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  • il y a 3 heures
Josiane Desteuque, 49 ans, divorcée, un caractère parfois entier. A l'été 2009, elle disparait de chez elle, dans un village de Normandie. Départ incompréhensible, car elle n'avait pas de problème et s'entendait bien avec son nouveau compagnon.
Retrouvez tous les jours en podcast le décryptage d'un faits divers, d'un crime ou d'une énigme judiciaire par Jean-Alphonse Richard, entouré de spécialistes, et de témoins d'affaires criminelles.

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00:0114h-15h, c'est l'heure du crime sur RTL.
00:06Et ils se disent qu'en réalité elle est là depuis le mois d'août et qu'on a laissé
00:11leur soeur mère ou fille mourir dans le fin fond d'une forêt.
00:17On ne respecte même pas son cadavre.
00:21Bonjour, Josiane Destuck, 49 ans, divorcée.
00:25A l'été 2009, elle disparaît de chez elle dans un village de Normandie, départ incompréhensible.
00:31Elle n'avait pas de problème, elle s'entendait très bien avec son nouveau compagnon, on les voyait marcher la
00:37main dans la main.
00:39Mais le chemin de l'amour était-il celui de la mort ?
00:43Josiane Destuck, le mystère du duvet bleu, l'heure du crime, la seule émission Radio 100% fait diverser tout
00:48de suite sur RTL.
00:55Lundi 17 août 2009, autour de 14h30, un homme appelle la brigade de gendarmerie de Brion, dans l'heure.
01:03Le dénommé Luc Rabin signale la disparition de sa compagne, Josiane Destuck.
01:08Rabin, 45 ans, guichetier à la SNCF, habite le village de Calville.
01:14Il est rentré de son travail il y a deux heures, vers midi et demi.
01:18Il a été surpris de voir les volets clos, la femme avec qui il vit, Josiane Destuck, 49 ans, n
01:24'était plus là.
01:25Il a fait le tour des voisins, il a appelé une amie de Josiane, puis son kinésithérapeute, mais personne ne
01:31l'a vue.
01:32Entendu par les gendarmes, Luc Rabin apparaît envahi par l'émotion, l'incompréhension.
01:38Il dit avoir quitté la maison vers 4h45 du matin pour aller prendre son service à la gare de Bernay.
01:45Josiane dormait, lui a fait un baiser sur le nez, il lui a laissé un petit mot.
01:49Il n'a pas réussi à la joindre de la matinée.
01:53Quand il est rentré, la maison n'était pas en désordre, il manquait juste un sac à main
01:57qui contient les papiers, le chéquier, la carte bancaire de la compagne.
02:02Apparemment, Josiane a emporté aussi une petite valise avec des vêtements.
02:06Luc Rabin ne comprend pas ce départ car tout va bien dans le couple.
02:10En septembre, il est prévu qu'il parte en vacances à Barcelone.
02:14Le compagnon aimait juste une réserve.
02:16Depuis sa chute dans l'escalier, début juillet, c'est vrai, Josiane a changé de caractère.
02:22Elle se montrerait irritable et jalouse.
02:25Mercredi 19 août, un adolescent qui habite Cailleville rapporte à la gendarmerie un téléphone portable
02:32qu'il a trouvé deux jours plus tôt sur une petite route.
02:35C'est celui de la disparue, Josiane Destuck.
02:38L'analyse montre que son compagnon l'a appelé à plusieurs reprises, le 17 au matin, jour de la disparition.
02:45Il lui a envoyé des textos.
02:48À 8h53, il lui demande, ça va-t-il ?
02:51Il continue à lui adresser des SMS sans obtenir de réponse.
02:55Le lendemain, au petit matin, il demande, t'es où ?
02:58Tout le monde s'inquiète, c'est pas marrant.
03:01Qu'est-ce que j'ai fait ?
03:02Les gendarmes examinent la vie du couple rabbin Destuck.
03:06Ceux qui les connaissent ne font état d'aucun différent, ni dispute, ni éclat de voix.
03:11Un voisin les présente comme très amoureux.
03:14Il les voit souvent se promener main dans la main.
03:16Les membres de la famille n'ont jamais noté.
03:19De signes de mésentente, Josiane et Luc avaient même des projets de mariage.
03:25Dimanche 17 janvier 2010, 12h30.
03:27Quatre mois pile après la disparition de Josiane Destuck,
03:31un crâne humain est découvert par un vététiste sur un sentier forestier
03:36dans les bois de Lyons-la-Forêt, à une centaine de kilomètres de Calville.
03:41Le crâne est non loin d'un sac de couchage bleu très détérioré par les intempéries, la saleté.
03:48Il est en partie ficelé avec du ruban adhésif.
03:52Il renferme des ossements, un t-shirt, une bague fantaisie, une touffe de cheveux de couleur claire.
03:58Le légiste estime que le cadavre, celui d'une femme, a été amené ici.
04:03Impossible de déterminer les causes de la mort.
04:05Les experts ne relèvent aucune fracture vitale.
04:09Après de longues vérifications, la victime est formellement identifiée
04:12comme étant Josiane Destuck.
04:14Le procureur d'Evreux ouvre une information judiciaire pour homicide volontaire.
04:19Luc Rabin est à nouveau entendu.
04:21Il commente la découverte.
04:23C'est à la fois un sentiment de colère et un soulagement, si je peux parler ainsi.
04:27Il y a forcément quelqu'un qui sait.
04:29Il va me falloir le temps d'assimiler la nouvelle.
04:32Le compagnon n'a jamais cessé de s'intéresser à l'affaire.
04:36Il collectionne toutes les coupures de presse.
04:39À une de ses connaissances, Luc Rabin a dit un jour qu'il se promenait de temps en temps dans
04:44cette forêt de Lyons.
04:46Cette femme en informe les enquêteurs, quand j'ai appris la découverte du corps, dit-elle,
04:52« J'ai pensé que Luc Rabin avait supprimé sa compagne.
04:56Il est tellement maniaque qu'il s'y serait bien pris. »
05:01Une petite musique qui va commencer à s'installer autour de ce Luc Rabin, même si cette musique a pour
05:07le moment du mal à prendre, car on ne trouve rien à ce stade qui puisse impliquer le mari.
05:12Parce qu'effectivement, tout allait bien dans ce couple.
05:14On va tout de même finir par découvrir quelques secrets, des zones d'ombre insoupçonnées.
05:20Mais tout ça, on va voir ça dans la suite de l'heure du crime.
05:23Bonjour Clémentine Biziot.
05:25Bonjour.
05:26Merci beaucoup d'être avec nous en direct dans l'heure du crime.
05:29Vous êtes journaliste spécialisée dans les affaires de police, de justice, les faits divers.
05:34Et effectivement, cette affaire, vous la connaissez vraiment très très bien, sur le bout des doigts même.
05:39Alors Clémentine Biziot, la disparition brutale de Josiane Destec.
05:43Alors là, tout le monde tombe des nus, parce que c'est totalement incompréhensible.
05:48Oui, tout à fait.
05:49Dès le départ, c'est très étrange, parce que le couple, selon les dires de Luc Rabin, s'est quitté
05:54quelques heures plus tôt.
05:55Tout semblait tout à fait normal.
05:57Il dit avoir embrassé sa compagne, lui avoir laissé un petit mot doux.
06:01Et puis Josiane, c'est une femme où on ne connaît absolument pas d'ennemis.
06:04Elle est très appréciée.
06:05Elle allait être grand-mère dans quelques mois.
06:08Donc c'était quelque chose qui était hyper important pour elle.
06:11Et puis elle avait une très bonne situation.
06:13Elle travaille à la mairie de Brionne.
06:15Elle était directrice de l'urbanisme depuis seulement quelques mois.
06:19Et elle avait plein de projets.
06:21Donc effectivement, cette disparition, on ne la comprend pas du tout.
06:23Oui, c'est vraiment extrêmement curieux.
06:26Qui plus est, ils se donnaient la main, ce couple qui, tous les deux, ont refait leur vie.
06:31Ils se donnaient la main, ils avaient des projets de mariage.
06:33C'était plutôt sympathique.
06:35Oui, ils étaient ensemble depuis 15 ans.
06:38Mais ils étaient très proches, très différents au niveau caractère.
06:42Josiane Destock était plutôt très extravertie, très sociable, très ouverte.
06:47Luc Rabin, plus introvertie, plus taiseux.
06:50Mais c'était une forme de complémentarité.
06:53Le couple coulait de deux beaux jours.
06:55Tous les témoins font état d'effectivement un couple sans histoire.
07:01Un voisin explique même qu'ils les voient régulièrement dans leur jardin, très amoureux.
07:07Et ils avaient un projet de mariage, effectivement, puisque Josiane était la propriétaire de la maison.
07:12Et voulait mettre Luc à l'abri s'il arrivait quelque chose.
07:15Voilà.
07:16Voilà, bon, c'est idéal.
07:17Ce que vous faites, Clémentine Biziot, effectivement, le portrait d'un couple idéal.
07:22Tout le monde a refait sa vie.
07:23On est heureux.
07:24On vit dans cette petite maison.
07:26Chacun travaille et tout va bien.
07:27Il y a de l'argent au foyer, suffisamment pour vivre tranquille et heureux.
07:31Et tout le monde s'aime.
07:33Bonjour Yves Dupas.
07:35Bonjour.
07:35Merci beaucoup d'être avec nous également dans cette heure du crime.
07:38Yves Dupas, vous étiez l'avocat général lors du procès qui viendra un peu plus tard.
07:44On va en parler de ce procès qui est très important.
07:47Vous êtes donc magistrat et merci beaucoup d'avoir accepté l'invitation de l'heure du crime.
07:51Yves Dupas, ce 17 août 2009.
07:54Luc Rabin, il signale, c'est lui qui signale la disparition de sa femme.
07:58Il est dans quel état cet homme ?
08:00Alors, l'Odyssée Toute, c'est un homme désemparé qui fait part au gendarme de son inquiétude.
08:07Il laisse plutôt penser à un départ volontaire, puisqu'il a à un moment donné émis une idée selon laquelle
08:17elle aurait rejoint l'Espagne, Barcelone,
08:20parce qu'elle traversait une mauvaise période, une mauvaise passe, un peu dépressive.
08:27Alors, Yves Dupas, encore une question pour vous.
08:30Évidemment, on a décrit, notamment avec Lémanthine Biziot, cette famille idéale, ce couple idéal.
08:36Il y a un petit bémol là-dedans.
08:38Il y a une réserve quand même, parce que depuis une chute dans un escalier, c'est ce que dit
08:43le compagnon,
08:44depuis une chute dans un escalier, c'était début juillet, eh bien, Josiane Destocq, elle n'allait plus très bien.
08:52Alors, c'est un élément qui, au départ, relève d'un accident domestique.
08:58Cette chute violente dans l'escalier de Josiane Destocq, qui provoque quand même un traumatisme crânien sérieux,
09:06qui aurait pu être à l'origine de cette phase dépressive décrite par son concubin.
09:12Et à la fin de cette affaire, cette chute, elle reste une zone d'ombre.
09:18Elle reste une zone d'ombre. Effectivement, on va en reparler de cette chute, parce que c'est important.
09:22Bonjour, Major Wilfrid Josic.
09:24Bonjour.
09:25Merci beaucoup d'être avec nous également dans l'heure du crime.
09:27Major Wilfrid Josic, commandant de la brigade de recherche de Deauville.
09:31Et au moment des feux, vous étiez à la brigade de recherche de Bernay.
09:35Vous connaissez bien cette affaire.
09:37Major Josic, disparition volontaire, plausible ou pas ?
09:42Écoutez, la disparition volontaire, elle reste plausible, en raison des déclarations de M. Rabin.
09:46Il évoque notamment l'emploi du temps du couple, la veille de la disparition,
09:52avec un déplacement à Rouen, en couple, dans l'après-midi,
09:56où ils sont allés voir un film qui s'appelle le film Partir,
10:01et qu'ils se sont promenés sur la colline de Saint-Catherine.
10:04Juste pour précision, le film Partir, en fait, est une histoire d'une femme
10:09qui disparaît du jour au lendemain pour aller retrouver un amant.
10:12Un petit mot, Major Josic, avec vous, sur la découverte du corps,
10:16on identifie la victime.
10:17Il y a cette bague, et puis dans ce duvet bleu ?
10:21En fait, cette bague pourrait correspondre à une bague qu'on a identifiée
10:25sur les photographies que Luc Rabin nous avait remises
10:28dans le cas de l'enquête sur disparition.
10:30C'est le seul élément qui nous amène sur la possible identification de Josiane.
10:35Mais il y a aussi une notion de stérilé, puisque Josiane était porteuse d'un stérilé.
10:39Et lors de la découverte du corps à l'état squelettique, il y avait la présence d'un stérilé.
10:42Donc tous ces petits éléments-là permettent quand même de conforter la possibilité que ce soit-elle.
10:48Clémentine Bisou, un petit mot sur l'autopsie qui est très compliquée.
10:50Les légistes, qu'est-ce qu'ils disent sur la façon dont est morte cette femme ?
10:54On ne sait pas grand-chose ?
10:56Oui, alors on n'apprend pas grand-chose avec l'autopsie.
10:59Bon, si ce n'est que, comme vient de le dire le Major, que c'est une femme,
11:02il n'y a pas de traces de projectiles, pas de fractures vitales.
11:05Il y a quand même des anciennes fractures, dont une qui pourrait être compatible avec le traumatisme crânien.
11:11Mais impossible de déterminer les causes de la mort.
11:14Le corps est en bien trop mauvais état.
11:16Il est resté six mois dans un sac de couchage sous débranchage dans la forêt.
11:20Donc c'est en état de décomposition.
11:24Et il y a des rongeurs aussi, des charronnières qui ont en partie dévoré le corps.
11:30Exactement.
11:31Et évidemment, c'est difficile.
11:32Un compagnon, peu à peu, au centre des investigations.
11:36Josiane Destec, le mystère du duvet bleu.
11:38J'ai tenté de la calmer, mais elle me rabaissait.
11:41Je l'ai saisie par le cou.
11:42Elle a levé un bras, elle est tombée.
11:44L'enquête de l'heure du crime.
11:45On se retrouve dans un instant sur RTL.
11:4814h15.
11:49C'est l'heure du crime sur RTL.
11:51Avec Jean-Alphonse Richard.
11:5614h15.
11:57Jean-Alphonse Richard sur RTL.
12:00L'heure du crime.
12:01Heure du crime.
12:02Consacrée aujourd'hui à l'affaire Josiane Destec.
12:05Cette femme de 49 ans a été découverte assassinée 4 mois après sa disparition en Normandie.
12:10Son départ du domicile conjugal était inexplicable.
12:14Le compagnon insoupçonnable va être inquiété.
12:18Vendredi 4 novembre 2011, un peu plus de deux ans après la disparition et la mort de Josiane Destec.
12:24La juge d'instruction place sur écoute Luc Rabin.
12:28Les gendarmes savent qu'il est engagé dans une magouille financière.
12:33Il y a quelques années, il a empoché une grosse somme pour enflouer son commerce, un vidéoclub.
12:39L'argent lui avait été remis par un jeune homme qui avait dérobé la somme à son grand-père.
12:45Cet individu est entendu.
12:47Selon lui, Josiane Destec aurait fini par être au courant de cette combine, la combine de son compagnon.
12:54Elle serait alors apparue préoccupée.
12:57Mais voulait-elle dénoncer Luc Rabin ?
13:00Le fait est que, sur les écoutes, des proches émettent de plus en plus de doutes sur l'implication du
13:04compagnon.
13:05Novembre 2012, le domicile de la fille de Josiane Destec est perquisitionné.
13:11C'est elle qui a récupéré les affaires de sa mère.
13:14Quand Luc Rabin a déménagé, il est parti plus loin.
13:18Il s'est remis avec une autre femme.
13:20La fille signale qu'il manque dans ce déménagement deux duvets que sa mère gardait dans une armoire.
13:27L'un vert, assorti de fleurs, et puis un bleu avec une couture rouge.
13:32Ce dernier ressemble à tout point à celui qui a servi à transporter le corps.
13:36Seul un familier aurait pu trouver le sac de couchage dans la maison.
13:40Il était entreposé dans une armoire, dans la cave.
13:45Mercredi 21 novembre 2012, trois ans et trois mois après la mort de Josiane Destec, Luc Rabin est en garde
13:51à vue.
13:52Il décrit l'existence tranquille qu'il menait avec une compagne au caractère bien trempé.
13:57Elle avait souvent le dernier mot, car c'est vrai, objectivement, elle avait souvent raison, déclare-t-il.
14:02On l'interroge sur la chute de Josiane.
14:04Dans l'escalier de la maison, un mois avant sa disparition, elle s'était fracturée le crâne.
14:09Il était juste derrière elle, mais il dément l'avoir poussée.
14:12La veille de la disparition, il se souvient avoir repeint les volets de la maison,
14:17puis ils sont allés au cinéma, à Rouen, voir le film partir.
14:20Au fil des heures de garde à vue, Luc Rabin est de moins en moins sûr de lui et il
14:26finit par avouer.
14:27Le 16 août 2009, au soir, Josiane s'est énervée contre lui.
14:31Depuis sa chute, elle était irritable.
14:34Elle lui aurait dit « De toute façon, tu n'es qu'un gros nul, un minable ! »
14:38« J'ai tenté de la calmer, mais elle continuait à me rabaisser », explique-t-il.
14:42Il l'a saisie au cou, elle a levé un bras, elle est tombée sur le sol.
14:46Il a alors secoué, mais elle ne respirait plus.
14:49Il a fait les 100 pas dans la maison, puis il est allé au sous-sol chercher le duvet bleu
14:53et du ruban adhésif.
14:55Il a placé le corps dans la voiture, a roulé au hasard jusqu'à la forêt de Lyons.
15:00Au matin, s'il a envoyé des textos à sa compagne, c'est parce qu'il avait, dit-il, occulté
15:06le passage à l'acte criminel.
15:08Il évoque un dédoublement de la personnalité.
15:12Il est mis en examen pour meurtre par concubin.
15:16Lundi 10 décembre 2012, Luc Rabin revient sur ses aveux.
15:19Il a bien secoué Josiane Destuck, mais il n'a posé que ses mains sur ses épaules.
15:24Il ne l'a pas étranglé.
15:25Selon les médecins, le fait que la victime ait levé le bras signifie pourtant qu'elle suffoquait.
15:30Elle demandait à son agresseur d'arrêter.
15:33Depuis sa prison, Rabin avait adressé une lettre à son frère,
15:37dans laquelle il racontait avoir bel et bien saisi Josiane par le cou pour la secouer.
15:41Selon lui, son geste lui avait paru durer une éternité.
15:48Des aveux, même si sans doute on n'a pas toute la vérité sur la mort de Josiane Destuck.
15:52Luc Rabin est un dissimulateur.
15:56Trois ans, pendant trois ans, il a caché la vérité aux autorités.
16:00Il a caché cette vérité aux proches également de Josiane Destuck.
16:05Donc effectivement, il s'est un habitué un peu du mensonge, Luc Rabin.
16:08On va voir dans la suite de l'enquête les conclusions des experts
16:13et puis ces investigations qui vont donner le ton avant le procès.
16:18Alors, longues investigations des gendarmes.
16:21Clémentine Biziot, vous êtes avec nous dans cette heure du crime.
16:23Journaliste, vous connaissez parfaitement ce dossier.
16:26Longues investigations.
16:28Il creuse, les gendarmes, la piste du compagnon.
16:30Ils n'ont jamais lâché cette piste.
16:32Pourquoi ? Parce qu'on s'aperçoit que c'est un homme qui a plein de secrets, c'est ça
16:35?
16:35Oui, tout à fait. Déjà, il a une attitude.
16:39Il s'intéresse énormément à l'enquête.
16:41Il collectionne tous les articles de presse sur ce dossier.
16:45Il met lui-même les gendarmes sur la piste de la disparition volontaire.
16:49Donc, il est très actif dans cette enquête.
16:51Donc ça, souvent, ça peut mettre la piste à l'oreille des enquêteurs
16:55puisque quelqu'un qui s'y intéresse trop a peut-être des choses à camoufler.
17:00Et puis, il y a aussi le fait qu'au fur et à mesure,
17:04ils se rendent compte qu'il y a des éléments douteux.
17:07Avec les relevés bancaires, ces versements réguliers d'argent à un homme,
17:12ces versements qui sont faits du vivant de Josiane
17:14et qui continuent lorsque Josiane est décédée.
17:18Ça, c'est des choses, il n'en avait jamais parlé à quiconque.
17:21Donc ça, c'est des choses qui vont interpeller les gendarmes
17:25et qui vont permettre, au fur et à mesure, d'élucider cette affaire.
17:30Clémentine Biziot, il est en garde à vue, cet homme.
17:33Mais il tient bon, il n'avoue pas tout de suite, loin de là.
17:37Ah oui, il est très sûr de lui.
17:38Il s'endort même dans la voiture de police au moment où il est emmené au poste.
17:41Donc, ça n'arrive pas souvent.
17:45La plupart des individus emmenés en garde à vue sont plutôt très stressés,
17:49très agités, même parfois.
17:51Donc, bon, c'est un peu étonnant.
17:53Et puis, il avoue, à la 25e heure, donc à la 4e audition,
17:59les enquêteurs ont eu pas mal de fils à retordre.
18:03Et puis, finalement, ils vont distiller leurs éléments au fur et à mesure.
18:07Et à un moment donné, Luc Rabin va fondre en larmes et passer à table.
18:11Il est un peu...
18:13Face à ses contradictions, il n'a plus d'autre choix que d'abouer.
18:16C'est ça, il est piégé, il est dans une impasse, il ne peut plus avancer.
18:20Major Jossic, vous êtes avec nous dans cette heure du crime.
18:23Vous étiez au moment des faits à la brigade de recherche de gendarmerie de Bernay.
18:27Vous connaissez très, très bien ce dossier.
18:30Major Wilfried Jossic, alors on sait que les aveux, c'est un moment très particulier dans une enquête.
18:35Évidemment, c'est un moment de libération, parfois, même pour la personne qui est interrogée,
18:40mais aussi pour les enquêteurs.
18:42Comment est-ce qu'il avoue, Luc Rabin ?
18:45Alors, Luc Rabin, écoutez, comme on dit dans le jargon, se met à table.
18:48Et en fait, il explique son geste avec la gestuelle.
18:51Et donc, il lui saisit le cou avec les mains.
18:54D'ailleurs, on le voit bien, puisque sa garde à vue est filmée, s'agissant d'une affaire criminelle.
18:58Et donc, il explique qu'en fait, il n'a pas contrôlé la situation.
19:04Et qu'à un moment donné, elle s'est écoulée par terre.
19:08Yves Dupas, vous êtes également avec nous dans cette heure du crime,
19:11avocat général lors du procès qui va venir, magistrat.
19:14Yves Dupas, il parle d'un scénario, il dit qu'il a été humilié par sa compagne, cet homme.
19:22Il dit, voilà, elle me parlait mal, etc.
19:24Est-ce que le scénario de l'humiliation est crédible ?
19:27Il y avait très probablement dans le fonctionnement de ce couple un malaise
19:32qui s'était installé depuis un certain temps.
19:35D'abord, par les dettes qu'avait contractées Luc Rabin.
19:40Cette dette, elle est portée aussi par Josiane Destec.
19:44Donc, un malaise dans ce couple.
19:46Josiane Destec a pu être lassée du manque d'ambition aussi de Luc Rabin
19:52pour leur devenir au sein de ce couple.
19:55Et ce crime a pu émerger dans une forme de complexe d'infériorité,
20:01de plus en plus mal vécu par Luc Rabin.
20:04Clémentine Biziot, un mot là-dessus, parce que ça, c'est très intéressant,
20:06parce qu'il le dit très vite, Luc Rabin, quand il est en garde à vue.
20:11Elle me parlait mal, il y avait des insultes,
20:14elle disait que j'étais en moitié sourd, etc.
20:16Enfin, il y a beaucoup de choses qui viennent comme ça,
20:18des petites humiliations quotidiennes.
20:21Est-ce qu'on peut y croire, à cette histoire ?
20:23Moi, je pense qu'on peut y croire, ça réveille chez lui, en fait,
20:26des souffrances terribles qu'il a connues pendant l'enfance,
20:29puisque Luc Rabin a un handicap, il est malentendant,
20:33donc il se faisait souvent critiquer, il était victime de moqueries à l'école.
20:37Et le fait que Josiane insiste là-dessus, en le traitant de minable,
20:40mais elle le traite aussi de sourdingue,
20:43ça a réveillé chez lui des terribles souvenirs,
20:45et je pense qu'elle a poussé à une pulsion incontrôlable,
20:49ça n'excuse en rien son geste, bien évidemment,
20:51mais ce scénario de l'humilation peut être tout à fait plausible, je pense.
20:59Une reconstitution...
20:59C'est les mots de trop, c'est les mots de trop, pardon.
21:01Voilà, les mots de trop et parfois les mots finissent par tuer,
21:03on le sait, c'est très bien exprimé, Clémentine Bizio.
21:06Une reconstitution et les conclusions des experts.
21:10Josiane Destec, le mystère du duvet bleu,
21:12il a su rester maître de lui-même en toutes circonstances.
21:16L'enquête de l'heure du crime, Luc Rabin,
21:17a décidé peut-être à mener une autre vie.
21:20Avaient-ils depuis des mois l'envie de se débarrasser d'une compagne embarrassante ?
21:24À suivre, dans un court instant, sur RTL.
21:28Jean-Alphonse Richard, sur RTL.
21:30C'est l'heure du crime, jusqu'à 15h.
21:33L'heure du crime, présentée par Jean-Alphonse Richard, sur RTL.
21:37Dans l'explication qu'il donne, il dit,
21:40j'ai voulu la faire taire.
21:42Et il fait le geste de l'étranglement.
21:45Et les enquêteurs comprennent qu'effectivement, il a étranglé Josiane.
21:51Au programme de l'heure du crime, l'affaire Josiane Destec.
21:54Cette femme de 49 ans avait disparu à août 2009 en Normandie.
21:58Retrouvée étranglée dans une forêt.
22:00Trois ans plus tard, son compagnon a avoué, puis s'est rétracté.
22:03Les enquêteurs se demandent s'il n'avait pas prémédité son geste.
22:08Mercredi 13 novembre 2013, Luc Rabin, incarcéré depuis un an,
22:12est amené jusqu'à la maison de Calville pour une reconstitution.
22:16Il persiste à dire qu'il n'a pas étranglé Josiane Destec.
22:20Il lui a seulement posé les mains sur les épaules, puis il a secoué.
22:24Selon le légiste, ce mouvement n'est pas du tout compatible avec la mort de la victime.
22:29Pour les parties civiles, Luc Rabin est un manipulateur.
22:32Le frère de Josiane évoque une mise en scène calculée, presque parfaite,
22:37dans laquelle le compagnon joue la victime.
22:39La mère de Josiane Destec est effondrée.
22:41Elle se souvient avoir laissé un message sur le téléphone de sa fille
22:45à la demande express de Luc Rabin,
22:47alors que celui-ci savait pertinemment que Josiane était morte.
22:51La juge décrit Luc Rabin comme un homme qui, pendant plus de trois ans,
22:55a su rester maître de lui en toutes circonstances.
22:59Il a tué dans un contexte, dit-elle, de rancœur croissante,
23:03d'exaspération lancinante vis-à-vis de sa compagne.
23:06Mais la préméditation n'est pas établie.
23:10Le psychologue voit en Luc Rabin un homme dont la révolte contre sa compagne
23:14durait depuis longtemps.
23:15Le fait de se faire traiter de minable l'aurait poussé à commettre le pire.
23:19Les psychiatres, Bainsoussan et Rouillon,
23:22expliquent qu'après son geste, Luc Rabin s'est enfermé dans un processus d'annulation.
23:27La réalité du meurtre lui était insupportable.
23:30Il a tout fait pour l'annuler et la masquer, écrivent les experts.
23:37Et là, ça devient un peu compliqué, effectivement, cette fin d'enquête,
23:40parce qu'on a du mal à savoir vraiment qui est Luc Rabin.
23:43Clémentine Biziot, vous nous aidez depuis le début de cette ère du crime à décrypter cette affaire.
23:47Vous êtes journaliste, vous connaissez bien ce dossier.
23:50Il y a quelque chose d'étonnant avec Luc Rabin.
23:52C'est qu'il dit à la fois « je suis une victime », « j'étais maltraité », «
23:55je me faisais insulter »,
23:57« on me traitait de surdingue », etc. « j'ai plus supporté ».
24:00Et puis, d'un autre côté, il est très froid, il est très méthodique,
24:03il a presque tout organisé, il est allé cacher le corps, etc.
24:08Ça, c'est très étonnant, tout ça.
24:10Oui, tout à fait. Je pense que c'est très utilitariste comme posture.
24:15Il n'a absolument pas assumé son geste, donc il a voulu le gommer.
24:19Il a préféré montrer le visage d'un homme éploré,
24:23jouer la culpabilité en disant que si Josiane était partie de domicile,
24:26c'est parce qu'il n'avait pas été assez présent pour elle.
24:29Il fomente tout ça, tout un scénario.
24:33Donc, c'est très froid et très calculateur de sa part,
24:36mais c'est aussi parce qu'il est embourbé dans ses mensonges.
24:39C'est comme un amournage, il n'arrive plus à en sortir
24:41et que, de toute façon, il se convainc lui-même qu'il n'a rien fait.
24:45Comme disent les experts psychologues, c'est psychiatre,
24:47c'est un processus d'annulation.
24:50Et c'est sa manière de survivre à ce qu'il a commis.
24:55Pour éviter un effondrement psychique, pour éviter tout ça,
24:59pour qu'il continue à vivre sa petite vie,
25:01il fait comme s'il ne rien n'était.
25:03Oui, tout à fait. Effectivement, c'est bien vu.
25:05En tout cas, les psychiatres vont dans ce sens-là.
25:09Major Wilfried Jossic, vous étiez à l'époque à la brigade de recherche de Bernay.
25:15Vous avez enquêté sur cette affaire.
25:16Aujourd'hui, vous êtes commandant à la brigade de recherche de Deauville.
25:19Merci encore d'être avec nous, Major Jossic.
25:23Clémentine Biziot, effectivement, on en parle.
25:25On parle d'un homme calculateur.
25:27Si je vous dis calculateur, Luc Rabin, c'est vrai, c'est faux ?
25:33Écoutez, dans son environnement relationnel, que ce soit amical, professionnel,
25:37il y a quand même certains témoins qui le décrivent comme, notamment des femmes,
25:40qui le décrivent comme manipulateur ou calculateur.
25:43Alors, il est établi dans le dossier qu'il était régulièrement rabaissé par sa conjointe,
25:48et peut-être qu'il n'acceptait plus d'être humilié de cette façon.
25:52Mais oui, c'est quelqu'un qui est décrit quand même comme calculateur.
25:56Le calculateur, oui.
25:57Même la famille va dire manipulateur.
26:00Clémentine Biziot, bon, ok, je comprends.
26:03Il dit, je ne supportais plus ma compagne.
26:05Mais comment en est-il arrivé là ?
26:09Est-ce qu'on le sait ?
26:09Qu'est-ce qu'il cherchait en tuant Josiane Destec ?
26:12Il espérait refaire sa vie, comme ça, d'un seul coup ?
26:16Il dit qu'il cherchait à la faire taire.
26:18Donc, la première chose, c'est qu'il n'a pas supporté ses mots.
26:22Et puis, ensuite, effectivement, si on creuse derrière, il y a sûrement une forme de lassitude.
26:26Ce couple, au premier abord, merveilleux, en fait, pas du tout.
26:32Il n'en pouvait plus de subir les réprimantes de sa compagne.
26:36Et en fait, il va refaire sa vie très vite après la disparition de Josiane.
26:41Donc, on peut effectivement se poser la question s'il n'avait pas d'autres idées derrière la tête.
26:49Et ce n'est pas uniquement pour la faire taire.
26:51C'est qu'il avait sûrement envie de refaire sa vie.
26:55Et c'était plus simple qu'elle ne soit plus là.
26:57Les proches de Josiane, eux, ils voient les choses un petit peu différemment.
27:00Ils n'ont pas beaucoup d'excuses pour cet homme.
27:02Et on les comprend, évidemment.
27:04Ils vont dire que c'est la manipulation même.
27:06C'est-à-dire qu'il sait jouer avec les gens.
27:08Il sait les convaincre, etc.
27:10Il a comme ça une allure très banale, Luc Rabin.
27:14Mais il serait dans la manipulation.
27:17Ah oui, complètement.
27:18Puisqu'à un moment, il va même aller habiter chez sa belle-famille.
27:23Puisqu'il ne supporte plus d'être dans la maison, selon ses dires.
27:26La maison où il habite avec Josiane.
27:29Il va demander plusieurs fois aux proches de Josiane d'appeler sur son téléphone pour prendre des nouvelles.
27:35Alors qu'il sait pertinemment qu'elle est morte, puisque c'est lui qui l'a tuée.
27:38Il va même demander à Virginie, la fille de Josiane, de se porter partie civile avec lui.
27:43Et en fait, c'est une manière d'avoir accès aux dossiers.
27:46Comme ça, il a tous les actes d'enquête en cours.
27:48Il peut s'adapter en permanence à ce que font les enquêteurs.
27:52Donc, effectivement, on peut comprendre que la famille le perçoit comme un vrai manipulateur.
27:58Ce qu'il est sûrement.
27:59Mais c'est aussi tout ça très utilitariste.
28:01C'est une stratégie de défense.
28:05Oui, je comprends.
28:07Effectivement, il est là-dedans.
28:09Il s'est enfermé dans cette espèce de rôle un petit peu pervers.
28:13Il faut bien le dire.
28:13Yves Dupas, vous êtes avec nous également dans l'heure du crime, avocat général, lors du procès qui arrive.
28:18Yves Dupas, c'est étonnant, cette personnalité de Luc Rabin.
28:22Il y a quelque chose dans le dossier qui est étonnant.
28:24C'est que la première chose qu'il fait avec sa nouvelle compagne, après la mort de Josiane,
28:29c'est d'aller se promener dans la forêt.
28:31Dans la forêt, la même forêt.
28:32Il aimait les promenades en forêt avec sa nouvelle compagne.
28:36Moi, ça m'a quand même assez surpris.
28:38Comment il pouvait penser à la dissimulation du corps de Josiane dans la forêt de Lyons,
28:46alors qu'il se promenait dans les forêts du Loiret avec sa nouvelle compagne.
28:52Là aussi, c'est un élément de cette personnalité de Luc Rabin.
28:56Assez lisse, son apparence, mais en tout cas, un vrai manipulateur au regard des éléments objectifs de ce dossier.
29:05Luc Rabin va être jugé.
29:08Josiane Destec, le mystère du duvet bleu.
29:10Même un scénariste de cinéma n'aurait pas osé écrire ça.
29:13L'enquête de l'heure du crime.
29:14On se retrouve dans un instant sur RTL.
29:17L'heure du crime, c'est avec Jean-Alphonse Richard sur RTL.
29:22L'heure du crime, présenté par Jean-Alphonse Richard sur RTL.
29:27Retour dans l'heure du crime sur l'affaire Josiane Destec.
29:30Cette femme a disparu en Normandie en 2009.
29:33Retrouvée étranglée dans une forêt, son compagnon, un agent SNCF, a avoué le meurtre.
29:38Puis s'est rétracté.
29:39Cinq ans et demi après les faits, il est jugé.
29:42Lundi 12 janvier 2015, Luc Rabin, 50 ans, silhouette mince, cheveux grisonnants, appareillé, car il est malentendant,
29:50se tient bien droit dans le box des accusés de la cour d'assises de l'heure, à Évreux.
29:55La famille de Josiane Destec, partie civile, le dévisage.
29:58Elle n'obtient en retour qu'un regard vide.
30:00« Je reconnais lui avoir ôté la vie, mais je ne sais pas comment », déclare l'accusé.
30:05Quand on lui fait remarquer qu'il a trompé beaucoup de monde pendant très longtemps,
30:09il fait ce commentaire « Je me suis trompé moi-même, je n'ai jamais voulu tuer,
30:15je n'avais pas l'impression d'avoir commis un crime.
30:18Il y avait une partie de moi qui avait agi, une autre qui cachait la vérité. »
30:26Maître Corinne Gauthier, avocate de la famille Destec, voit en rabbin
30:30un homme qui a multiplié les manipulations impardonnables.
30:34Luc Rabin avait ainsi demandé à la famille d'appeler Josiane, alors qu'il venait de la tuer.
30:38Il s'était rendu en Espagne, sur les lieux des dernières vacances du couple,
30:43pour voir, disait-il, s'il l'a trouvé.
30:45Le président de la cour s'étonne de cette volonté dissimulatrice.
30:49Un scénariste de cinéma n'aurait pas osé écrire ça, dit-il.
30:56Et effectivement, c'est un scénario très étonnant,
31:00qui a monté à Luc Rabin, en espérant peut-être fuir la justice,
31:04mais ça n'a pas marché.
31:05Alors, on va connaître le verdict de ce procès dans le prochain chapitre de l'heure du crime.
31:10Il faut rester sur le procès, et on le fait avec vous, Yves Dupas.
31:13Vous êtes avocat général lors du procès d'Yves Rabin,
31:18de Luc Rabin, pardon.
31:20À quoi ressemble cet accusé ?
31:22On assiste finalement à une personnalité assez fade, plutôt introvertie,
31:29parfois rabaissée par Josiane, en tout cas c'est ce qu'il déclare,
31:33c'est ce qu'ont déclaré aussi certains témoins,
31:35mais sans doute mis devant ses responsabilités par sa concubine.
31:42C'était beaucoup plus tonique, dynamique, une personnalité plus forte.
31:47Moi, je crois que c'est le choc des personnalités dans ce dossier,
31:51et avec ce complexe d'infériorité de plus en plus mal vécu par Luc Rabin,
31:57et un acte finalement de libération de ce complexe en supprimant sa concubine.
32:03Oui, alors ça, effectivement, ça revient sans arrêt.
32:06Il fait un complexe, il a mal supporté les insultes de sa concubine.
32:11Enfin bon, là, on était dans le huis clos,
32:13et personne n'est là pour témoigner si vraiment il y avait ces crises,
32:16et s'il y avait ces insultes qui fusaient.
32:19Personne ne le sait, à part effectivement Luc Rabin.
32:23Yves Dupin, encore une question, ça c'est intéressant.
32:26Elle a fait une chute dans l'escalier,
32:28quelques semaines avant de disparaître et de mourir.
32:32Elle a fait une chute dans l'escalier,
32:33elle s'est blessée gravement au crâne,
32:36elle avait vraiment des maux de crâne ensuite épouvantables.
32:39Alors évidemment, on se pose la question,
32:41est-ce que le compagnon ne l'aurait pas poussé dans cet escalier ?
32:44À ce procès, vous en parlez,
32:47de cette histoire d'escalier à Luc Rabin,
32:49il ne reconnaît pas du tout, lui, être impliqué là-dedans ?
32:53Il n'a pas reconnu qu'il l'avait poussé,
32:56parce qu'effectivement, dans ce dossier,
32:58il a tout fait pour minimiser sa responsabilité.
33:01Tout fait pour même s'exonérer de sa responsabilité au départ,
33:05en évoquant un départ volontaire,
33:07vers l'Espagne peut-être,
33:09la présence peut-être d'un amant.
33:11Il a quand même pleuré la disparition de Josiane,
33:16avec sa belle famille.
33:18Oui, ça, effectivement, ça fait beaucoup.
33:20Alors on va se demander si, effectivement,
33:21il ne joue pas un peu la comédie, cet homme.
33:23Il y a même, du côté de la partie civile,
33:25on va s'étonner de cette espèce d'émotion qu'il dégage.
33:29Est-ce qu'elle est vraie ? Est-ce qu'elle est fausse ?
33:30C'est très compliqué.
33:31Clémentine Bizur, juste un petit mot,
33:33parce que sur ce qui s'est passé vraiment dans cette maison,
33:36on ne le sait pas, parce que c'est un pur huis clos, finalement.
33:39On n'a que le témoignage de Luc Rabin,
33:41parce que l'autopsie, vous nous l'avez dit,
33:43elle est médiocre, elle ne peut pas être vraiment efficace.
33:46Bien sûr, ça se base uniquement sur ses aveux.
33:51Donc, il faut prendre la parole de Luc.
33:59Savoir si c'est vrai ou pas, on ne le saura jamais.
34:02Après, il peut être sincère dans ce qu'il dit,
34:06mais en tout cas, c'est par contre sur le fait
34:08qu'il nie l'intention homicide.
34:12Enfin, il nie pas l'intention homicide,
34:13mais il est revenu sur ses aveux,
34:15ça ne paraît pas du tout crédible, par contre.
34:17Parce qu'il a mimé le geste en garde à vue,
34:19quand on est là, en train de mimer quelque chose,
34:22surtout c'est une strangulation, c'est très net.
34:25Donc, voilà, le fait qu'il revienne sur ses aveux,
34:28ça le met terriblement en difficulté là-dessus.
34:32Oui, ça ressemble effectivement plus
34:34à une espèce de fuite en avant.
34:36Il essaie de s'en sortir comme il peut,
34:37mais ça ne marche pas.
34:38Major Wilfried Jossy, que vous êtes également avec nous
34:41dans cette heure du crime,
34:42à l'époque que vous étiez à la brigade de recherche de Bern,
34:45vous avez travaillé sur ce dossier.
34:47À ce procès,
34:50Luc Rabin,
34:50il veut se faire passer pour la victime
34:53d'une campagne qui aurait été agressive.
34:55C'est sa seule défense, finalement.
34:56C'est le seul moyen qu'il trouve
34:57pour essayer de minimiser son geste.
35:01Alors, ce n'est pas forcément ce qu'il dit, lui.
35:03C'est même plutôt des éléments testimoniaux,
35:06des éléments qui sont rapportés par certains témoins,
35:09qu'il était souvent, y compris en public,
35:12rabaissé par Josiane,
35:14y compris quand il recevait des amis, par exemple.
35:16Donc, elle avait réussi, si vous voulez, professionnellement.
35:20Et lui, du fait d'avoir un problème en plus de surdité
35:23et un emploi adapté comme Guichet et SNCF,
35:28était rabaissé par rapport, effectivement,
35:30à sa situation professionnelle.
35:32Huit jours de procès, puis le verdict.
35:35Josiane Destec, le mystère du duvet bleu.
35:37Un homme ordinaire devenu un meurtrier ordinaire
35:39dans un couple ordinaire.
35:41L'enquête de l'heure du crime.
35:42A tout de suite sur RTL.
35:43L'heure du crime, présentée par Jean-Alphonse Richard, sur RTL.
35:48L'heure du crime, présentée par Jean-Alphonse Richard, sur RTL.
35:52Dans l'heure du crime, aujourd'hui, l'affaire Josiane Destec.
35:55Cette femme de 49 ans a été étranglée en 2009
35:58dans un village normand par son compagnon.
36:00Ce dernier a dissimulé la vérité pendant plus de 3 ans,
36:04jugé en 2015 pour meurtre aggravé.
36:07Voici le verdict.
36:10Mardi 20 janvier 2015, après un long délibéré nocturne,
36:14Luc Rabin est condamné à 15 ans de prison.
36:17L'avocat général avait demandé 20 ans.
36:20L'avocat de l'accusé, maître Marc François,
36:22avait longuement plaidé pour demander une peine plus modérée
36:25pour un homme ordinaire devenu un meurtrier ordinaire.
36:30dans un couple, lui aussi, ordinaire.
36:34Le compagnon ne branche pas à l'annonce du verdict.
36:37Il ne fera pas appel.
36:39L'ancien employé SNCF, Luc Rabin, a purgé discrètement sa peine.
36:45C'était une femme qui avait réussi sa vie,
36:48qui avait le droit d'être fière de ce qu'elle était devenue,
36:50de ce qu'elle avait fait.
36:51Et c'est ce souvenir-là qu'ils veulent garder d'elle,
36:53de cette femme pétillante qui avait encore plein de belles années devant elle.
36:59La voix de maître Corinne Gauthier, avocate de la partie civile,
37:03évidemment c'était lors du procès.
37:06Yves Dupas, vous êtes avec nous dans cette heure du crime
37:08et on vous en remercie encore.
37:09Avocat général lors de ce procès.
37:11Yves Dupas, évidemment je l'ai lu dans les comptes rendus de presse,
37:16dans les journaux, vous aviez demandé à l'époque 20 ans,
37:19il écope de 15 ans de prison, Luc Rabin,
37:22il risquait donc beaucoup plus.
37:24Est-ce que vous avez pensé à faire appel ?
37:27J'ai un peu hésité à faire appel, pour tout vous dire.
37:31Moi il me semblait que la peine de 20 ans de réclusion criminelle était adaptée.
37:36C'est vrai que les partis civils étaient épuisés par cette procédure
37:42qui a duré, qui a duré déjà de par le comportement de Luc Rabin,
37:49puisque finalement ses aveux n'interviennent qu'en novembre 2012,
37:55c'est-à-dire quasiment plus de 3 ans après la disparition de Josiane.
38:00Et donc j'ai considéré que vis-à-vis des victimes,
38:05vis-à-vis des partis civils, notamment de sa fille,
38:11j'ai considéré qu'il ne fallait pas nécessairement se réengager
38:15vers un nouveau débat judiciaire.
38:19en appel.
38:20Oui, je comprends tout à fait.
38:21Vous avez voulu apaiser le débat,
38:23et parfois les familles ne sont pas désireuses d'aller en appel,
38:27parce que c'est toujours une épreuve.
38:28C'est déjà une épreuve au premier procès.
38:30Et parfois quand il faut retourner encore sur les faits,
38:33avec des documents parfois qu'on présente aux assises,
38:36des témoignages qui sont terrifiants,
38:39effectivement les familles baissent les bras,
38:41elles n'ont pas plus envie d'entendre ça,
38:43voilà, c'est fini pour elles.
38:44Et on comprend bien cette attitude.
38:48Clémentine Biziot, vous êtes avec nous dans cette heure du crime,
38:51journaliste spécialiste des dossiers de police et de justice,
38:54et vous connaissez bien ce dossier, vous l'avez beaucoup suivi.
38:58Trois ans et trois mois avant que Luc Rabin soit placé en garde à vue.
39:04C'est beaucoup, il a beaucoup dissimulé de choses pendant toute cette période.
39:08J'ai envie de vous dire, sans le duvet bleu,
39:11le fameux duvet bleu qu'on retrouve et qui a servi à envelopper le corps de Josiane Destuck,
39:17sans ce duvet bleu, on n'aurait peut-être jamais trouvé la vérité ?
39:20Oui, il a presque fait le crime parfait,
39:22mais en fait il n'y avait pas de preuves scientifiques,
39:26pas d'ADN, pas de témoins.
39:28Donc ce duvet bleu, c'est un peu l'unique preuve,
39:32et après bien sûr il y a des aveux circonstanciés,
39:34mais ce duvet bleu, il y a très peu de monde qui connaissait l'existence de ce duvet dans cette
39:41maison,
39:42qui plus est dans la cave.
39:44Donc les enquêteurs savaient pertinemment que ça pouvait être uniquement un trait proche de la famille.
39:52Ça ne peut pas être Virginie, sa fille, puisqu'elle le reconnaît, c'est elle qui trouve le duvet.
39:58Donc finalement, tout converge vers Luc, grâce à ce duvet notamment,
40:06et c'est effectivement, heureusement qu'il y a eu ce duvet.
40:09Tout à fait, il avait quand même caché le corps dans un coin difficile d'accès.
40:13C'est un vététiste, le crâne a dû être transporté par un animal et déposé,
40:18c'est ce qui permet à cet homme à vélo de retrouver cette dépouille,
40:22mais sans ça, on est sans doute loin de la vérité.
40:24Yves Dupas, je reviens vers vous, cet homme, Luc Rabin, on l'a déjà dit,
40:31mais manipulateur presque parfait, c'est ça ?
40:34La personnalité de Luc Rabin, elle est beaucoup plus complexe que ce qu'il peut en tout cas donner en
40:41apparence.
40:42Il va même jusqu'en Espagne pour faire croire à sa belle famille
40:46qu'il essaye de retrouver Josiane pour la convaincre de nouveau de revenir au domicile.
40:52Ça va loin dans la manipulation, en tout cas dans le mensonge et dans la manipulation.
40:58Et bien sûr que ça va très loin. Un petit mot, Clémentine Bizio, est-ce qu'on sait ce qu
41:02'il est devenu, cet homme, Luc Rabin ?
41:06Il est aujourd'hui libre. Je n'ai pas d'éléments très précis, mais je pense qu'il vit très
41:12discrètement, loin des radars.
41:16Il se fait discret, comme souvent après un tel crime et une peine de prison.
41:20Mais je ne peux pas vous en dire plus là-dessus. Mais en tout cas, il est dehors aujourd'hui.
41:25Oui, et sa détention, je crois, avait été exemplaire. Je ne me trompe pas.
41:28Oui, tout à fait.
41:29Il ne s'est jamais fait remarquer à ce moment-là. Et puis, il a fini par rentrer dans le
41:36rang Major Wilfried Jossic.
41:38Vous êtes avec nous également dans cette heure du crime. À l'époque, vous avez enquêté sur cette affaire.
41:42Aujourd'hui, vous êtes commandant à la brigade de recherche de Deauville.
41:45Merci vous aussi d'avoir accepté cette invitation et de nous avoir éclairé sur cette affaire.
41:50C'est une enquête qui a marqué votre carrière, Major Jossic, cette affaire Josiane Destecq ?
41:55Complètement. C'est une affaire qui marque une carrière, clairement.
42:01Après plus de trois ans d'enquête, une succession de directeurs d'enquête, sous la responsabilité de la section de
42:08recherche de Rouen.
42:10Plusieurs magistrats instructeurs aussi sur le dossier.
42:13Donc, moi, j'étais le dernier survivant, si je puis dire, du début du dossier jusqu'à la fin.
42:19Et du coup, trois ans d'enquête pour aboutir à la résolution de ce dossier.
42:23Ce n'est pas rien. C'est une enquête qui, effectivement, marque une carrière.
42:27Merci beaucoup, Major Wilfried Jossic, Clémentine Bizio et Yves Dupas d'avoir été les invités de l'heure du crime.
42:33Merci à l'équipe de l'émission. Rédactrice en chef, Justine Vigneault.
42:36Préparation, Lisa Canales, Valentin Bardet. Réalisation en direct, Jonathan Griveaux.
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