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  • il y a 9 heures
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Le parquet national financier a requis cinq ans de prison dont deux ferme contre l’ancien Premier ministre, François Fillon, dans l’affaire des emplois présumés fictifs. L’accusation a demandé trois ans avec sursis contre son épouse, Penelope. Récit.

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11François Fillon rêvait de devenir président de la République.
00:14Il a terminé troisième de la dernière présidentielle.
00:18Sa campagne a été percutée par l'affaire des emplois présumés fictifs de son épouse Pénélope,
00:23affaire dont le procès à Paris s'est terminé le 11 mars.
00:26Le parquet demande contre lui cinq ans de prison, dont deux fermes.
00:32Timothée Boutry du service Pôle et Justice du Parisien nous raconte ce procès.
00:43Timothée Boutry, cette affaire commence le 25 janvier 2017 par un article du Canard Enchaîné,
00:49intitulé « Pour Fillon, Pénélope est un bon filon ». Que dit cet article ?
00:54Cet article révèle que François Fillon a employé pendant de nombreuses années son épouse Pénélope comme assistante parlementaire.
01:01Et déjà, c'est une information, puisqu'en fait, quasiment personne n'était au courant de cette embauche.
01:06Et on explique qu'elle a été grassement rémunérée pendant plusieurs années
01:10pour un travail que l'hebdomadaire estime déjà fictif.
01:16Le lendemain, vous vous rendez sur place pour le Parisien à Sablé-sur-Sarthe.
01:20Qu'est-ce que vous constatez ?
01:21Moi, comme bon nombre de mes confrères, on va sur place pour essayer de vérifier,
01:27de mettre en perspective cet article,
01:29essayer de trouver des témoins qui peuvent dire
01:31« Non, non, attendez, bien sûr, tout le monde le savait,
01:33elle faisait ci, elle faisait ça pour son mari, on est tous au courant. »
01:36Ou alors, au contraire, « Non, on l'apprend. »
01:38Et c'est vrai que la tonalité générale, c'était la stupéfaction.
01:41En fait, on est vraiment au cœur de la fille Ony, il a été maire de Sablé-sur-Sarthe.
01:45Et très peu de gens étaient au courant que son épouse avait été son assistante parlantère.
01:49Vraiment très peu de gens, même des élus, des gens qui ne lui sont pas naturellement hostiles.
01:54Donc, il y a vraiment une grande surprise.
01:57Timothée Boutry, trois ans plus tard, vous couvrez donc ce procès.
02:00Procès qui s'ouvre le lundi 24 février, devant le tribunal correctionnel de Paris,
02:05dans le 17ème arrondissement.
02:07Décrivez-nous l'ambiance.
02:08Énormément de monde, évidemment.
02:09C'est un procès très attendu.
02:11Il y a beaucoup de journalistes, des caméras, des appareils photos.
02:14Le public est venu en masse également.
02:16La queue débute longtemps avant le début de l'audience.
02:18C'est un procès très très attendu.
02:20Décrivez-nous Pénélope et François Fillon à leur arrivée au Palais de Justice.
02:24Alors, ils ont été suivis par les caméras et les micros, ça c'est évident.
02:27Énormément, moi je me retrouvais déjà dans la salle quand ils sont rentrés.
02:31Ils sont rentrés calmement, l'un à côté de l'autre.
02:33Ils sont assis au premier rang, sur le banc des prévenus.
02:36Pas de regard vers la presse, pas de regard vers le public.
02:38Je dirais concentrés.
02:40Vous avez couvert de nombreux procès.
02:42Vous sentez à ce moment-là que c'est un procès différent
02:44de voir l'ancien Premier ministre pendant cinq ans sur le banc des prévenus ?
02:48Ce n'est pas la première fois que je vois une personnalité de premier plan dans un tribunal.
02:53Mais l'ancien Premier ministre, si.
02:54Donc, évidemment, on sait que c'est un moment important.
02:57Parce que cette affaire, elle a quand même percuté sa campagne présidentielle.
03:02Elle a eu un impact indéniable sur le scrutin phare de la Vème République.
03:07Donc, voilà, on sait que là se joue quand même un moment d'histoire judiciaire.
03:12Rappelez-nous précisément pourquoi ils comparaissent.
03:15Les époux Fillon comparaissent pour notamment détournement de fonds publics.
03:19C'est-à-dire qu'on leur reproche l'emploi de Pénélope Fillon au service de son mari pendant de
03:24nombreuses années.
03:26Alors, en tout, ça porte sur plus d'un million d'euros bruts.
03:28Sachant que la somme correspond aux salaires qui ont été versées à Pénélope quand elle était l'employée de François
03:34Fillon.
03:35Mais également de son suppléant, Marc Jouleau, qui figure lui aussi sur le banc des prévenus.
03:39Donc, ils sont trois prévenus.
03:41Marc Jouleau est le troisième prévenu.
03:43L'ancien suppléant de François Fillon qu'il a remplacé à l'Assemblée.
03:46Quand François Fillon est devenu ministre, qui est-il d'un mot ?
03:50Alors, c'est l'actuel maire de Sablé-sur-Sarthe.
03:52Il se représente d'ailleurs aux élections de dimanche.
03:54Donc, c'était le jeune suppléant de François Fillon.
03:57C'était son collaborateur déjà au conseil général de la Sarthe.
04:00Donc, c'est un de ses fidèles.
04:01Et en 2002, quand François Fillon rentre au gouvernement, il devient naturellement député.
04:06Et il va faire toute la mandature à l'Assemblée nationale.
04:08Quelle peine ils en courent tous les trois ?
04:10Ils en courent tous les trois une peine de dix ans de prison.
04:14Aussitôt ouvert, le procès est reporté à cause de la grève des avocats.
04:17Il est décalé de deux jours.
04:19Mais le mercredi 26, les débats ne démarrent pas vraiment.
04:22En fait, les débats démarrent sur une question de procédure.
04:25Une question prioritaire de constitutionnalité.
04:28On appelle ça une QPC.
04:29Procédure qui permet de vérifier que les textes pour lesquels on est jugé,
04:34les articles du Code pénal, sont conformes à la Constitution.
04:37Et ça devient quasiment systématique.
04:39Le but, c'est essayer de gagner du temps.
04:41Ou alors de faire valoir un point de droit.
04:42Enfin, il y a des QPC qui aboutissent.
04:44Mais celle-là ne va pas aboutir.
04:45Mais déjà, on va mesurer l'ambiance de ce procès.
04:48Parce que lors de ses réquisitions, pour rejeter cette QPC,
04:52l'un des deux représentants du parquet...
04:53Donc l'un des deux procureurs ?
04:54Oui, l'un des deux procureurs, exactement, qui représente l'accusation,
04:57va dire « Sous l'ancien régime, le détournement de fonds publics
04:59était puni par la peine de mort par pendaison ».
05:01Quand il entend ça, François Fillon, il bondit un peu de sa chaise.
05:04Parce que là, effectivement, la phrase est choc, c'est excessif.
05:07Mais ça annonce le climat de bagarre qui va vraiment durer pendant trois semaines.
05:13C'est donc le lendemain que le procès commence réellement.
05:15Et au tout début, François Fillon fait une déclaration préliminaire.
05:18Qu'est-ce qu'il dit ?
05:18François Fillon, en costume, comme tous les jours,
05:21et comme à chaque fois qu'on a pu le voir de manière publique,
05:24s'approche et fait cette déclaration en disant
05:26qu'il a déjà été condamné sans appel par le tribunal médiatique.
05:30Et que cette affaire a déjà eu un impact considérable
05:33puisque ça a compliqué sa candidature à l'élection présidentielle,
05:37que ça a eu un impact sur la vie de son mouvement politique.
05:40Il dit que les dégâts sont irrémédiables
05:42et qu'il espère convaincre le tribunal
05:44que lui, sa femme et son suppléant sont innocents
05:48et que Pénard Fillon a vraiment travaillé.
05:50Il apparaît comment ?
05:51On sent qu'il est grave et qu'il va être combatif.
05:56Il n'est pas juste là pour prendre des coups,
05:58mais qu'il va se défendre pied à pied.
06:00Les débats commencent et on entre directement dans le vif du sujet,
06:03le travail de Pénélope Fillon comme assistante parlementaire.
06:06C'est le cœur de ce dossier, en fait.
06:09C'est l'emploi de Pénélope au service de son mari
06:12puis de son suppléant d'assistante parlementaire.
06:15Est-ce qu'elle a vraiment travaillé ? Qu'a-t-elle fait ?
06:17Et voilà, les débats, tout de suite, dès cette première journée,
06:20on est vraiment dans ce qui constitue le cœur de cette affaire.
06:22Qu'est-ce qu'elle dit de son travail ?
06:24Pénélope Fillon explique qu'elle avait plusieurs missions,
06:27notamment la gestion du courrier qui arrivait au domicile
06:30du couple à Solem dans la Sarthe,
06:33qu'elle avait une mission de représentation pour son mari,
06:36qu'elle allait à certains événements locaux
06:38où lui ne pouvait pas se rendre,
06:39une mission de contact, en fait,
06:42de ressenti de la population.
06:44C'est ça qu'ils m'ont expliqué,
06:45qu'elle connaissait la population,
06:46les gens lui parlaient, venaient lui parler,
06:48donc elle pouvait faire remonter ça à son mari.
06:50Également un travail de rédaction de mémos et de fiches
06:53pour des discours, de revues de presse,
06:56et également de relecture des discours de son mari.
06:58Elle est mise en difficulté.
07:00En fait, elle est plus mise en difficulté sur le fond que sur la forme.
07:03Pénélope Fillon s'exprime avec un léger accent britannique,
07:07évidemment, elle est galloise,
07:08elle parle très bien français,
07:09elle a plutôt une voix douce,
07:11elle s'exprime de manière assez claire,
07:14les réponses ne sont pas très longues,
07:17parfois, elle ne finit pas ses phrases,
07:19mais elle ne redouille pas,
07:21disons qu'elle n'est pas à l'aise,
07:22ça c'est certain,
07:23parce qu'elle fait des réponses souvent courtes,
07:26et la présidente est chirurgicale,
07:29pose des questions très précises,
07:30revient sur des questions,
07:31demande des précisions,
07:33elle est mise en difficulté par la fréquence des questions,
07:36qui reviennent, qui reviennent,
07:37qui reviennent,
07:37et des précisions, et des précisions,
07:38et des précisions,
07:39c'est ça qui fait qu'elle est mise en difficulté.
07:40On nous avait décrit une femme très solide,
07:42qui avait vraiment une vérité à apporter,
07:45et finalement, assez vite,
07:47en à peine dix minutes,
07:49elle s'est mise à répéter en boucle des
07:51« je ne sais pas »,
07:53« je ne me souviens plus »,
07:54« c'est mon mari ».
07:55À ce moment-là, que disent les procureurs ?
07:57Les procureurs voient que Pénélope Fillon est en difficulté,
08:00qu'elle a du mal à répondre,
08:00et à un moment où on lui dit « écoutez,
08:02on a mal pour vous de ce côté-ci de là-bas ».
08:04C'est de l'empathie ?
08:05C'est de l'empathie réelle ou feinte,
08:07mais en fait,
08:08qui visent-ils les procureurs ?
08:10Ils visent François Fillon.
08:11Leur cible, c'est François Fillon.
08:13Et, en gros, ils estiment que si Pénélope Fillon est à la barre,
08:17c'est à cause de son mari,
08:18parce que c'est lui qui l'a embauché,
08:20qui a mis en place ce système, vont-ils dire,
08:22et donc, en gros, c'est pour dire
08:23« Madame Fillon, on ne vous en veut pas,
08:25voilà, vous êtes là, mais c'est à cause de votre mari »,
08:27c'est ça, en fait, qu'implicitement, ils veulent dire.
08:29Après Pénélope Fillon,
08:30c'est au tour de son mari d'être interrogé.
08:31Et là, le contraste est saisissant,
08:33parce qu'on voit l'homme politique, lui,
08:35s'exprime de manière beaucoup plus affirmée.
08:38Ses réponses sont beaucoup plus longues,
08:39sont détaillées,
08:41la voie est ferme,
08:42il n'y a aucune hésitation à aucun moment.
08:44Et vraiment, il a réponse à tout.
08:46Vraiment, il y a un contraste très très très fort entre les deux.
08:50À la fin de cette première journée d'audience,
08:53la présidente Nathalie Gavarino
08:55revient sur l'interview dévastatrice
08:57révélée par l'émission de France 2,
08:59envoyée spéciale, en 2017, le 2 février 2017.
09:03Oui, c'est une interview qu'elle a donnée au Sunday Telegraph.
09:07Je n'ai jamais été son assistante,
09:09ou quoi que ce soit de ce genre.
09:11Alors, elle explique qu'il y a eu un malentendu
09:13sur le terme de « parliamentary assistant »,
09:16que c'est assistant parlementaire,
09:18mais pas vraiment au sens où on l'entend en France,
09:20et c'est plutôt un terme britannique.
09:22Donc, elle explique un problème de langue,
09:24sachant que la présidente dit qu'elle a réécouté,
09:26que la phrase n'est pas très claire.
09:28Et surtout, elle dit,
09:30oui, mais en fait, volontairement,
09:32j'ai minimisé mon rôle,
09:33parce que je ne voulais pas que les Britanniques
09:35me voient comme une femme de pouvoir,
09:37je ne voulais pas être comparé à Cherry Blair,
09:39la femme de Tony Blair,
09:40et que les Britanniques puissent penser
09:41qu'ils puissent passer par moi
09:43pour faire passer un message à mon mari
09:44sur la politique vis-à-vis de la Grande-Bretagne.
09:47Les Fillons avaient fourni
09:49de nombreux documents au tribunal,
09:51documents qui sont examinés le lundi 2 mars.
09:53Les époux Fillon, et notamment François Fillon,
09:56vont dénoncer l'instruction.
09:58C'est-à-dire que l'instruction était à charge.
10:00À un moment, François Fillon a dit,
10:01ça restera dans les annales
10:02comme un exemple de dysfonctionnement judiciaire.
10:04Donc, il pense que les juges d'instruction
10:05ont enquêté uniquement à charge, à charge, à charge, à charge.
10:08Mais dans le cadre de l'instruction,
10:10la défense de François Fillon a versé
10:11de nombreux documents,
10:13des témoignages,
10:15des mails.
10:16Et là, il y a toute une journée
10:17pendant laquelle on va étudier ces fameux documents.
10:20Ce qui est avéré, c'est que l'instruction
10:22a été menée très rapidement ?
10:23Oui, l'instruction a été rapide.
10:24Ça, c'est certain.
10:25Le contexte l'imposait.
10:27L'élection va venir.
10:28Plus tard, le parquet dira,
10:29de toute façon, on savait que
10:31quel que soit le choix qui allait être fait,
10:33il allait être critiqué.
10:34Si on ouvre une information judiciaire,
10:35on va dire, oui, mais alors,
10:36vous intervenez sur le cours d'élection.
10:38Et si on ne l'ouvre pas,
10:39on va dire, ah bah oui,
10:40mais le parquet est aux ordres
10:41et il laisse faire.
10:42Donc, c'était un peu dans une situation compliquée.
10:45Et donc, les documents fournis par les Fillon
10:47sont examinés ?
10:48Oui, ils sont examinés de manière très précise.
10:50La présidente, à chaque fois, veut dire,
10:51vous dites que vous traitez le courrier,
10:53mais concrètement, ça veut dire quoi ?
10:56Mais vous avez donné des instructions.
10:58Mais quoi comme instruction ?
10:59Enfin, là, quand même, c'est très général,
11:01mais qu'est-ce que vous avez apporté,
11:02vraiment, sur ça ?
11:04Vous dites que vous avez reçu du monde,
11:05mais vous pouvez donner des noms.
11:07Vous répondez pour un dîner,
11:09mais quel est le lien avec votre travail
11:11d'assistante parlementaire ?
11:12Donc, vraiment, systématiquement,
11:13la présidente revient, revient.
11:14À un moment, elle lui dit,
11:15mais j'ai du mal à cerner votre travail.
11:17C'est difficile pour bien aux fillons
11:19parce qu'on sent que, face à elle,
11:21on a un tribunal qui cherche, quoi,
11:23qui veut vraiment, concrètement, savoir
11:25pourquoi elle a perçu tout cet argent public
11:28comme assistante parlementaire.
11:31Le mercredi 4 mars, justement,
11:33les salaires perçus par Pénélope Fillon
11:36sont abordés.
11:37Salaire perçu entre 2002 et 2007,
11:39au moment où elle est censée travailler
11:41pour le suppléant de son mari, Marc Jouleau.
11:44Pourquoi c'est important ?
11:45C'est important parce qu'en fait,
11:46elle va être extrêmement bien payée,
11:493 900 euros net.
11:51Et en fait, ça engloutit 80%
11:54de l'enveloppe budgétaire de Marc Jouleau,
11:56l'enveloppe qu'il lui a louée
11:58pour l'emploi de ses collaborateurs,
12:004 fois plus que tous les autres collaborateurs
12:02de Marc Jouleau.
12:03Le taux horaire, c'est plus de 40 euros de l'heure,
12:04ce qui est vraiment considérable.
12:06Que dit Marc Jouleau ?
12:07En gros, Marc Jouleau explique
12:08qu'il n'a pas vraiment eu le choix
12:10dans son assistante
12:11et qu'en fait, c'était une décision d'équipe,
12:14François Fillon, lui, Marc Jouleau,
12:16suppléant, et Pénélope Fillon.
12:18Et en fait, il était très jeune à l'époque,
12:20il était décrit comme assez réservé.
12:22Il se met vraiment en retrait,
12:24il dit non, mais le vrai député,
12:25c'est le député élu,
12:26moi, j'étais que le suppléant.
12:28Voilà, moi, j'étais là de passage.
12:30François Fillon, qui est vraiment le député,
12:32allait peut-être revenir.
12:33Et donc, il fallait qu'on tienne le terrain.
12:35Et donc, Pénélope, c'était mon relais.
12:38Et elle me présentait dans la circonscription.
12:40Et voilà, là, après, il va détailler
12:41les missions qu'il explique,
12:43je lui avoir confiées,
12:44qui sont toujours pareil,
12:45le courrier et surtout,
12:47un apport immatériel
12:49qui est le contact avec la population.
12:51Et il y a des traces de ce travail ?
12:53Non, justement,
12:54parce que c'est un travail présumé immatériel,
12:57plutôt de lui faire rencontrer du monde.
12:59Alors, on trouve peu de traces non plus de ça.
13:03Vraiment, cette période d'emploi de Pénélope Fillon
13:05est celle qui a vraiment laissé le moins, moins de traces.
13:08Le jeudi 5 mars,
13:09la défense des Fillon provoque la surprise.
13:12La suite du procès des époux Fillon
13:14et ces nouvelles preuves, en tout cas,
13:16présentées comme telles par leurs avocats
13:17qui viendraient démontrer, selon eux,
13:19le travail effectif de Pénélope Fillon
13:21en tant qu'assistante parlementaire de son mari.
13:23Oui, il y a une audience supplémentaire
13:25qui a été rajoutée dans la matinée.
13:27Peu de temps avant le procès,
13:28la défense des époux Fillon
13:30a produit 34 attestations,
13:32donc 34 témoignages de personnes
13:34qui vont expliquer que, oui,
13:35Pénélope Fillon travaillait au service de son mari.
13:37Ils vont chacun donner des exemples.
13:40Il y a l'ancien maire de Sablé
13:42qui dit que, sans Pénélope,
13:44François Fillon n'aurait jamais pu avoir cette carrière.
13:45Il y a un chef d'entreprise
13:47qui raconte une visite d'homologue britannique
13:50gérée par Pénélope Fillon
13:52qui a fait aussi la traduction.
13:53Quelqu'un qui raconte
13:54qu'elle a envoyé un courrier à Pénélope
13:56et que ça a eu des suites.
13:57Enfin, voilà.
13:58Les fameux témoignages
14:00qu'on cherchait depuis longtemps,
14:01que les journalistes ont cherché au départ,
14:03pour la première fois,
14:05on a des témoignages de personnes
14:07qui peuvent accréditer
14:08la réalité de ce travail.
14:10Pour les Fillons,
14:10c'est un moment positif dans ce procès ?
14:12Oui, c'est un peu le seul moment
14:13où ils sortent la tête de l'eau, en fait,
14:15où la défense prend la main.
14:17C'est eux qui mènent la danse
14:18pour la seule fois de cette audience.
14:20C'est leur moment.
14:21L'avocat qui va soumettre toutes ces questions
14:23s'appelle Joris Monain de Flaugère,
14:26qui est le collaborateur d'Antonin Léves,
14:27l'avocat de François Fillon,
14:29et il les reprend un par un.
14:31Il est assez didactique.
14:33À chaque fois, il pose la question
14:33« Madame Fillon, est-ce que ça correspond
14:35à votre travail ? »
14:36« Oui, oui. »
14:37« Oui, oui. »
14:37« Madame Fillon, est-ce que ça correspond
14:38à votre travail ? »
14:39« Oui, oui. »
14:39Alors, évidemment,
14:40c'est une stratégie de défense,
14:41bien sûr,
14:43mais c'est bien fait.
14:44Après, difficile de dire
14:46si ça va peser.
14:47La présidente a eu cette formule.
14:49Le tribunal prend le dossier tel qu'il est,
14:52avec ce qu'il y a dedans
14:52et ce qu'il n'y a pas.
14:59Dans l'après-midi,
15:00les époux Fillon doivent répondre
15:02aux questions autour de l'emploi
15:03de Pénélope Fillon
15:04à la revue des deux mondes.
15:06On parle de l'embauche
15:08de Pénélope Fillon
15:09dans cette revue
15:10pendant un an et demi,
15:11au cours desquels
15:12elle a touché 135 000 euros.
15:13Donc, on lui reproche
15:14un recel d'abus de biens sociaux.
15:16Un salaire généreux ?
15:17Oui, elle avait un salaire mensuel.
15:20Elle a même reconnu
15:21que ce salaire a été généreux.
15:22C'est le terme qu'elle a employé
15:23pendant l'instruction
15:24et qu'elle a validé
15:25devant le tribunal.
15:26Quelle preuve on a retrouvée
15:27de cet emploi, de ce travail ?
15:28On sait que deux fiches de lecture
15:30ont été publiées
15:32et qu'on a retrouvé la trace
15:34de la rédaction
15:34de neuf autres fiches de lecture.
15:36Donc, on sait qu'elle a rédigé
15:37onze fiches de lecture.
15:39Mais son contrat,
15:40ce n'était pas uniquement
15:42de rédiger des fiches de lecture.
15:43Son contrat, c'est d'être
15:44conseiller littéraire
15:46et de réfléchir
15:48aux orientations de la revue
15:49pour la relancer.
15:50C'était ça, sa mission.
15:51Et c'est ça qui,
15:52selon les termes du contrat,
15:53justifiait une rémunération
15:54aussi généreuse.
15:55C'est grâce à François Fillon
15:56que son épouse a eu ce travail.
15:58Est-ce qu'il a eu à s'exprimer
15:59sur cet emploi, précisément,
16:00à la revue des deux mondes ?
16:02Oui, François Fillon a dû s'expliquer
16:04puisqu'il est poursuivi
16:05dans ce volet
16:06pour complicité d'abus
16:07de biens sociaux,
16:08complice par instigation.
16:10On lui reproche
16:11d'être à la manœuvre
16:12de cette embauche
16:13présumée fictive.
16:14Donc, évidemment,
16:15et lui, en gros,
16:16va expliquer que,
16:18rapidement, son épouse
16:19n'a plus eu beaucoup de travail.
16:20Et là, François Fillon va dire
16:22oui, mais des salariés
16:23placardisés,
16:24il y en a dans toutes les entreprises.
16:26La défense des Fillon
16:28dans cette partie du procès
16:30avait déjà été mise à mal
16:31par le témoignage
16:32de l'ancien directeur
16:33de la revue en personne.
16:34Marc Ladré de Lacharrière,
16:35qui est un proche
16:36de François Fillon,
16:37qui est le propriétaire
16:37de la revue,
16:39c'est lui qui a embauché
16:40directement Pénélope Fillon.
16:41Il avait été mis en cause
16:42pendant l'enquête
16:43et il a fait le choix
16:44du plaidé coupable.
16:46C'est-à-dire qu'il a écrit
16:47une lettre au magistrat
16:47en disant
16:48bon, je reconnais
16:49un avis du bien social
16:50et je reconnais
16:51que pendant toute l'année 2013,
16:53en fait,
16:53Pénélope Fillon
16:54a perçu un salaire
16:55en contrepartie
16:56d'aucun travail.
16:56Donc, il a été condamné
16:58mais c'est une procédure
16:59qui n'est pas publique
17:01et donc,
17:02à partir du moment
17:02où l'employeur reconnaît
17:04qu'il employait quelqu'un
17:04pour rien,
17:05c'est compliqué
17:06pour l'employé
17:07de dire
17:07si, si, j'avais un vrai travail.
17:09Donc, évidemment,
17:10ça complique leur défense.
17:11Alors, François Fillon dit
17:12je comprends,
17:13il a voulu s'éviter
17:14un procès public,
17:15je n'ai pas de commentaire
17:16à faire.
17:17Les époux Fillon,
17:18est-ce qu'ils s'expriment
17:19entre les audiences
17:20devant les caméras,
17:20devant les micros ?
17:21Non, pas du tout.
17:22Leurs avocats, oui,
17:23mais eux, non, pas du tout.
17:27Le mardi 10 mars,
17:29c'est les réquisitions.
17:305 ans de prison
17:31dont 2 fermes requis
17:32contre l'ancien Premier ministre,
17:343 ans avec sursis
17:35et 375 000 euros d'amende
17:36contre son épouse.
17:38Est-ce que vous pouvez
17:38nous résumer
17:39ces réquisitions ?
17:40Cinglant,
17:42implacable,
17:43dur,
17:44juridique,
17:45mais aussi morale.
17:46Une charge de 4 heures,
17:47les procureurs sont 2,
17:48ils ont pris la parole successivement,
17:51et au-delà des faits
17:53sur lesquels ils sont revenus,
17:54ils ont des propos très durs
17:55à l'encontre de François Fillon
17:56en disant qu'il avait
17:57abîmé le pacte républicain,
17:59que c'était pas digne
18:00de quelqu'un
18:00qui prétendait
18:01à la magistrature suprême.
18:02Ils ont fustigé son cynisme
18:04parce qu'ils ont ressorti
18:05certains de ses discours,
18:07qu'il fallait vraiment
18:08faire attention
18:08aux données publiques.
18:09Ils lui ont remis ça
18:10en lui disant
18:11voilà, vous, regardez
18:12ce dont vous êtes accusé.
18:13Ça a été extrêmement violent,
18:15vraiment très très violent.
18:16Le parquet financier
18:18a démontré depuis le début
18:19qu'ils allaient avoir
18:20cette approche extrêmement ferme.
18:22Il y a une approche
18:22qui a d'ailleurs
18:22plus de principes
18:23que de droits
18:24et qui à nouveau
18:25fait abstraction du dossier
18:26pour tenter, je pense,
18:28de faire passer un message
18:29plus politique que juridique.
18:36Comment réagissent les Fillon
18:37dans la salle d'audience ?
18:38Vous les voyez ?
18:39Oui, comme tout au long
18:41du procès, François Fillon
18:42est impassible,
18:43il regarde parfois en l'air.
18:44En tout cas,
18:45il n'a pas une seule fois
18:47regarder les procureurs.
18:48À aucun moment,
18:49il a tourné la tête,
18:50mais ni lui,
18:50ni son épouse,
18:51ni Marc Jouleau.
18:52Le regard fixe d'hombreux,
18:53pas un regard pour le parquet.
18:55Le lendemain,
18:56la parole est à la défense.
18:57Que dit l'avocat
18:58de Pénélope Fillon d'abord ?
18:59Alors,
18:59Pierre Cornugenti
19:00sera surtout convaincant
19:01quand il va expliquer
19:02l'impact que cette affaire
19:04a eu sur la personnalité
19:05de Pénélope Fillon.
19:06Il veut dire,
19:07vous l'avez présenté
19:08comme une femme idiote,
19:10vous avez contesté
19:11ses diplômes,
19:12vous en faites une femme fictive.
19:13Donc,
19:13il veut un peu restaurer
19:15l'honneur de sa cliente.
19:16Il va dire que,
19:18à un moment donné,
19:19elle est devenue un peu parano.
19:20Elle lui a dit ça
19:21et qu'elle a l'impression
19:22que tout le monde l'épille
19:23et surtout,
19:24qu'elle a commencé
19:26à détester son prénom
19:27parce que,
19:27voilà,
19:27c'est devenu le Pénélope Gate.
19:29Il dit Pénélope Gate,
19:30ça veut dire Pénélope coupable.
19:31Et voilà,
19:31pour ma cliente,
19:32elle me l'a dit,
19:33j'ai eu du mal
19:34avec mon prénom.
19:35Quels sont les mots
19:35de la défense de François Fillon ?
19:37Les avocats de François Fillon
19:38seront beaucoup plus offensifs
19:41en deux temps.
19:42D'abord,
19:42juriste Mme Flogergue
19:44sur une partie plus technique
19:45sur la prescription
19:46mais qui va être
19:47assez charpentée,
19:48sa plaidoirie.
19:49Et après,
19:49Antonin Lévy,
19:50l'avocat principal
19:51de François Fillon
19:52qui va faire quasiment un show.
19:53C'est un peu du stand-up.
19:55Il est très à l'aise,
19:56il fait des bons mots,
19:57il est drôle,
19:58il se moque de l'instruction,
20:00très alerte,
20:02c'est très vivant,
20:02le public est assez captivé
20:04et en fait,
20:05ça va être une plaidoirie
20:06en deux parties.
20:06D'abord,
20:07une bonne partie
20:08pour une nouvelle fois
20:09faire le procès de l'enquête
20:10en disant qu'elle a été à charge
20:11et après,
20:12sur chaque mission
20:14de Pénélope Fillon,
20:15reprendre tout ce qui est
20:16dans le dossier
20:16lui est favorable.
20:18Ce n'est pas l'essentiel
20:19du dossier,
20:19il faut le reconnaître,
20:20mais réexploiter
20:21chaque témoignage,
20:22les citer,
20:22chaque attestation.
20:23Voilà,
20:24vraiment,
20:24une bataille pied à pied.
20:26Il a mouillé sa chemise,
20:27en face,
20:28on avait un marqué très offensif
20:29qui lui aussi a été
20:30beaucoup dans le détail
20:30et en face,
20:31on a une défense
20:32qui a fait le job
20:33et qui a essayé de montrer
20:33oui,
20:34ce travail n'était pas fictif
20:36et elle a vraiment travaillé.
20:37Pénélope et François Fillon
20:38ainsi que Marc Jouleau
20:40sont présumés innocents.
20:42Le jugement a été mis en délibéré
20:44au 29 juin.
20:51Merci à Timothée Boutry.
20:53Code Source est le podcast
20:54d'actualité du Parisien
20:56disponible chaque soir
20:57du lundi au vendredi.
20:59N'oubliez pas de vous abonner
21:00gratuitement, bien sûr,
21:01sur votre application de podcast
21:03comme Apple Podcast
21:04ou Podcast Addict.
21:06Cet épisode de Code Source
21:07a été conçu et préparé
21:08par Clara Garnier-Amouroux,
21:11production Stéphane Jeuneste,
21:12réalisation Benoît Gillon.
21:14N'hésitez pas à nous envoyer
21:16vos retours directement
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