00:00J'ai tellement de questions.
00:01Il faut choisir une.
00:02Je sais, c'est simplement par rapport à la gauche, à l'abandon de la gauche.
00:07Et la gauche, au fond, s'est abandonnée elle-même,
00:10notamment par rapport au, entre guillemets, racialisme, wokisme, post-colonialisme.
00:15Et Trump était une réponse, on a le sentiment que la gauche continue dans ce sillon-là.
00:20Et on a du mal à savoir pourquoi toujours ramener la personne à ses origines,
00:25à une forme d'assignation.
00:27Ce que vous décrivez, c'est le piège identitaire qui sous-tend tout le wokisme radicalisé,
00:31qui est de ramener systématiquement les personnes à une dimension supposée être d'oppression,
00:38la race, l'orientation sexuelle, l'ethnie, etc.
00:43Bon, très bien.
00:44Mais la chance, entre guillemets, la petite chance que nous avons en France encore aujourd'hui,
00:49c'est que ces thèmes-là, qui ont été complètement structurants aux États-Unis,
00:54qui ont marqué la vie politique, économique, sociale, le fonctionnement des entreprises,
00:59des universités, des médias, de la politique, en France, chez nous, restent encore minoritaires.
01:05Nous avons une gauche qui a beaucoup de défauts, j'en viens et je ne cesse...
01:09– De la pourfendre.
01:10– Oui, enfin, en tout cas, de faire un effort de lucidité,
01:14et de ne pas me plaindre, parce que je crois qu'il faut être lucide,
01:17et ne pas se plaindre tout le temps, regarder les choses telles qu'elles sont.
01:20Néanmoins, si vous regardez aujourd'hui le poids réel de ce qu'on appelle le wokisme en France,
01:26il reste encore très circonscrit.
01:29Il y a bien sûr à l'université, dans certains organes de presse,
01:32des gens qui sont ouvertement wokistes et qui s'en réclament.
01:35Mais pas tant que ça, et je trouve, moi, en tant que citoyen français,
01:39que dans le pays, d'aller dire, d'un mot un peu prétentieux,
01:44dans les profondeurs du pays, qu'on peut voir,
01:46lorsqu'on se promène en métro, en voiture, à Paris, en province,
01:50on ne sent pas cet appel-là, on ne sent pas cette volonté.
01:54Et d'ailleurs, si la gauche française commettait la faute de verser dans le wokisme,
02:00elle finirait, pour le coup, de se marier.
02:03– Est-ce que ce n'est pas déjà le cas ?
02:07On a quand même l'impression qu'une grande partie de la gauche a déjà basculé,
02:12mais alors laquelle n'a pas basculé pour vous ?
02:13– D'abord, il reste les électeurs, cher M. Draghi, c'est la chose la plus importante.
02:17– Bien sûr, mais OBS, convenez avec moi qu'à la dernière présidentielle,
02:20il n'y en avait pas beaucoup pour le Parti Socialiste.
02:21– Des électeurs ?
02:22– Oui.
02:23– Bien entendu, c'est bien normal, compte tenu de la façon dont cette élection
02:27a été pensée ou pas pensée, du candidat qui a été choisi ou pas choisi, etc.
02:31En revenant pas sur le passé, les chiffres sont si cruels
02:33que ce n'est pas la peine d'accabler maintenant Anne Hidalgo,
02:36au moins on va partir.
02:37Enfin, de toute façon, le 1,75% d'Anne Hidalgo n'est bien entendu responsable.
02:40– La question c'est, est-ce que la gauche est déjà inhibée du wokisme ou pas ?
02:44– Non, tout la gauche, non.
02:45Vous avez bien sûr à la France Insoumise et chez une large partie des Verts
02:50qui sont assez largement fongibles à la France Insoumise,
02:54une tendance, une envie d'aller vers le wokisme ou, dans le cas de Jean-Luc Mélenchon
02:59et de LFI, encore pire que le wokisme, c'est-à-dire vraiment l'instrumentalisation
03:03de l'immigration, comme l'avait fait Mitterrand en 1984 avec SOS Racine, mais en pire.
03:08Mais vous avez aussi tout un tas de gens tout à fait normaux qui voudraient trouver
03:13un candidat qui ne verse pas dans cette dramatique erreur et qui reste ancré
03:19dans les valeurs simples qui ont toujours été celles de la gauche.
03:22La République, ses lois, son histoire, l'universalisme, l'égalité entre les personnes
03:27qui doivent être traitées comme des personnes et non comme les représentants
03:30d'une espèce de religion, de race, d'ethnie, d'origine, d'orientation.
03:37Non, d'orientation sexuelle, non.
03:39Chacun a son identité composite qu'il se fabrique au cours de sa vie,
03:43qu'il a le droit de revendiquer et dont il peut être fier s'il le souhaite,
03:46mais il doit être traité par les politiques dont c'est le devoir
03:49comme un citoyen.
03:50Vous dites à Quilino Morel que la créolisation de la France,
03:53c'est la version woke du grand remplacement.
03:54Et vous dites que la France insoumise a décidé de prendre clairement position
03:58et de choisir une cible, l'électorat musulman.
04:01Vous l'élevez.
04:01Oui, mais je viens de vous le dire.
04:03On voit bien que Jean-Luc Mélenchon, chacun maintenant,
04:08commence à connaître Jean-Luc Mélenchon chez les Français.
04:10Je le connais un peu mieux, parce que je l'ai connu,
04:14fréquenté quand il était ministre de l'État de Jospin,
04:16et après, c'est un homme supérieurement intelligent,
04:20qui a une culture politique de haut niveau,
04:23que n'ont plus la plupart des responsables politiques de gauche ou de droite,
04:27et qui sait très bien ce qu'il cherche et ce qu'il veut.
04:31Il a une stratégie.
04:33Pour moi, cette stratégie est délétère, et elle est suicidaire,
04:36puisque sa stratégie, c'est, je rassemble autour de moi un socle électoral
04:39constitué principalement de jeunes, souvent avec des problèmes sociaux marginalisés,
04:45ou des jeunes issus de l'immigration immédiatement,
04:48ou par leurs parents,
04:50qui votent de fait massivement pour lui ou pour sa formation politique,
04:53soit à 100-70% des cas,
04:55ou davantage selon les lieux.
04:58C'est ce qu'il appelle la Nouvelle France.
04:59Oui, parce qu'il appelle la Nouvelle France,
05:00parce qu'il appelle à ce qu'il y ait de plus en plus de personnes
05:03qui rejoignent ce groupe-là.
05:06Et on comprend très bien que dans sa perspective politique,
05:09dans sa stratégie politique,
05:11bien entendu, l'immigration n'est pas un problème,
05:13c'est une solution.
05:15Parce que plus il y aura de personnes qui sont présentes sur le territoire national,
05:19soit de manière régulière,
05:20ou même de manière irrégulière,
05:22mais qui seront régularisées à un moment donné,
05:23et plus, pense-t-il,
05:25il y aura des électeurs en nombre de plus en plus grand
05:29et un jour peut-être suffisant pour arriver au second tour,
05:32qu'il a raté, vous le savez, deux fois de peu.
05:34Et par ailleurs, la seconde erreur qu'il commet,
05:36qui moi me paraît absolument terrible,
05:39mais enfin, il pense exactement le contraire,
05:41c'est qu'il est convaincu que s'il arrivait,
05:43s'il parvenait au second tour de l'élection présidentielle
05:46face à Marine Le Pen ou à Jordan Bardella
05:48ou à qui que ce soit, d'autres,
05:50il remporterait l'élection.
05:51Alors qu'il est à peu près certain,
05:54je pense qu'il n'y a pas besoin d'être grand clair pour le comprendre,
05:56que compte tenu du rejet qui suscite chez la plupart des Français,
06:00s'il arrivait au second tour de l'élection présidentielle,
06:03il serait très probablement battu.
06:05Et largement battu.
06:06Largement.
06:07Une dernière question, peut-être Rachel,
06:08il nous reste peu de temps,
06:10avec Aquilino Morel, le livre.
06:11Oui, alors, bon, je suis impatiente de le lire,
06:14mais comment vous voyez les perspectives à l'horizon,
06:17cette année un peu charnière, avant 2027,
06:20et par rapport aux Etats-Unis aussi ?
06:23Alors, pour ce qui est de la France,
06:25je pense qu'il est temps, s'il est temps,
06:29quand nous sommes à 15 mois d'élection présidentielle,
06:32c'est très peu de temps, 15 mois dans la vie politique,
06:35mais cela peut suffire que, comme l'on dit,
06:39que des choses s'organisent.
06:41C'est-à-dire que des gens, à un moment donné,
06:42prennent leur responsabilité.
06:44Parce que si on continue dans cette espèce de magma
06:48où chacun estime qu'il peut être candidat
06:51parce qu'il a vu tel sondage,
06:53ou parce qu'il croit à sa bonne étoile,
06:54ou parce qu'il est convaincu de ceci ou cela,
06:57on va organiser la confrontation finale
07:00entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen,
07:03ou Jordan Bardella.
07:04Et donc, ensuite, il ne faudra pas venir couiner
07:07si le résultat est celui qu'on vient d'évoquer.
07:10Donc je dis, là, maintenant, il y a des choses
07:13à comprendre des États-Unis.
07:14C'est un ressort profond de la poussée du trumpisme
07:17et de Donald Trump.
07:18Comme il faut comprendre ce qui se passe,
07:20ce qui se joue dans notre pays,
07:22il est peut-être encore temps d'y mettre le haut là,
07:25si on le souhaite, pour ce qu'ils veulent.
07:27Et pour ça, il faut comprendre.
07:29Et comprendre, ça veut dire aussi lire votre livre,
07:31La France, au mémoire de l'Amérique,
07:32aux éditions Grasset,
07:33quand les progressistes font triompher le populisme.
07:36Merci beaucoup, Aquilino Morel.
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