00:00Attendant, la bourse cash. Et voici Nourmendi Béreb. Bonjour.
00:04Bonjour Antoine.
00:05Directeur des investissements chez Ivesta Family Office.
00:09Vous êtes arrivé avec une forte conviction, on va dire. Est-ce que vous l'assumez, cette conviction ?
00:17Alors Antoine, j'estime et je l'assume.
00:20Claude AI d'Entropique n'a pas fini de bouleverser les marchés.
00:24Nous qui pensions qu'on allait avoir la paix au moins une semaine sur qui va se faire disrupter par
00:29Claude,
00:30etc. et qu'on allait revenir aux fondamentaux.
00:32Eh bien pas du tout. Vous, vous nous dites, ouais, c'est pas fini cette affaire.
00:36Et on peut craindre de nouveaux nettoyages de valorisation en fait.
00:40Exactement. On a un vrai changement de narratif qui est en train de toucher les marchés.
00:44La tech et l'IA globalement ces dernières années étaient positives.
00:49Il y avait des outcomes, des externalités positives pour l'ensemble des marchés, l'ensemble des secteurs,
00:54que ce soit au niveau microéconomique mais aussi au niveau macroéconomique.
00:56Sur l'année 2025, l'IA globalement, de par les investissements en infrastructures,
01:01a été un très gros contributeur à la croissance du PIB américain.
01:04Énorme.
01:05Plus de la moitié.
01:07Depuis quelques semaines, avec notamment les nouvelles innovations annoncées du côté de Claude,
01:12Cowork, Cobol, etc., on a un vrai changement de narratif.
01:16Quand on pensait hier, ça a touché d'abord le segment des softwares,
01:19quand on pensait hier que l'IA, Claude, allaient pouvoir permettre de booster les softwares,
01:24maintenant il y a un changement de narratif où le marché commence à intégrer le fait qu'il ne va
01:27pas simplement booster les softwares,
01:29mais complètement les remplacer.
01:31Et là, en termes de comportement des marchés et de valorisation de perspectives de croissance,
01:36c'est complètement différent.
01:37Ce n'est pas du tout la même histoire.
01:39Résultat des courses, depuis six mois, globalement, on a une vraie correction concentrée sur le segment des softwares,
01:46mais qui commence à se propager à d'autres segments.
01:48Et on voit que le marché commence à entrer dans une forme de zone de prudence,
01:54avec des rotations sectorielles qui commencent à s'implémenter.
01:56Le marché commence à finalement implémenter une forme de prudence au niveau de ce segment-là.
02:01Si on regarde plus précisément le segment des softwares,
02:04comme je l'ai dit, on a une correction de près de 30% sur l'indice S&P Software
02:08sur les six derniers mois,
02:09avec une grande dispersion, mais quand même quelques valeurs qui sont, à juste titre, sanctionnées,
02:16comme par exemple Duolingo, qui est une application pour...
02:20Ça, on va en reparler, c'est une histoire de fou furieux.
02:22C'est une histoire de fou, effectivement.
02:23Une correction de près de 80% depuis les plus hautes de 2025.
02:26La valeur était très chère, mais en réalité, quand on regarde un peu dans le détail,
02:31ça paraît assez logique, puisque finalement, les barrières à l'entrée sont relativement faibles.
02:35On voit l'émergence de nouveaux acteurs très performants, très digitalisés,
02:39beaucoup moins chers, comme English Mastery, par exemple, sur la formation en anglais,
02:43qui sont des vrais challengers pour Duolingo.
02:46Donc, une correction qui paraît justifiée.
02:48En revanche, il y a d'autres acteurs ?
02:50Juste une petite seconde.
02:51C'est vrai que Duolingo, on a été très impressionnés hier,
02:55et on a vu un tweet sur X, un post sur X, qui était très intéressant,
03:00sur la très forte baisse de Duolingo, qui perdait 20% après la publication de ses résultats,
03:06et quelqu'un qui a tweeté, et c'était assez amusant de tenez à regarder,
03:10Duolingo, qui a perdu 20% en after hours, tout simplement parce que tout le monde
03:15s'est rendu compte qu'avec une ligne de prompt, on faisait le même job.
03:19Mais globalement, là, on est justement en plein milieu des arbitrages autour de...
03:25Naturellement, il y a certains acteurs qui vont se faire totalement ravager
03:27par une ligne de prompt, c'est le cas de le dire.
03:31Complètement.
03:31Soit par une ligne de prompt, soit par des sociétés qui vont émerger,
03:34qui seront plus performantes, plus agiles, plus digitalisées,
03:39créées grâce à ces nouveaux outils, et donc avec des tarifications
03:42qui seront complètement différentes.
03:43Une vraie disruption, que ce soit tant via directement cloud,
03:46ou alors par des acteurs qui implémentent l'IA,
03:49et qui permettent de disrupter ces segments-là très efficacement.
03:52Mais c'est ce que j'allais vous dire, c'est peut-être ça qui est au centre
03:54de cette tornade de, finalement, on ne sait pas qui va créer
03:57ou qui va détruire de la valeur.
03:58Parce que Duolingo, ils auraient bien pu dire de manière tout à fait claire et rationnelle.
04:03Non mais attendez, Claude va servir de nous.
04:07Nous, on a tout.
04:08On a les datas, on a la base, etc.
04:11On est en amont, pas en aval.
04:14Et du coup, c'est aussi cette difficulté qu'ont les entreprises
04:17face à cette tornade de, de toute manière, vous allez être disruptés.
04:21Non, non, non, non, c'est nous les disrupteurs,
04:23et on se sert de nous, finalement, pour créer de la technologie.
04:25Donc on doit être intégré, finalement.
04:27Bien sûr, mais le sujet, c'est qu'ils perdent aussi
04:29une grosse forme de pricing power.
04:31C'est ça.
04:32Alors, aujourd'hui, tout est une question de prix.
04:35Une application comme Duolingo,
04:36qui a un pricing power relativement fort,
04:38historiquement, parce que leader sur le marché,
04:40se fait complètement disrupter,
04:41et on voit des solutions émerger très qualitatives
04:43et beaucoup moins onéreuses.
04:45Encore une fois, je vais citer English Mastery,
04:47mais qui est très intéressant sur le sujet,
04:48et qui est beaucoup moins cher que Duolingo.
04:51Donc ça touche des acteurs comme Duolingo,
04:53mais aussi d'autres acteurs comme Upspot ou Salesforce,
04:55qui sont, contrairement à Duolingo,
04:58des acteurs qui ont, en apparence, une maute,
05:02donc des barrières à l'entrée,
05:04beaucoup plus fortes,
05:05beaucoup plus infranchissables, en fait,
05:06mais qui sont tout aussi challengées par l'IA.
05:09Et là, ce n'est pas uniquement le fait de se dire
05:11que ces acteurs vont être complètement disruptés,
05:13mais c'est une question de pricing power
05:15et aussi une question de valorisation.
05:16Il ne faut pas oublier que ces valeurs-là
05:18se payaient extrêmement chères en bourse en 2025.
05:21En moyenne, le segment software se payait
05:23autour de 36 fois les bénéfices forward 12 mois.
05:27Avec la correction actuelle
05:28et le début de révision des croissances bénéficiaires,
05:31on a un repricing assez naturel.
05:33Donc le repricing, la correction qu'on voit,
05:36elle s'explique aussi par le fait
05:37qu'on était dans un contexte assez favorable
05:40et peut-être un peu trop optimiste
05:41sur le segment du software
05:43avec des valorisations qui étaient extrêmement généreuses
05:45pour ce segment-là.
05:47Écoutez, on va pouvoir anticiper peut-être
05:51de nouvelles disruptions.
05:54Encore une fois, on se disait
05:55« Oh là là, on va peut-être avoir la paix. »
05:56Non, c'était peut-être que la première manche,
05:59donc il va falloir faire attention.
06:00Et le marché commence à se préparer.
06:02On voit les taux américains
06:03qui commencent à baisser assez fortement.
06:06Le 10 ans US qui est passé sous les 4%.
06:07Pareil en Europe.
06:09Le 10 ans français qui passe sous les 3,25%.
06:11Donc est-ce que le marché commence à intégrer
06:13un ralentissement économique,
06:14peut-être moins d'inflation aussi
06:16et le marché commence finalement
06:17à avoir ce phénomène de « fly to quality ».
06:20En tout cas, on l'observe.
06:22Sur le marché du crédit,
06:23on voit un début de tension sur les spreads,
06:25sur le crédit corporate.
06:27Donc ça reste léger,
06:28mais on voit une inversion de la tendance
06:29qu'on avait ces 12 derniers mois
06:31qui était une compression des spreads
06:32un peu linéaire.
06:33Là, on voit un début d'inversion des spreads
06:35et surtout une rotation sectorielle
06:37assez forte vers les valeurs
06:39plutôt décorrélées
06:41ou en tout cas plutôt linéaires,
06:43moins cycliques,
06:43comme les utilities,
06:44comme les staples,
06:45qui sont les valeurs
06:47qui surperforment depuis le début de l'année.
06:49Donc une vraie rotation,
06:50un vrai changement de narratif
06:51dans les marchés
06:52qui est en très grande partie
06:54lié à la disruption liée à Claude.
06:56– Je n'ai plus rien à vous dire
06:58puisque je l'ai vous relancé en disant
07:00est-ce que le marché
07:00n'est pas en train de se mettre
07:01en mode défensif
07:02sans trop en avoir l'air ?
07:04Précisément,
07:04vous avez réuni tous les ingrédients.
07:06Un dernier mot,
07:07peut-être un petit sentiment
07:08autour des publications d'entreprises
07:10qui ont eu lieu en Europe
07:11et à Paris ces derniers jours.
07:13C'est vrai qu'on a un menu très disparate.
07:16On a quand même un fil conducteur
07:17qui est que,
07:19même si on ne s'attendait pas à des miracles,
07:21les prévisions de croissance
07:22ne sont quand même pas phénoménales
07:24pour le reste de l'année.
07:25Quel est votre sentiment là-dessus ?
07:28– Les publications ont été relativement bonnes
07:29et encore une fois,
07:30ce qu'on observe sur les marchés américains,
07:32on l'observe aussi au niveau européen
07:33et notamment sur le CAC 40.
07:35Parmi les top 5 du CAC,
07:36on a deux valeurs énergétiques,
07:39Total et Engie,
07:40et des valeurs qui sont liées à l'IA
07:42mais pas forcément du côté software,
07:44plutôt du côté hardware
07:45comme Schneider Electric par exemple.
07:47Donc on a une construction de marché,
07:50des performances de marché
07:51qui sont plutôt défensives effectivement
07:53et qui commencent à anticiper le scénario
07:55que vous évoquez
07:56avec une petite déception sur la croissance
07:58mais quand même des valorisations
07:59qui restent relativement généreuses.
08:01Le CAC se paye relativement cher aujourd'hui,
08:03on est au-dessus des 16 fois
08:04en termes de price earning forward 12 mois
08:07donc sur les bénéfices anticipés.
08:09C'est un plus haut historique,
08:11on est très largement au-dessus
08:12de la moyenne 10 ans,
08:14c'est un plus haut depuis 2020-2021
08:15donc le marché commence quand même
08:17à être relativement cher
08:18et on n'est pas à l'abri
08:20d'une correction en cas de ralentissement global
08:22qui serait l'idée comme souvent
08:23par un ralentissement du côté des Etats-Unis.
08:26Nour, Mandy Bered,
08:27directeur des investissements
08:28chez Ivesta Family Office.
08:30Merci infiniment d'avoir été avec nous
08:33et donc de nous livrer cette punchline
08:34qui n'a rien d'engageant
08:35et oui, Claude va continuer
08:36à nous disrupter à longueur de journée.
08:38Il va falloir s'y habituer.
08:40Merci.
08:40Merci.
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