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Avec Jean-Paul Brighelli, enseignant, auteur de "La fabrique du crétin"
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00:00Le face à face
00:02Vous êtes bien sur Sud Radio en ce 4 mars 2026
00:05et vous y êtes d'autant mieux que je reçois quelqu'un très important pour moi
00:09parce que Jean-Paul Brigalli est un expert sur une thématique
00:14qui est l'enjeu essentiel de notre avenir de cette République
00:17qui est l'école, l'école de la République.
00:20Jean-Paul Brigalli est un enseignant, c'est un prof, c'est un prof à l'ancienne,
00:23c'est un prof qui porte des valeurs, j'allais dire,
00:27même des principes républicains dans sa façon d'enseigner.
00:31Il est donc habilité à donner son avis aujourd'hui sur ce qui est arrivé
00:34et sur ce qui arrive puisqu'il est l'auteur de La Fabrique du Crétin
00:38qui fut un chef-d'oeuvre vers l'apocalypse scolaire aux éditions L'Archipel.
00:43On va voir aujourd'hui si cet apocalypse se porte bien.
00:46Et puis il avait ensuite écrit L'école sous emprise,
00:49on devine par ce titre ce qu'il voulait supposer.
00:54Jean-Paul Brigalli, vous regardez aujourd'hui,
00:56vous habitez la région marseillaise,
00:58vous avez enseigné dans des lycées marseillais,
01:00vous êtes un homme de terrain, vous êtes un enseignant de terrain,
01:04vous êtes, je peux le dire, vous êtes pédagogue en plus,
01:07c'est-à-dire que vous savez transmettre, vous savez expliquer,
01:10et je disais, vous êtes surtout un observateur,
01:12vous êtes un homme qui a des valeurs politiques précises,
01:16patriote et citoyen, je le disais.
01:19Votre inquiétude de l'époque, l'année où vous avez écrit
01:21La Fabrique du Crétin vers l'apocalypse scolaire,
01:23vous êtes plutôt rassuré ou vous êtes encore plus inquiet
01:26que ce que vous étiez à l'époque ?
01:28Vous savez, je souffre en ce moment de ce qu'on appelle
01:31le complexe de Cassandre.
01:33Ah oui, mais tu vois très bien ce que c'est.
01:35J'ai dit ce qui allait se passer
01:37et personne ne m'a cru.
01:40Et le cheval de Troyes est tenté dans Troyes,
01:42et la ville est en l'air.
01:44Disons qu'on ne vous a pas cru à ce point-là.
01:46Vous n'étiez pas le seul à dire que ça allait mal.
01:47Vous n'étiez pas le seul.
01:48Alors, La Fabrique du Crétin, ça s'est passé en deux époques.
01:52C'est comme les francs bousquetaires, vous savez.
01:53Rappelez-nous l'année.
01:55Le premier, c'était 2005.
01:572005, vous vous rendez compte ?
01:582005.
01:58Il y a 20 ans.
01:592005, il y a 20 ans, et les poussières d'ailleurs,
02:02c'était sous-titré La mort programmée de l'école.
02:06Puis j'ai repris le titre avec un autre sous-titre
02:09qui était effectivement Vers l'apocalypse scolaire.
02:13Parce que l'apocalypse, on y est, non seulement à l'école,
02:15mais d'ailleurs, de façon générale, ça sera le sujet de mon prochain livre.
02:20Mais, il y a une...
02:23Alors, en 2005, lorsque j'ai sorti ce livre,
02:27en même temps, il y a une femme que vous connaissez sans doute
02:30et qui s'appelle...
02:36Natacha Polony ?
02:37Natacha Polony, voilà.
02:39Le nom ne m'échappait.
02:40Qui avait sorti un bouquin qui s'appelait Nos enfants gâchés.
02:43Et je me rappelle une conversation que nous avons eue une dizaine d'années plus tard,
02:46où elle m'a dit, nous avons perdu.
02:48Parce qu'effectivement, nous nous battions pour une école républicaine
02:52et qui maintienne les valeurs et la culture de la République.
02:57Et sous prétexte de démocratie, sous prétexte de nivellement par le bas,
03:03sous prétexte d'accueil de tous les autres, etc.,
03:08cette école s'est dissoute, mais totalement dissoute.
03:13Il faut voir une chose, c'est que ma génération,
03:16en gros celle du baby-boom, n'est plus devant les élèves.
03:22J'étais né en 1953, j'ai pris ma retraite il y a 5 ans,
03:25j'ai enseigné pendant 45 ans sans discontinuer.
03:29Mais c'est fini.
03:31Ceux qui sont devant les élèves, c'est au minimum,
03:34au minimum, la génération qui est née dans les années 80.
03:41Alors, il y a peut-être un an ou deux,
03:43j'avais fait un article dans Causeur,
03:45qui s'appelait Génération Ratus.
03:48Ratus, Péricole de gaz, ça ne vous dit rien.
03:50C'était le manuel d'apprentissage de la lecture,
03:53fait par l'édition Hattier, à partir de 1991,
03:56juste après la réforme de Jospin,
03:59qui a marqué l'entrée dans l'apocalypse.
04:03Vous savez, c'est le moment où...
04:04Je vais vous demander, vous situez où la césure ?
04:07Vous vous dites que c'est le ministère de Jospin.
04:10Le moment où ça a été très difficile de remonter,
04:14c'est la loi Jospin, juillet 1989,
04:17c'est facile à se rappeler, c'était le bicentenaire de la Révolution
04:21et l'éclatement de la République, au fond.
04:25Et c'est là qu'il a décidé que l'élève était acteur de son propre savoir
04:31et qu'on a inventé ce qu'on appelle le constructivisme.
04:34L'élève construit son propre savoir.
04:36Il n'a pas besoin de le demander au maître,
04:39il le construit par lui-même, il a la science infuse.
04:42Doctrine qui nous vient d'où ?
04:43Au départ, des Etats-Unis quand même un petit peu ?
04:46C'est un tout petit peu des Etats-Unis dans les années 50,
04:48mais qui a été transmise en France de façon massive par Philippe Mérieux.
04:53Voilà.
04:55Donc le duo Mérieux, Mérieux-Jospin.
04:58Mérieux qui était le conseiller direct de Jospin.
05:01C'est à Jospin qu'il a imposé finalement l'idée des IUFM,
05:05devenus les SP, devenus INSPE.
05:08Les IUFM qui sont les écoles,
05:09l'école normale de formation des profs qui devient l'IUFM.
05:13C'est là où vous dites qu'on commence à déconstruire.
05:16Alors, on a commencé à déconstruire, sérieusement.
05:18Donc, il faut bien vous mettre en tête
05:19que les enseignants que vous avez face à vos enfants
05:25qui ont moins de 40 ans
05:27appartiennent à cette génération ratus
05:30qui a été formée en méthode globale.
05:34Je dirais formatée.
05:34Qui a été formée par ce qu'on appelle l'enseignement de l'ignorance.
05:40Je ne suis pas le seul à m'être battu.
05:42Nous sommes un certain nombre à nous être collotés
05:45avec les minables qui opéraient au nom de la pédagogie,
05:51et la didactique, et de toutes sortes de belles sciences.
05:53Donc les pédagogues, c'est là que ça commence vraiment ?
05:55Les pédagogues, c'est là qu'ils s'imposent.
05:57C'est là qu'ils s'imposent et qu'ils vont se partager les postes.
05:59C'est-à-dire que tout l'état profond de l'éducation nationale
06:04est contaminé par le pédagogisme.
06:06Alors, qu'est-ce qu'on sape ?
06:07Qu'est-ce que le pédagogisme sape dans les fondements institutionnels
06:10de l'école de la République,
06:11celle qui a fait les gloires de la France et la grandeur de ce pays ?
06:13Quels sont les premiers méfaits que le pédagogisme impose à l'éducation nationale ?
06:17Ce qu'il a détruit, c'est la transmission.
06:21La transmission, figurez-vous, c'est vertical.
06:23C'est-à-dire qu'il y a un maître et puis il y a un élève.
06:26C'est fini.
06:27La relation doit maintenant être horizontale
06:30et le maître a autant à apprendre de l'élève que l'élève du maître.
06:33On connaît cette phrase célèbre.
06:36Moyennant quoi, on a incité les maîtres à cesser,
06:40par exemple, de s'intéresser à la littérature classique
06:44et à s'intéresser à la littérature moderne,
06:47de façon à ce que ça dise quelque chose aux enfants.
06:50Alors, c'est une anecdote personnelle.
06:54J'étais au lycée de Corbeil-Essonne, un lycée qui était particulièrement dur, au Tartoré, etc.
07:00J'ai eu des élèves qui, l'année d'avant, avaient tué leur propre français.
07:05Ce n'est pas une métaphore, elle était morte.
07:08Voilà, elle s'était pendue.
07:10Et je me suis dit, mais pourquoi ?
07:12Elle nous faisait étudier des textes tirés de Libé, monsieur, sur la banlieue.
07:17Et on n'en avait rien à faire de la banlieue.
07:20Ils m'ont dit ça au moment où moi, je les faisais travailler sur Malarmé.
07:23Bien sûr.
07:26Qui vous est cher, je le disais.
07:28Oui, bien sûr, bien sûr.
07:29Et on dit, mais on ne vient pas ici pour apprendre comment on vit dans nos HLM pourris.
07:37On vient ici pour apprendre autre chose.
07:39On vient ici pour rêver.
07:40C'était eux qui étaient dans le bon sens, et c'était eux qui déviaient.
07:44Là, on était en 92, un truc comme ça.
07:48C'est terminé.
07:50C'est terminé.
07:51La génération Alpha, qui est devant les maîtres actuellement,
07:54est une génération qui est imbue d'elle-même,
07:57qui est d'une prétention absolue, et qui ne sait absolument rien.
08:00Donc, ils seraient ravis d'avoir des textes de Libé à...
08:02Ah, ça, tout à fait.
08:03D'ailleurs, ils seraient ravis.
08:04Ils pensent qu'ils pourraient les écrire.
08:06Ah oui, d'accord.
08:07Carrément.
08:08D'ailleurs, vu le niveau de certains stagiaires dans un certain nombre de rédactions...
08:12C'est important ce que vous dites.
08:13Non seulement il y a de l'ignorance, mais il y a de l'arrogance.
08:15Et plus il y a d'ignorance...
08:17Ça va de pair.
08:18Je me rappelle une métaphore que j'utilisais en classe.
08:22J'avais des grands tableaux blancs, vous savez, je faisais un point.
08:25Je disais, ça, c'est ce que vous savez.
08:28Puis je faisais un gigantesque cercle.
08:29Je dis, ça, c'est ce que je sais.
08:31Le reste, c'est ce que nous ignorons.
08:33Et vous concevez bien que votre contact avec l'ignorance est très faible.
08:40Donc, vous avez l'impression de tout savoir.
08:42Moi, mon contact avec l'ignorance est gigantesque.
08:45Total.
08:45Donc, j'ai l'impression de ne rien savoir.
08:47De devoir apprendre constamment.
08:50Ah oui.
08:51C'est fini, ça.
08:52Vous posez des jalons tout à fait paradoxaux.
08:53C'est fini.
08:54C'est-à-dire qu'on les conforte dans l'idée qu'ils savent.
08:59Qu'ils savent déjà, qu'ils naissent sachants.
09:01Qu'ils naissent sachants.
09:03Vous vous rappelez que les parents, d'ailleurs, auront une part de responsabilité lorsqu'ils affirment que leurs enfants sont
09:10des HPI, etc.
09:13Alors, on va être clair, Pierre-Éric Colgas.
09:18Des élèves géniaux, en 45 ans, j'en ai rencontré deux.
09:23Mais vraiment très bons.
09:25Vraiment remarquables.
09:25Et c'était confirmé par la suite de leur parcours.
09:27Ils ont l'un et l'autre réussi Polytechnique à 16 ans.
09:32En effet.
09:32Bon, après, on est perdu.
09:36Deux.
09:37En revanche, des petits prétentieux à l'appel, et surtout, au fur et à mesure que le temps passait, de
09:45plus en plus à l'appel.
09:47Alors, j'ai enseigné les dix dernières années en classe préparatoire.
09:50Théoriquement, c'est la crème de la crème.
09:53Mais je me rappelle, la première disserte que j'ai corrigée, il y en avait un qui avait écrit «
09:56il les plante », avec un S à « plante », puisqu'il y avait « les » devant.
10:00Et oui, c'est logique.
10:02En hypocagne.
10:02Le pluriel.
10:03Vous voyez ?
10:04Oh la vache.
10:05Et parlant de ça à un inspecteur, un jour, il m'a dit « mais c'est pas grave ».
10:08Ça veut dire qu'il a eu le sens du pluriel.
10:11D'accord.
10:12Voilà.
10:12Et pourquoi est-ce que je n'ai pas pendu cet inspecteur séance tenante ?
10:17Je me le demande encore, mais c'est tout ce qu'il méritait.
10:21Toute l'éducation nationale est infiltrée d'incapables, d'ignorants et de prétentieux.
10:29Bon, nous sommes sur le bon ton, Jean-Paul Brigheli.
10:31Je reçois Jean-Paul Brigheli, qui fut l'auteur de La Fabrique du Crétin.
10:35Il a écrit depuis d'autres livres et il a pris d'autres positions, notamment à Causeur, qui est la
10:40publication dirigée par Elisabeth Lémy, que nous entendons très souvent dans la matinale.
10:44Appelez-nous au 0826-300-300.
10:46Vous voyez le ton qui a été donné par Jean-Paul Brigheli.
10:49Ce n'est pas un homme rassuré, ce n'est pas quelqu'un qui va nous rassurer.
10:52Peut-être nous donnera-t-il quelques clés, s'il reste encore un sursaut, pour sauver cette école de la
10:58République sur laquelle la France n'est rien et à laquelle elle doit tout.
11:01Appelez-nous donc au 0826-300-300.
11:03Vous êtes certainement ancien enseignant ou enseignant en activité.
11:06Vous êtes professeur des écoles, vous êtes ancien instituteur du temps des Hussards Noirs.
11:10En tout cas, vous avez un mot à dire parce que vous avez des enfants ou de la famille qui
11:13sont concernés.
11:14On attend votre appel et votre avis et Jean-Paul Brigheli vous répondra avec ces mots, sans prendre, j'allais
11:19dire, la moindre prudence ni la moindre mesure.
11:22Il a des choses à dire et il a envie de les dire aujourd'hui sur nous.
11:24A tout de suite sur Sud Radio.
11:27Midi 14h, Sud Radio, la France dans tous ses états, Péricault-Légas.
11:32Je reçois Jean-Paul Brigheli avec lequel nous faisons un tableau apocalyptique puisqu'il avait dit dans son livre
11:38La Fabrique du Crétin vers l'apocalypse scolaire, selon lui, nous y sommes et on n'a pas forcément besoin
11:44d'eux pour savoir que nous y sommes
11:45sauf qu'il nous donne aujourd'hui des détails et des éléments qui sont totalement, totalement terrifiants.
11:51Il a une compagne qui est également enseignante qui, elle, est encore sur le terrain.
11:54Jean-Paul Brigheli a pris sa retraite et qui confirme.
11:56Et Jean-Paul Brigheli, ce qui vous fait le plus mal, c'est non seulement la désagrégation de cette merveilleuse
12:01machine
12:02qui était l'école de la République, la lâcheté de la classe politique, l'influence d'idéologies nocives.
12:08Et là, vous dites, on est en train de payer l'effondrement du niveau culturel scolaire.
12:12C'est-à-dire que même les enseignants, les élèves sont nuls,
12:14mais les enseignants qui sortent de cette formation des IUFM des années 90
12:19sont aujourd'hui le fruit de cette dérive.
12:22Et c'est la qualité de l'enseignement lui-même qui devient catastrophique.
12:25On leur a fait croire qu'en n'ayant appris, soi-disant, à enseigner,
12:31cela pouvait combler tous les trous qu'ils avaient au niveau culturel.
12:35C'est ça.
12:35Aller sur les sites style néoprof, etc., de profs nouvellement nommés,
12:42et ils se targuent fort d'avoir des ignorances absolues.
12:46Ils n'ont jamais lu ni Balzac, ni Zola, ni personne d'ailleurs.
12:51Ils sont incultes, donc.
12:52Ils sont incultes, et en un sens, c'est l'idée, vous savez,
12:56de la même façon qu'il y a eu un imbécile en 1793
12:59qui avait dit que la République n'a pas besoin de savants,
13:03ça avait amené Lavoisier à l'échafaud,
13:06là, actuellement, c'est que l'enseignement n'a pas besoin de sachants.
13:10Eh bien, c'est un tort parce que, je vous le dis,
13:14ces 45 ans d'expérience, on fait cours avec du savoir.
13:18Et ce que les élèves ou étudiants viennent chercher,
13:21c'est du savoir, pas du blablabla sur les derniers développements
13:28et savoir qui d'Israël ou du Hamas a raison.
13:32Ce qui est devenu l'université.
13:35Voir les développements à Sciences Po, à Lyon et ailleurs.
13:39C'est-à-dire que vous dites, non seulement il y a un fondement du niveau culturel et même éducatif,
13:43mais en plus, du coup, cet affaiblissement permet à d'autres éléments idéologiques ou doctrinaires
13:48de rentrer dans le milieu d'écoles, dans le milieu du savoir.
13:51Bien sûr, parce que, tout à fait au départ, il faut revenir au début de la République,
13:57l'école laïque, Jules Ferry, se construit contre l'école confessionnelle.
14:021880, par là, à peu près, oui.
14:03Donc, qu'est-ce qu'on met à la place de la transcendance qui était offerte dans les écoles religieuses
14:09?
14:09On met la laïcité, on met la république.
14:13À l'époque, on prépare 14-18, voilà, on le sait.
14:17Oui, on est dans la revanche.
14:19Et actuellement, qu'est-ce qu'on met ? On ne met rien.
14:22On ne met rien.
14:23Vous comprenez bien que la pédagogie, en soi, ce n'est pas une transcendance.
14:27Non.
14:27Donc, ils vont aller chercher des transcendances ailleurs.
14:30Soit ils vont le chercher dans des fanatismes religieux, à droite, à gauche.
14:34Je rappelle que c'est un truc qui est absolument terrifiant.
14:37Les jeunes religieux sont beaucoup plus extrémistes que leurs aînés.
14:45On l'a vu.
14:46Et que leurs parents, d'ailleurs.
14:47On l'a vu.
14:48Je rappelle, c'est chez les jeunes qu'on rencontre un nombre sidérant,
14:52à 20 ou 25%, de platistes.
14:55Oui, de platistes.
14:56Persuadés que, puisqu'on voit la ligne d'horizon plate, c'est que la Terre est plate.
15:01Voilà.
15:03Ça fait du monde, 25%.
15:04Plus ceux qui considèrent que leur religion et les textes de leur livre de référence
15:08passent avant les lois de la République.
15:10Et que, d'ailleurs, il y avait dedans toutes les réponses à toutes les questions.
15:15Puisque, de toute façon, ça a beau avoir une date de rédaction, c'est incré.
15:21Donc, c'est avant, pendant, après.
15:23Oui, donc c'est incré.
15:24Jean-Paul Brigheli, nous avons un appel de Bayonne.
15:27C'est Frédéric qui nous appelle de Bayonne.
15:29Bonjour, Frédéric.
15:30Oui, bonjour.
15:31Vous avez enseigné ou vous êtes touché par les questions scolaires ?
15:36Alors, effectivement, j'ai enseigné pendant 26 ans dans un lycée professionnel,
15:41donc les travaux paysagers, en fait.
15:43Oui.
15:44Je suis moi-même entrepreneur en travaux paysagers, et donc j'ai exercé cette double
15:52profession, on va dire, depuis ma création d'entreprise où mon ancien lycée m'avait
15:57demandé un petit peu au secours parce que j'avais passé un BTS de travaux paysagers.
16:03C'était à quel endroit ?
16:04Et c'était à Asparen ?
16:06Asparen, au Pays Basque, donc.
16:08Voilà.
16:08Et donc, en fait, c'est dans les années 90 que je suis rentré, au départ un petit
16:15peu pour prêter main-force un peu à des collègues sur l'enseignement des végétaux.
16:22Oui.
16:22Et après, on m'a demandé un petit peu de plus en plus de disponibilité, on va dire,
16:29et on m'a octroyé des heures supplémentaires.
16:33Donc, bon, j'étais un peu l'engrenage et je n'osais pas refuser, ça m'intéressait
16:39quand même, d'enseigner à des élèves de BEP, puisqu'à l'époque, c'était du BEP.
16:45Tout à fait.
16:45Et après, ils sont passés en bac pro, donc on a supprimé le BEP, là aussi, au niveau
16:51des institutions, des ministères qui changent.
16:55Oui.
16:56Donc, j'ai un peu assisté un petit peu à tout ce qui se dit, c'est-à-dire à
17:00chaque
17:01fois des référentiels qui changent au fil des ministères qui changent, des consignes
17:07différentes.
17:08Et effectivement, moi, j'avais le problème que je ne me sentais pas dans la pédagogie.
17:15Alors, c'est pour ça que je rejoins votre interlocuteur tout à l'heure.
17:18Jean-Paul Brielli.
17:20Voilà.
17:20Je me disais, bon, c'est vrai qu'on aurait pu m'apprendre à apprendre, donc moi, j'apprenais
17:27comme je savais.
17:28Je suis quand même quelqu'un de terrain à la base.
17:32Mais ça se passait très bien, bon, avec les problèmes aussi de l'éducation nationale.
17:41Là, on dépendait du ministère de l'Agriculture.
17:43Mais là, vous avez vu la dégradation concrètement.
17:46Vous l'avez vécue et subie ou non, cette régression ?
17:49Concrètement, voilà, concrètement, c'est que j'ai enseigné pendant 26 ans.
17:54Il y a eu des changements de direction et un directeur qui me faisait confiance, j'étais
17:59même à l'époque responsable de classe, etc.
18:04Avec quand même quelques tensions de mes collègues, vous voyez ça d'un mauvais
18:08parce que j'avais mon entreprise qui se disait que je vais leur prendre des responsabilités,
18:15donc de l'argent.
18:17Mais ce n'était pas mon intérêt à la base.
18:21Et donc, mon directeur me dit qu'il faudrait que tu te contractualises, parce que j'étais
18:28contractuel d'État à l'époque.
18:29Oui.
18:30Et donc, entre-temps, il y a eu des problèmes dans le lycée.
18:36Le directeur s'est fait un peu virer, on va dire.
18:39Oui.
18:42Et donc, il avait fait ma demande pour ma contractualisation.
18:45Oui.
18:45En tout cas, il y a eu une directrice qui a été mutée chez nous, qui n'avait pas forcément
18:50les compétences de la direction et qui, en gros, m'a mis des bâtons dans les roues.
18:55De quel genre ?
18:57De quel genre ? C'est-à-dire qu'une direction doit préparer le professeur à l'inspection.
19:05Donc, rien n'était préparé.
19:06On m'avait annoncé qu'il fallait faire les deux groupes comme d'habitude, des travaux pratiques.
19:10Mais sur le plan de l'enseignement, est-ce qu'il y a eu du changement sur la pédagogie
19:13que vous deviez appliquer ?
19:15Sur le plan de l'enseignement, non, on me laissait.
19:18Sauf qu'en cas de l'asset, vraiment, tout était vraiment...
19:23C'est là que le problème, donc le débat de ce jour, c'est-à-dire qu'on met des
19:33gens
19:33à la limite compétents qui savent travailler, mais on leur met de l'administration, c'est-à-dire
19:39vous avez plus de brouettes pour travailler, il faut faire des devis pour acheter des brouettes,
19:46vous devez acheter du gazor.
19:48En fait, vous n'avez pas les outils pour travailler, et on vous impose de demander des devis, d'étudier
19:56la question, et entre temps, les élèves n'ont pas le matériel.
20:01On a compris Frédéric, je vais faire réagir Jean-Paul Briegueli dans quelques instants,
20:04merci de nous avoir appelés, vous témoignez, vous avez exercé pendant 26 ans sur le terrain,
20:09et Jean-Paul Briegueli a évidemment un commentaire à faire sur ce qui vous est arrivé.
20:12Vous nous retrouvez dans quelques instants, appelez-nous au 0 826 300 300 comme Frédéric,
20:18d'où que vous soyez, et qui que vous soyez, parce que vous êtes concerné par cette question
20:22de l'école qui s'effondre, peut-être directement ou personnellement,
20:25et Jean-Paul Briegueli répondra à votre question au 0 826 300 300.
20:31Midi 14h, Sud Radio, la France dans tous ses états, Péricault et Gass.
20:37Je reçois Jean-Paul Briegueli pour un débat à la fois passionné et passionnant,
20:41ce n'est pas un débat, c'est un face-à-face, c'est un dialogue,
20:43l'auteur de La Fabrique du Crétin vers l'apocalypse scolaire.
20:47Le drame, c'est que 20 ans après, Jean-Paul Briegueli me dit
20:50« Mais c'est encore pire que ce que je craignais ! »
20:53et il est en train de nous décrypter pourquoi.
20:55Jean-Paul Briegueli, la situation, il s'agit bien de l'école de la République.
20:59Vous êtes en train de me dire que l'avenir de la France aujourd'hui
21:02et la société française sont menacés de décomposition.
21:06Mais Péricault, où voyez-vous la République actuellement ?
21:11Qu'est-ce qu'il reste de République actuellement ?
21:14Dans certaines incantations, des professions de foi,
21:17et un enfer paré de bonnes intentions.
21:20Quelques nostalgiques de l'air Seguin-Chevenement.
21:23Vous voyez, c'est fini la République, sous prétexte de démocratie,
21:28et démocratie est un terme qu'il faudrait utiliser d'une façon très suspicieuse, en quelque sorte.
21:35Oui, vous l'avez dit à bimé.
21:37Non, mais la démocratie, ça a été fait pour une cité, Athènes,
21:42où il y avait à peu près 3000 votants.
21:43Voilà, à cette échelle-là, ça fonctionne.
21:45Ça ne fonctionne pas pour une France de 70 millions de Français.
21:49Pour revenir à l'école, vous connaissez la phrase de Condorcet,
21:53le suffrage universel mis à disposition d'un peuple inculte
21:56peut conduire à la dictature des imbéciles.
21:58C'est à peu près ça.
21:59On y est ou non ?
22:00On y est.
22:01On y est tout à fait.
22:02Je rappelle quand même que c'est au plus haut niveau.
22:05Si je prends seulement les ministres de l'éducation,
22:08les ministres de l'éducation,
22:10sur les 10-15 dernières années,
22:12Bon, dictature des imbéciles.
22:15On a eu Najat Vallaud-Belkacem,
22:18on a eu Papendiaï,
22:20on a eu Mme Oudea Castera, etc.
22:23L'actuel est comment, là ?
22:25L'actuel, c'est un...
22:27M. Geoffrey.
22:29C'est un technocrate
22:31qui avait été mis là par Blanquer, etc.
22:35et qui confond l'obéissance technocratique
22:38avec l'innovation.
22:40Il n'est pas le seul.
22:41Bien sûr qu'il n'est pas le seul.
22:42Il n'est pas le seul.
22:43Je parle de ministre en général.
22:45Il est sans intérêt,
22:48il parle en phrase creuse,
22:49il n'a aucun pouvoir.
22:51Le vrai pouvoir, ce serait de dire au prof,
22:54bon, je vous augmente de 40%.
22:55Il faut remonter à quand, Jean-Paul de Brielli,
22:57pour trouver un bon ministre de l'éducation nationale ?
22:59Alors, de mémoire d'homme et de mémoire de Brielli.
23:03Darkos avait un petit peu essayé,
23:05il est parti au bout d'un an.
23:06Même Jean-Léchelle Blanquer sur le primaire
23:08a fait quelques avancées.
23:09Voilà, Blanquer a fait quelques avancées.
23:13Bayrou, certainement, avait essayé de faire quelque chose,
23:16mais le côté co-gestion avec le SNES
23:19a limité un petit peu son action.
23:23Non, c'est un ministère dont personne ne veut.
23:25C'est le plus gros budget de l'État,
23:27mais personne n'en veut.
23:28Donc le mammouth de Claude Allègre est une réalité.
23:31Il faut dégraisser le mammouth, c'est une réalité.
23:33Il faut absolument...
23:35Là, ce n'est pas seulement dégraisser.
23:36Il faudrait que ce ne soit plus un ministère.
23:38Il faudrait que ce soit confié à un certain nombre de professionnels
23:40qui s'en occuperait au long terme.
23:43Je me rappelle Darkos me disant,
23:45quand on fait une réforme dans l'éducation,
23:47on voit les effets au bout de 15 ans.
23:49Et 15 ans, ce n'est pas le temps des politiques.
23:52Les politiques veulent des résultats à 3 mois, en quelque sorte.
23:56Alors, je vais vous rassurer, Jean-Paul Brigheli,
23:57parce que nous avons des statistiques
23:59disant que les Français vont confier leurs enfants
24:03non plus au public dont vous êtes en train de nous expliquer
24:05qu'il est en train de crever et de nous tuer,
24:08mais à l'école privée, à l'enseignement privé,
24:10où les choses se passeraient beaucoup mieux.
24:12Ça vous rassure ou pas du tout ?
24:13C'est un peu incantatoire parce qu'il y a du très mauvais public,
24:18mais il y a quand même du bon public.
24:20Et il y a du bon privé, mais il y a quand même du très mauvais privé.
24:25C'est-à-dire que ce n'est pas la ligne de fracture,
24:27ce n'est pas privé ou public,
24:29c'est, dis-moi comment tu enseignes,
24:31dis-moi ce que tu enseignes,
24:33et je te dirai ce que tu vaux.
24:35Sauf qu'on peut considérer que le privé a peut-être résisté
24:37un petit peu plus au nom des valeurs
24:39qui sont les vôtres sur l'éducation nationale.
24:41Pas tant que ça, parce qu'ils appliquent les programmes.
24:43Ah, mais ensuite, mais pendant...
24:44Tout le privé qui est sous contrat applique les programmes.
24:48Jean-Paul Brigheli, il y a un déferlement d'appel.
24:50Je ne sais pas si vous avez suscité de la colère
24:52ou au contraire vous rassurez
24:53ceux qui avaient un doute sur l'avenir de l'école.
24:55Nous sommes en ligne avec Laetitia,
24:56qui nous appelle de Compiègne.
24:58Bonjour, Laetitia.
24:59Bonjour.
25:00Donc, oui, je vous appelle de Compiègne.
25:04J'enseigne dans un établissement privé sous contrat.
25:08Oui.
25:09Et je fais le même constat que M. Brigheli.
25:13Ouf, j'allais me dire que vous alliez l'engueuler.
25:19Non, parce que c'est ce qu'il vient de dire.
25:21En fait, nous respectons les programmes
25:24et forcément, nous respectons aussi tout ce qui nous vient du ministère.
25:31Et il y a quand même une baisse du niveau.
25:35Et nos élèves, on a de plus en plus d'élèves, par exemple,
25:40qui ont...
25:41Tout à l'heure, ils parlaient des HPI, des 10.
25:45Voilà.
25:46Vous êtes en poste depuis combien de temps, Laetitia ?
25:49Une quinzaine d'années.
25:51Donc, vous avez senti l'effondrement de façon très concrète ou non ?
25:54Vous l'avez vécu ?
25:55Oui.
25:56Oui.
25:56Moi, je le ressens d'année en année même.
26:00D'année en année ?
26:01D'une année sur l'autre ?
26:02D'y entre.
26:02Et en fait, j'ai eu la chance.
26:05Je suis quand même...
26:07Je suis née en 70.
26:09Donc, j'ai eu la chance d'avoir...
26:10Près bon minésime.
26:12D'avoir une formation, je dirais, correcte.
26:15Et d'avoir d'excellents professeurs au lycée et à l'université.
26:21Mais...
26:22Votre premier poste ?
26:23Vous vous souvenez de votre premier poste ?
26:24Mon premier poste, c'était dans le privé.
26:28Oui.
26:28En enseignement général, oui.
26:30Oui, en lettres.
26:33Mais bon, voilà.
26:35Et je constate effectivement en 15 ans que là, il y a une chute.
26:41Vous avez une explication ?
26:42Vous avez une explication ?
26:43Vous avez une explication personnelle ?
26:45Les injonctions permanentes sur, justement, le fait de ne plus transmettre.
26:52Moi, j'ai fait ma formation pour le concours TAR.
26:59Et j'ai entendu clairement...
27:01On nous a dit, l'essentiel, ce n'est pas de transmettre des connaissances.
27:06Vous êtes là pour faire des activités avec vos élèves qui co-construisent le cours avec vous.
27:13Eh bien, Jean-Paul Brielli, c'est pas que ça vous rassure.
27:16Voyez, à Compiègne, Laetitia vous confirme qu'elle a vécu cette situation aussi.
27:20C'est général ou non ?
27:21C'est général.
27:22Ce qui fait général, ce sont des consignes générales.
27:26Il faut bien imaginer que ce que j'appelais la technostructure a envahi tout le domaine décisionnel
27:33et ce que l'on impose aux enseignants qui, malheureusement, quand ils ne sont pas bons,
27:41bondissent là-dessus en se disant, finalement, j'ai qu'à mettre les tables par carré
27:45et puis passer d'un groupe à l'autre
27:47et puis les sortir une fois de temps en temps, etc.
27:50Vous savez, la sortie scolaire est devenue un must, là, actuellement.
27:54Ça permet de ne pas être vraiment devant les élèves.
27:57La relation face-à-face est terminée.
28:01Elle est d'ailleurs au nid.
28:02Faites-vous inspecter sérieusement en faisant un cours classique
28:07et vous allez vous faire assommer par un inspecteur qui vous dira que c'est trop vertical.
28:11Mais qui sont, pour utiliser une expression chère à mon ami André Bercoff,
28:14qui sont les rachitiques du bulbe
28:16qui ont pu ainsi, j'allais dire, massacrer l'éducation nationale.
28:20C'est des directives politiques, c'est des programmes qui ont été conçus par des spécialistes.
28:24Oui, mais ils se sont cooptés les uns les autres.
28:26Vous savez, il y a un truc assez curieux,
28:28c'est que parmi les tenants de l'enseignement républicain,
28:33les tenants de l'élitisme républicain,
28:35il y a dedans des gens tout à fait remarquables
28:38qui se tirent dessus en permanence
28:40parce que justement, ils mettent en jeu des différences minimes.
28:45De l'autre côté, il y a une bande de minables extraordinaire
28:48qui se coopte et qui s'épole sérieusement
28:52parce qu'ils savent qu'ils ne sont pas bons.
28:54Mais en gros, ils ont un effet de meute, en quelque sorte.
28:57Et il y a quelques inspecteurs qui sont tout à fait décents.
29:03On en a connu, vous et moi.
29:05Mais ce qu'il faut voir, c'est...
29:08Je me rappelle un enseignant, il n'y a pas très longtemps,
29:10qui était inspecté dans l'Académie de Versailles.
29:15Et son cours se passe très bien.
29:17Et l'inspecteur lui dit, ça ne va pas, ça ne va pas du tout.
29:21Parce que les élèves se taisaient.
29:23Il faut qu'il y ait dans la classe un perpétuel papotis.
29:29Le papotis, c'est l'enfant adultérin du papotage et du gribouis.
29:35Ça, c'est un inspecteur qui préconisait ça.
29:37Il faut que ça bourdonne
29:40parce que le bourdonnement est créatif.
29:44Non, le bourdonnement empêche
29:45de se concentrer sur ce que l'on voudrait écouter.
29:51Et je le dis à tous les parents
29:53Je prenais deux points de colle quand je bourdonnais.
29:56Ce soir, quand vos enfants rentreront de l'école,
29:59demandez-leur
29:59qu'as-tu appris à l'école aujourd'hui ?
30:02Et vous verrez les réponses.
30:04Et neuf fois sur dix,
30:06Bosse vous regarde et le grandit en disant
30:08rien, rien.
30:09Et ils ne savent pas non plus ce qu'ils ont eu dans leur assiette.
30:11Ils ont dit que c'était mouet blanc,
30:12donc ils ne savent pas si c'est du veau ou du poisson.
30:14Donc, on est bien d'accord.
30:16Laetitia, vous voyez qu'il ne va pas vous rassurer.
30:19Je confirme.
30:21Mais il y a aussi l'enseignement du latin, par exemple,
30:25qui est largement en perte de vitesse
30:26et qui va dans le sens de l'abaissement du niveau.
30:31Vous êtes suicidaire, Laetitia,
30:33de nous parler de l'enseignement du latin aujourd'hui.
30:36Mais c'est un vrai sujet.
30:37Non, non, mais bravo.
30:37C'est vrai.
30:38Ce sont des ordres qui ont été donnés
30:41à l'époque de Valo Alcacem.
30:43C'est-à-dire qu'il ne fallait pas...
30:45Par exemple, on ne peut plus faire...
30:47En classe, j'ai fait du latin et du grec quand j'étais élève.
30:51On ne peut plus faire les deux.
30:53C'est l'un ou l'autre.
30:54Et encore, ce n'est même plus du latin,
30:56c'est de la civilisation.
31:00Et là-dedans, si vous voulez,
31:02la maîtrise des déclinaisons,
31:05elle passe à l'as, véritablement.
31:08Alors, on le raconte, Spartacus,
31:10on l'a en l'argent à travers,
31:11parce qu'il y a une série télévisée
31:13qui portera dessus.
31:14Mais savoir véritablement
31:16pourquoi le verbe se met à la fin
31:18dans la phrase latine,
31:19ça, dans un autre rêve.
31:22Eh bien, écoutez, on peut toujours rêver.
31:24Laetitia, vous continuez à exercer
31:26quand même avec conviction ?
31:28Oui, oui, oui.
31:29Et puis, je suis là pour mes élèves,
31:31pour justement transmettre des connaissances.
31:35Et voilà.
31:35Vous enseignez à Compiègne ?
31:39Oui.
31:40Bon, eh bien, on saura
31:41qu'il y a encore un établissement
31:42en République française
31:42qui garde des valeurs des déclinaisons.
31:44Merci pour vos témoignages, Laetitia.
31:45Merci infiniment.
31:46Merci beaucoup.
31:47Jean-Paul Brigalli,
31:49je pense que vous avez quand même
31:50des enseignants, des anciens collègues
31:51qui viennent vous voir en disant
31:52qu'est-ce qu'il faut faire ?
31:54Qu'est-ce qu'on devient ?
31:54Le problème, c'est que mes anciens collègues,
31:569 fois sur 10,
31:57sont à la retraite également.
32:00Et ils se sont reconvertis
32:02dans l'horticulture
32:04parce que la pédagogie
32:07leur sort par les yeux.
32:08Vériment, ce qu'on leur a fait faire
32:11ces 20, 30 dernières années,
32:14c'est terrifiant.
32:15C'était de l'ordre du harakiri
32:16permanent, en quelque sorte.
32:18C'est-à-dire qu'on a été recruté
32:21dans des concours qui ne sont pas
32:22forcément faciles
32:23en fonction de connaissances précises.
32:26Vous savez, se taper un programme
32:28d'agrégation,
32:29ce n'est pas absolument évident.
32:30Bon, et à l'arrivée,
32:33on leur dit,
32:33mais surtout,
32:34oubliez tout ce que vous avez appris,
32:37allez vers les élèves,
32:38écoutez-les.
32:39Il y a eu un...
32:40Alors, ça date d'il y a très longtemps,
32:42c'était sous De Gaulle
32:43qu'une commission a décidé
32:46que c'était la langue de la rue
32:48qu'il fallait apprendre aux élèves
32:49et non plus la langue
32:50des grands écrivains.
32:52Jean-Paul Brigheli,
32:53nous sommes en ligne avec Eva.
32:54Eva, je vous prends
32:55dans quelques instants
32:57le temps d'une pause.
32:58Appelez-nous au 0826 300 300
33:00comme on fait Eva, Laetitia et Frédéric.
33:03Jean-Paul Brigheli est là.
33:05Je ne vais pas dire
33:05qu'il est chaud bouillant,
33:06mais il est quand même remonté
33:08comme une mécanique
33:09contre ce qu'on est en train
33:10de faire de l'école sacrée,
33:11l'école de la République.
33:12Apportez-nous votre témoignage
33:13et votre humeur.
33:15Ici, c'est le Parlons Vrai
33:16et on accepte
33:17toutes les considérations.
33:18A tout de suite.
33:25Je reçois Jean-Paul Brigheli
33:28qui est aujourd'hui
33:29dans le chagrin
33:31et en même temps
33:31la combativité,
33:32témoin exceptionnel
33:34de la dégradation
33:36de l'effondrement
33:37de notre éducation nationale,
33:39auteur de La Fabrique du Crétin
33:41vers l'apocalypse scolaire.
33:43Jean-Paul Brigheli,
33:44je ne vais pas vous laisser repartir
33:45sans un mot d'espoir.
33:47Je sais que vous n'allez pas
33:48me le trouver
33:49pourtant je m'adresse,
33:50on s'adresse aux parents
33:51qui sont là avec des enfants,
33:52vous nous inquiétez.
33:54Ils le constatent,
33:55ils n'ont pas besoin de vous
33:55pour savoir qu'il y a
33:56un effondrement du niveau
33:57par rapport à ce qu'ils ont connu.
33:58Les grands-parents,
33:59je ne vous raconte pas
33:59ce qu'ils disent
34:00du niveau des petits-enfants.
34:02Est-ce qu'il y a quand même,
34:03sans dire que ça va tout de suite
34:04s'arranger,
34:05quelles sont les voies
34:06et les pistes
34:07qu'un gouvernement responsable,
34:08avec une vraie prise de conscience,
34:10parce que vous avez rencontré...
34:12On est dans la fiction là,
34:13Péricault.
34:13Non, est-ce que...
34:14Le gouvernement responsable...
34:15Oui, est-ce que si des citoyens français
34:19mettent au sommet de la République
34:21des gens qui veulent s'en sortir,
34:23quelles seraient les pistes immédiates
34:25que vous vous préciez ?
34:26Imaginez qu'on vous donne tout de suite
34:27le ministère de l'éducation nationale
34:28avec les pleins pouvoirs
34:29pendant trois ans.
34:30On vous fout la paix.
34:32Quelle est la première mesure
34:33que vous prendriez
34:34pour essayer d'inverser le cauchemar ?
34:36Je vais me faire des amis là.
34:38La fin de la liberté pédagogique.
34:41C'est-à-dire que sous prétexte
34:42de liberté pédagogique,
34:43vous avez un nombre incroyable
34:44d'enseignants
34:45qui font tout et n'importe quoi.
34:47Il faut refaire des programmes,
34:49des programmes extrêmement exigeants,
34:51des programmes par exemple
34:52chronologiques en histoire.
34:54Il faut apprendre l'histoire,
34:55véritablement savoir
34:56d'où l'on vient,
34:57où l'on va.
34:58Luc Ferry était directeur des programmes.
35:00Oui, mais il faut voir,
35:03il y a eu des gens remarquables
35:04comme directeurs des programmes,
35:05qui ont été mises
35:07complètement à l'écart.
35:08Et il faut absolument
35:12refaire les programmes,
35:13dire aux enseignants
35:14dorénavant,
35:15vous apprendrez ça
35:16aux élèves.
35:17Donc directives strictes.
35:19Et vous l'apprendrez comme ça.
35:20Voilà.
35:21C'est-à-dire que
35:22on arrête de divaguer
35:25sur l'apprentissage
35:26et la division
35:28comme une suite
35:29de soustraction infinie,
35:30etc.
35:31On apprend les quatre opérations
35:32de base au CP,
35:34on les apprend par cœur.
35:35par cœur.
35:36Le par cœur
35:36est absolument essentiel.
35:38Et si vous croyez
35:40que ça entame
35:41votre être profond,
35:44c'est une idée
35:45absolument bizarre.
35:46Je rappelle une chose,
35:47simplement,
35:48c'est que
35:48les gosses sont
35:50férus
35:50de classement sportif.
35:52Oui.
35:52Ils adorent la compétition.
35:54Et les nôtres aussi, alors.
35:55Mais, en classe,
35:57il est interdit
35:58de les mettre
35:58en compétition.
35:59Il faut refaire
36:01de la compétition.
36:02Imaginez
36:03des passerelles
36:04pour les passer
36:05d'un niveau
36:06à un autre,
36:07par matière,
36:08peut-être.
36:09Refaire complètement
36:11le système.
36:13Arrêter
36:14de recruter
36:15des gens
36:15pour faire plaisir
36:16aux syndicats
36:17qui voient uniquement
36:18des billets
36:20d'adhésion
36:20en plus.
36:21Il faut recruter
36:22des gens
36:23bien formés.
36:24L'ancien recteur
36:24de Paris,
36:25Christophe Guerrero,
36:26a mis sur pied
36:27des formations
36:28sur le modèle
36:29des classes précaires.
36:30Qui est venu ici
36:31nous a dit ça.
36:31Eva, vous nous appelez
36:33de Béziers.
36:33Eva, dites-nous
36:34ce que vous ressentez
36:35quand vous écoutez
36:36Jean-Paul Brielli.
36:37Alors, je suis
36:39entièrement
36:39d'accord avec lui
36:41et je ne comprends pas
36:45qu'on ne vous ait pas
36:46pris
36:48au ministère
36:49de l'Éducation.
36:50Il a été consulté
36:52par des hommes d'État.
36:55Il a raison
36:56quand il dit
36:56que le programme
36:58n'est pas là
36:59pour 5 ans
36:59parce que vous avez
37:00un Uberlue
37:01qui arrive
37:01et qui va changer
37:03d'idée.
37:04Moi, j'ai l'impression
37:06que l'éducation
37:07qu'on donne
37:08à nos enfants
37:08puisque mon fils
37:09avait 7 ans
37:10et je l'ai suivi
37:12de sa première année
37:13de maternelle
37:14à 2 ans
37:15et j'étais parent d'élève
37:17jusqu'au lycée
37:18et j'ai vu
37:19une évolution
37:21catastrophique.
37:22Une régression.
37:23Donc, une régression.
37:24Ah oui.
37:25Alors, notamment
37:26du côté des profs
37:28submergés
37:29pour des raisons
37:31qu'on peut comprendre,
37:33les parents,
37:34la société
37:35qui a changé,
37:36les valeurs
37:37qui ont changé,
37:38les enfants
37:40qu'on écoute
37:42et que les parents
37:43viennent embêter
37:44les instits
37:45ou les professeurs.
37:46Garde ça aussi.
37:48Et moi,
37:50j'ai vécu
37:50avec mon fils,
37:51j'ai toujours dit
37:52à mon fils
37:53parce que
37:54je suis de 65,
37:55j'ai eu la chance
37:57d'avoir
37:57des profs
37:59à l'ancienne
38:01et je peux vous dire,
38:02j'avais une prof
38:03de français
38:04en 5e,
38:054e,
38:06vous rentriez
38:08en classe,
38:08on entendait
38:09les mouches voler.
38:11Il y a longtemps.
38:12Vous rentriez.
38:13Oui.
38:13Il y a longtemps.
38:14Mais le plus cancre
38:16de la classe,
38:19vous aviez
38:20les manches retroussées,
38:22elle vous disait
38:23tu vas faire la vaisselle.
38:25Mais je peux vous dire
38:26que cette phrase,
38:27je l'ai répétée
38:28à mon fils.
38:30Alors,
38:31l'éducation
38:32qu'on a reçue,
38:33ce qu'on a retirée
38:34de l'école,
38:35de notre enseignement,
38:36et de certains profs,
38:37ça se transmet
38:38à nos enfants.
38:39Et j'ai toujours dit
38:40à mon gamin,
38:41je te préviens,
38:43si tu as une mauvaise note,
38:45c'est que tu l'as méritée
38:46parce que tu n'as pas travaillé.
38:48Par contre,
38:50si l'institut,
38:51le professeur
38:52se plaît
38:53de ta personne,
38:54je ne prends pas
38:55ta défense.
38:56J'irai voir le prof,
38:57on ira en discuter.
38:58Eh bien,
38:59c'est un témoignage
39:00assez rare et précieux.
39:01Évidemment,
39:02il va en sens que...
39:04Par contre,
39:05je suis allée au collège
39:07rencontrer
39:08un professeur de musique,
39:11une professeure,
39:12c'était son premier poste.
39:15Et mon fils était en cinquième,
39:18un gamin a fait rire toute la classe.
39:22donc,
39:22elle a mis
39:240
39:25pour
39:26prochain contrôle à venir.
39:28Ah,
39:28ainsi l'autorité.
39:29Merci Eva
39:29pour votre témoignage
39:31parce que le temps nous manque.
39:32Jean-Paul Brielli,
39:33on parle bien
39:34de méritocratie.
39:35C'est bien le fondement
39:36de l'école de la République,
39:37c'est la méritocratie
39:38et de la vie politique
39:40en général.
39:40Nous en parlons,
39:41mais l'institution
39:42a cessé d'en parler,
39:44c'est un très gros mot
39:45et pour avoir dit
39:47méritocratie,
39:47Péricle Le Gasse,
39:48vous êtes forcément fasciste.
39:49Ah,
39:50écoutez,
39:50il faut assumer quelquefois.
39:51Nous le sommes l'un et l'autre.
39:53Donc,
39:53il y a un certain nombre
39:54de fascistes dans ce pays
39:55puisque nous croyons beaucoup
39:56à la méritocratie.
39:57Surtout,
39:57nous constatons,
39:58Jean-Paul Brielli,
39:59depuis qu'elle n'est plus appliquée,
40:00ce pays va dans le mur
40:01à tous les niveaux,
40:02culturel,
40:03politique,
40:03social
40:03et bien sûr économique.
40:05Vous savez,
40:06quand on n'a plus les mots
40:07pour s'exprimer,
40:08on sort un couteau
40:09et on plante le copain
40:11comme on l'a su,
40:12on le voit tout le temps.
40:14C'est typique.
40:16Lorsqu'on n'a plus
40:16que l'injure à la bouche,
40:18lorsqu'on n'a plus
40:19que l'arme à la main,
40:21c'est qu'on n'a plus
40:23les mots pour ça.
40:24Vous voulez dire
40:24que l'apocalypse scolaire
40:26conduit à la guerre civile
40:27ou favorise la guerre civile ?
40:28Favorise la guerre civile
40:29et la guerre civile,
40:30on y va tout droit.
40:31On va quand même se battre,
40:33il reste encore des moyens
40:34de se battre.
40:34Vous êtes bien d'accord.
40:35Il y a encore des enseignants
40:36qui sont à votre côté ?
40:38Oui, il y a des enseignants
40:39qui partagent mes idées.
40:42Ils ne le disent pas
40:43tout haut souvent
40:44parce que le système
40:46est absolument étouffant.
40:47On pense à eux.
40:48Mais je leur dis quand même
40:49à tous,
40:50à tous,
40:51enseignants et non-enseignants,
40:53par les temps qui courent,
40:54il faut beaucoup lire
40:56et en même temps
40:57faire de la musculation
40:58et s'entraîner à la course
40:59parce qu'on va
41:01vers des temps troublés.
41:02Donc lecture et musculation,
41:04c'est-à-dire effort intellectuel
41:06et effort physique,
41:07une âme saine dans un corps sain.
41:08Par exemple ?
41:09Écoutez,
41:10c'est une bonne définition.
41:11On va conclure là-dessus.
41:11On aura l'occasion
41:12de se revoir,
41:12Jean-Paul Bigeli.
41:13Merci.
41:14Merci à vous.
41:14Merci d'être venu témoigner
41:16depuis Marseille.
41:17Et bon,
41:17j'aurais préféré
41:18que vous me disiez
41:19qu'il y ait une lueur d'espoir.
41:20On fera quand même en sorte
41:21qu'on puisse un jour l'espérer.
41:23Merci.
41:23Je vous dis à demain,
41:25de midi à 14h.
41:26Et je vous laisse
41:27avec Brigitte Laé
41:28qui va partager avec vous
41:29des considérations
41:30moins angoissantes
41:31que celles de Jean-Paul Bigeli.
41:32à bienvenue.
41:32Merci.
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