Passer au playerPasser au contenu principal
🎥 Pour ne rater aucune de nos vidéos, abonnez-vous et n'oubliez pas d'activer la cloche. https://youtube.com/@LeParisien

Issu du lexique ultra-conservateur, le concept de « l’union des droites » brouille les frontières entre droite et extrême droite. Porté notamment par Eric Zemmour et Marion Maréchal, il a séduit des Républicains comme Nicolas Sarkozy et Eric Ciotti. Retour sur une formule longtemps décriée en passe de devenir réalité. Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Thibault Lambert, Clara Garnier-Amouroux et Clémentine Spiler - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : INA

Pour ne rien manquer de l’actualité du Parisien :

🔔 Suivre toute l’actualité avec notre abonnement : https://urlr.me/!abonnementleparisien

✉️ En savoir plus sur l’actualité avec notre newsletter : https://bit.ly/new-sletters

👂 Retrouvez nos différents podcasts :

Code Source: L’actualité quotidienne du Parisien : https://bit.ly/_Codesource
Crime Story: Le podcast faits-divers du Parisien : https://bit.ly/_Crimestory
Le Sacre: Revivez le parcours d’un médaillé olympique : https://bit.ly/_Lesacre

Suivez-nous :
Instagram : https://instagram.com/leparisien/
Facebook : https://facebook.com/leparisien/
Tiktok : https://tiktok.com/@leparisien
X : https://twitter.com/@le_Parisien
Snapchat : https://snapchat.com/t/pr3nDoxv
Bluesky : https://bsky.app/profile/leparisien.fr
Threads : https://threads.net/@leparisien

00:00 — « Union des droites » : définition et précautions autour du terme
03:59 — Des alliances rares au « cordon sanitaire » (années 80–2000) puis durcissement sarkozyste
09:37 — Retour du débat depuis 2017 : Zemmour/Maréchal, Ciotti, Sarkozy et les scénarios 2026–2027

#codesource #politique #uniondesdroites #politiquefrançaise

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:02Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12L'union des droites, c'est une expression que vous avez peut-être déjà lue dans la presse ou entendue
00:17ailleurs, dans la bouche de certains politiques notamment.
00:20Ces dernières années, des figures d'extrême droite comme Éric Zemmour, président de Reconquête, l'ancien chef de LR Éric
00:27Ciotti ou encore l'ex-député Marion Maréchal,
00:31appellent le Rassemblement National et la droite modérée à se rapprocher pour construire la première force politique du pays.
00:39Si cette stratégie est rejetée depuis longtemps par les Républicains, qui sont historiquement opposés aux partis de Jean-Marie et
00:46Marine Le Pen,
00:47elle semble aujourd'hui faire son chemin dans quelques têtes.
00:51Récemment, l'ancien président Nicolas Sarkozy a appelé la droite à rassembler le plus largement possible.
01:00Alors cette union des droites est-elle possible ? Comment ce projet s'est-il installé dans la vie politique
01:05française ?
01:06Élément de réponse avec Quentin Laurent et Alexandre Sulzer, il couvre la droite et l'extrême droite au service politique
01:13du Parisien.
01:19Quant à Laurent, qu'est-ce qu'elle signifie cette expression union des droites ?
01:23L'union des droites, ce qui est important de rappeler d'abord, c'est que c'est une expression qui
01:26est surtout utilisée par une partie de l'extrême droite.
01:29Et l'objectif de, je cite donc, l'union des droites, c'est de rassembler tout l'espace droite,
01:34en allant de la droite extrême à la droite républicaine classique, dans le but d'essayer de conquérir le pouvoir.
01:41Alexandre Sulzer, depuis combien de temps cette expression union des droites est présente dans la vie politique française ?
01:47Le concept d'union des droites, le terme union des droites, est quelque chose qui est très présent dans le
01:52débat public depuis finalement assez peu d'années.
01:55Ça fait 6-7 ans avant l'expression était moins utilisée, mais pour autant, l'idée que différentes droites devaient
02:02se rapprocher n'est pas récente du tout pour le coup.
02:05Par exemple, dans les années 70, cette idée se développe avec la création d'un club de réflexion, qui s
02:13'appelle le club de l'horloge,
02:14qui veut réarmer un petit peu la droite française vis-à-vis de ce qu'il appelle, de ce qu
02:19'il perçoit comme le péril socialo-communiste.
02:22L'idée, c'est d'avoir à la fois des idées libérales sur le plan économique, et beaucoup plus dures
02:29sur les questions identitaires et migratoires.
02:31Mais c'est resté un club de réflexion qui a irrigué la pensée politique, mais qui n'a pas eu
02:38de concrétisation électorale.
02:40Certains médias, et même certains politiques, on le verra, refusent d'employer cette formule union des droites,
02:45et préfèrent parler de rapprochement ou d'alliance entre une partie de la droite dite républicaine, les LR aujourd'hui,
02:52et l'extrême droite, le RN.
02:54Pour quelles raisons il n'emploie pas cette expression ?
02:56Le problème avec cette expression union des droites, c'est qu'elle laisse à penser qu'on pourrait mettre sur
03:01le même plan politique
03:02la droite républicaine classique et certaines extrêmes droites.
03:05C'est pour ça que c'est une expression qu'il faut utiliser avec beaucoup de précaution.
03:08Mais d'ailleurs, il y a aussi des personnalités politiques, à LR, je pense à Xavier Bertrand par exemple,
03:12qui refuse de dire union des droites, qui dit non, il n'appelle pas à l'union des droites, il
03:16appelle à l'union de la droite avec l'extrême droite.
03:18Vous, au service politique du Parisien, quelles précautions est-ce que vous prenez avec cette expression lorsque vous devez la
03:25mettre dans un papier ?
03:26On ne refuse pas de décrire l'union des droites parce que c'est un fait politique.
03:30Il y a des partis politiques qui appellent à cette union, donc il y a une stratégie, il y a
03:33quelque chose à raconter.
03:34Par contre, la précaution qu'il faut systématiquement prendre, c'est l'utiliser entre guillemets.
03:38On ne peut pas reprendre à notre compte une expression éminemment politique.
03:41Il faut bien préciser de manière visible que c'est une expression, que c'est un objet sémantique utilisé par
03:49un camp politique.
03:49Alors on va voir pourquoi cette formule revient en force ces dernières années.
03:54Qui la diffuse ? Et vous nous direz aussi si elle est vraiment possible aujourd'hui.
03:58Mais pour bien comprendre, il faut revenir des décennies en arrière dans notre histoire politique.
04:03Alexandre Sulzer, dans les années 80, l'alliance droite-extrême droite, elle se produit mais très rarement, c'est ça
04:10?
04:10Oui, c'est effectivement très rare. Il faut dire qu'à l'époque, l'extrême droite, donc c'est le
04:14Front National, c'est un tout petit parti, avec des exceptions quand même notables, évidemment.
04:20Le cas le plus emblématique, c'est celui des municipales à Dreux, en Heure-et-Loire, en 1983, où le
04:26RPR, avec l'accord de Jacques Chirac, décide de s'unir avec le Front National pour battre la gauche localement.
04:34Le Front National continue d'émerger dans les années 80. Il réalise une percée aux élections européennes de 1986.
04:42Et en parallèle, son fondateur et président, Jean-Marie Le Pen, est condamné à plusieurs reprises pour ses propos négationnistes,
04:49des injures racistes, homophobes et antisémites notamment.
04:53Quelle attitude choisit d'adopter la droite classique de l'époque, incarnée par le RPR vis-à-vis de lui
04:58?
04:59Alors, il y a des débats en interne pour savoir s'il faut effectivement se rapprocher, fusionner ou pas, intégrer
05:06cette force montante quand même dans le paysage politique, notamment à la fin des années 80.
05:11Jacques Chirac, au niveau national, lui, s'est toujours opposé à un rapprochement avec le Front National, ce qui n
05:16'a pas toujours été la position de certains des dirigeants du RPR.
05:19On sait que Charles Pasquois, par exemple, était favorable, lui, à des rapprochements nationaux avec le Front National, mais ce
05:26n'est pas Charles Pasquois ou d'autres qui étaient sur cette ligne, qui ont obtenu gain de cause.
05:30En revanche, au niveau local, ça s'est fait également de façon un peu souterraine.
05:34Par exemple, Jean-Claude Godin, en 1986, aux élections régionales en PACA, en Provence-Alpes-Côte d'Azur, bénéficie du
05:43soutien du Front National pour remporter la présidence de la région.
05:48Et Jean-Claude Godin va même donner des vice-présidences au Front National au sein de l'exécutif régional.
05:54En 1995, Jacques Chirac, qui a fondé le RPR, est élu président de la République et il reste très attaché
06:02à cette ligne dite du cordon sanitaire, autrement dit aucune alliance avec l'extrême droite,
06:07au point qu'il manifeste sa colère après les élections régionales de 1998. Racontez-nous ce qu'il se passe
06:14pendant ces élections.
06:15En 1998, donc il y a des élections régionales, et dans plusieurs régions, la question se pose pour la droite
06:22et également pour le centre,
06:23car il s'agit aussi de l'UDF, surtout l'UDF d'ailleurs, qui va être tentée par un accord
06:29avec le Front National.
06:32Les élus ont besoin des voix des conseils régionaux Front National pour avoir la présidence de région dans certaines régions,
06:41en Rhône-Alpes, en Picardie, en Languedoc-Roussillon. Ces présidents vont faire une alliance avec le Front National pour pouvoir
06:51décrocher la présidence de région.
06:53Il faut bien préciser qu'il ne s'agit pas alors d'une alliance électorale, puisque les élections ont eu
06:57lieu, chacun a eu des listes de la droite et du centre d'un côté,
07:01et des listes du Front National de l'autre. Mais c'est bien au troisième tour, lorsque l'Assemblée régionale
07:06est constituée,
07:07lorsqu'il s'agit pour les conseils régionaux de choisir un président, c'est à ce moment-là, alors qu
07:12'il n'y a pas de majorité absolue sans les voix du Front National,
07:15que cette alliance s'opère. Là, Jacques Chirac, effectivement, dit que c'est inacceptable et se désolidarise de ces présidents
07:21-là.
07:22À la droite républicaine, je voudrais dire qu'elle peut convaincre sans se renier.
07:27Elle a pris des engagements, mais une fois répétés, au terme desquels elle n'accepterait aucune compromission avec l'extrême
07:36droite.
07:37Ces engagements doivent être respectés, dans la lettre, mais aussi dans l'esprit.
07:43Et jusqu'à son départ de l'Élysée en 2007, Jacques Chirac ne déroge jamais à sa règle ?
07:48Non, il s'y tient, d'autant plus qu'en 2002, il est élu au second tour face à Jean
07:53-Marie Le Pen.
07:54Il est élu, évidemment, avec une majorité écrasante, à plus de 80%.
07:59Donc il sait aussi qu'il doit cette réélection à cette confrontation avec Jean-Marie Le Pen,
08:04au fait qu'il ait été perçu comme le candidat républicain, sur lequel les voix de la gauche se sont
08:08reportées.
08:08Et pour lui, il est hors de question d'avoir tout rapprochement possible,
08:11toute concession, toute compromission possible avec le Front National.
08:16Nicolas Sarkozy, le leader du parti de droite devenu l'UMP, est élu président à son tour en 2007.
08:22Quelle est son attitude à lui vis-à-vis du Front National et de l'extrême droite en général à
08:27cette époque ?
08:27À l'époque où il est candidat à la présidentielle, en 2007, Nicolas Sarkozy cherche avant tout à affaiblir le
08:34Front National.
08:34Donc il les combat, il dit encore un peu sur la pointe des pieds que c'est un parti d
08:38'extrême droite.
08:38Mais en fait, ce qu'il va surtout faire, c'est l'affaiblir en reprenant ses mots, en reprenant ses
08:43thèmes.
08:43C'est surtout comme ça que Nicolas Sarkozy va s'opposer au Front National, si on peut dire ça comme
08:48ça.
08:48Et ça fonctionne ?
08:49Ça va plutôt bien fonctionner, puisque Jean-Marie Le Pen, qui était au deuxième tour de la présidentielle en 2002,
08:54va voir son score s'effondrer en 2007 avec moins de 11% des voix,
08:59alors que Nicolas Sarkozy, lui, récupérera plus de 30% des voix au premier tour.
09:03En 2011, Marine Le Pen succède à son père, Jean-Marie Le Pen à la tête du Front National.
09:09Elle, quelle est sa stratégie vis-à-vis des autres droites ? Est-ce qu'elle appelle à une union
09:14des droites ?
09:14Alors non, l'appel à l'union des droites, ça n'a jamais été dans la stratégie de Marine Le
09:18Pen, ni dans son vocabulaire,
09:19tout simplement parce qu'en fait, sa stratégie à elle, c'est le « ni droite ni gauche ».
09:23Donc, employer l'expression, ne serait-ce que dire « union des droites »,
09:26ça serait renoncer à rassembler une partie de l'électorat,
09:30et elle, elle vraiment, elle essaye, elle prétend, en tout cas, se placer au-dessus de ce clivage-là.
09:37Alexandre Sulzer, après l'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron en 2017,
09:41cette stratégie de l'union des droites, entre guillemets,
09:44commence à refaire surface dans la tête de certains responsables politiques
09:47et de certains idéologues. Pour quelles raisons ?
09:502017, c'est un peu un choc pour la droite dans le pays,
09:54car pour la première fois, un candidat de la droite, à savoir François Fillon,
09:58n'arrive pas à parvenir au second tour d'une élection présidentielle.
10:01C'est une première sous la Ve République,
10:04ce qui est quand même un électrochoc au sein de cette famille politique.
10:08Et 2017, c'est également un échec cuisant pour Marine Le Pen,
10:13qui arrive certes au second tour de l'élection présidentielle,
10:17mais qui est loin de décrocher la victoire et qui échoue face,
10:21on s'en souvient, à Emmanuel Macron, notamment lors d'un débat compliqué.
10:25Donc les électeurs, à la fois de droite, à la fois du Rassemblement national,
10:29se disent que seuls, c'est compliqué, qu'ils peuvent avoir du mal à remporter des victoires.
10:34Et l'idée de devoir s'unir pour battre la gauche ou le centre se développe de plus en plus.
10:41Cette idée, elle est notamment portée par Marion Maréchal-Le Pen,
10:45la nièce de Marine Le Pen et ancienne députée du Front National.
10:49Retirer un temps de la vie politique, elle réapparaît à partir de 2019 dans les médias
10:54pour promouvoir cette stratégie.
10:56Oui, c'est une idée effectivement qu'elle a beaucoup portée,
10:59déjà quand elle était au Front National.
11:02Elle a provisoirement arrêté la vie politique pour créer une école qui s'appelle l'ICEP à Lyon,
11:08une école de formation qui vise justement à rapprocher les différentes droites,
11:13les différentes sensibilités de droite.
11:15Mais au sein du Front National, ça a toujours été son dada à Marion Maréchal-Le Pen,
11:20c'était de dire qu'il fallait infléchir la position de Marine Le Pen sur une ligne beaucoup plus droitière.
11:27Ça peut paraître paradoxal,
11:28mais en fait, elle pense partager des valeurs identitaires,
11:32des valeurs conservatrices,
11:34des valeurs libérales sur le plan économique,
11:36avec la droite dite classique.
11:39C'est juste qu'elle pousse le curseur plus loin sur ces sujets-là,
11:42là où d'autres personnalités de sa famille politique,
11:45comme sa tante, évidemment, Marine Le Pen,
11:47sont naturellement plus enclins à pousser une ligne sociale,
11:51une ligne plus souverainiste vis-à-vis de l'Union Européenne,
11:53une ligne finalement plus populiste, plus anti-système,
11:56très éloignée des fondamentaux de la droite.
12:00De son côté, Marine Le Pen,
12:02qui est alors la présidente du Rassemblement National
12:05et qui a échoué au second tour de la présidentielle,
12:08elle n'a pas changé d'avis entre-temps sur cette Union des Droites ?
12:12Marine Le Pen, elle, ne supporte pas cette expression d'Union des Droites.
12:16En fait, déjà, même le mot « droite », Marine Le Pen le déteste.
12:19Elle pense qu'il faut faire l'Union des Français
12:22et pas l'Union des Droites. Elle trouve que c'est une ambition très rétrécie.
12:26Elle dit souvent, effectivement,
12:28qu'elle a été élue dans un territoire qui était communiste,
12:32par le passé, c'est-à-dire le territoire du Pas-de-Calais,
12:36dans le bassin minier,
12:38que son électorat n'est pas du tout de droite,
12:40que ça ne veut rien dire pour lui.
12:42Et donc, c'est une étiquette qu'elle déteste et triquée, à ses yeux.
12:47À cette période, il y a aussi un chroniqueur
12:49qui défend régulièrement sur les plateaux télé l'Union des Droites.
12:52C'est Éric Zemmour,
12:53qui a une émission quotidienne sur la chaîne CNews,
12:56chaîne qui appartient au milliardaire ultra-conservateur Vincent Bolloré.
13:01Alexandre Sulzer, il y a donc des médias,
13:03dont ceux du milliardaire, très actifs pour diffuser cette idée.
13:06Oui, absolument. CNews a changé complètement de ligne éditoriale
13:11avec le rachat de Vincent Bolloré.
13:12Avant, c'était ITV, c'était une chaîne de la formation classique.
13:16Là, CNews prend un tournant beaucoup plus politique.
13:19Et effectivement, Éric Zemmour a une tribune très écoutée.
13:25Il pousse cette thématique de l'Union des Droites sur cette chaîne
13:28au moment où, par ailleurs, son vieux complice Philippe de Villiers
13:33écrit des livres qui portent la même thématique
13:37et qui sont des best-sellers
13:38et poussent dans le sens d'un rapprochement
13:41de la droite classique et de l'exembre droite.
13:43On en vient à l'année 2024.
13:45Le dimanche 9 juin, Emmanuel Macron dissout l'Assemblée nationale
13:49après le score décevant de son camp aux européennes.
13:52Cette dissolution entraîne de nouvelles élections législatives.
13:56Éric Ciotti, le patron des Républicains,
13:58annonce le 11 juin qu'il est favorable
14:00à une alliance avec le Rassemblement national.
14:04Il faut une alliance, c'est le sens de la Vème République.
14:06Une alliance avec qui, Éric Ciotti ?
14:08Une alliance avec Marine Le Pen, clairement, c'est ce que vous nous annoncez ?
14:11Une alliance avec le Rassemblement national, avec ses candidats.
14:16Ça provoque un tollé.
14:18Comment est-ce qu'il justifie ?
14:19Éric Ciotti, il dit sur le plateau TF1
14:21que les Républicains sont trop faibles
14:23et que, je cite,
14:24« tous ceux qui se reconnaissent dans les valeurs de droite
14:26doivent donc le rejoindre pour combattre le macronisme ».
14:29Alors, à LR, certains pensent qu'Éric Ciotti a paniqué
14:32et qu'il a préféré toper avec le Rassemblement national
14:34à la fois pour sauver son siège de député
14:37et, peut-être, obtenir un ministère en cas de victoire du RN.
14:41Mais le paradoxe, c'est que lui appelle les électeurs de droite à le rejoindre
14:45alors que, comme on l'a dit précédemment,
14:47Marine Le Pen, elle-même, n'endosse pas du tout jamais
14:50cette expression du nom des droites.
14:54Alexandre Sulzer, quand Éric Ciotti dit que LR et le RN
14:57disent la même chose dans le fond, est-ce que c'est vrai ?
15:00En partie.
15:01C'est vrai que, depuis des années,
15:03le discours des Républicains s'est durci
15:06sur les questions migratoires, sur les questions régaliennes.
15:09Il n'y a plus vraiment de grandes différences notables
15:12pour la plupart des dirigeants, en tout cas, de LR
15:15sur le sujet migratoire, sur le sujet sécuritaire.
15:19Là où il y a des différences, quand même, encore notables,
15:22c'est sur la question économique, les questions sociales.
15:25La droite classique défend une approche beaucoup plus libérale,
15:30une économie de marché traditionnelle,
15:33insiste davantage sur le mérite.
15:37Là où le RN, en tous les cas, aujourd'hui,
15:41sous l'impulsion de Marine Le Pen, défend une ligne encore sociale.
15:44On l'a vu, l'exemple évident le plus frappant,
15:46c'est celui de la réforme des retraites.
15:48La droite défend évidemment une réforme et un recul
15:52de l'âge de départ à la retraite, là où Marine Le Pen,
15:54même si elle a un peu évolué à la marge,
15:56défend plutôt un départ à la retraite assez tôt.
15:58Il y a également une différence sur le rapport à l'Europe.
16:02Marine Le Pen, le RN, est très europhobe, très eurosceptique,
16:07là où une partie des Républicains reste encore favorable à l'Union Européenne.
16:12Éric Ciotti finit par être exclu rapidement des Républicains.
16:15Il fonde son propre parti, l'Union des Droites pour la République, l'UDR.
16:19Au fond, cette Union des Droites, on a l'impression qu'elle est uniquement portée,
16:23Quentin Laurent, par des partis en dehors du RN et qui sont en mal des lecteurs,
16:28et qui veulent surtout combattre la gauche, c'est un peu ça ?
16:31Oui, c'est la stratégie des petits partis de droite radicale ou d'extrême droite
16:34qui essaient de mobiliser et de créer une dynamique autour de cet horizon d'Union des Droites
16:42pour créer les conditions d'une victoire à laquelle, eux, ils ne pourront jamais croire s'ils sont seuls.
16:48On fait encore un saut dans le temps, le mercredi 10 décembre 2025,
16:52Nicolas Sarkozy publie son Journal d'un prisonnier, un livre écrit pendant ses 20 jours d'incarcération,
16:59après, je le rappelle, sa condamnation dans l'affaire du financement libyen de sa campagne de 2007.
17:04Dans ce livre, Quentin Laurent, l'ancien président de la République, appelle la droite à, je cite,
17:10« rassembler le plus largement possible », fin de citation.
17:14Est-ce que ça inclut le RN ?
17:16Alors, Nicolas Sarkozy reste assez flou dans son livre sur le sujet.
17:20À la fois, il dit beaucoup de bien du RN, il dit plutôt du bien de Marine Le Pen,
17:24il appelle la droite à ne pas stigmatiser le RN, il estime que ça n'a plus de sens aujourd
17:30'hui.
17:30Il donne l'impression de leur tendre un peu la main, ou en tout cas, de moins les reléguer dans
17:35l'espace d'extrême droite
17:36et donc de les stigmatiser comme ça avait pu être le cas avant.
17:39Mais dans le même temps, il ne dit pas non plus qu'il faut faire alliance avec eux.
17:42Donc, ça crée une espèce de flou et ça a provoqué un certain malaise à LR.
17:46On donnait l'impression que Nicolas Sarkozy demandait au sien, pas de s'allier,
17:51mais en tout cas de considérer davantage le RN comme un parti avec lequel il était peut-être possible de
17:56travailler.
17:56Dans ce livre, il dit aussi qu'il n'appellera plus à faire barrage contre le RN dans les futures
18:01élections, c'est ça ?
18:02En gros, la stratégie du cordon sanitaire, pour lui, c'est quelque chose qui n'est ni fait ni à
18:08faire.
18:08On sait aussi qu'il a déjà confié en privé à des personnalités qu'il recevait que, dans le cadre
18:14d'un éventuel second tour entre un insoumis et un candidat RN,
18:19Nicolas Sarkozy appellerait à voter pour le candidat RN.
18:22Dans le camp de Nicolas Sarkozy, est-ce que d'autres responsables politiques ont récemment changé d'avis, eux aussi,
18:28sur le cordon sanitaire à maintenir entre LR et le RN ?
18:32On peut prendre l'exemple de la dernière législative partielle dans le Tarn-et-Garonne,
18:37où le second tour opposait un candidat ciotiste, donc allié du RN, à un candidat socialiste.
18:44Bruno Retailleau, donc le patron de LR, sa consigne de vote a été « pas une voix pour la gauche
18:48».
18:48C'est complètement départi de la consigne du « ni-ni » qui prévalait jusqu'alors à droite,
18:54en disant « non, non, la priorité, c'est pas une voix pour la gauche »,
18:58et donc ouvrant potentiellement la porte à dire « il vaut mieux voter pour le candidat de droite extrême, voire
19:02de l'extrême droite ».
19:03Pourquoi est-ce que les avis, les lignes commencent à bouger à droite sur ces questions-là ?
19:07En fait, c'est aussi un aveu de faiblesse de la droite, c'est-à-dire qu'aujourd'hui,
19:10le Rassemblement National est un parti extrêmement puissant, extrêmement fort électoralement.
19:13La droite, au contraire, n'a fait que décliner, 15 dernières années.
19:17Donc, tout simplement, la droite ne peut plus, ou considère qu'elle ne peut plus se permettre de taper sur
19:22le RN,
19:23parce qu'en fait, une grande partie de ses électeurs les ont rejoints,
19:26et qu'il vaut mieux taper sur un ennemi commun, ici les insoumis,
19:30pour espérer ne pas braquer les électeurs du RN et peut-être un jour les récupérer.
19:34Quentin Laurent, est-ce qu'on sait si les électeurs de LR et du RN sont favorables à d'éventuelles
19:40alliances ou à des coalitions ?
19:42Alors, ces dernières années, la proportion de sympathisants LR,
19:45parce qu'on ne pourra jamais faire de sondage sur les adhérents,
19:47les sympathisants LR étaient à peu près, en général, un tiers à être en faveur d'une alliance avec le
19:53RN,
19:54un tiers à être en faveur d'une indépendance stratégique,
19:56et un tiers à être en faveur d'alliances avec les macronistes.
19:59Du côté du RN, alors, les sympathisants LR sont, a priori,
20:03très largement en faveur d'une union de leur partie RN et de la droite classique.
20:08Dans ce contexte, Alexandre Sulzer, est-ce qu'une union,
20:11ou plutôt un rapprochement entre la droite LR et l'extrême droite,
20:14est possible en vue des élections municipales du mois de mars ?
20:18A priori, non.
20:19Bruno Retailleau, le président des Républicains,
20:21a plusieurs fois dit qu'il ne voulait pas de l'union des droites,
20:24qu'il voulait faire l'union par les électeurs, par la base, pas par les appareils.
20:28Il sait qu'un rapprochement serait fatal au petit parti qu'il est
20:32par rapport au géant qui est devenu par rapport au Républicain le RN,
20:36qui est beaucoup plus fort.
20:37Mais il y a quand même des ambiguïtés, car les Républicains, en même temps,
20:44ont défini leur objectif principal au municipal comme étant de faire obstacle
20:49à LFI par tous les moyens.
20:51Il y a une ambiguïté là-dessus, que certains, d'ailleurs, chez LR dénoncent,
20:54comme Xavier Bertrand, par exemple.
20:56Ensuite, les cas concrètement où LFI pourra obtenir des villes,
21:00et ce qui pourrait contraindre LR et le RN de se rapprocher,
21:04sont assez peu présents, car LFI est une force assez mineure au niveau des municipales.
21:08Le plus évident, sans doute, est celui de Bourg-en-Bresse, dans l'Ain,
21:12où, à ce jour, c'est un candidat reconquête,
21:15donc le parti d'Éric Zemmour et de Sarah Knafow,
21:18qui mène une liste d'union des droites,
21:20une liste d'union des droites locale,
21:23que les élus locaux, y compris ceux des Républicains, ont voulu.
21:28Initialement, quand c'est sorti un peu dans la presse,
21:30et quand la gauche en est émue,
21:31Bruno Retailleau avait dit que c'était une initiative locale
21:34et qu'il s'en désolidarisait,
21:36qu'il n'investirait pas à ce candidat issu de reconquête,
21:39finalement, LR a pris la décision de ne rien décider,
21:42de ne pas investir quelqu'un d'autre,
21:44et donc c'est une forme d'acceptation tacite de cet accord.
21:49Est-ce que cette alliance est envisageable à la présidentielle de 2027 ?
21:53Alors, il est inenvisageable que les Républicains soutiennent Marine Le Pen ou Jordan Bardella
21:59au premier tour d'une élection présidentielle.
22:02Ça va de soi, ils vont essayer d'y aller sous leurs propres couleurs,
22:06voire soutenir un candidat du socle commun, du bloc central, on ne sait pas encore.
22:10En revanche, selon l'issue du premier tour et l'affiche du second tour,
22:15les choses peuvent être très différentes.
22:17Si demain, au second tour, c'est Jean-Luc Mélenchon face à Jordan Bardella,
22:22alors là, nul ne sait ce que feront les Républicains.
22:26Il est fort probable que le parti explose
22:28et qu'une grande partie de ses cadres puisse être tentée, en tout cas,
22:32de faire un appel à faire un barrage.
22:35Les filles, ça redistribuerait complètement les cartes
22:38et je ne suis pas sûr que la droite survivrait à un tel scénario.
22:55Merci à Quentin Laurent et Alexandre Sulzer.
22:58Cet épisode de Codesources a été produit par Clara Garnier-Amourou
23:02et Clémentine Spiller, réalisation Julien Moncouquiole.
23:06Codesources, c'est le podcast quotidien d'actualité du Parisien.
23:10Nous publions un nouvel épisode chaque soir de la semaine, du lundi au vendredi.
23:14Et puis, n'oubliez pas, Crime Story, chaque samedi,
23:18notre podcast consacré aux affaires criminelles,
23:21présenté par Claudia Prolongeau et Damien Delseny.
Commentaires

Recommandations