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  • il y a 3 heures
Edwige Alessandri, mère de deux enfants, épouse discrète, commerçante avisée. À l'été 2000, elle est soupçonnée d'avoir abattu son mari au fusil de chasse. Elle ne va cesser de clamer son innocence. Procès, condamnations jusqu'à ce qu'un indice oublié vienne perturber les investigations.
Retrouvez tous les jours en podcast le décryptage d'un faits divers, d'un crime ou d'une énigme judiciaire par Jean-Alphonse Richard, entouré de spécialistes, et de témoins d'affaires criminelles.

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Transcription
00:00Dans le Vaucluse, un homme a été assassiné dans des conditions extrêmement étranges.
00:10Il se trouvait dans son lit, aux côtés de son épouse, lorsqu'il a été tué au fusil de chasse.
00:15Sa femme a été épargnée et affirme qu'il y avait plusieurs agresseurs dans la chambre, mais sans pouvoir en dire plus.
00:22Bonjour, Edwige Alessandri, mère de deux enfants, épouse discrète et commerçante à visée.
00:28A l'été 2000, elle est soupçonnée d'avoir abattu son mari au fusil de chasse.
00:34Elle ne va cesser de clamer son innocence, procès, condamnation, jusqu'à ce qu'un indice oublié vienne ébranler les certitudes.
00:42Et si, depuis le début, l'enquête faisait fausse route ?
00:47Edwige Alessandri, le mystère des deux mégots, l'heure du crime.
00:51La seule émission Radio 100% fait divers, c'est tout de suite sur RTL.
00:58Dimanche 16 juillet 2000, minuit 5, une femme appelle les pompiers du Vaucluse.
01:05La voix est tremblante, Edwige Alessandri, qui habite un mas à la sortie de Perne-les-Fontaines, petite ville du Vaucluse,
01:13affirme que son mari vient d'être tué.
01:15Quelqu'un a tiré dans leur chambre à coucher.
01:17Les pompiers découvrent Edwige Alessandri, 41 ans, dans la salle de bain.
01:22Comme prostré, il l'aide à enfiler un peignoir.
01:26Elle est entourée de ses deux fils, Johan, 17 ans, Brice, 12 ans, eux aussi stupéfaits.
01:32Au premier étage, le corps entièrement nu de Richard Alessandri, 42 ans, repose sur le lit conjugal.
01:39Les draps sont ensanglantés.
01:41Une décharge de chevrotine tirée à bout portant a emporté une partie du visage.
01:46Le médecin, appelé sur place, identifie un tir caractéristique de calibre 12, munition de prédilection des chasseurs.
01:55Richard Alessandri possède deux armes, mais aucune n'est celle du crime.
02:00Le fusil qui a tué reste introuvable.
02:03Le couple Alessandri est bien connu à Perne.
02:06Richard et Edwige tiennent le magasin intermarché.
02:09Ce sont des notables locaux, commerçants aisés qui sponsorisent des clubs sportifs à Perne.
02:14Richard a créé la grande fête du melon, famille qui n'a jamais attiré ni l'attention, ni la suspicion.
02:23Lundi 17 juillet au matin, une dizaine d'heures après la mort de Richard Alessandri,
02:28la veuve est entendue par les gendarmes.
02:30Edwige raconte que la veille, la famille était à la maison.
02:33Avec son mari, ils étaient dans leur chambre, tous les deux, devant la télé, à regarder l'émission Capitale.
02:40Ils ont fait l'amour, puis ils se sont endormis.
02:42Vers minuit, elle a entendu une espèce de fracas, suivi d'une très forte détonation.
02:48Elle a respiré une odeur de poudre.
02:50Réveillée, elle a distingué un vêtement à carreaux.
02:53Elle a entendu une voix d'homme s'exclamer « Merde ! »
02:56Le coup est parti, tirez-vous ou bien barrez-vous, l'épouse ne sait plus très bien.
03:01Elle est restée figée dans le lit, effrayée.
03:04Elle sentait le sang de son mari se répandre contre elle.
03:08Elle s'est réfugiée, nue, dans la salle de bain pour appeler les secours.
03:12Son fils aîné, Johan, la rejointe, il a essayé de la calmer.
03:16Johan, né d'un premier mariage, explique pour sa part avoir été réveillé par un bruit,
03:22comme celui d'une porte qui claque.
03:24Il a attendu trois minutes, puis il s'est levé.
03:27Il a vu la salle de bain éclairée, sa mère pleurait, nue, son flanc droit, taché de sang.
03:33Elle lui a dit une phrase du genre « Ils ont tué Richard. »
03:37Brice, le cadet, n'a rien entendu.
03:39Il a été réveillé par les gyrophares des pompiers qui illuminaient le salon où il s'était endormi.
03:46Mercredi 26 juillet, dix jours après la mort de Richard Alessandri,
03:50l'épouse et les deux fils sont conviés à une mise en situation dans la maison.
03:55Les gendarmes ne croient pas à des agresseurs extérieurs qui auraient pu passer par la fenêtre entre ouverts de la cuisine.
04:01Des intrus qui ont pourtant laissé des traces de semelles sur le plan de travail de la cuisine.
04:07Ils ont aussi laissé des débris végétaux.
04:08Les tamponnages sur les mains et les vêtements des uns et des autres montrent que chacun a un peu de poudre,
04:15mais en quantité bien trop infime pour avoir tiré avec un fusil.
04:19Un voisin, entendu comme témoin, confirme avoir entendu du bruit à leur supposé du crime.
04:25Lors de la mise en situation, un gendarme est sûr, lui, d'avoir entendu Edwige prononcer ses mots.
04:31Il ne faut pas que je craque.
04:32Les investigations montrent que les relations entre Richard et Edwige Alessandri n'étaient pas au beau fixe.
04:39Des proches font état de disputes régulières, parfois explosives.
04:43La mère de Richard Alessandri décrit Edwige comme une femme froide qui aime le luxe, les mondanités, l'argent.
04:50Deux mois après le drame, 27 octobre, la veuve perçoit en espèce de son assureur la somme de 500 000 euros au titre d'une assurance d'essai.
04:59Des doutes qui vont s'amplifier, des témoignages qui vont surgir, ajouter à cela les suspicions croissantes des enquêteurs.
05:06Tout cela fait que Edwige Alessandri va se retrouver à l'épicentre du dossier, au cœur des accusations.
05:13Mais est-elle la meurtrière ?
05:14On va raconter ce rebondissement dans la suite de l'heure du crime.
05:18Un homicide violent, en pleine nuit, une maison isolée.
05:22On se demande pourquoi les cambrioleurs seraient rentrés tout de suite finalement dans cette chambre.
05:27Bonjour Geoffroy Leguilcher.
05:29Bonjour.
05:30Merci beaucoup d'être avec nous aujourd'hui en direct dans l'heure du crime.
05:34Vous êtes journaliste indépendant et vous êtes l'auteur du livre Les deux mégots, la vérité sur l'affaire Alessandri.
05:40Publié aux éditions Goutte d'or qui est disponible aujourd'hui en librairie.
05:44Alors c'est un livre événement ce livre Les deux mégots avec ce titre qui est évocateur.
05:48Parce que ces deux mégots ils risquent, ou en tout cas ils ont risqué de tout changer dans cette affaire.
05:52Donc c'est tout à fait passionnant, il faut lire ce bouquin parce que là vous allez apprendre plein de choses
05:56et sans doute vous allez changer d'avis sur quelque chose qui était déjà écrit à l'avance,
06:00une vérité qui était déjà rédigée.
06:03Geoffroy Leguilcher, première question.
06:04Effectivement je la pose tout de suite dans cette heure du crime.
06:09Pourquoi les cambrioleurs, s'il y a cambrioleurs, ils seraient rentrés tout de suite dans cette chambre ?
06:15Pourquoi d'un seul coup ils auraient fait feu sur cet homme qui est dans son lit et qui est en train de dormir ?
06:20C'est quand même une question effectivement que les enquêteurs se posent à ce moment-là.
06:23Alors ça c'est on va dire le plus facile à établir, le plus compliqué pour les enquêteurs.
06:28Ça a été la question à laquelle ils devraient répondre, c'est pourquoi ils ont désigné Edwige ?
06:32Mais pourquoi des cambrioleurs ont fait feu ?
06:34Bah c'est très simple, c'est un homejacking.
06:36Ils montent au niveau de la chambre du couple pour entre guillemets tenir en joue l'homme de la maison.
06:42Celui qui a des armes, ils se sont renseignés, ils savent qu'il a des fusils lui-même dans la maison.
06:46Et donc à la base, ils ne sont pas venus pour le tuer, ils sont venus pour le mettre en joue.
06:50Et après, soit dérober les voitures des biens dans la maison, soit l'emmener à l'intermarché pour lui faire ouvrir les coffres tout simplement.
06:58Ça dérape en quelque sorte.
06:59Ça dérape parce qu'en fait, au moment, et d'ailleurs c'est établi aussi dans l'enquête, c'est que le fusil tapote l'épaule gauche de Richard qui dort en chien de fusil.
07:10Et en fait, c'est au moment où il se redresse que l'épaule percute le double canon du fusil et que l'agresseur qui a probablement les doigts sur la gâchette fait feu par erreur.
07:20Et effectivement, alors c'est tout à fait plausible parce que ce genre de fusil, c'est extrêmement sensible, on ne se rend pas compte, mais la moindre pression sur la détente permet le coup de feu.
07:30Donc ça, c'est vraiment effectivement flagrant.
07:33Et puis, autre question, Geoffroy Le Guilcher, parce que ça aussi, on se la pose tout de suite.
07:37À supposer que la veuve est toute inventée, il faut avoir, j'ai envie de dire, un sacré sang-froid, sans jeu de mots, pour se couvrir de sang, pour apparaître comme ça devant les enquêteurs, pour se montrer devant des enfants.
07:52Évidemment, là, cette question, il faut se la poser, mais elle n'a pas été posée.
07:56En fait, c'est un scénario qui a été inventé par le juge et les gendarmes parce que, qu'est-ce qui se passe concrètement ?
08:01C'est qu'au moment où son mari a été abattu, Edwige Alessandri, quelques instants plus tard, appelle le SAMU.
08:07C'est quelque chose qu'on ne connaissait pas jusqu'à présent et qui est nouveau, que je révèle dans le livre.
08:10C'est que l'appel est enregistré et la première phrase qu'elle prononce, c'est « des gens sont venus chez moi ».
08:15Sauf que l'opérateur du SAMU s'agrésille sur la ligne, il entend mal, il lui fait répéter plusieurs fois son nom, l'adresse, et en fait, il n'arrive pas à noter toutes les informations.
08:24Quand il raccroche et qu'il appelle les gendarmes, un quiproquo s'est glissé dans la conversation et il dit « une femme a tué son mari ».
08:31Heureusement qu'on a cet appel, parce que sinon, on aurait pu croire qu'elle l'avait presque avoué quand elle l'avait dit.
08:35Tout de suite, en direct.
08:36Absolument, ce qui n'est pas le cas.
08:37Et donc, en fait, l'opérateur dit ça.
08:39Les gendarmes arrivent sur les lieux avec cette idée en tête « une femme a tué son mari », idée qui va se changer chez eux en confection la nuit même du crime.
08:46Et c'est de là que tout part.
08:48Oui, c'est ça.
08:48Alors ça, c'est tout à fait passionnant.
08:49Effectivement, quand on remet pièce après pièce et détail après détail les pièces de ce puzzle, on n'a pas la même vision.
08:56Effectivement, on a une vision globale comme ça.
08:58C'est tellement simple de dire « elle a tué son mari ».
09:00Mais effectivement, là, c'est autre chose.
09:01On rentre dans un autre monde.
09:03Bonjour, Maître Marc Gégère.
09:04Bonjour.
09:05Merci beaucoup d'être vous aussi en direct dans l'heure du crime.
09:07Aujourd'hui, vous êtes avocat au barreau de Carpentras et vous êtes l'avocat de Brice.
09:11Alors, Brice, c'est l'un des deux fils d'Edwige Alessandri.
09:15C'est le plus jeune.
09:16Vous l'avez accompagné.
09:18Vous l'avez défendu même lors de ce dossier.
09:22Un mot sur le couple, les Alessandri.
09:25Commerçants, je l'ai dit, aisés.
09:27Qui n'ont pas d'histoire.
09:29On n'entend pas parler d'eux.
09:30Ça ne va pas très bien dans ce couple, quand même, non ?
09:32Ça ne va pas très bien, si, mais ce sont deux fortes personnalités.
09:36Ils sont tous les deux de très gros entrepreneurs.
09:39Ils sont arrivés dans la région il n'y a pas très longtemps.
09:41Ils ont remonté tous les deux ce grand magasin, cet intermarché.
09:47Et ils ont une réussite qui est, j'allais dire, spectaculaire.
09:50Et ce sont deux très fortes personnalités.
09:53Donc, parfois...
09:54Ça fait un peu des étincelles.
09:55Voilà, ça hausse le ton.
09:57Parfois, ça s'envoie un peu des noms d'oiseaux.
10:00Mais ils s'aiment profondément.
10:02Et ils s'admirent profondément, l'un comme l'autre.
10:04Il y a de l'argent dans cette famille.
10:06Et on va se dire, alors question, béotien, mais je la pose.
10:09Allons-y.
10:10Parce que tout de suite, les gendarmes vont s'interroger là-dessus.
10:12Il y a de l'argent, elle va toucher une assurance décès.
10:15Ça peut être en mobile, après tout.
10:17Oui, sauf que ce n'est pas exactement une assurance vie.
10:20C'est une assurance qui est contractée par l'intermarché.
10:24Pour l'ensemble de ses dirigeants.
10:26C'est-à-dire que tous les gérants d'intermarché...
10:28Procédure automatique.
10:29Oui, tout à fait.
10:30Et en fait, elle va effectivement percevoir de cette somme.
10:34Alors, pas en espèce, mais par un chèque.
10:37Parce que celui qui est le courtier en assurance descend prendre ses vacances.
10:41Et sur la route propose à Edwige, plutôt que de lui mettre au courrier, de le lui déposer.
10:46Il se retrouve sur une aire d'autoroute.
10:48Et ça, ça devient un élément absolument extraordinaire pour l'accusation.
10:53Que de dire, vous voyez bien que cette femme n'est pas claire.
10:56Vous voyez bien qu'elle est malhonnête.
10:57Elle va chercher l'argent parce qu'il n'y a que ça qui l'intéresse.
11:00Elle est venue toucher son argent en douce.
11:02Et après, son clandestinité, c'est ce qu'on va dire.
11:05Geoffroy Le Guilcher, un mot.
11:07Pourquoi les gendarmes, d'un seul coup, ils se fixent ?
11:09Juste pour finir un petit point sur l'argent qui est intéressant.
11:11C'est que, déjà, premièrement, le vice-procureur, qui a été l'un des artisans de l'accusation d'Edwige Alessandri,
11:17a fini par reconnaître, devant une caméra, qu'on n'a jamais trouvé le mobile.
11:21Donc, il y a eu ce soupçon sur l'argent.
11:23Mais même eux n'en ont pas fait un mobile à la fin.
11:25Ça, c'est important.
11:26Et juste un petit mot sur la fixette, j'ai envie de dire, des gendarmes.
11:29Alors, sur la fixette.
11:30En fait, ce qu'il faut comprendre, c'est que, du coup, moi, j'ai dépecé le dossier judiciaire
11:36comme un horloger le fait avec une monte en panne, pièce par pièce.
11:40Et, en vrai, qu'est-ce qu'on découvre ?
11:42On découvre que, systématiquement, je dis bien systématiquement,
11:44les gendarmes et le juge ont travesti les propos qu'ils ont recueillis en audition.
11:48Ce ne sont pas les mêmes.
11:49Quand vous prenez l'audition et quand vous prenez leur synthèse,
11:51ils ont déformé les résultats de leurs expertises.
11:54Par exemple, l'expert sur le bruit n'a jamais dit
11:56qu'Edwige Alessandri n'aurait pas pu entendre la phrase prononcée par le cambrioleur.
12:01Et tout ça, ils vont le transformer.
12:03Et à la fin, ils vont non seulement dissimuler des preuves,
12:06mais ils vont même en inventer certaines.
12:08Une veuve derrière les barreaux, c'est la seule suspecte.
12:11Edwige Alessandri, le mystère des deux mégots.
12:14Cette histoire contient tous les ferments de l'erreur judiciaire.
12:18L'enquête de l'heure du crime.
12:19On se retrouve dans un instant sur RTL.
12:2214h15.
12:23C'est l'heure du crime sur RTL.
12:25Avec Jean-Alphonse Richard.
12:2914h15.
12:31Jean-Alphonse Richard sur RTL.
12:34L'heure du crime.
12:35L'heure du crime consacrée aujourd'hui à l'affaire Edwige Alessandri.
12:38Son mari a été abattu dans le lit conjugal en juillet 2000.
12:42Des cambrioleurs seraient entrés dans la maison de ce couple de commerçants.
12:46Les enquêteurs ont des doutes.
12:47La veuve va être bientôt arrêtée.
12:51Mardi 28 novembre 2000, après trois mois d'enquête,
12:54Edwige Alessandri et ses enfants, Johan et Brice, sont placés en garde à vue.
12:58Selon les gendarmes, la veuve n'aurait cessé de faire des déclarations changeantes.
13:03Elle a fini ainsi par admettre qu'elle s'était disputée avec Richard le soir du drame.
13:08Cacherait-elle certaines choses ?
13:10En garde à vue, Brice, le plus jeune fils, parle d'un cambriolage.
13:13Johan est sur la même ligne.
13:15Puis il va complètement changer de version.
13:19Dans une déposition longue de dix pages, il accuse soudain sa mère.
13:23Il raconte que le couple se disputait, puis un coup de feu assourdissant a claqué,
13:28non pas à minuit, mais vers 22h30.
13:31Il se souvient que ses oreilles bourdonnaient.
13:34Il a vu sa mère nue dans la chambre.
13:36Le fusil était sur le lit.
13:37Elle lui a dit que Richard était mort.
13:39Brice est arrivé en courant, mais on l'a empêché d'entrer.
13:42Edwige Alessandri aurait convaincu ses enfants de ne rien dire et de rester solidaire.
13:48Tout le monde aurait alors modifié la scène de crime.
13:51Brice a déplacé des pots de fleurs pour faire croire un autre passage.
13:56Johan a caché l'arme dans une haie de laurier.
13:59Les secours ont été appelés 1h30 après le coup de feu.
14:03Un peu plus d'une semaine plus tard, Johan se rétracte.
14:06Au juge, il déclare qu'il a raconté n'importe quoi sous la pression des gendarmes en garde à vue.
14:12Jeudi 30 novembre, Edwige Alessandri a mis un examen pour homicide volontaire.
14:16Elle est écrouée.
14:17L'arme du crime reste introuvable.
14:19Les dépôts de poudre sur la veuve et sur les enfants sont tellement faibles
14:23qu'aucun des acteurs n'est susceptible d'avoir tiré.
14:26Pas de preuves matérielles donc,
14:28mais le juge de Carpentras considère le faisceau de présomption accablant.
14:32Selon lui, le témoignage de Johan en garde à vue suffirait à étayer l'accusation.
14:39Le fils aîné a ainsi raconté que sa mère avait donné consigne à son frère de rester calfeutré dans le salon.
14:45Jusqu'à l'arrivée des secours, sa mère lui aurait confié qu'elle ne supportait plus ce mari
14:50qui l'a harcelé et la traitait mal.
14:53Un coup de feu l'aurait en quelque sorte libéré.
14:56Pour le juge, les rétractations de Johan ne valent rien.
14:59Edwige Alessandri demeure mis en examen,
15:02remise toutefois en liberté après 21 mois de prison.
15:06Mardi 17 janvier 2006, 6 ans après les faits.
15:10Edwige Alessandri, 46 ans, est devant la cour d'assises du Vaucluse, à Avignon.
15:15Cheveux blonds, elle comparait, libre.
15:17« Je n'ai pas tué Richard, je ne pensais jamais arriver ici », déclare-t-elle entre deux sanglots.
15:23Elle admet des disputes, mais rien qui n'aurait entraîné un geste fatal.
15:27Les enfants, Johan, 23 ans, Brice, presque 18 ans, sont partis civils, mais ils soutiennent leur mère.
15:34Innocentes selon eux, Johan répète que ses aveux lui auraient été extorqués.
15:39« On lui a fait comprendre que l'histoire de l'intrusion n'existait pas et que tout cela se serait passé à huis clos.
15:47Les gendarmes excluent toute pression.
15:49Selon eux, le drame s'est bien joué en présence de ces seules trois personnes, la mère et ses deux fils.
15:55L'avocat de l'accusé fait remarquer qu'aucune preuve matérielle n'accable l'accusé.
16:00Edwige Alessandri n'a jamais avoué que tout n'est pas parfait.
16:04On n'a pas d'explication pour tout », reconnaît un enquêteur.
16:07La Défense affirme que cette histoire contient tous les ferments de l'erreur judiciaire.
16:12Edwige Alessandri est pourtant condamné à 12 ans de prison.
16:15Verdict confirmé trois ans plus tard en appel.
16:19Anime, mais annulé.
16:20En cassation.
16:22Et donc, il va y avoir un troisième procès.
16:24Et là, c'est le procès vraiment de tous les risques et en tout cas de toutes les chances pour Edwige Alessandri,
16:29parce qu'elle pourrait effectivement avoir un jugement beaucoup plus favorable.
16:33On va voir évidemment ce que ce jugement va donner,
16:36parce qu'il va y avoir beaucoup de choses qui vont se passer à ce procès à venir,
16:39et notamment l'apparition d'un disoublié,
16:42ou plutôt qu'on n'a pas voulu regarder, sans doute c'est autre chose,
16:45deux mégots qui vont être retrouvés, qui vont faire beaucoup parler d'eux.
16:49Et 26 ans d'ailleurs après le crime, après cette mort de Richard Alessandri,
16:54on parle encore de ces deux mégots, et on en parle avec Geoffrey Le Gilcher,
17:00journaliste indépendant, auteur de ce livre, je le montre cette fois à la caméra,
17:05« Les deux mégots, la vérité sur l'affaire Alessandri » aux éditions Gouttes d'or,
17:08on le trouve en librairie.
17:10Lisez ce livre si vous vous intéressez à cette histoire,
17:12et vous allez voir comment peut-être on a fabriqué une erreur judiciaire.
17:14C'est ça qui est très important dans cette histoire.
17:16Geoffrey Le Gilcher, question tout à fait simple,
17:20pourquoi Johan, le fils aîné, il adore sa mère, cette famille, ça va bien,
17:25les enfants, ils adorent leur mère ces enfants, il faut le souligner, c'est important.
17:29Pourquoi d'un seul coup il dit, c'est ma mère qui est derrière ça,
17:32elle m'a dit de dire ça, elle a fait ci, elle a fait ça ?
17:34Je pense qu'en fait ce qu'il faut avoir en tête,
17:35et qu'on a très peu souvent en tête quand on est néophyte en matière criminelle,
17:40c'est que les faux aveux sont plus répandus qu'on ne le croit.
17:43Ils touchent principalement des gens en état de faiblesse,
17:45ou des jeunes personnes, c'est le cas de Johan.
17:47Par ailleurs, il fait ses aveux après 22h de garde à vue,
17:51à 4h30 du matin, sans avocat.
17:53Les conditions dans lesquelles il a été placé,
17:55interdiction du moindre repos, il n'a pas pu quitter sa chaise,
17:58il faut imaginer ce que ça veut dire.
18:00Ça veut dire que pendant près d'une journée complète,
18:02le tour du cadran, on vous empêche,
18:04dès qu'il veut s'assoupir, il y a un enquêteur à ses côtés qui le relève.
18:07A la fin, il finit par s'accuser lui-même,
18:10il ne faut pas l'oublier, avant d'accuser sa mère.
18:12Et quand il accuse sa mère,
18:13ses aveux, les aveux qu'il fait, sont totalement incohérents
18:16avec les constatations de la police scientifique.
18:19Donc en fait, quelque part,
18:21voilà comment il en est venu à accuser sa maman,
18:22et voilà pourquoi ses aveux sont temporaires.
18:26Maître Marc Gégère,
18:28avocat de Brice,
18:29le plus jeune fils du couple Alessandri,
18:31vous connaissez évidemment bien ce dossier.
18:34Pourquoi est-ce qu'on ne croit pas
18:36Edwige Alessandri,
18:38dans ce qu'elle raconte ?
18:40Pourquoi d'un seul coup,
18:41encore une fois, je reste là-dessus, mais c'est important,
18:43pourquoi c'est elle, c'est elle, c'est elle.
18:46Mais je pense que ça part d'une...
18:48Dès le départ,
18:49dès l'appel au SAMU,
18:52il y a cette espèce de fausse information
18:54qui est distillée,
18:55cette femme appelle en disant
18:56qu'elle a tué son mari,
18:57alors qu'elle n'a évidemment jamais dit ça.
18:59Il faut bien comprendre
19:00qu'on est sur une petite brigade territoriale,
19:04secondée, certes,
19:05par une brigade des recherches de Carpentras,
19:07mais il y a 15 enquêteurs qui arrivent,
19:10c'est complètement insensé.
19:11On a l'impression,
19:13et on n'a pas que l'impression,
19:14moi j'ai la conviction que pour eux,
19:16c'est l'affaire de leur vie.
19:17Et ils partent pour démontrer
19:19ce qu'ils viennent d'entendre.
19:21En gros, quand ils arrivent à la gasquille,
19:23ils arrivent avec les aveux d'Edwige Alessandri.
19:25Il y a l'effet tunnel,
19:27on le dit souvent ça en matière criminelle,
19:28c'est-à-dire qu'on se fixe sur une personne
19:30ou bien sur une hypothèse
19:31et on ne la lâche pas,
19:32c'est bien ça.
19:33C'est exactement ce qui s'est passé dans cette affaire.
19:35Et puis, ça va au-delà de l'effet tunnel
19:38puisqu'on va avoir ce que disait Geoffrey tout à l'heure,
19:41c'est-à-dire qu'on va avoir des gens
19:42qui vont dissimuler des éléments,
19:44qui vont tronquer des dépositions.
19:47C'est gravissime,
19:47parce que c'est encore une fois,
19:49et vous l'avez dit,
19:50un dossier où il n'y a pas de preuves matérielles,
19:52il n'y a rien.
19:52Eh bien, je voudrais interroger là-dessus Geoffrey Le Guilcher,
19:55parce qu'effectivement,
19:56il va y avoir déjà deux procès,
19:57donc le deuxième va être cassé,
20:00deux procès,
20:01des condamnations pour cette femme,
20:03pour Edwige Alessandri,
20:05il n'y a aucune preuve matérielle contre elle.
20:07Il y a un faisceau d'indices, comme on dit.
20:09Absolument,
20:10et quelque chose qui va vous paraître incroyable,
20:13c'est que,
20:13et Maître Gégère était sur place,
20:15pendant les deux premiers procès,
20:16la défense d'Edwige Alessandri demande
20:17à ce que l'ADN qui a été trouvé sur les mégots...
20:21Déjà, déjà,
20:22la nuit du crime sur les lieux du crime
20:25soit placée au FNAEG,
20:27le fichier national des empreintes génétiques,
20:28qui, normalement,
20:29ce n'est même pas quelque chose qu'on doit demander,
20:31c'est censé être automatique,
20:32mais ça n'a pas été fait.
20:33Et il va falloir attendre le troisième procès pour ça.
20:35Exact.
20:36Mais alors, pourquoi ?
20:37Pour une raison simple,
20:38c'est que...
20:39Pourquoi on refuse, finalement,
20:40ces analyses qui sont banales ?
20:42Il y a la présidente dans l'un des deux procès
20:46qui va dire que ça coûte cher.
20:48En fait,
20:48on va avancer des raisons qui n'ont ni queue ni tête,
20:50mais c'est surtout parce qu'on est persuadé
20:52du côté de l'accusation
20:53qu'on tient la coupable.
20:56En fait,
20:56c'est essentiellement pour ça.
20:58Mais,
20:58heureusement,
21:00cette preuve,
21:01ADN,
21:01ces deux mégots,
21:02vont être quelque chose
21:03qui, en fait,
21:04va,
21:05quelque part,
21:05constituer une sorte de chemin vers la vérité
21:07au fil des ans.
21:08Tout à fait.
21:08Et c'est vous qui voulait raconter dans votre livre,
21:10les deux mégots.
21:11Effectivement,
21:11aujourd'hui,
21:11toute l'affaire,
21:12elle est suspendue
21:13à ces deux mégots.
21:14Parfois,
21:14une affaire criminelle,
21:15ça ne tient pas à beaucoup de choses.
21:17Et là,
21:17en l'occurrence,
21:17il faudrait aller encore plus loin.
21:19Mais on va en reparler.
21:21Maître Marc Gégère,
21:23c'est étonnant,
21:23j'ai lu ça dans les journaux
21:24d'à l'époque,
21:25lors du procès,
21:27il y a un gendarme qui va dire
21:29« Ah, vous savez,
21:29tout n'est pas parfait.
21:30On ne peut pas avoir d'explication sur tout. »
21:32Mais à partir de là,
21:34si vous êtes président
21:35d'une cour d'assises,
21:36vous dites « Attendez,
21:37peut-être que vous le faites répéter,
21:38c'est déjà l'enquêteur. »
21:39Oui,
21:40non seulement on le fait répéter,
21:41mais ça me rappelle,
21:42d'ailleurs,
21:42un souvenir que j'ai
21:43du premier procès à Avignon.
21:44Vous savez qu'il y a
21:45trois magistrats professionnels
21:46et puis il y a,
21:47à l'époque,
21:47six jurés,
21:48ou neuf,
21:53un magistrat
21:54s'est levé fou de rage
21:55et est parti
21:56sans dire au revoir à personne
21:58parce que lui
21:59avait, je pense,
22:00cette fibre
22:01de la culture du doute
22:03indispensable
22:03quand on juge des gens.
22:07Et quand vous avez
22:08des enquêteurs
22:08qui vous disent
22:09« Un, on n'a pas de preuves matérielles.
22:11Deux, tout n'est pas parfait
22:12pour expliquer
22:13tout ce qui va à l'encontre
22:15de la culpabilité
22:16de cette femme »,
22:17on peut se poser des questions
22:18sur l'objectivité
22:19de tout ça.
22:20Un troisième procès
22:22suspendu
22:23à une empreinte génétique.
22:25Edwige Alessandri,
22:26le mystère
22:26des deux mégots,
22:27c'est un garçon
22:28connu pour des vols.
22:30On l'employait surtout
22:31comme guetteur.
22:32L'enquête de l'heure du crime
22:33qui a fumé
22:33ses cigarettes
22:34dans le jardin
22:35de la maison.
22:36Qui est cet individu
22:37qui a laissé son ADN
22:38à suivre
22:39dans un court instant
22:39sur RTL ?
22:41Jean-Alphonse Richard
22:42sur RTL.
22:43C'est l'heure du crime
22:44jusqu'à 15h.
22:46L'heure du crime
22:47présentée par Jean-Alphonse Richard
22:49sur RTL.
22:50Mon mégot,
22:50il est connu
22:51pour stupéfiants.
22:52des séquestrations,
22:54ce qu'on appelle
22:55des home-jackings,
22:55c'est-à-dire
22:56on vient chez vous,
22:57on vous séquestre
22:58et puis on veut
23:00récupérer
23:00le coffre-fort.
23:02Pour moi,
23:02la piste du cambriolage,
23:04c'est la seule plausible.
23:06Au programme
23:06de l'heure du crime,
23:07l'affaire Edwige Alessandri.
23:09En 2000,
23:09cette commerçante
23:10du Vaucluse
23:11se retrouve accusée
23:12d'avoir tué son mari.
23:13Elle a toujours nié.
23:14Pas de preuves,
23:15mais deux fois condamnée
23:16aux assises.
23:16Troisième procès
23:17avec en filigrane
23:18deux mégots
23:19qui pourraient la disculper.
23:21Lundi 9 février 2009,
23:249 ans après la mort
23:25de son mari
23:25Edwige Alessandri,
23:26tout juste 50 ans,
23:28et rejugée
23:29par la cour d'assises
23:30du Rhône,
23:30à Lyon,
23:31la veuve,
23:32entend bien,
23:33prouver son innocence.
23:34Ses avocats,
23:34très offensifs,
23:36ont retourné
23:36le dossier dans tous les sens,
23:38à la recherche d'indices
23:39négligés
23:40ou oubliés.
23:40Selon eux,
23:41les investigations
23:42sont incomplètes.
23:43Des empreintes de chaussures
23:45n'ont jamais été identifiées,
23:47tout comme
23:47deux mégots
23:48retrouvés par les gendarmes
23:50sur la pelouse
23:51de la maison Alessandri
23:52et qui, curieusement,
23:54n'ont jamais été expertisés.
23:56Éric Dupond-Moretti,
23:57avocat de Johan,
23:58un des fils,
23:58demande une analyse ADN.
24:00Requête acceptée,
24:01mais le procès
24:02n'est pas pour autant suspendu.
24:04Expertise qui vont
24:05s'éterniser.
24:07Le 20 février,
24:08Edwige Alessandri
24:09est condamné
24:09à dix ans de prison.
24:10Elle est incarcérée
24:11à Rennes.
24:13Cinq mois plus tard,
24:1422 juillet,
24:15l'ADN des deux mégots
24:16est enfin identifié.
24:18Il match
24:18avec un individu,
24:20membre de la communauté
24:21des gens du voyage,
24:22fiché pour cambriolage.
24:24Il est connu
24:25pour jouer
24:25les guetteurs.
24:28Mercredi 21 octobre 2009,
24:2914h30,
24:31Guillaume C,
24:3229 ans,
24:33l'homme aux deux mégots,
24:34est entendu
24:35pour la première fois
24:36par les gendarmes.
24:37Les mêmes enquêteurs
24:38qui ont mené
24:39des investigations
24:40dans l'affaire
24:41Alessandri.
24:42Guillaume C se présente
24:43comme vivant
24:44de petits boulots.
24:46Au moment de la mort
24:46de Richard Alessandri,
24:47il habitait bien
24:48à Perne-les-Fontaines,
24:49mais il déclare
24:50être complètement
24:51étranger au crime.
24:53Lors d'une deuxième audition,
24:54les enquêteurs
24:55notent que la présence
24:56de Guillaume C
24:57dans le jardin
24:58des Alessandri,
24:59à l'été 2000,
25:01ne peut pas être
25:02formellement établi.
25:03À cette époque,
25:04il traînait pourtant
25:05beaucoup dans ce coin
25:06qu'il connaît par cœur.
25:07L'avocat d'Edouïge Alessandri
25:09craint la partialité
25:10des enquêteurs.
25:11Les gendarmes
25:12de Carpentras
25:13sont alors
25:13dessaisis.
25:16Voilà les enquêteurs
25:17dessaisis,
25:17mais en attendant,
25:18Edouïge Alessandri,
25:19elle reste
25:20effectivement condamnée
25:21et elle reste
25:23en prison.
25:24Donc effectivement,
25:25ça ne fait pas beaucoup
25:25avancer
25:27le dossier.
25:28Geoffrey Leguilcher,
25:30vous êtes journaliste
25:31et vous sortez ce bouquin
25:32« Les deux mégots
25:33enquêtent la vérité
25:35sur l'affaire Alessandri ».
25:36Effectivement,
25:36vous avez fait une enquête
25:37formidable avec
25:38beaucoup de détails,
25:40beaucoup de précisions
25:41inconnues,
25:42beaucoup de rebondissements
25:43et on se dit aujourd'hui
25:44que l'affaire,
25:45ce n'est pas tout à fait
25:45celle qui a été
25:46peut-être racontée
25:47par la justice.
25:49Pourquoi,
25:50effectivement,
25:51les deux mégots,
25:52vous nous avez dit
25:53qu'ils ont été repérés
25:55assez tôt dans le dossier,
25:56on les voit.
25:56Pourquoi ça met si longtemps
25:59pour obtenir
26:00une expertise ADN
26:01de ces deux mégots ?
26:03Ne me répondez pas
26:04parce que ça coûte trop cher
26:05parce que c'est faux.
26:06C'est une erreur des gendarmes,
26:07c'est-à-dire qu'à la base,
26:09les deux mégots
26:09auraient dû être placés,
26:10l'ADN qui a été séquencé
26:12sur les deux mégots
26:12auraient dû être placés
26:13au FNAEG,
26:14au Fichier National
26:14des Empreintes Génétiques.
26:15Ça n'a pas été fait
26:16et en fait,
26:18il faut attendre
26:18ce que vous disiez,
26:19le troisième procès
26:20pour qu'enfin
26:21ça puisse être fait,
26:22ce qui est déjà anormal
26:23et donc,
26:24six mois plus tard,
26:24coup de théâtre,
26:25on apprend enfin
26:27qui est le propriétaire
26:28de cet ADN
26:29et à ce moment-là,
26:30en fait,
26:31ce qui va se passer,
26:31c'est que comme on reconfie
26:32les premières gardes à vue
26:33du suspect aux gendarmes
26:34qui ont bâti
26:35la culpabilité
26:36d'Edwige Alessandri
26:37ex-Nilo,
26:38en fait,
26:39eux,
26:40l'audition,
26:40elle ne va être
26:41ni faite ni affaire.
26:42Par exemple,
26:42ils ne vont même pas
26:43demander à cet homme
26:44son alibi
26:45pour la nuit du crime.
26:48Ça ne les intéresse pas.
26:49Donc,
26:50l'enquête va effectivement
26:51leur être enlevée,
26:52mais on va dire
26:53de façon partielle,
26:54un peu plus tard.
26:55Et l'ADN
26:56sur ces deux mégots,
26:57il est intéressant
26:58parce qu'il va mener
26:59petit à petit
27:00à la vérité,
27:01à ce qui s'est passé,
27:02grâce notamment après
27:03à d'autres témoignages
27:04très circonstanciés.
27:05Et ça,
27:06c'est quand même étonnant.
27:07Ces deux mégots
27:08qui sont là
27:08dans le dossier
27:09depuis le début,
27:10on ne les a pas vus
27:11ou plutôt,
27:11on ne les a pas voulus
27:12les voir.
27:12Ça,
27:12c'est encore autre chose.
27:14Maître Marc Gégère,
27:15avocat Carpentras,
27:16avocat de Brice,
27:17c'est le fils du couple
27:18Alessandri.
27:19Alors,
27:19évidemment,
27:21à ce procès,
27:21on demande de l'analyse,
27:22vous demandez,
27:23vous les avocats,
27:24la défense,
27:24l'analyse de ces deux mégots,
27:26ok,
27:26dit le tribunal,
27:27on va faire ça,
27:28ça prend du temps,
27:29on a raté le coche là
27:30parce que si le procès
27:31avait été suspendu,
27:33les choses auraient été différentes.
27:35En toute honnêteté
27:36et en toute objectivité,
27:38c'est le cas.
27:39Je pense qu'à partir du moment
27:40où on demande
27:41une vérification
27:42à ce point importante
27:43quant à ses conséquences,
27:45il aurait fallu le demander
27:46sous la forme
27:48d'un supplément d'informations
27:49et à ce moment-là,
27:51si la cour faisait droit
27:52à ce supplément d'informations,
27:53elle suspendait son audience
27:55jusqu'au retour.
27:57Jusqu'au retour.
27:58Mais comme l'a expliqué
27:59Geoffrey le Guilcher,
28:00en fait,
28:00la difficulté,
28:01c'est qu'on aurait eu
28:02un retour négatif
28:03dans un premier temps
28:04parce que l'ADN
28:05de Guillaume C,
28:06il est resté
28:07sur le bureau
28:08de la brigade de Carpentras
28:10pendant des mois
28:11au lieu d'aller au FNAEG.
28:13Ce qui fait qu'au moment
28:14où on fait ce supplément
28:15d'informations,
28:17finalement,
28:17ça aurait pu nous exploser
28:20au visage
28:20et n'avoir aucune conséquence.
28:22Tout ça parce que
28:23l'ADN de cet homme-là
28:25était resté sur ce bureau.
28:27Alors,
28:27si on a mauvais esprit,
28:28on dira qu'il aurait été
28:29volontairement laissé
28:30sur ce bureau
28:31et si on n'a pas
28:32mauvais esprit,
28:33on dirait que ça a été
28:34une négligence coupable
28:36de la part des services enquêteurs.
28:37Le fait est,
28:38c'est que cet ADN,
28:39il est bien resté
28:39sur ce bureau,
28:40quoi qu'il en soit,
28:41donc effectivement,
28:42il n'a pas bougé
28:42et ça,
28:43c'est dommageable
28:43pour cette enquête.
28:44On devrait vraiment
28:46tenir compte
28:46de cet élément
28:47qui est capital.
28:49Geoffrey Le Guilcher,
28:50question encore,
28:51Guillaume C,
28:52il est devant les gendarmes,
28:54qu'est-ce qu'il raconte ?
28:55Vous avez vu,
28:55vous les PV,
28:56vous connaissez parfaitement
28:57ce dossier.
28:57Absolument,
28:58lui, du coup,
28:58ce qu'il raconte,
28:59il raconte des choses
29:00différentes au fil
29:00de ses auditions.
29:01Il va être entendu
29:02plusieurs fois
29:02et à chaque fois,
29:03il va se contredire
29:04et comme on va finir
29:06par lui pointer,
29:07une fois que la police judiciaire
29:09lui dit,
29:09mais attendez,
29:10qu'est-ce que vous faites là ?
29:11C'est au bout d'une impasse,
29:12dans un champ,
29:14du crime,
29:15sur les lieux du crime.
29:16Ça fait beaucoup.
29:17Il va finir par dire,
29:18mais en fait,
29:19à l'époque,
29:19je n'avais pas de voiture,
29:20je me déplaçais à pied
29:21à travers champ
29:21et donc,
29:22c'est pour ça
29:23qu'en fait,
29:24en me baladant,
29:25je suis passé par là
29:26et j'étais un voleur de piscine.
29:27Seulement,
29:28ce que les gendarmes
29:29ne vont pas faire
29:30lors de la première audition,
29:31la police judiciaire
29:31va le faire
29:32lors de la troisième
29:33et va se rendre compte
29:34qu'il a menti.
29:35Il avait une voiture
29:36à cette époque-là
29:36et donc,
29:38son « alibi »
29:39n'existe même pas.
29:41Il part en fumée
29:41comme ça.
29:42Et il y a de fortes chances,
29:44vous confirmez,
29:45Geoffrey Le Guilcher,
29:46il y a de fortes chances
29:46qu'il ait été
29:47pas très loin
29:47de cette maison
29:48à cette époque-là.
29:50Absolument,
29:51les Demégo
29:51sont trouvés
29:51à un endroit stratégique,
29:53quasiment devant
29:54les fenêtres
29:54des Alessandries,
29:55par la façade
29:56où on suspecte
29:57que l'intrusion a eu lieu,
29:58la façade sud,
29:59là où une fenêtre
30:00a été trouvée ouverte
30:01et une porte
30:01a été trouvée non verrouillée,
30:02là où il y a
30:02des traces de pas également.
30:04Et donc,
30:05en fait,
30:05ces Demégo,
30:05c'est un poste
30:06potentiellement
30:07d'observations idéales
30:09pour voir toute la maison.
30:10Et en plus,
30:11n'oublions pas
30:12qu'il y en a deux
30:12des Demégo.
30:13Et donc,
30:14deux Demégo,
30:14ça veut dire
30:14qu'il y a un temps d'attente
30:16sur le même endroit,
30:17sur place.
30:18Ce n'est pas quelqu'un
30:18qui fait de passage.
30:19On a mis du temps
30:20à aller fumer
30:21et son avocat,
30:22c'est d'ailleurs son avocat
30:23qui disait à ce garçon
30:24qu'il guettait,
30:26c'est un guetteur.
30:26Oui,
30:27c'est exactement
30:27la place du guetteur,
30:29c'est l'endroit stratégique
30:30pour attendre
30:31que les lumières s'éteignent
30:32et pour donner le go
30:33à ceux qui vont rentrer
30:34dans la maison.
30:35Et il va attendre
30:36un certain moment
30:37puisqu'il va avoir le temps
30:37de fumer deux cigarettes.
30:39Et je rappelle en plus
30:40que dans cette histoire,
30:41il y a un arrosage automatique
30:43qui s'arrête à 22h
30:45ou quelque chose comme ça,
30:46ce qui fait que les Demégo
30:47sont trouvés secs.
30:48Donc,
30:48ils sont posés
30:49postérieurement
30:50à l'arrêt de l'arrosage.
30:52Et ça aussi,
30:52c'est un élément
30:53qu'on a balayé
30:54en nous disant
30:54tout n'est pas parfait.
30:57D'autres témoins,
30:58d'autres suspects
30:59et un nom pour le tireur.
31:01Edwige Alessandri,
31:02le mystère des Demégo,
31:04les enquêteurs
31:04se sont totalement ratés.
31:06L'enquête est partie
31:07du principe
31:08que le meurtrier
31:08était dans la maison.
31:09Or, il y avait
31:10des cambrioleurs.
31:11L'enquête de l'heure du crime.
31:12On se retrouve
31:12dans un instant sur RTL.
31:15L'heure du crime,
31:16c'est avec
31:16Jean-Alphonse Richard
31:17sur RTL.
31:20L'heure du crime,
31:21présentée par
31:22Jean-Alphonse Richard
31:23sur RTL.
31:25Retour dans
31:25l'heure du crime
31:26sur l'affaire
31:26Edwige Alessandri.
31:28Cette femme a été condamnée
31:29en 2009
31:29pour le meurtre
31:30de son mari.
31:319 ans plus tôt,
31:32dans le Vaucluse,
31:33elle a toujours nié,
31:34elle a accusé
31:35des cambrioleurs.
31:36Un ADN sur deux mégots
31:37retrouvé à l'époque
31:38sur place
31:39relance les spéculations.
31:41Mercredi 1er septembre 2010,
31:44Guillaume C,
31:44l'homme au mégot,
31:46est entendu
31:46pour la troisième fois
31:47par les enquêteurs.
31:48L'affaire Alessandri
31:49semble s'accélérer
31:50à toute vitesse.
31:51En effet,
31:52ces derniers temps,
31:54des témoins ont livré
31:55les noms d'individus
31:56qui auraient participé
31:57au cambriolage
31:58de la Villa Alessandri.
31:59Témoignage précis.
32:0116 mars 2011,
32:02Edwige Alessandri
32:03dépose donc
32:04une demande de révision
32:05de son procès
32:06devant la chambre criminelle
32:07de la cour de cassation.
32:09Les témoignages
32:10ne vont plus cesser.
32:12Toujours plus spectaculaires
32:13les uns que les autres.
32:15Le 10 octobre 2011,
32:16une femme,
32:17Béatrice F,
32:18affirme qu'elle connaît
32:19les noms des personnes
32:20qui sont impliquées
32:21dans la mort du patron
32:22du supermarché.
32:23L'année suivante,
32:25l'enquêteur privé
32:26et ancien gendarme
32:27Jean-François Abgral
32:28reçoit les confidences
32:29d'un informateur.
32:31Quatre hommes
32:31sont cités
32:32comme étant
32:33les cambrioleurs
32:33de la maison,
32:34à savoir Guillaume C,
32:35l'homme au mégot,
32:37Romain U,
32:38Alain R
32:39et un individu décédé.
32:41Des gardes à vue
32:41sont déclenchés
32:42dans le journal
32:43La Provence.
32:44Le détective
32:44Jean-François Abgral
32:45est catégorique.
32:47Les enquêteurs
32:47se sont totalement ratés.
32:49L'enquête est partie
32:50du principe
32:51qu'il s'agissait
32:51d'un huis clos,
32:52que le meurtrier
32:53était dans la maison.
32:54Or, il y avait
32:55des cambrioleurs,
32:56déclare-t-il.
32:57Mardi 8 juillet 2014,
32:59une femme
33:00entendue par les enquêteurs
33:01assure que son ancien
33:02compagnon,
33:03Maurice Delpapa,
33:04décédé
33:05trois ans après
33:06le meurtre
33:06de Pernes-les-Fontaines,
33:08pourrait être lié
33:09à l'affaire Alessandrie.
33:11Il serait même
33:12désigné
33:12par plusieurs témoins
33:13comme étant
33:14le tireur.
33:18Et là,
33:18tout a changé.
33:19Évidemment,
33:20on n'est plus du tout
33:21dans la même problématique
33:22parce qu'on avait
33:23une seule suspecte
33:25et d'où j'ai Alessandrie.
33:26On a été fixés là-dessus.
33:27C'est elle,
33:27c'est elle,
33:28c'est elle.
33:29Mais là,
33:29il y a d'autres portes
33:30qui s'ouvrent.
33:31Geoffrey Le Gilcher,
33:33journaliste indépendant,
33:34auteur du livre
33:35Les deux mégots,
33:36la vérité
33:37sur l'affaire Alessandrie.
33:39C'est vous
33:39qui révélez
33:40toutes ces informations
33:41dans votre livre.
33:42Informations qui sont capitales
33:43parce qu'elles changent
33:44totalement le paysage
33:45des investigations.
33:47qu'est-ce que disent
33:49ces témoignages
33:51qui arrivent
33:51sur le bureau
33:53des enquêteurs ?
33:54Peu à peu,
33:55il y a des noms
33:56qui surgissent.
33:57Il y a comme ça
33:58une espèce de nébuleuse
34:00qui apparaît.
34:01En fait,
34:01ce qu'il faut comprendre,
34:02c'est qu'en plus de l'ADN
34:03trouvé et identifié
34:04sur les deux mégots,
34:05il y a deux témoins
34:06qui se manifestent.
34:07Donc,
34:07quelqu'un qui se présente
34:09comme le receleur
34:10des quatre cambrioleurs
34:10et qui fait amende honorable
34:13et décide de tout raconter.
34:14est aussi l'une des ex-compagnes
34:17de la famille proche
34:18des cambrioleurs.
34:19Et à partir de là,
34:20il y a une première demande
34:22auprès de la cour de révision
34:23qui est faite par les avocats
34:25d'Edwige et de ses enfants.
34:26Et en fait,
34:27on arrache l'enquête
34:28aux gendarmes
34:30pour la confier enfin
34:31à la police judiciaire.
34:33Une personne
34:34qui s'appelle Nathalie Galabert
34:35qui est une enquêtrice chevronnée
34:36va, elle,
34:37mener des investigations brillantes
34:39en seulement six mois
34:40et elle va conclure
34:41qu'il s'agit bien
34:41d'un cambriolage
34:42qui a tourné au drame.
34:43Elle va crédibiliser
34:44les deux témoins,
34:45crédibiliser les maîtres
34:46en relation avec l'ADN
34:47trouvé sur les deux mégots
34:48et même
34:48révéler des nouvelles pistes
34:51et même
34:52une autre victime
34:53de ces cambrioleurs.
34:55On connaît
34:55à travers cette
34:56contre-investigation
34:57un autre cambriolage
34:59qui a aussi, lui,
35:00pas tourné au drame.
35:00Il n'y a pas eu un crime
35:01mais il y a eu quelqu'un
35:02qui a été molesté
35:02et c'était la même équipe
35:05et c'était à moins de 5 km
35:06de la maison des Alessandries.
35:07Alors ça fait beaucoup
35:08de coïncidences,
35:09pas beaucoup de hasard,
35:10il faut bien le dire.
35:10Et en tout cas,
35:11il y a eu une équipe
35:13la maison des Alessandries.
35:15Un mot encore,
35:16Geoffrey Le Guilcher.
35:17Après ça, c'est important.
35:18Il y a un homme
35:19qui va surgir,
35:19il est décédé.
35:20Il s'appelle Maurice Delpapa.
35:22Vous donnez son nom
35:22dans le livre,
35:23donc je vous permets
35:24de le répéter.
35:25Maurice Delpapa,
35:26lui, il est présenté
35:26comme le tireur.
35:27Voilà, tout simplement.
35:28Lui, il serait le tireur supposé,
35:30c'est-à-dire que...
35:30Ça s'appuie sur quoi ?
35:31Ça s'appuie sur plusieurs témoignages.
35:33En gros, la première femme
35:34qui a parlé
35:34a expliqué que le tireur
35:36était décédé
35:37peu de temps après
35:38et on n'arrivait pas
35:39à retrouver son nom.
35:40Mais surtout,
35:40l'informateur de la police
35:41qui était, je le rappelle,
35:43le receleur
35:44de ces quatre cambrioleurs
35:45et qui a donné
35:46les quatre noms
35:46des cambrioleurs en présence,
35:48va expliquer
35:49qu'il ne se souvient plus
35:51du nom du tireur
35:51mais que ce tireur
35:52avait une voiture rouge
35:53qu'il avait partagé
35:54sa cellule avec Alain R,
35:56l'un des autres cambrioleurs
35:58et qu'il avait,
35:59à cette occasion,
36:00fait un malaise
36:01dans cette cellule
36:02et qu'Alain R
36:03lui avait sauvé la vie.
36:04Et, des années plus tard,
36:06on va enfin découvrir
36:07qui était cet individu,
36:08Maurice Delpapa,
36:09qui avait fait
36:10un arrêt cardiaque
36:10dans sa cellule
36:11avec Alain R
36:12et qui avait
36:13une Renault rouge
36:14et d'autres aussi
36:15points qui correspondaient.
36:16Il faisait moins d'un mètre 75,
36:17il y avait d'autres éléments
36:18qui avaient été donnés
36:19par l'informateur
36:20et en fait,
36:21on s'aperçoit
36:21qu'il coche toutes les cases
36:24de l'homme qu'on recherchait
36:25et par ailleurs,
36:26une autre témoin
36:27proche des cambrioleurs
36:28va révéler
36:29qu'elle savait
36:30que le nom du tireur
36:31était Delpapa.
36:31Elle ne savait pas l'écrire,
36:32elle ne connaissait pas son prénom
36:33mais elle va le révéler,
36:35ça va apparaître
36:35dans la procédure
36:36et en fait,
36:38tout ça,
36:39à la fin,
36:40fait qu'on a
36:40le nom des quatre,
36:42tout simplement.
36:42On a le nom des quatre
36:43et pourtant,
36:44ça ne bouge pas.
36:45C'est le moins qu'on puisse dire.
36:46Alors là,
36:46on ne peut être que stupéfait
36:48par ce qui se passe,
36:51pardon d'appuyer ce terme
36:52mais,
36:52maître Marc Gégère,
36:54on prend un petit peu
36:55dans l'ordre,
36:56demande de révision
36:57de madame Alessandri.
36:59C'est balayé,
36:59on ne veut pas ?
37:00Alors c'est balayé
37:01mais avec,
37:02j'allais dire,
37:03en deux temps.
37:05D'abord,
37:05c'est accueilli
37:06de manière tout à fait favorable
37:08puisqu'il est rarissime
37:09que la cour de révision
37:10ordonne elle-même
37:11un supplément d'information.
37:13C'est ce qui va être fait.
37:14Malheureusement,
37:15ce supplément d'information
37:16va être distribué
37:17à un magistrat instructeur
37:19qui connaît bien
37:20les gendarmes de Carpentras
37:22puisqu'elle a été en poste
37:24à Carpentras
37:24pendant des années
37:25et elle va confier
37:27ce supplément d'information.
37:29En tout cas,
37:29très partiellement,
37:31elle va exclure
37:32certains actes
37:33mais la plupart des actes
37:34seront confiées
37:35à la même brigade
37:36que celle qui a...
37:37On retombe toujours
37:38sur nos pattes,
37:38c'est ça ?
37:38Oui.
37:39Et il va falloir même
37:40qu'à un moment donné,
37:42je saisisse moi
37:43la chambre de l'instruction
37:44puisque pendant le supplément
37:46d'information,
37:46la loi va changer
37:47et va dire
37:48qu'en matière de révision,
37:50on ne peut plus confier
37:51les suppléments d'information
37:52ou les nouvelles investigations
37:54aux enquêteurs
37:55qui ont été les premiers
37:56à intervenir
37:57sur le dossier.
37:59Elle va quand même le faire
38:00et je vais être obligé
38:01de faire annuler ces actes
38:02par la chambre de l'instruction.
38:04Mais vous aurez compris
38:05qu'à partir du moment
38:06où on a entendu
38:07tous ces gens
38:08et qu'ils savent
38:09que la lumière
38:10est maintenant sur eux,
38:11ça fausse complètement l'histoire.
38:13Vous êtes avocat pénaliste,
38:15Maître Marc Gégère,
38:15vous connaissez bien
38:16ces dossiers.
38:17Là, on a une contre-enquête
38:19qui est d'ailleurs déjà
38:20dans les dossiers
38:22des enquêteurs.
38:24Vous la relatez,
38:25Geoffrey Le Guilcher,
38:26mais ils l'ont
38:26tous ces éléments sur place.
38:28Pourquoi ça ne bouge pas ?
38:30Parce que là,
38:30non mais attendez,
38:31il y a des éléments
38:31qui sont confondants quand même.
38:33On se dit,
38:34tout le monde dit
38:35à peu près la même chose,
38:36il y a ces témoignages.
38:37Alors je veux bien
38:38qu'on invente tout,
38:39mais là,
38:39ce n'est pas possible.
38:40Quand vous avez
38:40un supplément,
38:42enfin,
38:43une enquête préliminaire
38:44du supplément d'information
38:45fait par Mme Galabert
38:47du SRPJ Montpellier
38:48qui se termine par
38:49les éléments
38:50sont tellement importants
38:52qu'il nous faut maintenant
38:53passer à la vitesse supérieure
38:55et pouvoir agir
38:56notamment
38:56avec des gardes à vue.
38:58Absolument !
38:59Elle écrit ça
39:00noir sur blanc
39:01et elle est scandalisée
39:03de ne pas se voir,
39:04elle,
39:04attribuer ce supplément
39:05d'information
39:06par le magistrat instructeur.
39:08Un non-lieu
39:09va tomber.
39:11Edwige Alessandri,
39:12le mystère des deux mégots.
39:13Je n'attends rien pour moi,
39:15je veux simplement
39:15que ceux qui ont tué
39:16mon mari
39:17soient jugés.
39:18L'enquête de l'heure du crime.
39:19Je vous retrouve
39:19tout de suite sur RTL.
39:20L'heure du crime
39:22présentée par
39:23Jean-Alphonse Richard
39:24sur RTL
39:25L'heure du crime
39:26présentée par
39:27Jean-Alphonse Richard
39:28sur RTL
39:29Dans l'heure du crime,
39:31l'étrange affaire
39:32Edwige Alessandri
39:33condamnée pour le meurtre
39:35de son mari
39:35dans le Vaucluse
39:36en 2000,
39:37elle a toujours nié
39:37quatre cambrioleurs
39:39identifiés
39:39comme étant
39:40des suspects potentiels
39:41mais la justice
39:42était tue.
39:43Le dossier va se refermer.
39:45Vendredi 20 avril 2018,
39:47la juge d'instruction
39:48chargée de l'enquête
39:49Alessandra Bis,
39:51l'homme omégo
39:52et les cambrioleurs,
39:53délivre un non-lieu.
39:55Les éléments recueillis
39:56lors des investigations
39:57seraient insuffisants.
39:59Vendredi 20 décembre 2010,
40:01la cour de cassation
40:02rejette la demande
40:03de révision du procès.
40:04Maître Damien Brossier,
40:06dernier avocat en date,
40:07déduit Alessandri,
40:08le déplore.
40:09S'il n'y a pas de doute
40:10dans un tel dossier,
40:11alors il n'y en aura
40:12jamais nulle part,
40:14déclare-t-il.
40:15Edwige Alessandri
40:18avait déclaré
40:20« Je n'attends rien
40:21pour moi,
40:22je veux simplement
40:23que ceux qui ont tué
40:24mon mari soient jugés.
40:26Ils ont les noms
40:26des quatre cambrioleurs,
40:28ils savent
40:29qui est le tireur. »
40:31Je ne comprends pas
40:32pourquoi on m'accuse.
40:34Le fait que j'ai un malaise,
40:34c'est qu'on me croit coupable.
40:36C'est ça qui me gêne le plus.
40:37Je dis toujours
40:38« Je mourrai innocente »,
40:39mais c'est vrai,
40:39je mourrai innocente.
40:40Je sais que j'y arriverai.
40:42Je sais que j'y arriverai.
40:43Je ne serai pas mort à cause.
40:45Il est mort à cause des autres.
40:47La voix pleine de convictions
40:49et d'émotions.
40:51On est là des années après
40:51d'Edwige Alessandri.
40:53C'est donc la femme de la victime,
40:54la femme de Richard Alessandri.
40:56C'était dans l'émission
40:57« Au bout de l'enquête ».
40:58Geoffrey Le Guilcher,
40:59vous nous guidez
41:00dans cette enquête
41:01avec votre ouvrage
41:02« Les deux mégots,
41:03la vérité sur l'affaire Alessandri ».
41:05Deux mégots
41:05qui changent tout
41:06dans cette histoire
41:07avec des suspects
41:09qui sont en train de surgir,
41:11qui sont cités,
41:12qui sont désignés.
41:13Vous êtes journaliste
41:14et effectivement,
41:15la question que je vous pose,
41:17c'est déjà,
41:18est-ce que les auditions
41:20de ces hommes,
41:20de ces suspects,
41:21entre guillemets,
41:22est-ce qu'elles ont duré longtemps ?
41:24Est-ce qu'on s'est appliqué
41:25à les travailler beaucoup ?
41:27Pas du tout.
41:27C'est ce que disait Maître Gégère.
41:28En fait,
41:29à partir du moment
41:29où le cadre est vicié,
41:31tout va partir,
41:32entre guillemets,
41:32excusez-moi,
41:33en sucette.
41:33C'est-à-dire que
41:34ce qui va se passer,
41:35c'est qu'on va reconfier
41:36à la brigade de gendarmerie
41:37de Carpentras,
41:37donc la brigade qui a créé
41:39ex nihilo
41:40la culpabilité
41:41d'Edwige Alessandri,
41:42les auditions
41:42des principaux suspects.
41:43En d'autres termes,
41:44on leur offre la possibilité
41:45de prouver
41:47qu'ils ont eu tort.
41:48Et donc,
41:49alors qu'à l'époque,
41:50Edwige et son fils Johan
41:51sont mis en garde à vue
41:52pendant 48 heures,
41:53l'un qui vient d'avoir 18 ans
41:54sans avocat
41:54et son fils de 12 ans
41:56pendant 12 heures.
41:58Il a 12 ans,
41:59il est mis en rétention
42:00pendant 12 heures.
42:01Ces hommes,
42:02ces quatre hommes
42:02qui sont des habitués
42:03de la prison,
42:04qui font des allers-retours
42:05pour des homejackings,
42:06des braquages,
42:07parfois pour des délits
42:09extrêmement violents,
42:10ils vont avoir des garde à vue
42:11qui vont durer deux heures.
42:12Et pour moi,
42:12ça résume tout.
42:14C'est-à-dire qu'on est déjà
42:15en train de les absoudre
42:16dans la manière
42:17dont sont menées
42:18les garde à vue.
42:18C'est un véritable scandale
42:20en fait
42:20de la justice française.
42:22Alors, un mot encore avec vous
42:23puis après je te poserai
42:24la même question
42:24à Maître Marc Gégère.
42:25Il y a ce non-lieu
42:26de la juge d'instruction
42:27de Carpentras,
42:30non-lieu
42:31qui est comme ça,
42:32sur le papier,
42:33pour moi,
42:33incompréhensible.
42:35Et je crois que je ne suis pas
42:35le seul à le penser,
42:36vous aussi évidemment,
42:37mais les enquêteurs aussi
42:39se sont étonnés de ce lieu.
42:40La police judiciaire est outrée,
42:41les avocats sont outrés,
42:43il y a même à l'époque
42:44où les juges reconfient
42:46la contre-enquête,
42:46l'arrachent à la police judiciaire
42:47pour la redonner aux gendarmes,
42:49il y a un magistrat
42:49de la cour de cassation
42:50qui les appelle,
42:51il y a le patron
42:52de la police judiciaire
42:53de Montpellier
42:53qui les appelle,
42:54ne faites pas ça par pitié.
42:55Et en fait,
42:56ce qu'il faut comprendre,
42:57c'est qu'à partir du moment
42:58où l'ADN et les témoignages
43:00arrivent,
43:00où on connaît la vérité,
43:01la justice va agir un peu
43:02comme une famille dysfonctionnelle
43:04qui veut cacher son tabou
43:05et enterrer plus profondément
43:06son secret.
43:07Mais à ce moment-là,
43:08ce que fait la justice,
43:09c'est d'enterrer
43:10Edwige Alessandri
43:11et ses deux enfants.
43:12C'est ça,
43:12et on va en parler évidemment
43:13de ces deux enfants
43:15qui attendent une vérité
43:16depuis toutes ces années.
43:18Maître Marc Gégère,
43:19un mot là-dessus
43:19sur ce non-lieu.
43:22Encore une fois,
43:23j'ai fait appel
43:24à votre expérience
43:25devant les cours d'assises.
43:27Vous avez déjà vu ça,
43:28ce genre de dossier
43:29qu'on cloue dans le non-lieu
43:31alors qu'il y a
43:32beaucoup d'éléments ?
43:33C'est pour moi,
43:35après maintenant
43:35un peu plus de 37 ans
43:37d'exercice,
43:37totalement inédit.
43:39C'est-à-dire qu'à ce point-là,
43:41d'absence d'objectivité,
43:43voire même d'une volonté
43:44avérée de cacher la vérité,
43:48de dissimuler des éléments
43:49qui sont saillants
43:51dans ce supplément d'information,
43:53c'est qu'on a véritablement
43:55une autre volonté
43:56que la manifestation
43:57de la vérité.
43:58Or, un magistrat,
43:58il est là,
43:59un magistrat instructeur,
44:00il est là
44:01pour la manifestation
44:02de la vérité.
44:03Et là, la vérité,
44:04elle n'intéresse pas la justice
44:05et elle n'intéresse certainement
44:06pas ce magistrat instructeur.
44:07Ce qui l'intéresse,
44:08c'est de faire en sorte
44:10que ceux avec qui
44:10elle a travaillé
44:11pendant des années
44:12ne soient pas considérés
44:13comme ayant très mal travaillé
44:14c'est le moins qu'on puisse dire.
44:16Une demande de révision rejetée,
44:18qu'est-ce qu'on peut faire aujourd'hui ?
44:19Qu'est-ce que vous allez faire ?
44:20Eh bien, Damien Brossier,
44:21qui est le conseil
44:22d'Edwige Alessandri,
44:23qui est le seul en fait habilité,
44:24puisque nous n'étions
44:25que partie civile,
44:26va être en train
44:27de finir de rédiger
44:28un nouveau recours
44:29en révision
44:29sur la base
44:30des éléments recueillis
44:31par Geoffrey Le Guilcher.
44:33Avec ce bouquin,
44:34les deux mégots,
44:35qui va être versé au dossier.
44:36Oui.
44:37Ça va être une pièce
44:38à conviction, entre guillemets.
44:39Non seulement ce livre,
44:40mais tous ces documents
44:42vont de travail
44:42et tout ce grâce auquel
44:43il a pu écrire ce livre
44:45va servir de base.
44:47Et moi, j'ai envie quand même de...
44:49J'ai une pensée pour Brice.
44:51Moi, j'ai connu Brice.
44:52J'ai connu Brice,
44:53il avait 12 ans.
44:54Le petit garçon.
44:54Voilà.
44:5512 ans dans mon bureau,
44:56tremblant,
44:57rempli d'eczéma,
44:59les yeux agarres,
45:00ne comprenant pas
45:01ce qui lui était arrivé,
45:02venant de perdre son père
45:03dans un bain de sang,
45:04voyant sa mère
45:05emportée par deux gendarmes,
45:06avec une interdiction
45:07qui va lui être faite
45:08pendant des mois
45:09et des mois de la voir
45:10ou de correspondre avec elle.
45:13Enfin,
45:13et ce garçon,
45:14il s'est construit
45:16sur cette manière
45:17de voir la justice.
45:19Vous imaginez l'idée
45:20qu'il a, lui,
45:21de notre justice
45:22et de la police ?
45:23Aujourd'hui,
45:24le recours en révision,
45:25il est fait non pas
45:25contre Brice,
45:27mais il est fait
45:27avec un Brice qui dit
45:28« Moi, je ne veux plus
45:29en entendre parler
45:30parce que je n'y crois plus
45:32à votre justice. »
45:34Voilà.
45:34Et ce que je veux,
45:35c'est qu'enfin,
45:36on puisse dire à Brice,
45:37tu vois,
45:37finalement,
45:39à force d'abnégation
45:40et à force du travail
45:41à la fois des enquêteurs
45:43de Geoffrey Le Guichère
45:44mais aussi
45:45de l'abnégation
45:46et de la persévérance
45:47de ta mère,
45:48on va y arriver.
45:49On va y arriver.
45:49Oui, ça c'est un mot d'ordre
45:50que vous donnez évidemment
45:51à cette famille.
45:53Je pense que
45:54Geoffrey Le Guichère,
45:55vous connaissez bien,
45:55Edwige Alessandri,
45:56évidemment,
45:57vous l'avez beaucoup vu
45:58pour cet ouvrage,
46:00pour mener cette enquête.
46:02Dans quel état,
46:03dans quel état d'esprit est-elle ?
46:05Parce que ça fait des années
46:06qu'elle se bat contre des moulins.
46:08Alors, on aurait sans doute
46:09perdu confiance
46:10depuis un moment,
46:12pas à elle.
46:12C'est un grand paradoxe,
46:13c'est qu'elle n'a jamais cessé
46:14de croire en la justice.
46:15Quand elle était petite,
46:16elle habitait avec ses parents
46:18à côté d'un ancien ministre
46:19de la justice française
46:20et elle avait une très grande
46:21admiration pour lui
46:22et toute sa famille également.
46:24Et sa famille, en fait,
46:25c'est des gens qui croient
46:26en la justice
46:27et qui, elle,
46:28elle a toujours été persuadée
46:29que son innocence
46:29serait reconnue tôt ou tard.
46:30Malheureusement, ça reste tard
46:32mais mieux vaut tard que jamais.
46:34Et j'aimerais emboîter le pas
46:36à ce qu'a dit Maître Gégère
46:37très justement.
46:38C'est qu'en fait,
46:40il y a eu ce crime,
46:41cet assassinat qui a été,
46:42on va dire,
46:43un homicide involontaire
46:44qui n'était pas prévu.
46:45Mais ce qu'ont fait les gendarmes,
46:47le juge et la justice derrière,
46:48c'est ce que le détective
46:50Jean-François Abgral
46:50appelle un assassinat judiciaire.
46:52C'est-à-dire que c'est pire
46:53que le crime originel.
46:55Il faut quand même
46:55se le mettre dans la tête.
46:56C'est ça qui est assez incroyable
46:57avec cette histoire.
46:58C'est-à-dire que ce sont
46:59les dégâts collatéraux
47:00comme on dit parfois
47:01de manière un petit peu banale.
47:03Mais là, il y a beaucoup de monde
47:04derrière qui continue à souffrir.
47:05Vous confirmez ?
47:06Il y a trois victimes.
47:07Il y a Edwige Alessandri
47:08et ses deux enfants.
47:09Merci beaucoup
47:11Geoffrey Leguilcher
47:12et Maître Marc Gégère
47:13d'avoir été aujourd'hui
47:14les invités de l'heure du crime.
47:15Merci à l'équipe de l'émission.
47:16Rédactrice en chef
47:17Justine Vigneault.
47:18Préparation Lisa Canales,
47:19Pauline Dessillon.
47:20Réalisation en direct.
47:21Jonathan Griveaux.
47:22Sous-titrage Société Radio-Canada
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