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Il fait partie des nombreuses victimes de la communauté d’inspiration bouddhiste OKC, créée par le Belge Robert Spatz en 1972. A 42 ans, Ricardo Mendes se bat pour faire condamner le chef spirituel d’OKC, exilé en Espagne, et faire réagir les autorités tibétaines. Pour Code source, il raconte son histoire au micro d’Ambre Rosala.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo et Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian.

#bouddhisme #okc #spatz

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Le 13 septembre dernier, un documentaire diffusé sur la chaîne Arte a mis en lumière les dérives,
00:18parfois sectaires, de certains groupes bouddhistes en Europe.
00:21Ricardo Mendes est l'une des victimes qui témoigne dans ce reportage.
00:25Il a passé toute son enfance et son adolescence isolée au sein d'une communauté bouddhiste baptisée Okasé.
00:32Elle est implantée dans plusieurs pays, en Belgique, en Espagne et notamment en France.
00:37A 42 ans, Ricardo Mendes dénonce l'éducation violente qu'il a reçue.
00:41Il se bat aussi pour faire reconnaître les abus sexuels que d'autres jeunes membres du groupe ont pu subir.
00:48Il raconte son parcours et son émancipation dans CodeSource au micro d'Ambre Rosala.
01:05Ricardo Mendes habite à Bruxelles, en Belgique, où il me propose de nous rencontrer.
01:09Il a 42 ans et il est informaticien, mais en ce moment il ne travaille pas,
01:13parce que son combat pour libérer la parole des victimes d'Okasé,
01:16la communauté dans laquelle il a grandi, lui prend tout son temps.
01:19Nous nous installons et il commence à me raconter son histoire.
01:24Moi je suis né en 1980.
01:26Je suis né dans une communauté un peu utopique, hippie, bouddhiste, sur les bords,
01:32qui s'appelle la Oguyen Kunzang Chöling, Okasé.
01:35C'est une communauté inspirée par le bouddhisme tibétain,
01:40mais qui s'est largement construite sur le dos du bouddhisme tibétain.
01:44Et donc voilà, moi je nais à Bruxelles, au sein de cette communauté,
01:48et après un court séjour à l'hôpital, je vais être envoyé dans le sud de la France,
01:52dans un internat, soi-disant, qui est en fait un domaine privé,
01:57qui appartient à cette communauté secte.
01:58C'est une espèce de grande vallée entourée de montagnes,
02:02avec une nature absolument assez époustouflante en fait.
02:05C'est super beau, c'est super calme,
02:07c'est la rivière, le vent, les arbres, la nature est là, voilà, intacte.
02:13Et tout ça est flanqué d'une cuisine, d'un réfectoire, d'un étable, d'une école, d'un temple.
02:20Et voilà, c'était un petit peu ce que le gourou de cette communauté vendait à ses adeptes,
02:25c'était de leur dire, regardez l'éducation de vos enfants dans un endroit idéal,
02:30où il n'y a pas de souffrance, où il n'y a pas toutes les dérives du monde extérieur,
02:34et les parents, ils vont y croire.
02:39Le gourou, c'est le belge Robert Spatz,
02:41qui a fondé la communauté Okasi en 1972 après un voyage en Inde.
02:45C'est un enseignant du bouddhisme tibétain qu'on appelle Lama,
02:48et qui a ouvert plusieurs centres bouddhistes en Europe,
02:50dont celui de Castellane dans le domaine de Château-de-Soleil dans le sud de la France,
02:54où Ricardo Grandi.
02:55Robert Spatz affirme avoir été missionné pour propager la doctrine bouddhiste en Occident.
02:59C'est quelqu'un qui avait une forme de charisme,
03:03qui avait une forme de, je veux dire, même de sexe à pile.
03:06Les gens croyaient en des pouvoirs surnaturels qu'il aurait,
03:10parce que ces pouvoirs surnaturels étaient racontés dans des histoires,
03:13aux enfants, à nous notamment,
03:15et que du coup, nous-mêmes, on était entraînés dans cette croyance
03:18qu'il était omniscient, qu'il savait tout, etc.
03:21Et donc, la phrase, le Lama a dit que,
03:25dès qu'il fallait essayer de nous faire faire quelque chose qu'on n'avait pas envie de faire,
03:27c'était la phrase passeport pour que tout le monde s'exécute sans brancher.
03:31C'est étrange de comparer ça à une dictature,
03:33mais en fait, il y a un vrai côté comme ça,
03:36parce qu'à partir du moment où vous pensez,
03:38vous êtes vous-même convaincu que vous êtes sur surveillance,
03:41ou en tout cas que quelqu'un a la capacité de savoir ce que vous pensez à chaque instant,
03:46c'est évident que ça va changer votre comportement.
03:48Ricardo grandit avec sa mère, qui l'a eu à seulement 17 ans,
03:51dans une petite dépendance au sein du domaine,
03:53alors que les autres enfants sont élevés en groupe par d'autres adultes que leurs parents.
03:58Moi, j'étais très dépendant d'elle.
03:59J'avais peur, en fait, tout le temps.
04:01Je trouvais que Château-de-Soleil était un endroit qui faisait peur.
04:05Et 5 ans, c'était la date limite.
04:07C'était interdit de rester auprès de son enfant plus que ses 5 ans.
04:10Et donc, un beau jour, il y a je ne sais plus quelle voiture qui vient de Bruxelles,
04:16avec des denrées alimentaires.
04:17Et puis ma mère, elle va rentrer dedans.
04:19Elle va repartir vers Bruxelles, quoi.
04:21La mère de Ricardo rentre à Bruxelles,
04:23où elle travaille bénévolement dans un restaurant de la communauté au cassé,
04:27quand Ricardo a 5 ans.
04:28Le chef spirituel Robert Spatz explique que les enfants doivent être élevés séparément de leurs parents,
04:34parce que sinon, ils risqueraient d'être contaminés par leurs péchés.
04:37Ricardo est donc élevé avec une soixantaine d'autres enfants de tous les âges.
04:40Et la vie est rythmée par la prière du matin, le petit-déjeuner, aller à l'école, le déjeuner,
04:49retourner à l'école l'après-midi, puis manger, puis de nouveau des prières.
04:54La vie est extrêmement plate et sans imprévus.
05:00Et après, en grandissant, on assume de plus en plus de tâches.
05:04Couper le bois, faire la cuisine, faire en sorte qu'il y ait de l'eau chaude.
05:07Moi, à partir de 7-8 ans, je travaille.
05:10Quelques heures par jour, mais tous les jours, je travaille.
05:13La dizaine d'adultes qui s'occupent des enfants ne leur témoignent presque aucun signe d'affection.
05:17Et quand ils estiment que les enfants dérogent à une règle,
05:20ils les punissent en les privant de nourriture, en les frappant,
05:22ou en les obligeant à courir pieds nus dans la neige.
05:25Pendant plusieurs années, Ricardo est élevé par un homme qui est particulièrement violent avec les enfants.
05:30Cette personne, effectivement, avait un comportement systématique d'abus physique grave envers les enfants.
05:37S'asseoir dessus, leur mettre un mouchard dans la bouche, coup de bâton.
05:42Tirer les oreilles, pince, donner des coups de pique dans le dos.
05:46C'était quelqu'un qui faisait vraiment mal quotidiennement à tout mon groupe d'enfants
05:52et qui utilisait d'une forme de violence autant psychique que physique.
05:56C'était quelqu'un qui disait « Tu n'as pas été sage au temple, rendez-vous chez moi après
06:01le temple. »
06:02Et alors, tu savais que c'était inévitable et qu'il n'y avait aucun endroit où te réfugier,
06:05il n'y avait aucun endroit où s'enfuir.
06:07Et donc, ça a été effectivement très difficile,
06:09parce qu'il te battait vraiment jusque la peau qui était au bord d'être en sang.
06:14Et puis, il te disait de dégager en te disant bien à chaque fois « Ceci reste un secret entre
06:20nous. »
06:21Ricardo et les autres enfants ne disent rien et pensent que toute cette violence est normale.
06:26On avait des logiques bouddhistes pour les accepter.
06:28C'est-à-dire qu'on se disait « Ah, mais c'est mon karma si je suis en train
06:30de vivre ça. »
06:32Peut-être dans une vie passée, j'ai été très méchant ou j'ai fait quelque chose d'absolument terrible.
06:38Et donc, en fait, tu es constamment en train d'intérioriser les choses qui t'arrivent sous l'angle de
06:42la religion bouddhiste,
06:44qui te donnent des outils pour trouver un sens à ce qui t'arrive.
06:47Tu n'as pas de point de repère, tu n'as rien, donc tu acceptes.
06:50Une fois par an, Ricardo et les autres enfants sont autorisés à rentrer chez eux voir leurs parents pendant environ
06:56deux semaines.
06:57Ricardo rentre donc en quart, à Bruxelles, chez sa mère.
07:01Ma mère était vraiment aux petits soins pour moi.
07:04Moi, mes souvenirs, c'est plus des dessins animés, bouffer des tonnes de chocolat, bouffer des tonnes de fromage.
07:13Il y avait beaucoup de bouffe parce que la bouffe était très, très, très frugale à Château-de-Soleil.
07:18Et donc, voilà, moi, je me rappelle surtout de rien faire, en fait, mais de rester à la maison avec
07:23ta mère qui est au travail,
07:24mais qui revient plusieurs fois à checker pour voir si tout va bien, s'il manquerait un, etc.
07:28Donc, moi, c'est des souvenirs très doux, en fait, de moments qui duraient une ou deux semaines, mais qui
07:33étaient des moments de normalité.
07:35Ricardo ne parle jamais à sa mère des violences qu'il subit à Château-de-Soleil.
07:39Mais quand il a 12 ans, il se met à parler tout ça avec les autres enfants et il commence
07:43à se rebeller.
07:43Il y avait un peu des espèces d'auto-défense en mode, ah, il va se faire punir à cette
07:49heure-ci.
07:50Et donc, nous, on sort à ce moment-là et on jette tous du papier mouillé sur sa porte.
07:54Ça avait le mérite d'interrompre la situation.
07:57Et donc, il y a comme ça, des fois où, effectivement, on arrive à interrompre une situation d'abus physique
08:02sur des garçons.
08:03Et en fait, ils ne comprennent pas, en fait, que c'est organisé.
08:06Ils croient que c'est du bazar, que les enfants sont en train de se faire les fous de nouveau.
08:10Ils sont en train de jouer à un endroit où ils ne sont pas censés jouer.
08:13Mais en fait, c'était intentionnel et les enfants étaient là, en train de faire du bruit devant cette porte,
08:16puisqu'ils savaient, en fait, qu'il y avait un enfant qui était à l'intérieur, en train de se
08:19faire battre.
08:20On commence un petit peu à s'organiser.
08:22On commence un petit peu à aller à l'encontre aussi, à désobéir.
08:26Les premiers bisous, des histoires comme ça, en fait, qui leur font prendre conscience que, tout d'un coup, ils
08:31ont des adolescents entre les mains.
08:34Et c'est là, en fait, que Robert Spatz va décider de séparer tous ces enfants, et donc tous ceux
08:39des années 80, en gros.
08:40Ricardo a 13 ans quand il est envoyé avec une vingtaine d'autres adolescents au monastère de Mu, au Portugal,
08:45qui appartient à la communauté au cassier.
08:47En arrivant, ils pensent que leur quotidien sera différent dans ce monastère, mais ils comprennent très vite que c'est
08:52en réalité tout aussi strict.
08:54Les filles à la cuisine, les garçons à la construction et au potager, et il faut aller au temple, et
08:59ceci, et cela.
09:01Et donc, voilà, la vie à Mu va s'articuler principalement autour du temple, du karaté.
09:07On fait deux, trois heures de karaté par jour. Il y a des périodes où on a même fait jusqu
09:10'à six heures de karaté par jour.
09:14L'endroit est aride, pentu, ventu. C'est un endroit fatigant, en fait.
09:20Toute la situation est mentalement difficile.
09:24Au bout de quelques mois, Robert Spatz les rejoint pour vivre dans une maison près du monastère, et il organise
09:30plusieurs fêtes avec les jeunes adolescents.
09:32On va se faire réveiller à 4h du matin, et il y a du foie gras sur la table, de
09:37l'eau de vie qu'on buvait dans des tasses.
09:41On a 13, 14, 15, 16, 17, et il y a tout le contraire de tout ce qu'on nous
09:46a jamais enseigné pendant toute notre enfance,
09:48parce qu'on mangeait pas de viande, on tuait pas d'animaux, on buvait pas d'alcool.
09:53Et tout d'un coup, en fait, tout est là, en mode orgie, quoi.
09:57Alcool à flot, viande à flot.
10:00Et donc Robert Spatz, en fait, il est en train de nous bourrer la gueule.
10:05Quand il a 16 ans, on vient dire à Ricardo qu'il doit quitter le monastère sans lui donner d
10:09'explication.
10:10Il rejoint alors une autre branche de la communauté au cassé, toujours au Portugal, à quelques dizaines de kilomètres du
10:16monastère.
10:17Là-bas, la communauté s'occupe d'un restaurant végétarien, dans un petit village portugais.
10:22Les membres d'Ocassé habitent dans des chambres individuelles, mais ils vivent au contact des autres habitants.
10:27Le restaurant est ouvert sur le vaste monde, et donc il y avait des clients de partout qui venaient.
10:31Je me fais mes premiers amis, de gens qui font pas partie de la communauté, qui font pas partie de
10:36la secte.
10:37Je fume mes premiers joints, mes premières bières, mes premières sorties, les premières discothèques.
10:43Puis, petit à petit, je vais réussir à m'acheter un ordinateur, puis je vais réussir à m'acheter un
10:48modem, puis je vais me connecter à Internet.
10:50Et puis, voilà, en quelque sorte, je vais me faire une fenêtre sur le monde, à partir de mon petit
10:56chez-moi, alors que je suis toujours dans cette communauté.
10:59Pour moi, en fait, par rapport à ce que j'avais vécu avant, c'était déjà une forme de liberté
11:03totale.
11:06En 1997, quand Ricardo a 17 ans, Robert Spatz s'est arrêté, et des perquisitions sont menées dans plusieurs centres
11:12de la communauté en Europe.
11:14Soupçonné d'escroqueries et de dérives sectaires, il s'enfuit en Espagne et continue de parler aux membres de sa
11:19communauté via des cassettes qu'il envoie dans les différents centres.
11:22Malgré ces accusations, Ricardo reste fidèle à la communauté, et il rentre en Belgique pour travailler dans un restaurant tenu
11:29par Ocassé à Bruxelles.
11:31Mais quand il a 25 ans, il apprend que plusieurs jeunes femmes accusent Robert Spatz d'agression sexuelle, certaines quand
11:37elles étaient adolescentes.
11:38Il veut s'éloigner de la communauté, mais comme il en est complètement dépendant financièrement, c'est très difficile pour
11:44lui de partir.
11:45Puis il rencontre une femme qui ne fait pas partie d'Ocassé.
11:49On va entamer une relation, puis quelques mois après, je vais apprendre que je vais devenir papa, et là, pour
11:53moi, c'est le déclic, quoi.
11:54Il faut se tirer d'ici au plus vite.
11:56Je ne pouvais pas rester une minute de plus là-dedans, quoi.
11:58Parce que pour moi, c'est hors de question que ma fille naisse dans ces murs, en fait.
12:02C'est presque un réflexe, ce n'est pas quelque chose de réfléchi.
12:06Et donc, elle a son propre appart, et moi, je vais partir vivre avec elle.
12:10Ricardo reste en couple avec cette femme pendant deux ans, avant de se séparer.
12:14Il fait une formation pour devenir informaticien, il trouve du travail dans ce domaine,
12:18et il quitte définitivement la communauté Ocassé en 2013, quand il a 33 ans.
12:22Sa mère aussi a quitté Ocassé, et quelques temps après, il apprend qu'une enquête est en cours, à l
12:27'encontre de Robert Spatz.
12:29Ma mère reçoit un papier de la justice qui lui dit, voilà, vous avez été interrogé en 1997,
12:34lors des perquisitions, est-ce que vous avez quelque chose à rajouter ?
12:38Je vois ce papier, et je me dis, mais en fait, il y a une procédure en justice, qui date
12:43depuis 1997.
12:45Je regarde cette feuille, et je me dis, mais il faut faire quelque chose, quoi.
12:48Parce que sinon, ils vont aller raconter leurs conneries, là.
12:52Et nous, en fait, on a vécu tout ça, et on n'a pas droit au chapitre.
12:56Moi, ma génération, enfin, beaucoup de ma génération, en fait, n'ont jamais été interrogés par la police.
13:01Ricardo veut absolument pouvoir témoigner, alors il décide de contacter un avocat.
13:0520 minutes après, je reçois une réponse, monsieur, rendez-vous dans mon cabinet tel jour.
13:11C'est comme ça que, tout d'un coup, on a débarqué dans une affaire judiciaire qui existait depuis 1997,
13:17dans laquelle on n'avait quasiment jamais participé.
13:20Et on va arriver à 23, dans une affaire judiciaire où il n'y avait pas de parti civil.
13:25Le 5 janvier 2016, le procès de Robert Spatz s'ouvre à la chambre correctionnelle de Bruxelles,
13:30et Ricardo, devenu porte-parole des victimes d'eau cassée, vient témoigner à la barre.
13:35Je n'ai pas conscience de ce qu'on était en train de faire.
13:39Je n'ai pas peur non plus, je n'ai pas d'a priori, je n'ai pas de gros
13:43stress,
13:43parce que je suis complètement inconscient de ce que je suis véritablement en train de faire,
13:46et je le vois se dérouler là, devant moi.
13:49C'est la première fois que je suis dans une audience de cours de justice,
13:52et de voir déballer sa propre vie comme ça, devant une cour,
13:56sans connaître ces gens, ni d'Eve ni d'Adam.
13:59C'était un défi, en fait, gigantesque.
14:03D'un point de vue psychologique, oui, c'est littéralement se mettre à nu,
14:07révéler ses pires blessures, ses pires traumas.
14:10C'était vraiment difficile, et en même temps, c'était libérateur.
14:14Et en plus de ça, écouter les soupirs d'une défense opposée,
14:19qui estime qu'on raconte des conneries,
14:22c'est une épreuve psychologique que je sous-estimais complètement.
14:26En fait, je pense que si je savais dans quoi je me jetais,
14:28je ne l'aurais juste jamais fait, très honnêtement.
14:32Robert Spatz est condamné à 4 ans de prison avec sursis,
14:35il fait appel, et un nouveau procès a lieu à la fin de l'année 2020.
14:39Ça se termine le 2 décembre 2020, avec 5 ans avec sursis,
14:43avec une partie des abus sexuels qui sont reconnus,
14:47mais qui sont prescrits,
14:49les nouveaux abus sexuels qui ne sont pas été instruits,
14:51donc ils ne sont pas jugés,
14:52donc les personnes ne sont pas reconnues victimes de ces faits.
14:57Et 5 ans avec sursis, c'est horrible,
14:59parce que c'est juste trop peu.
15:03Étrangement, je ne me sens pas rongé par la colère et par tout ça,
15:08mais en même temps, je me sens très déterminé
15:10à ce que les responsabilités soient mises sur la table
15:12et que les choses soient reconnues.
15:14Je pense que c'est ça que tout le monde attend,
15:16en fait, c'est une reconnaissance des faits.
15:18Et puis chacun, après, il va passer le restant de ses jours
15:20à recoudre des bouts de fil avec les parents,
15:24avec les grands-parents, avec les petits-enfants.
15:27On va espérer qu'à la fin de tout ça,
15:29vraiment quand tout ça sera terminé,
15:31que peut-être des petits bouts de réconciliation et de pardon
15:35vont pouvoir émerger.
15:50Ambre, on l'a entendu, Robert Spatz a été condamné en Belgique.
15:54Est-ce qu'il risque aussi un procès en France ?
15:56Une enquête a été ouverte en 2021 par la police française
15:59parce qu'il est soupçonné d'avoir abusé sexuellement de huit fillettes
16:03à Château-de-Soleil, donc le domaine du sud de la France où a grandi Ricardo.
16:08Et donc, Ricardo et les autres victimes de violences de la communauté au cassé
16:12espèrent que cette enquête aboutira à un procès en France.
16:16Qu'est devenue la communauté au cassé aujourd'hui ?
16:18Alors, elle existe toujours.
16:20Il y a encore quelques dizaines de membres
16:22et certains restaurants existent toujours, notamment en Belgique.
16:26Mais Ricardo m'a dit qu'il n'y avait plus aucun centre avec des enfants
16:30comme celui dans lequel il a pu grandir dans les années 80.
16:33Est-ce que des hauts représentants du bouddhisme tibétain ont réagi
16:36après les signalements de certaines victimes ou le documentaire d'Arte ?
16:40Alors, ce que Ricardo m'a dit, c'est que le documentaire avait permis
16:43d'entamer un dialogue entre les victimes et les hauts représentants du bouddhisme
16:48Jusque-là, il niait complètement l'existence de violences et de dérives sectaires.
16:52Ricardo a par exemple rencontré le Dalai Lama lui-même en 2018
16:57pour lui raconter son histoire et alerter sur les violences
17:00qu'il avait subies enfant dans un centre bouddhiste en France.
17:03Et le Dalai Lama n'avait pas voulu reconnaître ces faits de violences.
17:06Donc, voilà, aujourd'hui, les choses commencent à bouger
17:09dans les hautes sphères du bouddhisme tibétain.
17:10Et Ricardo a bon espoir que ses hauts représentants mettent des choses en place
17:14pour éviter toute dérive.
17:16Et enfin, pour en revenir à lui, à Ricardo,
17:18est-ce qu'il a gardé des liens avec sa famille, notamment sa mère ?
17:21Oui, il est resté en contact avec sa mère.
17:24Il parle aussi encore un peu à son père,
17:26qui faisait lui aussi partie de la communauté.
17:28Mais ils n'ont pas vraiment de relation,
17:30parce qu'il m'a expliqué que son père l'avait un peu abandonné
17:32à cette communauté sans se préoccuper de lui.
17:35Donc, il est encore en contact avec sa mère,
17:37qui a quitté elle aussi la communauté.
17:39Mais c'est vrai que leurs rapports sont un peu compliqués.
17:42Et il m'a expliqué que ça faisait un an qu'il ne se parlait plus vraiment,
17:45parce que c'était plus simple pour lui de prendre ses distances avec elle.
17:50Merci Ambro Rosala et merci à Gaëtan Morin pour son aide.
17:54Le documentaire « Bouddhisme, la loi du silence »
17:57est disponible en replay sur le site d'Arte jusqu'au 11 novembre.
18:01Il existe aussi sous la forme d'un livre,
18:03signé des journalistes Vendry Lannos et Élodie Emery,
18:06publié chez J.C. Lattes.
18:08Cet épisode de Codesources a été produit par Raphaël Puyot et Clara Garnier-Amourou,
18:13réalisation Julien Moncouquiole.
18:16Si vous voulez nous écrire, c'est possible, sur Twitter,
18:19ou directement à cette adresse,
18:21codesourceatleparisien.fr
18:24Sous-titrage Société Radio-Canada
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