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En 2024, 906 cas de femmes poussées au suicide ou à une tentative après avoir subi du harcèlement de la part de leur conjoint ont été recensés.
De plus en plus d’associations militent pour que ces suicides soient considérés comme des féminicides.

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Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Clara Garnier-Amouroux et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network.

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00:00 — Comprendre le « suicide forcé » : un angle mort des féminicides
01:15 — Deux trajectoires de violence et d’emprise : Agnès et Mathilde
12:18 — Chiffres, justice et obstacles : reconnaître et prouver le suicide forcé

#codesource #violenceconjugale

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News
Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11En France, les journalistes utilisent couramment le terme de féminicide depuis 2019.
00:16L'Association des familles de victimes de féminicide s'est créée cette année-là
00:21et c'est aussi en 2019 que le Parisien y a consacré pour la première fois un long dossier.
00:25Pour les spécialistes, le fait de parler de féminicides et de les dénombrer
00:30permet de ne plus les considérer comme des faits divers, isolés, mais comme un fait de société.
00:36Depuis plusieurs années, les mouvements féministes se battent aussi pour que les suicides forcés
00:40soient considérés comme des féminicides, ces suicides ou tentatives de suicide de femmes
00:45victimes de harcèlement de la part de leurs conjoints ou ex-conjoints.
00:49Il y en a près d'un millier chaque année en France.
00:52Le Parisien a publié une enquête sur le sujet le 14 janvier.
00:55Enquête signée Christelle Brigodeau du service police-justice du Parisien.
01:00Elle est dans Code Source aujourd'hui.
01:06Christelle Brigodeau, on va voir dans cet épisode de Code Source
01:09combien il y a en France chaque année de suicides forcés,
01:13ce qu'on entend par ce terme et comment la police et la justice les prennent en compte.
01:18Pour bien comprendre, on va parler des cas de deux femmes qui se sont suicidées
01:22après des années de violence de la part de leurs conjoints.
01:24La première s'appelait Agnès Goer. Est-ce que vous pouvez nous la présenter ?
01:29Agnès Goer, c'est une femme de 57 ans qui vivait près de Belfort.
01:34Elle travaillait dans le secteur de l'aide aux personnes âgées.
01:37C'était une femme qui avait déjà eu une vie avant de rencontrer son compagnon.
01:42Elle était mère de trois enfants quand elle a rencontré David Grand-Claude en 2020.
01:47Et Agnès Goer va être victime d'un harcèlement massif de la part de cet homme qui devient son compagnon.
01:52Elle reste assez peu de temps avec lui finalement. C'est seulement quelques mois, moins de six mois.
01:57Mais à la suite de cette séparation qu'elle a voulu, il ne supporte pas d'être laissée seule.
02:04Et il va commencer à la harceler par des messages qui se comptent non pas en centaines ou en milliers,
02:09mais en dizaines de milliers de messages.
02:11Dans les trois derniers jours de sa vie, on sait qu'elle va recevoir 3000 messages.
02:16Ses proches ont calculé que ça revient à un message toutes les trois minutes, y compris la nuit.
02:21Et en plus de ces messages qu'elle reçoit tout le temps, qui sont des longs messages,
02:26elle est aussi suivie chez elle.
02:27Il fait un double des clés de son appartement.
02:30Il écoute ses conversations.
02:31Il l'épille.
02:32Elle se sent véritablement traquée.
02:34Elle porte plainte.
02:35Elle essaye de se dégager de ce harcèlement, mais elle n'y parvient pas.
02:39Agnès Goer s'est suicidée en juillet 2024.
02:42Elle a mis fin à ses jours l'après-midi.
02:45Le matin même, elle avait vu son ex-compagnon,
02:48qui une fois de plus était venu la voir.
02:50Elle n'a pas laissé de lettres d'adieu,
02:52mais dans ses affaires, sa famille retrouvera un journal
02:56dans lequel elle décrit absolument tout ce qui s'est passé,
02:59le harcèlement dont elle faisait l'objet
03:01et la manière dont elle vivait cela de façon très difficile.
03:12Christelle Brigodeau, dans votre enquête du 15 janvier dans Le Parisien,
03:15vous racontez aussi le cas de Mathilde,
03:17une jeune femme qui a grandi dans une famille plutôt aisée,
03:21dans le nord de la France.
03:22Racontez-nous ça.
03:23Mathilde, c'est une jeune fille sans problème,
03:25comme on dit habituellement.
03:27Elle a grandi dans une famille plutôt structurée.
03:30Elle a un grand frère.
03:31Sa mère travaille dans le milieu éducatif.
03:34Son père travaille à son compte.
03:35La famille vit en Picardie.
03:37Elle va au lycée.
03:38Elle est plutôt bonne élève.
03:39Mais quand elle est adolescente,
03:41elle subit un accident.
03:43Un cheval lui écrase le pied.
03:45Elle doit prendre des médicaments,
03:47un traitement assez lourd d'antidouleur.
03:49Et il y a une accoutumance qui se crée aux médicaments
03:52qu'elle va prendre.
03:54Et cette accoutumance va la faire plonger dans les addictions.
03:57Et à cette période, quand elle est encore adolescente,
04:00Mathilde rencontre un jeune homme prénommé Leroy.
04:03Elle le rencontre dans un centre de désintoxication
04:06où elle a été admise pour justement régler son problème
04:09avec les stupéfiants.
04:10Leroy lui aussi est un jeune patient.
04:12Il a deux ans de plus qu'elle.
04:14Il n'a pas du tout le même passé.
04:16Lui a connu une enfance beaucoup plus lourde,
04:18beaucoup plus violente.
04:19Et lui-même s'est déjà montré violent.
04:21Il a attaqué sa grand-mère à l'arme blanche
04:23peu de temps avant.
04:25C'est un garçon qui a une certaine aura pour Mathilde,
04:29mais qui d'emblée apparaît à sa famille
04:32comme quelqu'un de dangereux.
04:35Il a deux ans de plus qu'elle.
04:36Il tombe amoureux.
04:38Elle reprend ses études à l'âge de 18 ans.
04:40Elle emménage dans un petit studio.
04:42Lui la rejoint.
04:43Et quelques jours après, les violences commencent.
04:46Oui, les premiers coups arrivent,
04:48selon les témoignages qui me sont parvenus,
04:50trois jours après l'emménagement du jeune couple.
04:54Mathilde, à ce moment-là,
04:55s'est réinscrite dans une formation
04:56pour reprendre des études,
04:59pour travailler dans le milieu de la vente
05:00et puis repasser son bac.
05:02Et même au centre de formation
05:03où elle fait ses études,
05:04on explique à ses parents
05:06qu'elle ne va pas pouvoir faire de stage
05:07dans des magasins comme c'était prévu
05:09parce qu'elle a le visage marqué
05:10et qu'on n'embauche pas dans des boutiques de luxe
05:13des femmes avec des traces de coût.
05:14Donc, elle ne sera pas prise.
05:16On voit par cet exemple-là
05:18que les coups qu'elle subit,
05:19ils sont constatés à la fois par ses parents
05:21mais aussi par l'entourage,
05:22les gens qui vivent autour de ce couple.
05:24Et Leroy rabaisse souvent Mathilde.
05:26Il la traite de nulle, de gogol,
05:29comme on peut lire dans des messages.
05:31Il lui reproche même de la pousser à bout.
05:33Il y a un message dans lequel il explique
05:34que finalement, c'est de sa faute
05:35s'il la frappe parce qu'elle est trop bête.
05:37Et ce qui est terrible,
05:38c'est qu'elle finit par croire tout cela.
05:40En tout cas, elle ne se révolte pas
05:41par rapport à cela.
05:42Les parents de Mathilde
05:43essaient de la convaincre
05:45de quitter ce jeune homme.
05:46Toutes les semaines,
05:47ils lui rendent visite.
05:48Ils insistent beaucoup sur le fait
05:49que jamais ils ne perdront
05:51le contact avec leur fille.
05:52Ils vont essayer du mieux qu'ils peuvent
05:55de garder un lien avec elle
05:57pour essayer de la tirer
05:58quelque part vers eux
05:59et mettre une fin à cette emprise
06:01qu'ils ne peuvent que constater
06:03et déplorer en étant bien impuissants.
06:05Parce qu'elle, à ce moment-là,
06:06elle dit à chaque fois
06:07qu'elle aime Leroy.
06:08Oui, c'est la réponse
06:09qu'elle oppose à tous ceux
06:10qui lui demandent
06:11pourquoi elle reste avec lui.
06:12Elle dit
06:13« Mais c'est parce que je l'aime ».
06:14Il faut s'imaginer
06:15que l'emprise,
06:17puisque c'est ce dont on parle
06:18selon le récit
06:19qu'en font les parents
06:20et des associations
06:21qui ont pu accompagner Mathilde,
06:23l'emprise,
06:23c'est une sorte de prison invisible
06:25avec des barreaux
06:26qu'on ne voit pas
06:26mais qui existent bel et bien.
06:27Donc, on ne peut pas vraiment
06:29s'échapper volontairement.
06:30C'est très difficile en tout cas.
06:36Un jour, en 2016,
06:37le père de Mathilde,
06:38que nous appellerons Jean,
06:40essaie d'aller déposer
06:41une main courante
06:42au commissariat
06:42sans succès.
06:44Il veut aller déposer
06:45ce qu'on appelle
06:45une main courante
06:46puisque sa fille
06:47ne veut pas aller porter plainte.
06:49Ils essayent de la convaincre
06:50mais elle refuse.
06:51Il se dit
06:51« Je vais quand même aller
06:52au commissariat
06:53signaler les faits,
06:54signaler les coups ».
06:55Il arrive à convaincre Mathilde
06:57de venir avec lui
06:58pour être quelque part
06:59témoin des violences
07:00qu'elle subit.
07:01Donc, il se présente
07:02au commissariat de Lille.
07:04Il y a des barrières
07:05devant la porte du commissariat
07:06avec un jeune policier
07:07qui se tient à l'entrée,
07:08qui filtre.
07:09Et en fait,
07:10le père et sa fille
07:11ne passeront jamais
07:12ces barrières-là
07:13puisque le policier leur dit
07:14« Non, on ne prend pas
07:15ce genre de choses.
07:16Soit vous portez plainte,
07:17soit vous ne portez pas plainte
07:18mais signaler des violences,
07:20ça ne nous intéresse pas ».
07:21Deux ans plus tard,
07:22en 2018,
07:23cette fois,
07:23c'est la mère
07:23qui va essayer
07:24de porter plainte officiellement.
07:26Oui, avec sa fille.
07:27Pour une fois,
07:28elle arrive à convaincre Mathilde
07:29d'aller au commissariat
07:31pour déposer plainte.
07:32Mathilde est dans un état
07:33psychologique très fragile.
07:35C'est une jeune femme
07:36qui a beaucoup de difficultés.
07:38Sa mère l'accompagne
07:39et la laisse ensuite
07:40au commissariat.
07:42Et en fait,
07:42elle voit Mathilde
07:43revenir en larmes furieuses.
07:45Elle lui explique
07:46que ça s'est très mal passé
07:48avec la policière.
07:49Mathilde étant hésitante,
07:51elle ne sait pas vraiment
07:52si elle veut porter plainte ou pas.
07:54Elle s'entend aussi souvent dire
07:56« Mais pourquoi est-ce que
07:57vous restez avec cet homme
07:58qui est violent ?
07:59Vous n'avez qu'à partir,
07:59vous avez les moyens de partir. »
08:01Et donc,
08:01elle s'en va furieuse.
08:03La maman essaye,
08:05à son tour,
08:05d'aller convaincre la policière
08:07que c'est important
08:07de prendre cette plainte
08:08mais que c'est effectivement compliqué,
08:10qu'il faut y mettre les formes.
08:12Et là,
08:12la policière répond
08:13« Écoutez,
08:13je ne vais pas lui lécher les bottes
08:14pour qu'elle porte plainte. »
08:16Deux autres années passent.
08:17En 2020,
08:18le père de Mathilde,
08:19désespéré,
08:20tente un électrochoc.
08:22Il lui lance un ultimatum.
08:23Il lui dit
08:24« Voilà, c'est Leroy
08:25ou c'est nous ? »
08:26Puisque depuis tout ce temps,
08:28la famille porte un peu
08:29à bout de bras Mathilde
08:30et essaye de l'aider
08:32du mieux qu'elle peut
08:33mais rien n'y fait finalement.
08:35Donc,
08:35le père se dit
08:36« Voilà,
08:36peut-être que
08:37si on met tout notre poids
08:39dans la balance
08:39et on met notre amour
08:41dans la balance,
08:42peut-être que ça fera pencher
08:43les choses du bon côté. »
08:45Sauf que pour Mathilde,
08:46c'est un choix impossible
08:47et le lendemain,
08:48elle tente de se suicider
08:50parce qu'elle ne pouvait pas choisir.
08:52Et donc,
08:53ses parents,
08:54ensuite,
08:54essayent à nouveau
08:56de l'accompagner
08:57du mieux qu'ils peuvent
08:58tout en acceptant
09:00cette situation terrible.
09:02Les violences continuent.
09:04Un jour,
09:05en 2021,
09:06Mathilde fait une découverte
09:07qui va lui faire prendre conscience
09:09de qui est vraiment
09:10son compagnon.
09:12Elle se réveille un matin
09:13un peu groguie
09:14parce que Mathilde,
09:15vu son état psychologique,
09:17est obligée de prendre
09:18pas mal de médicaments
09:20qui, le soir,
09:20la plongent dans un sommeil
09:22de plomb.
09:23Donc,
09:23elle se réveille le matin
09:24assez difficilement.
09:25Elle ne se souvient pas tellement
09:26en général
09:27de ce qu'elle a fait
09:28ni la veille
09:28ni pendant la nuit.
09:30Ce matin,
09:30Lara,
09:31elle prend le téléphone
09:32un peu par réflexe
09:33qui est à côté d'elle
09:34sur la table basse.
09:36Elle l'allume
09:36et là,
09:37quand elle déverrouille,
09:38elle voit une photo
09:39qui a été prise
09:39par son compagnon
09:40pendant la nuit
09:41qui est la preuve
09:42d'un viol
09:43qu'elle a subi
09:44quelques heures plus tôt.
09:44Il l'a violé
09:45avec un objet.
09:46Elle n'en a absolument
09:47aucun souvenir
09:48à cause des médicaments
09:49et là,
09:49elle réalise en fait
09:50la violence qu'elle subit.
09:52Elle réalise
09:53que cet homme
09:53qu'elle pensait aimer
09:54ne l'aime absolument pas
09:56et la détruit.
09:58Mathilde porte plainte,
09:59elle quitte Leroy
10:00et en 2024,
10:02son ancien compagnon
10:03est jugé pour viol.
10:04Oui,
10:05il sera condamné
10:05à 8 ans de prison,
10:07déclaré coupable.
10:08Pendant le procès,
10:10l'avocat général
10:11va s'excuser
10:12au nom de la justice
10:13et de la police
10:14pour ne finalement
10:15pas avoir entendu
10:16les appels au secours
10:17de Mathilde
10:18et de sa famille
10:18pendant toutes ces années.
10:19Ce que comprennent
10:20les parents de Mathilde
10:22qui n'avaient jamais eu affaire
10:23à la justice avant
10:24ni à la police,
10:25c'est que finalement,
10:26le profil de toxicomane
10:28ou de jeune fille
10:29au profil psychologique
10:31complexe ou difficile,
10:33ça a joué contre Mathilde
10:35parce que,
10:35quelque part,
10:36personne ne l'a cru.
10:37On n'a pas pris
10:38cette jeune fille au sérieux
10:39et finalement,
10:40c'est seulement
10:40quand la mère de Mathilde
10:42a dû elle-même
10:44alerter le procureur
10:45de la République
10:46que l'affaire
10:47a été prise au sérieux.
10:48Mais même pendant le procès,
10:50les expertises
10:51n'ont pas été menées
10:53jusqu'au bout.
10:54Il n'y a pas eu
10:54d'expertise,
10:55par exemple,
10:55sur l'ordinateur
10:56de Leroy
10:57qui aurait peut-être
10:57pu permettre
10:58de découvrir
10:58d'autres photos.
11:00Il n'y a pas non plus
11:01d'expertise psychologique
11:02très poussée
11:03ou récente
11:03pour Mathilde.
11:05Donc,
11:05finalement,
11:06le procès
11:06qui devait réparer
11:07beaucoup
11:07et sur lequel
11:08Mathilde comptait
11:09pour finalement
11:10se reconstruire
11:11est un peu décevant
11:12pour elle
11:13et elle ne guérit pas.
11:15Pour Mathilde,
11:17l'enfer continue
11:18dans les années
11:19qui suivent.
11:19Oui,
11:20elle multiplie
11:20les tentatives
11:21de suicide
11:21de façon régulière.
11:23Tout le monde
11:24veille sur elle.
11:25Elle a beaucoup
11:26de mal
11:26à se reconstruire
11:27parce que
11:28les années passées,
11:30les violences
11:31qu'elle a subies
11:31l'ont détruite.
11:32Elle n'arrive pas,
11:33comme elle dit,
11:33à recoller les morceaux
11:35de sa personnalité.
11:36Christelle Brigodeau,
11:37au printemps 2025,
11:38le 17 mai,
11:39Mathilde se suicide.
11:41Elle a laissé
11:41derrière elle
11:42un message
11:42dans lequel
11:43elle montre du doigt
11:44son ancien compagnon.
11:46Oui,
11:46elle le dit
11:47très explicitement
11:48dans ce message
11:48qu'elle a laissé
11:49dans son téléphone,
11:50dans une note sécurisée
11:52à l'attention
11:52de sa famille.
11:53Elle parle à ses parents,
11:54elle leur dit
11:55qu'elle les aime,
11:55elle leur dit au revoir
11:56et elle dit,
11:57en parlant de Leroy,
11:58je veux qu'il sache
12:00que je me suis suicidé
12:01par sa faute,
12:02je veux qu'il le sache
12:03de par son avocate.
12:04Donc,
12:04c'est une manière
12:05vraiment de dire
12:06voilà,
12:07ce qui m'est arrivé
12:08n'est pas de mon fait,
12:10c'est du sien.
12:17Chaque année,
12:18une centaine de femmes
12:19sont tuées par leur conjoint
12:20ou leurs anciens conjoints,
12:2297 en 2025,
12:25107 en 2024.
12:26Christelle Brigodeau,
12:27est-ce que l'on sait
12:28combien de femmes
12:29se donnent la mort
12:30après avoir été
12:31violentées
12:32ou harcelées
12:32par leur conjoint ?
12:33Oui,
12:34on commence à le savoir
12:34parce que depuis deux ans,
12:36la mission interministérielle
12:38pour la protection des femmes,
12:40la MIPROF,
12:40comptabilise
12:41les suicides
12:43ou tentatives
12:44de suicide
12:45consécutives
12:46à du harcèlement
12:47ou des violences.
12:47On sait qu'en 2024,
12:49il y a eu 906 cas
12:50de femmes qui sont mortes
12:52ou qui ont tenté
12:53de mettre fin
12:53à leurs jours
12:54après avoir été harcelées
12:55par leurs compagnons
12:56ou ex-compagnons.
12:57En fait,
12:58si on ajoute
12:58ce chiffre
12:59au chiffre,
13:01disons,
13:01connu
13:01des féminicides
13:02recensés chaque année,
13:04on aboutit
13:05non pas à une femme
13:06qui meurt
13:06tous les trois jours
13:07sous les coups
13:07de son compagnon
13:08comme on l'entend souvent
13:09mais à trois femmes
13:10qui meurent
13:11ou tentent
13:11de se suicider
13:12chaque jour.
13:16Christelle Brigodeau,
13:17dans votre article,
13:18vous mentionnez
13:18le cas de Christina Raddy,
13:20l'ancienne femme
13:21du chanteur Bertrand Cantat.
13:23Bertrand Cantat
13:23qui a été condamné
13:24en 2004
13:25à huit ans de prison
13:26pour avoir tué
13:27en 2003
13:28une autre ancienne compagne,
13:30l'actrice Marie Trintignant
13:32c'était à Vilnius
13:33en Lituanie
13:34mais un documentaire Netflix
13:36de mars 2025
13:38a refait parler
13:39du suicide
13:40de Christina Raddy
13:41en 2010.
13:43Expliquez-nous ça.
13:43Le suicide
13:44de Christina Raddy
13:45reste depuis
13:46toutes ces années
13:46comme une sorte
13:47de point d'interrogation.
13:49Il faut savoir
13:49que Bertrand Cantat
13:50après avoir purgé
13:51sa peine
13:51pour le meurtre
13:52de Marie Trintignant
13:53est revenu vivre
13:54avec Christina Raddy
13:56qui au procès
13:57à Vilnius
13:58avait défendu
13:59bec et ongles
14:00son ancien compagnon
14:01et père de ses enfants
14:02l'avait témoigné
14:03en sa faveur
14:04évidemment ça avait pesé
14:05lors du procès
14:06et quand il revient
14:08vivre avec elle
14:09selon plusieurs témoignages
14:10qui sont diffusés
14:11dans ce documentaire
14:12on s'aperçoit
14:13qu'elle était victime
14:15d'une forte pression
14:16de sa part
14:17à minima
14:17voire de violence
14:19il y a le témoignage
14:20notamment d'un hospitalier
14:21qui raconte
14:22qu'elle est allée
14:23à l'hôpital
14:23après avoir subi
14:24des coups
14:25de la part
14:25de Bertrand Cantat
14:26donc évidemment
14:27se pose la question
14:28des raisons
14:29pour lesquelles
14:30elle a fini
14:31par mettre fin
14:31à ses jours
14:32alors qu'elle vivait
14:33avec lui
14:34et la justice
14:35enquête
14:35sur cette affaire
14:36sur le suicide
14:37de Christina Raddy
14:38oui le parquet
14:39de Bordeaux
14:39a rouvert une enquête
14:40à l'été 2025
14:42c'est pas la première fois
14:43il y a eu
14:44quatre enquêtes
14:45qui ont été ouvertes
14:46à propos du suicide
14:47de Christina Raddy
14:48à ce jour
14:49aucune n'a abouti
14:50on va voir
14:51si celle-ci prospère
14:54en France
14:55ces dernières années
14:56plusieurs associations
14:57féministes
14:58ont mené un combat
14:59pour que les suicides
15:00forcés
15:00soient reconnus
15:02par la justice
15:02oui et elles ont
15:03obtenu gain de cause
15:04en quelque sorte
15:05puisque en 2020
15:06on a adopté
15:08une loi
15:08en France
15:09qui pénalise
15:10le harcèlement
15:11ayant conduit
15:12au suicide
15:13la France
15:13est l'un des premiers
15:14pays à avoir
15:15une telle loi
15:16qui permet
15:16de comptabiliser
15:17les cas
15:18qui permet
15:19aussi aux policiers
15:20et gendarmes
15:21d'enquêter
15:22et d'avoir en tête
15:23surtout quand survient
15:24un suicide
15:25qu'il est possible
15:26que ce soit
15:27un suicide forcé
15:28et donc il faut
15:29investiguer
15:30un petit peu plus
15:31pour comprendre
15:32pourquoi la personne
15:32a mis fin à ses jours
15:33mais sur près de
15:341000 affaires instruites
15:36en 5 ans
15:36à peine quelques dizaines
15:37de procédures
15:38pour suicide forcé
15:39ont abouti
15:40à des condamnations
15:41seulement 48 dossiers
15:43ont entraîné
15:43un procès
15:44selon les chiffres
15:45disponibles
15:46qui sont arrêtés
15:46à 2024
15:48après il faut
15:48avoir en tête
15:49que c'est un délit
15:50récent
15:51qui date de 2020
15:52donc au regard
15:53du temps judiciaire
15:54c'est normal
15:54qu'il y ait assez peu
15:56de condamnations
15:56pour l'instant
15:57il faut aussi comprendre
15:58que le harcèlement
15:59ayant conduit au suicide
16:00n'est pas un crime
16:02mais un délit
16:02donc dans la grande pile
16:04j'allais dire
16:05dans l'océan
16:06des violences
16:06faites aux femmes
16:07qui sont portées
16:08à connaissance
16:09de la justice
16:09c'est pas les dossiers
16:11qui sont en haut
16:11de la pile
16:11pourquoi est-ce qu'il y a
16:12aussi peu de condamnations
16:13pour suicides forcés
16:14parce que c'est difficile
16:16de prouver
16:16les raisons d'un suicide
16:18les spécialistes
16:18expliquent très souvent
16:20que le suicide
16:21est plurifactoriel
16:22c'est-à-dire qu'en général
16:23quand on met fin
16:24à séjour
16:24il y a souvent
16:25plusieurs facteurs
16:26qui expliquent
16:27la personne ne laisse pas
16:28forcément de lettres
16:29ou d'explications
16:30très précises
16:31et donc pour la justice
16:32c'est compliqué
16:33d'incriminer une personne
16:34pour un fait
16:35sans avoir une preuve
16:36matérielle
16:37vraiment tangible
16:38d'un lien
16:39de cause à effet
16:42et les personnes
16:43victimes de cette forme
16:44de harcèlement
16:44sont souvent fragiles
16:46fragilisées
16:46pour différentes raisons
16:47et justement
16:48une militante
16:49que vous avez citée
16:50dans votre article
16:50Yael Melul
16:51de l'association
16:52Femmes et Libres
16:53explique que le fait
16:54de harceler
16:55quelqu'un
16:56qui est déjà fragilisé
16:57devrait être
16:58une circonstance
16:59aggravante
16:59elle inverse
17:00un petit peu
17:01justement le raisonnement
17:02qui est communément
17:03admis
17:03selon lequel
17:04une personne fragile
17:06qui se suicide
17:07même après du harcèlement
17:08s'est peut-être suicidée
17:09à cause de ses fragilités
17:10elle dit
17:11mais en fait
17:11une personne fragile
17:13qui est harcelée
17:14elle est agressée
17:15par quelqu'un
17:15qui connaît très bien
17:17son état
17:17et qui quelque part
17:18abuse de sa faiblesse
17:20s'engouffre
17:20dans la faille psychologique
17:22pour atteindre
17:23ses objectifs
17:24et pour elle
17:24c'est presque
17:25une circonstance
17:26aggravante
17:26mais pour l'instant
17:27ça ne l'est pas
17:28devant la justice
17:29Christelle Brigodeau
17:30on évoquait au début
17:31de ce podcast
17:32le cas d'Agnès Goer
17:33qui s'est suicidée
17:34en juillet 2024
17:35elle avait reçu
17:36des dizaines
17:37de milliers
17:38de messages
17:38dont 3000
17:39en trois jours
17:40juste avant sa mort
17:41de la part
17:42de son ancien compagnon
17:43cet homme
17:44a été condamné
17:45en appel
17:46en mars 2025
17:47pour harcèlement
17:48ayant conduit
17:49au suicide
17:50oui
17:50c'est l'une des premières
17:51condamnations
17:52disons d'envergure
17:54liées
17:55à cette infraction
17:56c'est un
17:57moment très important
17:59pour justement
18:00les associations
18:00féministes
18:01qui militent
18:02sur ce sujet
18:03notamment
18:03Yael Melul
18:04dont on parlait
18:04tout à l'heure
18:05l'ex-compagnon
18:06d'Agnès Goer
18:07a été condamné
18:07à 6 ans et demi
18:08de prison
18:09une peine
18:11légèrement moindre
18:12que celle
18:12qu'il avait eue
18:13en première instance
18:14il avait été condamné
18:15à 9 ans
18:16là cette fois
18:16la cour
18:17a retenu
18:18l'altération
18:18du discernement
18:19le concernant
18:20mais
18:20elle l'a condamné
18:21à la peine maximale
18:22au regard
18:23de sa situation
18:24psychique
18:25et justement
18:26de cette altération
18:26du discernement
18:27ce qui montre bien
18:28qu'elle l'a déclaré
18:29entièrement coupable
18:31d'avoir poussé
18:31son ex-compagne
18:33à la mort
18:44Merci Christelle Brigodeau
18:46ce podcast parle de suicide
18:47si vous avez vous-même
18:49besoin d'écoute
18:50un numéro de téléphone existe
18:51une ligne d'écoute
18:53anonyme et gratuite
18:54c'est le 31 14
18:55le numéro national
18:57de prévention
18:58contre le suicide
18:59cet épisode de Code Source
19:00a été produit
19:01par Clara Garnier-Amourou
19:02et Thibaut Lambert
19:03réalisation
19:04Pierre Chaffanjon
19:05Code Source
19:06est le podcast quotidien
19:08d'actualité du Parisien
19:09un nouvel épisode
19:10chaque soir de la semaine
19:11du lundi au vendredi
19:12et puis n'oubliez pas
19:13Crime Story
19:14chaque samedi
19:15notre podcast consacré
19:16aux affaires criminelles
19:17Crime Story
19:18présenté par Claudia Prolongeau
19:20et Damien Delsenie
19:21Sous-titrage Société Radio-Canada
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