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  • il y a 9 heures
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20 juin 2010 : les Bleus ne descendent pas du bus pour aller s’entraîner. Point d’orgue d’un Mondial en Afrique du Sud qui a viré au cauchemar pour la France. Récit.

L'épisode 2 : https://www.leparisien.fr/podcasts/code-source/la-greve-de-knysna-il-y-a-10-ans-les-coulisses-d-un-desastre-footballistique-partie-2-19-06-2020-8338716.php
L'épisode 1 : https://www.leparisien.fr/podcasts/code-source/la-greve-de-knysna-il-y-a-10-ans-les-coulisses-d-un-desastre-footballistique-partie-1-18-06-2020-8338071.php

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Transcription
00:01Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:06Aujourd'hui, le fiasco de Naïsna, épisode 2.
00:12Raymond Domenech a été insulté dans le vestiaire à la mi-temps du match France-Mexique par Nicolas Anelka.
00:18Exclu du Mondial 2010, l'attaquant va devoir quitter l'Afrique du Sud et rentrer à Paris.
00:23Le capitaine Patrice Evra n'a qu'une priorité, trouver le traître qui a parlé aux journalistes de l'équipe
00:29et en coulisses se prépare un coup d'éclat.
00:32Dix ans après, Codesources raconte la pire crise du football français,
00:36suite et fin de ce récit avec Christophe Bérard, qui était sur place en Afrique du Sud pour le Parisien.
00:51Actuellement, des paroles ont été prononcées.
00:54J'ai fait mon enquête, elles sont avérées à partir de là.
00:57Moi, je considère que ça a dépassé, en ce qui concerne les termes, ce qu'on peut entendre dans un
01:04vestiaire.
01:05C'est tout.
01:06Christophe Bérard, être exclu d'un Mondial en pleine compétition, qu'est-ce que ça représente pour un joueur de
01:12foot ?
01:12Non, mais c'est une humiliation incroyable.
01:14Se faire éjecter dans une phase finale de Coupe du Monde, c'est quelque chose qui est assez rare
01:19et qui peut être une tâche indélébile sur une carrière.
01:21Non, non, c'est quelque chose qui n'est pas facile à vivre.
01:23Mais, bizarrement, Anelka le prend plutôt avec philosophie.
01:27Tant pis, ok, je suis exclu du Mondial, mais je l'accepte parce que, dans sa personnalité, il refuse le
01:31compromis.
01:32Donc, il l'accepte, peut-être plus facilement qu'un autre joueur.
01:34Une fois qu'il a pris une décision, il refuse de revenir en arrière.
01:39Que se disent les joueurs de l'équipe de France ?
01:41Ils estiment que l'éviction d'Anelka est une injustice profonde.
01:44Elle vient d'une phrase qui a été lâchée dans l'intimité du vestiaire.
01:47Il faut savoir que pour un footballeur, le vestiaire, c'est quelque chose, on considère que c'est sacré.
01:51On peut se dire beaucoup de choses, mais ça doit rester dans le vestiaire.
01:53Et à partir du moment où c'est sorti et que ça a débouché sur une sanction décidée par l
01:59'extérieur,
02:00que ce soit les dirigeants, voire le monde politique, c'est quelque chose qu'ils vivent très très mal.
02:04Pour eux, le fait que des propos sortent du vestiaire, c'est un viol de leur intimité ?
02:10C'est ça, c'est un viol de leur intimité.
02:12C'est-à-dire qu'ils ne comprennent pas que quelqu'un ait pu sortir les phrases.
02:16C'est quelque chose qu'ils ne comprennent pas.
02:18Sachant qu'en fait, le problème, c'est qu'eux-mêmes parlent à leur famille, parlent à leurs agents, parlent
02:23à beaucoup de monde.
02:24C'est le paradoxe, c'est qu'eux-mêmes parlent à leur entourage, mais ne comprennent pas que leur entourage
02:28parle ensuite.
02:30On a bien compris que pour les joueurs, ce qu'il est en train de se passer est inacceptable.
02:35Qu'est-ce qu'ils vont faire ?
02:36Ils décident d'une action d'éclat.
02:38Leur première idée, c'est qu'on boycotte le match contre l'Afrique du Sud.
02:40C'est quelque chose de gravissime si ça avait eu lieu.
02:43Et très très vite, via peut-être leur entourage, ils sont ramenés à la raison.
02:46Non, on ne peut pas ne pas jouer un match parce que d'ailleurs l'équipe de France,
02:49elle pourrait être sanctionnée de, je crois, de 4 ans de suspension de compétition internationale.
02:54Donc la deuxième solution qui est choisie, c'est qu'on va rester entre nous à l'hôtel le jour
02:59de l'entraînement
02:59et on va demander à discuter avec le staff.
03:01On va rédiger un communiqué et c'est comme ça qu'on va agir.
03:04Ils vont apprendre que finalement, l'entraînement du 20 juin est ouvert pour un quart d'euro-média
03:09et surtout que des habitants des Tonship sont censés venir.
03:12Et là, ils vont changer un petit peu leur fusil d'épaule le matin.
03:14Ils vont se dire, bon, on ne peut pas priver les habitants des Tonship de notre présence.
03:18Et comme il y a des médias, et bien là, on va faire notre coup d'éclat.
03:22On va venir, on va saluer les habitants des Tonship et on ne va pas s'entraîner.
03:29Comme si ça ne suffisait pas, il y aura une autre affaire, une autre information
03:33qui sortira sur une mésentente entre Franck Ribéry et Johan Gourcuff.
03:38Un journal va faire état d'une bagarre entre Ribéry et Gourcuff dans l'avion du retour
03:42après le match contre le Mexique.
03:43Donc ça, il va s'avérer que c'est complètement faux.
03:45En revanche, la vérité, c'est que Johan Gourcuff a des vrais problèmes relationnels
03:50avec Franck Ribéry qui le déteste.
03:52On ne sait pas pourquoi, pour des raisons assez obscures.
03:55Il n'aime pas son côté trop propre sur lui.
03:58Gourcuff est aussi un peu pris en grippe par Franck Ribéry, par Éric Abidal,
04:02par d'autres qui ne l'aiment pas.
04:03Donc c'est vrai qu'il y a un petit côté tête de Turc.
04:05Donc ça, c'est une réalité.
04:07Johan Gourcuff, le meneur de jeu de l'équipe de France, est isolé.
04:10Il n'y a pas eu bagarre, mais il y a une vraie mésentente.
04:14Le dimanche matin à 11h, c'est l'heure de l'émission Téléfoot sur TF1,
04:19en direct donc de Naisna, de l'Afrique du Sud.
04:21Raymond Domenech, le sélectionneur, est invité sur le plateau.
04:24Mais au beau milieu de l'émission, Franck Ribéry arrive à l'improviste.
04:28Oui, on voit d'un coup, alors que c'est Raymond Domenech qui a la parole,
04:31David Astorgal, présentateur de Téléfoot, interrompt le sélectionneur
04:34et lui dit « Ah, je crois que Franck Ribéry vient d'arriver ».
04:37On va accueillir Franck Ribéry qui nous a rejoint, ce n'était pas prévu.
04:42Franck ?
04:42Il a quelque chose à nous dire et la caméra se tourne vers Franck Ribéry
04:45qui apparaît en short, en chaussette, en claquette
04:49et qui demande la parole et qui va se lancer dans un monologue très surprenant.
04:53Qu'est-ce qu'il dit ?
04:54D'abord, il revient sur ce bruit justement de...
04:57comme quoi il aurait... il se serait battu avec Gourcuff dans l'avion
04:59en disant que c'est complètement faux, qu'au contraire, il adore Gourcuff.
05:01Je n'ai aucun problème avec Yohan, au contraire, j'ai été le premier à lui parler
05:05parce que Yohan est important pour l'équipe de France.
05:07Ce qui est un véritable mensonge et dans la foulée, il va faire état de sa souffrance,
05:11de la souffrance de l'équipe de France devant les deux mauvais résultats des deux premiers matchs
05:15en demandant pardon publiquement pour ne pas avoir su défendre correctement la cause de l'équipe de France.
05:21Je suis le premier à être déçu et le premier à être dégoûté
05:24et je demande pardon à tout notre pays, surtout à tous les Français
05:28de ne pas avoir fait vraiment une copie du monde comme ils le souhaitaient.
05:32Donc il y a ce message de contrition, un peu surréaliste, en direct, à la surprise générale.
05:37Il parle d'Anelka ?
05:38Évidemment, il revient aussi sur l'éviction d'Anelka, qu'il dit regretté.
05:41Il explique que les mots n'ont pas été ceux-là
05:43et il trouve injuste l'éviction d'Anelka et il le répète.
05:47Et donc il dit que les Bleus donneront tout sur leur dernier match contre l'Afrique du Sud.
05:51Oui, il promet de tout faire pour offrir un beau visage de l'équipe de France au public français.
05:55On est des grandes personnes, on est des professionnels
05:58et puis on va jouer ce match sérieusement.
06:01Et on a besoin du soutien de tout le monde, même dans la difficulté.
06:14Quelques heures après cette émission, sur Réaliste, les Bleus doivent s'entraîner à Naïsne.
06:20Il y a des caméras qui s'installent et on voit les Bleus descendre.
06:23À ce moment-là, personne ne réalise qu'ils sont en basket.
06:26Ce qui est un peu étrange, quand on est censé s'entraîner, on met des crampons.
06:29Et on voit les joueurs aller vers les habitants des Townships qui étaient là, dans un coin.
06:33Ils font quelques photos, ils signent des autographes.
06:36Et puis à un moment, il y a une scène qui m'attire personnellement, qui attire le regard.
06:40Je vois Robert Duvernes, qui est le préparateur physique de l'équipe de France,
06:44discuter avec Patrice Évral, capitaine.
06:45Et puis on voit, on est à 50 mètres, et puis il y a des grands gestes.
06:48Et puis d'un coup, ça commence à s'agiter.
06:50Et d'un coup, on voit Duvernes qui prend son chronomètre et qui le jette.
06:53On se dit qu'il se passe quelque chose.
06:55Et quelques instants après cette scène, les joueurs de l'équipe de France remontent dans le bus.
07:00Et là, on se dit, mais qu'est-ce qui se passe ?
07:01Et le message arrive très vite de la part du service de presse de la Fédération.
07:05Ils ne veulent pas s'entraîner.
07:07Ils ne veulent pas s'entraîner.
07:09Alors là, les mots paraissent surréalistes.
07:11L'équipe de France qui est censée s'entraîner, devant les habitants des Townships, devant les médias, devant tout le
07:16monde,
07:16qui a promis, via Franck Ribéry, de tout donner, refuse de s'entraîner.
07:19Et à partir de là, tout explose.
07:21Tout devient surréaliste.
07:23Les radios, les chaînes de télévision téléphonent à Paris pour demander une prise d'antenne.
07:27Les chaînes d'information continue vont casser leur antenne et filmer le bus fixe avec des joueurs à l'intérieur,
07:35les rideaux tirés.
07:35C'est un bus bleu, blanc, rouge, aux couleurs de l'équipe de France, avec le slogan « Tous ensemble
07:39vers un nouveau rêve bleu »,
07:40qui prend une signification légèrement étrange à cet instant.
07:44Et les rideaux des fenêtres sont tirés.
07:47On ne voit plus.
07:48De temps en temps, on voit des mains qui s'agitent.
07:50Et de temps en temps, il y a des personnes.
07:51Mais on est dans une prise d'otage, en fait.
07:53Je n'ai pas d'autres images.
07:55Un bus qui ne bouge pas.
07:56Des gens autour.
07:57Des gens montent pour essayer de les raisonner.
07:59Ils redescendent, etc.
08:00Ça dure des dizaines de minutes.
08:01Et on ne comprend pas.
08:03Personne n'arrive à raisonner l'équipe de France.
08:05Pendant ce temps, on a le délégué général de la Fédération française, un énarque, Jean-Louis Valentin, qui hurle bruyamment.
08:12Ce qui se passe cet après-midi est un scandale.
08:14Un scandale pour les Français.
08:16Un scandale pour les jeunes qui sont ici.
08:18Un scandale pour la Fédération et pour l'équipe de France.
08:21Qu'est-ce qui s'est passé ?
08:27On voit le président de la Fédération française, Jean-Pierre Escalette, qui est un petit peu engoncé dans un coup
08:32de vent aux couleurs des bleus, qui ne bouge pas, qui est tétanisé.
08:36Raymond Domenech, de son côté, multiplie les allers-retours dans le bus et essaie de discuter.
08:41Rien ne bouge.
08:42Les chaînes d'infos continuent, retransmettent ça.
08:44Et tout à coup, ça prend une dimension incroyable à Paris.
08:46On a l'impression que ça dure des heures, cette attente incroyable de joueurs qui refusent simplement de redescendre sur
08:53la pelouse et tranquillement s'échauffer, jouer un petit peu.
08:56Ça devient surréaliste.
08:57Quelques intervenants essayent de les raisonner et personne, personne ne bouge.
09:04Vous, vous vous souvenez de ce que vous faites, ce que vous vous dites ?
09:08J'appelle Paris, j'appelle ma rédaction.
09:10Qu'est-ce qu'on fait ?
09:11Parce qu'au départ, j'étais censé faire un tout petit papier pour raconter l'entraînement de l'équipe de
09:15France.
09:15Non, ce n'était pas grand-chose.
09:16Et puis d'un coup, ça devient tellement énorme qu'à Paris, tout le monde s'agit dans toutes les
09:20rédactions.
09:20On va tout casser.
09:22On va évidemment ouvrir le journal là-dessus.
09:24On va faire réagir le monde entier.
09:26Mais à ce moment-là, il faut tout simplement savoir ce qu'on fait, qui on appelle, qui peut nous
09:31expliquer ce qui se passe.
09:32Parce qu'à cet instant, on comprend qu'ils font grève, mais on ne comprend pas pourquoi.
09:35On ne comprend pas ce qu'il leur a pris.
09:38On essaie de savoir.
09:39Mais vous savez quand même qu'Anelka a été exclu et que c'est sans doute lié à ça.
09:42On imagine que c'est lié à Nicolas Nelka.
09:44Mais rappelons-nous, quelques heures avant, Franck Ribéry explique à quel point ils sont blessés de ne pas avoir pu
09:48défendre les couleurs des bleus.
09:49Et on a ça devant nous.
09:50Donc, il y a une incompréhension incroyable.
09:53Oui, c'est probablement lié à Nelka, mais pas comme ça, pas à ce point, pas maintenant.
09:57Ça ne veut rien dire.
09:58C'est inconcevable.
09:59C'est tout simplement pas rationnel.
10:01À ce moment-là, vous, en tant que journaliste, ça vous amuse doucement ?
10:05Comment vous vivez ça ?
10:06Franchement, ce n'est pas que ça m'amuse doucement.
10:08C'est que ça m'amuse énormément.
10:09Je vais être très franc, je vois les masques tomber.
10:12C'est des joueurs, je vais être très franc, j'en ai rencontré beaucoup dans ma carrière où j'ai
10:16beaucoup de respect humain pour certains.
10:18Là, il y en avait quelques-uns.
10:19C'était des faux gentils.
10:21On le savait, on s'en doutait, mais on n'allait pas les créer comme ça.
10:24Et là, d'un coup, on les voit agir aussi.
10:27Stupidement, il n'y a pas d'autres adjectifs.
10:28On voit les dirigeants, dont on sait qu'ils sont dépassés.
10:31On voit Raymond Domenech, dont on sait que c'est un faux meneur d'homme, qui est perdu également.
10:36Ça y est, on est à l'épilogue finale.
10:38Tout se révèle, tout s'explique.
10:39C'est assez énorme, c'est assez amusant, voire jouissif d'assister à ça.
10:43Pendant cette longue attente, est-ce qu'on sait ce qu'il se dit dans le bus, entre les joueurs
10:49?
10:49On a Eric Abidal qui donne des coups de poing sur la vitre en disant « on y va, on
10:53y va ».
10:53Franck Ribéry, Patrice Evra, d'autres se taisent.
10:57À la surprise générale, un des leaders, celui qui aurait pu être un des leaders de l'équipe, Thierry Henry,
11:02qui, champion du monde, champion d'Europe en titre,
11:05mais qui a été tellement vexé de ne plus être capitaine et de ne pas jouer, reste dans le bus,
11:10se tait.
11:10Alors qu'un type de son charisme et de son autorité,
11:14s'il s'est élevé en disant « les gars, on a assez déconné, on s'entraîne »,
11:17tout le monde l'aurait suivi.
11:18Des joueurs me l'ont dit ça ensuite.
11:20Mais lui, vexé, voyant la situation, comprenant que c'est Raymond Domenech
11:24qui va prendre, pardonnez-moi l'expression, mais très cher ensuite,
11:26il laisse faire, il ne dit rien.
11:27Donc voilà, il y a les, ceux qui ne font rien volontairement,
11:31ceux qui suivent par solidarité,
11:33et les quelques faux leaders, Abidal, Evra, Ribéry,
11:37qui parlent beaucoup, qui braillent, qui demandent à ce que le bus s'en aille,
11:40qui refusent de parler, qui refusent de répondre aux demandes du président de la Fédération,
11:45qui leur dit « descendez les gars, s'il vous plaît »,
11:46qui leur parlent en perte famille, alors qu'il aurait fallu leur dire « écoutez, c'est très simple,
11:50si aucun d'entre vous ne s'entraîne, je prends l'acte,
11:53que vous ne porterez plus jamais le maillot de l'équipe de France ».
11:55Au lieu de ça, le discours du président, c'est « allez, soyez sympas les enfants ».
11:58Donc évidemment, face à des joueurs surexcités,
12:01plein de paranoïa, persuadés que tout le monde leur en veut,
12:04ça n'avait aucune chance d'aboutir.
12:05Que se passe-t-il ensuite ?
12:06Les joueurs ont donné un communiqué, ont rédigé un communiqué,
12:09qu'ils ont demandé à l'attaché de presse de l'équipe de France,
12:11François Manardot, de lire.
12:12Lui, tout de suite, par réflexe, dit « je refuse de lire ça,
12:14c'est contre ma fédération, hors de question que je le lise ».
12:17Et ce qui va se passer, c'est qu'un petit peu à la surprise générale,
12:19Raymond Domenech va se présenter devant tout le monde,
12:22et va lire le communiqué.
12:23« Par ce communiqué, tous les joueurs de l'équipe de France
12:26souhaitent affirmer leur opposition à la décision prise par la Fédération Française de Football. »
12:30Qui éreinte ses choix, qui éreinte sa fédération, qui éreinte les décisions.
12:35« La Fédération Française de Football n'a aucun moment tenté de protéger le groupe.
12:39Elle a pris une décision sans consulter l'ensemble des joueurs,
12:42et uniquement sur la base des faits rapportés par la presse. »
12:45Et il va lire ce communiqué, sans ensuite lui-même prendre la parole pour dire « je ne suis pas
12:49d'accord ».
12:50« Nous n'oublions rien de nos devoirs,
12:52et nous ferons tout individuellement pour que la France, mardi soir,
12:57retrouve son honneur par une performance enfin positive. »
13:01Les joueurs de l'équipe de France, merci messieurs, au revoir.
13:04Une fois que le communiqué a été lu aux médias,
13:06le bus rentre à l'hôtel avec les joueurs,
13:08Raymond Domenech et son staff vont rentrer de leur côté à l'hôtel.
13:11Là on voit à quel point l'équipe de France est divisée.
13:13Elle n'est pas divisée, elle est perdue, elle est paranoïaque,
13:16elle est elle contre le monde entier.
13:17J'ai un joueur qui m'a dit « c'est quand on est rentré à l'hôtel,
13:20quand mes parents m'ont appelé, que j'ai compris qu'on avait fait une bêtise,
13:22qu'on avait fait grève, on ne comprenait même pas ce que ça voulait dire la grève. »
13:25La presse se déchaîne, et même le président Sarkozy va réagir.
13:29Là, il est fou furieux Nicolas Sarkozy,
13:31parce que lui en tant que fan de football,
13:33il comprend que l'image des bleus elle est entachée pour longtemps,
13:35donc il va demander immédiatement à François Fillon,
13:38à Roselyne Bachelot, à Ramayad d'agir.
13:50Le lendemain de cette grève du bus,
13:53la France joue contre l'Afrique du Sud,
13:54avec donc un infime espoir de se qualifier.
13:58Raymond Domenech a changé en grande partie son équipe.
14:05Quel est le résultat ?
14:06La France va perdre 2-1 contre l'Afrique du Sud,
14:08même si c'est le pays organisateur, c'est une équipe assez faible,
14:11donc sportivement c'est déjà un désastre,
14:13mais le pire n'est pas là, c'est à la fin du match,
14:15Raymond Domenech va rater sa sortie finale.
14:18À la fin du match, il est tradition que les sélectionneurs se serrent la main.
14:21Lui va refuser de serrer la main de son homologue sud-africain,
14:24sous prétexte que ce dernier avait eu des mots un peu durs sur les bleus
14:26après la qualification contre l'Irlande.
14:28Donc, désastre sportif et désastre moral,
14:31une inélégance à la fin pour finir,
14:33enfin tout faux de A à Z.
14:44Christophe Bérard, vous avez parlé de la colère du président de la République,
14:47Nicolas Sarkozy, il y a eu des sanctions ensuite ?
14:49Au moment où l'avion se pose à Paris, l'avion des Bleus,
14:52sur le tarmac, une voiture vient chercher Thierry Henry
14:54pour l'emmener directement à l'Elysée,
14:56où le président Sarkozy veut entendre le son de cloche de Henry
15:00sur le désastre de Neysna.
15:01Dans la foulée, le président Sarkozy demande à son premier ministre François Fillon,
15:05à sa ministre des Sports, Roselyne Bachelouet,
15:08à la secrétaire d'État, Ramayad,
15:09de lancer une commission pour savoir ce qui s'est passé.
15:11Et très très vite, les premières sanctions vont tomber.
15:14Jean-Pierre Escalette va quitter son poste.
15:17Certains joueurs vont être entendus par une commission de discipline
15:20et les sanctions vont tomber.
15:21La plus lourde, elle est pour Nicolas Anelka,
15:24qui va écoper de 18 matchs de suspension en bleu.
15:26Autant dire que sa carrière internationale est terminée.
15:28La réaction de ce dernier, c'est « Je suis mort de rire ».
15:30D'autres joueurs vont être sanctionnés.
15:32Patrice Evra comme capitaine, Franck Ribéry.
15:34Curieusement, Éric Abidal, qui était un des meneurs,
15:37va s'en sortir sans rien.
15:38Raymond Domenech, évidemment, son mandat à la tête de l'équipe de France
15:40s'arrête, mais c'était prévu.
15:42Mais il va être licencié quelques temps plus tard
15:44pour faute grave par sa fédération,
15:46qui va notamment lui reprocher la lecture publique du communiqué
15:49en disant que c'était quelque chose qu'il ne pouvait pas faire.
15:52Et entre-temps, le nouveau sélectionneur de l'équipe de France,
15:55Laurent Blanc, pour son premier match à la tête des Bleus
15:57face à la Norvège, décide symboliquement de se priver
16:00des 23 joueurs présents à Neissna quelques mois plus tôt.
16:05Quel enseignement principal a été tiré de Neissna ?
16:08Le problème de Raymond Domenech, c'est qu'il voulait supprimer
16:10toute communication, ne rien faire filtrer.
16:13« La presse est une ennemie, je vais vous protéger, moi, de la presse ».
16:16En fait, ça a totalement raté.
16:18Quand rien ne se transmet, parce que le football,
16:19c'est un sport d'émotion, si on ne donne aucune émotion,
16:22si on ne livre rien, à un moment, c'est comme une cocotte minute
16:24avec un couvercle dessus, ça, forcément, ça finit par exploser.
16:27Et c'est les leçons qui ont été aussi tirées par les successeurs
16:30de Raymond Domenech, notamment aujourd'hui Didier Deschamps.
16:32Il ouvre un petit peu les portes des Bleus.
16:34Ce n'est pas une propriété privée.
16:35Il fait attention à l'image, il fait attention au message.
16:38Les joueurs ont conscience que ce qu'ils disent
16:41a des conséquences et que le maillot bleu,
16:43c'est un privilège, ce n'est pas un dû.
16:46Christophe Bérard, au début de cette histoire,
16:48vous nous avez confié que vous n'aviez pas vraiment envie
16:51de venir couvrir cet entraînement de 15 minutes.
16:55Finalement, vous avez bien fait.
16:56Peut-être la leçon à tirer, c'est « allons-y, on ne sait jamais ».
16:59On imagine qu'on ne va rien voir et puis,
17:01de temps en temps, on peut tomber sur une pépite.
17:02Sincèrement, j'avais l'impression, ce jour-là, de perdre mon temps.
17:05En fait, ce que je ne savais pas, c'est que, journalistiquement,
17:07j'avais un billet de loterie gagnant dans ma poche.
17:09Ça a été extraordinaire à vivre.
17:11Je m'en souviendrai toute ma vie.
17:16Merci à Christophe Bérard.
17:18Codesource est le podcast d'actualité du Parisien,
17:21disponible chaque soir du lundi au vendredi.
17:23Ce récit a été conçu et préparé par Benjamin Boucriche,
17:26production Thibault Lambert et Myrène Garay-Coetchea,
17:30réalisation Julien Moncoupiole.
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