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Bernard Pivot est décédé le 6 mai dernier à l’âge de 89 ans. Journaliste et écrivain, il a notamment réussi à populariser la littérature à la télé, à travers des émissions comme « Apostrophes » et « Bouillon de culture ». Code source fait le portrait de Bernard Pivot avec deux journalistes du service Culture du Parisien, Yves Jaeglé et Grégory Plouviez, chef adjoint de ce service.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Clara Garnier-Amouroux et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network -
Archives : INA.
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00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:13Les obsèques de Bernard Pivot, célébré le mardi 14 mai dans son village natal,
00:18quincier en Beaujolais, dans le département du Rhône.
00:20Le journaliste est mort le lundi 6 mai des suites d'un cancer à Neuilly-sur-Seine, près de Paris.
00:25Il avait 89 ans.
00:26Amoureux des mots, il aura voué une grande partie de sa vie à transmettre sa passion de la littérature et
00:32des mots,
00:33avec ses émissions, notamment Apostrophe, Bouillon de Culture, ou encore ses grandes dictées télévisées.
00:39Qui était Bernard Pivot ? Pourquoi était-il aussi populaire en France ?
00:43Réponse avec deux journalistes du service Culture du Parisien, Yves Géglet et Grégory Plouvier, chef adjoint de ce service.
00:58Grégory Plouvier, le lundi 6 mai, en début d'après-midi, l'une des filles de Bernard Pivot, Cécile,
01:04annonce à l'agence France Presse que son père est mort à l'âge de 89 ans.
01:08Et dans les minutes et les heures qui suivent, le journaliste reçoit une pluie d'hommages.
01:12Jusqu'au plus haut sommet de l'État, le ministère de la Culture publie un hommage.
01:16Également le président de la République, Emmanuel Macron, qui évoque un passeur populaire et exigeant.
01:22Il y a aussi des réactions à l'étranger.
01:24Il y a des articles de presse en Espagne, aux États-Unis,
01:27parce qu'en fait, ils symbolisaient en quelque sorte le journalisme culturel français,
01:31une certaine idée de la France, de l'exception culturelle.
01:35Et c'est toutes ces réactions-là qui pleuvent dès le premier jour.
01:40Grégory Plouvier, vous aviez fait la dernière interview de Bernard Pivot pour Le Parisien au mois de janvier 2021.
01:46On va y revenir.
01:47Mais d'abord, on va retracer le destin du journaliste pour expliquer pourquoi il était aussi apprécié.
01:53Yves Géglet, Bernard Pivot est né le 5 mai 1935 à Lyon.
01:58Qu'est-ce que l'on sait de son enfance et de son milieu d'origine ?
02:01C'est un milieu modeste de petits commerçants.
02:04Ses parents sont épiciers à Lyon.
02:07Et c'est important déjà parce que Bernard Pivot a été souvent le commis de la boutique.
02:13Et du coup, il a été habitué à écouter des conversations, à beaucoup parler aux gens, à se nourrir des
02:19autres.
02:20Très vite, il y a la guerre, puisque Bernard Pivot est né en 1935.
02:24Et là, son père est emprisonné.
02:27Et Bernard Pivot se réfugie avec le reste de sa famille à Quincier en Beaujolais,
02:31où la famille aura une maison.
02:33Autre lieu très important, puisque Bernard Pivot aura un lien très fort avec le vin dans sa vie d'adulte.
02:39Et notamment, il va défendre le Beaujolais.
02:41Mais surtout, il va beaucoup être dans une cave à vin, là-bas.
02:46Et il va beaucoup parler avec les vignerons.
02:49Et il a toujours dit, pour moi, la conversation, elle est née dans ces caves avec les vignerons.
02:54Au lycée, Bernard Pivot n'est pas un élève brillant, mais il réussit à intégrer une école de journalisme, le
02:59CFJ, à Paris, en 1955.
03:01Grégory Plouvier, après cette école, il envisage d'essayer d'entrer à l'équipe.
03:05Il est passionné de football, et notamment de l'AS Saint-Etienne, le club qu'il supporte.
03:10Mais un jour, en 1958, quand il a 23 ans, il a un entretien d'embauche au Figaro littéraire.
03:17Il est reçu par le rédacteur en chef.
03:19Comment ça se passe ?
03:20Eh bien, pas très bien, parce qu'en fait, on le mitraille de questions assez pointues sur Marguerite Ursenar, sur
03:27Roger Martin Dugard, sur Paul Valéry.
03:29Et face à tous ces noms, Bernard Pivot reste un peu quoi ?
03:33Du coup, le rédacteur en chef remonté à la charge, lui pose la question, est-ce que vous êtes un
03:38lecteur, M. Pivot ?
03:39Il répond, il balbutie, il dit oui, je lis un peu Aragon.
03:42Alors, mauvaise réponse, parce qu'Aragon, c'est un peu une figure du communisme, une figure de l'écrivain de
03:47gauche,
03:47alors que le Figaro n'est pas trop, de ce côté-là, de l'échiquier politique.
03:50Il faut dire qu'il n'a pas beaucoup lu quand il était enfant et ado ?
03:53Non, il est coutume de dire qu'effectivement, les principaux livres qu'il y avait chez lui, c'était Le
03:58Petit Robert et Le Grand Larousse,
04:00donc déjà l'amour des mots, mais tout ce qui est grande figure littéraire, non, n'est pas dans son
04:05quotidien.
04:05En le raccompagnant, ce rédacteur en chef, qui s'appelait Maurice Noël, lui pose une question qui n'a rien
04:11à voir avec les livres.
04:12En fait, Maurice Noël était résistant dans la région lyonnaise pendant la guerre,
04:15et du coup, la discussion dérive sur le fait que Bernard Pivot, lui, est originaire du Beaujolais,
04:20on parle de vin, de vignerons, etc., et Maurice Noël lui pose une colle.
04:25Est-ce que vous savez, monsieur Pivot, comme on l'appelle, un petit tonneau de 10 litres ?
04:28Et là, Bernard Pivot trouve le bon mot, le sésame, c'est un caquillon.
04:33Donc voilà, pour la petite histoire, il est donc sauvé par l'amour des mots,
04:36et il ira jusqu'à promettre au rédacteur en chef de lui faire parvenir un caquillon sous quinzaine,
04:41et voilà, il se retrouve embauché.
04:43Le contrat court se transforme en CDI, Bernard Pivot commence sa carrière donc au Figaro,
04:48il commence par devoir dénicher des échos, des petites informations,
04:52mais quelques années plus tard, il prend la tête du service littéraire du journal,
04:56et dès 1959, donc un an après son arrivée au Figaro, quand il avait 24 ans,
05:01il a publié un premier roman.
05:04Oui, il publie L'amour en vogue, un roman que peu de gens ont lu et qui ne sera pas
05:08réédité.
05:09Pivot a réalisé, en grand amoureux des mots et des grands écrivains qu'il est en train de devenir,
05:15que finalement, c'est pas pour lui qu'il a voulu jouer à l'écrivain, mais qu'il n'en
05:19est pas un.
05:20Bernard Pivot sera ensuite chroniqueur à Europe 1, Au Point ou encore à RTL,
05:24et en 1973, à 38 ans, il présente une émission culturelle à la télévision,
05:29sur la première chaîne de l'ORTF.
05:32Yves Géglet, cette émission s'appelle « Ouvrez les guillemets ».
05:35Bonsoir.
05:35Beaucoup de monde, comme vous le voyez, sur le plateau du studio 101,
05:39où en direct, nous ouvrons les guillemets.
05:41C'est une émission qui sera un galop d'essai pour lui,
05:44puisqu'il va se rendre compte que, finalement, dans cette émission, il n'est pas vraiment lui-même.
05:49Il a voulu faire une émission très littéraire, avec un langage assez châtié,
05:54qui ne s'adresse pas forcément à tout le monde.
05:56Et surtout, il n'est pas au cœur de l'émission, il y a d'autres chroniqueurs autour de lui,
06:00il y a des reportages, et il se rend compte que ça ne fonctionne pas tant que ça.
06:05D'ailleurs, c'est une émission qui n'a pas vraiment marqué l'histoire de la télévision,
06:08qui va durer une ou deux saisons, et il va en tirer les conséquences.
06:14En 1975, à 40 ans, il fonde le magazine « Lire »,
06:17et la même année, il se voit confier une autre émission de télévision,
06:21baptisée « Apostrophe » sur Antenne 2.
06:23Et dès le départ, comme on l'évoquait, le journaliste tire les enseignements
06:27de l'échec de sa précédente émission.
06:29Oui, « Apostrophe » va être l'inverse, en fait, de « Ouvrez les guillemets ».
06:33Bernard Pivot a accepté l'idée qu'il doit incarner lui-même,
06:36sans autre personne que ses invités sur le plateau.
06:41« Bonsoir à tous. Dans notre courrier, des lettres nous demandant d'inviter ce soir
06:44le caporal Truc ou le sergent Machin.
06:47Le caporal Truc et le sergent Machin n'ayant pas publié de livre,
06:50nous ne pouvons pas les inviter, car, je le répète encore une fois,
06:52« Apostrophe » est une émission qui accueille en priorité des écrivains,
06:56des auteurs de livres. »
06:58Et surtout, c'est une émission sur les livres, mais avec un thème d'actualité.
07:02Les livres sont là pour déclencher des idées et des débats.
07:05Et d'ailleurs, « Apostrophe », c'est un signe de ponctuation,
07:07mais c'est aussi « apostrophé l'autre ».
07:09Il y aura beaucoup de discussions, beaucoup de polémiques même.
07:12« Apostrophe », il adore ça.
07:24Et donc, il va là devenir totalement lui-même, avec son bagout, sa gourmandise, sa bienveillance et son mordant.
07:31L'émission marche aussitôt, elle trouve son public.
07:34Yves Géglet, il est comment ? »
07:35Bernard Pivot, d'un apostrophe.
07:36Il est impressionnant, c'est vraiment…
07:39Si c'était un joueur de foot, on dirait que c'est un milieu de terrain qui a un abattage
07:42énorme.
07:43Il fait circuler la parole.
07:44Il a une capacité d'improvisation fantastique, alors qu'il a incroyablement préparé.
07:50Il lit vraiment, il l'a souvent dit, tous les livres entièrement, sérieusement, lentement.
07:55C'est-à-dire, il a une vie monacale.
07:57Il ne rencontre pas les écrivains.
07:59Et Apostrophe, c'est une arène où il est…
08:02Avec les timides, il va les aider.
08:04Avec les arrogants, il va les remettre à leur place.
08:07Il n'a pas peur de blaguer.
08:08Il n'a pas peur de surjouer son étonnement.
08:10Il se met vraiment à la place du spectateur de Monsieur Tout-le-Monde ou Madame Tout-le-Monde.
08:15Et ça va marcher merveilleusement, parce qu'il a un sourire, un visage extrêmement télégénique.
08:20Grégory Plouvier, Bernard Pivot, lit en effet tous les livres de ses invités.
08:23Et en entier, et ça, forcément, ça a des conséquences sur sa vie familiale.
08:27Il est papa de deux filles.
08:30Effectivement, le fait de lire 14 heures par jour, c'est son rythme quotidien, fait que juste après le dîner,
08:35il retourne lire.
08:36Le week-end, il passe son week-end à lire, alors qu'il pourrait partir faire une promenade ou aller
08:41au musée avec ses filles.
08:42Il est conscient de ce sacrifice personnel.
08:45Mais sa plus grande hantise, c'est d'être pris en défaut sur le plateau.
08:48C'est-à-dire qu'il ne supporterait pas d'être pris en défaut lors d'une conversation qui arriverait
08:54sur un point qu'il aurait éventuellement survolé.
08:57On imagine Bernard Pivot, grand lecteur, en tout cas rapide lecteur.
09:01C'est un lecteur plutôt lent et qui prend son temps pour absorber l'ensemble des chapitres.
09:05Bernard Pivot reçoit les plus grandes plumes comme Marguerite Duras, Vladimir Nabokov, le dissident soviétique Alexandre Sojenitsyn,
09:12le père du commissaire Maigret, Georges Simonon.
09:15Le vendredi 22 septembre 1978, Yves Géglet, il reçoit par exemple l'écrivain américain Charles Bukowski.
09:22À côté de moi, l'écrivain américain Charles Bukowski.
09:26Oui, ça va être l'une des légendes d'Apostrophe, c'est trois ans après le début de l'émission.
09:31Bukowski, c'est un écrivain un peu anarchiste, qui parle beaucoup de sexe, de dérision, un peu dans la suite
09:38de la Beat Generation.
09:40Là, il vient pour mémoire d'un vieux dégueulasse.
09:42Et alors, dès le début de l'émission, on se rend compte que Bukowski, qui a les yeux fermés, qui
09:45est assis bizarrement, n'est pas du tout dans son état normal.
09:49Il a bu, et alors il y a des gros plans sur une bouteille de vin entièrement vide sur la
09:54petite table à côté de son fauteuil.
09:56Il y a donc une gêne.
09:57On comprend que ça va être compliqué, puisqu'il n'ouvre même pas les yeux.
10:01Néanmoins, l'interview se fait.
10:03L'interview de Bukowski, alors il répond, les yeux mi-clos, mais un peu dans une posture d'américain, il
10:07y arrive.
10:07On m'accuse de beaucoup de choses.
10:14Les choses les plus spectaculaires dont on m'accuse sont évidemment vraies.
10:18Les choses les plus ternes sont fausses.
10:20Le problème, c'est quand les autres écrivains sont amenés à parler, Bukowski se met à divaguer de plus en
10:28plus, à les interrompre.
10:29Il y a deux écrivains dans Cavana qui lui disent, tu nous enquiquines, ou il y en a même un
10:33qui lui dit, je ne vais pas dire, ferme ta gueule, mais je le pense un petit peu.
10:37Et à un moment, il devient tellement agar, que son éditeur décide de venir le chercher.
10:47Il est assis juste à côté de Pivot, Bukowski, et donc il se lève, Pivot lui serre la main.
10:52Au revoir, monsieur.
10:54Adieu.
10:55Mais c'est une scène totalement lunaire, mais curieusement bienveillante.
10:59Il y a une écrivaine qui lui dit, je ne savais pas qu'on pouvait amener son manger, lui il
11:02amène une bouteille de pinard.
11:03Il a apporté ses bouteilles.
11:05Ah, il a apporté ses bouteilles.
11:05Il a apporté ses bouteilles.
11:06C'était la télévision qu'il lui offre, moi.
11:09Il a apporté lui-même ses bouteilles.
11:10Ah, je ne savais pas qu'on pouvait apporter son manger, moi.
11:13Ça amuse plutôt les autres, et ça fait partie vraiment de l'histoire de la télé.
11:17Yves Géglet, Bavard Pivot, présente Apostrophe pendant 15 ans, il devient très populaire en France, et incontournable dans le monde
11:24de l'édition.
11:25Oui, on parle d'une époque où il n'y a que trois chaînes de télé, où il y a
11:28beaucoup moins de loisirs.
11:30Il n'y a pas les téléphones, il n'y a pas Internet, il n'y a pas les plateformes.
11:34On lit donc encore beaucoup.
11:37Et Pivot est au centre de tout.
11:39Il faut réaliser que dans les librairies, il y avait des rayons Apostrophe, vues à Apostrophe.
11:43On sait que le fait de passer à Apostrophe pouvait multiplier par 10 les ventes.
11:47J'ai même lu que sur certaines années, le tiers des ventes de livres étaient liés à Apostrophe.
11:54En tout cas, on lui prêtait un pouvoir considérable.
11:57A tel point qu'un jour, en 1981, un conseiller culturel du président François Mitterrand, l'intellectuel Régis Debré, a
12:03essayé de mettre un terme à cette influence.
12:06Oui, alors Régis Debré, dans un certain monde, c'est une icône.
12:09Il a connu Che Guevara, il a écrit beaucoup de livres, c'est un grand sociologue, un penseur.
12:14Et donc, il est conseiller de François Mitterrand et il va faire une sortie en disant
12:18« ça suffit, ce monopole d'un homme, Bernard Pivot, sur la vie littéraire et intellectuelle française. »
12:24Et il dit « il faut que ça cesse ».
12:26Alors ça ne va pas cesser et ce qui est amusant, c'est que Régis Debré va devenir en fait
12:29un des invités les plus récurrents d'Apostrophe
12:31et que Bernard Pivot et lui vont devenir très amis.
12:37Bernard Pivot décide d'arrêter de présenter l'émission à la fin de la saison 1990
12:41pour ne pas risquer de lasser les gens, explique-t-il.
12:45Mais dès 1991, il lance une nouvelle émission, Bouillon de culture, toujours sur Antenne 2.
12:51C'est comment, Yves Géglet ? Et est-ce que les audiences sont toujours aussi bonnes ?
12:54Alors, ce qui est intéressant, c'est déjà ce qui se passe après Apostrophe.
12:57Parce qu'on l'a oublié, mais le successeur désigné, c'était Bernard Rapp,
13:01qui pendant un an va avoir une émission littéraire.
13:04Ça va être une catastrophe en termes d'audience, ça ne va pas marcher.
13:06On fait donc revenir Bernard Pivot et il tente une nouvelle émission, Bouillon de culture.
13:11Mais il y aura en fait deux chapitres, entre guillemets.
13:13Le premier Bouillon de culture, qui ne va durer que quelques mois,
13:17il y a des sujets, des reportages, et ça ne marche pas non plus.
13:21Et au bout d'un moment, Bernard Pivot comprend que ce que les gens attendent de lui,
13:24c'est qu'il soit au centre du débat et qu'il fasse parler des invités.
13:28Donc Bouillon de culture va devenir une sorte de apostrophe bis,
13:31sauf que ce ne sont pas des écrivains uniquement.
13:34Il peut y avoir des cinéastes, des acteurs, des musiciens.
13:37Il réunit dans son salon littéraire, avec le même naturel,
13:41des gens qui comptent dans la vie culturelle.
13:43Alors la dictée, la dictée de la finale.
13:46Grégory Plouvier, en parallèle de ses émissions culturelles entre 1985 et 2005,
13:52Bernard Pivot organise régulièrement des grandes dictées à la télé.
13:56Ça s'appelle les Dicots d'or sur France 3.
13:58À quoi ça ressemble et pourquoi il fait ça ?
14:00Déjà, ça s'appelle les Dicots d'or, mais dans le langage commun,
14:03tout le monde parle de la dictée de Pivot.
14:05Ça ressemble à quoi ?
14:06Ça ressemble à une émission de dictée.
14:09Donc littéralement, c'est Bernard Pivot qui est dans une posture de prof assez géniale,
14:13c'est-à-dire que sympathique et malicieux.
14:15Son but, c'est de dépoussiérer l'exercice.
14:17C'est la terreur des élèves, la dictée.
14:19Là, chacun, devant sa télé, on prend son carnet, on note, on joue,
14:23alors on se lance des défis, tu feras moins de 5 fautes, plus de 10 fautes, etc.
14:28Et le but, c'est de donner envie aux gens de retrouver l'amour des mots.
14:33Et c'est organisé dans des cadres assez somptueux à chaque fois.
14:36Ça peut être l'Opéra Garnier une année, ça peut être l'Assemblée Nationale,
14:38c'est même une année au siège de l'ONU à New York.
14:42Et voilà, le but, c'est de glorifier la langue française.
14:45Voici la littérature à l'estomac, c'est le titre.
14:51Entre mon gîte et la bibliothèque nationale, je suis souvent saisi d'une fringale irrépressible.
14:59On a beau dire, les nourritures intellectuelles ne sauraient remplacer le boire et le manger.
15:08Au niveau sentimental, Bernard Pivot a confessé dans l'un de ses livres
15:11qu'il adore plonger le regard dans les décolletés.
15:14Une attachée de presse qui le connaît le décrit comme un séducteur,
15:17mais qui n'a jamais été lourd.
15:19Avec la mère de ses deux filles qu'il avait rencontré au CFJ,
15:22ils se sont séparés après 25 ans de vie commune, mais ils sont restés proches.
15:26Bernard Pivot a toujours refusé la Légion d'honneur.
15:29Un jour, un journaliste lui demande s'il aimerait faire partie de l'Académie française.
15:33Il répond que la seule académie qu'il aurait tentée, c'est l'Académie Goncourt,
15:38mais qu'il ne peut pas en faire partie, évidemment,
15:40puisque ce cercle est réservé aux écrivains.
15:43Yves Géglet, que se passe-t-il en octobre 2004 ?
15:46Bernard Pivot devient le premier journaliste de l'histoire à intégrer l'Académie Goncourt.
15:52Et ça va être une révolution, parce qu'à cette époque et depuis des décennies,
15:57tout le monde pense que, dans le milieu littéraire en tout cas,
16:00que les prix sont plus ou moins achetés, truqués, arrangés.
16:04On parle de Galli-Graceuil, Gallimard-Graceuil, qui truste les prix.
16:08Il est très rare que de petits éditeurs décrochent le Goncourt, même si ça peut arriver.
16:12Et on dit surtout que les écrivains ne lisent pas.
16:15Toujours la même histoire.
16:16Pivot, lui, il lit.
16:17Et dès ses débuts, Pivot va faire lire les autres.
16:21Finalement, il va jouer un peu le rôle qu'il tenait dans ses émissions.
16:25Il va pousser à plus de débats, plus de rendez-vous, plus de contacts entre les jurés.
16:29Et ça va faire bouger le Goncourt et lui redonner une légitimité plus importante.
16:34Qu'est-ce qu'il aime aussi dans cette Académie Goncourt ?
16:36Il aime beaucoup l'idée que c'est une académie où on n'a pas un siège,
16:40comme à l'Académie française, mais on a un rond de serviette,
16:42dans un bon restaurant, Drouan, avec de très bons vins.
16:45C'est au tour, voilà, de mets choisis, gourmets, que les jurés se retrouvent.
16:50Et finalement, parler de livres, en buvant un verre de vin du Beaujolais ou d'ailleurs,
16:57Pivot, il adore ça.
17:01En 2006, il publie un livre qui va être remarqué.
17:04Il a publié des livres tout au long de sa vie, mais donc pas des romans.
17:07Ce livre, c'est le Dictionnaire amoureux du vin.
17:10Et il y parle aussi de lui, Yves Géglet.
17:12Oui, alors, il faut savoir que c'est une collection.
17:14Le Dictionnaire 2, c'est une invitation à des auteurs à parler de leur passion,
17:19de leur passion principale, et du coup, effectivement, à se raconter.
17:23Donc, dans ce livre, Pivot va expliquer à quel point l'univers de la vigne,
17:28des vignerons, a joué un rôle important dans sa vie.
17:30Non seulement il aime le vin, il a des références poétiques d'auteurs,
17:35Rabelais, d'autres qui ont aimé le vin.
17:38Pour lui, c'est très lié au plaisir des mots, d'une certaine ivresse,
17:41mais aussi, il va expliquer que finalement, il s'est construit dans ce monde de fidélité
17:48et de temps laissé.
17:50Il compare un petit peu le temps de l'écriture ou le temps pour un livre de naître
17:55à celui d'un vin qui va se bonifier.
17:58Ce dont on parlait tout à l'heure, cette éloge de la lenteur,
18:00qui est importante pour lui, on la retrouve dans le vin.
18:03Le mardi 7 janvier 2014, il devient président de l'Académie Goncourt.
18:07Oui, alors là, il va enfin pouvoir faire ce qui était son rêve,
18:11c'est-à-dire, c'est un petit peu comme dans Lady Codore,
18:14il est le patron, et j'ai réécouté un apostrophe où il dit
18:17« Ici, c'est moi le patron », il aimait ça quand même.
18:19Du coup, en dirigeant le jury des Goncourt, il va pouvoir, là pour le coup,
18:24obliger, parce qu'il faut quand même obliger certains écrivains
18:26qui ont beaucoup d'activités à côté à prendre un temps énorme pour lire,
18:29et donc il va vraiment mettre au travail le jury
18:32et il y aura des prix beaucoup plus variés.
18:35Il y aura beaucoup plus d'éditeurs de différentes maisons récompensées
18:38et le Goncourt va retrouver aussi une visibilité plus importante.
18:42Évidemment, les gens achetaient déjà souvent le Goncourt pour Noël,
18:45mais on va s'intéresser davantage aux discussions et à ce prix.
18:49Bernard Pivot prend sa retraite de l'Académie Goncourt en décembre 2019,
18:53à 84 ans.
18:54Il dit vouloir laisser sa place, son couvert au restaurant Drouan,
18:59à un jeune écrivain.
19:00Il renonce également à sa chronique dans le journal du dimanche
19:03qu'il signait depuis 1992.
19:05Il continue à être actif, à écrire, Grégory Plouvier,
19:09mais sur le réseau social Twitter.
19:12Oui, alors c'est un réseau sur lequel il est présent depuis quelques années déjà,
19:16vu qu'en 2015, il a publié un recueil de ses plus beaux tweets
19:20dans un livre qui s'appelle « Les tweets sont des chats ».
19:22C'est une discipline pour lui quasi quotidienne de croquer l'air du temps,
19:27que ce soit l'actualité politique, sportive, économique,
19:30par une petite formule, une pensée qu'il envoie comme ça à son public.
19:35Et sur Twitter, il devient en fait une espèce de phénomène
19:38jusqu'à être suivi par plus d'un million de personnes.
19:41En janvier 2020, la romancière Vanessa Springora publie le consentement.
19:45Elle dénonce l'emprise qu'elle dit avoir subie de la part de l'écrivain Gabriel Matzneff
19:50qui l'a séduite en 1986 quand elle avait 14 ans, lui 50.
19:55À ce moment-là, Yves Géglet, une archive de l'émission Apostrophe,
19:58ressort sur les réseaux sociaux.
20:00On y voit Bernard Pivot présenter Gabriel Matzneff
20:03et son attirance pour les très jeunes filles de façon complice.
20:07Gabriel Matzneff qui est en face de vous,
20:09s'il y a un vrai véritable professeur d'éducation sexuelle,
20:12c'est quand même Gabriel Matzneff.
20:14Gabriel Matzneff était invité très régulièrement à Apostrophe,
20:17pratiquement pour chacun de ses livres.
20:20Moi j'étais adolescent, j'ai vu plein de fois Matzneff à la télé
20:23et ce jour-là, effectivement, Pivot, d'un air un peu aigriard,
20:28lui dit alors Gabriel Matzneff, vous aimez vraiment les très jeunes filles,
20:32vous aimez les minettes, et avec un sourire effectivement complice.
20:36Oui, mais alors pourquoi vous êtes-vous spécialisé dans les lycéennes et les minettes ?
20:41Au-dessus de 20 ans, on voit que ça ne vous intéresse plus.
20:43Mon cher, c'est la réciprocité aussi qui est vraie.
20:47À l'époque, personne ne va s'en offusquer sauf une écrivaine canadienne,
20:51Denise Bombardier, qui va de manière très virulente dire
20:54écoutez, non, ça n'est pas possible,
20:57si Gabriel Matzneff n'avait pas cette orale littéraire,
21:00il aurait à faire face à des procédures judiciaires.
21:02La littérature ne peut pas servir d'alibi, il y a des limites même à la littérature.
21:07Il n'y a pas de limites à la littérature ?
21:08Et je crois que si M. Matzneff était plutôt un employé anonyme de n'importe quelle société,
21:13je crois qu'il aurait des comptes à rendre avec la justice de ce pays.
21:15Et sur le plateau, les gens vont se moquer d'elle,
21:18et Bernard Pivot sera plutôt du côté des rieurs.
21:21On sait comment il a vécu la republication de cette archive ?
21:24Il l'a très mal vécu, ça a été le début d'une période plus difficile,
21:28notamment sur Twitter, il a subi un énorme bashing à ce moment-là,
21:32parce que beaucoup de gens très jeunes ne connaissaient pas en fait Apostrophe,
21:37où il y avait quand même le contexte d'une époque où effectivement Matzneff faisait partie de la vie littéraire,
21:41et du coup beaucoup de gens vont dire
21:42« Ah bon, mais Bernard Pivot, il est comme ça ? »
21:44Et lui, il ne va pas comprendre, parce que c'est un homme quand même de son temps,
21:48donc d'une autre époque,
21:49qui lui-même était quand même assez séducteur,
21:51ou en tout cas, il y avait une galanterie différente,
21:53et on sait qu'il va, oui, il va être très triste,
21:56mais il va finir par s'excuser.
21:58Grégory Plouvier, on le disait au début de cet épisode de Codesources,
22:02vous avez interviewé Bernard Pivot en janvier 2021
22:05chez son éditeur Albin Michel,
22:07à Neuilly-sur-Seine, près de Paris.
22:09À ce moment-là, il a 85 ans,
22:11ce sera sa dernière interview accordée aux Parisiens.
22:14Racontez-nous comment il vous reçoit.
22:16On est juste à la fin du deuxième épisode du Covid-21,
22:19donc je le vois au loin, dans un bureau,
22:22il a un masque qui est posé sous son menton,
22:26il est en train de signer des dédicaces pour son nouveau livre.
22:29Lorsque j'arrive, il remonte son masque,
22:31parce qu'on m'avait dit qu'effectivement qu'il n'était pas en grande forme.
22:34On apprendra plus tard qu'il lutte contre un cancer.
22:37Il me dit tout de suite qu'il va coup-ci-coup-ça,
22:40ce sont ses mots.
22:41Je le sens un peu fatigué,
22:43on sent qu'il lutte contre quelque chose de grave,
22:47mais au fur et à mesure de la conversation,
22:50il commence à se délier,
22:51il commence à retrouver ses mots d'esprit,
22:54ses formules délicieuses,
22:57et je tombe rapidement sous le charme du personnage.
22:59Son nouveau livre, c'est un livre sur la vieillesse,
23:01ça s'appelle « Mais la vie continue ».
23:03Qu'est-ce qu'il dit de la vieillesse ?
23:04Il dit que c'est un piège, entre guillemets, la vieillesse,
23:07qu'on peut très bien, par flemmardise, par paresse,
23:12tomber dans une espèce de routine qui est mortifère.
23:14Et donc, il fait une espèce d'éloge de la curiosité,
23:18la curiosité à tout âge,
23:19dire qu'on peut avoir des premières fois
23:22jusque très tard dans la vie,
23:23on peut se rapprocher de ses amis,
23:26vivre des bons moments jusqu'au bout de son existence.
23:30C'est un livre qui est finalement plein d'espoir.
23:34Yves Géglé, finalement, Bernard Pivot aura écrit une vingtaine de livres.
23:38Oui, c'est ce qui est beau et surprenant,
23:39parce que pendant toutes ces années télé,
23:41il disait toujours « Moi, je n'écrirai pas,
23:42je ne me prends pas pour un écrivain ».
23:44Et finalement, quand il va arrêter cette période,
23:47il va se mettre à écrire beaucoup,
23:48et notamment quand il est âgé,
23:51entre 70 et 85 ans,
23:53il va vraiment publier des livres sur ses tweets,
23:56des livres sur des tas de sujets, des récits.
23:59Son dernier livre, c'est un livre sur l'amitié,
24:01et il y explique que pour lui,
24:03les amis, c'est quelque chose d'extrêmement cher,
24:05qu'il a eu des amis de toute une vie.
24:06C'est d'ailleurs parfois emprunt de tristesse ou de nostalgie,
24:09parce qu'il parle d'amis déjà disparus,
24:11il parle aussi de sa propre maladie,
24:13de manière assez pudique, indirecte.
24:15Mais il dit au fond,
24:16« Moi, ce que j'ai aimé, c'est jusqu'au bout,
24:19échanger, parler ».
24:20Et il aura poursuivi cette conversation
24:22qu'il aime étant jusqu'à la fin.
24:29Merci à Grégory Plouvier et Yves Géglet.
24:32Cet épisode de Code Source a été produit par
24:34Raphaël Pueillot,
24:35Thibault Lambert et Clara Garnier-Amouroux.
24:38Réalisation, Julien Moncouquiole.
24:40N'oubliez pas les deux autres podcasts du Parisien,
24:43Le Sacre, jusqu'au JO de Paris 2024.
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