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  • il y a 12 minutes
Les clefs d'une vie d'Alexandre Jardin

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##LES_CLEFS_D_UNE_VIE-2026-03-12##

Catégorie

Personnes
Transcription
00:02Sud Radio, les clés d'une vie, Jacques Pessis
00:04Sud Radio, les clés d'une vie, celle de mon invité.
00:07Au théâtre, la tradition veut que l'on différencie la droite et la gauche
00:11en parlant de cours et de jardin.
00:14Avoir fait la cour à une femme vous a justement permis de passer à l'acte
00:17mais aussi d'écrire un roman qui se lit avec passion.
00:21Bonjour Alexandre Jardin.
00:23Bonjour, bonjour.
00:23Cour et Jardin fait rarement le rapprochement et ce livre en est l'occasion.
00:27La femme qui invente un amour chez Michel Laffont.
00:30On va l'évoquer parce que c'est un roman tout à fait étonnant
00:34qui permet d'écrire un nouveau héros à Alexandre Jardin.
00:36Mais le principe des clés d'une vie, vous le connaissez.
00:39Vous étiez venu à la 11e émission.
00:41Là, on est à la 1620e.
00:42Vous nous avez manqué depuis quelques temps.
00:45Donc, on va évoquer votre parcours à travers des dates clés.
00:49Et le 22 novembre 1988, le prix Fémina pour le zèbre.
00:53Et le prix Fémina, vous allez immédiatement passer un appel à quelqu'un dans une colonie de vacances.
01:02Oui, il y avait une commune téléphonique.
01:04Et j'appelle une femme qui est décédée il y a deux ans qui s'appelle Angèle.
01:11Angèle dirigeait une colonie de vacances en Suisse.
01:15Quand j'étais étudiant, j'y allais comme moniteur.
01:18Et j'avais écrit mon premier roman, Bill en tête là-bas.
01:21Et j'avais dit en partant, si jamais j'ai un prix littéraire, je te jure que j'en reviens.
01:26Et quand j'apprends que j'ai le Fémina de deux ans plus tard,
01:31j'ai appelé Angèle et je lui ai dit, j'ai le prix Fémina, j'arrive.
01:36Je serai moniteur dans ta colo, dans ton home d'enfant, je serai moniteur à Noël.
01:42Et vous l'avez été.
01:44Et en plus, à la gare de Lyon, quand on vous a vu arriver, ça a surpris tout le monde.
01:47Oui, parce que je faisais office de starlet littéraire, donc on me voyait beaucoup.
01:54Et les parents se disaient, mais qu'est-ce qu'il fout là ?
01:57Pourquoi ils portent les sacs des gamins ?
01:59Et j'étais mono.
02:01Alors le prix Fémina, en fait, il a été créé, je ne sais pas si vous le savez, en 1905,
02:05à la réaction de la misogynie des jurés du concours qui avait boudé la favorite Myriam Harry.
02:12Et elle avait écrit La conquête de Jérusalem.
02:15Et c'est pour ça, parce qu'on lui a refusé le concours, qu'elle a eu le Fémina.
02:18Et ensuite, le prix est resté chaque année.
02:20Et c'est un prix prestigieux que vous n'imaginiez pas au départ quand vous avez écrit ce livre, Alexandre
02:24Jardin.
02:25Non, non, non, non, non.
02:27On m'avait dit que c'était possible et j'ai cru que c'était une farce.
02:31Ah bon ?
02:32Oui, ça me paraissait loufoque.
02:35Et puis Antoine Gallimard vous appelle, votre éditeur, le matin pour vous dire que vous l'avez.
02:41Il me le dit en sortant, il vient vers moi.
02:45Il m'avait dit le matin peut-être, mais à nouveau ça me paraissait une farce.
02:49Et il me dit viens.
02:51Et je le vois, il sort et il me dit tu as le Fémina.
02:55Et j'ai tout de suite pensé à Angèle.
02:57Voilà, exactement.
02:58Alors en revanche, ce qui est beaucoup plus difficile, et ce que vous n'aimez pas,
03:01c'est les cocktails qui suivent ces manifestations, Alexandre Jardin.
03:04C'est impossible, c'est des endroits impossibles.
03:07Parce que ça n'a rien à voir avec la folie d'écrire.
03:10Non, en fait vous vous retrouvez au milieu de gens qui vous félicitent,
03:12qui n'en pensent pas un mot quelquefois.
03:14Oui, ou qui n'ont pas lu.
03:16Oui.
03:17En tout cas, ça n'a rien à voir avec la création.
03:23Sauf pour ce qu'on appelle les hirondelles,
03:26ceux qui viennent pour des cocktails et qui en profitent pour se nourrir abondamment.
03:31Ce jour-là, je me suis enfui et je n'avouerai jamais ce que j'ai été fait.
03:36D'accord.
03:37Il se trouve que, je ne sais pas si vous le savez,
03:39dans les années 70, à la mairie de Paris, il y avait une décoration tous les soirs.
03:43Il n'y avait aucun contrôle.
03:44Donc on arrivait, on disait, je viens pour la décoration, pour la médaille,
03:48on vous laissait entrer et vous bouffiez à l'œil pendant toute la soirée.
03:51Je connais des tas de gens qui ont vécu comme ça pendant des années.
03:55Au moins, ça a été utile à quelqu'un.
04:00Mille en tête, il est votre premier roman, avant le zèvre, Alexandre Jardin.
04:03Et je crois qu'au départ, vous ne deviez pas l'écrire
04:06parce que vous êtes diplômé en section économique et financière à Sciences Po.
04:10Donc ce n'est pas du tout votre profil de littérature.
04:13Surtout, je ne voulais pas écrire de roman.
04:15Je voulais écrire pour le théâtre.
04:17Quand j'étais à Sciences Po, j'écrivais des pièces de théâtre.
04:21Et par hasard, dans la rue, je rencontre un attaché de presse de cinéma
04:25qui était un homme hors norme, qui s'appelait Claude Davy.
04:31Et Claude me regarde et il vient vers moi et il me dit
04:34« Tu as un fils Jardin ? »
04:35Et je lui demande pourquoi.
04:36Il le sait.
04:38Il me dit « Parce que j'étais l'ami de ton père au même âge.
04:40Tu as la tête de ton père.
04:42Qu'est-ce que tu fais ? »
04:44Et je lui raconte.
04:45Je lui dis que c'est un scandale, qu'on me refuse mes pièces.
04:48Et il me dit « Je veux lire ».
04:50Il lit et il me dit « Je vais la passer à Françoise Verny qui dirigeait Gallimard ».
04:54Françoise Verny dont on va écouter la voix.
04:57J'ai eu une sorte de carrière tout à fait bizarre parce que j'ai fait des études universitaires,
05:02l'école normale supérieure, l'agrégation aux philosophies.
05:06Un personnage hors norme, qui était hors norme justement par son poids,
05:11que François Mauriac appelait Miss Ficelle, justement.
05:14C'était surtout un sac d'amour.
05:18Elle était capable d'aimer les auteurs qu'elle faisait travailler.
05:23D'abord, je n'ai pas voulu la voir parce que je ne voulais pas écrire de roman.
05:27Elle ne dirigeait pas de théâtre.
05:29Donc, je n'ai pas voulu et elle a dit à cet homme que j'ai rencontré dans la rue,
05:34elle a dit à Claude Davy « Dis à ce petit con que je m'invite à dîner mercredi chez
05:39lui. »
05:40D'accord.
05:41Qu'il ouvre la porte.
05:42Elle est arrivée, ivre morte.
05:44Elle a poussé la porte.
05:46Elle s'est jetée sur moi.
05:48Mais jetée.
05:49Elle m'a attrapée par le col.
05:52Elle m'a jetée sur un canapé.
05:54Elle m'a dit « Chérie, fais-moi un roman ».
05:55Parce que c'était un personnage hors norme physiquement.
05:58Physiquement.
05:59Un quintal.
06:00Un quintal.
06:01Et en même temps, à partir de 6h du soir, elle était dans un bar.
06:04Torchée.
06:05Elle torchait.
06:05Torchée.
06:06À partir de 18h, elle descendait un litre de scotch.
06:11Et donc, quand elle arrive à l'heure du dîner, le litre de scotch était déjà ingéré.
06:16Et donc, elle se jette sur moi.
06:19Et là, franchement, je me suis dit que si je ne voyais pas le destin, je ne le verrais jamais.
06:24Donc, vous avez écrit ce roman.
06:25Oui.
06:26Votre première surprise.
06:27Et surtout, vos premières apparitions à la télévision, je m'en souviens très bien.
06:30Vous étiez étonnant parce que personne ne s'attendait à quelqu'un d'aussi joyeux, d'aussi positif et aussi
06:37décontracté, Alexandre Jardin.
06:40Je n'ai jamais pris au sérieux la vie publique.
06:46J'ai toujours eu le sentiment que c'était un tissu de folie, avec des gens qui étaient des gloires,
06:52qui disparaissaient.
06:54Un monde où on ne reconnaissait pas forcément les gens de génie que je connaissais.
06:59Donc, je n'ai jamais cru qu'il y avait dans la reconnaissance quelque chose de vrai.
07:06Et vous avez dit dans une première émission de télévision...
07:10Donc, on pouvait rigoler.
07:12Oui, mais surtout, vous avez dit que la France est un peuple de vainqueurs.
07:15Ce qu'on aimerait bien entendre aujourd'hui.
07:17Mais parce qu'on l'est.
07:18Voilà.
07:18Je pense que c'est notre éternaturel.
07:21Et lorsqu'on ne le sommes pas, on sent bien que quelque chose ne fonctionne pas.
07:26Et vous avez un petit peu bouleversé les émissions de littéraires où on est très sérieux.
07:30Moi, je me souviens de Lecture pour tous.
07:31Il y a eu une séquence de cette première émission de télévision avec Pierre Dumayet.
07:35Jules Romain était venu, pensant que Lecture pour tous, on lisait les livres.
07:39Il s'est apprêté à lire ses livres et Dumayet avait un mal fou à lui expliquer que ce n
07:42'était pas le principe de l'émission.
07:45Cela dit, pourquoi pas ?
07:47Alors, effectivement, ce que vous faites à l'époque, après ce premier livre,
07:52c'est le résultat d'une longue observation de vos jeunes années.
07:55Car vous avez toujours beaucoup observé les autres, et notamment les 68 arts, Alexandre Jardin.
08:01J'ai vécu dans des mondes extrêmement parallèles et différents.
08:06Et c'est vrai qu'en classe de quatrième, j'avais décidé d'arrêter l'école.
08:11Et ma mère m'avait inscrit dans une école dite parallèle.
08:17Totalement 68 arts, où on votait tout, où on jugeait les profs.
08:23Rien n'était obligatoire.
08:24Il y avait des cours d'entraînement à l'orgasme pour les grands.
08:28D'ailleurs, je jouais une pute dans un cours de théâtre où on considérait que Molière était le début du
08:32fascisme.
08:34Et donc, on avait le droit, le seul auteur qui n'était pas jugé fasciste, c'était Antonin Arthaud.
08:40Pour les gens qui ne savent pas, c'était à base de hurlements.
08:44On poussait des cris déguisés en putes.
08:46C'était très spécial.
08:47Et d'ailleurs, Antonin Arthaud a donné sa dernière conférence au théâtre du Vieux Colombier,
08:51devant un jeune apprenti comédien qui a dit « Mais moi, je veux faire rire aussi ».
08:54C'était un certain Raymond De Vos.
08:56C'est comme ça que Raymond De Vos a eu envie de commencer à faire des sketchs.
09:00Alors, il se trouve que tout ça vous conduit à l'écriture.
09:04Et vous vous êtes dit « J'ai un créneau avec ce personnage qui correspond à votre réalité ».
09:11Je ne sais pas que j'avais de créneau, c'est que j'avais compris qu'avec un bic, je
09:15pouvais corriger la réalité.
09:16Et comme j'ai asphyxé pas mal dans le réel, il y avait une forme de soulagement par une activité
09:26légale, publier des livres.
09:28Oui, en même temps, on est à la fin des années 80, c'est-à-dire des années encore de
09:31joie.
09:32Et finalement, ces années ne vous intéressent pas tellement, vous avez un autre univers.
09:36J'ai beaucoup d'univers, j'ai beaucoup d'angoisse sur un sujet que je vivais très mal,
09:42qui était mon histoire de famille.
09:44Je comprenais progressivement que j'avais un grand-père.
09:46qui avait été directeur de cabinet de Pierre Laval, en 1942-1943,
09:50qui n'était pas le sommet de la France libre.
09:55Et j'ai essayé de comprendre l'absence de culpabilité dans ma famille.
10:00Et puis, le succès est venu, à votre grande surprise,
10:02vous n'imaginiez pas que Billet en tête serait un succès, Alexandre Jardin ?
10:06Si.
10:07Déjà ?
10:07Si.
10:09En fait, je n'ai jamais imaginé que les choses ne marchent pas.
10:14Pour une raison simple, je crois que c'est l'état normal de la vie.
10:18Quand quelque chose ne marche pas, ça veut dire qu'on est malade.
10:20Oui.
10:22Si vous faites quelque chose qui va vers le cœur des autres et vers le vôtre,
10:27pourquoi voulez-vous que ça ne marche pas ?
10:28Oui, mais il fallait encore durer.
10:30Après ce premier livre, il faut en faire un second.
10:31Et là, rien n'est assuré.
10:41Je pense que si vraiment vous êtes engouffré dans l'aventure de l'invention, de la création,
10:51ce n'est pas vrai que ça se termine.
10:54Ce n'est pas vrai.
10:56Alors, ça va marcher plus ou moins.
10:58Mais ça vit.
11:00Et justement, vous, vous avez toujours voulu vivre intensément.
11:04Je ne voyais pas d'autre issue.
11:07Je ne voyais pas comment on pouvait exister avec timidité.
11:15Et vous l'avez démontré.
11:17Et une autre date aussi importante dans votre parcours,
11:19avec quelque chose que vous avez lancé et qui continue à fonctionner,
11:22c'est le 15 octobre 1999.
11:25A tout de suite sur Sud Radio avec Alexandre Jardin.
11:28Sud Radio, les clés d'une vie, Jacques Pessis.
11:31Sud Radio, les clés d'une vie, mon invité Alexandre Jardin.
11:35Nous parlerons tout à l'heure de ce nouveau roman étonnant et passionnant,
11:38La femme qui invente à l'amour, chez Michel Laffont.
11:41Alors, votre amour de la littérature, il a pris une nouvelle dimension le 15 octobre 1999,
11:47quand vous avez créé l'association Lire et Faire Lire.
11:50Et ça, dans un vu précis.
11:51Et ça, c'était totalement novateur.
11:55Je voulais que les retraités français aillent transmettre le plaisir de la lecture aux enfants.
12:02On a un échec scolaire massif.
12:03On a un vieillissement de la population.
12:06Donc, on a du stock de gens disponibles.
12:10Et on a commencé à organiser ça.
12:13Aujourd'hui, il y a près de 20 000 personnes qui s'occupent de près de 800 000 enfants chaque
12:17année.
12:17C'est devenu massif.
12:19Et mon but, c'est à la fois d'aider l'école à réussir, et puis de fabriquer une nation
12:25de lecteurs.
12:26Et à chaque fois que j'ai pensé qu'il fallait gouverner, je ne me suis pas emmerdé à me
12:30faire élire.
12:32Je l'ai fait.
12:34Et tout a commencé, je crois, à Brest, lorsque vous êtes retrouvé dans une maison de retraite.
12:37Oui, parce que j'avais créé une organisation qui était faite pour repérer les bonnes pratiques qui réparaient les fractures
12:45du pays.
12:46Et François de Closet, un jour, dit « J'ai vu à l'Office des retraités de Brest des gens
12:51qui font ça. »
12:54J'ai sauté dans un train avec un ami d'adolescent.
12:58On est allé les interviewer.
13:00Et on a compris que ce qui marchait à Brest devait marcher dans toute la France.
13:05On est allé chercher de l'argent.
13:07Et on a construit une gigantesque organisation avec la Ligue de l'enseignement et l'Union nationale des associations familiales.
13:14Et puis, aujourd'hui, ce qui est merveilleux avec l'Iriffé Réli, c'est que quand je vais dans un
13:20congrès,
13:20je tombe sur des femmes qui me regardent et qui disent « Ah, c'est sympa de nous soutenir. »
13:24Ça leur appartient.
13:26Exactement, mais en même temps, il fallait convaincre.
13:28Ce n'était pas évident et personne n'y avait pensé, Alexandre Jardin.
13:31Ça me semblait évident que ces Brestois avaient 15 ans d'avance sur le pays.
13:37Ils avaient parié sur l'alliance entre les générations.
13:40Et c'était tellement simple d'intelligence.
13:44Ça ne coûtait pas peu d'argent.
13:46Enfin, il fallait quand même en trouver pour l'organisation.
13:49Mais le bénéfice pour la société était évident pour les enfants, pour les retraités, pour l'école.
13:57Et je pense que c'est une de mes plus grandes joies, c'est de réparer ce pays.
14:01En même temps, lorsque vous l'avez créé il y a plus de 25 ans, vous n'imaginez pas qu
14:05'aujourd'hui ça continuerait à fonctionner ?
14:07Si. Parce que j'étais parti avec la Ligue de l'enseignement et les associations familiales, parce que ce sont
14:15des organismes qui vivent depuis très longtemps.
14:18Et j'avais conscience qu'il fallait qu'on s'élance dans quelque chose qui allait brasser génération après génération.
14:26Qu'on allait simplement être les premiers et qu'en 2100, l'objectif serait atteint.
14:33La France sera un pays de lecteurs.
14:35Mais en même temps, il faut convaincre ces associations, ces organismes financiers.
14:40Ce n'est pas évident toujours avec l'administration.
14:43Ça a été parfois infernal.
14:46Parce que je tombais sur des ministres, je pense à Jacques Lang qui m'avait dit oui.
14:50Et puis derrière, je comprenais que son directeur de cabinet ne voulait pas.
14:53Donc il ne publiait pas au texte, au bulletin officiel de l'éducation nationale, au journal officiel, l'autorisation pour
15:05lire et faire lire de fonctionner.
15:07Alors je m'étais fait inviter avec des copains écrivains dans une émission qui s'appelait Ciel Mont-Mardi.
15:11Et j'avais prévenu la femme de langue qu'on allait détruire la tête de son mari si ce n
15:18'était pas publié au JO le lundi.
15:22Et elle l'a rappelé tout de suite.
15:23Et puis bizarrement, ça a été publié.
15:25C'est curieux quand même.
15:28Ce qui est fou, c'est qu'on ne faisait pas quand même du grand banditisme.
15:32On organisait l'arrivée des vieux dans les écoles pour qu'ils puissent transmettre le plaisir de la lecture.
15:37Et là, il y avait la bureaucratie qui pensait autrement.
15:42Il y avait ce crétin qui était en face de moi, qui avait qu'un air satisfait, alors que vraiment
15:46on se défonçait pour le pays.
15:48Qui disait, oui, mais enfin vous n'avez pas à disposer de l'administration de la France.
15:51Je lui disais, ben si, bizarrement, si.
15:53Parce que quand on se bat pour une cause, on a le droit.
15:57Et vous avez eu, si j'ose dire, voix au chapitre, justement.
16:00Oui, en gros.
16:02Mais ça n'a été que des coups de force comme ça.
16:05Et en plus, la lecture pour vous, bon, il faut la sauver.
16:08Mais la lecture depuis vos jeunes années, ça fait partie de vos passions quotidiennes, Alexandre Jardin.
16:15Mon père m'a initié en me lisant parfois certains livres.
16:21Un des premiers livres qui m'a lu, c'était La gloire de mon père, qu'on devait lire en
16:28classe de sixième.
16:29Et comme il sentait que mon intention fléchissait, je me suis rendu compte, des années plus tard, qu'il avait
16:34rajouté des scènes westerns.
16:36Et il n'y avait pas d'Indiens, il n'y avait pas d'attaque de diligence.
16:41Et papa, qui était scénariste, en fait, avait triché.
16:45Et quand, des années plus tard, j'ai lu, j'ai relu, enfin j'ai lu, La gloire de mon
16:52père, j'étais stupéfait.
16:54Il manquait la patte de papa.
16:56Et c'est fou, parce que La gloire de mon père, comme les souvenirs de Pagnol,
16:59c'est né parce que Hélène Gordon-Lazareff, directrice de Noël, a insisté pour que Pagnol lui écrive une chronique
17:05de Noël sur ce sujet.
17:07Et ça a tellement marché qu'il a fait ensuite les livres, et il n'imaginait pas faire ces livres.
17:11– Il n'avait peut-être pas imaginé que Pascal Jardin compléterait certains chèques, je ne pense pas.
17:16– Et ensuite, vous avez commencé à lire et vous avez toujours lu Alexandre Jardin.
17:19– Des biographies.
17:20– Toujours.
17:20– Des biographies. Surtout, à peu près dix ans, c'était une manière d'aller dîner avec des gens merveilleux.
17:27– Et puis, vous avez une particularité, vous notiez des mots que vous repériez dans les livres pour vous en
17:32servir ou les apprendre.
17:33– Oui, j'étais tout à fait conscient que je manquais de stock.
17:40Et que mon éducation était faiblarde.
17:44Ça faisait beaucoup rigoler, Françoise, Verny.
17:48Et en fait, j'apprenais.
17:50Pendant des années, j'ai appris ma langue.
17:52– Et avec une terreur, ce sont les anglicismes que vous avez repérés.
17:56– J'ai souvent fabriqué les mots qui me manquaient.
18:00– Oui, mais les anglicismes, quand même.
18:02Il y a un sketch des années 60 que vous connaissez peut-être, qui est la leçon d'anglais de
18:05Jacques Baudouin.
18:06Et ça donne une dimension avant-gardiste de ce qu'on vit aujourd'hui.
18:10– My tailor is rich.
18:11– Oui, bien là-dedans, n'est-ce pas ?
18:16My tailor is rich, c'est de l'anglais traditionnel.
18:19Et c'est ce qui revient dans la prothèse.
18:22– Voilà, Jacques Baudouin, humoriste, il y avait écrit le personnage de Philibert.
18:25Et c'est vrai que, bon, aujourd'hui, lorsqu'on lit certains livres,
18:29les mots anglais sont plus nombreux que les français.
18:32– Surtout, le problème, c'est qu'ils sont provisoires.
18:35Et c'est qu'ils sont en général en transit.
18:37Ce ne sont pas des mots fiables.
18:40Et il faut faire toujours très attention quand on écrit.
18:46Je me souviens d'Albert Uderzo, qui était très mécontent
18:50quand il était sorti d'une projection du premier Astérix,
18:53parce qu'ils avaient fait des farces avec des noms de marques.
18:57Il était question d'itinéris.
18:59Et il m'avait dit, et Albert m'avait dit,
19:03mais quand on travaillait avec René, Goscinny,
19:06on faisait toujours très attention.
19:08Et il me dit, ça va vieillir, parce que la marque va disparaître.
19:12Et itinéris, ça disparaît.
19:13– Alors, je ne sais pas si vous le savez, mais on a repéré
19:15qu'un tiers du vocabulaire anglais est d'origine française.
19:18Quand Guillaume le Conquérant a gagné contre le roi Harold,
19:22eh bien, il a imposé des mots français à la cour d'Angleterre.
19:25Et notamment, « flirter », qui vient de l'anglais,
19:28ça vient du français, de l'ancien français « flirter »,
19:31F-L-E-U-R-E-T-E-R, qui signifie « comptez fleurette ».
19:35Donc, revenons au français, puisque l'anglais vient du français.
19:38– Comptez fleurette.
19:40– Alors, le problème aussi, c'est l'apprentissage du vocabulaire,
19:44notamment, et tout ce que vous faites justement pour lire
19:47est essentiel pour que ce vocabulaire se développe et reste français.
19:51– C'est ce qui répare le mieux une société.
19:55On a des problèmes de violence.
19:56C'est directement liés à la pauvreté du lexique,
20:00une partie de notre jeunesse.
20:02Quand un jeune n'a pas de mots, il tape.
20:05Donc, si nous ne parvenons pas à transmettre ce stock de mots,
20:10on va se retrouver devant des problèmes de violence strictement insolubles.
20:16Parce qu'un humain qui est enfermé dans l'incapacité de s'exprimer,
20:21jeune, est très violent.
20:25Donc, c'est une cause nationale pour intégrer tout le monde,
20:30pour éviter qu'on se retrouve dans des situations, au final, ingérables.
20:37C'est le plus grand outil de lutte contre la violence.
20:41– Et vous avez commencé, justement, très bas,
20:44avec faire lire pour les nuls,
20:45pour que vraiment, on essaye d'aller vers l'essentiel.
20:49– J'adore cette collection.
20:51Effectivement, j'ai écrit ce livre, surtout pour la masse des parents
20:55qui sont paumés, qui sont complètement largués,
20:58et qui ne parviennent pas à réveiller leur enfant.
21:05– Et vous, vous avez veillé vos enfants,
21:07car vous avez veillé, justement, à ce qu'ils aient un bagage intellectuel.
21:11Et aujourd'hui, je crois que vous les appelez des créateurs de monde.
21:14– Oui, tous.
21:17Ils ont une individualité si marquée.
21:19C'est très curieux d'avoir plusieurs enfants.
21:23Parce qu'aucun ne ressemble à l'autre.
21:28Et ils sont puissamment créateurs de monde, tous.
21:31– Et ils ont leur talent propre.
21:34Et aujourd'hui, dans ce monde, pour avancer,
21:36selon vous, Alexandre Jardin, il faut avoir un talent propre.
21:39– Il faut être. Il faut choisir d'être.
21:43Et je vois bien que la société ne pousse pas à ça.
21:47Avoir le culot d'être soi.
21:50La liberté d'être soi. La joie d'être soi.
21:53– Et vous avez eu un autre culot,
21:55et on va l'évoquer à travers la date du 24 juin 2019.
21:58À tout de suite sur Sud Radio, avec Alexandre Jardin.
22:02– Sud Radio, les clés d'une vie. Jacques Pessis.
22:05– Sud Radio, les clés d'une vie.
22:06Mon invité, Alexandre Jardin.
22:08Ce livre, La femme qui a inventé l'amour,
22:10chez Michel Laffont, on en parle de quelques instants.
22:12Mais surtout, 24 juin 2019,
22:15c'est un jour important,
22:16parce qu'on s'aperçoit justement
22:18que vous n'avez pas inventé l'amour,
22:20mais toute votre histoire.
22:21Il y a un article dans Paris Match
22:22qui dit que vous avez menti depuis vos débuts.
22:25Et cet article a eu un retentissement incroyable.
22:28– Oui, parce que j'écrivais des romans d'amour extraordinaires,
22:32enfin, pas les romans,
22:33mais les idées que je développais,
22:38et je laissais tout le temps entendre
22:39que ma vie, c'était ça.
22:40– Oui, bien sûr.
22:41– Alors que ma vie était globalement un désastre.
22:44– Et ça a marché ?
22:45Personne n'a jamais fait la moindre enquête
22:47ou ne vous a fait la moindre remarque ?
22:49– Non, mais dans la réalité,
22:50je compensais le réel
22:53en écrivant des romans
22:55qui avaient toute la fougue
22:56qui n'existaient pas dans ma vie.
22:58– Le Zoubial, par exemple.
22:59Le Zoubial, qui est un livre
23:01dont on parle encore aujourd'hui,
23:02vous avez avoué,
23:03plusieurs années après sa parution,
23:05que tout était inventé,
23:07alors que finalement,
23:07on pensait que c'était la vie de Pascal Jardin.
23:09– Non, non, non.
23:11C'est pas vrai, ça.
23:14C'est les autres.
23:17Le Zoubial est rempli
23:18d'événements absolument réels.
23:20– Oui.
23:21– Mais ce mécanisme-là
23:24qui consiste à corriger la vie
23:26pour la rendre supportable,
23:27c'était vraiment un truc de malade.
23:30Et je suis sorti de ça.
23:31– Voilà.
23:32Comme ça, un jour, vous vous êtes dit
23:33« Il faut que je sorte de ça ».
23:34– Progressivement, j'ai compris
23:36que je ne pouvais pas être...
23:38avoir une vie plus extraordinaire
23:40dans mes livres que dans ma vie.
23:42Enfin, qu'il y avait une absurdité là-dedans.
23:44– En même temps,
23:44votre père Pascal Jardin
23:46était un personnage hors d'hommes comme vous
23:48et vous en avez hérité quand même
23:49parce que ça laisse des traces,
23:50un personnage...
23:51– C'est pour ça que...
23:52Ce n'est pas le cas pour le Zoubial.
23:54– Oui.
23:57Lui, il vivait sans aucun frein.
24:02Nous sommes tous retenus par des peurs,
24:04par des...
24:05Papa pouvait être dans un dîner,
24:07voir la maîtresse de maison,
24:09être bouleversée
24:09et courir voir le mari
24:11pour lui expliquer
24:12qu'il avait volé sa femme
24:13avant la fin du repas.
24:14– Oui.
24:14– Et le type riait.
24:18Vous ne pouvez pas penser
24:18que papa était sérieux.
24:20Et puis, à la fin du dîner,
24:21il partait avec la dame.
24:22– Mais moi, j'ai un jour interviewé
24:24Pascal Jardin à mes débuts,
24:26quand il est sorti guerre après guerre,
24:28qui était des souvenirs.
24:28Et je me souviens
24:29qu'on avait parlé de l'alcazar
24:30de Jean-Marie Rivière
24:31où il était là tous les soirs
24:33au premier étage.
24:34Mais il avait réinventé l'histoire
24:36à tel point qu'il m'avait assuré
24:38que le travesti principal
24:40s'appelait Pascal
24:41avec un nœud
24:42parce qu'elle avait pensé
24:44à Pascal Jardin.
24:45– Mais il vivait dans un monde...
24:47C'est un homme qui meurt
24:48à 46 ans
24:49en ayant écrit plus de 100 films.
24:50Ce qui veut dire
24:51que certaines années,
24:52il en a écrit jusqu'à 17.
24:54Quand vous écrivez 17 films,
24:57allez,
24:57il y a au moins 10-12 personnages.
25:00Vous vivez avec beaucoup plus de monde
25:02dans votre tête
25:03que dans le monde réel.
25:04– Comment on fait
25:05pour écrire aussi vite ?
25:07– Il n'était pas très doué
25:08pour habiter le réel.
25:11– Et vous en avez un petit peu hérité.
25:12– Oui, mais c'est fini.
25:14– Alors, il y avait aussi
25:15Gérard Cyr,
25:16je ne sais pas si vous l'avez connu,
25:17qui était capable d'écrire
25:18un scénario en un week-end,
25:19Le Complice de Jean-Yann,
25:20une série radiophonique,
25:21et Hugo de Hannes,
25:22qui écrivait tous les feuilletons
25:23pour Radio Luxembourg,
25:25mais de temps en temps,
25:25il partait en Neuvenne.
25:26C'est-à-dire qu'il partait boire
25:28dans les bars de Pigalle,
25:29il fallait le retrouver,
25:30lui verser 3 litres de café
25:32sur la tête,
25:33pratiquement,
25:33pour qu'il puisse écrire
25:34la suite du feuilleton.
25:35C'est des personnages
25:36qui n'existent plus aujourd'hui.
25:37– Oui, des polygraphes fous.
25:39– Voilà, des polygraphes fous.
25:40Et donc, finalement,
25:41vous avez un jour décidé
25:42que c'était fini,
25:43et qu'est-ce qui a provoqué
25:44ce déclic ?
25:45– Une dame
25:48qui m'a beaucoup secoué,
25:50qui a disparu aujourd'hui,
25:52mais qui m'a profondément réveillé.
25:55Et ça a été le premier réveil.
25:58Après, il y a eu la femme
26:00qui m'a inspiré ce roman,
26:03la femme qui inventa l'amour,
26:04qui, elle, a achevé
26:05de me réveiller
26:07et de me rendre réellement présent
26:09à tout ce qu'il y a
26:10d'immense dans la vie réelle.
26:13– Et puis, je ne sais pas
26:13si vous le savez,
26:14mais vous avez failli
26:15être dans cette chanson.
26:28– Vous connaissez cette chanson
26:29d'Olivier Ruiz ?
26:30Elle parle de votre père,
26:32mais l'auteur qui est Juliette
26:33dit « Je me suis trompée,
26:34je voulais parler d'Alexandre Jardin ».
26:36Et vous êtes dans cette chanson
26:38d'Olivier Ruiz,
26:39qui est une jeune femme de talent
26:40qui écrit des livres
26:41et qui fait des chansons.
26:42Et vous êtes cité.
26:46– Oui, mais c'est joli
26:47que ce soit mon père.
26:48– Voilà.
26:49– J'adore qu'on se trompe.
26:50– Alors, il se trouve que
26:52cette imposture littéraire,
26:54ça a été le point de départ
26:54d'autre chose,
26:55mais surtout,
26:56votre écriture est étonnante
26:58parce que vous aviez écrit
26:59un premier roman,
27:00avant Bill en tête,
27:01que vous avez jeté à la poubelle,
27:02ce qui n'était pas fréquent
27:03à l'époque.
27:04– C'est celui juste d'après.
27:08Je t'ai vu aller voir ma mère
27:09et je lui ai dit
27:10« C'est remerdant,
27:11je dois le rendre
27:12parce que j'ai signé
27:13un contrat,
27:14mais je n'y crois pas. »
27:17Et elle a pris le manuscrit
27:18et l'a jeté dans le feu.
27:20– Et vous n'avez jamais,
27:22vous avez rendu l'argent
27:23et vous n'avez jamais
27:24écrit ce livre.
27:25– Non,
27:28mais ce geste,
27:32il n'était même pas question
27:34que je remette un manuscrit
27:35que je ne croyais pas.
27:37– Et quand vous croyez
27:38en tout ce que vous défendez,
27:39et je pense que ce côté
27:41réel dans vos défenses
27:42vous a permis de surmonter
27:44toutes vos peurs,
27:45toutes vos craintes
27:46et de vivre ce moment-là
27:48dans le réel.
27:49– Doucement,
27:50mais il m'a fallu
27:51beaucoup de temps.
27:52J'ai été tellement effrayé
27:55par le réel
27:56lorsque mon père est mort
27:57que j'ai pris la tangente.
27:58– Oui,
27:59parce qu'il y avait votre père,
28:00mais il y avait aussi
28:00un oncle très particulier.
28:02– Ils étaient tous
28:04complètement dégalqués.
28:06lui est parti,
28:07c'est un homme sublime,
28:10il est parti pendu
28:11en porte-jartel,
28:12en travesti.
28:16Mais il n'était pas plus
28:17travesti qu'autre chose,
28:18il était tout.
28:21J'ai vécu dans une famille
28:23où il y avait des gens
28:24d'une autre époque,
28:27complètement...
28:29Au fond,
28:29c'était des gens
28:30qui avaient survécu à la guerre.
28:32Je ne suis pas sûr
28:32que ça les avait laissés intactes.
28:34– Et ces souffrances
28:35que vous aviez,
28:36vous êtes parvenu
28:37à les cacher
28:37pendant des années.
28:38Ce n'est pas facile,
28:39Alexandre Jardin ?
28:40– Jusqu'à ce que je sorte
28:43un livre qui s'appelle
28:43« Des gens très bien »,
28:45sur grand-père,
28:47sur mes interrogations.
28:49Qu'est-ce qui se passe
28:51pour qu'un type doté
28:53d'une morale
28:55participe à un régime
28:56criminel ignoble ?
28:58Et il m'a fallu
29:01des années de réflexion
29:02avant de pondre ce livre.
29:05Et évidemment,
29:06je me suis fâché
29:07avec toute ma famille
29:08parce que les familles
29:09ont un mal fou
29:10à vivre avec leur vérité.
29:13Mais moi,
29:14j'étais net,
29:15surtout par rapport
29:16à mes enfants.
29:17– Et quand vous avez écrit
29:18« Le roman d'Alexandre »,
29:18vous dites justement
29:19qu'il y a eu
29:20beaucoup de mensonges.
29:21Là aussi,
29:22les éditeurs vous avaient dit
29:23« N'écris pas ça
29:24parce que ta carrière est finie ».
29:26– Mais en général,
29:27quand il y a un livre important,
29:28les éditeurs vous disent
29:29« N'écris pas ça ».
29:34Ça m'est arrivé très souvent
29:35dans ma vie.
29:36– Et à chaque fois,
29:36vous avez fait le contraire.
29:37– Oui, forcément.
29:40C'est le cas de ce livre,
29:43de la femme qui inventa
29:44l'amour.
29:45Il y avait un éditeur
29:47au départ
29:47à qui j'en ai parlé
29:48qui m'a dit
29:48« Mais surtout,
29:49non, non,
29:49c'est pas possible.
29:50Il faut que tu ailles
29:51écrire un roman familial. »
29:53Évidemment,
29:54je suis parti.
29:55– Et ça,
29:56vous ne pouvez pas faire
29:57autrement que partir
29:58lorsque quelque chose
29:59ne vous convient pas.
30:00– C'est impossible.
30:01– Alors,
30:02il y a la littérature
30:03mais il y a aussi le cinéma.
30:04Et moi,
30:05je garde un merveilleux souvenir
30:07du Zoubial
30:08que vous aviez adapté
30:09à l'écran
30:09et qui avait été réalisé
30:10par Jean Poiré.
30:11– Le zèbre.
30:12– Le zèbre.
30:13– Le zèbre.
30:13– C'est Poiré.
30:14Et ce qui est magnifique,
30:15c'est que
30:17je reçois un soir
30:18un coup de fil
30:19de Jean Poiré
30:20qui me dit
30:21« Je viens de lire ce roman,
30:22je voudrais l'adapter
30:23au cinéma pour ma femme,
30:25je vais mourir.
30:27Et je voudrais
30:28lui offrir ce film
30:29avant de partir.
30:30Parce que
30:31dans la dernière partie
30:32de votre roman,
30:33l'homme continue
30:35à séduire sa femme
30:36depuis sa tombe,
30:37le zèbre.
30:38Et je voudrais
30:39offrir ça
30:39à ma femme.
30:40– Quitté Caroline Selyer,
30:42effectivement,
30:42il avait des problèmes cardiaques
30:43et il n'avait pas
30:44de ne pas s'en remettre.
30:45– Et il est mort
30:46avant que le film
30:47soit achevé.
30:49Il doit faire ça.
30:50– Et je ne sais pas
30:50si vous le savez
30:51mais la vocation initiale
30:52de Jean Poiré
30:53c'était être croque-mort
30:54justement.
30:55Il y avait une église
30:56en face
30:56de l'appartement familial
30:57et il voyait
30:58les entièrement
30:58tous les jours
30:59et il avait dit
31:00à ses parents
31:00« C'est ça que je veux faire. »
31:02Alors sa mère
31:02l'avait amené au Châtelet,
31:03il avait vu une opérette
31:05et il avait changé d'avis.
31:06C'est extraordinaire
31:07comme on peut faire le...
31:08et le cinéma,
31:09vous y êtes arrivé aussi
31:10parce que Le Zèbre
31:11a entraîné
31:12Fanfan
31:12qui est un film
31:13que vous avez réalisé
31:14alors que vous n'avez pas fait
31:16d'école de cinéma.
31:17– Non,
31:20contre toute attente,
31:21ce film me plaît plutôt.
31:24Et...
31:25je voyais la folie
31:27que je voulais glisser
31:30dans...
31:32avec Sophie Marceau
31:34et Vincent Pérez
31:36et surtout
31:37je tenais à toutes les scènes
31:38dont on me mettait
31:40beaucoup en garde.
31:41On me disait
31:41« Mais non,
31:42tu ne peux pas... »
31:44Il y a une scène
31:44où il décide de vivre avec elle
31:46sans qu'elle le sache
31:47et il installe
31:49un miroir centain
31:50et il crée
31:52un studio parallèle
31:53et il vit...
31:54et il dort avec elle
31:56sans qu'elle le sache
31:57puisque son lit est collé
31:58contre le miroir centain.
32:00Il prend un bain
32:01pendant qu'elle est dans son bain
32:02et en fait
32:04ce sont des scènes
32:06d'une fraîcheur incroyable
32:07parce qu'il est éperdument amoureux.
32:09– Mais c'est ça
32:09depuis le début
32:10ce qui vous guide
32:11c'est l'amour Alexandre Jardin.
32:13– Mais c'est la seule manière
32:15d'être un peu mieux que soi.
32:19– En même temps
32:21le cinéma
32:22encore une fois
32:23réaliser un film
32:24ce n'est pas simple
32:25il faut connaître la technique
32:26il faut avoir une super équipe
32:27et là vous débutiez complètement.
32:29– Non
32:29il faut mentir
32:30à tout le monde
32:31en faisant croire qu'on peut
32:32et ça a marché.
32:34– Puis après
32:35vous débrouillez.
32:36– Il y a un mot
32:37que vous ne supportiez pas
32:38c'était le mot action.
32:39– Oui
32:39je suis laissé un peu ridicule
32:40parce que pour moi
32:41c'était lié au film d'action
32:43et je n'allais pas dire action
32:44dans une scène d'appartement.
32:46– Voilà
32:46donc vous disiez
32:47partez.
32:48– Oui.
32:48– Mais c'est vrai
32:49que diriger des comédiens
32:50ce n'est pas si évident.
32:51– Non
32:53mais vivre n'est pas évident.
32:55– Voilà
32:55mais comment on fait
32:56pour diriger des comédiens
32:57quand on n'a justement
32:58jamais fait ce métier ?
33:00– On les aime
33:01– Et ils vous écoutent ?
33:03– Si on les aime
33:04il se passe quelque chose.
33:06– C'est Claude Zolara
33:07qui avait la manie
33:09de diriger ses comédiens
33:11il se mettait derrière la caméra
33:12et il soufflait
33:13le texte à ses comédiens
33:15et dans la Jument Verte
33:16Francis Blanche
33:17doit l'écouter
33:18et il a tellement été énervé
33:19par ça qu'il a dit
33:20un autre texte
33:21que celui
33:22qu'on lui glissait à l'oreille.
33:24Il n'y avait pas
33:24les écouteurs à ce moment-là
33:25ça s'est fini
33:26en pugilat.
33:28Alors
33:28tous ces combats
33:29si vous voulez
33:30ce sont vos engagements
33:31parce que
33:33votre vie
33:34aujourd'hui
33:34ce sont des engagements
33:36dans tous sortes
33:37de domaines
33:37politiques
33:38sociales
33:39c'est vraiment
33:40votre adrénaline
33:41j'ai l'impression
33:41Alexandre Jardin.
33:42– C'est plus profond
33:43que ça.
33:46je n'accepte pas
33:47une forme d'effacement
33:48de la France
33:51je veux que ça reste
33:52quelque chose de grand
33:54donc lorsqu'il y a
33:55une inconduite publique
33:56par exemple
33:57il y a eu la crise
33:58des ZFE
33:59où tout à coup
34:00l'État français
34:02envisageait
34:02d'exclure des villes
34:04un tiers du peuple
34:06ça touchait
34:06à nos valeurs profondes
34:08à l'égalité
34:09à une certaine idée
34:11de l'homme
34:11donc il y a des tas de gens
34:13qui m'ont dit
34:13ah mais on va te taxer
34:15d'anti-écolo
34:17l'homme
34:18ça ne se négocie pas
34:19le tri humain
34:20ça ne marche pas
34:22je ne pouvais pas accepter
34:23que ça se passe en France
34:24donc
34:25quand je vois
34:26quelque chose
34:27qui abîme
34:30nous devons
34:30rester une grandeur
34:32donc si par moment
34:34on est gouverné
34:35par des égarés
34:37il faut les combattre
34:38il faut les virer
34:40il faut
34:42il faut remettre
34:45pour moi
34:46ce qui se passe
34:46en France
34:47ou ça agrandit l'homme
34:49ou ça le rapetisse
34:50donc
34:51je me suis toujours senti
34:54copropriétaire
34:55de ce pays
34:57vraiment
34:57c'était
34:58je n'envisage
35:00absolument pas
35:01de laisser
35:02une vilainie
35:03se faire
35:03là il y en a une
35:06qui se dessine
35:07on va leur faire
35:08rendre gorge
35:10il est question
35:11de signer
35:11un papelard idiot
35:13qui va faire doubler
35:14le prix de l'électricité
35:15donc de détruire
35:17une partie
35:17de notre économie
35:18de jeter les gens
35:19dans le froid
35:22donc je vais leur faire
35:23on va leur faire
35:24rendre gorge
35:25jusqu'à ce que les gens
35:26aient des factures
35:27avec des prix faibles
35:28alors ça c'est le côté
35:30passionné
35:31et il y a aussi
35:32le côté passionnant
35:33c'est ce livre
35:33La femme qui invente
35:35l'amour
35:35qu'on va évoquer
35:36à travers la date
35:37du 8 janvier 2026
35:38à tout de suite
35:39sur Sud Radio
35:39avec Alexandre Jardin
35:42Sud Radio
35:43les clés d'une vie
35:44Jacques Pessis
35:45Sud Radio
35:45les clés d'une vie
35:46mon invité
35:47Alexandre Jardin
35:48avec ce livre
35:49qui est sorti
35:50le 8 janvier 2026
35:51La femme qui invente
35:53l'amour
35:54un livre qui pourrait
35:55être illustré
35:56par cette chanson
36:05Vous la connaissez
36:06cette chanson bien sûr
36:07Lucienne Boyer
36:08en fait ce qui s'est passé
36:09elle arrive un jour
36:10d'une maison d'édition
36:10pour écouter une chanson
36:11et dans la pièce voisine
36:12il y a quelqu'un
36:13qui chante cette chanson
36:14elle est mal
36:14en train de dire
36:15mais je la veux
36:16cette chanson
36:16elle en a fait
36:17un succès mondial
36:18au Japon
36:19elle arrivait
36:19à l'aéroport
36:20des milliers de personnes
36:21l'attendaient
36:22et aux Etats-Unis
36:23à New York
36:24elle a descendu
36:25la 5ème avenue
36:25comme le président
36:27des Etats-Unis
36:27à cause ou grâce
36:29à cette chanson
36:29et c'est vrai que l'amour
36:30c'est essentiel
36:31et cette femme
36:33qui inventait l'amour
36:34et bien c'est un livre
36:35qui sort chez Michel Laffont
36:36ce serait banal
36:38sauf que
36:38c'est l'histoire de l'amour
36:39et ça
36:40l'histoire de l'amour
36:40personne ne l'avait jamais écrite
36:42non
36:42c'est l'histoire de la création
36:43de l'amour
36:43c'est une création culturelle
36:46personne n'a jamais dit ça
36:47oui parce qu'on croit
36:49on est tous immergés
36:50dans notre propre culture
36:51où on pense
36:53que ça existe
36:54comme la neige
36:55comme l'eau
36:55ou le feu
36:56non
36:57d'ailleurs en Europe
36:58ça arrive au 12ème
36:5913ème siècle
37:01on n'écrit pas avant
37:02d'histoire d'amour
37:03en 842 aussi
37:04on commence quelques bribes
37:06oui mais voilà
37:07mais ça commence
37:09en Chine
37:10c'était il y a 3000 ans
37:12qu'apparaît le mot
37:12la première fois
37:14que les humains
37:14écrivent le mot
37:16c'est un idéogramme chinois
37:17on appelle ça un kanji
37:19et c'est l'histoire
37:21de la femme
37:22qui crée ce kanji
37:24qui est une souveraine
37:26d'un royaume chinois
37:28qui est au coeur
37:29de l'Himalaya
37:30la princesse
37:31et j'ai voulu raconter
37:32le destin
37:33de cette femme
37:34qui a réveillé le monde
37:35comment est venu
37:36ce sujet ?
37:38dans un dîner
37:39à Hanoï
37:42où il y avait un historien
37:44qui me parle
37:45de ce mythe
37:46je me demande
37:47si c'est un mythe
37:47et il me dit
37:48c'est une mauvaise question
37:49et je dis pourquoi ?
37:51parce que
37:51dans l'antiquité
37:52un personnage
37:54n'a de poids
37:55que parce qu'il signifie
37:56quelque chose
37:57pas parce qu'il est réel
37:58ou mythifié
38:01et tout à coup
38:04je m'aperçois
38:05que je n'y avais jamais pensé
38:07je m'aperçois
38:08qu'elle est contemporaine
38:11Xi et contemporaine
38:13de Ramsès II
38:16et en Égypte
38:17il n'y a pas le mot
38:20dans la civilisation
38:21les civilisations
38:23mesopotamiennes
38:24le mot amour
38:24n'existe pas
38:25non
38:26et vous vous êtes dit
38:27tiens
38:27c'est extraordinaire
38:28ça veut dire qu'à un moment
38:29le mot apparaît
38:30avec le concept
38:31c'était avant
38:33alors pourquoi il n'y a pas le mot
38:34pourquoi le concept
38:35est inventé à un moment
38:36parce que avant
38:38dans le monde
38:39d'avant l'amour
38:39on appartient à sa famille
38:41il n'y a pas de moi
38:44donc le concept
38:45du mariage d'amour
38:45n'est pas possible
38:46puisque le moi
38:47n'existe pas
38:47et quand cette femme
38:49découvre ça
38:50le dessine
38:51elle comprend que c'est
38:52la plus grande puissance
38:54de changement
38:54et d'éveil
38:55sauf qu'elle vit dans un royaume
38:57Alexandre Jardin
38:57où l'amour
38:59ce n'est pas vraiment
38:59la tasse de thé
39:00de l'empereur
39:00mais pas du tout
39:01puisque
39:03quand une femme dit
39:04je t'aime
39:04elle dit je
39:05je
39:06son moi apparaît
39:08et pour l'empereur de Chine
39:10l'apparition du moi
39:11c'est la fin
39:12de l'obéissance
39:13au nous
39:14collectif chinois
39:15il est même capable
39:16de couper des langues
39:17par ça qu'il parle trop
39:18ça va être très violent
39:20l'émergence de l'amour
39:23il y a 3000 ans
39:24a provoqué d'abord
39:26une épidémie d'amour
39:27c'est à dire que
39:28les êtres humains
39:29ont été absolument
39:30emballés
39:30par ce réveil
39:32ça a provoqué
39:33un réveil culturel
39:34un réveil d'écriture
39:35un réveil de l'architecture
39:38et c'est tout ça
39:39que je raconte
39:40jusqu'à l'immense bataille
39:41entre l'empereur
39:42et Xi
39:43parce qu'il ne veut pas
39:45que sa civilisation
39:47sombre
39:48dissoute
39:49par cette invention
39:50géniale
39:52cette invention culturelle
39:53absolument géniale
39:54et
39:55j'ai écrit ça
39:57parce que
39:57je n'accepte pas
39:59que notre monde
40:00actuel
40:01soit un monde
40:02dans lequel
40:02l'amour n'est pas aimé
40:03et en plus
40:05dans le livre
40:06à l'époque
40:06il n'y avait pas
40:06le téléphone
40:07ou internet
40:07pour transmettre
40:08les mots
40:08c'était les ancêtres
40:10des graffitis
40:10sur les murs
40:11qui permettaient
40:11à quelqu'un
40:12de dire
40:13voilà
40:13c'est extraordinaire
40:17mais
40:18je ne veux pas
40:19vivre dans une société
40:20où les gens
40:21ne s'éveillent pas
40:22or c'est par l'amour
40:23que l'on accède
40:25au maximum de soi
40:26d'ailleurs le mot
40:27dans le roman
40:28pourquoi est-ce qu'elle
40:29le nomme comme ça
40:30parce que c'est le nom
40:31de la montagne
40:32du sommet de l'Himalaya
40:34qui est le plus haut
40:35et donc à l'époque
40:36pour ces chinois
40:38c'est
40:39le maximum
40:40de ce qui existe
40:42et elle comprend
40:44que l'amour
40:44va être le maximum
40:45de ce qui existe
40:47et je voudrais
40:48que les gens
40:49redeviennent
40:50le maximum
40:51de ce qu'ils peuvent être
40:52et amour
40:52dans tous les sens du terme
40:53bien sûr
40:55et amour politique
40:56bien sûr
40:58amour social
40:58amour littéraire
40:59alors vous évoquez
41:01cette dynastie
41:02Chang
41:02qui est justement
41:03la base de l'histoire
41:04comment vous êtes-vous
41:05documenté ?
41:07alors d'abord
41:08il y a très peu de choses
41:10disponibles
41:11même sur le Google
41:12occidental
41:14donc j'ai trouvé
41:15beaucoup de choses
41:16sur les moteurs
41:17de recherche chinois
41:18mais pour ça
41:19si vous n'avez pas
41:20des amis chinois
41:20c'est compliqué
41:23or
41:25malgré tout ça
41:26il n'y a pas
41:26beaucoup de choses
41:28parce que
41:31regardez pour
41:31Rame 16-2
41:33on ne sait pas
41:34s'il mangeait
41:35des oeufs à la coque
41:38c'est quand même
41:39très ancien
41:40donc en même temps
41:41ça m'a laissé
41:41une latitude
41:42de création
41:43et puis j'ai été voir
41:45l'endroit
41:45où se passe le roman
41:46au lac Nam Tso
41:49qui est
41:49dans l'actuel Tibet
41:50les français ne le savent pas
41:52mais il y a une mer
41:53au milieu de l'Himalaya
41:55une mer salée
41:57qui est un lac
41:58qui est plus grand
41:59que le lac Léman
42:00et vous arrivez
42:02au milieu des sommets
42:03de l'Himalaya
42:03et il y a
42:04une mer
42:05avec des tempêtes
42:06à 5000 mètres
42:08d'altitude
42:08et c'est là
42:09que ce roman
42:11prend corps
42:12c'est là que cette femme
42:13va inventer l'amour
42:16va changer
42:17l'empire de Chine
42:18le défier
42:20le transformer
42:21réveiller
42:22toute une civilisation
42:24et je publie ce livre
42:25parce que je veux
42:26je veux
42:27je veux la même chose
42:29voilà
42:29et c'est une épopée
42:30et cette épopée
42:32justement
42:32elle mène à la victoire
42:34de cette femme
42:34mais c'est ce que vous souhaitez
42:36aussi pour l'avenir
42:37chez nous
42:38je veux
42:38elle appelle
42:40les gens
42:40les gens qui basculent
42:41dans l'amour
42:42donc dans le maximum
42:43d'eux-mêmes
42:44elle les appelle
42:44les réveillés
42:46je veux vivre
42:46dans une société
42:47de réveillés
42:48je ne veux pas
42:49que les gens
42:49aillent sur des applis
42:50de rencontres
42:51et disent
42:51j'ai choisi
42:52mon partenaire
42:53parce qu'elle jouait
42:55au tennis
42:55et qu'elle aimait
42:56aller en vacances
42:57en Thaïlande
43:00ces logiques affinitaires
43:01n'ont aucun sens
43:03quand on entre
43:04dans la grande collision
43:06amoureuse
43:08s'il n'y a pas
43:09un immense éveil
43:09c'est la fin
43:10de la civilisation
43:12ça veut dire
43:13qu'on passe
43:13à côté du maximum
43:14de tout
43:15et d'ailleurs
43:16vous êtes tellement précis
43:17en la matière
43:17qu'on n'est pas
43:18en 2026
43:19après Jésus-Christ
43:21vous évoquez
43:223270 ans
43:23avant l'amour
43:24oui
43:26mais le roman
43:27démarre
43:28dans ce qu'était
43:29le monde
43:30avant l'amour
43:31c'est un monde
43:31sans poésie
43:32oui
43:33c'est un monde
43:34qui n'accédait pas
43:34à sa poésie
43:35qui n'accédait pas
43:36à sa ferveur
43:39la peinture
43:40les arts graphiques
43:40n'étaient pas encore
43:41réveillés
43:44l'invention
43:45de l'amour
43:47quand vous écoutez
43:48du Mozart
43:50Mozart
43:50a été réveillé
43:51par l'amour
43:53la musique
43:54d'avant
43:54l'amour
43:55elle n'est pas
43:56réveillée
43:56elle n'a pas
43:57cette grâce
43:58la peinture
43:59d'avant l'amour
43:59elle n'a pas
44:00cette grâce
44:01et puis
44:02ce qui est important
44:03aussi
44:03c'est faire passer
44:04ça dans les mots
44:05un travail énorme
44:06car il faut faire
44:06passer
44:07l'intensité
44:08de la passion
44:09dans les mots
44:10Alexandre Jardin
44:11et l'intensité
44:11de l'éveil
44:13c'est à dire
44:13qu'est-ce qui se passe
44:14quand une femme
44:15s'éveille
44:16mais s'éveille
44:17très profondément
44:20c'est pas
44:22un changement
44:23d'intensité
44:24ou de degré
44:25c'est un changement
44:26de nature
44:26qui lui arrive
44:27c'est ça
44:28qu'elle découvre
44:29c'est qu'on change
44:30de nature
44:31tout à coup
44:31on accède
44:32à sa liberté
44:32on devient
44:33extrêmement désobéissant
44:36parce qu'on a
44:37une énergie
44:37extraordinaire
44:38lorsqu'on est amoureux
44:40et en politique
44:41ça fait des illimités
44:43ça fait des gens
44:44qui vont oser
44:46votre livre
44:46c'est presque
44:47un hymne à l'amour
44:48c'est un hymne
44:50à cette puissance
44:51de désobéissance
44:53et je voudrais
44:54que ma société
44:55redevienne
44:57rebascule
44:57dans cette
44:59dans cette
45:00plénitude
45:01de ce que l'humain
45:01peut faire
45:02lorsqu'il s'éveille
45:03voilà
45:04et
45:06j'ai voulu
45:07le décrire
45:07à partir
45:08de cette fille
45:09et d'un personnage
45:11qui est rebelle
45:11et rieur
45:12qui s'appelle
45:12Cheng
45:13qui est l'homme
45:14qui va être éveillé
45:15lui-même
45:15par cette femme
45:16et qui va être
45:17pour la première fois
45:19dans l'histoire
45:19de l'humanité
45:20l'objet d'un amour
45:21donc d'un éveil commun
45:24et d'un
45:24et ces deux là
45:26vont inventer
45:26le premier mariage
45:28d'amour
45:28en même temps
45:29on a fait des fouilles
45:30récentes sur les archives
45:32impériales des Cheng
45:33et ça correspond
45:34exactement à ce que
45:35vous racontez
45:35c'est à dire que
45:36l'amour
45:37c'était une région
45:39interdite
45:39où la poésie
45:40n'avait pas le droit
45:40de citer
45:42s'est venue
45:43réveiller le monde
45:44donc
45:45il n'y avait pas
45:45c'était un monde
45:47encore éteint
45:48c'est extraordinaire
45:49pour un écrivain
45:50de démarrer un roman
45:51dans le monde
45:52d'avant l'amour
45:53et d'ailleurs
45:54votre père vous a dit
45:55un jour
45:55tu es fait pour l'amour
45:56Alexandre
45:57oui
45:58il m'avait prévenu
45:59que c'était la grande affaire
46:01que je n'étais pas venu
46:01pour autre chose
46:03et il m'avait dit
46:04le jour où tu feras l'amour
46:06à ta vraie femme
46:09ça sera le moment
46:10où tu vas commencer
46:12à exister
46:12et vous avez commencé
46:14à exister
46:15grâce à une rencontre
46:16incroyable
46:16sur internet
46:17et grâce à une femme
46:19que vous n'avez pas vue
46:21pendant des mois
46:22et des mois
46:22on s'est écrit
46:24ça a été
46:25le plus grand réveil
46:27de ma vie
46:28par écrit
46:30et on a décidé
46:31d'ailleurs
46:31d'acheter notre maison
46:33avant de se voir
46:35vous étiez certain
46:36que c'était la bonne
46:36oui
46:38mais quand vous
46:39quand vous accédez
46:40à cette forme
46:41d'éveil profond
46:44vous êtes prêt
46:44pour écrire
46:45la femme
46:45qui inventa l'amour
46:46sinon non
46:49sinon ça ne marche pas
46:50mais c'est des mois
46:51de travail
46:51quand on lit le livre
46:52avec la précision
46:54même historique
46:55ce sont des mois
46:56et des mois
46:56de souffrance
46:57pas de souffrance
46:58de jubilation
47:00parce qu'il faut trouver
47:02le mot juste
47:02à chaque fois
47:03il faut qu'il n'y ait pas
47:04d'erreur historique
47:05dans un pays aussi lointain
47:06c'est pas facile
47:07il doit y en avoir
47:08mais en revanche
47:10je crois être arrivé
47:11à retracer
47:14à réveiller
47:16la première vague
47:17d'amour
47:18du monde
47:19lorsque ça se met
47:20à couler
47:20le long du fleuve jaune
47:23il y a 3000 ans
47:24quand tout à coup
47:25les humains
47:26se rendent compte
47:27que s'ils se laissent
47:28aller là-dedans
47:30dans cette forme
47:31de réveil
47:32ils changent de nature
47:34ils accèdent
47:35à leur courage
47:37dans notre vie
47:38lorsqu'on a été
47:39réellement amoureux
47:40on a été
47:41extraordinairement libre
47:45lorsque
47:46et je vais faire
47:47une transposition
47:48en politique
47:49le grand amour
47:51pour la France
47:51de Charles
47:52de Gaulle
47:54c'est le 18 juin 40
47:56c'est un acte
47:57d'amour pur
47:59il fait pas ça
48:00pour faire carrière
48:01d'ailleurs
48:01ils sont 3-4
48:02ils sont pas très nombreux
48:04c'est un acte
48:05d'amour pur
48:06donc on voit bien
48:08lorsque Mandela
48:10décide de rendre
48:11son humanité
48:11à son garde-chiourme
48:14il le fait pas amour
48:15et Mandela
48:16il y a une anecdote
48:16incroyable
48:17c'est-à-dire que
48:17dans son enfance
48:19sa jeunesse
48:20on a voulu le marier
48:21dans sa tribu
48:22il a refusé
48:23il est parti
48:23c'est comme ça
48:24qu'il a commencé
48:24ses combats
48:25une histoire d'amour aussi
48:26mais c'est un homme
48:27d'amour pur lui
48:29c'est comme ça
48:30que son pays
48:31échappe au bain de sang
48:31alors ce livre
48:33pour vous
48:33c'est votre livre
48:34le plus intime
48:35le plus abouti
48:36et vous vous dites
48:37maintenant
48:38ça va être dur
48:38de faire mieux
48:39quand je vais vouloir
48:40parler d'amour
48:40en littérature
48:41je crois que je vais arrêter
48:43parce que
48:43Xie c'est le maximum
48:44de ce que je pouvais écrire
48:47c'est la femme
48:48qui pousse
48:50la vision de l'amour
48:51dans son maximum
48:53absolu
48:56je crois que
49:00j'irais écrire
49:01sur d'autres choses
49:03parce que j'ai eu
49:03la sensation
49:04avec ce personnage
49:06surpuissant
49:07je veux dire
49:07c'est quand même
49:08la fille
49:08qui à un moment
49:10fabrique
49:10le concept
49:12le plus libérateur
49:13de l'histoire
49:13de l'humanité
49:17est-ce qu'on se rend bien compte
49:20qu'il y a quelqu'un
49:21à un moment
49:21qui le dessine
49:22ce mot
49:23qui le conçoit
49:25qui le fait apparaître
49:27or tant qu'il n'y a pas de mot
49:28il n'y a pas de transmission
49:30personne n'avait jamais
49:32écrit sur ce sujet
49:33de cette façon
49:34Alexandre Jardin
49:34j'ai été stupéfait
49:36que personne ne se soit
49:38posé la question
49:39de ce mot
49:41ce concept
49:43libérateur
49:43libératoire
49:46pourquoi n'est-il pas
49:48apparu plus tôt
49:52la première fois
49:53qu'on me parle
49:53de ce mythe
49:54je me dis
49:54mais c'est le mythe
49:55le plus puissant
49:57est-ce que vous n'avez pas
49:58le sentiment
49:59que votre vie commence
50:00avec ce livre
50:01la femme qui invente
50:02l'amour
50:02si
50:03c'est évident
50:04parce que
50:05tout ce que je ferai
50:07sera dans cette dimension
50:09que ce soit public
50:10que ce soit politique
50:14ce que j'espère
50:15pour les autres
50:16cette forme d'éveil
50:18je vais l'appliquer
50:19et bien
50:20c'est ce que je vous souhaite
50:22pour les mois
50:22et les années à venir
50:23et en attendant
50:24je recommande
50:25à celles et ceux
50:25qui ont envie d'aimer
50:27et qui ont l'art d'aimer
50:29de lire
50:29La femme qui a inventé
50:31l'amour
50:31chez Michel Laffont
50:32parce que c'est un livre
50:33passionnant et passionné
50:35merci Alexandre Jardin
50:36merci
50:36et que c'est une vie
50:37c'est terminé pour aujourd'hui
50:38on se retrouve bientôt
50:39restez fidèles
50:40à l'écoute de Sud Radio
50:41Sous-titrage Société Radio
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