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  • il y a 11 heures
Enfermée dans les maisons de correction du Bon Pasteur dans les années 60, Éveline Le Bris a subi la maltraitance et l’éloignement forcé de sa famille pendant quatre ans. Pour Code source, Emma Jacob a recueilli le témoignage d’Éveline Le Bris.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Emma Jacob - Présentation : Thibault Lambert - Production : Thibault Lambert, Clara Garnier-Amouroux et Raphaël Pueyo - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian.

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Thibaut Lambert et vous écoutez Code Source, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Jusqu'à la fin des années 70 en France, l'expression « mauvaise fille » servait à désigner des adolescentes
00:18perçues comme trop rebelles, trop turbulentes ou avec des mauvaises fréquentations.
00:23Souvent, ces jeunes femmes étaient envoyées dans des maisons de correction, des établissements gérés par des bonnes sœurs.
00:29Aujourd'hui, elles sont nombreuses à dénoncer les mauvais traitements qu'elles y ont subis.
00:34Cinq femmes ont récemment pris la parole dans un documentaire « Mauvaise fille » sorti au cinéma fin novembre.
00:40Parmi elles, Evelyne Lebrise. Elle a passé 4 ans à l'Institut du Bon Pasteur d'Angers, puis du Mans.
00:47Elle a accepté de témoigner dans Code Source au micro d'Emma Jacob.
01:07Evelyne me reçoit chez elle, dans sa maison de Cuguin, un petit village breton où elle s'est installée depuis
01:11qu'elle est à la retraite.
01:13Elle a les cheveux teintés de rouge, un chemisier à fleurs et des yeux bleu-gris.
01:17On s'installe autour d'un thé et elle me dit qu'aujourd'hui, même à 75 ans, elle est
01:21encore marquée par les maltraitances subies dans sa jeunesse.
01:25On a été enfermées parce que ces bons passeurs, qu'est-ce que c'était ? C'était des maisons
01:29de correction.
01:30Elles, elles disent des maisons d'enfermement.
01:33C'est gentil.
01:35Ils se reconstruirent dans les années qui ont suivi.
01:39Je n'ai pas de mots, je n'ai pas de mots puisque je n'étais rien.
01:43Evelyne est née le 20 mai 1947 et elle grandit à Chartres en Heure-et-Loire.
01:48Elle est l'aînée d'une fratrie de 7 enfants.
01:50Son père est ouvrier agricole l'été et maçon l'hiver et sa mère s'occupe d'Evelyne et de
01:54ses frères et soeurs.
01:55Quand elle a 7 ans, sa mère tombe en dépression et elle est hospitalisée.
01:59Comme leur père ne peut pas s'occuper d'eux, les enfants quittent le foyer et sont pris en charge
02:03par les services sociaux.
02:05On est resté environ 3 mois parce que moment après l'hôpital de Chartres,
02:09une fois qu'ils l'ont eu un petit peu remis sur pied parce qu'elle était très fatiguée,
02:15elle est allée à l'hôpital psychiatrique et on lui a fait des électrochocs.
02:20Enfin, ça a dû être une horreur pour elle.
02:22On a été 3 mois sans la voir, un peu plus de 3 mois sans la voir.
02:26Au bout de quelques mois, la mère d'Evelyne va mieux et toute la famille est finalement réunie.
02:31Un jour, quand elle a 11 ans, alors qu'elle joue dehors avec ses amis,
02:35Evelyne est violée par un voisin.
02:37On jouait à cache-cache et d'un seul coup, sans une méchante main,
02:43ce monsieur, c'était le voisin directement derrière chez nous,
02:48veuf, qu'aurait pu être mon grand-père.
02:51Et il me met la main aux fesses et il me dit
02:54« Chut, si tu dis quelque chose, je tue tes parents ».
02:59Mais d'emblée, hein, d'emblée.
03:02J'ai rien dit, quoi.
03:05Et puis après, dès que les parents étaient partis travailler, il m'appelait.
03:12Et il m'appelait, il fallait que je vienne.
03:17Evelyne ne dit rien à personne, mais son agresseur se vante de ce qui lui fait subir.
03:21Il est alors jugé et condamné, mais Evelyne est quand même retirée à ses parents,
03:25car le juge estime qu'elle a des mœurs légères et qu'elle doit grandir dans un cadre plus strict.
03:30Elle passe quelques temps en famille d'accueil,
03:32puis en 1962, le juge des enfants l'envoie au Bon Pasteur,
03:36une institution religieuse qui se donne pour mission d'accueillir les jeunes filles qu'elle considère en détresse.
03:42Après quelques mois en observation au Bon Pasteur d'Angers,
03:45Evelyne est finalement envoyée au Mans pour un placement définitif.
03:52La seule chose dont je me souviens, parce que ça m'avait frappée,
03:55c'est cet immense portail lourd.
04:00C'était pesant, hein.
04:02Mais c'était beau, parce qu'au-dessus, il y avait du lierre qui courait.
04:07Mais en arrière, une fois que c'était fermé, c'était pas très...
04:11pas très engageant.
04:13Evelyne partage son quotidien avec 37 autres jeunes filles.
04:16Là-bas, l'organisation imposée par les bonnes sœurs est très stricte.
04:20Le matin, c'était souvent 7h moins le quart.
04:23Alors la bonne sœur, elle sortait de sa chambre, on va dire.
04:27Et alors elle tapait dans les mains, elle allumait la lumière,
04:31et à partir de ça, on se mettait à genoux au pied du lit,
04:34et on commençait les prières.
04:37Et ensuite, on allait au lavabo.
04:41Alors c'était la rangée de lavabo avec les robinets,
04:44que de l'eau froide, pas d'eau chaude.
04:48On revenait après la toilette, on revenait au lit,
04:51tac, tac, à genoux, prière.
04:53Après on s'habillait, et ensuite on faisait le lit.
04:58Moi j'aurais fait le lit tant que j'étais pas habillée,
05:01ça évitait la poussière, enfin bref.
05:03Elle, c'était une fois qu'on était habillée, on faisait le lit.
05:06Parce que fallait pas se montrer,
05:08fallait pas montrer son corps,
05:10même aux voisines qui n'en avaient rien à faire.
05:13Après le réveil et le petit-déjeuner,
05:15Eveline et les autres filles doivent se rendre à leur cours de sport,
05:18obligatoire, même quand elles sont malades.
05:20Trois quarts du temps, les filles, elles vomissaient ce qu'elles venaient de manger,
05:24du petit-déjeuner.
05:25Et bien souvent, il y avait des défaillances,
05:28les filles, moi la première,
05:31elles m'ont relevé à coups de pied.
05:35Je m'étais trouvé mal,
05:37mais c'était peut-être une crise d'hypoglycémie.
05:40Je vais te laisser crever là.
05:42Au moindre écart, les punitions pleuvent.
05:45Au fil des mois,
05:46Eveline souffre des humiliations répétées
05:48de la part des bonnes sœurs
05:49qui ne leur montrent aucune considération.
05:52Des fois, elles ne nous appelaient pas par notes.
05:54Moi, j'avais le numéro 35.
05:56Elles nous appelaient par ce code-là.
05:59Sur tous mes vêtements,
06:00tout, tout, tout,
06:01de la lingerie,
06:03des pulls,
06:04des trucs comme ça,
06:05tout était marqué comme ça.
06:08J'ai pleuré,
06:10mais pas d'angoisse,
06:13pas de tristesse.
06:15Je pleurais de rage.
06:18Ça ne durait jamais bien longtemps.
06:20Puis ça me coulait comme ça,
06:21froidement sur la figure.
06:23Je n'avais pas de sanglots ni rien,
06:25mais au fond de moi-même,
06:27ça bouillait.
06:29Des laïcs recrutés par les bonnes sœurs
06:31donnent cours aux jeunes pensionnaires
06:33du bon pasteur.
06:34Eveline se forme à la dactylographie,
06:36c'est-à-dire à apprendre
06:37à taper rapidement sur un clavier
06:38et elle passe aussi
06:40un diplôme d'éducation physique.
06:42En dehors des cours,
06:43les filles doivent faire le ménage,
06:44entretenir les locaux
06:45ou encore cirer les chaussures
06:47des bonnes sœurs.
06:49Le soir, quand on rentrait,
06:50on goûtait
06:53et il fallait bosser.
06:55Et les devoirs et les leçons,
06:57c'était quand il restait du temps.
06:59Le tricot, c'était surtout
07:01au moment de Noël,
07:02au moment des fêtes,
07:03tout ça.
07:04C'était des choses
07:06qui avaient été demandées
07:07par l'extérieur
07:07pour faire des cadeaux.
07:09C'était pour des familles
07:11bourgeoises du Mans.
07:14C'était aussi pour des grands magasins.
07:17C'est du travail forcé,
07:19du travail au noir en quelque sorte.
07:21Evelyne est coupée du monde extérieur.
07:23Elle n'a le droit à aucun loisir,
07:25ni au livre, ni à la musique.
07:27Mais elle et ses camarades
07:28sont toutes solidaires
07:29face à ce règlement très strict.
07:32Entre nous,
07:33on serrait les coudes.
07:35Même s'il y en a une
07:36qui nous avait fait une vacherie
07:38de trois jours avant,
07:39si elle était sur la sellette
07:41pour une punition ou autre,
07:44on la défendait jusqu'au bout.
07:47Un jour,
07:48alors qu'elles sont au réfectoire,
07:49Evelyne et ses camarades
07:50décident de se rebeller.
07:52On avait jeté du pain dur
07:53parce qu'on ne pouvait plus le manger
07:55tellement il était dur.
07:57À la poubelle,
07:58elle est allée le chercher,
07:59elle l'avait vidé
08:00dans le milieu du réfectoire
08:01et elle voulait qu'on le mange.
08:05On s'est rebellés,
08:07on a balancé la poubelle
08:09dans toutes les fenêtres,
08:10on a cassé les carreaux,
08:12qu'est-ce qu'il y avait encore ?
08:12Dans les assiettes,
08:14enfin bref,
08:14c'était la rébellion quoi.
08:16C'était la rébellion.
08:17C'est une des rares fois
08:18où je ne me suis pas gênée.
08:22Quand elle est punie,
08:23Evelyne est envoyée au mitard.
08:25C'est une pièce isolée,
08:27meublée seulement d'un matelas au sol
08:28et d'une couverture.
08:29Elle y passe généralement la nuit,
08:31mais il arrive que certaines filles
08:33y restent enfermées plus d'une journée.
08:35Un jour,
08:36l'une des camarades d'Evelyne,
08:37qui ne supporte plus la vie au bon pasteur,
08:40ingurgit du largatil,
08:41un puissant neuroleptique.
08:43Elle dormait pendant,
08:44je ne sais pas,
08:458, 10 jours d'affilée.
08:46Elle était vert au livre un peu.
08:49C'était affreux.
08:50Et pas une bonne soeur ne venait.
08:53On était là toute la journée.
08:54On voyait bien si elles allaient la voir.
08:57Personne.
08:58Elles attendaient peut-être qu'elles crèvent.
09:00Parce que c'était le mot
09:01qu'on peut employer dans ce cas-là.
09:04Nous, on veillait sur elle.
09:05Nous, on pouvait comprendre
09:07pourquoi elle l'avait fait.
09:08Mais elle l'a fait plusieurs fois.
09:11Au bon pasteur,
09:12Evelyne n'a aucune nouvelle de sa famille.
09:14Personne ne vient la chercher
09:15pour les fêtes ou pour son anniversaire.
09:17Mais environ un an après son arrivée,
09:19elle reçoit enfin de la visite.
09:21Mes parents, je ne les vois pas.
09:23Je n'ai pas de lien.
09:25Il n'y a pas de lien.
09:26Il n'y a rien.
09:27Je suis toute seule.
09:31À un moment donné,
09:32la bonne soeur,
09:33elle me dit
09:34« Evelyne, vous venez avec moi
09:35parce que vous avez de la visite.
09:37Vous avez parloir. »
09:39Et bon, alors je la suis.
09:41Moi, je me demandais
09:41qui c'est qui était venue me voir
09:43parce que je n'avais jamais rien.
09:45Pas de lettres.
09:46Pas de lettres.
09:47Aucune lettre.
09:48Alors je vais au parloir.
09:50Il a joué à mon père.
09:53On se tenait les mains
09:54à travers les trous.
09:57Et c'était tout.
09:58J'avais tendu ma joue,
09:59mais il n'avait pas pu me faire de bisous.
10:01Moi non plus.
10:06Après ça,
10:07elle ne voit plus jamais ses parents.
10:10Sauf une fois
10:11où sa mère vient lui présenter
10:12son petit frère Frédéric
10:13qui naît en 1964.
10:15En tout,
10:17Evelyne vit ce quotidien
10:17d'humiliation et de privation
10:19pendant quatre ans.
10:20Le 24 décembre 1966,
10:23sans savoir pourquoi,
10:24elle est autorisée
10:25à sortir du bon pasteur.
10:26Elle a seulement 19 ans
10:28et se retrouve hors de ses murs
10:29avec comme seule indication
10:30un bout de papier donné
10:32par les bonnes sœurs
10:33sur lequel est dessiné le croquis
10:34qui doit la mener
10:35à la gare du Mans.
10:36Elle se rend alors à Paris
10:38et la jeune femme
10:39se sent très seule.
10:41Je ne connais personne
10:43à part les filles
10:43avec qui je travaille,
10:45mais elles ont toutes
10:46leurs occupations,
10:48leurs familles.
10:49Il y en a qui sont mariées,
10:50très peu sont célibataires
10:53et moi, je suis là.
10:55Pas de vécu,
10:57rien à raconter avant,
10:58rien à raconter sur le moment.
11:00Je n'ai pas de sentiments,
11:02quels qu'ils soient.
11:04Rien.
11:04Les mauvais sentiments,
11:06les bons sentiments,
11:07ça glisse.
11:08Pour ne pas être atteinte,
11:11pour ne pas avoir de peine.
11:16C'était une manière
11:17de me protéger aussi.
11:18Il ne faut pas croire.
11:20On ne sort pas indemne
11:21de ces situations-là.
11:25Evelyne trouve un travail
11:26à la compagnie des compteurs
11:27à Montgrouge
11:28en tant que dactylographe.
11:29Elle revoit ses parents,
11:30mais il parle très peu
11:31de ce qu'elle a vécu.
11:33À 22 ans,
11:34trois ans après sa sortie
11:35du Bon Pasteur,
11:36elle rencontre un homme
11:37qui devient son mari.
11:38Elle lui raconte peu de choses
11:39sur sa jeunesse
11:40et lui dit simplement
11:41qu'elle sort de chez les bonnes sœurs
11:42sans jamais entrer
11:43dans les détails.
11:45En 1971,
11:46elle donne naissance
11:47à Séverine,
11:47sa première fille.
11:48En tout,
11:49Evelyne a trois enfants
11:50avec qui les relations
11:51ne sont pas toujours faciles.
11:53Je les aimais bien.
11:56J'avais des sentiments pour eux.
11:58Mais peut-être que pour eux,
12:00ça ne suffisait pas.
12:01Parce que j'ai été déjà,
12:02j'ai été élevée comme ça
12:03où on ne disait pas
12:04les sentiments pour les enfants.
12:07et après,
12:08moi,
12:09je n'ai rien reçu
12:09non plus
12:10pour pouvoir donner après.
12:12Les bonnes sœurs,
12:13elles ne vous donnaient rien.
12:15On était quantité négligeable.
12:18Non pas que mes enfants
12:19étaient quantité négligeable,
12:21non,
12:22mais peut-être
12:23que je ne leur ai pas donné
12:26ce qu'ils attendaient
12:26ou ce qu'ils étaient
12:28en droit d'attendre.
12:29Au fil des années,
12:31Evelyne se rend compte
12:31que son manque de suivi médical
12:33au Bon Pasteur
12:33a aussi des répercussions
12:35sur sa santé.
12:36On n'a pas été soignés,
12:37ni physiquement,
12:38ni intellectuellement.
12:40Il n'y a rien.
12:40Il n'y avait rien.
12:42Si j'avais été soignée correctement,
12:44elles auraient pu voir
12:45que j'avais une malformation
12:46et que je n'aurais pas perdu
12:48quatre enfants.
12:49Parce que j'ai eu sept enfants,
12:51j'en ai perdu quatre.
12:52Elles auraient pu voir,
12:54dire,
12:54oh là,
12:54attention.
12:55Sans jamais raconter à personne
12:57ce qu'elle a vécu
12:57au Bon Pasteur,
12:58Evelyne poursuit sa vie
12:59en région parisienne.
13:00Avec l'arrivée d'Internet,
13:02elle rejoint des forums
13:03sur lesquels elle échange
13:04avec des femmes de son âge.
13:06En 2007,
13:07quand elle a 60 ans,
13:08le film Les Diablesses
13:09passe à la télé.
13:10Il raconte l'histoire
13:11d'une jeune fille
13:12envoyée dans une des maisons
13:13de correction du Bon Pasteur
13:15pour avoir flirté
13:16avec un garçon
13:16dans les années 50.
13:18Plusieurs des femmes
13:19avec qui Evelyne discute
13:20sur Internet
13:21se rendent compte
13:22qu'elles partagent
13:22la même histoire.
13:24chacune a son histoire
13:25mais tout s'imbrique
13:26parce qu'on a vécu
13:28toute la même chose.
13:29L'enfermement,
13:31la maltraitance
13:32et le travail forcé.
13:35Et les bonnes sœurs,
13:37elles n'étaient pas obligées
13:39d'aller jusque-là.
13:41Jusqu'à cette maltraitance
13:43parce qu'il y avait des petites filles
13:45aussi de moins de 6 ans
13:47qui étaient enfermées.
13:48Qu'est-ce qu'elles avaient fait
13:49de cette petite gamine
13:50qui était à peine sortie
13:52de l'enfance ?
13:54Rien.
13:55Moi non plus.
13:58Evelyne commence alors
13:59à témoigner dans les médias,
14:00notamment auprès de journalistes
14:01qui s'intéressent à son histoire
14:02et à celle du Bon Pasteur.
14:04Il y a 3 ans,
14:05elle fait la rencontre
14:06de la réalisatrice
14:07Émerence Dubas
14:08qui lui propose
14:08de participer à un film documentaire
14:10consacré au témoignage
14:11des filles du Bon Pasteur.
14:13Evelyne accepte
14:14avec 4 autres femmes.
14:16Pendant le tournage,
14:17Evelyne retourne au Mans,
14:18la ville où elle est restée
14:193 ans en maison de correction.
14:21Là-bas,
14:22elle se rend chez une assistante sociale
14:24en présence des caméras.
14:26Je ne la regarde pas de haut
14:27mais je ne suis pas sympa avec elle.
14:34Pourquoi ?
14:34Parce que je n'ai pas de souvenirs,
14:38mauvais souvenirs d'assistante sociale.
14:40Voilà pourquoi.
14:42Alors qu'elle,
14:43elle ne me veut pas de mal.
14:45elle veut simplement
14:46m'accompagner dans cette démarche.
14:49Et vite fait,
14:50j'ai compris
14:51qu'elle ne me voulait pas de mal.
14:55L'assistante sociale
14:56lui remet alors
14:57son dossier de placement
14:58conservé aux archives
14:59pendant plus de 60 ans.
15:01À l'intérieur,
15:02Evelyne découvre
15:03que ses parents
15:03lui avaient en réalité
15:04écrit des dizaines de lettres
15:06quand elle était au Bon Pasteur
15:07qui ne lui ont jamais été remises.
15:10Et là,
15:12je fous en larmes
15:13parce que je me rends compte
15:15que mes parents m'aimaient.
15:18Alors,
15:18même encore maintenant,
15:20ça coince.
15:21Et
15:23j'éclate.
15:25J'éclate son sanglot
15:26parce que
15:27je ne peux pas maîtriser.
15:30et ça libère.
15:32Ça libère.
15:34Et tout le monde est là
15:35et me regarde.
15:37Je vois l'assistante sociale
15:39qui a les écriberie,
15:40l'autre
15:41qui était
15:41de passage
15:42qui était venu
15:43voir où on en était
15:45et puis la caméramane.
15:47Et tout le monde
15:48est là comme ça
15:49en suspens.
15:51Et bon,
15:52je me rattrape un peu
15:54quand même
15:55et je continue.
15:57Elle comprend aussi
15:58que si les bonnes sœurs
15:59ne l'ont pas gardée
16:00jusqu'à sa majorité
16:01qui était alors de 21 ans,
16:02c'est justement
16:03parce que son père
16:04qui est décédé en 1996
16:06était à l'époque
16:07très insistant
16:08pour avoir de ses nouvelles.
16:09Je lis les lettres
16:10que mon père
16:11il m'envoyait
16:13et les lettres
16:14qu'il envoyait
16:15aux bonnes sœurs
16:16assassines
16:17et que
16:18quelque part après
16:19ça me permet
16:20de me raccrocher aussi.
16:24Elle lui demande déjà
16:25à un moment donné
16:26il lui demande
16:26où je suis.
16:28Ma fille elle est où ?
16:30Est-ce que vous pouvez
16:33laisser sortir Evelyne
16:34pour la communion d'un tel
16:35ou pour les vacances
16:37ou pour Noël
16:38ou pour Pâques
16:39nanana
16:40nanana
16:41et jamais
16:42à aucun moment
16:43je ne suis sortie
16:44une fois.
16:51Est-ce que vous leur en voulez
16:52encore aujourd'hui ?
16:54J'ai la colère en moi
16:55quand même.
16:55même si
16:56j'en fais pas
16:58j'en fais pas état
17:00à l'intérieur
17:02ça remue
17:03ça remue
17:04c'est le branle-bas
17:05de combat
17:07c'est inimaginable
17:08les dégâts
17:09qu'elles ont faits.
17:11Elles avaient
17:11notre garde
17:12notre éducation
17:13elles n'en ont rien fait
17:16et ça
17:17c'est impardonnable
17:19moi le pardon
17:20le mien
17:21elles l'auront
17:21jamais
17:22c'est le branle-bas
17:42c'est le branle-bas
17:49c'est le branle-bas
17:52la même histoire
17:52alors elles n'ont pas
17:53toutes été au même endroit
17:55Marie-Christine
17:56par exemple
17:56qui témoigne dans le film
17:57a été à Angers
17:58comme Evelyne
17:59mais également
17:59au Bon Pasteur d'Orléans
18:01et d'autres ont été
18:01enfermées
18:02au Puy-en-Velay
18:03ou encore à Bourges
18:04Evelyne est aujourd'hui
18:05à la tête d'une association
18:06c'est ça ?
18:07Oui avec Marie-Christine
18:08Evelyne a fondé
18:09l'association
18:10Les Filles du Bon Pasteur
18:11en 2020
18:11c'est une association
18:12qui compte 171 membres
18:14aujourd'hui
18:15mais c'est un chiffre
18:16qui n'arrête pas de grandir
18:17grâce notamment
18:18à leurs témoignages
18:19dans les médias
18:20et aussi au documentaire
18:21Mauvaise Fille
18:22alors l'objectif
18:23de l'association
18:24c'est de faire reconnaître
18:25leur statut de victime
18:26avant tout
18:27et justement
18:27la veille de notre interview
18:29elles étaient avec Marie-Christine
18:31au ministère de la justice
18:32à Paris
18:32pour plaider leur cause
18:33ce qu'elles veulent vraiment
18:35c'est obtenir des réparations
18:36pour les préjudices physiques
18:37et moraux
18:38qu'elles ont subis
18:38Après la sortie
18:39de ce documentaire
18:41Mauvaise Fille
18:41la congrégation du Bon Pasteur
18:43a annoncé le 4 décembre
18:45l'ouverture
18:45d'une commission indépendante
18:47alors quel est son rôle
18:48et est-ce que c'est une réponse
18:50satisfaisante aux yeux d'Evelyne ?
18:51Alors elle a été créée
18:52je cite
18:53pour faire la lumière
18:54sur les accusations
18:54de maltraitance dénoncées
18:56par les anciennes pensionnaires
18:57du Bon Pasteur
18:58dans le film Mauvaise Fille
18:59le problème
19:00c'est qu'elle est mise en place
19:01par la congrégation
19:02Notre Dame
19:02de Charité du Bon Pasteur
19:04et ça pour Evelyne
19:05et les membres de l'association
19:06c'est un gros problème
19:07donc elles vont continuer
19:08à se battre
19:09aidées par leurs avocats
19:10pour la création
19:11d'une commission
19:12cette fois parlementaire
19:16Merci Emma Jacob
19:17Cet épisode de Code Source
19:18a été produit par
19:19Clara Garnier-Amourou
19:21et Raphaël Pueillot
19:22réalisation
19:23Julien Moncouquiol
19:24Code Source
19:25est le podcast
19:26d'actualité du Parisien
19:27n'oubliez pas
19:28de vous abonner
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