Matthieu Langlois a supervisé l’évacuation à haut risque de dizaines de blessés dans la salle de concert, le 13 novembre 2015. Il revient sur son parcours dans Code source au micro d’Ambre Rosala.
Dans ce podcast : Le jeudi 28 octobre à Paris Mathieu Langlois 51 ans a témoigné au procès des attentats du 13 novembre. En 2015 il était médecin chef du RAID cette unité d'élite de la police, quand il est entré dans le Bataclan le soir de la tuerie pour porter secours aux victimes sous la menace et dans l'urgence. Chez Code source nous avons eu envie de prendre le temps d'écouter cet homme pour qu'il nous raconte à la fois son parcours et ce qu'il a vécu ce soir-là.
Mathieu Langlois n'est plus médecins pour le RAID mais il a gardé la carrure imposante qu'exige ce poste. Il est grand a le crâne rasé et des yeux très bleus. De tous les entraînements qu’il a suivi au sein de cette unité il y en a un qui est resté gravé dans sa mémoire : celui qu’il a fait la veille des attentats de Paris du vendredi 13 novembre 2015. Le jeudi 12 novembre on avait simulé une prise d'otages avec plusieurs blessés dans une école…
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian
Archives : INA, RTL.
#RAID #Bataclan #merah
Dans ce podcast : Le jeudi 28 octobre à Paris Mathieu Langlois 51 ans a témoigné au procès des attentats du 13 novembre. En 2015 il était médecin chef du RAID cette unité d'élite de la police, quand il est entré dans le Bataclan le soir de la tuerie pour porter secours aux victimes sous la menace et dans l'urgence. Chez Code source nous avons eu envie de prendre le temps d'écouter cet homme pour qu'il nous raconte à la fois son parcours et ce qu'il a vécu ce soir-là.
Mathieu Langlois n'est plus médecins pour le RAID mais il a gardé la carrure imposante qu'exige ce poste. Il est grand a le crâne rasé et des yeux très bleus. De tous les entraînements qu’il a suivi au sein de cette unité il y en a un qui est resté gravé dans sa mémoire : celui qu’il a fait la veille des attentats de Paris du vendredi 13 novembre 2015. Le jeudi 12 novembre on avait simulé une prise d'otages avec plusieurs blessés dans une école…
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian
Archives : INA, RTL.
#RAID #Bataclan #merah
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Le jeudi 28 octobre à Paris, Mathieu Langlois, 51 ans, a témoigné au procès des attentats du 13 novembre.
00:19En 2015, il était maître-sain-chef du RAID, cette unité d'élite de la police,
00:24quand il est entré dans le Bataclan, le soir de la tuerie, pour porter secours aux victimes, sous la menace
00:30et dans l'urgence.
00:31Chez Codesources, nous avons eu envie de prendre le temps d'écouter cet homme,
00:35pour qu'il nous raconte à la fois son parcours et ce qu'il a vécu ce soir-là.
00:40Mathieu Langlois est avec Ambre Rosala.
00:44Mathieu Langlois n'est plus médecin pour le RAID, mais il a gardé la carrure imposante qu'exige ce poste.
00:50Il est grand, a le crâne rasé et des yeux très bleus.
00:54De tous les entraînements qu'il a suivis au sein de cette unité, il y en a un qui est
00:57resté gravé dans sa mémoire.
01:00Celui qui l'a fait la veille des attentats de Paris, du vendredi 13 novembre 2015.
01:05Le jeudi 12 novembre, on avait simulé une prise d'otage avec plusieurs blessés dans une école.
01:11Sur l'exercice, les victimes, c'était des mannequins en plastique qu'on voit dans les vitrines.
01:19Il y en avait une dizaine.
01:20Je me suis dit à moi-même, je fais tel geste, tel geste sur certains.
01:23Et puis je les ai pris sous mes bras pour les évacuer.
01:27On était dans l'exercice, donc dans la simulation.
01:30Un peu plus de 24 heures après, ce n'est pas du tout du tout pareil.
01:36Mathieu est né à Paris en 1980 et grandit dans un milieu favorisé.
01:40Son père est ingénieur et sa mère ne travaille pas pour s'occuper des trois enfants de la famille.
01:46Adolescent timide et réservé, il s'épanouit en faisant beaucoup de sport, notamment du ski de bosse ou du rugby.
01:52En parallèle, il est de plus en plus convaincu que sa vocation, c'est de sauver des vies.
01:58Après le bac, Mathieu commence donc des études de médecine en région parisienne.
02:02Il valide sa première année et comme il est attiré par la médecine d'urgence,
02:07il fait des gardes pour le SAMU dès sa deuxième année d'études.
02:11Le 25 juillet 1995, Mathieu, qui a 25 ans, est de garde quand une bombe explose
02:18dans un train du RERB au niveau de la gare Saint-Michel à Paris.
02:22L'explosion détonne en sous-sol, éventrant la sixième voiture de la rame qui en compte vite.
02:28En quelques minutes, le cœur du quartier latin est transformé en champ de bataille.
02:33On est descendu dans le métro, donc évidemment, il y a une ambiance assez difficile.
02:40Il y a des odeurs, il y a des visions qui sont quand même assez atroces.
02:44Je n'avais pas encore assez d'expérience pour être vraiment pleinement dans l'action.
02:50Et donc, on a attendu sur le quai un peu qu'on nous confie une victime.
02:54Et puis, on est remonté ensuite sur ce qu'on appelle un poste médical avancé,
02:58qui était le café qui faisait l'angle des quais du boulevard Saint-Michel.
03:03Et là, moi, je me suis occupé de cette victime.
03:05Là, je savais faire.
03:07Le fait d'être resté calme et surtout de faire mon métier m'a rassuré d'une certaine manière
03:13en me disant « bon ben, voilà, c'est possiblement ta voix ».
03:16Pour moi, c'était un signe que je ne me trompais pas.
03:20Mathieu se spécialise dans l'anesthésie-réanimation.
03:22Il fait son internat à Lille, obtient son diplôme en 2000,
03:26puis trouve du travail à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris.
03:29En 2007, son profil de médecin urgentiste très sportif
03:34tape dans l'œil du nouveau patron du RAID, l'unité d'élite de la police nationale.
03:39Il lui propose d'intégrer l'équipe des six médecins du RAID
03:41qui accompagnent les policiers dans leurs interventions,
03:44souvent dangereuses, pour secourir d'éventuels blessés.
03:48Après plusieurs mois d'hésitation et de discussions avec sa compagne de l'époque,
03:53il accepte.
03:54C'est un poste qui est exigeant.
03:56Ma vie, elle a changé parce que je me suis retrouvé confondu dans une équipe
04:00qui n'est faite que de policiers.
04:02On est totalement intégrés.
04:04Donc, il faut plusieurs fois par semaine s'entraîner à porter le matériel qui est lourd.
04:11On a 30 kilos à peu près sur le dos avec du matériel médical.
04:15Et donc, pour faire notre métier de médecin, c'est-à-dire faire ne serait-ce qu'un pansement
04:20tout bête quand on est à l'hôpital, ça peut devenir très compliqué.
04:24Si vous avez un masque qui vous aide à respirer parce qu'il y a un environnement
04:29qui a des contraintes qui vous oblige à porter un appareil respiratoire isolant, par exemple,
04:35tout l'environnement dans lequel on va travailler, ça demande en permanence d'y être confronté
04:40si vous voulez ensuite arriver à faire votre métier sous fortes contraintes.
04:46Pouvoir gérer un blessé alors qu'il y a des grenades de tous les côtés que ça tire,
04:50c'est très particulier, c'est pas infaisable, mais c'est par contre infaisable si vous vous
04:57entraînez pas et de façon très dure.
05:00Mathieu continue de travailler à la Pitié-Salpêtrière en tant qu'anesthésiste réanimateur.
05:04Mais il s'entraîne tous les lundis, mercredi et jeudi au RAID.
05:07Au fil des entraînements, il tisse des liens très forts avec ses coéquipiers médecins,
05:11mais aussi policiers, qui deviennent comme une deuxième famille pour lui.
05:15En 2012, Mathieu est nommé médecin-chef du RAID.
05:19En plus d'intervenir avec son équipe, c'est désormais à lui de prendre les décisions
05:23pour organiser le secours d'éventuelles victimes.
05:26En mars 2012, un terroriste islamiste, Mohamed Merah, assassine trois militaires à Toulouse
05:32et monte au banc, puis tue un enseignant et ses deux enfants devant une école juive
05:36quelques jours plus tard.
05:37Un grand titre domine l'actualité ce soir, le choc et la terreur à Toulouse
05:41où une tuerie dans une école juive a fait quatre morts ce matin,
05:44dont trois jeunes enfants.
05:46La police est sur la piste d'un tueur en série, édition spéciale dans ce journal.
05:50Mohamed Merah est identifié, puis retrouvé,
05:53et une équipe du RAID est envoyée chez lui le 21 mars pour l'interpeller.
05:57Un premier assaut est donné,
05:58mais Mohamed Merah ouvre le feu et blesse deux policiers.
06:03Le RAID décide alors de se retrancher dans l'appartement d'à côté,
06:06le temps des négociations,
06:07et l'équipe de Mathieu arrive sur place en renfort.
06:12Il y a un temps d'attente, il faut savoir gérer ce temps-là,
06:15et surtout pas être sous tension et pression en disant,
06:18voilà, qu'est-ce qui va se passer ?
06:19Je me souviens avoir mangé les deux sachets de fraises Tagada
06:22dans une chambre d'enfants où j'attendais.
06:26J'en avais marre de voir les sachets de fraises Tagada.
06:28Je les ai mangés, j'espère que le petit garçon ne m'en voudra pas.
06:32Et après, il y avait un autre truc, c'est les regards entre nous.
06:37Moi, je n'étais qu'avec des opérateurs du RAID,
06:39on se connaissait par cœur,
06:41mais je voyais que dans leur regard,
06:43ils me regardaient d'une façon différente,
06:45parce qu'il y avait de la tension,
06:47le niveau de menace était vraiment élevé.
06:49Ils me regardaient, et leur regard voulait dire
06:52« Je vais aller au feu, mais t'es là, on compte sur toi. »
06:56Et moi, mon regard devait leur dire
06:57« Écoute, je suis là si t'es blessé,
06:59mais par contre, toi, tu vas me protéger. »
07:02Voilà, chacun son rôle.
07:03Après un siège de 32 heures,
07:05l'assaut est donné le 22 mars.
07:06Vous les entendez derrière moi,
07:08depuis à peu près 20 secondes,
07:09on entend des tirs en rafale,
07:10des tirs à l'arme lourde vraisemblablement.
07:12Mathieu entre dans l'appartement du terroriste
07:14en même temps que son équipe.
07:16C'est sa première grosse intervention.
07:18L'assaut est très violent,
07:19et plus de 300 coups de feu sont échangés
07:22pendant plus de 10 minutes.
07:23C'est la fin de la cavale tragique de Mohamed Merah.
07:26Il n'est pas possible que ce ne soit pas
07:27l'issue qui nous parvient dans quelques minutes.
07:31Mohamed Merah meurt dans l'assaut
07:33et deux policiers sont légèrement blessés.
07:36Mathieu les prend rapidement en charge
07:37et tire déjà, avec le patron du RAID,
07:40les premiers enseignements de cette intervention.
07:45On a commencé à ce moment-là
07:47à visualiser ce qu'allait être
07:48la problématique des tueries de masse.
07:51Avec clairement un environnement ultra hostile.
07:54Et l'objectif, il était
07:56comment sur une tuerie de masse
07:58avec de très nombreuses victimes,
08:00on va les évacuer ou les extraire,
08:04faire du sauvetage sous la menace
08:05pour pouvoir les mettre en sécurité
08:07le plus vite possible
08:08et pouvoir les confier ensuite
08:10au service de secours
08:11et les envoyer vers l'hôpital
08:12le plus rapidement possible.
08:14On s'est mis à construire
08:15ce qu'on a appelé ensuite
08:16la doctrine médicale d'intervention.
08:18Depuis, Mathieu et ses coéquipiers
08:20répètent cette doctrine sans cesse
08:21lors de leurs entraînements.
08:23Le 13 novembre 2015,
08:25Mathieu Langlois passe la journée au bloc,
08:27à la Pitié-Salpêtrière,
08:28comme tous les vendredis.
08:29Puis il rejoint sa compagne de l'époque.
08:32J'arrivais à un concert
08:33en banlieue parisienne avec mon ex-femme.
08:36J'ai écouté, mais vraiment le début.
08:40Et ensuite, mes deux téléphones
08:43et mon beeper sonnent.
08:45Le message dit
08:46« Retour service attaque terroriste sur Paris ».
08:49Mais sans préciser, sans dire plus.
08:51Donc je sors juste pour donner
08:52un coup de téléphone
08:53et puis j'ai retourné
08:55pour dire à mon ex-femme
08:56qu'il faut que je retourne en urgence
08:59sur la base du RAID.
09:00Mathieu arrive à la base du RAID
09:02et enfile son équipement calmement,
09:04comme il l'a répété des dizaines
09:05et des dizaines de fois.
09:07Il apprend que des fusillades
09:09ont lieu sur plusieurs terrasses à Paris
09:10et au Bataclan.
09:12Comme il y a quatre médecins sur place,
09:14dont Mathieu,
09:15il décide de faire deux équipes,
09:16l'une pour les terrasses,
09:18l'autre pour la salle de concert.
09:20Il choisit d'aller au Bataclan
09:21et prend avec lui Manu,
09:23un deuxième médecin qui sera sous ses ordres
09:25et qu'on appelle un maître deux.
09:28Ils arrivent au Bataclan vers 23h,
09:30où la BRI,
09:31la brigade de recherche et d'intervention,
09:33est déjà sur place.
09:35Quand on descend des véhicules,
09:37qu'on entend des policiers nous dire
09:38« planquez-vous, ça tire »,
09:40qu'on voit des corps sur le passage à MLO
09:42et puis devant le Bataclan en particulier,
09:46là je me suis dit « mais qu'est-ce que je fous là ? »
09:48Et puis de « qu'est-ce que je fous là ? »
09:50Vous n'avez même pas fini votre phrase
09:51que vous êtes passé sur « je sais ce que je fous là ».
09:54Si je suis là, ce n'est pas un hasard
09:55et ce n'est surtout pas pour ne rien faire.
09:57Mathieu apprend qu'un terroriste a été tué
09:59par un policier de la BAC.
10:00Même si deux autres assaillants sont encore à l'intérieur,
10:03au premier étage de la salle de concert
10:05et détiennent des otages,
10:07Mathieu Langlois et le patron du RAID
10:08décident d'intervenir au plus vite
10:10pour évacuer les blessés à l'intérieur de la salle.
10:13Avec l'aide des pompiers et d'autres policiers,
10:16Mathieu installe ce qu'on appelle un nid de blessés
10:18à l'entrée du Bataclan,
10:19un endroit où les victimes vont pouvoir être prises en charge
10:22après avoir été évacuées de la salle.
10:25Mathieu et Manu, le maître deux,
10:27entrent à l'intérieur de la salle
10:29et se dirigent directement vers la fosse
10:31où il y a le plus grand nombre de victimes.
10:36On rentre en colonne.
10:39Quand on progresse,
10:40il y a évidemment malheureusement des corps partout.
10:44Là, on se dit, ça va être très dur,
10:46mais si je suis là, c'est pour faire quelque chose.
10:49On est en permanence avec l'idée
10:51que les tirs peuvent reprendre,
10:53qu'un terroriste peut sortir de n'importe où,
10:56que ça peut surtout exploser à tout moment.
11:00donc la priorité, c'est d'évacuer les victimes.
11:03Vous vous dites, bon, allez, maintenant, action.
11:08La première chose que j'ai fait,
11:10c'est de demander à tous ceux qui peuvent marcher
11:12ou qui peuvent se déplacer de venir vers nous.
11:16Malheureusement, j'ai vu des regards,
11:17j'ai vu un bras qui se levait,
11:20mais personne n'a bougé.
11:21Je me suis dit,
11:23oula, ça va être encore plus compliqué
11:25que ce qu'on pouvait faire en exercice.
11:28Je l'ai demandé deux fois,
11:30personne n'a bougé.
11:31Là, il n'y a pas d'autre choix.
11:32C'est d'aller faire une deuxième évaluation,
11:36une deuxième priorisation
11:38entre, malheureusement,
11:39ceux qui sont déjà décédés
11:40et ceux qui sont encore vivants
11:43en faisant évacuer d'abord les plus graves
11:45et puis après les moins graves.
11:51Les blessés les plus graves,
11:53ceux qui sont inconscients,
11:55finalement, c'est plus facile.
11:57Les blessés qui ont beaucoup de fractures,
12:00qui sont conscients, qui souffrent,
12:03ça demande une prise en charge psychologique en même temps.
12:07Je me souviens d'un jeune homme
12:08qui avait là une fracture de la jambe
12:10et je lui ai dit,
12:11est-ce que si je te porte sur mon épaule,
12:14ça va aller ?
12:14Il me dit oui
12:14et puis ensuite,
12:15quand je l'ai allongé ensuite au nid blessé,
12:17j'ai vu qu'il avait la cheville,
12:18enfin, le tibia complètement explosé.
12:21Pourtant, il a accepté de me faire confiance
12:23et de me suivre.
12:24Après, je me suis dit,
12:25waouh, en temps normal,
12:26jamais je ne l'aurais fait comme ça.
12:28Jamais.
12:28J'aurais fait tout ce qu'il fallait
12:29pour qu'il ne souffre pas
12:32et après, je l'aurais évacué.
12:34Ce n'est pas par gaieté de cœur,
12:35au contraire.
12:37Si vous le faites,
12:37c'est que vous jugez
12:38que c'est la seule et unique solution.
12:41Vous savez ce que vous lui demandez,
12:43vous savez les souffrances
12:44que vous allez lui imposer.
12:46Donc, voilà,
12:47c'est psychologiquement dur.
12:52Vous devez comprendre les émotions
12:55aussi bien des victimes
12:56que, par exemple,
12:56de certains policiers
12:57qui ne comprenaient parfois pas
12:59les décisions que vous leur demandiez
13:02de faire.
13:03Je me souviens
13:03d'un des policiers
13:04qui voulaient absolument évacuer
13:05une femme.
13:05Elle avait une blessure dramatique
13:07à la tête.
13:07Et je leur ai dit,
13:08non, vous prenez,
13:09pour l'instant,
13:09on la laisse demi-assis.
13:11On va prendre d'autres personnes avant
13:13parce qu'ils ont plus de chances
13:14de survivre
13:16que cette femme-là.
13:17On ne l'a pas laissée.
13:18On l'a évacuée quand même.
13:20C'est un choix
13:21qui peut paraître difficile.
13:23Mais on est là
13:24pour faire ce choix-là.
13:25Et on l'assume pleinement.
13:29Mathieu et Manu
13:29évacuent toutes les victimes
13:31présentes dans la fosse
13:31en une heure.
13:33La BRI lance l'assaut
13:34vers minuit
13:34et Mathieu est encore
13:36en train d'évacuer
13:36une centaine de victimes
13:37réfugiées à l'étage
13:39du Bataclan.
13:40Un policier de la BRI
13:41est blessé
13:42mais aucun otage
13:43n'est touché.
13:45Mathieu et Manu
13:46terminent d'évacuer
13:47les victimes
13:47vers 1h30 du matin.
13:51Il y a un soulagement.
13:53Je me dis juste
13:54je suis complètement vidé
13:56aussi bien physiquement
13:57que psychologiquement.
13:58On a tellement bossé
13:59c'était tellement dur.
14:01On a quand même
14:02évacué
14:04porté
14:05de très nombreuses victimes.
14:07Donc ça a été
14:07une contrainte physique énorme
14:08qu'on n'avait jamais vécue.
14:10Il faut être très honnête.
14:12Donc on rentre tous ensemble
14:13à la base.
14:15Et là
14:15évidemment
14:17moi mon souhait
14:18c'est de prendre une douche
14:20et de jeter
14:21tous les vêtements.
14:23parce qu'il y a tellement
14:24de sang
14:25on a l'odeur du sang.
14:27J'ai qu'une envie
14:28c'est de me débarrasser
14:29de tout ça.
14:31Vers 4h du matin
14:32Mathieu et Manu
14:34décident de rejoindre
14:34un ami médecin
14:35à la Pitié-Salpêtrière.
14:37Il reste un quart d'heure
14:38le temps de boire une bière
14:39puis repartent
14:41Mathieu et Manu
14:42chacun de leur côté.
14:43Mais Mathieu ne veut pas
14:44rentrer chez lui dormir.
14:46Il erre
14:47pendant plus de deux heures
14:48à pied
14:48ou dans sa voiture
14:50avec une immense sensation
14:51de vide.
14:52Il attend
14:53qu'une boulangerie ouvre
14:54puis rentre chez lui
14:55pour apporter des croissants
14:57à ses enfants
14:58et sa femme de l'époque.
15:00Je rentre chez moi
15:02pour le petit déjeuner
15:03donc vers 7h
15:05tout le monde dort
15:06j'attends
15:07qu'ils se réveillent
15:08et là
15:10comme si de rien n'était.
15:12C'est à dire que
15:14mes enfants
15:15ils étaient petits
15:16donc ils se sont endormis
15:17pensant que
15:19c'était une nuit normale.
15:20ils se sont réveillés
15:21comme si de rien n'était
15:22ce qui était parfait
15:24et mon ex-femme
15:25a eu l'intelligence
15:27de ne pas passer la nuit
15:28devant la télé.
15:30Le samedi matin
15:31est un moment
15:32d'une normalité totale
15:34jusqu'au moment
15:35où le maître de deux
15:37m'envoie un message
15:38qui dit
15:38merci
15:39parce que grâce à toi
15:40on a fait
15:41quelque chose
15:42que je pensais
15:43inimaginable.
15:44Je verse une larme.
15:51On savait qu'on était
15:52préparé pour ce type
15:53de mission
15:54que ça avait été
15:54particulièrement dur
15:56mais qu'on avait donné
15:58le meilleur de nous-mêmes
15:59en tout cas
15:59le maximum.
16:01C'est un entraînement
16:02qui est dur
16:03c'est un métier
16:04très dur
16:06qui prend beaucoup
16:07sur la vie
16:08personnelle
16:08mais voilà
16:10ce soir-là
16:10on savait pourquoi
16:12on s'entraînait autant
16:13et pourquoi on était là.
16:31Ambre,
16:32Mathieu Langlois
16:32a quitté le RAID
16:33en août dernier.
16:34Que fait-il aujourd'hui ?
16:36Alors il continue
16:37à exercer un peu
16:38en tant qu'anesthésiste
16:39réanimateur
16:40mais il a surtout
16:41ouvert une boîte
16:42de conseils
16:43et en fait
16:43il se sert
16:44de ses très nombreuses
16:45expériences
16:46sur le terrain
16:47avec le RAID
16:48pour faire
16:49de la formation
16:50à ce qu'on appelle
16:50la médecine tactique
16:52c'est-à-dire
16:53la médecine d'urgence
16:53dans une situation
16:55avec une forte menace
16:56et des blessés
16:57à évacuer
16:58donc des fusillades
16:59ou des attentats
17:00par exemple.
17:01Est-ce qu'il a peur
17:01que le RAID
17:02lui manque au bout du compte ?
17:04Non, il n'a pas peur
17:05ça ne lui manque pas
17:06aujourd'hui
17:06ça ne fait pas très longtemps
17:07mais pour l'instant
17:07ça ne lui manque pas.
17:08Il m'a expliqué
17:09que ça avait été
17:10une expérience
17:10très enrichissante pour lui
17:12qu'il avait noué des liens
17:13très forts
17:13avec ses coéquipiers
17:14mais aujourd'hui
17:15il estime
17:16qu'il a fait son temps
17:16et qu'il était temps
17:17de faire autre chose.
17:22Merci Ambre Rosala
17:23et merci à Marine Legrand
17:25et Pascal Aigret
17:26pour leur aide.
17:27L'actualité du procès
17:28des attentats du 13 novembre
17:29est à suivre en direct
17:30sur leparisien.fr
17:32avec les articles
17:33de nos reporters
17:33qui couvrent
17:35cette audience historique.
17:36Cet épisode de Code Source
17:38a été produit par
17:39Thibaut Lambert
17:39Productions
17:40Julien Moncouquiol
17:41Code Source
17:42le podcast d'actu du Parisien
17:44est disponible
17:44sur toutes les plateformes
17:46Nous publions un nouvel épisode
17:47chaque soir de la semaine
17:48N'oubliez pas de vous abonner
17:49pour ne rien rater
17:51Vous pouvez nous suivre
17:52sur Twitter
17:53nous laisser un commentaire
17:54sur votre application audio
17:55préférée
17:56ou nous écrire directement
17:57code-source-at-le-parisien.fr
18:03Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires