- il y a 3 heures
Ce mardi 10 mars, Aymeric Diday, directeur de la gestion chez Pergam, s'est penché sur la rapidité de la réaction des marchés aux nouvelles court-terme, la reprise de parts de marché par les compagnies aériennes européennes, et le nouveau plan stratégique de Renault, dans l'émission BFM Bourse présentée par Guillaume Sommerer. BFM Bourse est à voir ou écouter du lundi au vendredi sur BFM Business.
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00:00Il vient nous en parler, Emmerich Didet nous rejoint. Bonjour Emmerich.
00:03Bonjour.
00:03Directeur de la gestion de Pergam, face au marché, vous allez rendre votre verdict dans un instant.
00:07Ce verdict que vous allez rendre, ce moment qu'on va vivre tous ensemble, est-ce que vous l'assumez
00:12?
00:12Alors j'estime et je l'assume que les marchés financiers réagissent maintenant de plus en plus rapidement
00:19et de plus en plus violemment à toutes les nouvelles de court terme,
00:22alors que normalement, il faut plutôt avoir des visions à long terme.
00:27Pour vous, les marchés, et ils en font une nouvelle fois la preuve depuis une semaine,
00:31le début de ce conflit en Iran, les marchés sont de plus en plus court-termistes, trop court-termistes ?
00:35Très court-termistes et de plus en plus volatiles, mais avec une certaine intensité.
00:40C'est-à-dire qu'aujourd'hui, chaque nouvelle est analysée de plus en plus rapidement,
00:46y compris toutes les conséquences numéro 2 et 3, c'est-à-dire un rang 2, rang 3,
00:50de façon un peu extravagante, et aujourd'hui ça augmente encore la volatilité,
00:56on a franchi quand même un cap, on le voit, quand aujourd'hui on a un événement macro-économique,
01:03ou géopolitique, il est tout de suite impactant sur les marchés,
01:08mais également sur les dérivés secondes et troisièmes.
01:11Donc ça commence à avoir un peu moins de sens,
01:15et difficile pour les investisseurs de se positionner,
01:20difficile de prendre les bonnes décisions,
01:22et ça milite par contre quand même pour adapter,
01:26mais sur des horizons de placement qui restent plutôt en phase
01:29avec ce qu'on doit attendre d'un placement sur les marchés actions.
01:32Donc des réactions qui sont difficilement exploitables pour l'investisseur aujourd'hui.
01:35Justement quand on est investisseur, du coup on fait quoi là ?
01:37On continue son DCA, on investit chaque mois, je ne sais pas,
01:40d'investissement programmé sans regarder ce qui se passe,
01:42ou au contraire il faut ajuster, il faut adapter, comment on fait ?
01:45On fait quelques ajustements à la marge,
01:47on reste sur ses allocations cibles,
01:51parce que souvent c'est un peu du bruit.
01:54Alors quand on a un événement géopolitique aussi majeur que celui qu'on a eu en Iran,
01:59évidemment on peut adapter, ajuster ses positions,
02:01parce que la stratégie peut évoluer.
02:03Mais après, l'adapter immédiatement à chaque mouvement,
02:06parce que Donald Trump parle,
02:08ou parce qu'il y a un événement majeur,
02:10non, ça c'est des choses qui sont vouées souvent
02:14à prendre les portes de sa lune,
02:15à sur-réagir sur les marchés et faire des bêtises.
02:17Donc surtout ne pas trop réagir sur ces mouvements-là.
02:20Là les marchés ils saisissent quoi ?
02:21Ils saisissent le hochet de Donald Trump.
02:23Il estime, Donald Trump, c'est ce qu'il disait hier,
02:25que la guerre pourrait se terminer très bientôt.
02:26Oui, la présidentielle en France c'est très bientôt,
02:28les Jeux Olympiques d'hiver dans les Alpes en 2030 c'est très bientôt.
02:31Ça veut dire quoi très bientôt ?
02:32Ça veut dire que c'est lui qui a déclenché la guerre
02:33et grosso modo c'est lui qui va l'arrêter.
02:35Il a la possibilité de l'arrêter.
02:36Voilà, c'est la seule chose que ça nous a appris.
02:38Il aurait pu dire aussi, on n'a jamais été aussi proche de la fin,
02:39le marché l'aurait acheté.
02:40Oui, évidemment.
02:41Ça n'a pas forcément beaucoup d'impact fort.
02:45C'est presque plus le discours qu'il a vis-à-vis de la Russie,
02:48qui est quelque part un petit changement fort dans les discussions,
02:52qui peut avoir des impacts plutôt intéressants.
02:55Mais encore une fois, attention aux portes de Saloune,
02:58c'est-à-dire que racheter aujourd'hui,
03:00parce qu'on pense que la guerre est terminée
03:03et que ça va bientôt se terminer,
03:05c'est quelque part un peu peut-être les bêtises à ne pas faire,
03:09parce que, encore une fois, personne n'en sait rien
03:11et on n'est que sur une personne qui a dit quelque chose
03:15et on a compris que la consistance du discours
03:17n'était pas forcément des plus impactantes
03:19et des plus importantes pour les marchés.
03:21C'est plus solide peut-être.
03:22Les propos du G7 hier, les pays membres du G7
03:24réfléchissent à libérer, libérer 400 millions de barils.
03:27Ça, c'est chiffré pour le coup, 400 millions de barils.
03:29Et le plus intéressant, c'est qu'à ce stade,
03:31les pays du G7 ont estimé qu'il n'y avait pas d'accord
03:34pour libérer ces barils, c'est-à-dire pas d'urgence en réalité.
03:36Et si urgence il y avait, on libérerait 400 millions de barils.
03:39C'est une forme de whatever it takes.
03:40Il y avait le whatever it takes de Mario Draghi monétaire,
03:42là une forme de whatever it takes énergétique en quelque sorte.
03:45C'est exactement.
03:46Mais quelque part, ça, les marchés le savent déjà.
03:48On sait déjà que les crises énergétiques,
03:51ce n'est pas du tout la première qu'on connaît.
03:52On a eu beaucoup d'exemples.
03:53On a eu même, quand il y a eu le début de la guerre en Ukraine,
03:57on a eu énormément d'impact sur les prix du pétrole.
04:00Donc, c'est des éléments qu'on a et qu'on connaît.
04:04En plus, quand on parle de consommation de pétrole,
04:06ça fait partie des denrées qu'on peut encore trouver sur d'autres zones.
04:09Même si, évidemment, quand on est sur une des zones majeures,
04:11aujourd'hui, un conflit sur une des zones majeures,
04:13il y a quand même aussi beaucoup d'autres zones qui possèdent du pétrole.
04:16L'efficience énergétique aussi a changé la donne depuis 20 ans
04:19sur la consommation de pétrole.
04:20Donc, attention à ne pas non plus, encore une fois,
04:23surréagir sur ces nouvelles-là.
04:25Et très intéressant, on en parlera tout à l'heure,
04:27à mon avis, l'impact du pétrole sur les valeurs pétrolières
04:29n'est pas toujours celui qu'on croit.
04:31Antoine ?
04:32Comme l'impact du cours des minerais aussi sur les grands miniers.
04:36C'est loin d'être évident.
04:37Tout à fait.
04:37Mais pour revenir sur ce contexte pétrolier,
04:41je pense aussi qu'on paye une certaine forme d'incurie totale
04:45qui a été le soulagement de voir le marché tenir
04:48après la crise énergétique issue de l'invasion de l'Ukraine par la Russie,
04:54après le bazar insensé qui a mis le Covid
04:57sur la demande pétrolière mondiale,
05:00et le fait qu'après une période de
05:02« oui, oui, on va tout faire pour jamais se faire prendre de court »,
05:05mais en fait, on n'a jamais rien fait.
05:06On n'a jamais renforcé sensiblement et de manière décisive
05:10les investissements dans les énergies alternatives
05:14et les énergies renouvelables en particulier.
05:16Ça ne s'est pas fait de la manière dont on avait prévu à l'origine.
05:20Et donc, du coup, à chaque fois, on paie l'incurie du moment, en fait.
05:23Et ça clôture chaque bazar énergétique de ce côté-là.
05:26Alors, c'est en partie...
05:29Moi, je ne partage pas forcément une partie
05:30parce qu'il y a quand même une partie qui a été faite.
05:33Aujourd'hui, quand on regarde la consommation
05:34de matières premières et d'énergie,
05:37l'énergie, il y a un tiers quasiment de l'énergie en Europe
05:39qui provient d'énergies renouvelables aujourd'hui.
05:41Donc, c'est là où il y a quand même eu
05:45un petit changement et des changements
05:46sur ces 15 dernières années
05:48qui impactent quand même toutes ces réactions
05:51qu'on a quand on a des chocs
05:52sur la matière première principale, historique,
05:55qui est le pétrole.
05:56C'est là où...
05:57C'est-à-dire que si on était en 2000 ou dans les années 90 aujourd'hui,
05:59le choc de marché serait encore plus violent.
06:01Il serait beaucoup plus violent.
06:01Oui, sans doute beaucoup plus violent.
06:03À la seule différence que, juste après,
06:06on a eu quand même le deuxième mandat de Trump
06:08qui a dit « drill, bébé, drill ».
06:09Et on a l'impression qu'au niveau mondial,
06:10mais même au niveau européen,
06:11on s'est mis à renoncer à toutes nos belles idées
06:13du côté de la conversion, de la transformation énergétique.
06:17On s'est mis à dire « bon, finalement,
06:18le secteur auto, il n'aura pas à interdire
06:20les voitures thermiques en 2030 ».
06:21On est revenu quand même sur pas mal de choses.
06:24Même si, oui, je concède,
06:25on a quand même fait une zone tampon
06:27sur un certain nombre de choses.
06:28C'est vrai qu'on est obligé quand même d'y aller.
06:30Ils sont obligés de faire des concessions
06:32parce qu'ils sont trop rigoristes.
06:34L'Europe était beaucoup trop rigoriste dans ses souhaits.
06:37Évidemment qu'on ne peut pas tout changer tout de suite
06:39sur des investissements qui sont aussi importants
06:40et aussi stratégiques.
06:41C'est pour ça que je ne suis pas si étonné.
06:43– Émeric, le malheur des uns fait le bonheur des autres.
06:46Là, il y a des compagnies aériennes qui progressent fortement
06:48après avoir chuté, plongé la semaine dernière.
06:50C'est les compagnies aériennes européennes, notamment.
06:52Pourquoi ? Parce que Lufthansa annonce
06:53que certaines de ces compagnies vont proposer
06:55des vols supplémentaires reliant directement
06:57l'Europe à l'Asie ou l'Afrique
06:59sans faire escale au Moyen-Orient.
07:00Et là, le marché se met à découvrir que,
07:02tiens, avec les compagnies Emirati clouées au sol,
07:06Etihad, Emirates, Qatar Airways clouées au sol,
07:08les compagnies européennes ont peut-être une carte à jouer
07:10pour leur reprendre des parts de marché.
07:11– Petite revanche des compagnies européennes, en effet.
07:15Petite revanche aussi parce qu'ils sont beaucoup plus réactifs
07:18et ils sont aussi un petit peu malins.
07:20On le voit sur les histoires de,
07:22dès qu'il y a les prix du pétrole qui montent,
07:24tout de suite, on met des surtaxes et on profite
07:26pour augmenter les prix des billets d'avion.
07:28Donc, pour le coup, ça a vraiment de l'impact direct
07:32sur le chiffre d'affaires et ça, ils ne s'en privent pas.
07:35Il faut être lucide là aussi là-dessus.
07:37Les compagnies aériennes ont bien compris
07:38que tout événement majeur leur permettra d'augmenter leurs marges
07:40et ça, ils savent de mieux en mieux le faire en Europe.
07:44Donc, tant mieux, j'ai tendance à dire,
07:45pour les compagnies aériennes qui vont pouvoir réouvrir des lignes
07:47et augmenter leurs marges en augmentant leurs prix.
07:50Même si on remarque quand même que les prix du pétrole
07:52spot ont monté très fortement,
07:54mais que les prix du pétrole à moyen terme
07:57n'ont quasiment pas monté.
07:58Donc, c'est là où aujourd'hui,
08:00les compagnies aériennes profitent d'un événement médiatique.
08:06Alors, pas toutes.
08:07Air New Zealand a annoncé une hausse de ses tarifs.
08:09SAS, la compagnie nordique aussi.
08:12D'autres, au contraire, ont des couvertures
08:14qui leur permettent de ne pas encore les augmenter.
08:16Beaucoup, heureusement, gèrent bien leur kérosène
08:18et leur demande en énergie.
08:20Heureusement.
08:21Et ça, c'est très bien de faire aussi dans les compagnies aériennes.
08:23Alors, on a aussi, parallèlement,
08:25et en plus de toutes ces actualités très géopolitiques,
08:28le reste.
08:29Renault a annoncé aujourd'hui son plan stratégique.
08:32Il compte proposer plus d'une dizaine de nouveaux modèles par an
08:37d'ici 2030.
08:37Plus d'une dizaine de nouveaux modèles par an.
08:40Tout à fait.
08:41Et puis surtout, orientés en dehors de l'Europe,
08:43en dehors de leur zone de la France,
08:45sur d'autres marchés.
08:46Donc, c'est là où c'était assez intéressant
08:48parce qu'ils veulent essayer de se sortir du marasme
08:50dans lequel ils sont,
08:51qui est compliqué
08:52parce que c'est l'automobile secteur très compliqué
08:56et surtout ultra concurrentiel
08:57avec des nouveaux entrants.
09:00Je dirais même par centaines.
09:02Quand on regarde aujourd'hui en Chine,
09:04le nombre de constructeurs de véhicules,
09:07on parle de centaines de marques.
09:10Donc aujourd'hui, la concurrence,
09:13elle est vraiment là.
09:14Donc, s'ils veulent vraiment garder une place quelque part,
09:18il faut innover rapidement
09:20et sortir de sa zone de confort.
09:21Donc, vous achetez la stratégie.
09:23Le titre Renault fait un peu moins bien que le CAC aujourd'hui.
09:25J'achète la stratégie,
09:25mais alors pas du tout le secteur
09:26et pas du tout la valeur.
09:27Malheureusement, le secteur de l'automobile,
09:31pour moi, il reste compliqué.
09:34Antoine, donc Renault annonce plus d'une dizaine de nouveaux modèles par an d'ici 2030,
09:38plus d'internationalisation et ici en Europe,
09:40la fin de la construction de moteurs thermiques en 2030.
09:44Ce sera fini chez Renault dès 2030 ?
09:45C'est ça que j'ai un petit peu de mal à comprendre
09:47parce que, et à mon avis, cet objectif est quand même extrêmement ambitieux,
09:52aussi bien que ces dizaines de lancements à l'international,
09:54parce qu'on part de vraiment de pas grand-chose.
09:58Justement, la capacité de Renault à pouvoir sécuriser de la trésorerie
10:02en vendant des voitures en Europe, ça a resté sa force.
10:04Là, il va falloir partir à la conquête de flux très importants.
10:09Alors, développer une dizaine de modèles par an,
10:12ils l'ont montré avec la fameuse Renault 5 électrique.
10:15À l'aide de bureaux d'études chinois, on peut aller beaucoup plus vite.
10:17Et c'était tout leur mérite.
10:19Et très bien, maintenant, faire ça à l'auteur d'une dizaine de modèles par an,
10:23tout en arrêtant le thermique définitivement en Europe.
10:27Moi, il y a quand même un flou stratégique autour de Renault,
10:32surtout des délais très très courts.
10:33Et je trouve que depuis que Luca Demeo est parti,
10:36le wording a du mal à passer auprès des marchés.
10:38C'est surtout beaucoup d'incertitudes.
10:41Et aujourd'hui, elles vont être difficiles à réaliser en si peu de temps.
10:44Même si ça peut être un vrai changement.
10:47Et c'est un énorme enjeu d'arriver à faire beaucoup de choses rapides.
10:51Parce qu'en face, encore une fois, les Chinois notamment,
10:54ils sont là, ils vont vite, ils sont efficaces, pragmatiques.
10:58Et les résultats sont là.
10:59Et la clientèle est là aussi.
11:01C'est ça.
11:01Un mot de Genfit aussi, plus 5 aujourd'hui.
11:03La FDA aux Etats-Unis accorde au NTZ,
11:07c'est un traitement pour traiter la décompensation aiguë sur cirrhose.
11:12Voilà, une pathologie grave sans traitement approuvé.
11:14Donc la FDA lui accorde la désignation de médicaments orphelins.
11:175% de hausse, Genfit.
11:18C'est important comme annonce ?
11:19C'est une bonne nouvelle, ça c'est sûr pour la valeur.
11:22C'est un secteur qui est compliqué à analyser.
11:24Donc toujours, toujours sur ces secteurs-là, ne pas hésiter à mutualiser les risques.
11:27Parce qu'on est finalement avec des catalyseurs qui sont ultra juridiques.
11:32Donc toujours être plutôt à investir en globalité sur un secteur,
11:37à moins de vraiment comprendre les enjeux d'une molécule ou d'une maladie qui est derrière.
11:45Sinon, privilégiez toujours quand on fait tout ce qui est biotech, medtech, ce genre de société.
11:50Ça repart un peu quand même sur les biotech.
11:51Bien sûr, mais il faut les faire dans la globalité.
11:54Il y a trop de risques binaires dans ce secteur d'activité pour investir dans un titre en particulier.
12:00Quand bien même c'est une très belle valeur et que c'est une très bonne nouvelle pour la valeur,
12:03moi je reste persuadé que pour l'investisseur, sur ces thématiques-là,
12:07c'est du fonds ou de l'ETF, mais il faut mutualiser ces risques.
12:11Emric Didet avec nous, Pergam. Merci beaucoup Emric.
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