forcés sont abolis en France.
09:06Donc, la peine de pesquer, elle est transformée en une réclusion criminelle à perpétuité.
09:11Et en octobre 1961, il va obtenir une grâce, comme c'est possible à cette époque-là,
09:17qui va ramener finalement cette peine à 20 ans.
09:20Et comme ça fait tout justement 20 ans qu'il est en prison, puisqu'il a été arrêté en 1941,
09:25on le rappelle,
09:26il va sortir immédiatement de prison.
09:28Il a à ce moment-là 39 ans.
09:31Bernard Pesquet reprend une vie classique.
09:34Il crée son entreprise de peinture et travaille si bien qu'il devient une référence en la matière.
09:40Il est sérieux, inspire confiance et réussit à s'entourer de personnes ayant des positions sociales plus élevées que la
09:46sienne,
09:46le maire, le curé et divers notables de sa commune du Val-d'Oise.
09:50Il est cité en exemple par des services de réinsertion de jeunes sortis de prison
09:54et reçoit même dans son entreprise des apprentis qui ont eux aussi eu affaire à la justice.
10:01En 1963, Bernard Pesquet rencontre Christiane Rueau via une agence matrimoniale.
10:07Elle a 20 ans, lui 40.
10:10Le frère de Christiane raconte que le peintre lui a tapé dans l'œil.
10:14Elle rêvait de mariage, de stabilité.
10:17Et Bernard Pesquet semblait justement pouvoir lui apporter tout ça.
10:21Ils se marient cinq ans plus tard, la veille de Noël, et emménagent ensemble dans le pavillon de Pierre-Lé
10:27en 1972.
10:29À cette époque, les connaissances du couple racontent que Christiane et Bernard se disputent beaucoup
10:34et qu'elle a pris l'habitude de quitter la maison sans prévenir, pour plusieurs heures ou pour plusieurs jours.
10:39Mais le samedi 23 novembre 1974, Christiane ne revient pas.
10:45Bernard Pesquet signale à la police cette disparition volontaire, puis apprend à vivre sans elle.
10:51Jusqu'à ce que les policiers se rendent chez lui pour enquêter sur le triple meurtre de Neuilly, ce jeudi
10:5729 juillet 1976.
11:02Damien, lorsqu'ils arrivent, les policiers ne trouvent personne.
11:05Lorsqu'il frappe à la porte, personne ne leur répond.
11:07Donc ils vont faire quelque chose d'assez classique, ils vont aller interroger les voisins.
11:11Et puis l'un d'eux, au moment où il est interrogé par les policiers, leur dit
11:14« Mais là-bas, il y a un type qui passe au loin, c'est lui. »
11:17Donc les policiers vont le rattraper.
11:18Ils ont quand même l'impression que quand ils l'arrêtent, ils avaient l'intention de partir et de s
11:22'enfuir.
11:23Donc ils l'arrêtent et ils l'emmènent pour l'interroger.
11:26À quoi est-ce qu'il ressemble physiquement ?
11:28Il est vêtu d'un costume gris avec une chemise blanche.
11:31C'est un homme qui a un physique assez commun.
11:33Il n'est pas très grand, il a le front un peu dégarni, il est brun.
11:36Quand il est arrêté, il n'a pas l'air totalement déstabilisé par ce qui lui arrive.
11:42Alors que pourtant, au même moment, quand les policiers vont rentrer dans sa maison pour la fouiller,
11:47ils vont faire des couvertes qui, elles, pour le coup, sont assez déstabilisantes.
11:54Vous venez d'écouter le premier épisode de Crime Story consacré à l'affaire du Landru du Val-d'Oise.
12:01Suite et fin de ce podcast dans le deuxième épisode,
12:04déjà disponible sur leparisien.fr et sur toutes les plateformes d'écoute.
12:08Sous-titrage Société Radio-Canada
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