L’attaque terroriste menée par le Hamas en Israël a engendré une escalade de la violence dans la région, tuant de nombreux civils.
Notre envoyé spécial Robin Korda s’est rendu sur place quelques jours après. Pour Code source, il raconte sa rencontre avec des habitants en deuil et en guerre.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Barbara Gouy et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network.
#israel #hamas #gaza
Notre envoyé spécial Robin Korda s’est rendu sur place quelques jours après. Pour Code source, il raconte sa rencontre avec des habitants en deuil et en guerre.
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00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Codesource consacre une partie de ses podcasts à la guerre au Proche-Orient relancée par les attaques meurtrières du Hamas
00:17sur Israël le 7 octobre.
00:19Plus de 1400 Israéliens ont été tués, principalement des civils,
00:23et depuis, les ripostes de l'armée israélienne sur la bande de Gaza ont tué plus de 3000 Palestiniens, dont
00:29des centaines d'enfants, selon les autorités locales.
00:32Vous pouvez écouter nos podcasts en deux parties sur l'histoire du conflit israélo-palestinien et sur le mouvement islamiste
00:39Hamas,
00:40et un autre sur le bilan politique du chef du gouvernement israélien, Benyamin Netanyahou.
00:45Dans le prochain épisode de Codesource, témoignage d'un Gazaoui, un professeur de français, qui reste à Gaza malgré les
00:51bombardements israéliens.
00:53Mais aujourd'hui, nous sommes avec l'envoyé spécial du Parisien en Israël, Robin Cordat.
00:58Il vient de rentrer à Paris le mardi 17 octobre, et il nous décrit un pays en deuil et en
01:03guerre.
01:11Robin Cordat, vous arrivez en Israël le lundi 9 octobre, deux jours après les attaques lancées par le Hamas.
01:17Est-ce que vous voyez très vite que le pays vient de subir une attaque particulièrement meurtrière ?
01:22J'arrive au milieu de la nuit à l'aéroport de Tel Aviv, et à la sortie, il y a
01:27des gens qui attendent des passagers de mon avion,
01:30et tout de suite, ils se prennent dans les bras, il y a des pleurs, il y a beaucoup de
01:36tristesse, on sent que le pays est meurtri.
01:38Il faut comprendre qu'Israël c'est un tout petit pays, donc là on parle d'un bilan de 1400
01:42morts civiles.
01:43En France, l'équivalent, ce serait peut-être une dizaine de milliers de victimes, donc tout le monde connaît quelqu
01:49'un qui est touché plus ou moins par l'attaque.
01:51C'est vraiment tout un pays qui est dans une émotion extrêmement forte, qui est en état de sidération quand
01:57j'arrive.
02:02Dès ce premier jour de reportage, vous vous rendez dans la banlieue de Tel Aviv,
02:06où un centre de commandement pour les personnes recherchées, les disparus, a été mis en place.
02:11Le centre notamment, il a pour but d'identifier les corps qui ont été retrouvés et qui n'ont pas
02:16encore de nom,
02:17et donc les familles qui n'ont plus de nouvelles de leurs proches, ils essayent d'apporter des objets,
02:24donc une brosse à dents, une brosse, quelque chose qui peut porter de l'ADN pour essayer de trouver des
02:31correspondances.
02:32Pour certains, ce sont simplement des photos pour qu'on essaye de les reconnaître,
02:37et donc ces familles arrivent terrifiées en bas de cet immeuble, elles sont hyper stressées,
02:44elles n'ont pas de nouvelles de leurs proches, et elles apportent des objets finalement pour avoir la confirmation de
02:49leur décès,
02:49donc c'est vraiment une situation extrêmement éprouvante pour elles.
02:53Vous rencontrez une mère de famille qui n'a pas de nouvelles de sa fille, prénommée Moria.
02:56D'abord, présentez-nous cette maman, une franco-israélienne, originaire du Val d'Oise, qui s'appelle Sandra.
03:02Sandra, elle a la quarantaine, elle est arrivée en Israël en 1995.
03:08Elle n'a plus de nouvelles de sa fille depuis le sème de l'attaque.
03:12Sa fille, elle était dans un grand festival qui a été attaqué par les terroristes du Hamas.
03:17Elle a essayé d'appeler sa mère au moment de l'attaque, sa mère n'a pas répondu,
03:21et ensuite elle a appelé son cousin, elle lui a dit qu'elle se cachait,
03:25et depuis, plus personne n'a de nouvelles d'elle.
03:31Face aux doutes, Sandra s'est finalement résolue à aller sur les réseaux sociaux
03:34pour voir les messages, les photos qui ont été postées.
03:36Voilà, alors en fait, sur les réseaux sociaux israéliens, il y a des vidéos qui tournent,
03:41ce sont des vidéos qui ont été filmées par les terroristes eux-mêmes.
03:46Certains ont filmé leurs exactions, ont donc filmé leurs otages,
03:50et beaucoup de personnes comme Sandra, qui sont à la recherche de personnes disparues,
03:54se disent que le seul moyen finalement de savoir ce qu'il était devenu de leurs proches,
03:58c'est de se plonger dans cet univers qui est extrêmement violent, extrêmement difficile à regarder.
04:02Qu'est-ce qu'elle a vu sur ces images ?
04:05Elle a vu des scènes de torture avec des corps suppliciés,
04:09elle me dit que la violence était telle qu'elle s'est à un moment évanouie en croyant reconnaître sa
04:16fille.
04:17A priori, ce n'était pas le cas, mais au moment où je suis parti d'Israël,
04:20Sandra n'avait toujours pas de nouvelles de Moria.
04:24Le lendemain, vous êtes aux côtés d'un rescapé du massacre d'un kibbutz,
04:28une communauté, le kibbutz Berry, tout proche de Gaza.
04:30Ce père de famille s'est réfugié avec une partie de ses enfants 150 km plus à l'est, près
04:35de la Jordanie.
04:36Il s'appelle Neil, il a 41 ans.
04:38Neil, il a en effet 41 ans, c'est un physiothérapeute, il est divorcé,
04:44et il vit dans le même village que son ex-femme,
04:47donc les enfants ont l'habitude d'aller chez l'un et chez l'autre.
04:51Neil vous raconte l'horreur qu'il a vécu pendant plusieurs heures,
04:54l'assaut des terroristes du Hamas.
04:56Comment tout a commencé pour lui ? Il était où ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
04:59Eh bien, le matin, très tôt, il a d'abord entendu des sirènes résonner.
05:03Alors c'est fréquent dans le village où il habite,
05:06puisque ce village de Berry est à quelques kilomètres seulement de la bande de Gaza,
05:12d'où partent l'essentiel des roquettes vers Israël.
05:14Il s'est donc réfugié dans sa chambre forte,
05:18et là, il a entendu des coups de feu, ce qui est beaucoup plus inhabituel.
05:25Il s'est enfermé à clé, il a commencé à entendre des voix résonner en arabe,
05:30il a compris que des terroristes étaient en train d'envahir son village.
05:33À ce moment-là, ses enfants ne sont pas avec lui, c'est ça ?
05:36Une partie des enfants sont chez sa mère, donc à quelques centaines de mètres de là.
05:41Et sa fille, Mika, qui a 18 ans et que je rencontre également,
05:46elle est à ce moment-là chez une amie plus loin.
05:49Et lui, donc, reste caché plusieurs heures dans la chambre forte de sa maison.
05:53Sa maison, elle est assiégée par plusieurs terroristes.
05:55Il y a même certains d'entre eux qui se postent sur son toit,
05:59aux différentes entrées de son domicile.
06:01Donc lui, il se terre comme ça dans sa chambre forte.
06:04Rapidement, l'électricité est coupée, donc il est enfermé dans le noir.
06:08Il comprend que les terroristes veulent vérifier s'il y a bien quelqu'un dans la pièce.
06:13Donc il y a une petite porte d'aération au-dessus de sa porte.
06:16Il voit des lampes torches passer.
06:18Il se plaque contre la porte.
06:19Il se cache.
06:20Et peu à peu, il sent une odeur de fumée monter.
06:25Il comprend qu'on est en train d'incendier sa maison.
06:30Il arrive à trouver une tête d'oreiller.
06:33Il enfonce sa tête dedans pour essayer de filtrer au maximum la fumée
06:37et de ne pas mourir d'asphyxie.
06:39Il pense qu'il risque de décéder.
06:41Il envoie des messages tout du long à sa femme et à ses enfants.
06:46Il leur dit, si je ne peux plus respirer, je sortirai.
06:49C'est-à-dire, j'irai me confronter aux terroristes quitte à mourir sous leur balle.
06:58Il est attendu comme ça jusqu'au milieu de l'après-midi,
07:00jusqu'au moment où il entend des voix israéliennes.
07:03Voilà, il entend parler hébreu.
07:05Et là, c'est un peu l'espoir qui renaît pour lui.
07:09Et puis, rapidement, c'est des sons de bataille avec des rafales,
07:13des bruits de grenades.
07:15Et là encore, ça va durer plusieurs heures
07:17pendant lesquelles il va essayer de deviner ce qui se passe
07:20enfermé dans sa petite pièce, dans le noir, tout seul.
07:24Et à la fin, les soldats israéliens lui demandent de sortir.
07:27Voilà, alors il se méfie d'abord un petit peu.
07:29Il essaye de se concentrer sur l'accent qu'il entend
07:31pour se demander si c'est vraiment bien un israélien
07:34qui parle hébreu, qui est derrière la porte.
07:37Et puis, bon, il dit, de toute façon, je n'ai plus vraiment le choix.
07:40Il ouvre et là, il tombe en effet sur l'uniforme de Tsaal,
07:44donc l'armée israélienne.
07:46Très vite, il envoie des messages à sa femme et à ses proches
07:50en disant, ça y est, je suis avec les militaires.
07:51Les militaires le déposent dans une zone sécurisée
07:54pendant qu'ils continuent de ratisser le reste du village.
07:58C'est là qu'il retrouve son ex-femme et deux de leurs filles
08:01dans une zone sécurisée, mais leur fils de 16 ans, Amit, lui, a été enlevé.
08:05Il se tombe dans les bras et il y a beaucoup d'émotion d'être vivant,
08:09mais ses filles lui disent, ils ont pris Amit, ils ont pris Amit.
08:14Et ce qui s'est passé, c'est que les terroristes du Hamas
08:17sont entrés dans le domicile de l'ex-femme de Nile,
08:20ont mis tout le monde en joue.
08:23La mère de Amit l'a suppliée de ne pas se battre.
08:27Donc il s'est mis à genoux et là, il a commencé à être ligoté
08:30par ses hommes devant sa famille.
08:31Alors la mère s'est mise à hurler, à demander,
08:35mais ne le prenez pas, prenez-moi.
08:36Et elles ont fini par le voir monter dans une voiture noire
08:40avec une arme dans le dos et la voiture a disparu en direction de Gaza.
08:49Et depuis, sa famille est sans nouvelles de lui.
08:52Au-delà du cas de ce père de famille, Nile, qui est donc sans nouvelles de son fils,
08:56les Israéliens sont nombreux à dénoncer la lenteur de l'intervention de l'armée israélienne.
09:01Les habitants des localités touchées ont souvent attendu plusieurs heures,
09:04comme Nile, avant l'arrivée des militaires.
09:07Ça crée une grosse perte de confiance des Israéliens dans leur armée.
09:11L'armée, c'est probablement l'institution la plus respectée par les Israéliens.
09:16Les Israéliens font quasiment tous un service militaire très long,
09:203 ans pour les hommes, 2 ans pour les femmes.
09:22Chacun est réserviste de fait ensuite jusqu'à ses 40 ans.
09:26Donc il y a vraiment un lien très fort entre l'armée et la population.
09:30Mais là, la faillite a été telle ce jour-là
09:32qu'on sent que le lien est distendu
09:35et que les gens se posent des questions
09:36alors qu'il y a encore tous ces otages à aller sauver.
09:40Le vendredi 13 octobre, Robin Cordat,
09:42vous êtes en reportage à Tel Aviv
09:44pour illustrer la mobilisation de la société israélienne.
09:46Sur place, devant un restaurant,
09:49vous parlez notamment avec deux jeunes femmes
09:50qui préparent des vivres pour les soldats et pour les réfugiés.
09:53Elles sont toutes les deux étudiantes,
09:56elles ont une vingtaine d'années
09:57et elles préparent devant ce restaurant
10:00des plateaux repas pour les soldats,
10:03mais des centaines de plateaux repas.
10:05Donc on les voit avec des grandes louches
10:07remplir ces petites boîtes en plastique
10:09de pâtes, d'escalopes, de légumes.
10:11Elles ont décidé de venir ici
10:13pour se rendre utiles à leur pays
10:15et pour ne pas être démoralisées chez elles.
10:17Anna a elle-même été victime de l'attaque du Hamas.
10:20Anna, elle a dû fuir son village
10:22et surtout son cousin est décédé
10:24en essayant de défendre le sud-ouest du pays.
10:29Son unité spéciale a été prise au piège
10:31par des terroristes du Hamas.
10:33Pour Anna, comme pour Noah,
10:35le chef du gouvernement israélien
10:36est responsable de ce bain de sang.
10:38Voilà, elles disent, en gros,
10:40si je ne me sens pas en sécurité en Israël,
10:43c'est que le chef du gouvernement
10:44n'a pas fait son boulot.
10:46Il faut comprendre que pour les Israéliens,
10:48eh bien, Israël, c'est le sol
10:51sur lequel ils doivent se sentir en sécurité.
10:53C'est la raison même de sa création
10:55en 1948.
10:57Donc là, une attaque d'une telle ampleur
10:59que personne n'a vu venir,
11:01c'est vraiment la raison même
11:02de leur pays qui est attaqué.
11:06Dans l'article où vous parlez de Anna et Noah,
11:08vous racontez aussi que dans l'après-midi,
11:10à Tel Aviv, les sirènes retentissent.
11:12Oui, en fait, ça arrive plusieurs fois par jour
11:14à Tel Aviv notamment,
11:16mais aussi dans d'autres villes.
11:18Les sirènes sonnent quand des roquettes
11:19sont détectées dans le ciel.
11:21Et à partir de là,
11:22on a un court laps de temps
11:25pour aller se réfugier.
11:26Donc plus on est près de la bande de Gaza,
11:28plus ce laps de temps est court.
11:30Je crois que ça peut être 15 secondes.
11:32Pour Tel Aviv, c'est à peu près une minute.
11:34Donc on voit vraiment tous les habitants,
11:35d'un coup, se précipiter
11:37pour se réfugier.
11:39Alors quand on est chez les gens,
11:41il y a souvent une salle dédiée,
11:43une chambre forte.
11:44Et quand on est à l'extérieur,
11:46ça peut être d'aller se réfugier
11:48dans un magasin,
11:49d'aller dans un restaurant,
11:50et toujours en se collant
11:52le plus possible
11:53au mur éloigné de la sortie
11:56pour être le plus préservé possible
11:57des risques.
11:58Et ensuite,
11:59le dôme de fer se met en action.
12:02Donc ça, c'est un système technologique
12:04qui protège justement Israël
12:06des roquettes
12:07et qui envoie des missiles
12:09pour exploser les roquettes
12:10dans les airs.
12:10Robin Cordal,
12:11l'armée israélienne a commencé
12:12dès le matin du samedi 7 octobre
12:14à bombarder des cibles
12:16dans la bande de Gaza.
12:17Mais au-delà de ces bombardements,
12:18le pays prépare une grande
12:20offensive terrestre.
12:22Est-ce qu'on sent que le pays
12:23se mobilise militairement ?
12:24Oui, très vite,
12:25on sent que le pays
12:26est hyper mobilisé
12:27pour préparer la guerre.
12:28Donc il y a d'abord
12:29près de 300 000 réservistes
12:31qui sont appelés
12:32en quelques jours
12:33pour rejoindre les casernes.
12:35Donc là,
12:35c'est le branle-bas de combat.
12:36Ils reçoivent un appel téléphonique.
12:38Après quoi,
12:38ils ont 8 heures
12:39pour se rendre
12:41auprès de leur unité.
12:43Donc,
12:44il y a des professeurs,
12:45des gens qui travaillent
12:46dans la high-tech,
12:47vraiment des personnes éloignées
12:48de l'armée
12:49qui se replongent
12:50dans leur vieux carton,
12:51qui ressortent
12:52leur uniforme,
12:53leur boots
12:54et qui prennent
12:55le chemin de la caserne
12:57en disant au revoir
12:58à leurs femmes
12:59et leurs enfants.
13:00Il y a aussi
13:01tous ces bénévoles
13:02qui préparent des colis
13:03pour les soldats.
13:04Il y a vraiment
13:04une dynamique
13:05très forte
13:06autour de l'unité
13:07du pays
13:08face à cette attaque.
13:08Et les gens vous parlent
13:09d'une forme d'union sacrée
13:11contre le Hamas ?
13:12Voilà.
13:12Par exemple,
13:13on entend beaucoup de gens
13:14dire qu'on ne parle pas
13:14de politique en ce moment,
13:16on reste tous ensemble.
13:17C'est en effet
13:18un moment de mobilisation générale
13:20et ce n'est pas
13:21l'heure des divisions.
13:27Le samedi 14 octobre,
13:29donc une semaine
13:30après l'attaque du Hamas,
13:31toujours à Tel Aviv,
13:32vous échangez
13:33avec un homme
13:33dont toute la famille
13:34a été prise en otage,
13:36sa femme
13:37et leurs trois enfants.
13:38L'homme s'appelle
13:39Avishai
13:39et il s'est installé
13:40à Tel Aviv
13:41devant le centre
13:42de commandement
13:42de l'armée israélienne.
13:44Est-ce que vous pouvez
13:45nous le décrire ?
13:46Avishai,
13:46il a le crâne rasé,
13:48il a les yeux,
13:49ce qu'on appelle noisettes,
13:50donc un mélange
13:51de marron et de vert,
13:52donc teinte assez claire.
13:54Il a installé
13:55deux chaises de jardin
13:56sur un trottoir,
13:57il a posé
13:58quelques bouteilles d'eau,
13:59de quoi grignoter
14:00et puis une pancarte
14:02qui dit
14:02« Ma famille est à Gaza ».
14:04Des personnes
14:05vont le prendre en photo,
14:06la photo va circuler
14:07sur les réseaux sociaux
14:08et en quelques heures,
14:09il va y avoir
14:10une mobilisation spontanée
14:12autour de lui.
14:13Moi j'arrive là-bas
14:14en milieu de matinée,
14:15il y a déjà
14:15des centaines de personnes
14:17avec des drapeaux
14:18qui vont chanter l'hymne,
14:20qui vont tout faire
14:20pour faire entendre
14:21son combat.
14:22Et donc vous venez
14:23parler avec cet homme
14:24pour le Parisien,
14:25qu'est-ce qu'il vous dit ?
14:26Il a plutôt un message
14:27de paix,
14:28il dit que voilà,
14:30lui tout ce qu'il veut
14:30c'est récupérer sa famille,
14:32qu'on ne l'entendra plus après,
14:33il n'est pas dans une démarche politique,
14:36il n'est pas dans une démarche vindicative,
14:39mais il a peur
14:40parce qu'il y a cette opération
14:41qui se profile sur Gaza,
14:42il y a déjà
14:43des bombardements quotidiens
14:45avec des morts,
14:46des blessés
14:47et forcément
14:47ça pose des questions
14:49sur le sort des otages
14:50et de sa famille.
14:51A l'image de ce qui arrive
14:53à Avishai,
14:53le sort des nombreux otages
14:55inquiètent évidemment
14:56tout le pays.
14:56C'est le sujet numéro un
14:58partout en Israël,
15:00c'est combien d'entre eux
15:01sont encore vivants,
15:03combien d'entre eux
15:04peuvent survivre
15:05à l'opération
15:07qui se profile sur Gaza,
15:08est-ce que des négociations
15:10devraient être entamées ?
15:12C'est vraiment
15:12un sujet
15:15hypersensible
15:15pour la population.
15:19Et d'après l'armée israélienne,
15:21200 israéliens
15:22sont actuellement
15:23détenus par le Hamas.
15:25Robin Corda,
15:25le dimanche 15 octobre,
15:26vous visitez un hôtel
15:28situé à Netanya
15:29au nord de Tel Aviv
15:30et qui abrite
15:31des réfugiés
15:32depuis l'attaque
15:32du 7 octobre.
15:33Oui, voilà,
15:34alors le propriétaire
15:35des lieux
15:35et puis tous les employés
15:37ont décidé
15:37de s'engager bénévolement
15:39dans cette démarche
15:39donc ils accueillent
15:4170 familles
15:41qui sont là
15:42et ils leur proposent
15:43les mêmes activités
15:44qu'ils proposaient
15:45avant à leur clientèle
15:46on va dire
15:47un peu citadine,
15:48un peu bobo
15:48donc ça va être
15:49des massages,
15:50de la thérapie orientale,
15:53du shiatsu,
15:54de la méditation
15:56et beaucoup d'activités
15:57en fait
15:57qui sont destinées
15:59à les faire
16:00se sentir mieux,
16:02à les faire parler
16:03de ce qui s'est passé
16:04et voilà,
16:05à les guérir
16:06peu à peu
16:06de leurs traumatismes.
16:08Et justement,
16:08vous mesurez
16:09dans cet hôtel
16:10les conséquences psychologiques
16:11du 7 octobre
16:12pour les Israéliens.
16:13Par exemple,
16:14il y a Gila,
16:15elle a 48 ans
16:16et elle est extrêmement marquée,
16:18elle est sous antidépresseur
16:19et elle raconte
16:20qu'elle fait des crises d'angoisse,
16:23elle a ses membres
16:24qui tremblent,
16:25elle peut se mettre
16:25à vomir,
16:27il y a aussi
16:29Avital,
16:29alors elle,
16:30elle me dit par exemple
16:30que justement
16:31elle a fait une thérapie
16:32dans l'eau
16:33et qu'elle a senti
16:34la douleur
16:35la quitter peu à peu
16:36mais que jusque là
16:38elle avait une forme
16:39de pression
16:40à l'intérieur d'elle
16:41qu'elle n'arrivait pas
16:42à faire disparaître.
16:44Elle me dit que son mari
16:45est également extrêmement marqué,
16:47il a du mal
16:47à sortir de sa chambre
16:48mais grâce au calme,
16:50grâce à l'atmosphère ici,
16:52grâce à la nature proche,
16:53à la mer en effet
16:55sur lesquelles
16:56les balcons ont vu,
16:59eh bien
16:59il se remet
17:00peu à peu à parler.
17:02Les ripostes
17:03de l'armée israélienne
17:04dans la bande de Gaza
17:05ont tué
17:05plus de 2700 palestiniens,
17:07des centaines d'enfants
17:09ont été tués
17:09selon les autorités locales.
17:11Est-ce que les israéliens
17:13que vous rencontrez,
17:14Romain Cordat,
17:15parlent des victimes
17:16côté palestiniens
17:16ou pas du tout ?
17:17En fait,
17:18ils en parlent souvent
17:19mais pour eux,
17:21le seul responsable
17:22de cette situation
17:23c'est le Hamas.
17:25La guerre est tragique
17:26dans les deux sens
17:28mais Israël se bat
17:29pour sa survie
17:29et le Hamas
17:31en fait
17:32ne joue pas
17:32armes égales,
17:33ne respecte pas
17:34les codes de la guerre.
17:36Est-ce qu'il y a
17:36une radicalisation
17:37de l'opinion
17:38concernant le Hamas
17:39et concernant
17:40les palestiniens
17:41en général ?
17:42Alors face au Hamas,
17:43oui c'est tout le temps,
17:44le Hamas est comparé
17:46à Daesh,
17:47est comparé
17:48parfois
17:48aux nazis
17:50ou à des animaux,
17:51c'est vraiment
17:52très courant
17:52dans les conversations
17:53et vis-à-vis
17:54des palestiniens,
17:55c'est plus difficile
17:57à dire.
17:58Ce qui est sûr
17:58c'est que les personnes
17:59qui sont directement
18:00touchées par les drames
18:01peuvent être
18:01extrêmement virulentes
18:02aussi à leur endroit.
18:04Je pense par exemple
18:05à Dany,
18:06Dany il a 57 ans
18:08et le village
18:09de son frère
18:10a été ravagé
18:11et au moment
18:12où je le rencontre
18:12il n'a plus de nouvelles
18:14ni de son frère
18:15ni de ses neveux
18:16et nièces
18:17ni de sa belle-sœur
18:18et il me dit
18:20finalement j'ai hâte
18:21que le gouvernement
18:22récupère les otages
18:23et qu'il bombarde
18:24cet endroit,
18:25la bande de Gaza
18:26et qu'il en fasse
18:27un parking géant.
18:28Robin Corda,
18:29le lundi 16 octobre,
18:30vous vous rendez
18:30dans un stand de tir
18:31près de Tel Aviv,
18:32vous rencontrez
18:33sur place
18:34un homme qui a fait
18:34le choix de s'armer
18:35avec un pistolet
18:36pour la première fois.
18:38Ben,
18:38comme on l'appelle
18:39parce qu'il préfère
18:40ne pas donner
18:40son vrai nom,
18:41il a la trentaine,
18:43il travaille dans la tech,
18:44il vit à Tel Aviv
18:45et il a décidé
18:47de s'armer
18:48parce qu'il prévoit
18:50des temps difficiles,
18:52il y a
18:52cette opération
18:53qui arrive,
18:53il est aussi
18:55traumatisé
18:55par l'attaque terroriste
18:57que le pays
18:58a subie.
18:59Sa femme d'ailleurs
19:00n'était pas d'accord
19:01avec l'idée
19:01qu'il puisse
19:02se promener
19:03avec une arme
19:04et lui il dit
19:04moi je comprends,
19:06moi non plus
19:07ça ne m'amuse pas
19:07de me balader
19:08avec une arme
19:09mais la situation
19:09est tellement folle
19:11que j'y suis
19:12contraint finalement.
19:14Vous terminez
19:15votre reportage
19:16en Israël
19:16cette journée
19:17du 16 octobre,
19:18le pays se prépare
19:19donc à une intervention
19:20terrestre
19:21de l'armée israélienne
19:22dans la bande de Gaza,
19:23vous visitez
19:24un hôpital
19:25de Tel Aviv
19:25où on se prépare
19:27à recevoir
19:27de nombreux soldats blessés.
19:29Oui,
19:29c'est l'hôpital
19:30Sheba,
19:31c'est le plus grand
19:32hôpital d'Israël
19:32et d'ores et déjà
19:34l'hôpital
19:35rouvre des lits
19:36dans ses services
19:36d'urgence,
19:38il y a là aussi
19:39du personnel
19:39qui est venu
19:40en renforce
19:41souvent bénévolement,
19:42je rencontre
19:43un infirmier
19:44à la retraite
19:45qui a décidé
19:46de venir apporter
19:47un coup de main
19:47aux jeunes,
19:48il dit c'est tellement
19:48dur ce qu'on voit ici,
19:50il faut apporter
19:51un soutien émotionnel,
19:53enfin là aussi
19:53on sent vraiment
19:54que tout l'hôpital
19:55est sur le pied de guerre
19:56et prêt pour les prochains
19:58jours qui s'annoncent.
19:58Robin Corda,
19:59pendant cette semaine
20:00de reportage
20:01en Israël,
20:01qu'est-ce qui vous a
20:02le plus frappé,
20:03touché ?
20:03Ce qui est le plus
20:05frappant finalement
20:06c'est ce pays
20:07qui s'active,
20:09qui s'unit
20:10pour rentrer
20:12dans la guerre,
20:13qu'il se bat
20:14pour sa survie,
20:16sa raison d'être
20:17c'est d'apporter
20:17une sécurité
20:19aux juifs
20:20du monde entier
20:21et par exemple
20:22il y a plusieurs personnes
20:23qui me font
20:23le parallèle
20:25avec l'Holocauste,
20:25il y a notamment
20:26une femme
20:27qui me dit
20:27personne ne nous a protégés
20:29à cette période-là
20:31de l'histoire,
20:31aujourd'hui c'est nous
20:33qui allons nous protéger.
20:45Merci Robin Corda,
20:46cet épisode de Code Source
20:47a été produit par
20:48Thibault Lambert
20:48et Barbara Gouy,
20:50réalisation
20:51Pierre Chaffanjon.
20:52Dans le prochain épisode
20:53de Code Source,
20:54témoignage d'un
20:54palestinien de 57 ans,
20:56Ziad Medouk,
20:57professeur de français
20:58à l'université de Gaza,
21:00sa famille a été évacuée
21:01vers le sud
21:02de la bande de Gaza
21:03mais lui a décidé
21:04de rester sur place
21:05malgré les bombardements.
21:07Code Source
21:07est le podcast quotidien
21:09d'actualité du Parisien,
21:10un nouvel épisode
21:11chaque soir de la semaine
21:12du lundi au vendredi,
21:13n'oubliez pas
21:14de vous abonner
21:14sur une application audio
21:16pour nous retrouver facilement
21:17et puis si vous aimez
21:19Code Source,
21:19n'hésitez pas à aller écouter
21:20le second podcast
21:21du Parisien,
21:22Crime Story,
21:23un podcast consacré
21:24aux faits divers,
21:25une grande affaire criminelle,
21:26chaque samedi
21:27dans Crime Story.
21:28d'avoir regardé cette vidéo !
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