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  • il y a 9 heures
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Un agent de la DGSI a été mis en examen pour avoir vendu sur le Darknet des informations sensibles issues des fichiers de la police.

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Transcription
00:00Bonjour, c'est Jules Lavi pour CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Faux papier, cartes bleues volées, armes, cocaïne.
00:15À l'automne 2018, sur le Darknet, la face cachée d'Internet,
00:19un supermarché du crime français est démanclé.
00:22La Manoir ou Black Hand, une des plateformes françaises les plus secrètes.
00:273000 clients qui, pour une cotisation de 50 euros, achetaient de la drogue, des armes, des faux papiers.
00:32L'enquête judiciaire vient d'être clôturée le 16 janvier.
00:36Six suspects doivent être jugés d'ici la fin de l'année.
00:39Et parmi eux, un brigadier de la DGSI.
00:41Ils vendaient des informations confidentielles provenant des fichiers de police.
00:46Cet épisode de CodeSource est raconté par trois journalistes du service Police-Justice du Parisien.
00:51Jérémy Famelet, Éric Pelletier et Vincent Gautronon.
01:02Jérémy Famelet, le 24 septembre 2018, que se passe-t-il à la DGSI à Levallois-Péret ?
01:07C'est une scène assez surréaliste pour un service à la culture du secret.
01:11Un fonctionnaire de la DGSI, un enquêteur en antiterrorisme, est arrêté sous les yeux de ses collègues.
01:17En fait, il est convoqué par son chef de service pour un motif futile.
01:20Puis, un enquêteur qui est au fond du bureau va lui demander « Est-ce que c'est toi, Horus
01:24? »
01:24Il ne va pas répondre, mais il va être menotté, puis transméré immédiatement dans les locaux de garde à vue,
01:29où il entend lui-même les suspects.
01:33On va prendre le temps de raconter cette histoire du début.
01:37D'abord, Jérémy Famelet, qu'est-ce qu'on sait de l'enfance de cet homme qui a aujourd'hui
01:40une trentaine d'années ?
01:41Ce policier qu'on va appeler Cédric, il a grandi en Normandie.
01:45Il est dans une famille qui évolue dans le milieu des forces de l'ordre.
01:48Et lui, il rentre dans la police en 2009 en tant que gardien de la paix.
01:52C'est le plus bas de l'échelle.
01:53Il est affecté d'abord à la préfecture de police dans la sécurité publique.
01:56Donc, préfecture de police de Paris. Qu'est-ce qu'il fait concrètement ?
01:58Il s'occupe de sécurité publique et ensuite, il va être enquêteur, mais de sécurité publique.
02:03Donc, il s'occupera des affaires du quotidien, on va dire, du courant.
02:05Que fait-il ensuite ?
02:06En 2017, ce brigadier qui a plutôt brillé par son expertise technique et notamment téléphonique sur certaines enquêtes,
02:14va postuler à la DGSI et va être recruté. Et là, il obtient le grade de brigadier.
02:19Eric Pelletier, à quel service est-ce que Cédric travaille au sein de la DGSI ?
02:24La DGSI est divisée en plusieurs divisions.
02:27Lui, il est au cœur de la division J pour judiciaire.
02:30Il est au cœur des enquêtes antiterroristes et notamment des affaires qui concernent peu ou prou Internet,
02:38les nouvelles technologies. Donc, il est vraiment au centre des choses.
02:43Jérémy Pellet, à ce moment-là, comment est-ce qu'il est perçu par ses collègues, Cédric ?
02:47Alors, les commentaires sont clairement dithyrambiques.
02:49Ses collègues, quand ils seront interrogés par les enquêteurs,
02:52diront que c'est un agent doué, en informatique particulièrement,
02:56si bien que c'est à lui qu'on confie l'extraction des données, des téléphones, des supports informatiques
03:01recueillis lors des parquisitions chez les suspects terroristes.
03:04Et c'est quelqu'un présenté comme brillant et ayant l'assentiment de la hiérarchie.
03:07Il avait une très bonne relation, aussi bien avec ses collègues qu'avec ses chefs de service,
03:11mais il était réputé pour avoir quelques tendances à faire la sieste entre midi et deux.
03:15Au niveau personnel, Cédric est dans quelle période de sa vie ?
03:18Si sa situation professionnelle est plutôt bonne, puisqu'il a intégré un prestigieux service de renseignement,
03:22sa situation personnelle, elle, est en déclin.
03:24Il est surendetté, il a souscrit à des prêts à la consommation de plus de 40 000 euros
03:29et il a des impôts impayés.
03:32La faute a une vie un peu au-dessus de ses moyens menée avec son ancien compagnon,
03:36avec qui il s'est séparé en mai 2015.
03:38Ce compagnon ne travaillait pas et tous deux avaient tendance à sortir, voyager,
03:44rien d'extravagant non plus, mais c'était des dépenses clairement au-dessus de ses moyens
03:48de sa paie de brigadier qui, rappelons-nous, est d'environ 2 000 euros net par mois.
03:51Vincent Gautreneau, à l'occasion d'une enquête, Cédric découvre le Darknet.
03:56On va voir pourquoi, mais d'abord, c'est quoi le Darknet ?
03:58Le Darknet, c'est ce qu'on peut décrire comme la partie cachée d'Internet.
04:02C'est une partie où on n'accède pas si facilement que ça.
04:05Pour aller sur le Darknet, il faut télécharger un logiciel comme Tor.
04:09Ensuite, il n'y a pas de moteur de recherche sur le Darknet.
04:11Pour trouver ce qu'on cherche, il faut connaître l'adresse d'un site Internet bien précis
04:16sur lequel on veut aller pour trouver à peu près tout.
04:19Et ensuite, quand on est sur le Darknet avec un logiciel comme Tor, ça ressemble à quoi ?
04:24Le Darknet, c'est Internet.
04:25C'est Internet comme on le connaît, comme Google, comme Amazon, comme n'importe quel site.
04:30Souvent, la présentation est évidemment moins soignée que ce qu'on peut trouver sur des grands sites,
04:35grand public, mais c'est un site Internet.
04:37Donc, une fois là-bas, la différence, c'est qu'on trouve de tout.
04:41On trouve de la drogue, on trouve des armes, on trouve des faux papiers,
04:45on trouve beaucoup, malheureusement, aussi de pédopornographie.
04:49On trouve vraiment de tout.
04:52Pourquoi est-ce que Cédric a besoin d'aller sur le Darknet ?
04:56Cédric, quand il commence à aller sur le Darknet, c'est pour les besoins de son travail.
04:59Il a une enquête à faire sur une famille islamiste, ou en tout cas présentée comme telle,
05:05qui fréquente le Darknet, et donc il commence à s'intéresser aux mécanismes du Darknet,
05:10à fréquenter cet univers-là pour son travail.
05:12Et là, Jérémy Famlet, ça le fascine.
05:14Il s'inscrit d'abord lui-même en tant que propre utilisateur,
05:16et sur les plateformes sur lesquelles il va s'inscrire,
05:19il y a d'une part les forums très libertaires,
05:21puisque les discussions ne sont par essence pas surveillées,
05:23c'est l'Internet clandestin, donc il y a une forme de liberté qui le fascine,
05:27et puis il y a ce côté où l'on vend tout ce qui est légal pour quelques euros,
05:30et tout est accessible rapidement.
05:31Et Cédric va s'impliquer en particulier sur un site du Darknet baptisé Blackhand ?
05:36C'est en tout cas le premier site qu'il va fréquenter.
05:39Blackhand, c'est un site important à l'époque,
05:42avant d'être démantelé en juin 2018 par les douanes.
05:44On trouve à peu près tout, on trouve de la drogue, on trouve des faux papiers.
05:50L'administratrice de ce site dit qu'elle ne veut pas de vente d'êtres humains.
05:54C'est une des conditions qu'il y a sur ce site, c'est interdiction de la vente d'êtres
05:57humains,
05:57ce qui prouve à quel point on peut tout trouver sur le Darknet.
05:59Et Cédric, sur ce site du Darknet, va se faire appeler Horus, Jérémy Famelet. Pourquoi ?
06:05En référence à la figure mythologique, à l'œil protecteur et omniscient,
06:10lui, il y voit un peu un rappel de ses missions à DGC, qui est de protéger et surveiller les
06:13Français.
06:14Au départ, il découvre le Darknet pour le bien d'une enquête.
06:18À quel moment est-ce que ça bascule ?
06:20Au départ, il va être alpagué par un des internautes notoires du site Blackhand, justement,
06:24un certain Jojo de la Vega, c'est son pseudonyme.
06:26En fait, c'est un chômeur des Bouches-du-Rhône qui est réputé faussaire.
06:30Ce faussaire a besoin pour fabriquer des faux documents d'informations de personnes réelles
06:34dont il va usurper l'identité.
06:36C'est là qu'il fait appel à Horus en lui demandant
06:38« Est-ce que tu ne connais pas quelqu'un qui pourrait m'obtenir des informations tirées de vrais permis
06:42de conduire et de carte d'identité ? »
06:44Et c'est là où il va accepter, parce qu'il se rend compte que c'est de l'argent
06:46facile pour peu de risques.
06:48Enfin, c'est ce qu'il croit.
06:50Sur cette plateforme qui s'appelle Blackhand, il y a ce qu'on appelle des shops,
06:55des petites officines, des boutiques où les gens peuvent vendre différentes choses.
07:00Que va vendre Éric Pelletier, Cédric, sur ce site ?
07:03Il vend des choses qui sont tirées des fichiers de police auxquels il a accès.
07:06Chaque fonctionnaire peut avoir accès à ces fichiers,
07:09pour autant qu'il rentre son numéro d'identifiant informatique.
07:13Et ensuite, se dessine une architecture où on accède aux fichiers des permis de conduire, par exemple.
07:19Et puis surtout, ce qui paraît complètement incroyable,
07:22c'est qu'il permet d'avoir un traçage de n'importe quel téléphone mobile,
07:27celui de votre femme, de votre employeur, peu importe.
07:30Et tout ça, contre rémunération, ça coûte en fait pas grand-chose,
07:33quelques centaines d'euros, de 100 à 300 euros.
07:35Ce trafic d'informations sensibles, combien est-ce qu'il lui rapporte ?
07:38Pas grand-chose au regard de ce que peut mettre, par exemple, une organisation criminelle,
07:43ou bien, imaginons, une agence de renseignement étrangère.
07:47Lui explique qu'au total, cette arnaque lui a procuré environ 50 000 euros.
07:53Jérémy Famelet, Cédric, il fait ça sur son temps de travail ?
07:56Oui, alors évidemment, il a droit d'accéder au Darknet dans le cadre de ses missions pour l'antitoris,
08:00mais au moment où il lance son commerce personnel,
08:03il va quand même utiliser son propre téléphone portable en partage de connexion,
08:06comme un modem, pour se permettre aussi de suivre ses activités.
08:09Mais la plupart de ses commandes, évidemment, il les reçoit le soir, une fois chez lui,
08:13et ensuite va consulter les fichiers de police au boulot l'agendé.
08:15Pourquoi est-ce qu'il utilise son téléphone portable en partage de connexion ?
08:19C'est une mesure de précaution, c'est ça ?
08:21J'imagine que c'est pour se rendre le plus indétectable possible.
08:24Comment est-ce qu'il percevait cet argent ?
08:26L'argent, il le récupérait principalement en bitcoin, en autres crypto-monnaies,
08:30et aussi en carte bancaire prépayée.
08:32Donc du coup, l'évaluation qu'il donne est assez compliquée à vérifier,
08:35puisque par principe, ce genre d'argent n'est accessible que par un réseau chiffré.
08:40Vincent Cotrono, que disent de lui, à ce moment-là, ses clients ?
08:44Ses clients, ils sont très positifs sur Horus.
08:46Après, il faut voir aussi qui sont ses clients.
08:47Ses clients sont des faussaires, des fabricants de fausses cartes d'identité, des voyous.
08:52Ce ne sont pas des gens très recommandables.
08:53Eux, ce qu'ils veulent, c'est une fiabilité.
08:55Et selon les commentaires qu'il laissait sur le site internet Black End,
09:00ils étaient tous très contents des services de Horus.
09:02Ils disaient, c'est quelqu'un de fiable, on a les documents dans les temps,
09:06à chaque fois, on a toutes les informations demandées.
09:09Avec lui, tout va bien.
09:10Il assurait le service client.
09:11Il proposait un délai de 24 à 72 heures pour obtenir les informations.
09:14Et dès qu'il n'arrivait pas pour une raison x ou y,
09:17il proposait immédiatement de rembourser la personne qui a fait la demande.
09:20Son commerce, il a un logo. Concrètement, ça ressemble à quoi sur le site Black End ?
09:24Son commerce, c'est effectivement inspiré de Horus.
09:27C'est un œil entouré dans un triangle.
09:29Son shop sur Black End, c'est un long texte où il explique ce qu'il propose.
09:33Il explique qu'il propose des géocalisations de téléphones portables,
09:36qu'il propose la possibilité d'avoir des numéros d'immatriculation de véhicules,
09:40des données personnelles pour faire du doxing,
09:42c'est-à-dire dévoiler l'identité de quelqu'un qui cherche à rester anonyme sur le Dark Net.
09:48Il explique qu'il peut avoir des faux numéros de permis.
09:51Assez vite, il se spécialisera aussi, il achètera lui-même une machine plastifieuse
09:55pour pouvoir créer lui-même les permis de conduire
09:58grâce aux données qu'il avait volées dans les fichiers de police.
10:01Jérémy Famelet, à quel moment le vent tourne pour Cédric alias Horus ?
10:05C'est à peu près un an après son arrivée à la DGC,
10:08qui concorde aussi à un an après le lancement de son commerce.
10:11Différents services d'enquête vont commencer à s'intéresser à ces supermarchés du crime
10:15et vont tomber sur ces annonces.
10:17Et en parallèle, un de ses collègues fera noter aux enquêteurs
10:20qu'il avait quand même tendance, Horus, sur ses heures de travail,
10:23à être de plus en plus sur Internet.
10:25Pour lui-même, il y avait des signes que la hiérarchie n'a pas su voir.
10:28Eric Pelletier, qui est chargé de l'enquête à ce moment-là ?
10:31D'abord, le service qui détecte ces anomalies,
10:34c'est un service qui s'appelle l'Ocriest,
10:36qui est chargé de lutter contre les faux papiers,
10:38notamment les faux documents qu'utilisent les filières d'immigration clandestines.
10:41Il remarque que les faussaires font beaucoup appel à ce fameux Horus.
10:48Et puis, évidemment, ils détectent très tôt la possibilité
10:51qu'il puisse s'agir d'un de leurs collègues.
10:53Comme ça paraît tellement énorme,
10:55la piste a envisagé dans un premier temps, en tout cas,
10:57c'est celle d'un pirate informatique de génie
10:59qui aurait pu entrer clandestinement dans les fichiers du ministère de l'Intérieur.
11:03Et puis ensuite, on va le suivre, ce fameux Horus,
11:05on va le suivre informatiquement.
11:07Et là, ça va être la partie qui va être réservée à la cybercriminalité,
11:11donc les enquêteurs spécialisés.
11:13Et puis, troisième temps,
11:14lorsque cet Horus, comme un vulgaire espion étranger,
11:18aura été repéré,
11:20on va entrer dans une autre phase,
11:21dans la phase de l'enquête interne administrative de la DGSI.
11:25Là, on est dans le secret défense,
11:26donc il faut une inspection interne.
11:28Justement, comment est-ce qu'il est repéré ?
11:29Comment est-ce qu'il est confondu ?
11:30Alors là, on est vraiment dans un polar ou une affaire d'espionnage.
11:33Comment confondre cette personne,
11:36qui peut être soit un pirate de génie,
11:38soit un collègue de travail ?
11:40Quand on sait qu'il y a 140 000 policiers en France,
11:43évidemment, c'est très difficile.
11:44Donc, on va lancer un leurre.
11:45On va faire une fausse demande,
11:47au nom d'une personne, au nom fictif,
11:50et on va regarder, au travers des fichiers de police,
11:53qui se connectent pour interroger ce nom-là.
11:56Il faut savoir que toutes les connexions, évidemment, sont traçables.
11:59Chaque fonctionnaire de police doit rentrer son matricule.
12:01Et là, à partir de ce moment-là, on se rend compte qu'un certain Cédric,
12:05affecté à la DGSI, un brigadier,
12:08pourrait être le fameux Horus.
12:18Vincent Gautreneau, Cédric, alias Horus,
12:21n'est pas le seul membre des forces de l'ordre
12:23à vendre des informations sensibles sur la plateforme Black End.
12:26Une fois Horus mis hors d'état de nuire,
12:28les enquêteurs, ils ne vont pas se contenter de lui.
12:30Ils vont interpeller ses clients,
12:32dont le fameux faussaire Jojo de la Vega.
12:35Cette personne, elle est placée en garde à vue,
12:37et elle dit assez vite,
12:38« Oui, j'avoue, je me doutais que Horus était un membre des forces de l'ordre. »
12:42Et les policiers insistent et lui disent,
12:44« Est-ce que c'était la seule personne à qui vous achetiez des données, des informations ? »
12:48Et là, il dit, « Non, il y avait quelqu'un d'autre,
12:50un dénommé Chouinte,
12:53qui me vendait des informations aussi sur le Darknet.
12:56Et il laisse entendre que,
12:58vu la qualité des informations fournies par ce Chouinte,
13:01il y a des chances que ce soit,
13:02lui aussi, un membre des forces de l'ordre. »
13:04Pour les cyber-enquêteurs,
13:05ce mot « Chouinte », ça évoque quelque chose ?
13:07Oui, ça évoque quelque chose,
13:08et c'est un pied de nez,
13:10on peut le penser,
13:11de la part de ce fameux Chouinte,
13:12c'est que l'acronyme S-O-I-N-T,
13:16c'est le nom d'une formation de la gendarmerie
13:18que doivent passer tous les cyber-enquêteurs de la gendarmerie,
13:22la formation « Source Ouverte Internet ».
13:24Et donc là, il y a une lettre de différence,
13:25ce H, Chouinte, qui est Chouinte ?
13:27Chouinte, là encore,
13:29au départ, les enquêteurs,
13:30ils voient juste quelqu'un qui a des informations très sensibles.
13:34Ils ont déjà arrêté Horus quelques temps avant,
13:36donc ils se disent,
13:37l'idée d'un pirate qui infiltre le ministère de l'Intérieur,
13:40on n'y croit pas,
13:40donc assez vite,
13:41les policiers ont la conviction d'avoir affaire à un membre des forces de l'ordre.
13:44Eux, ils vont alors reprendre deux commandes
13:45qui ont été faites sur le Darknet à ce fameux Chouinte,
13:48ces deux commandes pour identifier les propriétaires
13:51de telle ou telle plaque d'immatriculation.
13:52Là, les policiers vont interroger le fichier des plaques d'immatriculation,
13:55qui est commun à la police et à la gendarmerie,
13:57et qui laisse là aussi des traces.
13:59Et ils vont se rendre compte que le seul qui a pu faire des recherches
14:02sur ces deux plaques d'immatriculation,
14:04c'est un certain Christophe,
14:05qui est adjudant de gendarmerie.
14:07Ils travaillent où ?
14:07C'est là que l'affaire est encore plus cocasse,
14:09c'est qu'ils ne travaillent pas n'importe où,
14:10ils travaillent au C3N,
14:11qui est le centre spécialisé dans les cybertechnologies
14:15de la gendarmerie nationale à Pontoise.
14:17C'est un cyber enquêteur ?
14:18C'est un cyber enquêteur,
14:19c'est quelqu'un qui est, lui, pour le coup,
14:21très rompu au Darknet.
14:23C'était son travail,
14:24de chasser les vendeurs du Darknet.
14:26Et d'après l'enquête,
14:26qu'est-ce qu'il vendait comme information ?
14:28Lui, il vendait, tout comme aux Russes,
14:29des fichiers de police,
14:30des fichiers pour fabriquer des faux permis de conduire,
14:33pour fabriquer des fausses cartes grises,
14:34des attestations d'assurance.
14:36Là, c'est la première partie des choses
14:38qu'il commercialise sur son shop,
14:40comme ils appellent ça.
14:41Il vend un autre service
14:42qui est, là, encore plus surprenant,
14:44même s'il faut toutefois préciser
14:45qu'il n'est pas mis en examen pour cela,
14:47donc on n'est pas certain
14:48qu'il ait pratiqué ce service,
14:51c'est des livraisons.
14:52Il précise dans son annonce sur son shop
14:55avoir un véhicule passe-partout,
14:57on peut peut-être penser
14:58un véhicule de gendarmerie,
14:59et qu'il est prêt à livrer,
15:01à peu près partout,
15:03des colis d'un poids maximum de 100 kilos.
15:05Il précise quand même,
15:06visiblement, il avait encore quelques interdits,
15:09il précise qu'il ne souhaite pas
15:11faire de transport de cadavres.
15:13Éric Pelletier, on revient à Cédric,
15:15alias Horus, le policier de la DGSI.
15:18Il va vendre aussi des données de géolocalisation
15:22sur certains individus.
15:23Oui, là, on tombe dans le volet
15:24le plus noir de l'enquête,
15:26qui est loin d'être terminé d'ailleurs,
15:27et qui se situe plutôt du côté de Marseille.
15:29Alors, il faut reprendre un peu les choses.
15:31Horus, le policier de la DGSI propose ces services,
15:34et en l'occurrence, les policiers observent
15:36qu'un certain CVV Gold va lui demander
15:38de géolocaliser des portables,
15:41au moins trois d'entre eux appartenant à trois personnes,
15:44et ces personnes ne sont pas n'importe qui,
15:45puisqu'elles appartiennent au grand banditisme,
15:47au milieu marseillais,
15:48et la suite prouve que deux de ces trois personnes
15:52ont été assassinées.
15:53Donc, aujourd'hui, ce profil,
15:56l'hypothèse selon laquelle
15:57les informations fournies par Horus,
16:00policier à la DGSI,
16:01ont servi, potentiellement,
16:03dans deux assassinats,
16:05et dans une tentative du côté de Marseille.
16:07Et c'est l'autre volet de l'enquête
16:08qui est en cours à Marseille.
16:09Jérémy Famlet, d'un mot,
16:10on sait si Cédric a conscience
16:12que ces informations ont pu servir
16:13à des règlements de compte ?
16:14Alors, lui, en garde à vue,
16:15il dit que non.
16:16Il explique que ses motivations
16:18étaient uniquement pécuniaires,
16:19et que, lorsqu'il transmettait
16:21les informations qu'on lui demandait,
16:23il ne cherchait pas à savoir
16:24quelles étaient leurs finalités.
16:26En revanche, plusieurs fois,
16:27il est quand même tensé
16:28par l'ajout d'instruction.
16:29Et effectivement, il dit
16:31« J'avais conscience
16:32que certaines cibles
16:33n'étaient pas des enfants de cœur,
16:34mais je me suis voilé la face
16:35parce que, pour moi,
16:36cela ne me regardait pas. »
16:40On revient au début de ce podcast,
16:41le 24 septembre 2018,
16:43quand Cédric est arrêté,
16:45menotté à son bureau
16:46à la DGSI,
16:47à Levallois-Péret.
16:48Que se passe-t-il ensuite pour lui ?
16:50Alors, d'abord,
16:50il fait un acte de contrition important
16:52puisqu'il dit qu'il s'est voilé la face,
16:54qu'il est rentré dans un engrenage
16:57et qu'il avait besoin de cet argent
16:58pour assurer la sécurité financière
17:00de son conjoint,
17:00qui est étudiant
17:01et qui n'avait pas de revenus
17:02et parce qu'il était endetté.
17:04Et voilà, il demande
17:05à l'ajout d'instruction
17:05« Il est important pour moi
17:06de ne pas aller en prison
17:07puisque, ayant été enquêteur
17:08en théorisme,
17:09j'ai travaillé sur beaucoup de détenus
17:11dans les prisons franciliennes. »
17:13Il est malgré tout
17:14placé en détention provisoire.
17:15Et il sera envoyé
17:16à fleurer mes registres
17:17et il va retrouver
17:17des détenus sur lesquels il est enquêté,
17:19notamment un irakien
17:20accusé de crime contre l'humanité.
17:22Il va aussi retrouver
17:23d'autres ripoux de la police,
17:24dont un de la police aux frontières
17:26accusé de trafic de drogue.
17:28Et lui, pour s'éviter des ennuis
17:30avec les détenus islamistes,
17:32il va raconter qu'il est un policier
17:34de la brigade des stupéfiants
17:35qui s'est servi sur les scellés,
17:36donc sur la marchandise.
17:37Et sa proximité va un peu gêner
17:39avec certains détenus.
17:40Donc, juste avant d'être remis en liberté
17:41sous contre le policier,
17:42il va être renvoyé
17:43dans une prison en Bretagne.
17:44Il est donc en liberté
17:45sous contrôle judiciaire
17:46depuis septembre 2019.
17:49Qu'est-ce qu'il fait
17:49concrètement de ces journées ?
17:50On a pu parler
17:51avec l'un de ses proches
17:52où Russe aujourd'hui
17:53se présente comme repenti,
17:54c'est certain.
17:55Il a même écrit une lettre
17:56au ministre de l'Intérieur
17:58et à l'Elysée
17:59pour demander sa démission
18:00de la police
18:01parce qu'il considère
18:01qu'il n'est plus digne
18:02d'en faire partie.
18:02Il travaille aujourd'hui
18:03hors de la police.
18:05Son contrôle judiciaire
18:05lui interdit
18:06d'avoir une activité
18:07en lien avec Internet.
18:08Il a plutôt un boulot précaire
18:10et il se présente
18:11comme quelqu'un d'effondré
18:12qui veut tourner la page
18:13et qui a conscience
18:13de la gravité de ses actes
18:15et du mal qu'il a fait
18:16à son entourage
18:16puisque son compagnon
18:17est lui aussi mis dans l'examen
18:18soupçonné d'avoir eu connaissance
18:19de ses activités occultes.
18:21Il regrette ce qu'il a fait vraiment ?
18:22C'est ce qu'il dit en tout cas.
18:23Il se présente vraiment
18:23comme quelqu'un
18:24qui a dérivé
18:25et qui sait très bien
18:26qu'il risque de retourner en prison
18:27à l'issue de son procès.
18:28Oui, il faudra voir
18:29quelles sont les suites
18:30et au niveau notamment du jugement
18:31mais c'est vrai que sa hiérarchie
18:33doute de cet acte de contrition
18:35et d'ailleurs
18:35on ne peut pas s'empêcher
18:36c'est de penser que
18:37les directives de Matignon
18:39de mardi
18:40qui vont dans le sens
18:41d'un meilleur contrôle
18:42des agents
18:43des services d'enseignement
18:44sont en partie
18:45inspirées des défaillances
18:47de l'affaire Horus
18:47parce que finalement
18:48il s'agit de quoi ?
18:49De contourner
18:50les contrôles stricts
18:51qui sont mis en place
18:52par l'administration
18:53et on a quelqu'un
18:54dans la place
18:55qui a des fins personnelles
18:56et avec de la corruption
18:57va permettre d'espionner
18:59à peu près
18:59n'importe quel français.
19:01Au-delà des cas
19:02de Cédric et de Christophe
19:03qui sont les plus surprenants
19:05parce qu'il s'agit
19:05de cyberripou
19:06est-ce qu'on sait
19:07qui animait
19:08cette fameuse plateforme
19:09black-end sur le darknet ?
19:10Oui les policiers
19:11l'ont découvert
19:12au cours de leur enquête
19:13et on l'a aussi
19:14été étonné
19:15ils sont tombés
19:16sur une jeune femme
19:17de 30 ans
19:18mère de deux enfants
19:19sans emploi
19:20installée dans le nord
19:21de la France
19:23une mère divorcée
19:24en tout cas
19:24séparée de son conjoint
19:25une femme qui n'a pas
19:26de compétence particulière
19:28en informatique
19:29surnommée sur le site
19:30Anouchka
19:31et donc c'est cette femme
19:32de 30 ans
19:32qui est aujourd'hui
19:33elle aussi mise en examen.
19:38Merci à Jérémy Famelet
19:40Éric Pelletier
19:41et Vincent Gautrono
19:42Productions
19:43Clara Garnier-Amourou
19:44Réalisation
19:45Benoît Gilon
19:46CodeSource est le podcast
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