00:00Sud Radio, le grand matin week-end, 7h10, Maxime Liedot.
00:068h21 sur Sud Radio et à la une ce matin, Gérald Darmanin, le ministre de la Justice en France, qui
00:11partira donc à Alger ce lundi.
00:13Bonjour Jean Garry.
00:15Bonjour.
00:16Historien et président de la Commission internationale d'histoire des assemblées, vous faites partie aussi du comité, enfin vous êtes
00:21membre du comité Boalem Sansal.
00:23Première question, assez simple, comment vous, l'historien, le président de la Commission internationale, le soutien, le membre du comité
00:30de soutien Boalem Sansal,
00:32qui avait œuvré pour son retour pendant des mois et des mois, comment vous regardez la visite d'un ministre
00:37important, Gérald Darmanin, à Alger,
00:40à partir de lundi, alors que Christophe Glez est toujours retenu en otage là-bas ?
00:45Oui, d'abord mon rôle a été mineur, je ne fais pas partie de ceux qui ont vraiment œuvré et
00:49qu'il faut remercier pour la libération de Boalem Sansal,
00:53même si, comme vous le savez, elle est venue plutôt par l'intermédiaire des Allemands.
00:58Non, pour répondre à votre question, c'est de la réelle politique, c'est-à-dire qu'il y a
01:05eu pendant deux ans une crise profonde des relations franco-algériennes,
01:09c'est une situation qui ne peut pas durer, il y a trop de liens économiques, sociaux, politiques, culturels, historiques
01:17entre les deux pays,
01:18il fallait à un moment que ça cesse, il ne faut évidemment pas se faire d'illusions, l'incarcération de
01:25Christophe Glez est une sorte de gage,
01:28une sorte d'otage pour la négociation entre l'Algérie et la France.
01:35L'Algérie n'est pas une démocratie comme la nôtre, la réelle politique impose d'avoir des liens avec eux
01:43sans se faire trop d'illusions,
01:44mais le rôle de Jardin Darmanin, qui suit évidemment ce qui s'est passé à la visite de Laurent Nunez,
01:52la visite aussi de la ministre déléguée aux armées,
01:55c'est une nécessité de la réelle politique, notamment sur la question de la désaide mafia, qui est quand même
02:06très importante et très préoccupante,
02:09qu'il faut essayer de régler collectivement avec les Algériens, et puis bien sûr, pour cette libération de Christophe Glez,
02:20qui reste comme une épée de Damoclès, en fait, que les Algériens font peser sur la France.
02:28Ça veut dire, Jean-Garric, que vous faites partie en effet des personnalités, des historiens, en tout cas de ceux
02:33qui peuvent avoir une voix dans l'espace public,
02:36et qui affirmaient qu'en réalité, oui, la réelle politique, et oui, on a une telle histoire avec ce pays
02:42que la stratégie du bras de fer qu'on essaye,
02:44et qu'on a essayé de nous vanter comme étant la solution, n'est pas la bonne méthode ?
02:49Il me semble qu'elle n'a pas fonctionné, elle n'a pas été efficace, parce que je le répète,
02:56on a affaire à des gens, à un régime,
02:58d'ailleurs un régime très contesté à l'intérieur, mais qui ne fonctionne pas selon les mêmes critères, les mêmes
03:06mécaniques qu'un pays comme la France.
03:12La question de savoir s'il fallait montrer à l'Algérie la force de notre pays, s'il fallait, soyons
03:20très clairs, faire ce que Bruno Rotaillot a essayé de faire,
03:24ça peut se discuter, parce que c'est important aussi de montrer à une dictature, je le mets entre guillemets,
03:31mais à ce type de pays que les démocraties ne sont pas faibles, ne sont pas fragiles.
03:36Maintenant, c'est vrai qu'en termes d'efficacité, manifestement, ce qui est nécessaire aujourd'hui, je le répète, c
03:43'est cette réelle politique,
03:44et essayer sur la question du narcotrafic, du terrorisme, et bien sûr de la libération de Christophe Glees,
03:51de, j'allais dire, d'en passer par les exigences de ce pays, dont on sait qu'il est dirigé
03:59par un complexe, j'allais dire,
04:02militaire ou industriel, qui ne garantit pas les libertés, qui n'est pas comme nous.
04:08En plus du ministre de la Justice français, Gérald Darmanin, qui sera à Alger ce lundi,
04:12le ministre de l'Intérieur en France, Laurent Nunes, annonce que, justement, son confrère, on va dire, d'une certaine
04:19manière,
04:19viendra, c'est-à-dire le ministre de l'Intérieur algérien, en France, à Paris, dans quelques jours.
04:24C'est d'ailleurs la première volonté, quand on regarde le communiqué, aujourd'hui, pour annoncer le départ de Gérald
04:30Darmanin à Alger,
04:31c'est de remettre la coopération judiciaire au centre du jeu.
04:35Est-ce qu'il faut, peut-être, est-il important de détailler à quel point les liens sont étroits sur
04:40ces domaines-là avec nos deux pays ?
04:41C'est quoi ? Il y a les extraditions, il y a les commissions rogatoires, il y a, bien sûr,
04:45la question des OQTF, il y a tout ça.
04:49Évidemment, vous venez de répondre très bien à la question.
04:54Il y a cet ensemble, notamment cette question des OQTF.
04:57Et puis, moi, me semble-t-il, ce qui se passe, c'est qu'il y a en arrière-fond
05:02le projet qui avait été mis en exergue par les Français
05:08de revenir sur les accords concernant l'immigration de 1968, qui donnent un statut privilégié aux Algériens.
05:18Et j'ai l'impression que la pression qui est mise par les Algériens, justement, tend à faire escamoter ce
05:26projet.
05:27C'est-à-dire qu'on essaye de préserver le statu quo.
05:32En échange de quoi, il y aurait, je l'espère en tout cas, la libération de Christophe Gleize.
05:38Et puis, peut-être, des aménagements, une évolution de la position algérienne sur les OQTF.
05:44Oui, c'est du donnant-donnant.
05:46Mais ça, c'est crédible, parce que, Jean Garrigue, je me mets à la place aussi de tous ceux qui
05:49nous écoutent
05:50et de certains experts, d'anciens diplomates, certains spécialistes de cette relation,
05:54vous expliquent que, quand même, si on prend, on va dire, le début du quinquennat d'Emmanuel Macron,
05:58qui avait quand même accepté de dire publiquement, et ça a été le premier président de la République française à
06:02le dire,
06:02que la colonisation a été semblable à des crimes contre l'humanité.
06:07Quand on voit le nombre de gages qu'on a pu donner ici, là, ou le nombre d'efforts, on
06:11se dit,
06:11mais on a quand même déjà fait quelques pas en avant.
06:13On entend toujours quelque pas en avant de l'autre pays, ça ne vient pas.
06:16Alors, est-ce que cette théorie du donnant-donnant est encore crédible avec l'Algérie aujourd'hui ?
06:23Vraiment, je pense que personne n'a véritablement de réponse à cette question.
06:29Il faut savoir de manière très cynique qu'on a affaire, je le répète, à un type de pouvoir
06:40qui ne fonctionne que sur le rapport de force,
06:44qui néglige les droits humains, la liberté d'expression et tout ce qui nous tient à cœur.
06:51Donc, avec ce type de régime, il faut essayer, j'allais dire, de grappiller ce que le régime peut nous
07:00donner,
07:01en fonction aussi des rapports de force économiques, commerciaux qui peuvent exister avec ces pays.
07:08Donc, c'est un jeu extrêmement compliqué, extrêmement subtil,
07:12dont le grand public, ou moi-même, les citoyens, n'avons qu'une toute petite partie.
07:16Quand on n'a pas toujours les mains dans le cambouis, de tous les dossiers que vous venez d'évoquer.
07:22Exactement.
07:23Donc, on ne voit que l'écume de ce qui se passe réellement entre ces deux pays.
07:29Merci beaucoup, Jean-Garric, d'avoir été avec nous, en tout cas ce matin,
07:32pour nous éclairer sur cette visite du ministre Gérald Darmanin, ministre de la Justice,
07:36faut-il encore le rappeler.
07:38Ce sera demain, donc lundi, à Alger, avec, qui plus est, l'homologue de Laurent Nunes,
07:42le ministre de l'Intérieur algérien, qui sera donc à Paris dans les prochains jours.
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