Avoir un petit boulot ne suffit plus pour joindre les deux bouts : les étudiants sont souvent obligés de sauter un repas ou de renoncer à se soigner, certains abrègent même carrément leurs études, selon une récente enquête. Marine Issartel, directrice du plaidoyer chez Cop1, est l'invitée de 6h20. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-6h20/l-invite-de-6h20-du-lundi-29-septembre-2025-4832503
00:08Il est 6h21, avoir un petit boulot ne suffit plus.
00:11Pour joindre les deux bouts, les étudiants sont bien souvent obligés de sauter un repas ou de renoncer à se soigner.
00:16Certains abrèchent carrément leurs études.
00:18C'est ce que confirme la dernière enquête de Copin, une association qui lutte contre la précarité étudiante.
00:23Et je reçois ce matin sa directrice du plaidoyer. Bonjour Marie-Nissartel.
00:26Bonjour.
00:26C'est une enquête que vous avez commandée à l'IFOP et année après année, le constat reste le même.
00:31Il n'y a vraiment aucune amélioration ?
00:33Non. Non. C'est le même constat depuis 5 ans, le même constat depuis 3 ans, depuis qu'on sort le baromètre.
00:40Le constat elle-même, la réalité de la précarité étudiante, elle est durable, elle n'est pas symptomatique aux crises.
00:46Comme on a pu le croire au début, la réalité c'est que ça s'inscrit dans la vie quotidienne des jeunes.
00:53La précarité étudiante a la plainte d'incidence sur la vie étudiante.
00:58Et d'abord sur les repas, je le disais, deux tiers des étudiants déclarent avoir déjà sauté un repas.
01:02Donc même un repas au resto U, c'est trop cher ?
01:05Oui.
01:05C'est combien en moyenne ?
01:07C'est 3,30 euros.
01:08Un repas, c'est toujours pas passé à 1 euro.
01:11Ça doit encore passer au Sénat.
01:14Le repas à 1 euro pour les plus démunis, ça n'existe pas ?
01:17Pour les boursiers.
01:18Voilà, pour les boursiers.
01:20Mais sinon, pour tout le monde, ce n'est pas encore en place.
01:22Ce n'est pas encore en place et justement, il faut que ça passe parce que ça pêche pour énormément de personnes, énormément d'étudiants.
01:29L'alimentation, c'est la première variable d'ajustement.
01:32C'est le premier sacrifice que font les étudiants quand ils ont un manque d'argent.
01:36C'est-à-dire qu'on paye d'abord son loyer, son hébergement, son logement, ça c'est évidemment vital.
01:41Oui.
01:41Et après, on se débrouille avec ce qui reste, c'est ça ?
01:43C'est ça, oui. Les étudiants, ils sautent des repas, comme vous l'avez dit.
01:48Ensuite, le logement, il y a aussi le stress de payer les charges à temps.
01:52Ça, c'est une source d'angoisse et d'inquiétude.
01:56Et ensuite, vu qu'on n'a pas d'argent pour se nourrir, il y a aussi le fait qu'on n'a pas d'argent pour avoir un loisir, pour sortir avec ses amis.
02:03Et ça augmente l'isolement social, on l'a bien vu.
02:06Il y a énormément d'étudiants qui ne peuvent pas sortir avec leur père et ça touche la santé mentale.
02:12Dans votre étude, la moitié des étudiants interrogés indisent se sentir seuls.
02:15Vos bénéficiaires, est-ce que vous savez qui ils sont ?
02:18Parce que je sais que vous aidez, en gros, tous les étudiants qu'ils demandent.
02:21Vous ne vérifiez rien du tout, ni les critères de revenus, ni rien.
02:24Mais est-ce que vous savez quand même qui fait appel à vous ?
02:27Est-ce que ce sont des gens boursiers ? Est-ce que ce sont des étudiants lambda ? Qui ?
02:31Les étudiants, on a beaucoup d'étudiants étrangers, on a 75% de nos bénéficiaires qui ne sont pas bénéficiaires de la bourse.
02:40Donc c'est significatif.
02:40Des gens qui n'ont pas d'aide ?
02:41Qui n'ont pas d'aide, qui n'ont aucune d'aide.
02:44Et il y en a plus de 90% qui sont boursiers à échelon 0, 0 bis.
02:50Donc ça montre qu'il faut aussi une revalorisation et un élargissement du système de la bourse.
02:55Ça marche la bourse, il y en a beaucoup qui sont aidés, c'est super.
02:58Mais il faut pouvoir aider encore plus de personnes.
03:02Parce que ce n'est pas parce que nos parents rentrent dans certains critères que forcément, ils peuvent nous donner de l'argent.
03:08Il y a plein de situations familiales où ce n'est pas le cas.
03:11Donc élargir les critères pour les bourses, rendre accessibles les repas à 1 euro au resto U pour tout le monde.
03:18Alors ça, ce sont les mesures que vous souhaitez voir mises en place.
03:21Mais il y a quand même aussi pas mal de mesures qui existent aujourd'hui.
03:24Et c'est ce que vous dites régulièrement au sein de l'association Copains, c'est qu'il y a un problème d'information.
03:29C'est qu'il y a beaucoup d'étudiants qui ne savent même pas que ça existe et qui donc n'en bénéficient pas, faute d'information.
03:33C'est ça, il y a moins d'un étudiant sur deux qui se dit suffisamment informé à propos des dispositifs disponibles.
03:40Quoi par exemple ?
03:41Ça peut être les aides financières, les aides juridiques surtout.
03:45Ça peut être les aides pour le logement.
03:47C'est quand même très large.
03:50Au-delà d'un souci de communication, c'est que souvent c'est des démarches trop lourdes.
03:57Des démarches trop lourdes, c'est souvent opaque.
03:59On ne sait pas trop comment faire et saturé.
04:02Et ça, c'est quand on parle français, quand on maîtrise la langue française.
04:06Et donc c'est d'autant plus compliqué pour les étudiants étrangers.
04:08Et il y a beaucoup d'étudiants aussi qui n'osent pas pousser la porte du Crouz par fierté peut-être ?
04:13Par fierté, par honte surtout.
04:15Et c'est pour ça que nous à Copain, on est là, on sourit, on rigole, on les tutoie.
04:21Il y a de la musique pour briser ce tabou-là alors qu'on ne devrait pas l'avoir.
04:25Et vous ne faites pas d'ailleurs que de la distribution alimentaire.
04:27Vous organisez aussi des friperies solidaires, des ateliers de cuisine, des sorties culturelles ou sportives.
04:33Les loisirs, le futile peut-être entre guillemets aux yeux de certains.
04:37Mais ça compte, c'est hyper important.
04:38Pour justement la sociabilisation de tous ces étudiants.
04:41C'est hyper important d'avoir un semblant de vie normale.
04:46Je mets des guillemets.
04:47C'est important parce que comme ça, on ne se sent pas en décalage avec les autres étudiants qui peuvent le faire.
04:53Et surtout, ça renforce la convivialité.
04:58Et on pallie à ça avec Copain.
05:01Merci beaucoup Marie-Dissartel, directrice du plaidoyer chez Copain.
05:04Et je rappelle ce chiffre marquant de votre dernière étude.
05:07Deux tiers des étudiants qui déclarent avoir déjà sauté un repas faute d'argent.
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