- il y a 2 mois
La prostitution des mineures est un phénomène qui prend de l'ampleur. Les magistrats et les enquêteurs tentent de lutter…
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NewsTranscription
00:00Bonjour, je suis Clara Garnier-Amouroux et vous écoutez CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:13La prostitution des mineurs est un phénomène qui prend de l'ampleur.
00:17On vous en parlait dans CodeSource en septembre dernier, c'est une prostitution d'un genre nouveau.
00:22Recrutement de très jeunes filles via les réseaux sociaux, des clients qui répondent à des annonces sur des sites en
00:27ligne
00:27et des passes qui ont lieu dans des appartements Airbnb ou des hôtels bon marché.
00:32La justice, elle, peine à protéger les victimes.
00:35Aujourd'hui, on vous raconte avec Carole Sterlet du service enquête du Parisien l'histoire de Dahlia,
00:40une jeune fille tombée dans la prostitution à 14 ans.
00:43On revient aussi sur les raisons pour lesquelles la justice a du mal à lutter contre ce fléau
00:47avec Simon Bénard-Courbon et Magali Lavibady du tribunal judiciaire de Bobigny.
00:55Carole Sterlet, le 20 janvier dernier, vous publiez une enquête sur la prostitution des mineurs
01:00au cours de laquelle vous avez notamment rencontré une jeune fille qu'on prénommera Dahlia.
01:04Comment cette rencontre s'est faite ?
01:05Je l'ai rencontrée au tribunal correctionnel de Bobigny.
01:08Je faisais une enquête sur la lutte contre la prostitution des mineurs en coulisses.
01:14Entrer en contact avec des jeunes prostituées ou des jeunes filles qui se sont prostituées, c'est compliqué.
01:19Et donc je suis allée à plusieurs audiences et là j'ai trouvé celle qui a décidé de se prénommer
01:24Dahlia.
01:24À la sortie de l'audience, on a discuté et elle a commencé à me parler, elle a accepté de
01:31me parler.
01:31Qu'est-ce qu'elle vous raconte ?
01:32Les faits remontent à la fin de l'année 2016, septembre 2016.
01:39Dahlia, elle a 14 ans, elle vit en Seine-Saint-Denis.
01:41Elle vient de faire sa rentrée en troisième, c'est une collégienne en errance, enfin c'est ce qu'elle
01:46me décrit, qui multiplie les fugues, elle fume du cannabis depuis quelques temps, elle sèche les cours.
01:54Donc sa rentrée en troisième s'inscrit dans ce contexte-là.
01:57Et à ce moment-là, elle est approchée par un garçon.
02:00C'est un garçon qu'elle connaît de vue, qui me dit-elle a quelques années de plus qu'elle,
02:04qu'elle connaît de l'école.
02:05Un grand qui a grandi dans son quartier, elle, elle me dit qu'elle le croise dans la rue et
02:12qui lui propose de devenir escorte.
02:15Il cherche des filles et escorte, ça veut dire se faire beaucoup d'argent par jour, lui dit-il, environ
02:211000 euros, facilement.
02:23Et c'est normal puisque tout le monde le fait.
02:25Et ce qui l'a fait surtout réfléchir, c'est la pas du gain.
02:31Dahlia, à ce moment-là, elle est aussi en conflit avec sa famille.
02:34Ce qu'elle, elle décrit, c'est une situation familiale compliquée.
02:38Elle dit qu'elle a eu beaucoup de mal à supporter le divorce de ses parents quand elle était en
02:42sixième, elle avait 11 ans.
02:43Elle dit qu'elle voulait vivre avec son père, mais qu'elle est restée vivre avec sa mère, qu'elle
02:48n'a pas eu le choix,
02:48que sa mère était très absorbée par son travail, que c'était une grande sœur qui, de fait, régentait son
02:54éducation.
02:54Elle parle de trop d'interdits, elle parle aussi de cette grande sœur qui l'emmenait avec elle en soirée.
02:58Donc, quand la sœur aînée quitte le domicile familial pour voler de ses propres ailes,
03:03elle aussi, elle prend le large, mais elle n'a que 13-14 ans.
03:08Et rapidement, Dahlia va commencer à se prostituer.
03:10Ça se passe en quelques jours seulement.
03:12C'est-à-dire, elle explique qu'elle est abordée en septembre 2016 et elle se prostitue quasiment immédiatement.
03:19Elle accepte très rapidement la proposition.
03:24Dahlia est en fugue. Comment réagit son entourage ?
03:27Sa mère est allée signaler sa fugue, est allée plusieurs fois au commissariat pour expliquer que sa fille était en
03:34fugue, ne revenait pas.
03:35Mais Dahlia ne réalise pas tout de suite à quoi va ressembler son quotidien de prostituée.
03:39Non, elle s'imaginait plutôt escorte, façon Zahia.
03:42Ça veut dire plutôt être bien habillée, aller au restaurant, offrir une présence agréable à des hommes qui payent ces
03:49services-là.
03:50Éventuellement, éventuellement, dit-elle, finir au lit avec un client, mais pour beaucoup d'argent, et seulement éventuellement.
03:58Le quotidien qu'elle décrit est aux antipodes de ça.
04:01C'est des hôtels à bas coût.
04:02Elle en change tous les deux, trois jours.
04:05C'est dix clients par jour.
04:07Elle se réveille à midi.
04:09Enfin, elle commence à midi, plutôt, et elle termine parfois jusqu'à quatre heures du matin.
04:14Elle dit que si elle ne fait pas mille euros par jour, elle ne va pas se coucher.
04:17Et ça, sans arrêt.
04:19Elle, elle dit que son proxénète avait un objectif de 25 000 euros par mois.
04:23Elle dit qu'elle voyait de temps en temps quelques centaines d'euros, qu'il lui donnait pour aller s
04:29'acheter des vêtements, se faire plaisir, qu'elle claquait en n'a rien de temps, en maquillage, en vêtements, en
04:35taxi, en bar.
04:38Mais elle dit qu'il ne lui laissait pas l'argent et qu'il lui expliquait qu'il valait mieux
04:43qu'elle ne l'ait pas avec elle, parce qu'elle pouvait très bien se faire braquer par les clients.
04:47Ce qu'elle décrit, c'est aussi une forme d'emprise.
04:51Au début, elle dit qu'elle se sentait bien et qu'elle a assez rapidement compris qu'elle était manipulée.
04:56Alors, parce qu'elle n'avait sans doute pas l'argent qu'on lui avait promis, mais aussi parce que
05:02le quotidien était infernal et que c'était sans répit et qu'elle n'avait pas le choix des clients
05:06non plus.
05:07Donc, il y avait des clients de tous âges, des hommes d'affaires, comme elle dit, qui venaient sur leur
05:11pause déjeuner, des jeunes de cité.
05:12Très peu, d'ailleurs, tournaient les talons au vu de son jeune âge.
05:16Elle devait dire qu'elle était majeure et elle décrit la peur qu'elle ressentait.
05:20Elle dit que son proxénète avait un couteau long comme le bras.
05:23Il la menaçait de diffuser des vidéos porno d'elle à sa famille si elle partait.
05:28Donc, voilà, elle décrit ce climat-là et ça dure cinq mois.
05:33Après cinq mois de calvaire, elle parvient à s'en sortir. Comment ?
05:36Elle, elle explique que c'est par un ami d'ami, pas un client, qu'il l'a convaincu de
05:42sortir de là.
05:42En fait, il est tombé amoureux d'elle. Il lui a expliqué, il l'a convaincu que sa place n
05:45'était pas là et qu'il fallait qu'elle rentre chez elle.
05:47Elle rentre chez elle et sa mère l'amène au commissariat pour signaler qu'elle n'est plus en fugue.
05:51Oui, elle dit qu'elle est d'ailleurs très surprise que les policiers aient des vidéos ou des preuves des
05:58lieux où elle se trouvait, avec qui, et qu'à partir de là, elle raconte tout.
06:09Magali Lavi-Baddy, vous êtes juge des enfants au tribunal judiciaire de Bobigny, référente prostitution des mineurs.
06:15Est-ce que le profil de Dahlia, c'est quelque chose que vous voyez souvent dans les dossiers que vous
06:19traitez ?
06:20Alors, très honnêtement, je me suis demandé si ce n'était pas une de mes mineurs.
06:22Ça me faisait tellement penser à une jeune fille que j'ai suivie qui s'est prostituée, que je me
06:26suis dit, est-ce que c'est elle, est-ce que ce n'est pas elle ?
06:28Alors, il y avait quelques signaux qui me faisaient dire que non, ça ne correspondait pas, mais typiquement, le même
06:33profil et la même situation.
06:34Pour caricaturer, mais pour faire à peu près le dossier typique d'une jeune fille qui peut entrer en prostitution,
06:40en général, ce sont des adolescentes qui ont aux alentours de 15-16 ans,
06:44mais qui peuvent être un petit peu plus jeunes, qui sont en décrochage scolaire, qui vont être absentéisme ou avoir
06:51des problèmes de comportement à l'école,
06:53qui sont fugueuses très souvent, qui sont très vulnérables et très fragiles, au sens où elles ont souvent subi des
06:58violences physiques d'abord dans leur famille,
07:00et dans 90% elles ont subi des violences sexuelles. Et puis ensuite, ce sont des jeunes filles qui vont
07:05manifester un comportement très sexualisé,
07:07qui vont beaucoup mettre en scène leur corps, qui vont présenter une addiction aux réseaux sociaux.
07:12À la lecture du dossier, avant même de rencontrer la jeune fille et la famille, moi j'ai un signal
07:16d'alarme qui s'allume dans ma tête,
07:17je me dis attention, là on est sur un profil risqué, il faut faire très attention.
07:24Simon Bénard-Courbon, vous êtes substitut du procureur au tribunal judiciaire de Bobigny,
07:28et vous êtes référent prostitution des mineurs depuis un an.
07:31Des jeunes filles comme Dahlia vous en voyez beaucoup, comment elles tombent dans la prostitution ?
07:36Il y a, ça n'a pas du gain, l'idée qu'elles vont gagner beaucoup d'argent, rapidement, facilement.
07:40Il y a le fait qu'elles sont dans une situation vulnérable, donc en fait elles vont être repérées par
07:44des proxénètes.
07:45Et il y a un phénomène qu'on appelle l'effet Zaya, qui est lié à cette glamourisation de l
07:50'escort girl.
07:51C'est une prostitution glamour et qui amène au succès en fait.
07:54Donc il y a cette idée que si on est prostituée ou en tout cas escorte, comme les jeunes filles
07:58peuvent le dire parfois,
07:59elles accèdent à la notoriété, l'argent, etc.
08:02D'ailleurs, est-ce qu'elles parlent réellement de prostitution ou est-ce qu'elles utilisent un autre mot ?
08:05Très souvent déjà, elles n'en parlent pas du tout.
08:07Si elles en parlent, elles disent que ce n'est pas de la prostitution.
08:09Effectivement, elles utilisent différents noms, le michetonnage.
08:12L'escorting, le pigeonnage.
08:14C'est-à-dire que finalement, on a l'impression que ce n'est pas vraiment de la prostitution.
08:17Que c'est autre chose, que c'est moins grave, qu'il y a une espèce de contrôle, que c
08:21'est elle qui décide.
08:22On n'est plus du tout sur l'image du bois de boulogne ou de la maison close.
08:26Alors que finalement, dans les faits, c'est exactement la même chose qui se passe.
08:31Qu'est-ce qui caractérise la prostitution des mineurs ?
08:34C'est très facile à mettre en œuvre.
08:35Il suffit d'avoir un jeune garçon ou une jeune fille vulnérable.
08:38Ils font un téléphone portable qu'on peut acheter pour 10-20 euros.
08:42Et une chambre d'hôtel dans un hôtel à bas coût, 45-50 euros la nuit.
08:46Et vous avez tous les éléments pour commencer la prostitution d'une personne.
08:49Deuxième élément, c'est la mobilité.
08:50C'est une activité qui est très mobile.
08:52On passe d'appartement en appartement, d'hôtel en hôtel, pendant quelques jours, une semaine.
08:56Puisqu'on est repéré au bout d'un moment.
08:57Donc c'est pour ça qu'il faut être mobile.
08:58On est sur une délinquance qui est organisée, qui est réfléchie, où le but c'est de faire de l
09:04'argent.
09:04Puisque le proxénétisme au niveau mondial, l'exploitation sexuelle, c'est la troisième source de revenus illicites au monde.
09:11Et les proxénètes français ont très bien compris qu'ils pouvaient gagner beaucoup d'argent très facilement en prostituant des
09:16jeunes filles ou des jeunes garçons.
09:17Ce qui est nouveau, c'est que c'est une nouvelle forme de prostitution qui est presque, je dirais, entre
09:22guillemets, à la mode.
09:24Avec une nouvelle forme surtout de proxénétisme aussi.
09:26C'est-à-dire que les personnes qui vont prostituer d'autres personnes sont souvent maintenant des mineurs, voire des
09:31mineurs filles.
09:32Et ça se passe aussi beaucoup sur les réseaux sociaux.
09:34Quasiment tout se fait par internet, puisqu'il faut une annonce en général pour attirer le client.
09:40Sur les sites internet, ils sont nombreux, les annonces, sexemodel.com, etc.
09:44Ça se fait aussi sur Instagram maintenant avec des comptes dédiés.
09:46Par exemple, sur Instagram, vous avez des gens qui mettent des photos avec plein de billets de banque,
09:51avec écrit dessous « contact si tu veux te faire de l'argent facile ».
09:54Et puis juste, voilà, en cliquant là-dessus, il peut y avoir des propositions de prostitution.
09:58Il y a évidemment une utilisation massive de Snapchat, puisque c'est un réseau social où les choses s'effacent.
10:02Donc en fait, les propositions de prostitution des mineurs sont sur ce réseau social,
10:05c'est-à-dire qu'elles mettent des photos du corps de la jeune fille, on ne voit souvent pas
10:08la tête.
10:08C'est comme ça que ça se passe, le recrutement très classiquement, par les réseaux sociaux.
10:14Carole Sterlet, on entend aussi parler de ce phénomène comme le proxénétisme de cité.
10:20Est-ce que ça reflète la réalité ?
10:22Alors si ça l'a reflété un jour, à mes yeux, c'est une expression qui est périmée maintenant, qui
10:26est galvaudée.
10:26On s'aperçoit que ça ne concerne pas que des filles qui sont nées, qui ont grandi en cité,
10:32puisque dans les signalements qui arrivent notamment au parquet des mineurs,
10:36trois jeunes filles sur dix sont originaires d'ailleurs que de Seine-Saint-Denis.
10:41Donc ce qui se passe, c'est que les lieux de prostitution sont plutôt dans des hôtels à bas coût,
10:46qu'on va trouver en périphérie, en banlieue.
10:48Mais le proxénétisme de cité, ce n'est pas une expression appropriée.
10:51C'est un phénomène en hausse, la prostitution des mineurs ?
10:54D'après les associations et magistrats qui ont beaucoup travaillé sur la question,
10:58oui, c'est-à-dire depuis 2014, on noterait une hausse du nombre d'affaires constatées,
11:03mais il n'y a pas de statistiques officielles, il n'y a pas de recensement des prostituées mineures.
11:08En revanche, tout le monde s'accorde pour dire qu'il y aurait entre 6 et 10 000 enfants
11:13qui se prostituent en France aujourd'hui, et majoritairement des filles.
11:21Carole Sterlet, le procès des proxénètes de Dahlia, initialement prévu pour la fin de l'année 2019,
11:26a finalement été repoussé à l'automne 2020, soit 5 ans après les faits.
11:30C'est long ?
11:31C'est très très long.
11:32Il faut imaginer qu'on juge des garçons qui ont une vingtaine d'années,
11:35la victime est encore mineure à ce moment-là, donc 5 ans à l'échelle de ces villes-là, c
11:40'est très long.
11:41Et là, on assiste à une situation où les faits ont eu lieu quand Dahlia était très jeune, elle avait
11:4514 ans.
11:46Après ces longues années d'attente, elle est majeure.
11:49Oui, elle vient d'avoir 18 ans.
11:52Magali Lavibadie, pourquoi le délai a été si important dans le cas de Dahlia ?
11:56Parce que le proxénétisme, c'est une infraction qui est peu visible.
12:01Puisqu'on ne parle pas de prostitution, là, de rue, ce ne sont pas des jeunes filles qui sont sur
12:03le trottoir,
12:04elles ne sont pas dans les bois, c'est très caché, c'est dans des hôtels, dans des appartements.
12:08Du coup, pour venir démanteler un réseau, même quand c'est un tout petit réseau, trois bras cassés,
12:14ça demande une enquête quand même un petit peu poussée, ça demande des surveillances, des écoutes téléphoniques.
12:20Forcément, ça fait des enquêtes qui sont très longues parce qu'on n'est pas sur de la flagrance
12:22où on voit qu'il faut avoir beaucoup plus d'éléments, donc ça demande une enquête poussée sur plusieurs mois.
12:28Pourtant, les clients encourt trois ans de prison, sept ans si la victime a moins de 15 ans,
12:32et les proxénètes jusqu'à 15 ans de prison et 300 000 euros d'amende.
12:36Mais le problème, c'est que ce sont des enquêtes compliquées à mener.
12:38Concrètement, c'est les jeunes filles qui ne veulent pas coopérer avec les enquêteurs,
12:43ou même les éducateurs qui les suivent, donc elles ne reconnaissent pas du tout ce qu'elles font.
12:47Donc si la jeune fille ne dit rien, c'est très difficile pour l'enquête d'avancer,
12:50donc parfois je classe les affaires sans suite.
12:52Deuxième difficulté, c'est le fait que mes services d'enquête avec lesquels je travaille,
12:56certains sont saturés en Seine-Saint-Denis.
12:59Les services d'enquête ont beaucoup d'affaires à gérer de manière générale,
13:01et donc ils ont du mal à parfois avancer sur ces dossiers qui sont complexes.
13:05Parce que pour l'instant, les éducateurs, les policiers, les avocats
13:09ne sont pas toujours formés à reconnaître des situations de prostitution chez les mineurs qu'ils suivent.
13:14On parle souvent de tabou en matière de prostitution des mineurs,
13:16puisque pour beaucoup de gens, ça paraît incroyable que des mineurs se prostituent,
13:21puisqu'on est parfois sur des jeunes filles de 13-14 ans
13:23qui font des passes dans les toilettes du collège pour 20 euros, pour un téléphone portable.
13:28Et l'idée qu'un enfant ait des rapports sexuels, c'est déjà mentalement difficile à concevoir pour beaucoup de
13:33personnes,
13:34alors qu'en plus c'est fait pour de l'argent,
13:35on est bien au-delà de ce que l'adulte a l'habitude d'imaginer par rapport à un enfant.
13:38Magali Lavi-Badi, est-ce que vous vous sentez démunie devant ce phénomène ?
13:42Clairement, on échoue à les protéger, parfois même on aggrave la situation.
13:45Moi j'ai un petit peu fait le constat que tous les outils classiques du jeu des enfants
13:48ne correspondaient pas du tout à la situation d'une jeune fille qui se prostitue.
13:52Souvent les éducateurs, qui sont des éducateurs de jeunes enfants ou des éducateurs spécialisés,
13:55ne sont pas du tout à l'aise sur le sujet de la prostitution.
13:58Ils ne sont pas formés sur ce sujet,
14:00ils ne connaissent pas les nouvelles formes de prostitution,
14:02ils sont mal à l'aise pour l'aborder,
14:04c'est un sujet qui peut être très stigmatisant,
14:06qui est vu par la société comme péjoratif,
14:07donc les éducateurs, quand ils ont un lien de confiance avec une jeune fille,
14:11ils ont des difficultés à venir dire
14:12« on pense qu'elle se prostitue »
14:14et puis ils ne savent pas ni comment l'aborder avec la jeune fille,
14:16ni comment l'aider éventuellement à en sortir.
14:19Et quant au placement qui est la dernière mesure,
14:21alors là c'est la catastrophe,
14:22parce que souvent c'est l'entrée en prostitution.
14:24C'est-à-dire que les foyers de l'enfance,
14:25qui sont censés être les lieux les plus protecteurs,
14:27sont clairement identifiés, en tout cas en Seine-Saint-Denis,
14:29comme des lieux de recrutement.
14:34Aujourd'hui, vous essayez de mettre en place un dispositif inédit en Ile-de-France,
14:39en collaboration avec l'association L'Amicale du Nid.
14:41L'Amicale du Nid, c'est une association
14:44qui principalement,
14:45viennent aider et soutenir les personnes en situation de prostitution,
14:48pour les accompagner,
14:49notamment vers une sortie de prostitution.
14:51Leur proposer par exemple des accès aux soins,
14:53et des lieux d'hébergement.
14:56Et nous on voudrait qu'il y ait un travailleur social de L'Amicale du Nid,
14:59donc un professionnel de la prostitution,
15:01qui vienne s'adjoindre à un éducateur,
15:03pour qu'on ait en fait un binôme,
15:05avec une personne qui est habituée à travailler avec les familles
15:07dans le cadre de la protection de l'enfance.
15:09Mais là, cette fois-ci, il y aurait une personne
15:11qui, elle, est habituée à travailler
15:12la problématique spécifique de la prostitution.
15:15Quelqu'un qui vient sans préjugés,
15:17sans stigmatiser,
15:18qui pourrait infirmer ou confirmer les soupçons de prostitution,
15:21qui pourrait amener la jeune à verbaliser.
15:23Puis ce serait aussi,
15:24montrer ce qui existe,
15:26notamment en termes d'accès à la santé,
15:27en termes de protection,
15:29pour amener vers la sortie.
15:30En fait, c'est accompagner vers la sortie de la prostitution,
15:33sans dire,
15:33voilà ce que tu fais, c'est mal,
15:34et il faut que tu arrêtes.
15:35Pour l'instant, ce qu'on essaie de négocier,
15:37c'est très très peu,
15:38ce serait un petit peu un dispositif de test,
15:43pour savoir si ça fonctionne ou pas.
15:44Carole Sterlet, très concrètement,
15:46qu'est-ce que ce dispositif va changer ?
15:47C'est une manière de se doter d'une évaluation
15:51beaucoup plus rapide pour évaluer les situations.
15:54Ça sera forcément insuffisant,
15:56puisque ce poste qui pourrait être créé
15:58pourrait participer à l'évaluation
16:01d'une trentaine de situations par an.
16:03Quand on regarde le nombre de signalements qui arrivent,
16:06de soupçons par rapport au cabinet des juges des enfants,
16:09c'est complètement insuffisant,
16:10une trentaine de dossiers.
16:11En revanche, c'est déjà ça pour évaluer plus vite les situations.
16:17Carole Sterlet, comment elle va d'Alia aujourd'hui ?
16:20Elle essaye d'avancer, de se reconstruire.
16:22Elle a beaucoup d'envie.
16:23Elle travaille, elle garde des enfants.
16:26Je l'ai vue peu de temps avancer 18 ans
16:28et elle appréhendait un petit peu ce passage à l'âge adulte,
16:31parce qu'elle se dit qu'à 18 ans,
16:34elle devrait passer son bac, comme tout le monde,
16:36alors qu'elle, elle a arrêté en troisième.
16:38C'est une rencontre qui vous a marquée ?
16:40Oui, particulièrement.
16:40Parce que les faits qu'elle décrit
16:42sont particulièrement difficiles à envisager,
16:45parce qu'elle est très jeune.
16:48parce qu'elle est complètement fragilisée
16:49par ce qu'elle a vécu,
16:51qu'elle explique qu'elle n'a pas encore tourné la page.
16:53Elle a l'impression d'avoir gâché sa vie.
16:55Et elle m'a aussi beaucoup touchée
16:57parce que je la sens livrée à elle-même.
17:00C'est-à-dire, elle n'a toujours pas vu de psychologue.
17:03Elle disait qu'elle n'en avait pas besoin.
17:05Alors que, quand elle évoque cette période-là
17:08et ce qu'elle est devenue aujourd'hui,
17:11il lui arrive de pleurer encore, de craquer.
17:13Donc, je pense qu'elle a besoin de soutien,
17:15elle a besoin d'être aidée,
17:18mais seule, elle ne pourra pas y arriver.
17:27Merci à Carole Sterlet, Magali Lavibadie
17:30et Simon Bénard-Courbon.
17:32Production, Claudia Prolongeau,
17:34Marion Bottorel et Stéphane Jeuneste.
17:37Réalisation, Benoît Gilon.
17:39Code Source est le podcast d'actualité du Parisien,
17:42disponible chaque soir, du lundi au vendredi, à 18h.
17:45Vous pouvez nous écouter sur toutes les applications de podcast,
17:48mais aussi Deezer et Spotify.
17:50N'hésitez pas à nous écrire
17:52codesource at leparisien.fr
17:56Sous-titrage Société Radio-Canada
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