- il y a 3 semaines
Ses collègues se souviennent d’une directrice d’école “solaire”, “débordante d’énergie” et “que les enfants adoraient.” Christine Renon s’est suicidée le mois dernier sur son lieu de travail, une maternelle de Pantin, près de Paris. Dans un courrier posté auparavant, adressé à une trentaine de personnes, elle a raconté en détail,“sa solitude” et son “épuisement”. Beaucoup de responsables d’établissement se sont reconnus dans cette lettre. Pour comprendre pourquoi, Clawdia Prolongeau a pris le temps d’écouter l’un d’entre eux. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Production : Clara Garnier-Amouroux et Marion Bothorel - Réalisation et mixage : Benoît Gillon - Musiques : François Clos - Identité graphique : Upian.
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00:00Bonjour, c'est Jules Lavi pour CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Ses collègues se souviennent d'une directrice d'école solaire, débordante d'énergie et que les enfants adoraient.
00:18Christine Renon s'est suicidée le mois dernier sur son lieu de travail, une maternelle de Pantin près de Paris.
00:24Dans un courrier posté auparavant, adressé à une trentaine de personnes, elle a raconté en détail sa solitude et son
00:31épuisement.
00:32Beaucoup de responsables d'établissements se sont reconnus dans cette lettre pour comprendre pourquoi Claudia Prolongeau a pris le temps
00:39d'écouter l'un d'entre eux.
00:46Je m'appelle Jean Buissonnier, je suis directeur de l'école Condorcet d'Aubervilliers et délégué syndical SNUIPP sur la
00:54ville d'Aubervilliers.
00:55Moi j'ai été prévenu le soir, le lundi soir, par une collègue directrice d'école sur Aubervilliers.
01:02Donc j'ai été très choqué par cette nouvelle.
01:05C'est une collègue que je ne connaissais pas personnellement, mais le fait qu'elle se soit suicidée sur son
01:11lieu de travail,
01:12avant même qu'on en connaisse un petit peu les explications dans les lettres qu'elle a adressées à la
01:16profession, en tout cas à ses collègues,
01:18montrait déjà un geste fort qui nous a interpellés, moi qui m'a beaucoup ému, ne serait-ce que par
01:23la proximité du lieu.
01:24Aubervilliers, Pantin, c'est la commune à côté.
01:26Son âge, 58 ans, j'en ai 57, donc une collègue qui arrive en fin de carrière, moi-même c
01:31'est quelque chose que je commence à envisager, la fin de carrière.
01:34Donc on commence à se projeter dans l'après-profession, et ne pas pouvoir tenir jusque-là, personnellement ça m
01:40'a bouleversé.
01:42Alors, comme beaucoup de ses collègues, Jean Buissonnier se mobilise au nom de Christine Renon.
01:47Dans le métro qui m'emmène à Bobigny, où le rendez-vous devant l'inspection académique est donné, je les
01:52identifie tout de suite.
01:53Les directeurs et les enseignants restent par petits groupes, discutent du rassemblement de la semaine précédente et de la médiatisation
01:59qui en a été faite.
02:01Le 23 septembre dernier, trois semaines après la rentrée, le corps de la directrice de l'école Méhul à Pantin
02:07a été retrouvé en bas des escaliers de son établissement, d'où elle s'était jetée.
02:11J'ai cherché à en savoir un petit peu plus.
02:13J'ai appelé tout de suite une collègue directrice d'école à Pantin, qui a travaillé dans mon école ici,
02:18pour savoir un petit peu si elle pouvait me donner des explications.
02:21Les directeurs de Pantin étaient sous le choc, ils s'étaient réunis, elle m'a rappelé le soir pour me
02:25dire un peu l'émotion qui traversait la ville.
02:28Et ce qu'ils avaient un petit peu prévu de faire aussi, de se rassembler sur le lieu de l
02:34'école, c'était...
02:35Mais ça c'était avant même qu'il y ait le contenu de la lettre, quoi, ça c'était le
02:39lundi soir.
02:40Avant son geste, Christine Renon avait pris soin d'adresser une lettre à tous ses collègues de Pantin,
02:45ainsi qu'à la direction de l'Académie, pour expliquer comment ses conditions de travail avaient rendu son quotidien insupportable.
02:52On a appris, mardi dernier, moi j'étais déjà en grève pour la première journée de mobilisation sur les retraites,
02:58et on n'a parlé que de ça, la manifestation entre nous, entre collègues, sur ce geste.
03:02On n'en connaissait pas les motivations réelles, ou les explications en tout cas.
03:06Mais moi ce que j'avais dit à des collègues, c'est que j'avais été frappé depuis le début
03:09de l'année,
03:10au cours des réunions directeurs que j'ai sur Aubervilliers, de voir l'état d'épuisement de mes collègues de
03:15maternelle.
03:16Donc je leur disais, je ne fais pas de lien de cause à effet entre les deux,
03:18parce que je n'étais pas au courant de ces motivations, je n'avais pas lu la lettre.
03:22Mais c'est vrai que l'institution a des exigences vis-à-vis de nos collègues de maternelle,
03:26en cette année de scolarisation obligatoire des trois ans,
03:29qui les contraint à des changements d'habitude et des modalités de travail complètement différentes,
03:34et qui sont épuisantes pour eux.
03:36Et moi j'avais été frappé trois jours avant, donc c'était le jeudi qui a précédé le suicide de
03:41Christine,
03:42dans une réunion de directeurs d'Aubervilliers, de toutes les écoles,
03:45de voir vraiment le degré d'épuisement de mes collègues.
03:49Et ça m'avait frappé, j'en avais parlé à plusieurs d'entre eux.
03:54Monsieur l'inspecteur, mesdames et messieurs les directeurs,
03:57aujourd'hui, samedi, je me suis réveillée épouvantablement fatiguée, épuisée,
04:02après seulement trois semaines de rentrée.
04:05Les soucis depuis bien avant la rentrée se sont accumulés,
04:07c'est le sort de tous les directeurs, malheureusement.
04:10Il n'y a que les inspecteurs générales qui annoncent en réunion la voix légère
04:14que les directeurs ont de très lourdes responsabilités,
04:17et qu'il vaut mieux être à leur place qu'à la nôtre.
04:19Mais comment pensent-ils à améliorer nos conditions d'exercice ?
04:22La succession d'inspecteurs qui passent à Pantin
04:24ne se rend pas compte à quel point tout le monde est épuisé par ces rythmes.
04:28Personne ne s'interroge sur les gens qui partent,
04:30sur le temps que travaillent les directeurs.
04:33L'épuisement, il est ressenti, je dirais, par certainement toute la profession.
04:36C'est vrai qu'on a coutume de dire, au bout de trois semaines après la rentrée,
04:40qu'on était tous un peu sur les rotules.
04:41Mais vraiment là, sur les collègues de maternelle,
04:43j'avais trouvé que c'était un peu spécifique à eux.
04:46Dans quel contexte vous avez pris connaissance de cette lettre ?
04:49C'est sur les réseaux sociaux, quoi.
04:51Ça a commencé à circuler.
04:52Moi, j'ai lu les communiqués qu'a fait paraître le SNIPP aussi.
04:58J'ai trouvé très digne, en hommage à notre collègue,
05:01parce que très vite, on a bien vu que ça n'était pas lié
05:04à soi-disant de la faiblesse personnelle
05:06ou quelqu'un qui serait déprimé.
05:09Vraiment, on a compris très vite que c'était lié
05:11à ces conditions de travail qu'elle déplorait.
05:17Le travail des directeurs est épuisant,
05:19car il y a toujours des petits soucis à régler,
05:21ce qui occupe tout notre temps de travail
05:23et bien au-delà du temps rémunéré.
05:25Et à la fin de la journée,
05:26on ne sait plus trop ce que l'on a fait.
05:28Pour ma part, j'ai toujours fait pour le mieux
05:30pour les élèves, les enseignants, les parents.
05:32J'ai essayé de me rendre disponible au maximum pour chacun,
05:35toujours répondu positivement à un service que l'on me demandait.
05:40Mais les directeurs sont seuls.
05:41Seuls pour apprécier les situations,
05:44seuls pour traiter la situation
05:45car les parents ne veulent pas des réponses différées.
05:47Tout se passe dans la violence de l'immédiateté.
05:50Ils sont particulièrement exposés
05:52et on leur en demande de plus en plus,
05:54sans jamais les protéger.
05:55La semaine après la rentrée,
05:57ils sont déjà épuisés.
06:01Quand elle parle d'être submergée
06:03par toutes les tâches du quotidien,
06:05c'est quelque chose que l'on partage tous.
06:08On est...
06:08Vous voyez, moi je suis directeur d'une école de 21 classes.
06:12Je suis seul à la direction.
06:13Il y a 355 élèves inscrits à l'école Condorcet.
06:17Je suis seul alors que pendant les trois premières années
06:20où j'étais ici,
06:21je bénéficiais de ce qu'on appelait les aides à la direction.
06:23Des personnels qui ont été...
06:25Ces contrats CUI ont été terminés
06:28à l'arrivée du nouveau gouvernement,
06:31mais sans aucune modalité d'accompagnement de ces personnels.
06:37C'est ce qu'on appelait la fin des contrats aidés.
06:39Nous, on avait ces personnels-là.
06:41C'est sûr que ce n'était pas des conditions pour eux idéales.
06:44C'était des petits salaires.
06:45C'était ce qu'on appelait les CUI,
06:47les contrats uniques d'insertion.
06:48En attendant, partout où il y en a eu,
06:51ça remplit plus qu'un vide.
06:54Moi, je sais que la collègue qui travaillait avec moi,
06:57elle s'était vite rendue indispensable
06:59par sa compétence, sa disponibilité, sa gentillesse.
07:02Et c'est des gens qu'on a mis à la porte du jour au lendemain.
07:04C'est retour à Pôle emploi.
07:06Il ne s'est rien passé pour eux.
07:07Normalement, il y avait le mot I dans CUI.
07:10Il y avait insertion, oui.
07:11Mais cette insertion, elle s'est arrêtée.
07:13Je ne dis pas que le dispositif était idéal.
07:15Il fallait certainement créer autre chose.
07:16Je n'en sais rien.
07:17Mais en tout cas, ce qui est clair,
07:18c'est qu'il y a eu, dans l'éducation nationale,
07:21des milliers et des milliers de personnes
07:22qui se sont arrêtées de travailler du jour au lendemain.
07:24Et nous, on s'est retrouvés, gros gens comme devant,
07:26à refaire tout tout seul.
07:28Donc, du jour au lendemain, je me suis retrouvé seul.
07:31Et cette collègue qui travaillait avec moi
07:33était une personne qui était d'une rare compétence, en plus.
07:37Et c'est un gâchis monumental.
07:38Et de fait, toutes les tâches qu'elle faisait,
07:40qui étaient souvent des tâches routinières et répétitives,
07:45de photocopies de mots, de distribution de mots dans les classes.
07:49Quand je dois donner un mot dans les classes,
07:51moi, par exemple, ça me prend une heure.
07:52Parce que j'ai 21 classes,
07:54et que j'ai maintenant trois bâtiments
07:56où sont répartis les enfants.
07:58Deux bâtiments ici,
07:59un bâtiment qui vient d'ouvrir de l'autre côté de la rue.
08:01Donc, ça complexifie beaucoup les choses.
08:04L'éducation nationale, le ministre et ses représentants
08:07doivent toujours en prendre acte
08:09du geste désespéré de notre collègue
08:12et de son dernier témoignage
08:13et réagir en conséquence.
08:16Son geste ne peut pas être ignoré
08:18parce qu'il est révélateur de la souffrance au travail
08:20partagée par l'ensemble des personnels
08:23de l'éducation nationale
08:24au regard de la dégradation continue et permanente
08:27de leurs conditions de travail actuelles.
08:29Ancien samedi et bien au-delà.
08:32Quand j'étais au lycée,
08:33j'envisageais de devenir prof.
08:35Prof d'histoire, c'était mon truc.
08:36Et puis, arrivé à 17 ans,
08:37j'ai passé le BAFA,
08:40j'ai fait des colos
08:40et je me suis découvert vraiment une passion
08:42pour bosser avec les gamins.
08:43Je me suis dit, je ne vais pas devenir prof,
08:45je vais devenir un stit.
08:46Donc, à 18 ans, à l'époque,
08:48on pouvait passer le concours de l'école normale
08:49après le bac.
08:50Donc, je l'ai fait.
08:51J'ai eu le concours à 18 ans.
08:53Et puis, j'ai eu une carrière dans le premier degré.
08:59En parallèle, je faisais de l'animation.
09:00J'ai eu un détachement
09:01pour m'occuper des centres de vacances
09:02de la ville d'Aubervilliers pendant 5 ans.
09:04Et à la fin de ce détachement,
09:05j'ai passé l'entretien
09:07pour devenir directeur d'école.
09:08Et puis, voilà, ça m'a intéressé.
09:10Animer une équipe, faire des projets.
09:13Ça, c'est pour ça qu'on a choisi ce métier-là.
09:16En général, la plupart des collègues.
09:17Moi, ça fait 22 ans que je suis directeur.
09:19Je suis devenu directeur en 1997.
09:21Quand je suis devenu directeur,
09:22dans l'école où j'étais,
09:24je n'avais ce qu'on appelait
09:24qu'un tiers de décharge.
09:26C'est-à-dire que je faisais la classe
09:27deux tiers du temps
09:28et j'avais un tiers du temps le bureau.
09:30C'est-à-dire, une journée et demie par semaine,
09:31j'étais dans mon bureau.
09:32Le reste du temps, j'étais en classe.
09:34Et bien, aussi paradoxal que cela puisse paraître,
09:38j'avais l'impression de mieux m'en sortir à l'époque
09:40que je m'en sors maintenant
09:41en étant déchargé complètement.
09:43Certes, l'école est plus grande.
09:45Mais l'évolution, en fait,
09:46c'est l'évolution des tâches.
09:47C'est-à-dire qu'on est noyé
09:50de demandes à faire
09:52qu'on nous donne le jour même.
09:53Il fallait le faire pour la veille.
09:54Enfin, j'exagère un petit peu,
09:56mais c'est ça.
09:56À faire une fois, deux fois, trois fois
09:59les mêmes choses.
09:59Par exemple, j'attends
10:01d'une journée à l'autre
10:02une enquête qu'on reçoit tous les ans.
10:04On va me demander
10:05qui fait anglais dans les classes.
10:08Or, l'institution sait
10:09que chaque enseignant,
10:12maintenant, dans ses obligations de service,
10:13fait anglais.
10:14Et bien, il va falloir que je remplisse un document.
10:16Alors, ça va me prendre un quart d'heure,
10:1820 minutes.
10:18Mais il faut que je notifie
10:20Mme Trucmuche, elle fait anglais.
10:21M. Trucmuche, il fait anglais.
10:22Mais ça n'a aucun intérêt.
10:24Ça n'a aucun intérêt.
10:26Simplement, il y a quelqu'un là-haut,
10:27à la DS2N,
10:28qui a décidé qu'il fallait remplir
10:29cette enquête tous les ans.
10:30Et alors, ça peut paraître très anecdotique,
10:32mais c'est comme ça pour tout.
10:33Pour tout.
10:34Et il n'y a jamais de croisement.
10:36Alors qu'ils ont des outils,
10:37ils se sont doutés d'outils informatiques,
10:39d'applications,
10:40qu'on a, qu'on remplit,
10:41qu'on utilise,
10:42ils ne les croisent jamais.
10:43Et il faut toujours redonner les mêmes...
10:45Donc, c'est usant, quoi.
10:47Vous avez, vous, un moment en particulier
10:49dont vous vous souvenez,
10:50où vous vous êtes dit,
10:51là, ça...
10:52Enfin, je ne sais plus quoi faire,
10:53ça va trop loin,
10:54je suis hyper seul.
10:55Ça n'était pas dans cette école,
10:57ça remonte à quelques années.
10:58J'étais directeur d'école à Saint-Denis.
10:59Alors, c'était une école plus petite.
11:01J'avais 9 classes,
11:03j'avais 180 gamins.
11:04Et je me rappelle d'une journée d'hiver,
11:06comme cela,
11:06où il y a eu des problèmes de transport,
11:08il y avait les problèmes d'épidémie,
11:12de grippe, de choses comme ça.
11:13Et on s'est retrouvés,
11:14à deux collègues et moi,
11:15pour gérer toute l'école.
11:16Aucun remplaçant de disponible.
11:18L'institution appelée
11:19n'a pas pu répondre
11:21à l'envoi de choses.
11:22Donc, on s'est retrouvés seuls.
11:24Et en plus,
11:24une des deux collègues,
11:25je m'en rappellerai toute ma vie,
11:27a perdu sa mère.
11:28Sa mère est décédée le matin de ce jour-là.
11:30Elle a dû partir en urgence.
11:31On s'est retrouvés à deux
11:32pour gérer 180 gamins.
11:34Et ce jour-là,
11:36on a tenu,
11:36j'ai tenu.
11:37Et le soir,
11:38quand je suis rentré chez moi,
11:39j'ai craqué.
11:40Pour la première et seule fois de ma vie,
11:42nerveusement,
11:43j'ai pleuré.
11:44Et je n'en pouvais plus.
11:45Je n'en pouvais plus.
11:47Et j'ai réussi à rebondir
11:48assez facilement
11:49parce que
11:51j'ai fait un écrit.
11:52J'ai écrit tout ce que j'avais vécu.
11:54Cette lettre,
11:54à l'époque,
11:55elle avait été publiée
11:56par les instances départementales,
11:58syndicales.
11:58Et on avait fait
11:59créer des groupes de travail après
12:01pour voir comment on pouvait.
12:02Mais voilà,
12:03c'est des choses
12:04que la solitude dans cette fonction,
12:06ça, on le ressent très très fort
12:08par moments.
12:08En maternelle et en primaire,
12:10les directeurs d'école
12:11ne sont que les collègues
12:12avec des enseignants
12:12et non leur supérieur hiérarchique
12:14comme c'est le cas
12:15pour les chefs d'établissement
12:16du second degré.
12:17Ce statut particulier
12:19renforce encore peut-être
12:20le sentiment d'être seul
12:21pour faire face
12:22à toutes les demandes.
12:22Que ce soit les demandes institutionnelles,
12:24les demandes des collègues,
12:26les demandes des parents d'élèves,
12:29les demandes des partenaires.
12:30En début d'année scolaire,
12:31comme ça,
12:31on est sollicité par tous les partenaires
12:33des structures culturelles,
12:35sportives,
12:35qui veulent travailler avec nous.
12:37Donc, tout ça,
12:38c'est notre rôle premier,
12:39c'est-à-dire de mettre en place
12:40les projets pédagogiques.
12:41Mais on n'en a plus le temps.
12:42Moi, j'ai dit à mes collègues
12:43en ce début d'année,
12:43ne comptez pas sur moi
12:45pour vous accompagner
12:46dans les projets pédagogiques.
12:47Je vais essayer d'assurer
12:48au maximum l'administratif,
12:50que la sécurité soit assurée.
12:53Mais je ne pourrai pas impulser
12:54la réflexion au niveau pédagogie.
12:56J'ai la chance d'avoir une équipe
12:58essentiellement composée
12:59d'enseignants chevronnés,
13:00avec l'apport de quelques enseignants
13:02qui arrivent, débutants,
13:03dans une école,
13:04certes très importante,
13:05aux gros effectifs.
13:07Je vous dis,
13:07j'ai 21 classes,
13:09on est 24 collègues,
13:10parce qu'entre les temps partiels
13:11et tout ça,
13:11ça fait des ans supplémentaires.
13:13Des gens qui sont tous passionnants.
13:14Donc, voilà,
13:15il y a vraiment une équipe ici,
13:16une équipe pédagogique soudée
13:18qui réfléchit.
13:19Mais voilà,
13:21après, au bout d'un moment,
13:21ça peut ne plus suffire.
13:23Mais moi,
13:23je me suis beaucoup retrouvée
13:25dans ce qu'a dit la collègue,
13:26parce que ce qu'elle décrit,
13:27c'est effectivement notre quotidien.
13:29Aujourd'hui,
13:29l'ensemble de l'académie
13:30est dans le recueillement.
13:32Demain,
13:32le combat contre la souffrance
13:34au travail s'engagera.
13:35Nous devons être ici.
13:36Merci.
13:37Bonjour.
13:38Donc moi,
13:38je suis là pour le SNIPP FSU 75,
13:41parce que le geste dramatique
13:43de notre collègue
13:44résonne pour nous toutes et tous,
13:45au-delà des frontières du 93.
13:47L'FCP de Lina
13:49s'associe à cet appel
13:50à rassemblement
13:51et apporte sa solidarité
13:52aux enseignantes
13:53et enseignants choqués
13:54et affectés par ce drame.
13:56Moi,
13:56je suis enseignant
13:57sur le 95,
13:59Val d'Oise.
14:00On vous pourrait imaginer,
14:01bien entendu,
14:02qu'en ce moment,
14:02l'émotion est extrêmement forte
14:04dans notre département.
14:05Le geste de Christine Renon,
14:07il intervient trois semaines seulement
14:08après la rentrée.
14:09Est-ce que ça vous surprend ?
14:11Non.
14:12Non, je pense que personne
14:13n'est surpris.
14:14Cette collègue,
14:15elle l'a bien dit,
14:16elle signe sa lettre,
14:17directrice épuisée.
14:18Je crois qu'on pourrait
14:18tous l'écrire assez facilement,
14:21cette phrase-là.
14:22Il y a 15 jours,
14:23trois semaines,
14:23j'ai dû me déplacer
14:24avec mon collègue directeur
14:25de l'école d'à côté,
14:26qui est une école aussi grosse
14:27que la mienne.
14:28Il fallait aller chercher
14:29les livrets d'évaluation
14:30des CP et des CE1.
14:31Vous savez,
14:31les évaluations nationales
14:33que M. Blanquer a mis en route.
14:35J'ai 140 enfants
14:37de CP et CE1 dans l'école,
14:39140 livrets de français,
14:40140 livrets de mathématiques
14:42à aller chercher
14:42vers la mairie d'Aubervilliers.
14:44C'est naturel,
14:45le directeur,
14:45il se déplace,
14:46il est magasinier,
14:47il est livreur,
14:48quatre cartons énormes,
14:49j'ai des problèmes de dos,
14:50mais ça,
14:51on n'en tient pas compte.
14:52Vous voyez ?
14:52Alors, ça peut paraître
14:53très anecdotique,
14:54dit comme ça,
14:54mais c'est ces petites tâches.
14:55Moi, je ne suis pas devenu
14:57directeur d'école
14:58pour être à la fois
14:59magasinier,
15:00livreur,
15:00gardien,
15:01enfin tout ce que vous voulez.
15:02Vous voyez ?
15:02Donc tout ça,
15:03c'est des petites choses
15:04qui peuvent contribuer
15:05et dans la lettre
15:06que notre collègue Christine
15:07a écrite,
15:07si elle a autant frappé
15:08la profession,
15:08c'est que tout le monde
15:09se retrouve là-dedans.
15:11Le matin,
15:12Jean Buissonnier arrive à 7h
15:13pour que l'école soit prête
15:14à 8h30.
15:15Depuis quelques années,
15:16il n'assure plus
15:17les activités périscolaires
15:18le soir
15:19car il n'en a plus l'énergie.
15:21Après sa journée de travail,
15:22il quitte l'établissement
15:23vers 17h30
15:24et rentre chez lui.
15:26Ça vous fait des journées
15:27énormes,
15:28énormes,
15:28parce que le midi,
15:29on s'occupe des enfants
15:29à la cantine.
15:31Très anecdotiquement aussi,
15:34quand les heures supplémentaires
15:35ont été défiscalisées
15:37pour tous les salariés français,
15:39nous,
15:39elles ne le sont pas.
15:41On vient juste d'apprendre
15:41que les heures de surveillance
15:43qui sont des heures supplémentaires
15:44que les enseignants font
15:46au niveau de la cantine,
15:47par exemple,
15:47n'étaient pas reconnues
15:48comme des heures supplémentaires.
15:50Donc,
15:50même ça,
15:51ce gain de pouvoir d'achat
15:51que vous pouvez espérer,
15:53il n'existe pas.
15:54Donc,
15:54ça contribue vraiment
15:55à un malaise profond
15:56et à nous couper
15:57petit à petit
15:58de l'intérêt
15:59de ce métier aussi.
16:01Est-ce que votre métier,
16:02vous l'aimez encore ?
16:03Alors,
16:04oui,
16:04j'ai la chance
16:05de ne pas venir au travail
16:06la boule au ventre,
16:08ça c'est clair.
16:09Maintenant,
16:10l'énergie que ça me demande,
16:11je vous disais
16:12que j'avais 57 ans,
16:13je sens clairement
16:14que je l'ai de moins en moins.
16:15Alors,
16:15bon,
16:16après c'est humain,
16:17c'est l'âge,
16:18mais clairement,
16:19je me considère
16:20comme usé par le métier.
16:21Si vous aviez 35 ou 40 ans
16:23aujourd'hui
16:24et que vous faisiez
16:25le même métier,
16:25vous vous diriez
16:26je reste encore 20 ans
16:28ou vous arrêteriez ?
16:29Alors ça,
16:30c'est une bonne question.
16:33Je ne sais pas,
16:35je pense que ça serait maintenant,
16:36je réfléchirais,
16:38je réfléchirais à un autre projet.
16:40Avant,
16:40quand vous deveniez directeur,
16:41c'était un peu comme moi,
16:42vous y étiez jusqu'à la retraite.
16:44Maintenant,
16:44je vois beaucoup
16:44de jeunes collègues
16:45qui deviennent directeurs
16:46aux environ 35,
16:4740 ans.
16:48Ils le font 5 ans
16:49puis ils refont autre chose.
16:50j'envoie revenir en classe,
16:52j'en ai qui partent
16:52sur d'autres fonctions.
16:54Certains collègues aussi
16:55quittent l'éducation nationale.
16:56Et j'espère,
16:57il me reste normalement,
16:58il me restait 3 années à faire,
17:00je commence à me dire
17:01si j'ai la possibilité théorique
17:03de partir,
17:04j'aurais pu partir en retraite
17:05à partir de cette année.
17:06Puisque je suis un vieil enseignant,
17:08donc j'ai gardé des droits
17:09à partir en retraite
17:10à partir de 57 ans.
17:12Mais après,
17:13comme tout le monde,
17:14on fait les calculs,
17:15les décodes,
17:15vous savez,
17:15les choses comme ça.
17:16Moi,
17:17je m'étais fixé
17:18comme objectif
17:19de partir en retraite
17:20quand j'aurai ma retraite pleine.
17:22Et j'en suis à me dire
17:24que je vais peut-être l'anticiper.
17:25Parce que je vais peut-être
17:28être usé avant
17:28et que je n'ai pas envie
17:29de faire l'année de trop.
17:37Claudia,
17:37on sent beaucoup de lassitude
17:39chez ce directeur.
17:39C'est un directeur
17:40qui est vraiment passionné
17:41par son travail
17:42mais qui est lui aussi
17:44très fatigué.
17:44Et c'est d'ailleurs pour ça
17:45que la lettre de Christine Renon
17:47l'a autant touchée
17:47et que cet acte
17:48a vraiment réveillé
17:49quelque chose chez lui.
17:50Comme il le dit,
17:50il a vraiment été bouleversé par ça.
17:52Quelles sont les revendications
17:53des directeurs
17:54et des directrices aujourd'hui ?
17:55Les directeurs
17:55et directrices
17:56en région parisienne,
17:57aujourd'hui,
17:58ils aimeraient bien
17:59ne plus avoir à faire la classe
18:00parce qu'en fait,
18:01c'est une charge énorme
18:02en plus de toutes les petites
18:03tâches quotidiennes
18:03qui leur incombent.
18:05Donc ça,
18:06c'est une des premières
18:08revendications
18:08dont me parlait
18:09Jean-Louis Saunier.
18:11Au-delà de ça,
18:12lui n'est pas directement
18:13concerné
18:13parce qu'il est en fin de carrière
18:14mais il y a beaucoup
18:1722 000 euros par mois
18:18alors qu'ils ont
18:19des responsabilités
18:20extrêmement importantes
18:21et donc ils aimeraient aussi
18:22avoir des salaires
18:23plus importants.
18:23Et le mouvement
18:24qui a démarré
18:24après le suicide
18:25de Christine Renon
18:26continue ?
18:27Il y a eu trois mobilisations.
18:28La dernière,
18:29c'était une marche blanche
18:30samedi à Pantin
18:31et ça commence d'ailleurs
18:32à porter ses fruits
18:32puisque le maire de Pantin
18:34lui-même s'est exprimé
18:35à ce sujet
18:35et il demande
18:36à ce que dans sa ville
18:37il n'y ait aucun directeur
18:38qui soit en charge de classe
18:39et il est d'ailleurs
18:40même prêt à ce que la ville
18:41paye pour permettre ça
18:42aux directeurs
18:43des écoles de Pantin.
18:44Merci Claudia Prolongeau.
18:53Codesource est le podcast
18:55d'actualité du Parisien
18:56production Clara Garnier-Amourou
18:58et Marion Bottorel
18:59réalisation Benoît Gilon
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