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00:05Générique
00:1318h18 de retour dans Punchline sur CNews et sur Europe 1.
00:16On accueille Pierre Devilliers, général d'armée.
00:18Bonsoir à vous, merci d'être avec nous.
00:19Bonsoir madame.
00:20Pour le succès des armes de la France et votre livre aux éditions Fire.
00:23Il y a beaucoup de choses évidemment qu'on va évoquer avec vous ce soir,
00:26cette cinquième année de guerre pour l'Ukraine.
00:29Et puis la situation dans notre pays.
00:31On évoquait à l'instant les propos de certains élus de la France insoumise
00:35après la mort du jeune Quentin.
00:37Est-ce que vous êtes choqués, surpris, qu'une élue puisse dire
00:41qu'elle n'acceptera pas le verdict des urnes dans notre pays ?
00:45Oui, la fracture sociale, on en parle depuis longtemps.
00:48Les fractures, il y a eu l'archipel français il y a quelques années
00:51qui décrivait tout ça.
00:53Et ça s'accélère, bien sûr.
00:55Et je suis frappé par la radicalisation de notre société.
00:59On dit que les jeunes se radicalisent.
01:03Oui, mais la société se radicalise.
01:06Et évidemment la radicalisation se traduit par encore un peu plus de violence.
01:12Alors nous les militaires, on est des gens qui connaissons les dégâts de la violence,
01:19de la force non maîtrisée et de la guerre.
01:22Nous sommes des pacifiques.
01:23Donc moi j'appelle à la raison et à la paix dans notre société,
01:29à commencer par la paix des cœurs.
01:31Et la paix, le poisson pourrit par la tête.
01:33Donc il faut que la classe politique donne l'exemple d'être à la fois sereine,
01:39avec des convictions, mais capable de parler avec, comment dire, modération.
01:46Bien sûr, mais vous le savez parfaitement,
01:47la violence des mots entraîne la violence des actes.
01:50C'est consubstantiel, le général de Villiers.
01:53Oui, bien sûr. On le voit bien.
01:54Et lorsque les mots dérapent, ça se termine toujours mal.
01:59Alors cet épisode très malheureux de la mort de Quentin,
02:07c'est quand même un signe, un signaux faible, mais qui est très fort.
02:11Parce qu'au-delà de la détresse d'une famille,
02:16à laquelle je pense d'abord, parce que c'est dramatique,
02:20c'est un signe qu'on peut aller dans cette violence jusqu'à la mort,
02:24pour des convictions idéologiques.
02:28Ça peut être le début d'une forme de guerre civile.
02:33Alors moi, je sais ce que c'est que la guerre,
02:35donc j'appelle à la paix et au respect de la loi
02:41et au respect de l'autorité, à la discipline, à l'ordre.
02:45Dans mon livre, je parle de l'ordre,
02:47parce que nous sommes dans une situation extérieure très menaçante,
02:50très instable.
02:52Comment se défendre à l'extérieur
02:54lorsque l'on est fracturé à l'intérieur ?
02:57Sachant que les forts à l'extérieur
02:59s'attaqueront aux faibles à l'intérieur.
03:02– Juste une précision, vous en appelez à la paix des cœurs,
03:05mais là on parlait de la paix des urnes.
03:07Normalement, dans une démocratie,
03:09une fois qu'on a voté, c'est terminé.
03:10Là, Mme Pannot nous explique que non.
03:12Une fois qu'on a voté, s'ils perdent,
03:14eh bien ce sera remis en cause par la rue.
03:15Il n'y a pas d'autre conclusion pareille.
03:17Est-ce qu'on ne pensait pas qu'on a franchi un cap ?
03:18– Bien sûr, c'est très inquiétant.
03:20C'est très inquiétant.
03:21On voit bien les échéances que nous avons devant nous.
03:24On voit bien les différentes hypothèses électorales.
03:28Ça veut dire que si ça ne plaît pas à un certain nombre de gens,
03:32eh bien la manifestation ne sera pas pacifique,
03:34elle sera violente,
03:35ce sera de la protestation, de la contestation des urnes.
03:38C'est une forme de fin de la démocratie.
03:40Parce que la démocratie, c'est le pouvoir du peuple,
03:42par le peuple, au travers des élections.
03:45C'est une forme de totalitarisme.
03:47Donc je ne sais pas si ces personnes mesurent leurs propos,
03:51jusqu'où ils veulent aller.
03:53Mais s'ils mesurent leurs propos, c'est grave.
03:57Effectivement, c'est même très grave.
03:58– Ça veut dire qu'il y a un scénario,
04:00on peut envisager que l'armée, pour le coup,
04:04soit obligée d'intervenir ?
04:06Général Pierre de Villiers ?
04:07– L'armée n'est pas faite pour intervenir sur le territoire national.
04:09Les choses sont bien prévues.
04:12Ce sont les forces de sécurité intérieure,
04:14notamment la police et la gendarmerie,
04:16qui interviennent et qui maintiennent l'ordre.
04:18Dans mon livre, je parle de cette situation
04:21parce qu'il faut penser l'impensable aujourd'hui,
04:24compte tenu du caractère extrêmement explosif de notre société
04:29et du monde très instable à l'extérieur.
04:32Et j'explique que le maintien de l'ordre,
04:35à un moment ou à un autre, devient de l'action de guerre.
04:38Et à ce moment-là, il y a un passage en compte
04:41de la situation entre l'effort de sécurité intérieure et l'armée.
04:45Ça se passe comme ça dans tous les pays
04:46et ces situations, ces scénarios doivent être étudiés,
04:51évidemment, anticipés.
04:52Ça ne veut pas dire qu'on va le faire.
04:54Ce n'est pas le métier des armées françaises
04:56d'intervenir sur le sol national.
04:58Parce qu'à ce moment-là, c'est de la guerre civile.
05:00– Évidemment. Il y a aussi la question de ces groupuscules violents,
05:03que ce soit à l'ultra-gauche, que ce soit à l'ultra-droite.
05:06Il y a eu une réunion à l'Élysée autour d'Emmanuel Macron.
05:10Certains mouvements vont être dissous.
05:12Est-ce qu'il y a une résurgence, selon vous,
05:14de ces groupuscules entraînées
05:17qui s'en prennent aux autres en meute,
05:19comme toujours, dans notre pays ?
05:21Est-ce que là encore, c'est un manque d'autorité
05:24qui suscite cela ?
05:26– Je pense très sincèrement, je pense que notre société
05:29s'est amoulie par la paix.
05:31Et nous avons oublié que quand on commence à être trop démagogique,
05:38trop faible, eh bien, on génère cette soif de radicalité.
05:44La jeunesse a toujours eu soif de radicalité.
05:47Il faut lui donner à boire des tripes du cœur,
05:50des convictions et non pas des idéologies.
05:52Sinon, elle part dans ses idéologies.
05:55Je l'ai toujours pensé.
05:56On donne à boire beaucoup trop d'intelligence,
05:59de normes, de processus, de lois,
06:01de techniques, de finances, de bien-être,
06:03de 35 heures, mais pas assez de cœur,
06:05de tripes, de gloire, d'honneur, de patrie.
06:07C'est ça qu'ils attendent, les jeunes.
06:09Sinon, ils vont partir dans des directions radicales
06:12et qui sont opposées à ce que l'on cherche.
06:15– Naïmaïm Fadel, je pense que ça résonne à vos oreilles.
06:17– Oui, ça résonne.
06:18Et justement, j'avais une question à vous poser générale,
06:20c'est que, est-ce que vous pensez que, justement,
06:23l'erreur qui a été faite, c'est de supprimer le service militaire
06:26qui pouvait canaliser cette radicalité en premier
06:31et aussi permettre de faire unité de la nation ?
06:33Vous parlez beaucoup dans votre livre,
06:36et j'ai beaucoup aimé ce passage, de réarmement.
06:38Et moi, je le vois aussi dans le fait d'avoir cet objectif
06:42d'unité de la nation et de l'appartenance commune,
06:45quelles que soient nos origines,
06:46et de la citoyenneté et de la patrie.
06:48– Oui, moi, si vous voulez, c'est mon objectif,
06:51c'est l'unité nationale.
06:52Parce que j'ai été formé par mes 43 années dans l'armée.
06:57Dans l'armée, on prend tous ceux qui arrivent
06:59et on en fait des jeunes unis au service d'une mission,
07:02la protection de la France et des Français.
07:04Et la France est au-dessus de nous.
07:06La France n'est pas un marche-pied pour pouvoir avancer notre égo.
07:10Non, la France est au-dessus de nous.
07:12Ces jeunes, on arrive à les mettre ensemble dans leur diversité.
07:14C'est ça qui m'intéresse.
07:16Mon livre de Chez, c'est le rôle social de l'officier,
07:19de Lyotet, l'officier éducateur de la nation.
07:22Alors, je pense qu'après coup, on peut dire que ça a été une faute politique
07:26de supprimer le service national, en tout cas de le suspendre.
07:29Il fallait professionnaliser les armées.
07:31Là n'est pas la question.
07:32On ne pouvait pas garder ce système.
07:34On l'avait vu avec la guerre du Golfe.
07:35Et notre armée doit être opérationnelle, susceptible d'être projetée,
07:40de nous protéger efficacement.
07:42Ce n'était pas possible avec une armée de conscrits.
07:45Mais il fallait modifier ce service national en le rendant universel,
07:50garçon-fille, 800 000 jeunes d'une classe d'âge,
07:53et égalitaire, puisque déjà 50% à peu près des garçons ne faisaient pas leur service.
07:59Et il fallait trouver cette formule.
08:00Alors évidemment, il fallait faire simultanément l'armée professionnelle.
08:04Et ça, ça coûtait beaucoup plus cher et c'était beaucoup plus compliqué
08:07et beaucoup plus impopulaire.
08:08On n'a pas voulu faire ce choix.
08:10D'ailleurs, les chefs militaires de l'époque, eux,
08:12se sont souciés d'abord de l'armée professionnelle.
08:16C'était leur premier souci et c'était légitime.
08:19Maintenant, un moment ou un autre,
08:21et il faudrait le faire, à mon avis, en accéléré,
08:24il faut se soucier du creuset national et de cette cohésion nationale.
08:28Encore une fois, les fractures sont très profondes.
08:31Fractures géographiques, fractures territoriales, fractures sociales.
08:34Fractures intergénérationnelles.
08:35Nous ne sommes plus une nation capable de se soulever
08:39pour se défendre au service d'une patrie, la terre des pères.
08:43Ce discours n'est plus enseigné.
08:45Il faut le faire dans notre éducation nationale,
08:48dans notre société, par nos différents responsables,
08:51et aussi dans nos familles.
08:52Et encourager ces familles à le faire.
08:54Pendant longtemps, le mot « patrie », le mot « drapeau »,
08:59la France, même la France,
09:01c'était des mots cadenassés, capturés.
09:05On était quelqu'un d'extrémiste lorsqu'on parlait de la France.
09:09Un jour, un sous-officier m'a dit,
09:10on était au fin fond de l'Afrique,
09:12le soir, on prenait une bière ensemble.
09:14Il me dit, mon général,
09:16quand est-ce que je pourrais parler de la France
09:18sans être accusé d'être un extrémiste ?
09:20Moi, je me bats pour la France ici.
09:21Quelqu'un des forces spéciales
09:23qui, effectivement, prenait des risques pour la France.
09:26Je lui ai dit, vous pouvez le faire.
09:27Au contraire.
09:29Quelques mois après, il y a eu les attentats,
09:31et le Premier ministre, M. Valls,
09:33avait dit que les Français mettent leur drapeau français
09:35sur le balcon de leur maison.
09:38Nous ne cèderons pas devant le terrorisme.
09:41Quelques mois après, j'ai revu ce sous-officier.
09:43Je lui ai dit, vous voyez, ça y est,
09:45ça se fait naturellement.
09:47Non seulement vous êtes en droit de le faire,
09:48il faut le faire.
09:51Donc, cette époque qui est difficile,
09:53qui est inquiétante,
09:55elle est aussi source d'espérance,
09:57parce que nous pouvons enfin retrouver
10:02ces valeurs que nous avions perdues.
10:04Les événements vont nous obliger à le faire.
10:06Peut-être.
10:07Général Pierre de Villiers,
10:08une question de François Puponi.
10:09Oui, vous avez dit que les puissances fortes
10:11qui nous entourent vont s'attaquer en premier
10:12aux faibles de l'intérieur.
10:14Comment vous réagissez ?
10:15On voit comment les Russes parlent de nous.
10:17Et comment vous réagissez aux rapports américains
10:19qui disent, est-ce que nos alliés européens de l'OTAN
10:22seront encore nos alliés dans 10, 15, 20 ans ?
10:25Oui, les Américains, on le sent bien.
10:28Je l'avais senti des Obama,
10:30mais Brzezinski sous Carter avait déjà amorcé l'America First.
10:34Et ce virage vers le Pacifique,
10:37sachant que leur adversaire principal,
10:39c'est maintenant la Chine.
10:40Et qu'ils estiment que l'Europe n'a qu'à se prendre en main,
10:45n'a qu'à arrêter de désarmer
10:46et régler ces problèmes de ces forces morales,
10:50puisqu'ils estiment que nos sociétés ne tiennent plus debout.
10:54Eh bien, ce mouvement, c'est un mouvement de long terme.
10:58Il va se poursuivre après Trump.
11:01J'en suis intimement persuadé.
11:02Donc, il est temps de se prendre en main
11:05et de réaliser que ce n'est pas une situation conjoncturelle
11:08que nous vivons à cause de Trump.
11:10C'est une situation structurelle et pour longtemps.
11:14Et il faut donc établir une stratégie
11:16à partir de la situation actuelle
11:18de coopération européenne
11:20et de réarmement de nos démocraties
11:22et de nos réarmements de nos armées.
11:24Mais en accéléré.
11:26J'ai écrit ce livre parce que je trouve
11:29qu'il y a beaucoup de mots,
11:30il y a beaucoup de paroles,
11:31il y a beaucoup de rapports.
11:32Un excellent rapport que je cite en 2022.
11:352022, quelques jours avant le 24 février,
11:38de Jean-Louis Thiriot et Patricia Miralès
11:43de Bord Politique.
11:45Un rapport qui explique
11:46pourquoi nous ne sommes pas capables de faire la guerre.
11:48Le fameux combat de haute intensité.
11:50Il est temps de faire face à la situation que vous décrivez.
11:54Ce n'est pas nouveau.
11:55Et l'avantage de la période actuelle,
11:57c'est que ça s'est clarifié.
11:58Au moins, ils l'ont dit et ils le font.
12:00Bon, François Derogé, une question à Pierre Dubé.
12:02Il y a une question générale.
12:04Vous avez, tous les Français le savent,
12:06quitté la tête des armées
12:08en ayant protesté contre le manque de budget,
12:10en quelque sorte, attribué aux armées.
12:13Est-ce que vous considérez que vous avez un petit peu
12:15gagné a posteriori, si je puis dire,
12:18dans l'opinion et dans les décisions politiques ?
12:20Puisque quand même, depuis plusieurs années maintenant,
12:22il y a eu des lois de programmation militaire
12:23avec des budgets plus importants.
12:25Même là, dans ce chaos parlementaire
12:27où il n'y a pas de majorité,
12:28il s'est quand même trouvé une très large majorité
12:31pour dire oui, il faut faire l'effort.
12:33Je crois que c'est 6 milliards de plus,
12:34cette année 2026,
12:36pour les armées françaises.
12:38Donc, est-ce que vous avez l'impression,
12:39peut-être pas que c'est suffisant,
12:40mais qu'au moins, on prend le bon chemin
12:41de l'effort financier pour nos armées ?
12:44Alors, oui.
12:46Général De Villiers.
12:46Oui, modestement, je pense que ma démission
12:49a peut-être contribué à ce réarmement,
12:52mais je le trouve bien modeste,
12:55bien tardif,
12:56et beaucoup dans les paroles,
12:57et pas assez dans les actes.
12:59Si vous prenez les 6,7 milliards
13:01qui sont promis pour cette année,
13:03on le sait d'ores et déjà,
13:04ils ne seront pas dépensés
13:05parce qu'ils sont trop tardivement engagés.
13:08Donc, c'est une forme d'arnaque, cette affaire.
13:12Pendant que nous, on dit 6,7 milliards
13:13qui seront peut-être 4 milliards au mieux,
13:16sachant qu'on a déjà 8 milliards de reports de charges,
13:18c'est-à-dire de dettes, en quelque sorte,
13:20vis-à-vis des industriels,
13:21les Allemands parlent...
13:22Alors qu'on ne paye pas nos factures,
13:23pour être très clair.
13:24Bien sûr, on ne paye pas nos factures.
13:24On ne paye pas les factures aux industriels.
13:26Les industriels expliquent
13:26qu'eux, ils veulent bien coopérer,
13:29mais bon, il faut être payé.
13:30Alors, bon, chacun a ses torts dans l'affaire.
13:33Néanmoins, je constate que l'État,
13:36dans la période actuelle,
13:37parle beaucoup, ne fait pas assez.
13:39Quand vous regardez les Allemands ou les Polonais,
13:41ils parlent peut-être moins,
13:43mais eux, ils y vont.
13:44Et si nous continuons, dans 10 ans,
13:46nous ne serons plus la première armée en Europe.
13:48Et ça aura des conséquences stratégiques
13:50pour la France et pour les Français,
13:51y compris au plan économique.
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