00:01Le Grand Matin Sud Radio, 7h10h, Patrick Roger.
00:06Il est 7h41, Sud Radio vous explique pourquoi ça a flambé aussi vite du côté des carburants
00:14avec des prix qui ont augmenté de 20, 30, 40, voire plus centimes par litre bien sûr.
00:21Et on a vu des chiffres sur l'autoroute A6 de 2,30€, 2,50€ même pour le gazole.
00:31Nous sommes avec Philippe Chalmin, spécialiste des marchés de matières premières
00:35et professeur à l'université Paris-Dauphine.
00:38Bonjour Philippe Chalmin.
00:40Bonjour.
00:41On considère d'habitude qu'il faut plutôt quelques semaines pour noter un impact sur les prix.
00:47Là, au bout de quelques jours, pourquoi c'est allé aussi vite Philippe Chalmin ?
00:51Oh non, il ne faut pas quelques semaines.
00:53En général, il faut une semaine.
00:55Et donc, assez logiquement, nous étions vendredi 27, la veille de la frappe américano-israélienne
01:08et de la mort de Ramény, nous étions à 72 dollars le baril.
01:13Hier soir, nous étions à 92 et ce matin, on est passé, on a eu un moment de folie
01:22à l'ouverture des marchés en Asie, on est monté à 115.
01:25Actuellement, on est à 107 ou 108, juste au moment où je vous parle.
01:29Donc, ça veut dire en clair que l'on a pris 35 dollars le baril.
01:34On en avait pris, au fond, de manière presque raisonnable, une vingtaine la semaine dernière.
01:40On a eu, la semaine dernière, à peu près 10 centimes de hausse.
01:44On a devant nous 10, 20 centimes de hausse sur une fourchette de prix qui était quand même
01:53déjà relativement large.
01:54Je peux vous dire qu'à titre personnel, sur un autoroute, le 20 février, donc bien avant,
02:01j'avais déjà eu le malheur de payer de l'essence au-dessus de 2 euros le litre.
02:07Donc, à un même moment, on était aux alentours de 1,55, toujours pour du sans-plomb 95,
02:15sur les stations de la grande distribution, les moins disantes.
02:20Donc, on avait déjà une fourchette de 40 centimes.
02:23Là, hier, en moyenne, le sans-plomb 95, d'après les chiffres officiels,
02:29était aux alentours de 1,82.
02:31Il est clair qu'on va passer en moyenne les 2 euros fin de semaine, début de semaine prochaine.
02:38Oui, c'est ça.
02:41Ça va s'aggraver, probablement, en raison de ce que vous nous avez dit, là.
02:45Toutes ces tensions et les...
02:47Ah ben, c'est évident.
02:47Bien sûr, c'est évident.
02:48C'est évident.
02:48Là, on est parti.
02:51Je dois avouer même que la violence...
02:54Mais on pouvait s'en douter.
02:56Hier, il y a eu quand même une intensification des frappes des deux côtés,
03:00sur Téhéran d'un côté, sur Tel Aviv de l'autre.
03:03Les Iraniens ne vont manifestement pas à la table de négociation,
03:07puisqu'ils ont nommé comme guide suprême le fils du précédent.
03:11Donc, ça n'est pas un très, très bon signe.
03:14Donc, les marchés ont surréagi,
03:17en prenant l'hypothèse qui me paraît d'ailleurs relativement, malheureusement, réaliste,
03:22que Hormuz va être fermé pendant plus longtemps qu'on ne le pense.
03:27Donc, il n'y aura plus de pétrole qui va sortir du Golfe,
03:30du moins de manière importante,
03:32que le marché va se trouver déficitaire de l'ordre, allez, de 10-15 millions de barils jour.
03:38Et donc, les prix ont réagi, c'est logique.
03:43Et malheureusement, ça risque.
03:46Alors là, on a peut-être ce matin,
03:50allez, on va peut-être se caler sur 110 dans la journée.
03:54Ensuite, le marché prendra sa respiration,
03:56et puis on verra ce qui va se passer dans le courant de la semaine.
03:59Oui, c'est ça.
04:00Et évidemment, ça aura un impact aussi sur beaucoup d'autres produits,
04:04puisque c'est à partir du pétrole que l'on fabrique énormément de choses.
04:08Toujours, on est extrêmement dépendant, Philippe Chalmin.
04:10Oui, alors là, ça va prendre plus de temps.
04:14Je constate que, pour l'instant,
04:16c'est un marché qui avait réagi très brutalement,
04:21qui, pour l'instant, n'a pas réagi de manière extrême.
04:25C'est celui du gaz naturel.
04:26Il faudra voir ce que ça va donner aujourd'hui.
04:28Mais il n'y a pas eu de...
04:29Mais peut-être aussi parce que le gaz naturel n'est pas coté de la même manière.
04:33Et donc, un lundi matin, c'est un peu tôt.
04:36Il faudra voir comment le marché du gaz naturel européen va réagir dans la journée.
04:41Et puis aussi, n'oubliez pas qu'il y a près de 10% de la flotte mondiale de conteneurs
04:48qui se trouve aujourd'hui bloquée dans le Golfe.
04:51Donc, ça veut dire que les prix du fret maritime vont augmenter.
04:57Et puis, qu'on le veuille ou non, ça va avoir un impact sur l'économie mondiale.
05:01Donc là, vous voyez, depuis une semaine,
05:05beaucoup de vos confrères me disaient alors, choc pétrolier, etc.
05:09Je disais non, non, sachons raison garder, etc.
05:13Là, ce matin, je suis presque en train de me demander
05:18ne venons pas de rentrer dans un choc pétrolier
05:22qui reste mesuré pour l'instant.
05:25On est à 110 dollars le baril, disons.
05:28Je vous rappelle qu'au lendemain de l'invasion de l'Ukraine,
05:31on était monté à 130.
05:32Sachons raison garder.
05:34Oui, oui, absolument.
05:35Mais est-ce qu'au passage, Philippe Chalmin,
05:37il y en a qui en profitent de la crise quand même
05:40pour se faire des marges un peu plus conséquentes ?
05:43Arrêtez de s'arrêter ce genre de trucs.
05:45Non, mais il faut poser toutes les questions
05:47parce que la semaine dernière, ça a augmenté quand même assez vite,
05:51alors qu'on a des réserves, Philippe Chalmin.
05:53Il faut dire des choses.
05:54Non, mais le coût des réserves, il n'y a pas de pénurie.
05:58Ça, c'est clair.
05:59Maintenant, tout le monde est concerné par la hausse des prix
06:03parce que la hausse des prix, elle se répercute.
06:06Si vous voulez, ce qui est important,
06:08ce sont les prix en Europe des produits raffinés,
06:13donc de l'essence et du diesel,
06:14ce qu'on appelle les cotations de Rotterdam,
06:16elles sont les mêmes pour tout le monde.
06:19Dites-vous d'ailleurs qu'il y a exactement,
06:22avec le décalage horaire, peut-être dans quelques heures,
06:25il y aura exactement le même débat sur des radios aux États-Unis,
06:28parce qu'aux États-Unis, le prix de l'essence explose
06:31alors que les États-Unis sont des exportateurs de pétrole.
06:34Donc, tout le monde est dans le même bain.
06:38Arrêtons de chercher les boucs émissaires.
06:40Il y avait déjà des stations, il y avait déjà quand même,
06:44avant, un écart de 40 voire de 50 centimes
06:49entre les stations de la grande distribution
06:52qui vendent pratiquement à prix coûtant
06:55la marge que fait la grande distribution.
06:57Carburant est un prix d'appel.
06:59Ils se font 1 à 2 centimes de marge grand maximum.
07:02Et les stations, notamment d'autoroutes ou de centres-villes,
07:06qui ont des charges différentes, j'en suis d'accord,
07:08et qui, de temps en temps, rallongeaient un peu la sauce.
07:11Bon, là, on a aussi, de la part de nombre de gens,
07:16un petit peu, je dirais, c'est comme pour l'inflation,
07:21il y a la réalité de l'inflation, il y a l'inflation ressentie.
07:24C'est vrai.
07:24On a tendance à confondre les prix
07:26avec ce qu'on a payé au début de l'année.
07:28Au début de l'année, le pétrole était à 60 dollars.
07:32Le baril, OK ?
07:34Donc, si vous calculez que 1 dollar le baril,
07:37grosso modo, ça me fait 1 centime à la pompe.
07:41Donc, 60 dollars le baril début de l'année,
07:45110 aujourd'hui, ça fait 50 dollars d'écart,
07:50ça fait 50 centimes à la pompe,
07:53et ces 50 centimes à la pompe,
07:55nous les paierons probablement vers la fin de la semaine.
08:00Merci en tout cas pour toutes ces explications à Philippe Chalmin,
08:03et on va suivre ça et surveiller ça.
08:05Pour certains, ils se disent, je vais passer à l'électrique,
08:07un de ces quatre, même s'il pourra y avoir des variations,
08:10mais peut-être pas comme pour le pétrole.
08:13Merci en tout cas d'avoir été avec nous.
08:14Oui, il est 7h49.
08:15Sous-titrage Société Radio-Canada
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