00:00Europe 1 Soir Week-end, 19h, 21h, Stéphanie Demureux.
00:04Deuxième heure d'Europe 1 Soir Week-end et j'accueille mon duo de la deuxième heure.
00:08Charlotte Dornelas, journaliste au JDD. Bonsoir Charlotte.
00:11Bonsoir Stéphane.
00:11Ravie de vous retrouver le samedi, vous étiez partagé depuis longtemps.
00:16Elliot Mamman, chroniqueur politique. Bonsoir Elliot.
00:19Bonsoir.
00:19Et mon invité Rachel Kahn, juriste et écrivain. Bonsoir Rachel.
00:25Rachel, ravi de vous accueillir dans le studio d'Europe 1 puisqu'on vous reçoit ce soir particulièrement pour cet
00:30essai,
00:31la culture de l'ultra-violence aux éditions Fayard.
00:34Alors c'est assez sidérant parce que vous allez liser la violence devenue ce système symbolique, idéologique et culturel,
00:41ô combien d'actualité, la mort de Quentin.
00:44En lisant cet essai hier soir, je me disais qu'elle cristallisait tout ce que vous décriviez.
00:49La violence physique qu'il a subie, une violence numérique, la violence verbale, la violence politique qui en découle.
00:56La violence psychologique.
00:57Et absolument.
00:58Et idéologique.
00:59C'est tout ce que vous décrivez là, dans vos 119 pages.
01:02Oui, exactement.
01:03Et puis c'est surtout que j'ai remplacé le mot violence tout court par ultra-violence.
01:08C'est-à-dire qu'aujourd'hui, c'est plus simplement le fait de faire mal, mais c'est la
01:11volonté de tuer.
01:12De tuer l'autre, de déshumaniser, de disqualifier, d'en faire une cible, avec une idéologie morbide, malheureusement,
01:22qui est rentrée jusqu'à l'Assemblée nationale, de scinder la société, de faire des appels au soulèvement,
01:29ça veut dire l'intifada, donc de créer une scission au sein du peuple français, comme s'il y aurait
01:34un ennemi intérieur,
01:36et donc soit il est génocidaire, soit il est facho, et donc on peut le tuer.
01:40Et manifestement, ça fonctionne, puisque là, il y a quand même la mort d'un jeune homme.
01:45On entendait ce matin l'émotion de Charlotte Dornelas, qui est dans ce studio,
01:49et qui va revenir sur ce que vous avez ressenti, Charlotte, et vous avez raison, parce qu'un jeune homme
01:55est mort.
01:56Au lieu de s'unir, on se dit, tiens, il va y avoir une émotion absolument unanime et générale dans
02:01le pays.
02:02Eh bien non, là, on est en train de parler de nazis d'un côté, on va en parler avec
02:06vous, Charlotte,
02:07mais c'est vrai que ça fonctionne, le monde est polarisé, et on ne tire aucun enseignement positif, aucune émotion,
02:15aucune humanité.
02:17Exactement, mais ce qui est désolant, c'est que nous ne plorons plus nos citoyens morts ensemble.
02:23On l'a vu aussi, enfin, depuis, même Charlie, c'est-à-dire qu'il y a des gens qui
02:27se revendiquent ne pas être Charlie, par exemple.
02:30Et puis, c'est vrai que moi, j'ai fait quand même ce parallèle, parce que c'est assez troublant,
02:34en fait, ce qui s'est passé,
02:35c'est qu'on a commémoré les 20 ans de la mort d'Ilan Halimi, qui est mort un 13
02:42février, et il avait 23 ans,
02:44et que 20 ans plus tard, jour pour jour, on a Quentin, 23 ans, qui meurt aussi.
02:51Alors, ce sont des histoires qui sont différentes, mais lorsqu'on a laissé cet antisémitisme arriver,
02:57parce qu'il faut quand même rappeler que la mort de Quentin, elle est liée à un meeting politique de
03:02Rima Hassan,
03:02donc un meeting palestiniste de Rima Hassan, et qu'on a laissé faire cette violence-là, en fait.
03:09Donc, moi, c'est marquant, les faits sont marquants.
03:12Ce que vous dites, Rachel Khan, c'est que vous dites, Ilan Halimi et Quentin Doran, que c'est relié
03:18par la même mécanique,
03:19aucune violence physique n'est spontanée, elle est précédée d'une préparation idéologique.
03:23Exactement, la cible, mettre des cibles dans le dos.
03:25On a appris, en 20 ans, on n'a pas appris de la mort d'Ilan, on a appris à
03:29mettre des cibles dans le dos,
03:30via les réseaux sociaux, finalement, en décrivant l'autre comme le mal, le diable,
03:39donc la possibilité de le tuer, et surtout, ce qui est très intéressant dans la mécanique à l'œuvre,
03:45parce que finalement, on a tué Quentin, mais on l'a retué encore une fois via ce qu'on peut
03:50lire dans les commentaires,
03:52c'est-à-dire qu'on légitimise cette violence.
03:54C'est normal de le tuer parce qu'il était facho, parce qu'il était catholique,
03:57et donc, forcément, ça m'a fait penser à cette phrase, après le samedi, le dimanche.
04:03C'est vrai que Charlotte Dornelas, depuis une semaine, d'ailleurs, c'était dès le premier jour, quasiment,
04:08ce que vient nous décrire Rachel Kahn, cette justification de, bon, il était d'extrême droite,
04:14il était facho, nazi, c'est selon, il y en a qui sont allés jusqu'à néo-nazis,
04:18et puis antisémites pour Ségolène Royal, ça m'embête de la citer, mais enfin, quand même,
04:22c'est assez affligeant, il n'y a aucune émotion, aucune unanimité, c'est ce que je disais, dans la
04:31condamnation.
04:32Mais c'est surtout qu'il n'y a aucune responsabilité, je ne vais pas forcer les gens à être
04:35émus,
04:36ça serait un peu absurde.
04:37En revanche, ils sont censés être responsables, en l'occurrence, vous citez Ségolène Royal,
04:41on pourrait en citer beaucoup d'autres, c'est vrai que son message était particulièrement,
04:45voilà, un jeune présumé néo-nazi, je ne sais même pas ce que ça veut dire,
04:49et je ne sais pas si elle aura à répondre de ce qualificatif,
04:54mais j'aimerais vraiment entendre son explication,
04:56c'est l'irresponsabilité à tout point de vue.
04:58D'abord, l'histoire de base, c'est qu'un jeune homme de 23 ans a été lynché
05:02alors qu'il était au sol, et qu'il a été tué à coups de pied.
05:08C'est exactement ce que vous disiez, je pensais au moins qu'on aurait une semaine
05:13d'unanimité décente, tout simplement, devant ce fait
05:16qui est accablant en lui-même.
05:18Par ailleurs, ça implique quoi ?
05:20Parce que moi, l'irresponsabilité, c'est évidemment de relativiser
05:24cette mort et la manière dont ça s'est passé, évidemment,
05:27et c'est donc une forme d'encouragement, par omission au minimum,
05:32à la violence de la part de jeunes
05:35qui encourt aujourd'hui 30 ans de prison, au même âge.
05:39Donc ils cherchent quoi, en fait ?
05:41Est-ce qu'il y ait des gens qui meurent et d'autres qui finissent leur vie en prison ?
05:44Je ne comprends pas quel est le projet pour la jeunesse,
05:46c'est-à-dire l'avenir de la France.
05:49Franchement, je vous le dis honnêtement, on commande souvent
05:52les réactions, l'indécence des réactions,
05:54ce n'est pas nouveau, on connaît ça par cœur.
05:57Cette semaine m'a sidérée.
05:59Ce n'est pas la première fois que je suis sidérée, honnêtement,
06:02mais là, c'est-à-dire que ça vient de personnalité,
06:05en plus on ne l'attendait pas forcément de manière aussi crue,
06:08et en effet, à la fin, on a une manifestation cet après-midi à Rennes
06:11avec cette banderole « Ici, on ne pleure pas les nazis ».
06:13Oui, à Rennes.
06:15C'est-à-dire que, au-delà de l'indécence,
06:18et c'est vrai, vous parlez de l'émotion,
06:20non seulement je pense aux parents de Quentin,
06:22qui vraiment, j'espère, ont éteint la télé,
06:24à sa sœur,
06:26mais Quentin a des amis aussi,
06:27des gens qu'il connaissait lui intimement,
06:29ce qui n'est pas du tout mon cas,
06:30ce qui n'est pas le nôtre ce soir,
06:32mais simplement, on n'entre absolument pas
06:35ni dans la complexité de la vie de ce jeune homme,
06:37ni dans les services qu'il pouvait rendre ici ou là,
06:40ni dans ce qu'il y avait de lumineux en lui,
06:42au lendemain de sa mort.
06:44Non, on souille sa mémoire,
06:45et donc, par là, on abîme encore un peu plus
06:48ce qu'il était auprès de sa famille,
06:50de ses amis,
06:51qu'il aimait pour des raisons, évidemment,
06:53qui ne sont pas celles qui sont décrites,
06:55encore une fois, par plusieurs personnalités
06:57de gauche ces derniers jours.
06:58Donc, je ne comprends pas,
07:01encore une fois, je ne comprends pas leur réaction,
07:03et surtout, je leur reproche leur irresponsabilité
07:06et les conséquences qu'elle a,
07:08très concrètement,
07:09dans la vie et dans la mort, en fait.
07:11Parce que c'est vrai pour les jeunes qui restent vivants,
07:13et c'est vrai aussi, évidemment,
07:15pour Quentin qui en est mort.
07:16Rachel Kahn, qu'est-ce que ça dit de la société,
07:19ce que vient de décrire Charlotte Dornelas ?
07:21Non, mais c'est très juste ce que dit Charlotte.
07:22Par ailleurs, ça me fait vraiment penser
07:24à ce pogrom du 7 octobre,
07:27et que dès le lendemain,
07:28on avait des personnalités,
07:30des représentants de la République
07:34qui justifiaient les faits,
07:36et on avait ce mot génocidaire très rapidement.
07:40Donc, en fait, c'était le oui-mais.
07:42Oui-mais, ça se justifie quand même.
07:44Oui-mais, ce qu'on a pu voir,
07:47les vidéos qu'on a pu voir,
07:48comme la vidéo de Quentin,
07:50c'est-à-dire, en fait,
07:50c'est de la barbarie pure.
07:52Et en fait, ce qui se passe aujourd'hui,
07:54c'est que ce vide de la connaissance,
07:56ce vide d'humanité,
07:57et surtout le fait que la violence
07:59soit monétisée aujourd'hui,
08:01soit valorisée,
08:02et que l'autorité soit criminalisée,
08:04parce que c'est ça, en fait,
08:05ce qui se passe,
08:06eh bien, ça laisse place à une société
08:08dont la culture est l'ultra-violence.
08:10Là, on en vient, pardon Charlotte,
08:12mais là, on en vient à la responsabilité
08:14tout du moins idéologique de LFI.
08:17On verra ce que dira l'enquête
08:19encore une fois.
08:20Oui, mais ce que venait
08:23de décrire Rachel Kahn,
08:25on souffle sur les braises,
08:26on attise,
08:27on fait de la violence
08:28une possibilité,
08:29ça, c'est...
08:30Mais c'est surtout qu'on a...
08:31C'est la première fois
08:31qu'on entend un parti le faire.
08:33Il y a ça d'un côté,
08:34mais le fait aussi
08:35que d'autres partis politiques
08:37ont laissé faire.
08:38Je parlais de la mort d'Ilan,
08:40c'est-à-dire qu'en fait,
08:40à la moindre phrase,
08:42normalement, le palestinisme,
08:43c'est-à-dire que ça n'a rien à voir
08:44avec les palestiniens,
08:45mais ce qui se passe dans les facs,
08:46etc.,
08:46n'aurait jamais dû entrer
08:49à l'Assemblée nationale
08:49si on avait pris conscience
08:51de la mort d'Ilan Halemi.
08:53Oui.
08:54Charlotte Darnelas ?
08:55Non, mais le président de la République,
08:57il y a quelques temps,
08:59c'était au moment des émeutes
09:00après la mort de Naël,
09:01avait parlé des civilisations.
09:03J'ai l'impression que jamais
09:04il n'a pris la mesure du terme
09:05qui, à mon avis,
09:06était vraiment le bon.
09:07C'est-à-dire que la civilisation
09:10qui engendre normalement
09:11des êtres civilisés,
09:12c'est le fait de pouvoir
09:13collectivement dire ça,
09:14on ne le fait sous aucun prétexte.
09:17Et donc, normalement,
09:18évidemment,
09:19les enfants l'apprennent
09:20de leurs parents.
09:21S'ils ne l'apprennent pas
09:21de leurs parents à l'école,
09:22on leur rappelle la règle.
09:23Et si, in fine,
09:24ils se comportent encore mal,
09:26la justice est là pour dire
09:27stop, nous n'acceptons pas
09:29ces comportements
09:30sous aucun prétexte.
09:32On ne viole pas une fille
09:33parce qu'elle a une jupe
09:33trop courte.
09:34On ne tue pas un garçon
09:35parce qu'il n'a pas
09:35les mêmes idées que vous.
09:36On ne va pas assassiner
09:38des dessinateurs
09:38parce qu'ils ont insulté
09:39quelque chose
09:40auquel vous teniez.
09:41Donc, on peut...
09:42Je veux dire,
09:43c'est toujours la même rhétorique.
09:43Je veux dire,
09:44c'est toujours la même rhétorique.
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