Passer au playerPasser au contenu principal
Le 19 mai, Le Parisien a publié un long reportage, en trois parties, sur des enfants gazaouis blessés par des bombardements israéliens, accueillis par le Qatar, à Doha, pour y être soignés. Près de 2200 Palestiniens ont pu être évacués par l'Émirat depuis la fin de l’année 2023.
Pour Code source, Robin Korda, journaliste au service International du Parisien, raconte son reportage sur place, au Qatar.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Clara Garnier-Amouroux et Barbara Gouy - Réalisation et mixage : Alexandre Ferreira - Musiques : François Clos, Audio Network

#hamas #palestine #israel

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12La pression internationale s'amplifie sur Israël pour demander un arrêt des bombardements visant Gaza.
00:18Trois pays européens annoncent reconnaître l'État de Palestine, l'Espagne, l'Irlande et la Norvège.
00:24Et ce mardi 28 mai, le Conseil de sécurité des Nations Unies devait se réunir en urgence
00:29après le bombardement d'un camp de déplacés à Rafa deux jours plus tôt.
00:33D'après le Hamas au pouvoir à Gaza, ce bombardement a fait 45 morts et près de 250 blessés.
00:40Le 19 mai, le Parisien avait publié un long reportage en trois parties sur des enfants gazaouis blessés
00:46accueillis par le Qatar à Doha pour y être soignés.
00:49Au total, depuis la fin de l'année 2023, l'Émirat a pu évacuer près de 2200 Palestiniens.
00:56L'auteur de ce reportage est dans Code Source.
00:58Aujourd'hui, Robin Cordat du Service international du Parisien.
01:02Il nous raconte ce qu'il a vu.
01:08Robin Cordat, vous arrivez au Qatar le lundi 13 mai.
01:11Et le lendemain, le 14, vous êtes en reportage dans des résidences
01:14où vivent des familles de Gaza, accueillis dans l'Émirat pour y être soignés.
01:18D'abord, est-ce que vous pouvez nous décrire les lieux ?
01:21Oui, alors j'arrive dans cet ensemble de bâtiments.
01:24Les bâtiments sont de taille moyenne, ils font 4 à 5 étages.
01:28Les murs sont gris et blancs.
01:31Du Qatar, c'est vrai qu'on a l'image des gratte-ciels, des plages artificielles, des palmiers.
01:36Là, on est en périphérie de ce centre-ville et on est dans un ensemble plus modeste.
01:41Ça fait partie des infrastructures qui ont été créées au moment de la Coupe du Monde 2022
01:45et qui étaient inoccupées depuis.
01:47Vous y croisez des femmes, des jeunes et surtout, beaucoup d'enfants.
01:51Au milieu des bâtiments, il y a des terrains de jeu avec des toboggans, des balançoires.
01:56Et puis, à l'intérieur des bâtiments, il y a des salles de jeu aussi.
02:00Et on voit des enfants qui courent partout.
02:03Et très vite, je remarque que beaucoup ont des béquilles ou sont en chaise roulante.
02:11Ce grand complexe a été mis à la disposition du Qatar pour y loger des familles qui ont fui la
02:15bande de Gaza,
02:16massivement bombardées par l'armée israélienne depuis l'attaque meurtrière du Hamas contre Israël le 7 octobre.
02:22Depuis la fin 2023, le Qatar a évacué près de 2200 Palestiniens de Gaza.
02:28Comment ça se passe à l'intérieur ?
02:29Quand les familles arrivent sur place, elles reçoivent un appartement assez spacieux où elles peuvent s'installer.
02:36Et l'émirat leur fournit aussi un petit revenu mensuel.
02:40Il y a des volontaires qui s'occupent de ces familles et qui organisent des ateliers.
02:45Des ateliers, par exemple, d'apprentissage de l'anglais ou des cours de broderie traditionnelle.
02:51Ou bien sûr, des activités pour les enfants.
02:54Ce mardi 14 mai, dans la résidence, vous rencontrez plusieurs enfants.
02:58Parmi eux, Omar, un ado de 14 ans, victime d'un bombardement,
03:02alors qu'il essayait de fuir Gaza en voiture avec sa famille au tout début de la guerre.
03:07Omar, il est extrêmement marqué par ce qu'il a vécu.
03:11C'est le premier jour qui suit, le 7 octobre, et sa famille essaye de fuir le nord de la
03:16bande de Gaza.
03:17Ils sont nombreux à l'intérieur de deux voitures, un peu entassés les uns contre les autres.
03:23Et il y a des embouteillages monstres, tout est bloqué.
03:26Et là, c'est l'horreur qui s'abat sur la route.
03:28Des roquettes qui tombent, le camion devant la première voiture qui prend feu.
03:32Et puis, la voiture d'Omar qui est à son tour touchée.
03:35Cet ado voit mourir sous ses yeux son père, son grand-père, son frère.
03:41Lui-même est blessé à la jambe, mais il doit rester des heures bloqué dans la carcasse de la voiture.
03:45Omar est d'abord soigné à l'hôpital Al-Shifa, le plus grand hôpital de la bande de Gaza,
03:50qui sera ensuite détruit par l'armée israélienne.
03:52Oui, pendant des semaines, les médecins hésitent sur son cas.
03:56Ils pensent à l'amputer et puis ils lui fixent finalement des broches, des vis, des plaques.
04:01Et au bout de quelques semaines, Omar obtient l'autorisation d'être exfiltré vers l'Égypte et enfin vers le
04:08Qatar.
04:09Et au Qatar, donc, il est soigné ?
04:10Une fois qu'il est au Qatar, il est opéré deux fois.
04:14Et quand je le rencontre, il a encore un énorme bandage autour de la jambe et il ne sait pas
04:19s'il va devoir subir une nouvelle opération chirurgicale.
04:25Dehors, devant l'une des aires de jeu de la résidence, vous échangez avec Arwa, une petite fille de 10
04:29ans qui se déplace en fauteuil roulant.
04:32Racontez-nous ce qu'elle a vécu.
04:32Alors Arwa, quand je l'interroge, elle me répond un peu joliment « Ma maison est tombée sur ma jambe
04:38».
04:39Et en fait, elle vivait dans une caravane avec sa famille, un tant qu'Israélien a roulé sur la caravane.
04:46Sa petite sœur de 6 ans est morte et leur papa, qui s'appelait Mounir aussi.
04:52Concrètement, comment est-ce que vous échangez avec ces enfants ? J'imagine que vous avez un interprète.
04:56Je suis avec un photographe qui me sert d'interprète et puis je vais voir les enfants et ensuite, bien
05:04sûr, les volontaires qui s'occupent d'eux et puis parfois les membres de leur famille qui sont dans les
05:08parages.
05:09Ils acceptent facilement de parler, ces enfants ?
05:11Oui, les enfants, assez vite, ils sont curieux, ils sont contents qu'il y ait un visiteur et ils aiment
05:16montrer ce nouvel endroit qui les accueille.
05:19Ils aiment montrer comment ils apprennent à se déplacer avec leur béquille, avec leur chaise roulante.
05:24C'est très vivant et c'est très touchant.
05:27Ces enfants, Omar, Arwa et tous les autres, concrètement, comment ils ont pu être soignés par le Qatar ? Comment
05:32c'est organisé ?
05:33Les autorités du Qatar établissent une liste de noms de patients qu'ils souhaiteraient expiltrer de la bande de Gaza.
05:40Ce sont toujours des cas médicaux extrêmement graves, en majorité des enfants et également des femmes, plus rarement des hommes
05:50adultes.
05:51Ces noms, ils les élaborent avec l'aide d'organisations humanitaires qui sont sur place dans la bande de Gaza.
05:58Ils les présentent ensuite aux dirigeants israéliens qui valident ou non cette sélection.
06:04Une fois cet accord obtenu, les patients traversent la frontière égyptienne.
06:08Ils attendent le plus souvent quelques semaines, là, en Égypte, en attendant qu'un vol puisse enfin les amener au
06:14Qatar.
06:15Et c'est compliqué d'avoir l'autorisation de sortir de la bande de Gaza ?
06:18C'est quasiment impossible. Il y a plus d'un million de personnes qui attendent à la frontière entre la
06:25bande de Gaza et l'Égypte.
06:27Il y a d'immenses camps de réfugiés. Mais en pleine guerre, Israël ne laisse quasiment sortir personne.
06:34Et donc les familles que vous rencontrez ont eu la chance, elles, de quitter Gaza. Comment le Qatar arrive à
06:39obtenir ça ?
06:40Le Qatar, en fait, occupe une position centrale pour parler entre Israël et le Hamas.
06:46Le bureau politique du Hamas se trouve à Doha.
06:49Et donc, voilà, un peu fort de cette position-là, les dirigeants qataris ont obtenu d'Israël le droit de
06:57mener à bien cette mission humanitaire que désirait l'émir Altani, qui dirige le Qatar.
07:03Robin Cordat, vous rencontrez aussi des mères de famille ou des jeunes hommes qui ont été blessés.
07:08Qu'est-ce qu'ils vous disent de la situation à Gaza ?
07:10Ils décrivent une situation extrêmement difficile, avec des familles entières qui sont balottées d'un endroit à l'autre selon
07:18les consignes israéliennes, souvent dans l'urgence.
07:21Ils se retrouvent dans des situations extrêmement précaires, avec beaucoup de pénuries de produits.
07:26Ils doivent faire des heures dans des files d'attente pour obtenir ne serait-ce que du pain et de
07:31l'eau.
07:31Beaucoup peinent à avoir du réseau et donc des nouvelles de leurs proches.
07:36C'est vraiment une atmosphère chaotique qu'ils me décrivent.
07:39Robin Cordat, vous vous dites quoi en quittant ce complexe et ces familles que vous avez rencontrées ?
07:44Je suis forcément très touché.
07:47Ces enfants, ils ont déjà une vie très abîmée, un corps très abîmé.
07:54Et en même temps, il y a beaucoup de joie dans ce reportage, avec des échanges très forts, plein de
08:00sourires, plein de vie.
08:02Parce que les enfants restent des enfants, en fait.
08:07Il y a des enfants qui jouent aux cartes, il y a des ados qui jouent au ballon, au foot,
08:11qui se chambrent.
08:12Il y a vraiment une atmosphère presque de cours d'école parfois.
08:18Et en même temps, tout ce désespoir en arrière-fond, c'est un sentiment mêlé.
08:23C'est vraiment un reportage bouleversant pour moi.
08:31Robin Cordat, le mercredi 15 mai, toujours à Doha.
08:34Vous vous rendez à l'hôpital Sidra, où une petite fille de 9 ans récupère, après une série d'opérations.
08:40Oui, cette petite fille, elle s'appelle Maillard.
08:42Elle a 9 ans et elle est dans un grand lit d'hôpital avec un petit bébé en plastique qui
08:47est à ses côtés.
08:48Et quand elle tourne la tête, on voit qu'elle a la moitié du visage tuméfié et une grande cicatrice
08:54dans les cheveux.
08:56Cette petite fille a été blessée un mois plus tôt, le 8 avril, par un obus qui a touché sa
09:00maison, dans le centre de la bande de Gaza.
09:02Oui, cette nuit-là, la petite Maillard est avec sa famille dans une pièce.
09:08Ils sont 8, tous réunis là.
09:10Et puis, ils entendent des tirs, un drone, la guerre qui éclate à proximité.
09:16Un obus tombe sur la maison, le choc arrache à Maillard plusieurs dents.
09:22Elle reçoit des éclats de métal dans le corps et surtout dans la boîte crânienne.
09:27Deux jours plus tard, il y a du puits qui sort de son oreille.
09:29En fait, elle a commencé à développer une grave infection du cerveau.
09:33Maillard n'a perdu aucun membre de sa famille cette nuit-là, mais elle est donc grièvement blessée.
09:37Et elle a pu être évacuée vers le Qatar.
09:40Elle a été prise en charge à l'hôpital de Sidra le 27 avril.
09:43Oui, elle obtient le droit de quitter la bande de Gaza avec trois de ses frères et sa mère.
09:48Et elle arrive donc dans cet hôpital ultra moderne qui est là vraiment proche de l'idée qu'on se
09:54fait du Qatar
09:55avec des grands couloirs en verre, des jardins intérieurs et du matériel de pointe pour la prendre en charge.
10:01Je parle notamment à sa mère qui est extrêmement émue, qui commence à pleurer, qui me dit
10:06« Je l'aime tellement, j'ai eu peur qu'elle meure. »
10:10Là, il y a de vraies chances qu'elle guérisse et qu'elle retrouve potentiellement toutes ses capacités.
10:17Et c'est une chance extraordinaire.
10:19Dans une autre chambre, vous rencontrez Ahmad, un garçon de 13 ans, et sa mère âgée d'une trentaine d
10:24'années.
10:24Ils ont vécu ce que vous décrivez comme une descente aux enfers.
10:27Descente aux enfers qui commence au début du mois de décembre à Ragnounès, dans la bande de Gaza.
10:31« La maman de Ahmad s'appelle Watfa et elle doit accoucher. »
10:37Et en fait, le jour J, les médecins découvrent que le bébé est mort dans son ventre.
10:42Il y a une pénurie de médicaments à cette période-là et les médecins sont contraints d'extraire le fœtus
10:48sans anesthésie.
10:49Et donc c'est elle-même qui vous raconte ce qu'elle a vécu.
10:51Elle ajoute que trois jours plus tard, l'armée israélienne a bombardé l'école dans laquelle sa famille s'était
10:56réfugiée.
10:57Oui, et là, elle décrit des scènes de panique avec les murs qui s'effondrent, des corps qui sont démembrés.
11:04Et puis surtout, elle ne parvient pas à trouver son fils aîné.
11:07Et des gens lui disent qu'il est sûrement mort, que Dieu l'a repris.
11:11Et elle dit « c'était le pire jour de ma vie ».
11:13Elle le retrouve dans une salle à moitié détruite.
11:16Il est inanimé, il a l'air mort.
11:19Elle le porte tant bien que mal.
11:21Elle est encore affaiblie de ce qui lui est arrivé les trois jours plus tôt.
11:24Et puis là, il faut se débrouiller pour amener son fils à l'hôpital.
11:28Il n'y a pas d'ambulance.
11:28Il faut trouver une voiture pour amener Ahmad à l'hôpital.
11:34Et il y a un véhicule qui passe, qui est plein de blessés.
11:37Watfa, elle dépose son enfant sur les genoux d'une de ces personnes grièvement blessées.
11:42Elle court derrière le véhicule.
11:44C'est vraiment une scène de désespoir.
11:48Et quand elle arrive à l'hôpital, là encore, ça continue.
11:53Son fils est opéré à même le sol, dans des conditions difficiles,
11:57avec du matériel extrêmement simple de pharmacie.
12:01Il a des bouts d'acier plein les viscères.
12:05Il n'a d'ailleurs presque plus de poux.
12:07Quatre de ses organes sont touchés.
12:09Et Watfa, elle me montre sur son téléphone portable des photos de Ahmad,
12:12avec le ventre à moitié ouvert, avec une énorme plaie béante au niveau de l'estomac.
12:21C'est extrêmement impressionnant.
12:25Watfa et son adolescent Ahmad ont donc pu être exfiltrés à Doha,
12:29où Ahmad est opéré en urgence.
12:31Comment est-ce qu'il va quand vous le voyez ?
12:33Quand je le vois, il a encore une énorme compresse sur le ventre,
12:36avec une tâche brune.
12:38On voit que l'infection est toujours présente.
12:40Il faut d'ailleurs mettre des gants pour rentrer dans sa chambre,
12:46une blouse également,
12:47et puis se désinfecter les mains quand on en sort.
12:50On sent que tout n'est pas encore résolu.
12:52Mais lui, il raconte qu'il se sent un peu mieux.
12:55Il arrive de nouveau, par exemple, à se lever,
12:58ce qui était encore totalement impossible pour lui quelques jours plus tôt.
13:02Dans un couloir de l'hôpital,
13:03vous échangez avec l'un des chirurgiens qui a opéré,
13:06Maillard et Ahmad.
13:07Il vous dit qu'il n'a pas l'habitude de prendre en charge de telles blessures.
13:11Là, ce sont des blessures de guerre qui entrent dans un hôpital civil.
13:15Donc, il faut gérer les effets des déflagrations,
13:19les blessures par balle,
13:20les grandes brûlures.
13:22Il y a certaines blessures qui sont comparables
13:24à ce qui peut se passer, par exemple,
13:26lors de graves accidents de la route.
13:27Mais il faut aussi ajouter toutes les complications
13:29qui sont liées au fait que beaucoup des patients
13:31arrivent avec un état
13:32qui a largement empiré depuis le jour de leur accident,
13:36parce qu'ils n'ont pas été traités correctement
13:39dans les temps, dans la bande de Gaza.
13:41Ce chirurgien vous parle aussi de l'état psychique de ces patients.
13:44Beaucoup des enfants arrivent apeurés,
13:47en état de choc, de sidération.
13:50Ils ont parfois perdu leurs parents.
13:52Ils sont accompagnés par une tante lointaine ou un cousin.
13:55et ils peuvent se mettre à refuser des soins,
13:58à hurler, à dire qu'ils ne veulent pas manger,
14:00qu'ils veulent repartir.
14:02Beaucoup sont vraiment traumatisés.
14:11Romain Cordat, pendant votre reportage à Doha,
14:14vous avez fait une rencontre qui vous a particulièrement marquée,
14:17celle de Fatma, une petite fille de 5 ans.
14:20Elle est comment quand vous la voyez ?
14:22Fatma, c'est une petite fille de 5 ans.
14:24Elle est en salopette noire
14:26et avec une barrette rose dans les cheveux.
14:29Elle n'a qu'une jambe.
14:30Son autre jambe a été amputée au-dessus du genou.
14:33Donc, elle n'utilise pas de béquilles.
14:36Elle bondit partout, à cloche-pied dans la résidence.
14:39On entend résonner son rire.
14:41Elle est pleine de malice, pleine de vie.
14:43C'est vraiment un rayon de soleil.
14:45Dans votre reportage dans Le Parisien,
14:46vous racontez l'histoire de Fatma.
14:48Le jeudi 23 novembre, au matin,
14:50l'immeuble de sa famille à Gaza
14:52a été frappé par un tir de roquette.
14:54Sa soeur, Nada, 13 ans, a été tuée sur le coup.
14:57Fatma, elle, est donc grièvement blessée.
14:59Sa blessure s'est infectée.
15:01Et elle a été amputée au Qatar.
15:03Robin Cordal, vous parlez avec la mère de Fatma.
15:06Elle s'appelle Raïda.
15:07Et elle est revenue sur ce moment
15:08où sa fille a dû être amputée.
15:10Oui, elle me raconte que Fatma,
15:12à ce moment-là, demande si sa jambe repoussera.
15:15Et elle, elle lui répond que non,
15:18mais que plus tard, elle aura une prothèse
15:20et qu'elle pourra marcher de nouveau.
15:22La fillette de 5 ans est avec son frère,
15:24Ibrahim, qui a 7 ans,
15:25qui, lui, n'a pas été blessé dans le bombardement.
15:28Comment vit cette famille aujourd'hui ?
15:30Ils sont dans quel état d'esprit ?
15:31La famille, elle essaye de se remettre
15:33peu à peu de ce terrible choc qu'elle a vécu.
15:36Ibrahim, donc oui, il a 7 ans.
15:39Il est encore très traumatisé.
15:41Il ne veut pas sortir de l'appartement familial.
15:44Mais bon, Raïda, donc la maman,
15:47me raconte que ça va quand même mieux,
15:49qu'ici, au moins, il n'y a plus le vacarme de la guerre,
15:53les bombardements, les drones,
15:54les blessés partout.
15:56Et que, voilà, il faut réapprendre à vivre.
16:00Mais il y a une énorme inquiétude,
16:03c'est que le père des enfants est, lui,
16:05toujours dans la bande de Gaza,
16:07à Rafa, près de la frontière égyptienne,
16:09où la situation est extrêmement tendue,
16:12extrêmement dangereuse.
16:13Est-ce que cette famille peut espérer être réunie ?
16:15Pas à court terme.
16:17Pas à court terme, parce qu'à l'heure où on se parle,
16:19Israël mène une opération militaire sur Rafa.
16:23Et depuis début mai,
16:25personne ne peut traverser la frontière égyptienne,
16:28même les cas médicaux les plus graves.
16:31Ils étaient 1,5 million de réfugiés
16:35avant le début de ces opérations militaires.
16:38Beaucoup ont fui vers le nord.
16:40La situation est extrêmement confuse.
16:43Et en plus, il faut faire avec
16:44d'innombrables coupures de réseau.
16:47Donc c'est difficile de savoir au téléphone.
16:49La mère de Fatma arrive à appeler son mari
16:52une fois par semaine, parfois deux.
16:55Ce qui est sûr, c'est que Fatma ne retrouvera pas son père de si tôt.
17:00Merci, Romain Cordat.
17:02Cet épisode de Code Source a été préparé et produit par Clara Garnier-Amourou,
17:06avec Barbara Gouy.
17:08Réalisation, Alexandre Ferreira.
17:10Code Source est le podcast quotidien d'actualité du Parisien.
17:13Vous pouvez nous écrire codesource at leparisien.fr
17:17Et puis n'oubliez pas les deux autres podcasts du Parisien,
17:20disponibles comme Code Source sur toutes les plateformes audio.
17:24Crime Story, une grande affaire criminelle chaque samedi,
17:26racontée par Claudia Prolongeau et Damien Delsenis.
17:29Et Le Sacre, jusqu'à Paris 2024,
17:32chaque mercredi témoignage d'un ou d'une médaillée d'or olympique ou paralympique,
17:36interview menée par Anne Lorbonnet.
Commentaires

Recommandations