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  • il y a 9 heures
Ce sont deux romanciers du monde contemporain qu'accueille Claire Chazal sur le plateau d'Au Bonheur des livres : Delphine de Vigan, qu'on ne présente plus, pour son douzième roman déjà, Je suis Romane Monnier (Ed. Gallimard) et Félix Moati, que l'on connaît surtout comme comédien, pour un premier récit original et foisonnant, Voir clair (Ed. de l'Observatoire). Dans une veine assez franchement comique, celui-ci imagine les tribulations d'un trentenaire d'aujourd'hui en quête de sens, tandis que Delphine de Vigan construit, à partir d'un téléphone portable perdu, une enquête troublante, et terriblement efficace, sur les mystères de l'identité... Deux façons inventives, en somme, d'interroger les enjeux existentiels du présent à travers le filtre de la fiction. Année de Production :

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Transcription
00:06Musique
00:18Bienvenue dans l'émission littéraire de Public Sénat.
00:20Je suis ravie de vous retrouver pour un nouveau numéro d'Au bonheur des livres.
00:23C'est une émission hebdomadaire et vous le savez, chaque semaine,
00:25nous essayons tout simplement de vous donner envie de lire des livres
00:29et puis de découvrir ou de mieux connaître leurs auteurs.
00:31Nos deux invités aujourd'hui, l'une est une romancière très confirmée,
00:36l'autre est un auteur d'une première fiction écrite.
00:39Ils nous ont beaucoup intéressés l'un et l'autre par leurs livres
00:41parce qu'ils nous parlent, j'allais dire, presque de la même génération,
00:45des trentenaires ou un peu plus.
00:47Cette génération qui est en quête de sens dans une société
00:50dont on va parler, bien sûr, qui est hyper connectée,
00:55qui, bien sûr, suscite des addictions.
00:59Et qui nous expose souvent, les uns et les autres,
01:01à des dysfonctionnements familiaux.
01:04D'abord Delphine de Vigan qui publie Roman Monnier, chez Gallimard.
01:07Et puis Félix Moiti qui nous propose un premier roman
01:11qui s'appelle Voir clair aux éditions de l'Observatoire.
01:14Alors je le dis tout de suite, Félix Moiti, c'est un livre très réussi,
01:17assez foisonnant parce qu'on y croise de très nombreux destins.
01:21Tout ça s'entrecroît, s'entremêle des frères, des cousins, des parents.
01:24C'est très personnel, c'est tendre, c'est drôle et cruel aussi, parfois.
01:29Alors bien sûr, l'un et l'autre, merci déjà de votre présence.
01:32Vous pouvez intervenir quand vous voulez.
01:33On va faire des conversations successives.
01:36Mais évidemment, la parole est tout à fait libre et tout est enrichissant.
01:40Delphine de Vigan, vous publiez votre douzième roman.
01:43Je ne me trompe pas tellement.
01:44Non, je crois que vous ne vous trompez pas.
01:46Voilà, vous êtes à la fois un écrivain très prolifique
01:48et en même temps qui prend du temps pour écrire.
01:50On disait que le dernier, c'est il y a cinq ans déjà.
01:54Vous avez reçu le Renaudot et le Goncourt des lycées en 2015
01:57pour D'après une histoire vraie.
01:59Et puis votre livre, bien sûr, Rien ne s'oppose à la nuit,
02:01très personnel, en 2011, vous avez absolument bouleversé.
02:04Vous avez donc écrit à la fois des récits autobiographiques
02:07mais beaucoup de fictions.
02:08Et c'est d'ailleurs le cas cette fois-ci.
02:10C'est un nouveau roman fictionnel,
02:13un roman choral même, d'ailleurs, un peu comme chez Félix Moiti,
02:17même s'il a pour titre un nom, celui de Romane Meunier.
02:22Alors, on va partir de ce personnage, donc Romane.
02:24On va comprendre que son compagnon Loïc l'a brusquement quitté
02:28et elle va faire une espèce de geste radical.
02:30Elle va laisser son portable, cet objet dont on ne peut pas se quitter,
02:35à un inconnu, Thomas, et elle va disparaître.
02:39Il est clair qu'aujourd'hui, on a vraiment du mal à disparaître,
02:42si on veut le faire, Delphine de Vigan,
02:43avec tous les liens qui nous attachent, au fond,
02:48avec ses portables, cet Internet.
02:49Oui, oui, sans doute, pour les gens qui souhaitent disparaître,
02:52c'est une difficulté supplémentaire.
02:54D'ailleurs, Romane Meunier, à un moment donné,
02:56fait une recherche sur Tchad GPT pour savoir comment disparaître.
03:00Et Tchad GPT lui répond que c'est difficile aujourd'hui.
03:02Mais c'est plus difficile.
03:04C'est ça.
03:05Alors, c'est Thomas qui va se hériter d'une certaine façon de ce portable,
03:09qu'elle l'abandonne,
03:11et il ne peut pas s'empêcher que de fouiller dans cet instrument,
03:15mener l'enquête,
03:17être d'abord, j'allais dire, addict ou intoxiqué,
03:22et puis se désintoxiquer progressivement.
03:25Et c'est ça qu'on suit chez lui.
03:28En fait, c'est vraiment un voyage, pour moi,
03:30qui fait dans le téléphone, dans le téléphone qui n'est balcien,
03:33elle le lui confie, d'une certaine manière,
03:35puisqu'effectivement, il se retrouve en possession de ce téléphone
03:38au lendemain d'une soirée un peu arrosée.
03:40Il finit par la joindre.
03:41Elle lui dit, dans une conversation assez courte,
03:44deux fois, gardez-le.
03:45Elle lui donne les codes.
03:47Et donc, elle l'autorise à faire ce voyage.
03:51Il est dans un moment un peu de désœuvrement, je dirais,
03:54si ce n'est d'un peu déprimé.
03:55Oui, on va découvrir sa vie aussi.
03:57On va découvrir sa vie, parce que c'est...
03:59C'est des vies parallèles.
03:59Alors, lui, voilà, c'est ça, c'est deux...
04:01Comme chez Félix, d'ailleurs.
04:02Absolument.
04:04Et puis, voilà, à mesure qu'il avance,
04:06il cherche à comprendre pourquoi cette jeune femme,
04:08qui n'a même pas 30 ans, dont il n'a même pas croisé le regard,
04:11pourquoi elle lui confie à lui son téléphone ?
04:13Qu'est-ce qu'elle cherche ?
04:14Pourquoi elle lui a confié ses traces ?
04:15Parce que c'est bien ça dont il s'agit.
04:17C'est qu'elle a bien conscience que ce téléphone contient sa vie.
04:21Et donc, oui, il développe une forme d'addiction à l'égard de ce téléphone.
04:25Mais c'est comme un récit qui n'est pas le sien
04:28et qui lui renvoie sans cesse, en contrepoint,
04:30sa propre histoire qu'il va revisiter.
04:34Est-ce qu'on peut être prisonnier de son portable ?
04:36Oui, Félix Maty, on n'est pas...
04:38Moi, j'ai eu un smartphone très tardivement.
04:40Ah, c'est pas mal.
04:41J'avais une sorte d'indépendance par rapport à tout ça,
04:43mais depuis que j'en ai un, je constate la puissance de ces appareils.
04:46Oui, et forcément, vous aussi, Delphine de Vigan,
04:48si vous êtes penchée sur ça, c'est qu'il y a quelque chose...
04:51Oui, oui, moi, je lutte contre mon smartphone.
04:54Je me rappelle d'ailleurs que la première fois que j'ai eu un smartphone,
04:57l'idée, c'était d'avoir des photos,
04:59de pouvoir faire des photos de manière...
05:01des meilleures photos.
05:02Et je m'étais dit, bon, ok, je prends un smartphone,
05:04mais je ne mets pas les mails, je ne regarde pas mes emails dessus.
05:07Ça a tenu 15 jours, et puis après, j'ai commencé à regarder les mails, etc.
05:11Donc, oui, oui, je lutte beaucoup.
05:13Voilà, et on sait même que Félix Maty écrit sur son portable.
05:15Ah bon, ça, c'est une application tout à fait utile.
05:19Alors, ce qu'on découvre, bien sûr, dans ce portable de Romane,
05:23c'est qu'elle a cherché, d'une certaine façon,
05:25et on va retrouver, c'est comme une espèce de fil conducteur
05:28avec un autre personnage,
05:30qu'elle va chercher la vérité, au fond, sur sa famille,
05:33sa mère accidentée, son père qui a quitté la maison,
05:37sur cette histoire d'amour qui a été interrompue brutalement,
05:40assez brutalement, en fait, elle cherche à retrouver cette vérité.
05:43Oui, mon idée, c'était d'un personnage qui aurait un...
05:46C'était celle d'un personnage qui aurait une sensibilité un peu accrue,
05:49un peu particulière à cette question de la vérité,
05:51en effet, pour des raisons familiales,
05:53puisqu'il y a le drame qui a mené à la séparation de ses parents,
05:56fait l'objet de récits pour le moins contradictoires.
06:00Et puis, dans l'époque qu'elle traverse,
06:03dans l'époque qui est la nôtre,
06:04où il est tout le temps question de la vérité,
06:05où ça va l'être de plus en plus,
06:07des vérités alternatives, des fake news, etc.
06:11Cette époque qui, de mon point de vue,
06:13percute quand même les jeunes générations,
06:15je trouve, d'une manière inédite, sans précédent.
06:18Voilà, j'avais à la fois envie de partir de l'intime
06:21pour raconter quelque chose de plus, j'espère, de plus universel.
06:24Et qui nous touche énormément.
06:25Et d'ailleurs, ça concerne aussi un autre personnage
06:28qui s'appelle Pauline,
06:28qui, elle aussi, qui était donc la compagne de Thomas,
06:32qui a, elle aussi, disparu.
06:33On n'a pas bien compris pourquoi.
06:34Elle est sans même une enfant.
06:36Et lui aussi, il a besoin aussi de comprendre pourquoi
06:41et de la rechercher, d'une certaine façon.
06:44Oui, oui, il a besoin de réponses.
06:47Et clairement, cette histoire,
06:48l'histoire de cette jeune femme
06:50qui, peu à peu, se dessine à travers ce téléphone,
06:53comme je le disais, fait vraiment écho à sa propre histoire
06:56et l'amène à repenser,
06:59comme, je pense, ça nous arrive à tous,
07:01à des moments de notre vie,
07:02d'ailleurs, c'est le cas dans le roman de Félix,
07:04de revisiter des choses qu'on a vécues
07:07et à un moment donné,
07:08d'être capable de se dire des vérités
07:10qu'on n'a pas tout à fait forcément voulu voir en face.
07:13Donc, cet étrange contrepoint
07:16dans lequel il se trouve par rapport au téléphone
07:19l'amène à revisiter son histoire
07:20et cette histoire de disparition qu'il a lui-même vécue.
07:24Et que donc, sa fille Léo, qui est la fille de Pauline,
07:27elle a vécu, évidemment,
07:29et pour lequel elle va s'interroger.
07:32Pourquoi cette femme a-t-elle disparu ?
07:34Et son père avait-il envie d'un enfant ?
07:36Elle avait-il envie d'elle ?
07:37Enfin, elle aussi, cette génération-là,
07:40comme vous le dites, a cette quête de vérité,
07:42cette jeune fille.
07:42Oui, oui, oui, bien sûr.
07:44Et en même temps, j'aime bien cette idée
07:46que parfois aussi, les enfants poussent
07:50presque comme des champignons.
07:51J'ai envie de vous dire, ce personnage de sa fille,
07:53lui, c'est quelqu'un pour qui la paternité
07:56n'a pas été évidente.
07:58Cet enfant lui est tombé dessus un peu
07:59comme une météorite.
08:02Il ne voulait pas d'enfant.
08:03Il était très jeune.
08:03Il ne savait même pas qu'il était père.
08:05Petit à petit, il a dû apprivoiser
08:06cette idée de la paternité
08:08pour finalement avoir une relation,
08:10je l'espère, qui me paraît très belle
08:11parce que pleine d'histoires et de récits,
08:15justement, avec cette jeune femme
08:17dont on pourrait penser qu'elle part pas forcément
08:19avec tous les meilleurs atouts dans la vie.
08:21Et au fond, comme certains d'entre nous,
08:25elle a une espèce de capacité d'adaptation
08:28un peu hors du commun
08:30qui finalement lui permet de traverser tout ça
08:32sans trop d'encombre.
08:35Et d'ailleurs, ce que j'ai trouvé aussi touchant
08:36dans le livre de Félix Moitié,
08:38c'est qu'on n'est pas égaux d'une certaine manière,
08:42même parfois entre frères,
08:43on n'est pas égaux par rapport à la vie,
08:47à la manière dont la vie nous percute, etc.
08:50À cette quête de vérité, absolument.
08:52Alors ça nous touche beaucoup,
08:53cette envie de disparaître,
08:55ces envies de vérité.
08:56Et évidemment, ce qui nous interpelle,
08:58c'est cette réflexion sur notre monde connecté
09:00parce que c'est quand même ça aussi.
09:01Vous l'aviez déjà menée, bien sûr,
09:03dans Les enfants sont rois
09:04parce que c'était déjà une réflexion,
09:06et là, j'allais dire, presque plus dramatique,
09:08enfin, bien sûr, parce que ça concernait des enfants.
09:11Au fond, qu'est-ce que ça veut dire ?
09:13Ça veut dire qu'on est dans une véritable
09:17bascule civilisationnelle ou une crise.
09:18Est-ce que vous, vous le ressentez,
09:19ce monde des réseaux sociaux
09:21qui est le nôtre aujourd'hui ?
09:22Est-ce que ça vous heurte ?
09:24Ça vous choque l'un et l'autre ?
09:27Enfin, Stéphine, enfin...
09:29Non, moi, je manie ça avec beaucoup de prudence.
09:32Moi, je n'ai pas de réseaux sociaux,
09:34donc je n'ai pas Instagram ni rien,
09:36mais je vois à quel point, oui, c'est...
09:38Il y a un philosophe qui s'appelle Éric Sadin
09:40qui a publié Le désert de nous-mêmes, là,
09:42en septembre,
09:43qui est un livre sur l'intelligence artificielle générative,
09:46et qui...
09:46Et oui, je pense qu'on s'achemine doucement,
09:49alors, je n'ai pas envie de faire Cassandre
09:50ou le prophète malheureux,
09:52mais vers une sorte d'atrophie intellectuelle
09:54qui est évidente
09:56et qui est absolument terrifiante,
09:59et puis surtout la véracité des images,
10:01comment on peut continuer à croire des images,
10:03et puis le référent,
10:05si on n'a même pas le même référent, en plus,
10:07c'est-à-dire que la réalité va être une option.
10:10Et cette société un peu de la flatterie,
10:12puisque l'intelligence artificielle
10:13est par définition flatteuse,
10:14tout comme l'algorithme,
10:15qui va dans le sens de vos opinions
10:17et de vos convictions,
10:18ce qui veut dire qu'on évince
10:21la question de la dialectique,
10:23et du conflit,
10:24et pour moi, c'est gravissime.
10:25Et vous, Delphine ?
10:26Oui, tout à fait.
10:27Vous l'avez déjà analysé.
10:28Et d'ailleurs, il en est question
10:30dans le roman de ces...
10:31Mais oui, aussi,
10:32un des aspects qui me frappent
10:34avec peut-être ces nouvelles technologies,
10:35c'est cette espèce de flux ininterrompu
10:37d'informations
10:38auxquelles nous sommes soumis,
10:40et pour des jeunes générations
10:41depuis déjà très longtemps,
10:42ce mélange d'images les plus atroces
10:45avec des publicités pour les cosmétiques
10:47ou pour la paella Valenciana.
10:49Tout ça, il me semble qu'il y a quelque chose
10:50vraiment de très, très complexe
10:54à assimiler.
10:55Et puis, oui, pour la première fois,
10:59on a fait quelque chose
11:00de très, très vertigineux
11:02autour de la vérité.
11:04Je pense quand même
11:04que c'est la grande question
11:05qui va nous occuper.
11:06C'est la grande question.
11:07C'est la grande question.
11:08Et c'est cette question-là.
11:08L'envoi avec ce qui se passe en Iran,
11:10tout ça.
11:10Tout à fait.
11:13Comment croire à des images ?
11:14Et ça veut dire que peut-être
11:16que la croyance va préexister
11:19à la vérité.
11:20À la réalité.
11:20Et ça, je trouve qu'on vit
11:22dans un monde de fantasmes.
11:23C'est vertigine, évidemment.
11:25Alors, on vous rassure,
11:26les deux romans sont très humains.
11:28Il n'y a pas du tout
11:28que ces réflexions-là.
11:29C'est un fond, bien sûr,
11:31de nos générations,
11:32de ce que nous vivons.
11:33Mais il y a évidemment
11:34beaucoup plus de...
11:35Il y a de l'humanité.
11:36Il y a cette question
11:37de la disparition.
11:38Et aussi, peut-être,
11:39du pardon.
11:40Parce que cette question
11:41se pose aussi
11:42vis-à-vis de ceux
11:42qui disparaissent.
11:44Est-ce qu'on peut pardonner
11:46à quelqu'un qui est parti ?
11:47Oui, oui, oui.
11:48C'est tout de même
11:48une question
11:48que se posent
11:49certains personnages.
11:49À quel prix on part ?
11:52Effectivement,
11:53dans quel état, parfois,
11:55d'incompréhension ?
11:56On laisse les gens
11:57qui vous sont proches, etc.
12:00Donc, voilà,
12:01ça, c'est quelque chose
12:01que Thomas a déjà vécu.
12:03Et au fond,
12:04on peut s'interroger,
12:05évidemment,
12:06en ce qui concerne
12:07l'entourage de Romain de Meunier.
12:09Mais parfois, partir,
12:10c'est aussi se mettre à l'abri.
12:11C'est aussi se soustraire,
12:12justement,
12:13à ce dont on parlait
12:15à l'instant.
12:16Et parfois,
12:16on a juste un peu besoin
12:17de se mettre à l'abri
12:18pendant quelques temps
12:19pour pouvoir éventuellement
12:21revenir ou refaire front.
12:22Oui, c'est ça.
12:23Elle est partie.
12:24On ne va pas tout révéler
12:25parce qu'on comprend
12:26à peu près où elle est partie.
12:27Mais peut-être reviendra-t-elle.
12:29Alors, vous, Félix Moëtib,
12:30je rappelle que vous êtes acteur,
12:31bien sûr réalisateur.
12:32Vous avez tourné
12:33dans de très nombreuses,
12:34j'allais dire,
12:35comédies de mœurs,
12:36comédies sociales,
12:36enfin, bien d'autres choses aussi.
12:38Il y a eu LOL,
12:39Hippocrate,
12:39Le Grand Bain,
12:41Deux Fils.
12:41Ça, c'est votre film à vous.
12:45Et je le disais,
12:46est dense et générationnelle
12:47et fait de portraits
12:48entrecroisés,
12:49très touchants,
12:50souvent drôles.
12:51Ça s'appelle Voir clair.
12:53Alors, un livre qui,
12:55pour nous et pour Delphine
12:56et moi, d'ailleurs,
12:57nous a frappés
12:57par une sorte de maturité
12:58d'écriture.
12:59Je ne sais pas
12:59si vous êtes d'accord.
13:01Comment ça s'est passé
13:02simplement ce geste d'écrire,
13:03ce passage à l'écriture
13:05et à la page blanche
13:07et au livre ?
13:09En fait,
13:10j'avais écrit un premier roman
13:11il y a très longtemps.
13:12Enfin, quand j'étais en Cagne,
13:14en classe préparatoire,
13:15littéraire,
13:15quand j'avais 19 ans,
13:17que j'ai relu d'ailleurs
13:17pendant le confinement,
13:19il avait été question
13:19à un moment donné
13:20qu'il soit publié
13:20et puis il n'a jamais été publié
13:22et en le relisant
13:23pendant le confinement,
13:24j'ai compris pourquoi.
13:26Mais donc,
13:26il y avait ce désir
13:28d'écriture depuis toujours.
13:30Je pense que
13:32j'ai toute ma vie
13:34vraiment sacralisé
13:35la littérature
13:35qui a toujours été
13:37absolument fondamentale
13:38dans ma vie,
13:39vraiment centrale.
13:39Et donc,
13:40il y avait cette...
13:41C'est un peu de famille,
13:41pardon,
13:42de dire que vous êtes
13:42le fils de Serge Matin.
13:44Ça vient surtout de ma mère
13:45en l'occurrence.
13:45Et de votre mère aussi,
13:47qui a fait...
13:47Bien sûr,
13:48brillante.
13:49Donc,
13:49il y a ça.
13:50C'est un creuset familial aussi.
13:51Bien sûr,
13:51bien sûr.
13:52Ça,
13:52c'est certain
13:53qu'il y a un héritage
13:53culturel très fort.
13:56Et la chance
13:57de grandir
13:57dans un environnement
13:59entouré de bouquins,
14:00ça,
14:00c'est déjà une chance
14:01dans la vie
14:02énorme.
14:03Et de s'y accrocher aussi.
14:04bien sûr.
14:05Et donc,
14:07j'avais une pudeur
14:08vis-à-vis de l'écriture.
14:11Et puis,
14:12je ne sais pas,
14:13j'ai eu l'impression
14:13qu'il fallait absolument
14:15que je le fasse
14:16et que cette paternité
14:19qui était nouvelle
14:20chez moi,
14:20puisque ce qui a déclenché
14:21tout ça,
14:22c'est la naissance
14:22de mon fils.
14:23Oui,
14:23il y a 4 ans,
14:243-4 ans.
14:24Oui,
14:24exactement.
14:25Et cette paternité
14:26venait me convoquer,
14:28en fait.
14:28Et la manière
14:29de répondre
14:29à cette convocation,
14:30c'était l'écriture.
14:31Alors,
14:31il y a plein de personnages.
14:33D'abord,
14:33Félix,
14:33qui a 30 ans,
14:34qui va rencontrer Joachim,
14:37qui est comme son double,
14:39un peu,
14:39enfin,
14:39et ce Joachim
14:40a un frère Nathan.
14:43Et puis,
14:43il y a le cousin Simon.
14:45Et on va,
14:46bien sûr,
14:46y revenir et le détailler.
14:48Et là,
14:48vous abordez la judaïté
14:49par le biais de ce cousin.
14:52Mais alors,
14:53dites-nous déjà
14:54cette galerie de portraits.
14:55Il y en a des...
14:56Ce sont vos amis
14:57qui vous ont inspirés,
14:58votre famille,
14:59vos proches,
15:00vos...
15:00Oui,
15:01même si c'est vraiment
15:02de la fiction,
15:03du début à la fin,
15:04c'est traversé
15:05par des traces biographiques
15:06évidentes.
15:07Par exemple,
15:07Simon ressemble
15:09à quelqu'un
15:09que j'ai vraiment connu.
15:11Il n'en a pas
15:12de la trajectoire.
15:13Un peu tragique,
15:14oui.
15:14Et puis,
15:16ramener Simon
15:16dans l'équation
15:17de ce roman,
15:18c'était aussi parler
15:19au sein même
15:20d'une famille
15:20du rapport de classe.
15:22Puisque Simon
15:23ne vient pas
15:23de la même classe sociale
15:24que ses deux cousins
15:25Joachim et Nathan.
15:26Je voulais qu'il y ait
15:27la notion de lutte
15:28des classes
15:28au sein même
15:29d'une famille
15:30parce que c'est une question
15:31qui m'intéresse.
15:31Je pense que ça structure
15:32la société en règle générale.
15:34Voilà,
15:34ça m'intéressait.
15:35Et que ce soit
15:36plusieurs facettes
15:36de la judéité aussi.
15:37Bien sûr.
15:38Et ça,
15:38ça vous permet
15:39de les aborder.
15:40Il y a un voyage en Israël,
15:41on va y revenir.
15:42Peut-être un tout petit mot
15:43du titre,
15:44voir clair.
15:46Ça veut dire quoi ?
15:47Ça veut dire voir clair
15:47grâce à l'écriture,
15:49voir clair dans nos vies,
15:51voir ça dans votre propre vie.
15:53Ce qui est intéressant,
15:54c'est de faire une généalogie
15:56des titres qui n'ont pas existé.
15:58Ça a commencé par
15:58Sans Raison Particulière,
16:00parce que c'était
16:01la gratuite,
16:02un peu l'absurdité
16:04de l'existence,
16:06le fait qu'il n'y ait pas
16:07toujours de causalité
16:09aux événements.
16:10Donc Sans Raison Particulière.
16:12Ensuite,
16:12je suis passé par
16:14Jamais Nulle Part.
16:16Là, on m'a vraiment dit...
16:17C'est pas plus clair.
16:18Voilà.
16:19Et après,
16:20le troisième titre,
16:20ça a été voir clair.
16:21Parce que cette idée
16:22de sortir la tête
16:24des feuillages épais,
16:25de commencer à voir
16:29une forme humaine.
16:30Et voir que son chemin
16:32se dessine.
16:33Oui, voilà.
16:33De perdre.
16:35Alors, je dirais
16:36qu'il y a plein de personnages,
16:37bien sûr.
16:38Il y a par exemple
16:38Joachim.
16:39Alors lui,
16:40il vit une paternité chancelante,
16:42il est écrivain,
16:43il a des disputes conjugales
16:44assez fréquentes.
16:46Il est un peu prétentieux,
16:47si on peut dire les choses.
16:48Il est clairement, oui.
16:48Clairement prétentieux.
16:50Puis il y a aussi
16:50son frère Nathan
16:51qui est lui psychothérapeute
16:52ou psychanalyste plutôt.
16:54Psychanalyste.
16:54Il a beaucoup de dépression.
16:55On a vraiment
16:56des archétypes, non ?
16:57Vous êtes allé dans le...
16:58J'allais dire
16:59dans le dur de l'archétype.
17:01Oui, oui, oui.
17:02Non, c'est vrai que...
17:03De cette classe
17:05dont vous parlez,
17:06de cette classe,
17:06oui, plutôt favorisée.
17:08Oui, oui.
17:09Favorisée, oui.
17:10C'est vrai que c'est des figures,
17:11voilà, l'écrivain
17:12et le psychanalyste.
17:13C'est vrai que, voilà, on...
17:14C'est pas loin de vous,
17:15enfin, c'est pas...
17:16Oui, oui, oui.
17:17Oui, oui, non, c'est sûr.
17:18C'est des milieux
17:19que je connais, quoi.
17:19Oui.
17:20Et il faut bien reconnaître
17:21que vous les décrivez
17:22de façon drôle,
17:23enfin, de façon très touchante,
17:24très affectueuse,
17:25mais quand même
17:25avec une forme d'humour
17:26et de...
17:27Même de...
17:28C'est pas de sévérité,
17:29mais c'est un peu...
17:30Oui, c'est un peu moqueur.
17:33Un peu.
17:34Un moqueur.
17:34Non, enfin, en tout cas,
17:35disons que...
17:37Disons que...
17:38Il y a de l'humour, en effet,
17:41mais justement,
17:43en fait, moi,
17:43je suis jamais dérangé
17:44par les défauts des gens.
17:45J'ai jamais été dérangé par...
17:46À moins que ce soit des défauts,
17:48voilà, qui nuisent
17:49à l'intégrité de l'autre.
17:51Mais sinon,
17:52j'aime bien les défauts des gens.
17:54Oui, il y a une lucidité,
17:55mais les tendresses, en fait.
17:56Oui, c'est ça.
17:56Je trouve, d'ailleurs,
17:57même dans la manière
17:57dont Joachim se perçoit lui-même,
17:59par exemple,
18:00où on sent qu'ils sont pas...
18:02Ils sont jamais dupes d'eux-mêmes,
18:04d'ailleurs,
18:04de leur propre travers,
18:06de leur propre faille,
18:07et en même temps,
18:08comme c'est abordé
18:09avec beaucoup d'humour,
18:10il y a une forme de dérision
18:11qui est assez tendre, je trouve.
18:13Oui, c'est vrai.
18:14En plus, la judaïté,
18:15on en parlait au début,
18:16donc c'est Simon, ce cousin,
18:17qui va nous permettre
18:18de l'aborder aussi.
18:19Il y a un départ pour Israël.
18:21C'était important pour vous,
18:23ce sujet-là,
18:25qui avait été élevé
18:25dans la religion juive,
18:26peut-être pas hyper pratiquant,
18:29mais qui se pose aujourd'hui
18:30des questions, forcément ?
18:32Alors, oui,
18:32j'ai grandi dans une famille
18:34qui a été traversée
18:35par ces questions-là,
18:36mais moi,
18:38j'ai fait ce qu'on appelle
18:39dans le judaïsme
18:40teshuva,
18:41c'est-à-dire faire retour
18:41au judaïsme.
18:42D'accord.
18:43Récemment ?
18:44Il y a deux ans et demi.
18:45Oui, récemment.
18:46Oui, c'est assez récent.
18:48Et donc,
18:49c'est un chemin que j'emprunte
18:51et qui a été contemporain,
18:52qui a déclenché,
18:53je pense aussi,
18:54l'un des déclencheurs
18:55de l'écriture du roman.
18:56Donc, c'était pour moi
18:57impossible
18:57de ne pas évoquer,
18:59même que ce ne soit pas central
19:01dans le roman.
19:01et puis,
19:04il y avait cette idée aussi
19:05de...
19:06En fait,
19:06j'ai tellement lu
19:08en tant que lecteur
19:11Philippe Roth,
19:12Bernard Malamude,
19:13Nicole Croce,
19:15Jonathan Safranford,
19:16voilà que...
19:18il y a eu comme un...
19:19tout de suite
19:19une identification très forte
19:22à ces auteurs-là
19:23et à ces écrivaines.
19:24D'ailleurs, l'ironie
19:25dont on parlait
19:25quand vous faites
19:26ces portraits tendres,
19:27on retrouve quand même
19:28du Philippe Roth,
19:29on retrouve un peu
19:30l'humour juif aussi,
19:31on ne peut pas se cacher,
19:32bien sûr.
19:33Bien sûr, bien sûr.
19:33C'est ainsi.
19:34Il y a une très jolie phrase
19:35du rabbin
19:36à l'enterrement de Simon,
19:38enfin, à la fin,
19:40il lui a fait de la prison,
19:41enfin, on ne va pas
19:41revenir dans le détail,
19:42et il nous dit
19:43on peut changer,
19:44on peut changer.
19:45Oui, il le dit
19:46à l'enterrement de Simon.
19:47Il ne se souvient plus
19:48de cette phrase.
19:49Non, non, mais en fait...
19:50Moi, ça m'a beaucoup frappée.
19:51Moi, c'est absolument fondamental.
19:53Je crois que le début
19:55de l'éthique
19:56et du rapport à l'autre,
19:57c'est de consentir
19:58au changement des autres.
20:00Or, on est précisément
20:02dans une société
20:02qui condamne, je trouve,
20:03beaucoup,
20:04les gens à être
20:06semblables à eux-mêmes.
20:07Moi, c'est quelque chose
20:08que j'aime.
20:08C'est ce que je disais aussi,
20:09c'est ce raccourci de la pensée,
20:10ces rumeurs qui enflent,
20:12ces jugements précipités,
20:14à l'emporte-pièce.
20:15Parce que c'est rassurant
20:16intellectuellement.
20:17Mais il y a une...
20:18Moi, je crois
20:19qu'on ne fait que ça
20:19d'y sembler.
20:20Moi, je ne suis pas du tout
20:21le même homme
20:22qui a deux ans,
20:23pas du tout le même homme
20:23qui a cinq ans.
20:24C'est ça.
20:26Mes opinions fluctuent,
20:27changent, se transforment,
20:28se cognent au réel
20:29qui ne me fait pas de cadeau.
20:32On ne fait que ça changer
20:33et c'est vrai
20:34qu'il y a...
20:36Il y a beaucoup de gens
20:37qui disent
20:37que de toute façon,
20:37on ne change pas.
20:38De toute façon,
20:38les gens,
20:39ils ne changent pas.
20:40Mais c'est assez affreux,
20:41ça finalement.
20:42Mais c'est vrai
20:42qu'on entend ça
20:42beaucoup plus souvent
20:43que l'inverse.
20:44Alors que les gens
20:45ne font que ça.
20:46Et Dieu merci.
20:47Mais heureusement.
20:49Et il cite,
20:50le rabbin en question,
20:51cite un rabbin américain
20:54qui s'appelait
20:55Abraham Echel
20:55que j'aime beaucoup.
20:57Abraham Echel
20:57qui a été très investi
20:58dans la lutte
20:59des Afro-Américains
21:00par exemple.
21:01Et qui disait cette phrase
21:03« Dieu aime la nouveauté ».
21:05Et cette idée
21:06d'être à l'origine
21:07soi-même
21:09produit constamment
21:10de la nouveauté.
21:11Et on peut changer seul
21:13et on peut changer
21:13à plusieurs.
21:14C'est aussi ce qu'il y a
21:15de très beau
21:15dans votre livre.
21:16C'est cette relation
21:17des frères qui évolue
21:18et qui est complexe d'ailleurs.
21:19Des deux frères
21:20qui n'est pas si simple
21:21au départ.
21:22Et à mesure
21:23qu'ils grandissent
21:24l'un et l'autre
21:25dans leurs histoires
21:26de couple respectives,
21:27etc.
21:28Je trouve ça très beau
21:29ce moment
21:29où ils se retrouvent
21:30justement après
21:32lors de ce voyage
21:34à Jérusalem.
21:35Et cette manière
21:36qu'on peut avoir aussi
21:37de revisiter
21:40l'histoire,
21:41la place qu'on occupe
21:42dans la famille,
21:43dans la fratrie,
21:44la place vis-à-vis
21:44des parents.
21:46Je me trompe peut-être
21:47mais j'ai l'impression
21:47que votre livre
21:49raconte ça aussi.
21:50Mais je suis très touché
21:51par votre générosité.
21:54Ça m'a beaucoup touchée
21:55cette fratrie,
21:57les deux frères,
21:57je trouve que c'est très beau
21:58la manière dont ça évolue,
21:59dont leur relation évolue.
22:01Oui, absolument.
22:01Et avec les parents,
22:02ça se cristallise
22:03au moment du voyage en Israël
22:04et tout ça se retrouve
22:06et c'est vrai
22:06que c'est très touchant.
22:08Mais vous-même,
22:08vous avez évolué,
22:09Delphine de Vigan.
22:10D'ailleurs, c'est normal
22:11depuis ce livre.
22:12Voilà, forcément.
22:13Mais on a tiré les leçons aussi
22:15de...
22:16On disait l'addiction.
22:18C'est quelqu'un qui m'a appelée,
22:19je n'avais pas mis en silencieux.
22:20Je suis désolée.
22:20Elle existe.
22:21Merci pour cette illustration.
22:22Merci pour cette illustration.
22:24Mais heureusement...
22:25C'était une mise en abîme
22:26du roman de Delphine de Vigan.
22:27Voilà.
22:28Mais vous avez écrit
22:29sur votre propre famille,
22:31on le sait très bien
22:31et c'était douloureux
22:32à cette époque
22:33et ça nous permet de dire
22:34qu'on peut renaître aussi,
22:35on peut changer un peu.
22:37Oui, oui, bien sûr.
22:38Oui, et moi, je trouve
22:40que c'est vraiment
22:40un des aspects de la vie
22:41qui me fascine énormément.
22:42C'est comment on peut être amené
22:44à la lumière de plein de choses,
22:45sans doute à changer
22:46et à revisiter aussi
22:47sa propre histoire,
22:49à la considérer différemment,
22:51à la regarder avec de nouveaux outils,
22:53avec de nouveaux éclairages, etc.
22:55Et par exemple,
22:55cette histoire familiale
22:56qui est la mienne,
22:58oui, aujourd'hui,
22:59à l'âge que j'ai,
23:00je ne la vois pas
23:01tout à fait de la même manière
23:02que même quand j'ai écrit ce roman,
23:04rien ne se pose à la nuit
23:05où mon regard a changé
23:07et c'est bien.
23:08enfin, on est à la fois
23:10parfois plus armé,
23:11parfois plus vulnérable
23:12sur certaines questions,
23:13des choses qu'on pensait
23:14avoir parfaitement digérées,
23:16ressurgissent au contraire
23:17de manière très violente
23:19et à l'inverse,
23:20ce qui faisait,
23:21ce qui était souffrance,
23:22ce qui était traumatisme,
23:24peut évidemment s'apaiser.
23:26Bien sûr.
23:26Alors, je constate
23:27que pendant vos deux livres,
23:30il y a comme une même astuce narrative,
23:32enfin astuce,
23:33je ne sais pas si on peut dire,
23:33mais il y a un dédoublement
23:35par le biais d'un écrivain
23:38qui est l'ami
23:39et puis d'un téléphone
23:40pour vous,
23:42Delphine.
23:42Oui, oui.
23:43On passe par des tranchements.
23:45Oui, oui, bien sûr.
23:46Et puis,
23:48quelque part,
23:49avec un des deux personnages
23:50qui est absent,
23:51d'ailleurs,
23:52parce que Romane Meunier,
23:53au fond, est absente
23:53et on ne va la connaître
23:54qu'à travers son téléphone
23:55et le Félix du début,
23:57du roman de Félix Moati,
23:59disparaît au profit
24:00de Joachim.
24:02Oui, mais bizarrement,
24:04elle est absente,
24:05Romane Meunier,
24:06mais elle est très incarnée
24:06dans l'imaginaire du lecteur.
24:08Donc, en fait,
24:09elle prend une place
24:09qui est considérable.
24:11Oui, c'est vrai.
24:11Et puis,
24:11elle ressemble à certains personnages
24:13après, à Pauline, etc.
24:14Donc, il y a plein de connexions.
24:15On finit par la définir,
24:17par la cerner,
24:17d'une certaine façon.
24:18Est-ce que votre rapport,
24:20est-ce que vous,
24:21vous vous êtes senti écrivain
24:22après ce livre ?
24:23Enfin, pardon,
24:23de la phrase qu'on ne doit jamais
24:25se sentir écrivain.
24:27Non, mais le chemin est long,
24:29je vous dirais ça.
24:29Si vous m'invitez
24:30dans 20 ans, 30 ans...
24:31Mais bien sûr,
24:32on le souhaite.
24:32Mais là, non, non,
24:33le chemin est long,
24:34je suis primo-romancier,
24:35j'espère pouvoir écrire
24:36d'autres romans.
24:39Voilà, mais je...
24:41Il vous a fait réfléchir
24:43sur vous,
24:43sur votre...
24:45En tout cas,
24:45c'est en forgeant
24:46qu'on devient forgeant.
24:47Donc, voilà,
24:48j'ai écrit un roman,
24:49au moins je...
24:49C'est déjà pas mal.
24:51Delphine,
24:51est-ce que vous,
24:52cette écriture-là,
24:53bien sûr,
24:53on disait que vous êtes romancière
24:54depuis très longtemps
24:55et tout à fait reconnue,
24:56absolument,
24:56mais est-ce qu'il vous a apporté
24:57quelque chose ?
24:58J'ai cru comprendre
24:59que vous aviez souffert
25:01pendant ce roman,
25:02qu'il y avait eu une maladie,
25:03etc.
25:03Mais est-ce que ça vous a...
25:04Vous en êtes mieux sorti
25:06grâce à l'écriture ?
25:08Non, je ne dirais pas ça.
25:11Non, en effet,
25:12il se trouve que la vie a fait...
25:14J'ai dû m'interrompre,
25:15j'avais commencé ce livre,
25:16je me suis interrompée
25:17une première fois,
25:17puis une deuxième,
25:19en me sentant
25:19dans un état physique
25:21assez vulnérable
25:22et ça m'a confirmé
25:23si besoin en était,
25:24à quel point l'écriture
25:25passe par le corps,
25:26à quel point on a besoin
25:27d'être solide
25:29pour se tenir en face
25:30d'un ordinateur,
25:32cet état de tension
25:33très particulier
25:34que provoque l'écriture.
25:36Donc, elle était plus difficile
25:37quand même pour vous ?
25:38Ah oui,
25:38et puis ça m'a fait
25:39beaucoup douter.
25:41Déjà, d'une manière générale,
25:42je lutte beaucoup
25:42contre le doute
25:43quand j'écris.
25:44D'ailleurs,
25:44j'ai attendu au moins
25:45cinq, six livres
25:46avant de dire
25:46que j'étais écrivaine
25:48ou écrivaine.
25:48On prévient,
25:49Félix Moaty,
25:50cinq, six livres.
25:51Bien sûr,
25:52mais qui se croit
25:53comédien,
25:54qui se croit réalisateur ?
25:55Non, je pense qu'il y a
25:56un moment donné aussi,
25:57il faut nommer les choses.
25:58Oui, oui, bien sûr.
26:00Maintenant,
26:00vous êtes écrivaine.
26:01Oui, oui, bien sûr.
26:02C'est vrai que maintenant,
26:03je le dis,
26:03mais pour moi,
26:04une écrivaine ou un écrivain,
26:05c'est quelqu'un
26:06qui construit quelque chose
26:06qui est cohérent,
26:08qui ressemble quand même
26:08à ce qu'on pourrait appeler
26:09une œuvre, oui.
26:11Et évidemment,
26:11des grands mots
26:12que je n'aurais jamais employés
26:13il y a vingt ans
26:14quand j'ai commencé.
26:16un style qu'on reconnaît,
26:17un univers qu'on reconnaît.
26:18j'ai un univers,
26:19il y a des choses,
26:20même si les livres
26:20sont très différents
26:21les uns des autres,
26:22quelque chose les relie,
26:23des motifs récurrents,
26:25etc.
26:25Et ça, évidemment,
26:26on ne peut pas s'en apercevoir
26:27au premier livre,
26:29aussi prometteur soit-il.
26:30Voilà,
26:31donc il faut encore.
26:32Alors,
26:32Delphine de Vigan,
26:33c'est Romane Meunier,
26:34donc chez Gallimard,
26:34Félix Moitis et Voircler
26:36aux éditions de l'Observatoire.
26:38On vous remercie beaucoup
26:39d'être venus,
26:39ça nous a fait plaisir
26:40et d'échanger,
26:41que vous puissiez échanger.
26:42Je suis très honoré
26:43d'être à côté de Delphine.
26:45Oui,
26:45parce qu'on aime énormément
26:46ce qu'elle écrit,
26:47mais votre livre
26:47est très très bien aussi,
26:49cher Félix.
26:50Quelques coups de cœur,
26:51Memento Mori
26:51de Floc et Fromental,
26:54ça c'est aux éditions
26:55du Dilettante.
26:56Alors,
26:56c'est un merveilleux album
26:57illustré,
26:58de deux auteurs cultes
26:59qui a une quarantaine
27:00de portraits de personnalités
27:01dans ce livre.
27:03Luc Lang aussi
27:04et le Récit du combat,
27:06un très beau livre autobiographique
27:07et une réflexion
27:08sur la sagesse
27:09des arts martiaux.
27:10Et puis pour ma part,
27:11moi j'aime bien
27:11Alain Weinstein
27:12qui écrit de la poésie.
27:14Ça s'appelle
27:14Le Comptez les jours.
27:16C'est un auteur
27:18qui entame
27:18une correspondance
27:19en 2020
27:20au moment du Covid
27:21et puis ça va donner
27:2250 lettres,
27:23une cinquantaine de lettres
27:24qu'il va écrire
27:24jusqu'en 2024
27:25sur la suspension du temps,
27:27le temps qui passe,
27:28la peinture et l'écriture,
27:30le silence aussi
27:30de son petit atelier
27:31là où chaque jour
27:33il se retrouve
27:33face à sa page blanche.
27:35C'est un très beau titre
27:36qu'on t'aille les jours.
27:36Oui, c'est joli.
27:37Voilà,
27:37et c'était donc
27:38ces réflexions
27:38pendant le Covid
27:40et bien sûr
27:41nous en avons tous eu.
27:43Merci beaucoup.
27:43Merci.
27:44On se retrouve très vite
27:45pour un nouveau numéro
27:46d'Au bonheur des livres.
27:48Sous-titrage Société Radio-Canada
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28:02Sous-titrage Société Radio-Canada
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