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Parfois qualifiée de lanceuse d’alerte, Caroline Brémaud est une des figures de proue du mouvement des urgentistes en France. Un temps cheffe de service des urgences de Laval, elle est démise de ses fonctions en 2023. Depuis plus de cinq ans, la médecin tire la sonnette d’alarme mais la situation ne s’améliore pas. Caroline Brémaud raconte son histoire au micro de Barbara Gouy.

Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Clara Grouzis et Orianne Gendreau - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : CNews.

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#codesource #hôpital #santé

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News
Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Caroline Brémeau a 44 ans. Elle est médecin urgentiste à Laval, en Mayenne.
00:16Ces dernières années, elle a régulièrement pris la parole pour alerter sur le manque de moyens dans les hôpitaux.
00:21Et après cette médiatisation, elle a perdu son poste de chef de service.
00:25Aujourd'hui, elle publie un livre, « État d'urgence » au pluriel, sorti le 2 mai aux éditions du
00:31Seuil.
00:31Elle y raconte son combat pour défendre l'hôpital public.
00:35Chez Codesources, on a eu envie de lui donner la parole pour qu'elle nous parle de son parcours et
00:39de ce qui l'a poussé à s'engager.
00:41Caroline Brémeau témoigne au micro de Barbara Gouy.
00:50Je rencontre Caroline Brémeau dans nos locaux parisiens.
00:54Elle porte une belle robe colorée et elle est pétillante, souriante et tout de suite à l'aise.
01:00Caroline est née le 30 avril 1981.
01:03Elle a grandi près de Tours, à la campagne, dans une maison avec une grande sœur et un chien.
01:09Son papa travaille beaucoup en tant que commercial et sa mère est au foyer.
01:13Des petites, Caroline déborde d'énergie.
01:17« Alors moi j'étais très dynamique, très drôle, j'inventais des chansons, je faisais des bêtises et j'étais
01:26par miracle sage en classe.
01:29C'était le seul moment où j'étais sage et très généreuse.
01:35Je donnais tout ce que j'avais et des fois ça désespérait un petit peu mes parents qui passaient leur
01:39temps à me racheter des crayons, des affaires parce que j'avais déjà donné les miennes. »
01:44Enfant, Caroline veut devenir vétérinaire.
01:47Alors en classe de troisième, elle choisit un stage dans un cabinet vétérinaire et découvre la médecine sur les animaux.
01:54« Comme ça s'est très bien passé, j'ai continué à faire des stages la moitié de chaque vacances
01:58scolaires entre mes 15 et mes 20 ans.
02:00Et comme c'était loin de chez mes parents, je dormais là-bas.
02:02Et donc j'ai participé un peu aussi à leur vie de famille.
02:05Et un jour, ils ont reçu des amis et il y a un petit enfant qui est arrivé.
02:09Et moi, je me suis mise à genoux pour lui dire bonjour, comme je fais toujours avec les enfants.
02:13Et là, l'enfant s'est jeté dans mes bras pour me faire un câlin, ce qui me paraissait tout
02:16à fait naturel.
02:17Et en fait, j'ai regardé autour de moi, j'ai senti qu'il y avait une pression, que l
02:22'ambiance devenait plus lourde.
02:23Et en fait, la maman, les larmes aux yeux, m'a regardée et m'a dit « Il est autiste,
02:25d'habitude, il ne touche personne. »
02:28Après cet épisode, elle se demande si elle n'est pas encore plus à l'aise avec les humains qu
02:32'avec les animaux.
02:33Mais après le lycée, Caroline part quand même faire une prépa pour devenir vétérinaire.
02:38Elle rate le concours.
02:39C'est là qu'elle repense à son aisance avec les enfants autistes.
02:43Et elle se réoriente vers la médecine avec un objectif.
02:48Devenir pédopsychiatre.
02:49En 2004, elle réussit sa première année de médecine.
02:52Et en étudiant, elle découvre un autre domaine qui lui parle encore plus.
02:57La médecine d'urgence, où elle se sent tout de suite à sa place.
03:03J'avais cette idée du rythme un peu particulier.
03:06Où on ne travaille pas forcément tous les jours, mais des fois on travaille la nuit, le week-end.
03:10Et aussi du type de patient qu'on prend en charge.
03:14On voit du plus jeune au plus ancien.
03:17On accompagne la naissance comme la mort.
03:19Et on peut passer de l'entorse de chouille à l'arrêt cardio dans la même matinée.
03:27Et c'est vraiment à chaque fois une rencontre avec le patient ou sa famille qui fait que les journées
03:34sont riches en émotions.
03:35Pendant ses études, Caroline commence à enchaîner les stages à l'hôpital.
03:39En 2010, elle devient interne.
03:41Et à ce moment-là, elle est enceinte.
03:44Elle donne naissance à son fils, Léandre, en mai 2011.
03:48Caroline prend un congé de six mois pour l'allaiter.
03:51Tout se passe bien.
03:51Elle reprend le travail, mais cinq jours plus tard, son bébé est amené aux urgences.
03:56Il a été secoué par sa nounou.
03:58Le pronostic vital était plus qu'engagé.
04:03Pendant trois, quatre journées même, on nous a dit qu'on ne peut rien dire.
04:07Et en fait, quand on posait des questions, on nous disait qu'on ne peut pas vous dire.
04:11Et moi, je n'avais pas compris sur le moment qu'on ne pouvait pas nous dire s'il allait
04:17vivre.
04:17Je n'avais pas intégré le sous-entendu dans la phrase, parce que je n'étais pas en capacité de
04:25l'entendre.
04:27Il y avait des mécanismes de protection qui s'étaient mis en place.
04:32Moi, je me disais qu'il faut que je boive, il faut que je mange, il faut que je dorme
04:36pour tirer mon lait.
04:37Et puis, parce que je vais le remettre au sein, en fait, un jour.
04:42C'est ce qui m'a tenue, en fait.
04:43Et donc, je tirais un litre de lait par jour, que je donnais au lactarium.
04:47Et donc, j'arrivais avec mes 4 millions, c'était énorme.
04:50Et quand au cinquième jour, il a commencé à être un petit peu mieux, il a eu le droit à
04:55un millilitre par heure.
04:56Donc, c'était très peu.
04:57Donc, tout le reste allait pour d'autres enfants, en fait.
05:00Après 15 jours d'hospitalisation, Léandre sort enfin de l'hôpital.
05:04Il gardera des séquelles à vie.
05:06Mais Caroline prend 6 mois de congé pour s'occuper de lui, le stimuler et faire en sorte qu'il
05:12ait le moins de séquelles possible.
05:14Quand on a eu enfin accès aux soins de rééducation, un an après l'accident,
05:20quand ils ont vu d'où il part et où est-ce qu'il était un an après,
05:24on m'a dit « waouh, c'est un miracle, cet enfant ».
05:28Et donc, je lui ai dit « oui, il est très courageux, il a beaucoup de chance ».
05:31Et puis on me dit « non, il a une super maman ».
05:36J'ai tout fait pour lui, tout ce qu'une maman peut faire.
05:39Et puis je me suis fait confiance à mon intuition, à mes connaissances aussi.
05:44Et puis de me dire « ben voilà, c'est comme ça ».
05:48Et l'objectif, c'est qu'il aille bien et de lui faire découvrir, faire du vélo, nager, faire du
05:54sport.
05:55Avec son handicap, il vit très bien et je suis très fière de lui.
05:59Il donne des belles leçons de vie aux gens qu'il croise et c'est une grande chance pour tous
06:06les gens qu'il côtoie
06:07de pouvoir partager des moments avec lui parce qu'il remet les priorités au cœur du débat.
06:13C'est vraiment un enfant merveilleux.
06:16Léandre a perdu l'usage d'un œil et il a un retard mental.
06:20Caroline devient à la fois soignante et patiente, ou plutôt la maman d'un patient.
06:25Mais elle continue son internat. D'année en année, elle se rend compte de la réalité du métier.
06:31L'hôpital public manque de financement et travailler en tant que médecin aux urgences est aussi difficile psychologiquement.
06:38Elle se souvient très bien de la première fois où elle a dû annoncer un décès.
06:42Ce jour-là, une dame atteinte d'un cancer des poumons incurable vient à l'hôpital parce qu'elle crache
06:48du sang.
06:48Les médecins l'examinent et comme ils ne trouvent rien d'inquiétant, la dame demande à sortir de l'hôpital
06:54car ses enfants viennent déjeuner chez elle le lendemain.
06:58Caroline sait que cette dame n'a pas de possibilité de guérison.
07:01Elle et ses collègues décident donc de la laisser sortir pour qu'elle puisse profiter d'une journée avec ses
07:06enfants.
07:07Mais quelques heures plus tard, la dame revient aux urgences.
07:12Elle crachait du sang énormément et je me souviens parfaitement des derniers mots.
07:19Elle a regardé son mari et elle a dit « Embrasse les enfants ».
07:21C'est assez terrible d'être le témoin de cet instant-là.
07:26C'est d'une intimité terrible.
07:30On l'a passé sur le brancard et son cœur s'est arrêté.
07:34Son mari nous a dit « Sauvez-la, faites quelque chose ».
07:37Le réanimateur est venu, on a essayé de l'intuber.
07:40On s'est battu pour elle parce qu'on avait tous envie qu'elle fasse son déjeuner le lendemain
07:43ou au moins qu'elle voit ses enfants, même si on savait que ce n'était pas possible et qu
07:47'il n'y avait pas d'espoir.
07:50Mais à cet instant, on était tous d'accord pour donner encore un peu plus.
07:55Malheureusement, on n'a pas pu la sauver.
07:58Et puis ses enfants, ils venaient de Paris, donc ils avaient de la route.
08:02Et donc le papa a juste prévenu de dire « Venez vite, maman, ça ne va pas ».
08:06Et mon chef était parti se coucher, donc c'est moi qui annonçais le décès aux enfants
08:10qui avaient à peu près mon âge et il y avait une de ces filles qui était enceinte.
08:13Et c'est vrai que je me souviens de la salle, des gens.
08:19Ça reste un moment hyper intense.
08:23Parce que nous, on nous apprend à l'école, vous mettez vos émotions dans la blouse, la blouse dans le
08:28vestiaire et vous rentrez chez vous.
08:29Et en fait, ce n'est pas bien du tout, il ne faut pas faire ça parce qu'après, on
08:32culpabilise quand on ressent des choses, quand on a de la tristesse.
08:37Non, en fait, on est des êtres humains comme les autres.
08:40On a le droit d'avoir des émotions.
08:43Pendant son internat, Caroline accouche de trois autres enfants, un en 2013, puis des jumeaux trois ans plus tard.
08:50Pendant plusieurs années, elle jongle entre ses quatre enfants, les gardes à l'hôpital et les examens.
08:55Elle termine ses études en 2019 et à peine diplômée, son supérieur lui propose de devenir chef de service des
09:02urgences de Laval.
09:03Alors, je ne m'y attendais pas du tout.
09:05Je l'ai regardée, je fais pardon.
09:06Je dis, mais tu n'as pas quelqu'un d'autre ?
09:08Il m'a dit non, je voudrais que ce soit toi parce que tu as des bons contacts avec les
09:12gens de l'hôpital et aussi à l'extérieur.
09:13Et il me dit, c'est important de développer le lien avec l'hôpital.
09:16Et il me dit, toi, tu connais beaucoup de monde, donc ça peut être bien.
09:19Tout le monde a confiance en toi.
09:20Je dis, ben oui, mais je commence un peu.
09:22Il me dit, ben, ce n'est pas grave.
09:24Je serai là de toute façon si tu as besoin.
09:27En 2020, l'hôpital doit faire face à la pandémie de Covid-19.
09:31Caroline prend en charge la gestion de la crise.
09:34Pendant cette période, elle s'occupe de la réorganisation de l'hôpital et ça se passe très bien.
09:38Elle se découvre une véritable âme de chef.
09:41Quelques mois plus tard, en juillet 2020, elle devient officiellement chef de service des urgences de Laval.
09:47Elle arrive à faire son métier, malgré le peu de moyens dont elle dispose.
09:51Mais en octobre 2021, le personnel des urgences organise une grève nationale
09:55à laquelle l'hôpital de Caroline participe pour dénoncer les conditions de travail des urgentistes.
10:02En grève, mais tout le service des urgences de l'hôpital de Laval est réquisitionné.
10:07Il manque 70% des médecins pour assurer la permanence 24h sur 24.
10:12La veille de cette grève, Caroline publie une photo d'elle sur les réseaux sociaux.
10:17Sur ses joues, on peut lire en grève.
10:21En quelques jours, je me suis retrouvée interviewée par plein de médias
10:26à dire tout haut, juste la vérité.
10:29Sauf que souvent, on essayait de cacher un peu cette vérité.
10:33Les problèmes d'accès aux soins, les patients dans les brancards, les fermetures des urgences,
10:38c'est des choses dont on parlait, mais plutôt dans les plus petits hôpitaux.
10:41Et donc là, sur un hôpital principal d'un département, c'était un peu rare comme situation.
10:47Donc forcément, médiatiquement, ça a eu un impact énorme.
10:50Et donc moi, mon objectif, c'était de mettre le sujet de la santé sur les débats nationaux
10:55et de dire ce qui se passe à Laval.
10:57En fait, ça se passe partout.
10:59Le 1er novembre 2021, les urgences de Laval ferment temporairement, faute de personnel.
11:05Quelques semaines plus tard, le 16 décembre, Caroline est convoquée au Sénat
11:09avec quatre autres chefs de service pour une commission d'enquête sur la situation des urgences en France.
11:15Les sénateurs ont été très attentifs à mon récit parce que je suis passée en avant-dernière
11:21et mes collègues ont tous très bien parlé avec beaucoup de chiffres, beaucoup d'explications.
11:26Mais je lui ai dit non, moi, je vais leur raconter en fait la vraie vie.
11:33Je leur ai raconté l'histoire de cette dame de 95 ans qui restait 36 heures sur un brancard
11:38dans le couloir des urgences, qui a rencontré les équipes de jour, les équipes de nuit, re-les équipes de
11:43jour.
11:45Et j'ai senti un malaise quand même parce que là, c'était concret.
11:49Ça aurait pu être la grand-mère de n'importe qui.
11:52Ça a percuté vraiment fort dans la tête des sénateurs.
11:55Ils m'ont pris en aparté après pour me dire, c'était très dur de vous écouter.
11:59C'était très poignant, très émouvant.
12:00Et on ne vit pas dans le même monde.
12:04Caroline est très investie dans son rôle de chef de service.
12:07Mais en novembre 2023, elle est convoquée dans le bureau du directeur de l'hôpital.
12:12Effectivement, il m'a annoncé que j'allais être démise de mes fonctions de chef de service
12:19au prétexte d'une réorganisation.
12:22Et puis après, on a eu une conversation tous les deux en off.
12:26Il m'a dit non, ce n'est pas ma volonté.
12:28Et la décision vient de beaucoup plus haut.
12:31Beaucoup, beaucoup plus haut.
12:33Donc je me suis dit, c'est très bien.
12:35Si ça vient de très haut, c'est que j'ai été juste dans mes propos.
12:38Parce que si je suis le caillou dans leurs chaussures, c'est que je suis au bon endroit.
12:41La nouvelle choc est fait parler dans les médias.
12:44Depuis le début de la semaine, Caroline Brémeau n'est plus chef des urgences à Laval.
12:48Officiellement, l'ARS et la direction expliquent avoir fusionné les postes de responsables des urgences
12:54et du SAMU pour fluidifier le parcours du patient.
12:57Personne n'y croit.
12:59Tous les syndicats de médecins et de patients estiment que le docteur Brémeau a payé pour son action de lanceuse
13:06d'alerte.
13:06Une manifestation s'organise pour soutenir Caroline, qui souffre beaucoup d'avoir été mise à l'écart.
13:13C'était mon cinquième enfant, ce service. J'ai passé beaucoup de temps, beaucoup d'énergie.
13:19Et puis, après, je me suis dit, de toute façon, c'est comme ça, il n'y a pas le
13:23choix.
13:24Donc, il faut continuer à avancer.
13:25Et ma destitution a été extrêmement médiatisée.
13:29Donc, je pense qu'ils ont perdu aussi en crédibilité d'avoir fait ça.
13:36Je pense que les gens qui s'intéressent un peu à la santé, aux services publics en général,
13:41ont pris conscience ou ont été renforcés dans leur idée que les gouvernements successifs
13:47sont maltraitants pour le système de santé et les services publics dans la globalité.
13:51Les gens m'ont donné le statut de lanceuse d'alerte, ce que je n'avais pas forcément réalisé à
13:56ce moment-là.
13:57Et ça a été perçu comme courageux.
14:01Caroline n'est plus chef des urgences de Laval, mais elle continue d'être médecin dans ce service
14:06et elle poursuit son combat pour améliorer les conditions de travail des urgentistes.
14:11Le 11 janvier 2024, elle cofonde les Gilets blancs de la santé.
14:15C'est ni une association ni un collectif, parce qu'il en existe déjà beaucoup.
14:18Et je ne voulais pas faire d'ombre à ceux qui existaient.
14:20Mais c'est plutôt un mouvement, dire « je suis Gilet blanc » pour dire « je m'intéresse à
14:24la santé ».
14:25Et puis c'était aussi pour sortir les revendications de mon nom propre.
14:30C'est-à-dire que ce n'était pas Caroline Brémeau qui parlait, c'était les Gilets blancs de la
14:33santé.
14:34Ça me permet aussi d'avoir des piliers dans mon quotidien.
14:37C'est-à-dire qu'il n'y a pas que moi qui gère les réseaux sociaux.
14:40Je voulais un peu détacher les propos de ma personne pour que ça soit plus global, en fait.
14:45Caroline est passionnée par son travail, mais la situation des urgences en France n'a cessé de se détériorer depuis
14:52la grève nationale en 2021.
14:54Je ne sais jamais si je vais avoir un autre binôme médecin ou pas, parce que je n'ai pas
14:59toujours le temps de regarder le planning.
15:00Et autant avant, on travaillait toujours à deux au Samus Mur, autant maintenant, je peux être toute seule.
15:08Et puis, les urgences, deux fois dans la semaine, c'est complètement fermé, donc c'est compliqué.
15:15Et moi, j'ai fait des gardes où j'ai fait une fois une garde de 24 heures, où j
15:20'étais 24 heures au téléphone avec le casque,
15:24mais avec des appels qui rentrent dans le casque en décroché automatique pendant 24 heures.
15:28C'est-à-dire que je vais aux toilettes, j'ai le casque, je mange, j'ai le casque.
15:33Ce n'est pas bien, c'est dangereux, ce n'est pas légal non plus.
15:37Donc, normalement, on ne doit pas faire plus de 6 heures, au maximum 12.
15:40Et il faut alterner avec quelqu'un d'autre.
15:42Et on arrive à des situations où on est obligé de faire 24 heures.
15:45Donc, c'est extrêmement délétère dans la qualité de vie au travail.
15:51Et c'est, par conséquent, aussi extrêmement délétère pour la sécurité des patients.
15:59C'est un confort de travail abouti à des départs, en fait.
16:03Et donc, on aggrave la pénurie qui existe, parce qu'on a des conditions de travail qui ne sont pas
16:10bonnes.
16:10Et de se mettre en danger soi-même, ce n'est pas une bonne chose.
16:15De savoir qu'on participe à une espèce de maltraitance collective des patients, c'est encore pire.
16:22Donc, c'est quelque chose qui est assez terrible pour moi.
16:25En parallèle de son métier et de ses combats, Caroline reste très présente pour ses enfants.
16:30Elle ne veut pas négliger son rôle de maman.
16:33Même si je ne suis pas là tous les matins pour les emmener à l'école, je suis là pour
16:37faire des sorties scolaires.
16:39Je suis là tous les mercredis pour les emmener au sport.
16:42Et je privilégie la qualité aussi de la relation que j'ai avec eux.
16:47On est très fusionnels.
16:49Mes enfants aussi sont très fiers de ce que je fais, de ce que je mène comme combat.
16:54Et ils sont très intéressés par tout ce qui est politique.
16:57Enfin, là, ils ont 9 ans, les derniers, et ils ont déjà un avis très pertinent sur les questions de
17:04santé et les questions politiques.
17:06Donc, je trouve ça assez rigolo aussi d'échanger avec eux.
17:10Des fois aussi, je rentre du travail et puis je pleure.
17:12Et donc, ils se disent « Mais pourquoi maman ? »
17:14Et je leur raconte.
17:16Et puis, je leur dis « Mais je vais me reposer et puis ça ira mieux. »
17:19Mais je trouve que c'est important de leur dire la vérité, en fait.
17:23Alors, je ne donne pas tous les détails, évidemment.
17:27Mais il ne faut pas non plus qu'ils grandissent en pensant que tout est facile et rose.
17:33Il faut qu'ils soient conscients qu'il y a des difficultés et que c'est la responsabilité de tout
17:37le monde, en fait, de faire en sorte que ça aille mieux.
17:50Barbara, est-ce que malgré tout ce qu'elle vit, tout ce qu'elle décrit, Caroline Brémeau garde la motivation
17:55?
17:55Oui, bien sûr. Elle adore son métier.
17:57Elle ne se voit pas faire autre chose.
17:59Pour elle, c'est le plus beau métier du monde.
18:00C'est ce qu'elle m'a dit.
18:01Et même si c'est quand même difficile tous les jours et qu'elle rentre chez elle en pleurs parfois,
18:06parce qu'elle n'a pas pu sauver tous ses patients, par exemple,
18:08Elle me dit que son métier, c'est aussi beaucoup de moments de joie.
18:12Quand elle met au monde un enfant ou quand elle prend en charge des enfants autistes
18:16ou avec des troubles du comportement et qu'elle arrive à les mettre à l'aise,
18:19c'est des petites victoires du quotidien qui font que c'est avant tout un métier qu'elle adore.
18:23On comprend qu'elle a perdu son poste de chef des urgences à Laval.
18:27Suite à ses prises de position, est-ce qu'elle regrette d'avoir parlé dans les médias ?
18:31Non, pas du tout.
18:32Elle m'a dit que si c'était à refaire, elle le referait.
18:35Tout son combat, c'est pour elle, pour ses collègues, mais aussi pour les patients.
18:39Le manque de moyens dans les hôpitaux, ça engendre de la maltraitance pour les patients
18:43et c'est ce qui est le plus difficile pour elle.
18:45C'est pour ça qu'elle a écrit son livre aussi.
18:48Elle a voulu écrire des histoires intimes, des histoires sur ses collègues,
18:51sur elle-même et sur ses patients, pour qu'on comprenne ce qui se joue humainement dans les hôpitaux
18:56et à quel point c'est important de donner plus de moyens à l'hôpital public.
19:00Merci Barbara Gouilly, je redonne le titre du livre de Caroline Brémeau
19:03qui est donc publié aux éditions du Seuil, État d'urgence au pluriel.
19:08Cet épisode de Codesources a été produit par Pénélope Gualquierotti,
19:11Clara Grosys et Oriane Gendro, réalisation Julien Moncouquiole.
19:16N'hésitez pas à vous abonner à Codesources sur votre plateforme d'écoute préférée,
19:20à nous laisser des commentaires et à partager.
19:22On vous invite aussi à écouter Crime Story, notre podcast hebdomadaire de faits divers,
19:27un nouvel épisode de Crime Story chaque samedi.
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